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 [RP] Et il n'y eut plus que le silence Sujet suivant
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Runa Salv
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MessagePosté le: Jeu 29 Nov 2018 - 02:00 Répondre en citantRevenir en haut

[HRP/ Ce RP est réservé à un public averti car il contient des scènes de violence ou pouvant heurter la sensibilité. Les paroles écrites en Ssyl'Sharien ou Valheru ont leur traduction à la suite immédiate en couleur très foncée pour ne pas trop gâcher la lecture. Les personnages aux noms évoqués ont un avatar dans la fiche de Runa. Et enfin, je suis désolée, il y a beaucoup de musiques, mais ce n'est qu'une maigre partie de ce qui m'a inspirée..
Merci de votre compréhension et bonne lecture pour ceux qui en auront le courage !]


[Suite de "Dans les ténèbres, les lier"]


* Fin Zakerielku 918



La nuit était tombée sur les dunes d'or du Ssyl'Shar, dévoilant une voûte d'un bleu profond aux reflets de saphir parsemé d'étoiles solitaires et de constellations coulées dans l'étain poli. Du monde entier, c'était certainement d'ici que le ciel était le plus beau. Pur, inaltéré. Plongé dans un silence inspirant à la contemplation et la méditation face à la petitesse des mortels dominés par des Dieux muets, mais bien présents.
Des froides ténèbres de l'Interstice, une fraicheur plus douce trancha alors qu'elles en émergèrent : celle de la sorgue du désert. Et à l'instant où la Fëalocë huma l'air, elle se sentit à nouveau chez chez elle.
Ses paupières se fermèrent un instant, et Runa se délecta des effluves d'encens aux agrumes et aux fleurs corsées des oasis. Le marbre tiède dégageait sa propre odeur presque métallique, contrastant avec celle de terre sèche des maisons en argile de factures bien plus modestes. Le marché nocturne apportait ses parfums de fruits et de sucre depuis les étals des marchands qui scandaient la qualité de leurs produits. Des odeurs de cuir, d'épices, d'huiles, de fromages, de miel, de pain, et de vins cuits s'élevaient parmi les ruelles d'Arsuh en un brouhaha festif. De pair à ces bouquets d'arômes se mêlaient des notes de musiques variées : le son sec du oud accompagnait les mélodies des flûtes de roseau et les cordes tirées du rabâb ; tambours et tambourins à sonnailles entraînaient joyeusement les pieds nus des danseurs, qui laissaient s'élever leurs mains vers les cieux au rythme du qanûn.

Sarzeghnet survola de haut la cité en effervescence, éclairée çà et là de lanternes et de braseros, à la recherche d'un coin isolé pour se poser sans révéler sa présence. Elle atterrit sur le toit plat et surélevé d'une maison de belle facture, à quelques pas de la demeure des Salv. Sa gueule, encore juvénile, balança lentement de gauche à droite, à l'écoute de tout ce qui l'entourait. Son menton frotta le sol sous ses pattes griffues, humant les vibrations de la cité, s'imprégnant de ce nouvel environnement complexe qu'elle devait découvrir malgré son infirmité. Sa liée l'observa un instant, avant de s'adresser à elle.

* Fais le. *

La dragonne hésita, mais s'avoua silencieusement le profond désir de répondre favorablement à ce que lui proposait sa bipède. La demande ne se fit pas prier : Sarzeghnet emprunta les yeux de Runa, plongeant cette dernière dans le sombre univers de cécité de la saurienne, qui elle se para d'iris à la couleur de l'or en ébullition. L'Incarnate sonda le paysage qui se trouvait autour d'elle, éblouie par tout ce qu'elle manquait au quotidien, comme un enfant qui découvrirait quelque chose de fantastique pour la première fois.
Elle prit son apparence humanoïde et descendit la première de sa plate-forme, profitant de ce cadeau que Runa lui faisait souvent, au contraire de nombreux couples de liés. Pourtant d'un naturel peu enclin à montrer ses émotions, la dragonne eut la gorge serrée, une fois de plus, de devoir se séparer de ce sens dont elle n'avait pas écopé à la naissance.
Les yeux d'ambre de la Fëalocë regagnèrent leur place originelle, et elle rejoignit son âme-soeur, muette. Elle savait combien il était difficile pour elle de ne pas être.. normale, quand bien même face au reste du Kaerl elle avait fait de son handicap une fierté. Une fierté factice, qui la blessait jusqu'aux entrailles.

* Je trouverai un moyen.. Je te le promets. *

Mais la dragonne préférait ajourner cette conversation dont le sujet était trop délicat pour elle. Pour l'heure, elles avaient toutes deux de grandes choses à exécuter. Et l'Incarnate était préoccupée par ce que couvait sa liée en son ventre..

Runa, bien qu'ayant quitté le continent depuis près d'un an, reconnaissait ce qui jadis fut ses quartiers, bien avant d'être vendue comme une bête à feu le Sultan Ajdir. La moindre alcôve, le moindre patio avaient autrefois été aires de jeux, en compagnie de ses frères, à l'époque où ils étaient encore tous trois innocents. Les ruelles des hauts quartiers n'avaient pas perdu de leur éclat, peu de choses avaient changé. Ce qu'elle redoutait le plus était l'état du palais familial, qu'elle n'avait pas vu depuis plus de huit ans, laissé entre les mains de celle qui avait tout fait pour s'emparer d'un empire qui ne lui revenait en rien de droit : Anaithis Nilofâr, belle-mère de Runa.
Ce soir, elle revenait pour elle, et assouvir une vengeance qui pesait en son coeur depuis le jour où cette marâtre remplaça sa véritable mère. Mue de la plus virulente et impardonnable des rancunes, la Fëalocë s'était promise de répandre son sang afin de faire régner sa justice.

Runa se mit en marche, arpentant en connaissant sur le bout des doigts le chemin le plus court qui menait à chez elle. Les allées de pierre couleur ocre étaient éclairées de torches au feu paresseux qui ne laissaient pas entrevoir le visage de la Fëalocë, dissimulé par une large coule noire d'encre. Sa cape voletait par son pas rapide et pressé, suivi de près par le bruit de la démarche militaire d'une Sarzeghnet sous forme de bipède. Le coeur de Runa s'emballait peu à peu, partagé entre l'adrénaline qui empoisonnait ses veines et l'appréhension de ce qui allait arriver d'un instant à l'autre. Elle était à l'aube d'une nouvelle vie, et son excitation se liait à sa circonspection.

Les roulements de vagues calmes et la fragance prenante de l'air chargé de sel de l'océan indiquaient qu'elles s'approchaient de leur destination. Les embruns faisaient onduler la longue chevelure d'ivoire de Sarzeghnet, ravie par cette nouvelle effervescence olfactive si différente de Tol Orëa. Le chant aigu des goélands protégeant leur nid à flanc des falaises toutes proches avait, à lui seul, de quoi dépayser.
Plus qu'un pas, et enfin Runa aperçut la haute arche symbolisant l'entrée du palais familial.






L'immense arcade s'élevait en une pointe d'architecture ancienne mais qui n'avait pas souffert des ravages du temps. Un brasero aux flammes vives éclairait le pied de chacune des deux colonnes permettant la fière ascension de la voûte. Tous deux apportaient une lumière tant réconfortante que gardienne de ce qui se trouvait au delà. Dans le grès de couleur orangée, suivant la courbe arrondie de l'arc marquant le porche, était taillée en Haut-Ssyl'Sharien le moto de la demeure Salv : Seuil de l'ancien monde dont la flamme est l'ombre, prophétie dissuadant les plus fous de s'aventurer en ces lieux maudits pour certains, bénis pour d'autres. Les lettres avaient subi quelque érosion sans pour autant s'être nullement effacées, malgré leur gravure effectuée il y avait près de 900 ans. Une certaine forme de magie semblait vouloir conserver le palais des affres de la décrépitude.

