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Amaélis Yodera
Chevalière Errante
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MessagePosté le: Dim 16 Sep 2018 - 22:09 Répondre en citantRevenir en haut

&

Chevalier Nagendra Tuncay, Lié au Bronze Llyr, Spectre des Cendres.

- Embrasement -

Haskèlku 919


Avant le coup qui vint résonner contre sa tempe, troublant un instant sa vision déjà brouillée par la sueur, il y eut le crissement du sable sous les bottes de son adversaire. Le métal de son casque amplifiait les sons, et les vibrations se répercutèrent jusqu’au fin fond de sa poitrine. Mâchoire serrée et genoux plissés, il accusa le choc, affermissant sa prise autour de la poignée de son sabre. D’un mouvement moins fluide qu’il ne l’avait prévu, le soldat se laissa porter par la puissance de la frappe pour décrire un arc de cercle et passer sous le bras de l’autre combattant. Là, il banda les muscles de son épaule et propulsa son arme avec un feulement de fauve. La pointe d’acier s’arrêta à quelques centimètres de l’aisselle, où l’armure cédait place à un simple bout de tissu.

« Suivant. » ordonna une voix, passablement désintéressée, et les deux hommes laissèrent tomber leurs armes. Une main secourable aida Nagendra à se relever, et ce dernier salua son ennemi – qui ne l’était que le temps de quelques passes, comme chaque membre de cette décurie. Sitôt sur ses jambes, l’Humain ôta son casque et le jeta sans considération sur le sable avant d’aller rejoindre ses frères d’armes pour assister au prochain duel. Il cracha puis s’essuya la bouche, tandis que son regard, à moitié dissimulé par les mèches collées à son front, se levait vers les gradins, où il craignait toujours de reconnaître la silhouette de son nouveau maître. Fort heureusement, l’entraînement avait lieu au beau milieu de l’après-midi, et les membres des hautes sphères avaient sûrement assez de travail pour être retenus encore jusqu’au soir.

Depuis quelques lunes déjà, le Spectre des Cendres, s’il n’était pas célébré par ses camarades pour sa jovialité, semblait nourri d’une rage sourde qui le rendait implacable. Plus d’une fois, leur mentor avait dû intervenir pour mettre fin à un affrontement, sous peine de voir ses recrues s’entretuer. La férocité de Nagendra, d’ordinaire contenue et soigneusement réfléchie, confinait désormais à l’acharnement, et nombreux s’étaient plaint de son comportement. Cela n’avait pas amélioré l’humeur du Chevalier Bronze, qui avait alors vu reculer l’opportunité d’une promotion. Son tabar avait grand besoin d’être lavé, de même que les pièces de son armure. Ses cheveux avaient poussé, et, pour qui connaissait Nagendra et le soin qu’il portait à son apparence, cela ne pouvait rien présager de bon. Il refusait les conversations, se désistait quand ses compagnons se réunissaient autour d’une chope. Il se retournait dans les couloirs, comme s’il avait été poursuivi par quelque démon. Peut-être suscitait-il l’inquiétude, mais il était d’usage de ne pas tenter de discussion introspective avec le guerrier le plus émérite de la décurie. Alors, il s’asseyait en silence.

En vérité, l’Humain ne se sentait plus en sécurité nulle part. Il n’osait plus côtoyer ses frères d’armes, de peur qu’un regard trop appuyé ne vienne révéler son attrait pour les visages masculins, ou qu’une banale accolade ne devienne l’incipit de scénarii imaginaires qu’il ne se pardonnerait pas. Combien de fois Aodren del Hendrake, dont il était maintenant le chien de guerre, l’avait-il fait convoquer dans ses appartements où se trouvait toujours l’ombre de son plus fidèle serviteur ? Et Nagendra, pris au piège de ses propres tourments, l’avait secrètement accusé de savoir. Toutes ces fois, il n’avait considéré Adhâvan qu’avec la plus froide indifférence, daignant à peine lui accorder un hochement de tête ou une parole. Pourtant, son souvenir venait le visiter presque chaque nuit, et il se réveillait avec effroi dans ses draps humides, persuadé d’avoir senti le souffle de l’Elfe contre sa nuque. Il avait essayé d’oublier. Dans les pires moments, l’idée d’aller se perdre dans les maisons closes de Lòmëanor pour que cela cesse enfin l’avait même effleuré, mais la voix de sa mère revenait alors, ainsi que la vision de son corps maigre et prostré, et il finissait immanquablement par fondre en larmes.

Llyr, quoiqu’il ait peu d’expérience en la matière, faisait de son mieux pour soutenir son Lié en perdition. Il ne comprenait pas ses réactions, lui qui avait toujours prêté à son Âme Sœur un tempérament digne et fort – lui, aussi, qui pensait qu’on devait se montrer fier en toute circonstance, et que la force ne venait pas d’une distribution hasardeuse du Destin, mais de la seule volonté de l’individu. Si Nagendra semblait avoir pâti de sa rencontre avec Adhâvan, le Bronze, depuis son vol avec Rakesh, avait perdu en jalousie excessive ce qu’il avait gagné en confiance. Il ne s’était pas assagi, mais il avait arrêté de se comparer – habitude dont il n’avait jamais tiré, de toute façon, qu’insécurité et haine. Llyr éprouvait envers son Lié un amour profond, et son envie de les voir tous deux briller était, selon lui, honnête ; leur futur serait glorieux, ou alors, ils n’en méritaient pas un. Lorsqu’il avait attisé les flammes qui lui avaient permis de briser les barrières de Nagendra, il n’avait pas pensé que l’Humain mettrait tant de temps à se relever. Il n’avait pas imaginé déceler chez lui quelque forme de faiblesse, ou de peur, qui mettrait à mal ses ambitions. Et malgré la férocité du Bronze, dont les ailes planaient au-dessus de la Forteresse Ardente sans plus craindre l’ombre projetée par celles de ses frères, le Chevalier s’enfonçait chaque jour un peu plus dans une apathie terne – brûlait chaque nuit un peu plus.