Sarzeghnet apposa le plat de sa main sur la roche encore tiède de la fournaise de la journée passée, comme lisant l'Histoire dans les motifs en braille de la pierre à la surface tantôt lisse tantôt imparfaite des piliers de grés. Elle ressentit toutes les vibrations du passé comme la foudre frappait la terre, une abîme mêlant le sang et l'orage en un élixir qui avait couru les veines de chaque Fëalocë de la dynastie des Salv. Une essence qui aujourd'hui était aussi sa sève, tant dans sa chair que son âme.

Runa, dans un mutisme énigmatique, fit glisser sa capuche de couleur sombre, puis tira de ses cheveux liés en chignon une épingle d'or terminée d'une breloque en cornaline. Par la pointe en aiguille, la Fëalocë piqua sèchement le bout de son pouce gauche, esquissant le début d'un rictus de douleur qui s'estompa à la vue de la goutte couleur vermeille qui perlait sur sa pulpe au derme d'albâtre. De son sang, Runa traça lentement la courbe d'un serpent à la robe grenat dans l'intérieur de l'arche d'entrée, récitant d'un ton ferme ces paroles à mi-voix :

- Aal sir imnë vahrya ita tûlar, aal effìrië haalvut qui tûl.
(Que ceci me protège de celui qui approche, que la mort le frôle s'il vient)

Par ces mots, elle scellait sa demeure à tout étranger dont elle n'autorisait pas la venue. Ce puissant sortilège Valheru était celui de son ancêtre. Celui qui entrerait sans y avoir été invité souffrirait de terribles maux de tête et d'un mal-être certain jusqu'à ce que ses pas ne le guidassent en dehors du périmètre du palais.
Les iris d'ambre de la jeune femme, mus d'un alliage de colère et de détermination, s'attardèrent quelques instants sur la courbe serpentine peinte de son sang. A lui seul, il symbolisait le crépuscule de la première existence de la Fëalocë, et demain l'aurore promettait une nouvelle destinée.
Elle serra son poing, et pénétra la riche cour du palais. Une pointe de nostalgie serra sa gorge, mais fut vite extirpée de ses pensées par l'approche véhémente de deux gardes. Sarzeghnet dégaina son épée et se mit devant la Fëalocë, qui d'un geste doux lui fit baisser sa garde.

- Vous là, reculez ! Vous n'êtes pas les bienvenus !

Runa n'eut qu'à les transcender de son regard incandescent pour voir leur combativité se transmuer en un mélange de peur et de respect. Fièrement, les épaules en arrière de toute la noblesse dont elle avait appris les stricts usages, elle les accusa froidement.

- Est-ce ainsi que l'on accueille la maîtresse de cette maison ?


Immédiatement, ils ployèrent le genou et baissèrent la tête, autant terrorisés par la vue de ce spectre revenu des Morts que par celle qui avait brûlé vif des centaines de personnes, un an plus tôt
Les caractéristiques physiques des Salv étaient uniques, à tel point qu'il était aisé de les reconnaître parmi foule de gens de leur race. Malgré leur statut, gardes et esclaves tenaient en estime leurs maîtres, qui n'avaient jamais manqué de subvenir à leurs besoins.. Même si certains essuyèrent les terribles colères de générations de Salv.
Bien que peu enclins à se laisser diriger par la moitié de Salv qu'était Anaithis, à l'époque où elle s'empara du palais, ils n'eurent d'autre choix que de s'y soumettre. Le plus âgé des deux gardes éprouva un certain soulagement en voyant la légitimité de la demeure familiale revenir à ses origines. Il avait connu la jeune femme avant son départ pour le palais du Sultan. Pourtant, tous deux tremblaient, incertains de ce qui se tenait devant eux.
Le plus jeune releva le menton sans pour autant oser croiser les yeux de Runa, et après une retenue qui parut longue, bégaya :

- P..pardonnez nous, maîtresse.. Nous.. nous vous croyions.. Il se disait que vous aviez été tuée dans le désert..

Elle laissa échapper la note d'un rire bref et cynique sans éclat, lui conférant une aura d'autant plus sinistre appuyée par une Sarzeghnet qui ne demandait qu'à trancher leur gorge.
Elle continua à parler avec dureté, leur faisant toujours face avec domination alors qu'ils étaient encore agenouillés.

- Celui qui me tuera n'est pas encore né. La jeune femme changea de pied d'appui avant de poursuivre. Êtes-vous avec moi, ou avec elle ?

L'évoquant non sans dégoût, la Fëalocë ferma le poing avec rage en pensant à celle qui occupait désormais les lieux. Runa toisait les deux soldats, prête à couper la chair de celui qui lui donnerait une réponse insatisfaisante..
Les deux hommes se concertèrent d'un accord entendu et qui demandait peu de réflexion, au regard de tout ce qu'avait pu leur faire subir Anaithis, ou les horreurs qu'ils avaient vu pratiquées sur les serviteurs de la maison. Certes les Salv avaient répandu autour d'eux une réputation de maîtres impitoyables, mais jamais ils n'avaient torturé sans raison valable. Si Runa avait également commis des monstruosités, il était certain qu'elle ne lèverait pas la main sur une personne loyale et fidèle.
La Chevalière avait bien remarqué les traits tirés et les joues creusées des deux hommes, ajouté à leur teint pâle significatif de leur faim inassouvie. Jamais un serviteur des Salv n'avait manqué d'eau ou de nourriture, ni d'un toit ou du confort d'une hygiène obligée pour travailler dans le palais d'une famille de haute lignée.

- Sauf votre respect, ma Dame, nous n'avons jamais été du côté de cette femme.. Mais le choix ne nous appartient pas.. J'ai servi votre père, et je ne servirai que sa descendance. A tout vous avouer, nous attendions plutôt votre frère aîné, car le Sultan a déclaré avoir mis fin à vos jours. Nous attendions un Salv.

Le Torhil, déjà d'un certain âge, lui offrit un regard pétillant malgré sa position, vite rejoint par celui de son acolyte. Par le passé, il s'était révélé dévoué et honnête, sans n'avoir jamais trahi la confiance de ses précédents maîtres.

- Si vous ne manquez pas à votre devoir, vous serez récompensés à hauteur de votre tribut. Je le jure sur l'âme de mon père. Maintenant, debout.



Runa coula immédiatement un regard haineux vers le palais, abritant en son sein sa némésis, celle qui l'avait condamnée à des années de souffrance. Sans un mot, elle avança, suivie de près par sa Liée, qui restait méfiante.
Ignorant la beauté du patio de la demeure, elles traversèrent la cour bordée de palmiers et de plantes aux feuilles frissonnantes sous la caresse de l'air du soir. Les torches laissaient entrevoir le raffinement des mosaïques de verre teint par quelques éclats dans la nuit, rappelé par les alcôves aux formes taillées dans le marbre typiques du Ssyl'Shar.
Runa poussa les lourdes portes de l'entrée du palais décorées de feuilles d'or, fournissant un bref effort face à leur poids conséquent, et pénétrant chez elle elle vit fuir quelques serviteurs apeurés, notamment par l'imposante stature de Sarzeghnet sous forme de femme.

La Fëalocë tomba nez-à-nez avec une jeune fille qui avait à peine dépassé l'adolescence, et sans prononcer un mot elle se fit comprendre. La petite servante lui indiqua l'aile ouest, à l'étage, d'un doigt tremblant, tout en ne pouvant se détacher des iris d'or ambré de la Sultane déchue.
Escortée de ses gardes, les servants cachés à la faveur des colonnes du hall d'entrée suivirent d'un regard inquiet et perplexe l'étrange quatuor qui montait rapidement le large escalier principal sans chercher à se rendre discret. Ils s'engagèrent dans un long couloir qui menait à la plus grande chambre du palais. Une fois de plus, Runa ouvrit brusquement la porte, et fit sursauter la marâtre de la demeure.