L’entraînement touchait à sa fin, mais Nagendra n’avait pas encore envie de rejoindre la solitude de sa chambre. Il ne désirait rien tant que de s’oublier dans le fracas de l’acier contre l’acier, de faire taire sa culpabilité en l’offrant aux marées rugissantes de son sang. D’un signe de tête, il invita l’un de ses frères d’arme, un Fëalocë à la stature nerveuse et déliée, à le rejoindre. Il se baissa pour ramasser l’une des épées qui traînaient au sol et, sans plus de cérémonie, la jeta aux pieds de l’autre Spectre des Cendres. Celui-ci se fendit d’un sourire à mi-chemin entre l’amusement et la contrition, avant de s’emparer de l’épée pour la ranger dans son fourreau et la remettre à sa place.

« Point trop n’en faut, Nagendra. Peut-être ferais-tu bien de suivre l’exemple de notre Maître, et de mettre un terme à l’exercice en temps voulu. » Puis, abandonnant son ton pompeux, qui tranchait avec son accent des bas-fonds Ssyl’Shariens : « Tout le monde a vu que y’avait un truc qui tournait pas rond en ce moment, chez toi. Essaie d’te calmer avant que ça dégénère et que tu t’fasses virer. T’es un bon soldat – un vrai. Les soldats, ça fait c’qu’on leur dit. T’es trop intelligent pour finir comme tous ces tarés… » Il pointa du menton les tâches de sang séchées sur le sable, et, plus loin, les formes mêlées de deux Aspirants qui en venaient à se mordre pour satisfaire les ardeurs de leur tuteur. L’un d’eux finit par prendre l’avantage, continuant à s’acharner sur son camarade resté à terre.

Nagendra pinça les lèvres, les sourcils froncés. Le Fëalocë disait juste, mais ses yeux, dont la couleur évoquait les bois exotiques, ne lui inspiraient que défiance et mépris. Il n’acceptait pas cette considération que ses confrères semblaient vouloir lui jeter en pâture dès qu’il consentait à s’approcher d’eux. Il ne quémandait pas leur pitié.

« C’est bien aimable de ta part, Fihr, de te tracasser de la sorte pour moi. Je prendrai bonne note de tes conseils. » déclara l’Humain d’un air sombre avant de lui tourner le dos.

Alors qu’il traversait la Fosse pour en atteindre la sortie, au milieu des cris, du fracas de l’acier et des corps qui dansaient, il apparut à Nagendra qu’il ne pouvait tout simplement pas quitter les lieux avant d’avoir épuisé toute sa hargne. Il transpirait à peine. Il n’avait pas versé assez de sang. Il n’était pas assez brisé par les coups pour ne plus être en mesure de penser. Alors, il empoigna brusquement la première épaule qui croisa sa route, et dégaina son sabre.

« Bats-toi. » intima-t-il à l’inconnu sur lequel il avait jeté son dévolu, la voix basse et grave. Celui-ci n’eut pas le temps d’accepter ou de refuser cette offre incongrue, car le Chevalier Bronze se jetait déjà sur lui. Ensuite, toute notion de temps se dissipa. Il n’y eut plus que la lutte, le rugissement de ses muscles quand il frappait, encore et encore ; la douleur sourde dans ses os et la brûlure de l’acier qui entaillait sa chair. Ce n’était jamais assez. Il s’entendait invectiver son adversaire, sans pour autant reconnaître son visage. Comme pris de frénésie, il le plaqua au sol, puis, délaissant son sabre, entreprit de lui régler son compte à mains nues. Il ne savait plus qui, de lui ou de l’autre, criait merci. La sueur ou les larmes troublaient sa vue ; il ne sentait plus ses mains. Enfin, quelqu’un vint le détacher de sa victime, et il perçut qu’on le tirait, qu’on le poussait. Sans doute, même si la violence était ici anodine, s’était-on arrêté pour contempler l’étrange spectacle. Alors, titubant comme un ivrogne, Nagendra tourna sur lui-même pour faire face à son assemblée. Sa chevelure désordonnée, trempée de sueur, lui donnait l’air d’un fou, et son regard d’ambre, entaché de braises furieuses, ne démentait guère cette impression.

« Qui, parmi vous, se croit assez fort pour me mettre à terre ? Quel couard parmi vous ? Allez, donnez-moi un guerrier à ma taille ! »



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Oracle Tol Orëanéen
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MessagePosté le: Mer 19 Sep 2018 - 18:43 Répondre en citantRevenir en haut

&

Adhâvan Ilaiyaraja & La Blanche Rakesh
Verseur de Sang

Theme Song :
Heart Warriors – Byron Metcalf


Kahina El'Fahim est une Chevalière Dragon liée à la Verte Tsèriel, membre du Clan Introverti, ancienne Aspirante de Ioana Cyallaïd-Cèlt’har, elle a précédé Adhâvan sous sa tutelle et s'est liée peu avant le début de l'Aspiranat d'Adhâvan.
Ce PNJ est apparu dans ce RP : Le Vol de Flarmya.


Concernant l'arme d'Adhâvan, le nagamaki, c'est une sorte de lance/glaive où le bâton est aussi long que la lame, possédant un simple tranchant, voir par exemple ici, en imaginant la lame plus longue et plus fine. Ou bien encore , en imaginant cette fois l'arme dans son ensemble, plus longue.


La Fosse toute entière résonnait du brouhaha indistinct de multiples conversations, des cris et des grognements des combattants, et au tintement du métal se mêlait jusqu’à l’ivresse, de vagues relents de fumée, de sueur et de cuir. A la lumière des torchères qui éclairaient violemment l’arène, le sable grossier recouvrant le sol paraissait presque briller, comme irradiant d’une vie propre. Tout cela et bien plus encore venait stimuler inlassablement les sens subtils d’Adhâvan, sans qu’il ne puisse définir avec certitude si cela lui était ou non agréable. Car toute son attention se portait sur la danse dramatique et quasi hypnotique des deux lames courbes de son adversaire. Un seul faux pas, une seule seconde à détourner son regard, et c’en serait fini de lui, et il irait mordre la poussière, une fois de plus.

Car celle qu’il affrontait présentement ne lui laissait aucun répit, un sourire féroce plaqué sur ses lèvres pleines. Kahina El’Fahim était douée, parmi les meilleurs élèves de l’ex Maître d’Armes, Ioana Cyallaïd-Cèlt’har. Peut-être même la plus douée de tous. Aussi le Chevalier Blanc, de nature solitaire, avait-il été surpris lorsque la Torhille était venue l’engager pour un duel, en début d’après-midi. Il avait eu relativement peu de temps à accorder à ses entraînements martiaux ces dernières lunes, et son Maître de décurie n’avait pas manqué de lui faire remarquer, lui énonçant froidement que sa fidélité allait au Kaerl avant d’aller à celle d’un quelconque haut gradé. Il était Verseur de Sang, et il devait avoir conscience que de nombreux jeunes loups aux dents longues, parmi les Spectres des Cendres, aspiraient à accéder à ce titre. Qu’il manque encore à ses devoirs, et le Décurion Etincelant n’hésiterait pas à le faire remplacer. L’Elfe fronça légèrement les sourcils, ne quittant pas son adversaire du regard.
Que tout ceci soit la faute du Haut Représentant du Clan Dominant n’entrait absolument pas en ligne de compte. L’esprit d’Aodren était bien trop brillant pour qu’il puisse seulement envisager de le comprendre, et le Fëalocë n’avait pas manqué de l’envoyer courir à droite et à gauche, suivant une stratégie que lui seul connaissait. Et comme pour donner raison à son Décurion, pied de nez mesquin du destin, une décurie de Spectres des Cendres, reconnaissables à leur tabard gris, était d’ailleurs en ce moment même en plein exercice, enchaînant les duels par paire, sous la morne surveillance de leur Maître.

Serrant les dents, faisant ressortir les angles de sa mâchoire, ses mains gantées de cuir sombre raffermirent leur prise sur le manche de son arme, tandis que dans un crissement léger, ses pieds pivotaient pour lui permettre d’esquiver un coup destiné à sa gorge. Une légère estafilade se dessina sur sa chair et le nagamaki tournoya vivement, sa lame heurtant rudement celle du cimeterre de son adversaire. Il commençait à se fatiguer. Encore et encore, pas à pas, Kahina parait toutes ses attaques, le forçant à reculer. Que leurs Clans respectifs soient opposés en toutes choses ne semblait pas la déranger, pas plus que la froideur de Ioana à son égard. Les heures passant, leur duel s’était finalement prolongé, la Torhille ayant selon toute vraisemblance trouvé en lui un partenaire suffisamment â son goût pour croiser le fer.

Ceci au grand déplaisir de Rakesh, qui, allongée un peu plus loin, les prunelles rougeoyantes et la queue agitée de mouvements saccadés, fixait les deux combattants sans chercher à cacher sa jalousie. Que la Blanche au caractère possessif et cruel se soit abstenue d’intervenir pendant si longtemps était une maigre victoire. Par trois fois déjà, contre une seule en sa faveur, Kahina l’avait envoyé à terre, et il pressentait que s’il ne gagnait pas cet engagement là, sa Liée le lui ferait payer, d’une manière ou d’autre autre. Le comportement de la dragonne, tant envers lui qu'envers les autres, était toujours aussi versatile, pour ne pas dire ambigu, et ses critères concernant la voie qu'il ètait censé suivre, particulièrement personnels. Ces dernières lunes, il n'avait pas été rare qu'il se sente littéralement écartelé entre la volonté d'Aodren et celle de Rakesh, ballotté comme une vulgaire marionnette entre ces deux indicibles puissances. Si sa Blanche tolérait l'influence du noble Fëalocë dans leur vie, c'était uniquement dans la mesure où ses projets le concernant concordaient aux siens.

Le Chevalier Blanc jura tout bas et se baissa instinctivement, la lame adverse parvenant néanmoins à frôler le sommet de sa chevelure d’or pâle, portée en un simple catogan haut afin de ne pas le gêner. Son attention captée par du mouvement en marge de son champ de vision, il constata étourdiment que l’entraînement de la décurie s’était terminé et que les guerriers se dispersaient à présent.
Aussitôt, la pensée d’un autre homme, Spectre des Cendres lui aussi, nouvellement entré au service de son Maître, s’imposa à son esprit avant qu'il n'y prenne garde, et son ancrage au sol se fragilisa imperceptiblement.
Au moins, le rythme effréné auquel il avait enchaîné les missions au Kaerl l’avait-il empêché de s’appesantir trop sur sa situation. Le peu de fois qu’il avait croisé Nagendra, le détachement imperturbable que celui-ci avait systématiquement affiché ne lui avait apporté aucun apaisement. Et le fait que Rakesh ne cesse, sournoisement, de lui rappeler les circonstances de leur toute première entrevue ne l’avait aidé en rien à le chasser de ses pensées.

Il n’aspirait rien tant qu’à oublier, qu’à l’oublier lui, à ne plus ressentir cette amère déception, cette culpabilité écœurante face à tout ce qu’il pensait lui avait pris, ce sentiment étrange d’être devenu de ceux qui profitaient des failles des autres. Si son frère d’armes avait décidé de l’ignorer, alors c’était mieux ainsi, pour l’un comme pour l’autre.
C'est se raccrochant à ce raisonnement qu'il s’était jeté à corps perdu dans les tâches que lui avait confié Aodren, avec une obéissance indifférente et un manque de volonté qui lui avait attiré le mépris de sa Liée. Elle refusait d’admettre les arguments qu’il lui opposait, de reconnaître qu’il n’avait simplement pas d’autres choix. Il avait mérité le traitement dont l’Humain faisait preuve envers lui. Adhâvan étouffait impitoyablement tout sentiment, toute faiblesse qui pouvait naître en lui.
S’il ne pouvait échapper à ses souvenirs de Nagendra, au moins pourrait-il l’éviter, lui, quand bien même une part de lui se traitait de lâche et se gaussait de sa propre futilité. De quoi avait-il peur après tout ? La souffrance était une compagne familière, et il devait se tenir prêt à l’accueillir.