Les yeux d'Anaithis s'écarquillèrent alors qu'elle détaillait sa belle-fille, à la fois choquée de la découvrir en vie, mais plus encore alarmée par sa présence ici. Ses sentiments la submergèrent comme une vague de mer agitée : la peur panique précéda les quelques grains de courage qu'elle s'efforça de moudre. Hélas pour elle, il n'y avait aucune échappatoire, et elle l'avait bien compris en constatant la présence des gardes. Ne lui laissant pas le temps de s'expliquer, Runa asséna avec une infinie dureté :

- Mon nom est Runa Sòrselvi, Sehmiraamis, Ameretat, Sūrya, Sraoshaï Salv. En tant que légitime héritière de ce nom, je viens reprendre ce qui m'appartient de droit. Seule maîtresse de cette maison, je vous accuse du meurtre d'Aodhàr Salv, pater familias, et vous condamne à mort sans jugement, par les lois des anciens et mes ancêtres qui ont régis ce palais.

Acculée, Anaithis cherchait un moyen de fuir ou se défendre, en vain. Elle ne put que se confronter à la fureur qui animait les yeux prédateurs de la Fëalocë dont les lèvres frémissaient de rage. Runa avait l'allure du jaguar tapi dans l'ombre, prêt à bondir sur sa proie, salivant d'avance de déchirer ses chairs.
Alors qu'elle s'apprêtait à noyer sa fille adoptive de jurons, sans prévenir, Runa dégaina sa dague et la planta violemment dans le ventre de celle qui lui avait tout pris, autrefois. Accusant le choc et la douleur, elle fut incapable de dire quoi que ce soit, le souffle coupé par la lame qui faisait couler le sang de ses entrailles. Anaithis tenta de porter ses mains à la plaie, mais Runa recommença, encore et encore.. A tel point que sa frénésie l'aveugla, maculée de rouge, elle répéta son geste jusqu'à ce que sa victime ne s'écroule en gémissant, baignant dans une mare aux reflets grenat. La Chevalière Incarnate dessina un profond sourire à la lame dans la gorge de sa marâtre pour l'achever, la laissant étouffer dans son propre sang.
Runa haletait, le corps entier épris de soubresauts sous le pic d'adrénaline donc elle se délectait de l'ivresse.

- Puisses-tu ne jamais trouver le repos, agâr nahr (Insulte que je ne traduirai pas.)

Sarzeghnet, muette, se para pourtant d'un sourire effrayant tandis que les deux gardes n'osaient guère faire le moindre bruit. Des années de sévices effacées d'un revers de la main, ils digéraient néanmoins l'acte de violence auquel ils venaient d'assister. Le plus âgé des deux hommes était moins choqué, plus habitué aux coutumes familiales que son comparse dont le teint avait pâli net.
Runa refreina un vertige tant elle était ivre de sa vengeance accomplie. Fixant sa main tremblante refermée autour de la garde de sa dague, elle éclata d'un rire sincèrement salvateur, ne pouvant se retenir pendant plusieurs longues secondes.

Quand elle retrouva son calme, elle déchira le haut de la robe d'Anaithis puis la remit sur le dos. Elle leva haut sa lame et planta le sternum du cadavre de plein fouet avant de parvenir à lui ouvrir le buste. Runa pénétra une main dans la cage thoracique encore chaude de la défunte puis attrapa son coeur, qu'elle extirpa du corps. Coupant artères et veines épaisses, elle le posa à côté d'elle et ouvrit le livre de son ancêtre Valherue, précédemment logé dans sa besace dont elle était encore affublée.
La jeune femme trempa sa main droite dans la mare de sang qui s'agrandissait au sol puis la passa sur son visage, souillant ce dernier de carmin avec une prestance somme toute bestiale et chamanique.
Runa sembla murmurer quelques mots que nul ne comprit, puis sa main détrempée de vermeil vint se dépeindre sur une page vierge du grimoire maudit.

- Reçois cette offrande, Mère de la Nuit, et apporte mort et souffrance à ceux de son sang, et à tous ceux qui oseront me défier.

Elle se leva, prit le coeur tiède dans sa main, et s'en alla le jeter dans une vasque à feu qui servait à éclairer la pièce. Runa observa l'organe noircir dans les flammes qui semblèrent se délecter de leur repas, crépitantes à l'image du brasier qui siégeait dans les sombres humeurs de la princesse Ssyl'Sharienne. La magie du sang et du sacrifice avait attiré en ses méandres l'âme de la Fëalocë, et elle ne reculerait devant rien pour acquérir plus de puissance, qu'importait le prix à payer.
Après une longue méditation, elle ordonna à ses serviteurs de la jeter par dessus le balcon qui donnait sur de hautes côtes où plus bas rugissait l'océan. Et ainsi, Anaithis disparut.
Peinte de rouge, la jeune femme porta une main ébranlée à l'arrondi timide de son ventre, comme à la recherche de ce qui restait d'humanité en elle.

A compter de cette nuit là, Runa Salv redevint la maîtresse du palais d'Arsuh, reprenant de droit ses titres et son rang.
Elle apprit que Volkahar, son frère cadet, avait été vendu comme esclave dans une de leurs propres mines d'émeraude. La seule réputation de la Fëalocë fit libérer son frère, qui la rejoignit à la demeure des Salv où il tenta de se reconstruire après avoir connu la famine et le travail forcé. Runa échangea de nombreuses lettres avec Thaddeus, leur frère aîné, mais garda secret sa condition où pesaient son coeur et sa raison.



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
- Sic gorgiamus allos subjectos nunc -



Dernière édition par Runa Salv le Jeu 29 Nov 2018 - 19:19; édité 7 fois
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MessagePosté le: Jeu 29 Nov 2018 - 02:00 Revenir en haut

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MessagePosté le: Jeu 29 Nov 2018 - 02:18 Répondre en citantRevenir en haut



* Début Flarmyaku 918, six mois plus tard.


Depuis plusieurs mois, Runa souffrait. Et sa liée souffrait de la voir ainsi.
Elle demeurait alitée la plupart du temps, incapable de se lever ou rester trop longtemps debout sans en subir les conséquences. Si de prime abord elle avait pu s'occuper des affaires commerciales de la famille et de son frère cadet, un implacable affaiblissement la précipita soudainement du jour au lendemain.
Depuis plusieurs semaines, elle lutait contre la fièvre, essuyant de nombreux échecs face aux médecines préconisées dans sa situation. A peine soulagée pour quelques heures, et bien que combative, Runa était rapidement terrassée une fois encore par sa souffrance et sa ferveur. Mais il fallait qu'elle tienne bon, elle se l'était juré en même temps qu'elle avait pris sa décision, six mois plus tôt : elle devait le faire pour son enfant à naître.

Le dilemme avait été grand concernant la vie qui grandissait en elle. Runa avait prit la décision de quitter le Màr Tàralöm dans le but premier d'avorter cet enfant qui naîtrait illégitime, et de sang impur. Enième bâtard d'Alauwyr Iskuvar, Runa s'était persuadée que l'affection du Seigneur Ardent serait vite surpassée par son désir d'abréger à la vie de cette âme innocente, ou même celle de la Fëalocë qui lui apporterait un fils ou fille de plus. Elle ne lui en avait pas touché un mot, gardant pour elle seule ce secret au Kaerl.
Bien vite, elle avait prit ce qu'elle pensait être la meilleure décision pour cet enfant qui n'avait rien demandé, s'interdisant de souiller une fois de plus la lignée des Salv d'un sang-mêlé. Mais au fond d'elle, Runa était bouleversée.

Sarzeghnet et elle eurent de nombreuses disputes à ce sujet. L'Incarnate, en bonne Reine à même d'apporter la vie et la pérennité de sa glorieuse lignée dans son Màr, ne pouvait pas concevoir de mettre un terme à la vie de sa propre progéniture. Elle argumenta ce choix aux yeux de Runa : certes cet enfant ne serait pas un pur Fëalocë, mais son Don aurait de quoi faire frémir certains Maîtres de tous les Kaerls confondus. Et la dragonne n'avait pas tort : le résultat d'une union telle que celle de Runa et Alauwyr ne pouvait que promettre quelque chose de grand.
Puis, peu à peu, les sentiments de la sultane déchue se distillèrent et remplirent une coupe qui ferait pencher la balance d'un côté plutôt que l'autre. A l'instant où elle avait tenu entre ses mains les baies abortives à faire infuser dans du vin, elle avait renoncé.
De nombreuses nuits, elle étouffa ses pleurs dans son oreiller, ne pouvant trancher entre ce que lui dictait sa Raison : en finir ; et son Coeur : être la mère de cet enfant, et l'aimer autant que celui qui en était le père. Runa s'était faite violence, à plusieurs reprises, pour ne pas écrire à Alauwyr et l'implorer de la rejoindre, quelques qu'en fussent les conséquences.
Mais à mesure des jours qui s'égrainaient, la Chevalière se tournait peu à peu vers l'avis de sa Liée : elle le désirait, plus que toute autre chose.

Parfois, Sarzeghnet avertissait Runa de la proche présence d'Alauwyr. Il était à sa recherche, et elle ne cacha pas son inquiétude. Néanmoins, en plus du sortilège tracé à l'entrée de la demeure Salv, l'Incarnate la rassura : Alauwyr ne pourrait pas la trouver sans l'aide de son Lié, et quand bien même fallait-il encore que Sarzeghnet acceptât de laisser des indices sur sa présence.
Le Seigneur Ardent n'était pas loin, et Runa en eut le coeur brisé de devoir l'ignorer.

Hélas, la jeune femme ressentit rapidement de fortes douleurs, présageant certainement le pire à venir.
Elle se heurta à des sentiments nouveaux, chargés par le poids de son futur rôle de mère. La peur de le perdre, ce petit bout de vie grandissant en ses chairs, devenait sa plus grande préoccupation. Car combien savaient la difficulté à mener à terme la grossesse résultant d'un amour mêlant deux races..
Sarzeghnet ne pouvant maintenir trop longtemps sa forme humanoïde, avait trouvé refuge dans une caverne creusée par l'érosion de l'océan le long des côtes, non loin du palais. En colère de se sentir aussi démunie et trop peu présente pour sa bipède, elle tâchait d'économiser son énergie pour la rejoindre ou lui offrir ne serait-ce qu'une once de sa propre vitalité. Bien que satisfaite du choix de sa liée, la dragonne avait vite compris que le bébé n'aurait que peu de chances de voir le jour aux vues de la tournure des évènements. Pourtant, elle s'interdisait de le confier à son âme-soeur..

Les rares moments plus légers, tous spéculaient sur le sexe de l'enfant, dont les coups de pieds plutôt vigoureux rappelaient ceux d'un garçon pressé de voir le jour. Mais la ventrière, malgré toutes ces théories, était certaine qu'il s'agissait d'une fille. Les paris furent ouverts jusqu'au jour-J.

Puis la douleur se fit de plus en plus virulente. La Fëalocë devait affronter crampes et contractions par un repos forcé, imposé par la ventrière qui taisait son pessimisme. Runa dut avaler de nombreux breuvages corsés et amères, certains pour luter contre la souffrance et la fièvre, d'autre contre les tensions qui déchiraient le bas de son ventre, sans grand effet. Il fallait tenir bon encore quelques semaines. Quelques semaines d'un interminable calvaire.
Volkahar tenait souvent compagnie à sa soeur, dormant parfois dans l'imposant fauteuil qui trônait au coin de la chambre de la jeune femme. Ils parlèrent autant que Runa fut capable de tenir une conversation, évoquant leur enfer mutuel, Tol Orëa, Thaddeus, mais aussi le plus honteux secret de leur défunte mère : Lokath, fils bâtard et illégitime qui la tua en couches et qui fit sombrer leur père dans la tourmente. Parfois, ils ne parlaient même pas, et se contentaient de se satisfaire de la présence de l'autre.
Malgré tous ses défauts, Runa éprouvait un amour sans failles à l'encontre des siens, et se révélait être une véritable louve envers quiconque nuirait à l'un d'entre eux.

Souvent, seule, la jeune femme entendait le livre de son ancêtre Valherue l'appeler, comme déjà plusieurs fois auparavant. Dans un premier lieu réticente, elle céda sous l'insistance de la voix qui en émanait, sans trop comprendre en quoi son ancêtre disparue pourrait lui venir en aide.
Elle ouvrit l'énorme manuscrit, tentant de le tenir à la force de ses bras peu énergiques, et se laissa guider par un instinct viscéral. Page après page, elle vit défiler sortilèges et incantations pour finalement arriver à un rite inscrit dans les chapitres les plus sombres de l'ouvrage. Runa parcourut les runes et lettres tracées à l'encre noire sur le papier ondulé et usé, murmurant ce qu'elle lisait comme pour s'aider à mieux comprendre ce qui était écrit.

- Aan laas fah aan laas -
Une vie pour une vie

Lorsqu'elle comprit, elle referma immédiatement le grimoire. La magie de Vie et de Mort était encore trop taboue pour elle, et elle se refusait à corrompre une âme encore vierge et pure. Pourtant, avec le recul, elle aurait dû le faire..

Enfin, par un étouffant crépuscule d'été, la délivrance arriva.
La ventrière fut appelée tandis que les servantes faisaient chauffer de l'eau et apportaient des linges secs. Sarzeghnet se précipita au chevet de sa liée, serrant fermement sa main dans la sienne, épongeant son front de la sueur qui y perlait abondamment. Bien que ses yeux fussent morts, un halo terne trompait son inquiétude.
Volkahar se mit à faire les cent pas devant la chambre aux portes closes, impatient d'entendre s'époumoner celui ou celle qui ferait de lui un oncle. Mais les hurlements de douleur de Runa auguraient un drame. Les servantes entraient avec des draps d'un blanc immaculé et sortaient en courant, les bras chargés de linges imbibés de sang, afin d'en quérir d'autres.
La matrone dissimulait difficilement sa démunission mais s'acharnait à tout tenter.

- Sauvez la ! Invectiva Sarzeghnet, folle de colère et effrayée, les opales presque rougeoyantes malgré sa cécité.

Peu à peu, Runa sentait ses forces la quitter. Son teint d'un naturel pâle devenait livide tant elle avait perdu de sang, les yeux à demi révulsés, haletante et trempée de sueur par l'effort. La sage-femme lui ordonnait de pousser, sans qu'elle y parvint. Sa respiration se faisait de plus en plus lente, et sa vue se troublait face à l'effervescence autour d'elle. Après chaque clignement de paupières, elle distinguait moins chaque visage, n'entrevoyant plus que des brides de couleurs sans formes qui se mouvaient trop vite pour elle.
Sarzeghnet, éperdue, s'immisça dans l'esprit de sa bipède, à la recherche de n'importe quoi qui saurait lui venir en aide.

..Aan laas fah aan laas..

L'Incarnate n'entendit pas immédiatement l'appel d'Amtziri-Surya, jusqu'à ce que celui-ci se fasse de plus en plus insistant. Retournant la chambre à la recherche du livre, la dragonne se laissa guider par le vrombissement qui émanait de l'artefact Valheru. Au même moment, Runa perdit connaissance, trop faible. Il était temps d'agir.

- SORTEZ TOUTES ! SORTEZ TOUTES !

Possédée par la folie et le désarroi, la saurienne terrifia tout le monde. Sarzeghnet, affolée, vola la vue de sa Liée, et à l'instant même le livre sous influence occulte s'ouvrit à la page du rituel que Runa s'était interdit. Son âme se lia à celle de sa bipède afin de pouvoir exécuter le sortilège. La dragonne lut d'un trait les instructions avant d'y suivre ce qui était indiqué, l'esprit troublé par la panique et la dégradation de la Fëalocë.
L'Incarnate traça sur le ventre plein de Runa, du bout de son doigt trempé dans le sang de sa bipède, le glyphe complexe qui lui permettrait de la sauver, dût-elle y faire un immense sacrifice.