Soudain, alors que des éclats de voix enflaient un peu plus loin, entre commentaires appréciateurs et cris de surprise, sa vision se brouilla pour lui révéler une silhouette à la fois familière et curieusement étrangère. Ses cheveux noirs, collés à son visage par la sueur, avaient bien poussé depuis leur dernière rencontre, et ses iris ambrés écarquillés étaient tout embrasés d’une lueur de folie et d’une avidité dérangeante. Ses poings éraflés et ensanglantés se contractaient spasmodiquement, tandis qu’il était ceinturé sans ménagement par d’autres guerriers, dans le but probable de l’empêcher de retourner au contact de son adversaire, allongé à terre dans un piteux état.

Un ricanement mesquin, satisfait, d’une nature tout à la fois féminine et draconique indubitable résonna en lui, chassant les images de son esprit aussi aisément qu’elle les y avaient incrustées.
Sa concentration brisée, avant qu’il ne puisse réagir, son souffle se coupa brutalement lorsque le manche de l’un des cimeterres jumeaux de Kahina heurta son plexus solaire, tandis que, simultanément, d’un ample mouvement circulaire, la Torhille fauchait ses jambes. Réprimant un grognement de douleur, sonné, il chuta lourdement au sol quelques pas plus loin, les grains grossiers écorchant durement la peau nue de ses avant-bras.

Etait-ce … ?

Il semblait que son aînée l’avait repéré, elle aussi, malgré la distance. L’expression dure et réprobatrice, Kahina s’était détournée de lui, fixant du regard le Spectre des Cendres au tabard gris qui, titubant comme saisi d’ivresse, sa voix réduite à un grondement menaçant et le ton délibérément insultant, défiait maintenant les combattants alentours de venir seulement oser l’affronter.
Étourdi par le coup, cherchant à reprendre sa respiration, Adhâvan se redressa difficilement, chassant le sable qui s’accrochait encore à la trame de sa fine chemise de lin, dans une vaine tentative de cacher son incrédulité. Il était trop sidéré pour répondre à l’intervention cinglante de sa Liée. Vacillant et haletant, il se rapprocha lentement de là où la Chevalière Verte se tenait. Il ne sut dire ce que son expression révéla lorsque ses iris mordorés se posèrent sur Nagendra, qui invectivait toujours les hommes l’entourant, mais la façon dont Kahina s’adressa à lui lui donna l’impression violente d’émerger d’une profonde transe.

« Tu le connais. »

Bien qu’interrogatif, le ton étrangement neutre qu’elle employa laissait entendre qu’il ne s’agissait pas d’une question. Excessivement mal à l’aise par rapport à la situation, et tâchant de ne rien laisser paraître, il hocha silencieusement la tête. Pourquoi fallait-il qu’il ait réapparu dans sa vie à ce moment précis ?

« Ah … Oui, c’est ... »

La suite de sa réponse s’étrangla dans sa gorge lorsqu’il remarqua la façon dont la Torhille l’étudiait, et une vague de panique l’étreignit à l’idée qu’elle puisse avoir deviné quoi que ce soit concernant la nature de leur relation. Que pourrait-il bien répondre à cette question qui ne soulève aucun soupçon ?

« C’est un des autres servants du Seigneur del Hendrake. » , acheva-t-il finalement dans un souffle rauque, la bouche soudain sèche. Mieux valait ne pas trop tenter Kazièl. Là, il avait prudemment baissé les yeux, le visage de marbre, s’abîmant dans la contemplation des éraflures déparant ses courtes bottes de cuir, et s’efforçant d’ignorer le persiflage moqueur de Rakesh dans son esprit. La Blanche savourait d’ors et déjà l’affrontement approchant. La chasse touchait à son terme.

Un reniflement méprisant échappa à sa consœur, révélant sans qu’aucun mot ne soit prononcé, tout ce qu’elle pensait du Haut Représentant. Ce n’était pas un hasard si Kahina était considérée comme la logique héritière de Maîtresse Cyallaïd-Cèlt’har … Haussant finalement les épaules et se désintéressant de l'indécent spectacle que le Chevalier Bronze offrait, elle rengaina souplement ses sabres. Puis, adressant à l’Elfe quelques superficiels compliments quant aux progrès qu’il avait fait – des mots qu’il serait incapable de répéter tant un bourdonnement obsédant assourdissait son ouïe – la Chevalière Verte quitta les lieux.

Bien vite oubliés, la jeune femme et le duel qui les avait opposés jusque là, tant sa présence pâlissait face à celle de Nagendra, magnétique et animale. Comme attiré par un aimant, il n’avait pu empêcher son regard de se reporter sur le Spectre des Cendres. Il peinait à concevoir les raisons qui avaient pu mener le Chevalier Bronze dans un si triste état, si déplorable, dans un tel déchaînement de violence, lui dont le maintien et le contrôle avait été à peine ébranlé par le feu dévorant lié au vol des dragons.
Et cela, inconsciemment, l’effrayait plus qu’il n’osait se l’avouer … Notamment à cause des réactions incompréhensibles que cela provoquait en lui. Nagendra, le si parfait Nagendra, réduit à l’état de bête sauvage et enragée ! Un long frisson le parcourut, accélérant son souffle. Il ressentait là une écoeurante satisfaction de le voir tombé si bas – dans quelle mesure lui appartenait-elle pleinement, et ne devait-il pas y voir l’influence de son âme-sœur ?