Une Vie pour une Vie,
Une Vie pour une Vie,
Une Vie pour une Vie,
Je t'offre cette âme dussè-je en accepter sa mort pour prix,
A condition que des abysses tu sauves celle-ci..


***




Runa rouvrit les yeux plusieurs heures plus tard, épuisée. Elle tenta de se redresser, en vain. La tête lourde et l'esprit embrumé, elle tâchait de faire le point sur ce qui se trouvait autour d'elle malgré sa vision floue et imprécise. Ses cheveux humides collaient à sa peau nue couleur clair de lune comme le feraient ceux d'une naïade émergeant d'un lac aux eaux tièdes et cristallines.
Immédiatement, elle chercha de ses mains le contact de son ventre rond qui n'était plus là. Si impuissante, elle puisa néanmoins la force en elle de chercher autour d'elle la présence de la ventrière et de son enfant. Ses sourcils se froncèrent, ne comprenant pas l’interruption glaciale dans laquelle s'était plongée la chambre..
Volkahar était là, au pied du lit, les traits tirés et brisés par l'affliction. Il accorda un regard dérobé à sa soeur, cherchant quelque chose à dire, mais ses lèvres en furent incapables. Au fond d'elle, la Fëalocë comprit mais ne l'accepta pas. Sa voix presque éteinte peina à s'élever de sa bouche sèche.

- Où.. Où est mon bébé ? Pourquoi est-ce que je ne l'entends pas pleurer ?

Sarzeghnet approcha, lentement, apportant avec elle un air si anéanti, le visage bas, les bras chargés d'un linceul blanc..

* Je suis désolée, ma soeur.. *

Runa éclata en sanglots, tremblante de fatigue et accablée de la plus infinie des douleurs qu'une mère pouvait connaître. Ses hurlements déchirants de chagrin résonnèrent dans tout le palais, précipitant la demeure dans les ombres du deuil. La lueur brûlante de ses yeux avait laissé place à des pierres couleur de cendre noyées de ses larmes. Sarzeghnet vint doucement vers elle et lui tendit le nourrisson, délicatement enveloppé de lin sans teint.
La jeune femme détourna la tête, et après une hésitation, l'amena contre elle et le berça, pleurant de tout son être au dessus des petites paupières à jamais closes du sang de son sang.

* C'était une petite fille. *

L'ambre humide des iris de la Fëalocë se riva sur le corps, si frêle et pâle. Ses lèvres frémissaient pour mieux l'aider à retenir ses larmes, mais elle parla avec douceur et assurance, lentement, maternelle.

- Ashaïrah.. Ma si petite Ashaïrah.. Ma princesse..

Volkahar quitta la pièce, meurtri, supportant difficilement la cruelle vision qui s'offrait à sa vue par ce que le destin venait de reprendre à sa soeur aînée. A contre coeur, Sarzeghnet dut se résigner à partir pour reprendre sa forme draconique, trop épuisée pour maintenir sa silhouette humanoïde. Gardant le secret sur ce qu'elle avait fait pour sauver sa bipède, elle s'en alla survoler l'océan loin de la vue des Hommes, à la fois peinée et ivre de colère. Elle avait le sentiment d'avoir perdu une couvée toute entière.. Si elle ne regrettait pas le moins du monde ce qu'elle avait fait pour sauver sa liée, la voir ainsi blessait sa propre âme à un point qu'elle n'aurait pas imaginé quelques mois en arrière. Leur lien était devenu si intense depuis leur exil que l'Incarnate elle-même ne se l'expliquait pas. Flarmya ne les avait pas unies en vain.

Seule avec sa fille plongée dans un mutisme éternel, peu à peu les larmes de Runa se tarirent alors qu'elle la pressa contre sa poitrine. Ses doigts parcoururent les quelques rares mèches de cheveux blancs fins comme des fils de soie, les enroulant autour de ses phalanges à la délicatesse incommensurable. La gorge serrée par les pleurs de son âme, Runa fredonna l'air d'une berceuse que lui chantait sa mère. Elle ne parvenait pas à détacher son regard de cet être qu'elle avait senti grandir en elle neuf mois durant, et malgré toutes les souffrances qu'elle avait subi, rien n'aurait pu amenuiser tout l'amour qu'elle ressentait pour elle.
Ashaïrah était si belle..

Et il n'y eut plus que le silence.

***



* Fin Flarmyaku 918.


Les bras croisés, adossée au montant du balcon, Runa fixait le lointain horizon tracé par la frontière entre l'océan et le ciel. Son regard éteint et rougi par le chagrin s'accrochait à ce morceau de paysage sans pour autant réellement le voir. La caresse chaude du vent du désert faisait onduler sa longue chevelure andrinople détachée au rythme de carillons de coquillages accrochés au dessus d'elle. Nue de bijoux, un seul apparat laissait refléter le soleil sur son enveloppe d'or pur : la Fëalocë portait autour de son cou un médaillon renfermant une mèche de cheveux de sa petite fille sous un écrin de verre.
Silencieuse, presque fantomatique, Runa avait recouvré un peu de ses forces, mais son coeur d'ordinaire embrasé n'était plus que gel et givre. Elle aurait donné Rhaëg entier en pâture à l'apocalypse pour tenir sa fille, l'entendre pleurer et gazouiller dans ses bras.. Mais hélas, il était bien trop tard pour ça..

Ses pérégrinations mentales et muettes furent interrompues par le timbre sérieux de sa liée, qui osa difficilement s'adresser à elle.

* Il est là. *

Runa inspira profondément puis baissa la tête en caressant de la pulpe de ses doigts le médaillon d'or pendu à son cou. Elle chassa de son index les quelques larmes qui roulèrent le long de ses joues aux courbes dénuées de joie. Le parfum du sable, des étals du marché et des embruns lourds de sel ne lui apportaient aucun réconfort. Elle n'avait plus qu'en mémoire l'odeur des volutes de fumée blanche qui emportèrent le corps éternellement endormi de sa fille pour l'Autre-Monde.

* Je sais. Laisse le venir.. Il a le droit de savoir. *

Alauwyr pourrait bien la tuer, le coeur de Runa ne battait plus depuis qu'elle avait offert le corps sans vie de sa fille au bûcher funéraire.



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
- Sic gorgiamus allos subjectos nunc -

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Alauwyr Iskuvar
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MessagePosté le: Dim 9 Déc 2018 - 11:00 Répondre en citantRevenir en haut

L'humain ne comptait plus le nombre de jours qu'il avait passé à suivre des rumeurs quand à sa cible à trouver. Il s'était envolé du Kaerl Ardent sans prévenir personne, pas même le gardien, d'un objectif qi l'obsédait depuis plusieurs mois ; voir même plus. Un objectif qui le prenait au coeur et à l'âme depuis trop bien longtemps. Même son lié cendré évitait d'aborder le sujet depuis qu'elle était partie du Màr. Même si cela ne se voyait pas à la surface de son visage sévère et froid, même si tous les êtres vivants qui lui devaient obéissance ne pouvaient lire en lui, ou comprendre les émotions qu'il n'affichait jamais, il y avait quelque chose qui s'était brisé en lui quand elle était partie, lui laissant une simple lettre pour résumer son départ...Une lettre qu'il portait sur lui, pendant qu'il portait de son regard d'ébène le lointain sablonneux, sa cape virevoltant dans le vent chaud et sec de son pays natal.

A croire que le destin lui vouait un début et une fin au sein même du Ssyl'Shar. Un début brutal pour une fin déchirante pour un enfant du désert.

Alauwyr rabattit sa capuche et descendit de la dune sur laquelle il se trouvait depuis un bon moment, rejoignant un homme portant une tenue de nomade, tout comme l'humain.

°Tu penses qu'elle est dans cette cité ? °
°Oui, et tu ne me feras pas changer d'avis°
°Alauwyr.... cela fait plus d'une semaine que nous menons ces recherches sous le soleil de plomb. Je ne remets pas en question le fait que tu avais envoyé des hommes pour chercher la moindre information. Mais permets moi de douter du bien fondé des rumeurs que tu as pu récolter. Tu sais comme moi ce que valent les rumeurs... Et il y a le Màr qui requiert la présence de son Seigneur. °
°Ne me fais pas la morale, à l'égal de Seregon ! °
°Pardonne moi mais.... °
°Il suffit ! Tu es sans doute mon lié, nous partageons beaucoup de choses, et ce depuis que le Don nous a réuni, mais cette fois, Estenir, tu es dépassé par ce que je ressens. Tu ne pourras pas comprendre. Le jour où tu as tenté de le faire, quand elle était là, cela a manqué de virer à la catastrophe pour nous deux ! Veux tu revivre cela ? °


L'humain encapuché baissa la tête et la hocha.

°Non... Mais écoute moi malgré tout. Si elle était là, je l'aurai senti depuis le temps, ne crois tu pas ? °

Le silence de son lié à la suite de cette pensée apporta la confirmation que le maître noir n'était pas certain de ce qu'il suivait. Pourtant, Alauwyr ne quitta pas des yeux son lié transformé en humain.

°Tu oublies qu'elle s'est liée à une puissante Incarnate. Aveugle mais pas dépourvue d'intelligence. Si tu as su trouver le moyen de cacher ma présence aux sens des autres dragons, elle saura le faire aussi. N'oublie pas que ce n'est pas l'âge qui permet à un dragon de trouver les souvenirs dans la Mémoire des dragons. °

Estenir se rembrunit. Même si son lié avait raison sur ce point, c'était presque vexant de l'entendre dire de la bouche d'un bipède. Mais il garda le silence, car il ne ferait que contrarier plus encore son lié. Il sentait une certaine forme de frustration en lui. Et lui, ce qui le désemparait était qu'Alauwyr lui fermait l'accès à ce qu'il ressentait à l'égard de Runa. De la haine ? De l'amour ? L'envie de la retrouver était fort, mais il ne pouvait savoir les motivations qui le poussaient à la rechercher, après avoir une brève information de son passage dans les environs.

°J'irai dans la cité demain°
°Veux-tu que je vienne ? °
°Non. Mais reste à portée de mes pensées, pour que tu interviennes si j'en ai le besoin°
°Tu ne sauras pas sentir la présence de sa liée°
°On a su s'en passer et je m'en passerai encore. Ce n'est par une Reine-Dragonne qui se mettra en travers de ma route. °


Estenir s'inquiéta plus encore à cette pensée. Alauwyr était un homme déterminé comme buté. Quand il avait une idée en tête, il était impossible de l'en détourner. Et ce qui le désemparait encore était qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il ferait une fois qu'il sera face à face avec Runa. Pour la première fois de sa vie de dragon, il était incapable de comprendre son lié.

Alauwyr rabattit sa cap sur les épaules et prit la direction de leur campement. Dans ces régions désertiques où il avait acquis une sinistre réputation par le passé, il provilégiait la discrétion que le grand éclat. Le Chevaucheur de Démons hantait toujours les esprits, même s'il ne se présentait plus comme tel. Seule sa longue crinière blanche comme les montagnes silencieuses et immortelles pourrait rappeler l'image terrible qu'il était donné par le passé. Mais aujourd'hui, il n'avait aucune envie d'endosser ce rôle. Bien d'autres choses accaparaient son esprit. Demain, il sera face à elle, il le savait au plus profond de son être.


*******


Même au sein des murs épais de l'immense et somptueuse bâtisse, on sentait l'air frais qui venait des embruns qui se fracassaient non loin de là. Une touche d'humidité dans un monde de sécheresse perpétuelle... voilà qui aurait pu apporter l'inspiration à des poètes néophytes étrangers. Mais ce n'était pas un écrivain de vers sur parchemin qui avait franchi l'entrée majestueuse, se fichant des gardes en faction, que d'un regard menaçant avait suffi à leur imposer de demeurer sur place. Ou alors, peut être était-ci par le port de sa lame aussi sombre que ses yeux dépourvu de toutes émotions, la tenant fermement dans sa main gantée de cuir aussi noir que la nuit sans étoiles.

Dans la demeure, il y aurait de quoi se perdre. Mais instinctivement, Alauwyr savait où se rendre. Etait-ce le destin qui lui soufflait où se rendre ? Ou parce que la présence de la Reine Incarnante, Sarzeghnet, ne préservait plus ce qui découlait de la personne de Runa ? Chose certaine était qu'il n'avait pas besoin d'Estenir pour suivre quelque chose. Et chacun de ses pas le menait vers sa cible, vers la finalité de ses recherches.

Silence dans les airs, silence dans ses pensées... silence dans l'environnement qu'il alourdissait de sa venue. Quelques âmes vivantes croisèrent sa silhouette, se cachant de lui ou pour aller chercher du renfort. Qui sait... Alauwyr s'en préoccupait pas. Il trouva des escaliers, qu'il emprunta. Il arrivait vers elle, il le pressentait.

Quand il arriva là où il devait arriver, la porte était ouverte. Guère méfiant, il y pénétra. C'était un homme vêtu comme un Nomade du Désert, tout de noir pour le tissu qui composait la tenue. L'épée toujours en main, ses yeux ténébreux et froid se posèrent immédiatement sur une silhouette aux courbes parfaites, qu'il connaissait pour les avoir parcouru avec une douceur qu'il n'avait jamais eu à exprimer avant que ce ne soit elle et personne d'autres qui lui vole le coeur ; un coeur qui battait pour le froid des sentiments pourtant.

Elle s'était retournée, lui faisant face. Au lieu d'une femme fière et prête à se battre, à lui tenir tête comme elle savait si bien le faire, au détriment de sa propre sécurité, l'homme encapuchonné contempla une femme, qui malgré tout la magnificence qui émanait d'elle et de sa tenue sobre mais brillante, était éteinte et brisée.

Quelque chose s'était produit, pour que s'éteigne cette flamme si ardente si mordante qu'il avait connu dans son regard rougeoyant. Même la couleur de ses yeux étaient ternes et vides. Et pourtant, Alauwyr ne cillait même pas, dardant toujours ses deux prunelles abyssales vers celle qui s'était enfuie moins de lui. Il sentait sur l'instant la surface rugueuse de la lettre qu'elle lui avait laissé, à même sa peau sous sa tunique. Ses doigts serrèrent la poignée de son épée, émettant un doux craquement de cuir. De sa main libre, il repoussa la capuche qui rejetait une ombre effrayante sur les traits de son visage. Une cascade de cheveux blancs tombèrent sur ses épaules.

Il se tenait là, droit et glacial, tel un exécuteur qui venait accomplir la mission qui le minait depuis des jours. Aucun mot de franchissait les frontières de ses lèvres et sur l'instant, il était impossible de savoir ce qu'il ressentait. Impavide, imperturbable, il était tel l'homme qu'on redoutait de croiser. Il était comme la Mort elle-même, venue chercher l'âme qui le fuyait.

Il se rapprocha de Runa, pour n'être qu'à une portée de bras de la saisir. Et encore, la distance était bien plus raccourcie que cela. Il la dominait de sa taille et de l'indifférence qui couvrait toujours son masque émotionnel. Il n'eut qu'à tendre sa main gantée libre pour tenir le menton de la jeune femme qui avait été sienne et plongea l'obscurité dans ses braises quasi-éteintes. Un spectateur invisible peinerait à voir en ces deux êtres qu'il y avait eu quelque chose. Il ne songerait qu'à la finalité d'une vengeance ou d'un odieux règlement de compte. Et par le passé, Alauwyr était tel que maintenant, avant de tuer ses proies. Etait cela là qui produira ?

Alauwyr finit par briser le silence pesant.