Alors, dans un réflexe instinctif, ses mains se crispant sur les bandes de cuir de son nagamaki, le Chevalier Blanc fit volte-face, tournant le dos à la déchéance de son frère d’armes, fuyant le sentiment de responsabilité qui palpitait en lui au même rythme que son coeur. Il ne voulait pas rompre le cruel statu quo qui les opposait, prendre le risque de changer la donne dans un sens ou dans l’autre. Pas une nouvelle fois. C’était mieux ainsi.

**Où comptes-tu aller comme ça, ô mon bien aimé ? As-tu déjà oublié le serment que nous avons fait, le concernant ? Ne le vois-tu pas ? Il est temps d’aller réclamer ton dû, d’aller récolter ce fruit, mûr à point, prêt à être cueilli … Il ne pourra guère attendre plus longtemps sans être irrémédiablement gâté.**

Indolente, les prunelles chavirées de grenat et d’ambre, naseaux palpitants, Rakesh se dressait face à lui, lui bloquant délibérément le passage, le provoquant du regard. Une fois encore se déroula en lui un surprenant questionnement, dans quelle exacte mesure leurs esprits se fondaient-ils, ses pulsions se mêlaient-elles à celles de sa Liée, l'influençait-il autant qu'elle ne le faisait ?

Et pourtant, c’est d’une voix faible, bien trop douce, contenant une infime nuance de supplication, qu’il lui répondit, secouant vainement la tête en signe de dénégation, comme s’il cherchait à se convaincre lui-même :

« Il n’y a d’autre serment que celui que toi tu as prononcé. Le mien était d'une toute autre nature. »

Car au fond de lui, l’envie croissante d’aller affronter son frère d’armes sur un terrain qui leur convenait à tous les deux, d’aller se perdre dans la fièvre et le sang d'un combat, se faisait plus difficile à ignorer. L’empathie, l’amour, le désir, et toutes choses concernant de près ou de loin ses propres émotions, c’était là un domaine qu'il était très loin de comprendre. Il en avait bien trop souffert au cours de sa vie, vu ses espoirs tant de fois piétinés, pour se laisser aller à éprouver encore quoi que ce soit d’autre que les ressentis les plus primitifs. Il songeait, bien naïvement, que s’il croisait le fer avec Nagendra, s’ils mesuraient leurs talents respectifs, ainsi qu’ils l’avaient évoqué lors de leur face à face dans son weyr obscur, peut-être … Peut-être alors, pourraient-ils effacer, annuler cette erreur de parcours qu’ils avaient commis, peut-être tout deviendrait-il plus clair ... Pourquoi lui, parmi tant d'autres, était-il capable de faire naître en lui toutes ces sensations soigneusement enfouies et oubliées ?

Plus concrètement, une part obscure de son être s’agitait, plus terre à terre, plus dominante que les autres, le fauve en lui brûlait d’aller se battre, d’aller éprouver la force du loup qui s’était éveillé chez le Chevalier Bronze, afin de déterminer qui d’entre eux était le plus puissant. Inspirant profondément pour conserver son calme qui s’effritait de plus en plus, reposant son front moite, tatoué de lignes sinueuses, contre les fraîches écailles de sa Liée, Adhâvan se mordit la lèvre inférieure, sentant le goût métallique de son sang se répandre sur sa langue. Au creux de son ventre, l’exaltation de l’inévitable rencontre enflait, effroyable, insatiable, bien trop longtemps contenue.

Ne pouvait-il pas rester là, immobile, mince silhouette sans importance parmi toutes celles qui hantaient la Fosse, oublié de tous et protégé des regards par la simple présence de Rakesh ?

**Cesse de vouloir lutter contre ta véritable nature, Kishan !**

Alors, les braises de son ressentiment s’embrasant finalement en un feu dévorant toute culpabilité, il fixa un regard dur sur la Blanche, raffermissant sa prise sur son arme et se détournant d’elle pour traverser la Fosse en direction du Spectre des Cendres, qui – fallait-il y voir un signe ? – n’avait visiblement toujours pas trouvé d’adversaire à sa convenance.

« Ne bouge pas d’ici. »

Hérissée d’une colère brouillée par une sombre satisfaction face à la rébellion de son Elfe, elle obtempéra néanmoins, se contentant de projeter son esprit à la recherche de celui de Llyr, déterminée à lui transmettre l’image de l’affrontement prochain de leurs âmes-sœurs respectives. Elle était curieuse de savoir ce que cela lui inspirerait, de découvrir ses pensées vis à vis de leur situation. Car si son Lié lui avait ordonné de ne pas interférer dans son duel, il ne lui avait après tout pas défendu d’intervenir d’une toute autre manière ...

Se glissant entre les spectateurs qui entouraient encore Nagendra, Adhâvan planta fermement son nagamaki dans le sable de l’arène, ses iris mordorés brillant un peu trop fort dans son visage impassible, seul signe extérieur de son impatience à s'opposer au Chevalier Bronze. Autour d’eux, des sifflements s’élevèrent, certains railleurs, et d’autres plus nombreux, criant leurs encouragements, car ils pressentaient que le combat à suivre serait de qualité. Les deux hommes se toisèrent, couverts de poussière, de sueur et de sang, face à face pour la première fois depuis des lunes. Un vague rictus, sauvage, désespéré, cryptique quant à ses véritables intentions, étira ses lèvres lorsqu'il s'adressa à son ancien amant.

« Je serai ton adversaire, si tu m’en estimes suffisamment digne. »

Bras étroitement croisés sur sa poitrine, le Verseur de Sang accrocha son regard d’or brun aux ambres furieuses de son frère d’armes, se raidissant inconsciemment contre sa réponse à venir, guettant fiévreusement les moindres signes de réaction face à sa proposition. Qu’importait la souffrance à présent ...



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

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MessagePosté le: Dim 30 Sep 2018 - 18:00 Répondre en citantRevenir en haut

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Chevalier Nagendra Tuncay, Lié au Bronze Llyr, Spectre des Cendres.