''Pourquoi ? ''

Son bras armé se mouva. Le temps parut se figer. L'épée fendit l'air.... pour aller terminer sa course sur le sol dallé, freinée par un lourd tapis posé non loin. Le Maître noir venait de jeter son épée pour libérer sa main et porter celle-ci avec sa jumelle sur les épaules graciles de la Fealocë. Son visage parut changer, se métamorphoser, pour afficher un air plus.... humain. Et sans rien dire de plus, il la prit contre lui, avant de tomber à genoux avec elle dans son étreinte. Dans son geste, il avait fermé les yeux et on avait senti un léger tremblement dans ses bras. Et il serrait Runa contre lui, dans une étreinte qui en disait long sur l'état émotionnel de l'Ardent. L'homme qui tuait de sang-froid, qui portait le nom de Chevaucheur de Démons, qui tenait les rênes du pouvoir sur le Kaerl Ardent n'était plus cela. Il était un être humain qui tenait contre lui une femme qui souffrait. Il était devenu un homme aux songes émotionnels qui l'assaillaient et qu'il laissait agir sur lui, pour essayer de prendre avec lui la peine et le désespoir de Runa. Voir ce qu'elle était à son arrivée, de lire cette tristesse sans nom sur ses yeux éteints et vide de toute vie avait brisé le mur de glace derrière lequel il s'était réfugié.

Le Chevaucheur de Démons, cet être immonde et indestructible n'était qu'un homme et il l'exprimait dans toute la douceur de l'étreinte qu'il avouait en tenant Runa contre lui.



Runa Salv
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MessagePosté le: Dim 9 Déc 2018 - 16:10 Répondre en citantRevenir en haut

HRP / J'ai intégré Estenir sous forme humanoïde à un moment donné et je l'ai légèrement PNJsé, si cela te dérange dis moi et je ferai autrement, il me fallait un prétexte pour pas que Sarz se jette sur Alauwyr..



Comme la nuit tombait, Runa ressentit l'arrivée d'Alauwyr entre les murs de sa demeure, mais ne bougea pas d'un cil. D'une certaine façon, elle était prête à recevoir son châtiment, faisant peu fi de la présence d'une Sarzeghnet qui la protégerait quoi qu'il en fusse. L'air s'était chargé d'un parfum plus lourd, mêlant le métal, le lin et la sueur, bien loin des effluves évanescentes d'encens de cinéraires bleues et de cyprès aux vertus apaisantes pour le deuil.
Alauwyr trouverait un palais d'or et de marbre pourtant plongé dans des atours des plus funéraires. Même les servants semblaient effectuer leurs tâches quotidiennes à pas de chat, craignant constamment de faire trop de bruit au goût de leur maîtresse blessée jusqu'à l'âme.
Les gardes s'affolèrent de prime abord, avant de comprendre que le sortilège de leur Dame avait été volontairement rompu, sans quoi l'inconnu n'aurait pu pénétrer les lieux. Sans un mot, il se rassemblèrent, et suivirent à distance la silhouette menaçante d'Alauwyr.

Bien que guidé par un instinct décidé, le Seigneur Ardent était amené jusqu'à Runa par l'ordre silencieux de Sarzeghnet, qui sentant toute la colère de l'Humain se prépara à devoir y mettre un terme. La Dragonne, bien qu'affaiblie, fournit un effort considérable et supplémentaire afin de rejoindre sa bipède, sans pour autant lui signifier sa présence. Dans un recoin plus sombre de la pièce, elle se tenait là, tapie, l'épée à moitié sortie du fourreau. Si elle devait tuer, elle tuerait, en voulant déjà assez à l'Humain car d'une certaine façon il avait participé à tout ce drame.
Au fond d'elle même, l'Incarnate espéra ne pas en arriver jusque là, mais rien ne l'empêcherait d'agir. Ses sens exacerbés liés à sa condition au dessus des mortels, elle l'entendit approcher quelques secondes avant Runa.

La Fëalocë était toujours figée, contemplative d'un océan calme aux couleurs allant d'un camaïeu de bleus plus purs les uns que les autres. Un frisson lui parcourut le dos des reins à la nuque à l'instant où il était entré dans sa chambre, sans que pour autant elle ne changea de position. Il était difficile de dire si elle n'osait pas le regarder par une forme de honte ou si elle craignait de le faire, si différente des jours qu'elle avait passé en sa compagnie avant de prendre la route du Ssyl'Shar pour un exil où elle avait tant perdu.
La jeune femme demeura ainsi, plusieurs interminables secondes, redoutant la confrontation à venir, la tête baissée sur le précieux médaillon qu'elle portait autour du cou. Puis, inspirant à peine, elle osa enfin lever les yeux sur lui, et se heurta à un mur d'obsidienne glacé qu'elle avait jadis trop bien connu. Si d'ordinaire elle aurait feint sa plus belle fierté dardé du dédain coutumier à sa prestance, Runa n'en n'avait pas la force. Elle ne l'avait plus.
Sa longue et ample robe de soie noire dansait à peine parmi les courants d'air qui s'infiltraient dans le palais, et les deux joyaux qu'étaient ses yeux de nature si flamboyants n'étaient plus que deux foyers éteints, où deux rivières taries laissaient perler quelques larmes aux abords usés par un profond chagrin.

Habituellement si belle, à en faire pâlir les déesses, Runa n'était plus qu'une ombre perdue sur l'écume du temps.

Le regard si dur et cruellement froid d'Alauwyr était une énième plaie pour elle, une meurtrissure qui la planta droit au coeur comme le ferait un poignard à la lame taillée dans le givre. Pourtant, dans un semblant d'effort, elle simula l'ignorance, malgré tout le néant qu'offraient les opales noires des yeux du Seigneur Ardent.
Runa avait tant espéré un autre regard, d'autres retrouvailles, mais comment pouvait-il en être autrement ? Plus de neuf mois de cela, elle avait fui le Màr et son aube de grenat, comme le soleil chassait brumes et spectres à chaque aurore, ne laissant que pour trace une lettre écrite de sa main pesant plus lourd de secrets que de révélations. Elle n'avait pas trouvé le courage de lui dire la vérité, elle ne pensait pas partir si longtemps, ni que le prix à payer serait si élevé.

Souvent, la jeune sultane déchue avait imaginé la réaction d'Alauwyr, certainement des plus véhémentes en raison de son départ sans raisons, sans un au revoir. Elle l'avait tant rêvé, déchirant sa lettre, retournant son weyr dans une furieuse colère, ne jurant que par le trépas de celle qui l'avait abandonné. Pourtant en son coeur, si fragile et si fort à la fois, elle n'avait espéré que sa compréhension et son pardon.

Un instant, le regard éteint de Runa s'égara sur le poing serré d'Alauwyr, prêt à dégainer son épée pour mettre fin à leurs tourments mutuels. Et la ferveur ardente de la Fëalocë s'étiola pour ne plus laisser place qu'à un profond désir de délivrance. Mais sa liée, Incarnate possessive et agressive, sortit à peine de l'ombre de la pièce, dévoilant l'éclat d'une longue lame d'argent pour s'opposer à ce sacrifice. Elle n'avait pas sauvé sa bipède pour la voir mourir maintenant ! Sans rien dire, sans même élever une pensée à l'encontre de l'Humain, elle enroula son âme d'Incarnate autour de la sienne comme le ferait un serpent constrictor, menaçante, prête à le dévorer.

Runa avait ressenti la présence de sa liée mais ne la vit qu'à peine, comme hypnotisée par la présence du père de sa défunte fille. Lorsqu'il dévoila enfin son visage dissimulé par une large capuche, son coeur manqua un battement. Son visage, si sombre, portait les traits d'une personne affligée. Quiconque ne le connaitrait pas un tant soit peu fuirait face à la crainte qu'inspirait son faciès de statue digne de Kaziel. Il était fatigué, ivre d'une étrange colère indescriptible que même Runa, dans ses pires moments, n'avait jamais connue. Celui qu'elle appelait son démon aux cheveux d'argent semblait tout droit sorti des Limbes pour l'emporter avec lui.