La vision trop brouillée par la rage sans nom qui animait en cet instant sa poitrine, tandis qu’il tournoyait sur lui-même à la recherche d’un adversaire, il n’y eut que le bruit sourd, pourtant discret, d’une lame plantée dans le sable chaud de la Fosse pour le ramener à la réalité. Son regard remonta lentement le long de l’acier avant de finalement se fixer sur la silhouette de celui qui avait osé répondre à son défi. Il l’avait reconnu, sans même voir son visage, à sa stature, aux contours de son corps délié, et cela le répugnait. Alors, douloureusement, il ferma une dernière fois les paupières pour retarder l’échéance et la brûlure de deux iris d’or sombre qui plongèrent dans les siens dès le moment où il rouvrit les yeux. Son cœur, en qui il n’avait plus confiance depuis des lunes, se tordit si férocement qu’il crut s’effondrer au milieu de l’arène et trépasser là, dans la lumière moite que projetaient les flammes languides du dôme. Ses phalanges, maculées de sang, affirmèrent leur prise autour de la garde de son sabre.

N’avaient-ils pas conclu qu’il leur faudrait croiser le fer pour déterminer qui, de Dorcha ou d’Ioana, avait formé le meilleur guerrier ? Ce qu’il lui restait de raison criait, dans le silence de sa conscience, qu’il n’était pas en mesure de l’affronter – que la frénésie du combat éveillerait une marée de souvenirs contre laquelle il ne pourrait pas lutter. Quel genre de duel serait-ce alors, s’il avait encore en mémoire la texture de sa chair, la forme de ses muscles imprimée contre ses paumes ? Il lui sembla qu’un vent froid soufflait dans sa nuque trempée de sueur lorsque les lèvres d’Adhâvan s’étirèrent en un sourire, à la fois misérable et farouche. La voix de l’Elfe, autant que son ton grave et bas, lui brûla étrangement la gorge. Nagendra se redressa, outrageusement droit dans ses bottes montantes, et si sa taille ne lui permettait pas de toiser l’autre Chevalier, son gabarit, lui, était bien plus massif. Une part de ses pensées s’inquiétait de son apparence grossière, désordonnée, quand Adhâvan lui apparaissait toujours aussi noble. Avait-il honte de se présenter à lui de cette manière, de dévoiler à quel point il n’était plus que l’ombre de lui-même ?

Les mots refusaient de quitter sa bouche, qui se déformait pour laisser entrevoir une espèce de rictus animal. Il n’avait ni la force ni l’envie, en vérité, d’entamer une quelconque joute verbale, quand bien même ses yeux luisaient de hargne. Il avait trop peu de dignité, ces temps-ci, pour s’offrir le luxe de la gaspiller inutilement – et puis, le Chevalier Blanc ne méritait-il pas mieux ? Alors, le Spectre des Cendres fronça les sourcils, s’apprêtant à s’élancer le premier, quand l’ombre imposante d’ailes veinées de braises vint soudain engloutir leur deux formes raides et immobiles. Dans un tourbillon de sable que ses écailles teintaient d’étincelles rubescentes, Llyr se posa dans l’arène, à quelques pas de la Blanche Rakesh, ignorant son Lié qui le fixait d’un air peu amène. Il courba son long cou comme pour une révérence, et cela, venant d’une créature qui ne s’inclinait devant ni Dieu ni Homme, acheva d’effriter les quelques récifs d’espoir qui subsistaient encore face à la tempête.

° Llyr. ° fit Nagendra en guise d’avertissement dans l’esprit de son Âme Sœur, mais lui n’avait d’yeux que pour la belle Dragonne, dont le cuir nacré était léché d’ambre et d’or.

Quand il avait reçu l’image de son Lié, le visage souillé, face à face avec celui qui hantait autant ses rêves que ses cauchemars, une pointe d’inquiétude avait traversé sa poitrine. Qu’adviendrait-il si Nagendra ne se révélait pas apte à prendre les armes ? Il ne pouvait pas le laisser s’exposer à une humiliation de plus. Il voulait être présent et le retrancher dans ses limites, l’obliger à se battre pour sauver l’honneur de son frère d’âme, qui lui renvoyait sans gêne l’image d’une soumission amère. Où était passée la vindicte du Bronze, si ce n’était dans les veines bouillantes de son Chevalier ? Et pendant qu’il jouait les amoureux transis, il sentait avec satisfaction la détermination de l’Humain prendre le pas sur ses hésitations et le pousser vers l’affrontement, dénigrant ce mélange de peur pernicieuse et de tendresse éperdue qui faisait trembler ses mains.

La mâchoire serrée, il abaissa un peu son arme avant de s’avancer vers Adhâvan et de le gratifier d’un salut tout militaire. Par-delà ses traits fatigués, quelque part dans l’obscurité caverneuse qui noyait son regard fauve, une distante lueur d’amusement sembla briller, fugitivement. Pourquoi craindre encore de se trahir lui-même ? Devait-il rendre grâce à l’Elfe, ou le maudire, d’avoir réussi là où lui et son Lié avaient échoué ? Pourquoi devait-ce être pour lui qu’il ressente à nouveau le besoin de briller ?

« Laissons les lames parler pour nous ; l’acier ne saurait mentir. » déclara-t-il tandis qu’il se mettait en garde.

La tête lui tournait déjà. Les écailles de Llyr frôlaient celles de Rakesh avec indolence, et lui se portait à la rencontre d’Adhâvan, projetant son arme contre la sienne. Immédiatement, la tornade l’emporta. Chaque mouvement l’hypnotisait, chaque rapprochement s’accompagnait d’effluves musquées qui le ramenaient toujours au même point ; la danse des mèches blanches l’aveuglait, les traits saillants de son adversaire l’écorchaient plus sûrement que les coups. Les siens lui semblaient d’ailleurs trop doux. Il ne savait plus s’il voulait blesser ou séduire, tant le désir venait brouiller ses sens, tant l’esprit de Llyr occupait d’espace. Il refusait d’être une proie facile, mais se serait damné pour qu’Adhâvan l’envoie à terre et brise ses vaines velléités de résistance. N’aurait-ce pas été plus facile ainsi ? Attendait-il simplement que la défaite vienne justifier ses pensées profanes ?

Les joues rougies par l’effort, il s’écarta de son adversaire pour reprendre son souffle. Sa courte portée l’obligeait à rester au corps à corps, à tournoyer et se tordre en permanence pour éviter que la longue lame du Chevalier Blanc ne le fauche trop tôt. Dans le coin de son œil, la nacre et le cuivre se mêlaient. L’odeur d’Adhâvan restait collée à sa peau, si lourde à porter qu’elle semblait entraver son moindre geste. Et toujours ce regard d’or sombre commandait aux battements de son cœur. L’air hagard, comme un animal pris au piège, il s’élança à nouveau dans un râle aux accents désespérés.



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MessagePosté le: Mer 3 Oct 2018 - 18:57 Répondre en citantRevenir en haut

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Adhâvan Ilaiyaraja & La Blanche Rakesh
Verseur de Sang

Theme Song :
Deceit and Betrayal – Audiomachine


Saisissant le changement d'expression du Spectre des Cendres face à sa seule présence, Adhâvan avait craint qu’il ne refuse le combat. Oblitérée par l’incendie embrasant dans son âme, la part de lui qui, lâche et faible, aspirait encore à ce dénouement là, se faisait maintenant presque silencieuse. Il brûlait d’affronter Nagendra, de mesurer sa puissance à l’aune de la sienne, et ses prières ferventes pour que le Chevalier Bronze lui donne une bonne raison de faire volte face, étaient lentement reléguées en arrière plan de sa conscience. Le coeur accéléré par une étrange émotion, il avait enfin croisé son regard, et dans ses iris ambrés, il avait lu une colère, une blessure, encore à vif après tout ce temps, qui lui semblait, douloureusement, faire bien trop écho à celle qui le hantait. Ceci, avant même que l’Humain n’ouvre la bouche, l’avait amené à pressentir que, quelles que soient ses réticences, ce dernier finirait par accepter son défi. Car, à l’image d’un loup acculé, Nagendra le toisait, ses lèvres tordues en une grimace agressive, dressé face à lui dans une posture dominante. A mi chemin entre tentative d’intimidation inconsciente et reconnaissance tacite de la valeur de son futur adversaire, son attitude inspirait à Adhâvan un mélange de craintes obscures et d’impatience. Alors, il se tenait prêt, et attendait. Ce moment précis, ce battement de paupière, où l’équilibre basculerait, et où l’animal prendrait dessus sur l’Humain. Résigné. Qu’il refuse de lui adresser la moindre parole, il le recevait comme une condamnation de plus, une expiation de ses actes. Mais au moins lui permettait-il de mettre un terme convenable à leurs souffrances respectives et de cela, il lui était reconnaissant.

L’Elfe avait désormais une conscience aigüe que cette rencontre, destinée ou non, aboutirait inévitablement à une forme de conclusion de leur relation, si tant est que l’on pouvait qualifier ainsi la confluence momentanée que leurs vies avaient été forcées de suivre. Le désir consumé dans la fureur du combat, leurs plaies cicatrisées par la vengeance, leurs chemins se sépareraient définitivement …
Rakesh se déclarerait-elle satisfaite, ou bien le pousserait-il, encore et encore, à lutter pour obtenir ce qu’elle considérait, impitoyable, comme son dû légitime ? Toute autre probabilité était absente de son esprit, de même que l’éventualité que ce qui adviendrait finalement d’eux puisse être différent de ce qu’il s’imaginait. Ainsi, quoi qu’à son corps défendant, se contentait-il d’apprécier simplement la présence de Nagendra, sa proximité tant souhaitée que refoulée tout au long des lunes passées. L’ambivalence de ce qu’il ressentait, impossible à contrôler, faisait poindre une sourde douleur sous son crâne, poussant ses entrailles à se tordre d’une envie coupable à laquelle, il le savait, il ne suffirait que d’une main tendue vers lui pour y céder.

Conscient qu’il se voilait la face, le Chevalier Blanc se raccrochait néanmoins à l’idée qu’il n’y aurait qu’à travers leur affrontement qu’il pourrait sublimer cette faiblesse, cet espoir vain, qui le gangrenait petit à petit depuis leur étreinte. L’éclat et le tintement du métal sur le métal, le sang et la douleur, voilà ce qui était pour lui un terrain familier et clairement intelligible. Abaissant lentement son centre de gravité, il se prépara à recevoir le premier coup, lorsque soudain une silhouette cuivrée se laissa furtivement glisser au dessus d’eux. Reconnaissant instinctivement l’ombre du Lié de Nagendra à travers le nuage de poussière ocre qui l’environnait, ses yeux s’étrécirent et se posèrent aussitôt sur Rakesh. La dragonne irradiait d’une satisfaction qui ne fit que s’accroître encore lorsque le jeune mâle s’inclina devant elle en une élégante et respectueuse révérence.

*Qu’as-tu fait ?*

Sans s’émouvoir de la sécheresse et de la tension qui auréolaient les pensées accusatrices de son Lié, la Blanche se redressa voluptueusement, étirant et agitant ses ailes pour mettre en valeur leur translucidité nacrée. Bien sûr, elle avait été approchée par d’autres mâles avides depuis son union glorieuse avec Llyr, mais n’en avait laissé aucun dépasser le stade des simples jeux de séduction. Aucun n’avait su trouver grâce à ses yeux. Et elle n’était après tout pas comme ces Incarnates ou ces Vertes, incapables de résister à leurs instincts de procréation et leurs désirs charnels. Elle était maîtresse de son corps et de sa volonté. L’attente faisait tout le piment de ce genre d’amusements ... Aussi se laissait-elle charmer par la cour éhontée et faussement innocente du Bronze. Il n’avait visiblement pas oublié les leçons qu’elle lui avait enseigné.