La jeune femme lui fit face, sans le moindre sentiment accroché à son visage si pâle. Dans sa main droite, elle serrait toujours le médaillon d'or qui renfermait une particule de son coeur et de son âme. Alauwyr avait des atours de Faucheur, et d'une certaine façon Runa accueillait la Mort sans rechigner à, pour une fois, s'incliner et accepter le coup du sort.
Leur silence fut mutuel. Long. Lourd. On pouvait presque entendre Sarzeghnet feuler pour seule mélodie dans la pièce.
Lorsqu'Alauwyr s'approcha de Runa, Sarzeghnet fit un pas à son tour, pourtant stoppée nette par un Estenir tout aussi torturé que son bipède. Runa tremblait, plus par fatigue que par peur. Il était temps d'en finir une bonne fois pour toutes.

Alors qu'il la dominait d'au moins deux têtes, elle préféra ne pas lever les yeux en sa direction, comme écrasée et soumise, n'attendant plus que l'instant où la pointe de l'épée la traverserait de part en part. Mais lorsqu'il attrapa son menton par sa main gantée au cuir lisse mais tiédi par le contact de sa peau, la jeune femme ne put s'empêcher de sonder les miroirs de l'âme de celui qu'elle aimait. L'or et la pierre se mêlèrent en une étrange danse qui sembla les transporter eux deux seuls dans un autre monde. Le temps se suspendit autour d'eux : ils avaient connu tant d'émotions, tant de sentiments, de la haine viscérale à la foudroyante passion d'un amour tabou, le dernier avait été vainqueur, les menant, hélas, à ce point de non retour.

Leur mutuelle contemplation, haineuse de la part d'Alauwyr, éteinte de la part de Runa, fut brisée par la voix puissante et virile du Seigneur Ardent qui trancha le silence avec fermeté.

- Pourquoi ?


Mais sans pouvoir répondre, Runa entraperçut à peine l'épée s'élever en l'air pour asséner son courroux. Elle retint son souffle et ferma les yeux, prête. Sarzeghnet fendit l'air pour se jeter sur l'Humain, mais fut une fois de plus arrêtée par un Estenir sous forme humanoïde qui la bloqua fermement par les deux bras, par derrière elle.



Runa posa à nouveau ses yeux sur l'Humain, qui avait tant rendu les armes physiquement que mentalement. Le contact de ses mains habillées de gants sur ses épaules la fit frémir, partagée entre le soulagement et l'abandon. En la serrant contre lui, la Fëalocë se mit à pleurer, abdiquant à son tour. Il y avait un instant, elle était prête à mourir par sa main pour mettre un terme à leur supplice, mais force était d'avouer qu'elle l'aimait tant qu'elle suppliait en silence cette étreinte dont elle avait tant besoin au regard des derniers évènements.
Tous deux se laissèrent tomber à genoux, renonçant une fois de plus face à ce qui était plus fort qu'eux.

Malgré sa propre faiblesse, la sultane déchue sentit toute la détresse d'Alauwyr. Elle savait que depuis son départ, malgré ses avertissements, il s'était mis en tête de la retrouver. Souvent, il avait été proche du but, sans jamais pouvoir l'atteindre en raison des sortilèges de la Fëalocë et de la mémoire ancestrale à laquelle Sarzeghnet avait eu accès, lui permettant de dissimuler leur présence. Le Maître Noir n'était plus qu'un Humain, sans tout son pouvoir, sans sa légende. Il n'était plus qu'un être de chair et de sang qui souffrait, lui aussi. Il la serrait contre lui, à la fois avec force et émoi, les tressaillements de ses bras trahissant son ébranlement.

Alors que les larmes de la Fëalocë roulaient abondamment le long de ses joues creusées, elle l'enlaça ardemment, passant ses bras par dessus son cou, le serrant de toutes les maigres forces qu'elle avait recouvré. Tâchant d'étouffer ses pleurs en enfouissant son visage dans la nuque de l'Humain, la jeune femme se laissa enfin pleinement aller. Voilà tout ce qui lui avait manqué : ses bras, son épaule pour pouvoir pleurer. Nulle femme n'aurait été capable d'avoir à endurer ce deuil seule, mais elle avait dû y faire face sans sa compagnie.
Ils demeurèrent ainsi de longues minutes, sans un mot, se satisfaisant l'un l'autre de leur présence, le silence seulement troublé des sanglots essoufflés de la jeune femme.

Runa releva le visage, trempé de larmes, les traits tirés par la douleur. Et après une hésitation, sa voix tremblante et sans chaleur fit cesser ses pleurs.

- Je.. Je suis désolée..

Ses mains, diaphanes, vinrent recouvrir ses yeux à l'éclat perdu. Elle chercha en elle la façon de lui dire tout ce qu'elle avait vécu, comment lui annoncer la raison de sa détresse. Un instant, son dos se voûta alors qu'elle se recroquevilla sur elle-même, comme le ferait une proie blessée qui se laisserait dévorer par les loups.
Ses doigts tremblants passèrent dans la chevelure de neige d'Alauwyr, attirant son front pour le coller au sien, ses paupières se fermèrent un instant, si épuisées de ne savoir comment mettre un terme aux flots de larmes qui s'en écoulaient. D'un timbre toujours serré par l'émotion, elle poursuivit.

- Je n'ai jamais voulu t'abandonner.. Je t'aime tant..

Elle se pinça la lèvre inférieure et se mordit l'intérieur de la joue, avant de le regarder droit dans les yeux, à la recherche d'une bride de réconfort avant ce qu'elle s'apprêtait à lui annoncer. Son coeur battait si fort qu'Alauwyr pourrait le sentir dans leur étreinte.

- J'attendais un enfant de toi.

Runa baissa à nouveau les yeux, et sembla se perdre, à la recherche de quelque chose à observer pour éviter le regard d'Alauwyr, dont elle préférait ignorer la colère ou la tristesse, pour l'heure.

- Et.. je.. Je ne pouvais pas t'offrir un énième bâtard. Je ne savais pas ce que tu ferais de moi en apprenant ça. Au début, il était hors de question que je mette cet enfant au monde, un enfant illégitime, un sang-mêlé.. Alors je suis partie, pour y mettre un terme, loin des soupçons du Kaerl..

La Fëalocë attrapa une des mains d'Alauwyr et la serra entre les deux siennes.

- Mais c'était notre enfant. Et finalement, je l'ai désiré, si tu savais comme je l'ai désiré ! Des larmes coulèrent de ses yeux, qu'elle ne chercha pas à chasser. Je voulais cet enfant, parce qu'il était de toi.
J'ai souffert mille maux des mois durant, mais je n'en n'avais cure tant que je pouvais connaître le bonheur d'être mère.


Puis il y eut un silence qui sembla long. La Fëalocë peina à déglutir, s'efforçant encore une fois de ne pas éclater en sanglots.

- Mais le destin en a voulu autrement.
Runa lui tendit le médaillon d'or pendu à son cou et l'ouvrit, dévoilant une petite mèche de cheveux blancs sous une fine coque de verre. C'était une petite fille.. Ashaïrah.. Elle a failli me coûter la vie en voulant voir le jour, mais de nous deux c'est elle qui ne put luter..

Ses lèvres se tordirent pour s'aider à étouffer son chagrin.

- Je sais que tu n'aurais pas voulu d'elle, tu dois déjà avoir tellement d'enfants de part le monde. Mais tu n'as pas idée à quel point je l'ai aimée à l'instant où je l'ai sentie bouger en moi.. Elle n'a même pas poussé un cri, ni pleuré une fois.. Runa marqua une pause, lourde de signification. Tu aurais dû la voir.. Elle était si belle..

Puis à nouveau, elle se recroquevilla, comme une fillette, sanglotant. De sa voix étouffée ne s'éleva plus que quelques mots à peine audibles.

- Pardonne-moi.. Qu'aurais-je dû faire ?

Sarzeghnet quant à elle, avait rengainé son épée, lentement, l'humeur aussi peu enjouée que sa bipède. Plus dure était encore la raison de son mutisme, car c'était elle qui avait sacrifié le nourrisson pour sauver sa bipède.



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
- Sic gorgiamus allos subjectos nunc -

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