Se rapprochant de Llyr jusqu'à pouvoir l'effleurer de la pointe d'une aile taquine, elle coula sur son Elfe un regard profond où se disputaient émeraude et rubis :

**Rien qui ne te porte préjudice ou qui entre en contradiction avec ta volonté. J’ai simplement invité Llyr à venir profiter du spectacle en ma compagnie. Ne figure-t-il pas parmi les premiers concernés ? Il aurait été injuste de ma part de ne pas l’en informer, ne trouves-tu pas ?**

Refusant de répondre à la provocation, son visage anguleux se ferma, laissant la Blanche à ses jeux d’influence. Et, lorsque son regard se déporta à nouveau vers le Spectre des Cendres, Adhâvan constata avec surprise que l’autre homme s’était rapproché. De manière tout à fait inattendue, Nagendra avait semblait-il repris un peu d’ascendant sur lui-même, et lui adressa alors un bref salut à la raideur toute militaire. Le loup s’était retiré, temporairement. Etait-ce un effet secondaire de la présence de Llyr ? Le grand Bronze avait-il perçu la détresse et la confusion de son Humain ? Qu’elle qu’en soit la raison, et si insignifiant soit le geste, sa gorge se serra pitoyablement.

« Laissons les lames parler pour nous ; l’acier ne saurait mentir. »

Rien que quelques mots jetés en pâture au gouffre les séparant, qui, soudain, lui paraissait s’être imperceptiblement comblé, et pourtant ... Une lente vague de chaleur le traversant, le Verseur de Sang rejeta toute pensée parasite autre que celle du combat, tandis que, pour toute réponse, un de ses rares sourires, aussi pur que féroce, illuminait son visage, sans qu’il n’en ait totalement conscience. Fugitive et fragile, telle le souvenir d’une caresse, une effluve de gratitude vint s’épanouir dans l’esprit de sa Liée, qui décida de la partager, enjôleuse, avec son orgueilleux prétendant. Pour cette fois, elle respecterait la requête d’Adhâvan, et se contenterait d’observer le duel sans interférer dans son déroulement. Car il y avait là une importante leçon que les deux hommes devaient intégrer, seuls. Force silencieuse tapie au creux de l’âme de son Elfe, elle s’assurerait seulement qu’il ne flanche pas.

Entre les deux guerriers, l’air s’emplit brusquement du fracas des armes, corps et lames se mêlant dans une danse fulgurante dont ils ne pouvaient maîtriser totalement les pas. Alternativement, encore et encore, le sabre venait se fracasser sur le cuir protégeant la hampe du nagamaki, puis sur sa longue lame. Pendant une longue minute, parades, feintes et attaques se succédèrent sans relâche, si bien que les muscles de l'Elfe, déjà fortement sollicités par son entraînement avec Kahina, ne tardèrent pas à crier grâce. S'il disposait encore d’un avantage tactique indéniable, étrangement, le Spectre des Cendres affichait quant à lui une volonté chancelante, une expression égarée maintenant plaquée sur son visage hâve.

Observant le combat se dérouler avec une indolence exprimant un feint désintérêt, les paupières languides, Rakesh recentra son attention sur le Bronze à ses côtés, bien décidée à voir si l’intérêt que Llyr lui portait était réel ou purement calculé. Un ronronnement bas s’échappant de sa gorge, elle se glissa tout contre lui, haussant sa tête pour aller effleurer la gorge du mâle du bout de son nez, ses écailles de diamant produisant un crissement soyeux au contact de celles de son compagnon.

**Alors, quelles sont tes intentions à présent que nous sommes là, ô mon roi ?**

Rompant l’engagement l’espace de quelques battements de coeur, la respiration courte, miroir inversé de leurs Liés, Spectre des Cendres et Verseur de Sang s’écartèrent l’un de l’autre, suspendant cette promiscuité enivrante. Sans pouvoir s’en empêcher, saisi par la fièvre de l’instant, l’Elfe contempla l’allure désordonnée du Chevalier Bronze, emplissant l’ensemble de ses sens du tableau violent qui s’offrait à ses yeux. Aujourd’hui comme auparavant, Nagendra exerçait sur lui une déconcertante fascination, quand bien même il lui paraissait à présent lutter, tourmenté, contre ses propres démons intérieurs. Il lui était bien difficile de refouler dans les tréfonds de son inconscient son désir de se retrouver au contact de cet autre, de cesser de chercher à retrouver cette unité de corps et d’âme qui lui avait été offerte, en toute confiance. Sans quoi, inévitablement, il lui faudrait reconnaître la vérité dans sa terrifiante réalité, que cette étreinte grisante n’avait pas été le fruit de la manipulation des dragons, mais bel et bien l’expression d’un désir réel et sincère.

Alors, lorsque le Chevalier Bronze s’élança une nouvelle fois à sa rencontre dans un grondement hargneux et oppressé, l’Elfe resserra sa prise sur son arme et, poussant son avantage, entreprit de le contrer directement au corps à corps, quoi que bien trop facilement comparé à la puissance que l'Humain devait pouvoir déployer. Le forçant à reculer pied à pied, ignorant les vagues de souffrance provenant de ses muscles épuisés, son expression s’était faite sérieuse tandis qu’il le toisait, une flamme ardente et furieuse allumée dans ses iris mordorés. Laissant sa lame glisser le long de celle du sabre de Nagendra, il se dégagea soudain en imposant à son corps une torsion cruelle qui emplit son champ de vision d’un brouillard rouge de douleur. Dans une envolée de mèches d’or blanc, déterminé à obliger son adversaire à ne pas le sous-estimer, il bondit enfin avec l’agilité d’un fauve, le nagamaki tournoyant prêt à s’abattre sur le Spectre des Cendres.



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

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