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Alrüne Larilane
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MessagePosté le: Sam 17 Mar 2018 - 20:34 Répondre en citantRevenir en haut



Isashaniku 919.


Un épais manteau blanchâtre et cotonneux avait recouvert Tol Orëa en cette nouvelle journée d'hiver. Pourtant, malgré les températures pour le moins glaciales, Solyae brillait bien haut dans le bleu d'un ciel sans nuage, baignant la Terre de l'Aube de sa divine lumière.
Ses rayons qui se réverbéraient sur la lourde couche de neige éblouirent quelque peu Alrüne. Alors qu'elle émergeait enfin de la forêt, Brume sur ses talons, elle dût s'arrêter un instant, juste le temps nécessaire pour que ses yeux s'habituent enfin à cette lumière froide et éclatante. Malgré ses paupières presque fermées, elle avait reconnu l'imposant bâtiment qui se dressait devant elle, perle blanche, majestueuse et solitaire au creux de son écrin naturel.
Le manoir d'Ael Alfirin n'avait quasiment pas changé d'un pouce depuis son dernier passage, si ce n'était l'avancée des travaux de rénovation depuis qu'il avait été incendié, près d'un an auparavant. Là, entouré de la forêt dénudée par l'hiver, la demeure sans âge paraissait d'avantage hors du temps qu'elle ne l'était déjà, habituellement.

Une fois ses yeux adaptés à la luminosité ambiante, la Neishaane entreprit de s'approcher tranquillement du bâtiment, traçant son chemin à travers le champ immaculé qu'était la clairière en cette saison. Ce dernier était quasiment vierge de toute empreinte, si ce n'était celles de la faune alentour. Tandis qu'elle avançait prudemment, sa jument dans son sillage, la jeune femme s'amusait à reconnaître les animaux qui étaient venu laisser leurs traces. Ici, un petit oiseau qui avait sautillé et fouillé dans la neige, sans doute à la recherche de nourriture. Plus loin, une biche et son petit avaient traversé la plaine de bout en bout. Là encore, elle devinait les traces d'un lapin qui avait eu le malheur de rencontrer un prédateur venu du ciel … Ainsi était la vie sauvage. Elle ne s'en émut pas d'avantage et continua sa route.

Qu'est-ce qui avait poussé Alrüne à revenir en ces lieux ? Elle n'avait pas cherché à s'y retrouver et pourtant, une force mystérieuse semblait l'avoir guidé jusqu'ici, la détournant de sa route vers la baie d'Eau-Claire. Et alors qu'elle se rapprochait, pas à pas, de l'imposante bâtisse, c'était comme si les souvenirs remontaient, un à un, des tréfonds de son esprit.
De nombreux mois étaient passés depuis leur quête contre l'Ombremage et leur recherche des Clés d'Ouranos afin de contrecarrer ses plans. Tellement de choses s'étaient déroulées depuis et pourtant, elle se souvenait encore clairement des événements de ce jour fatidique. La douce chaleur de Ñiniel, la maladresse d'Asulil, la colère d'Asshai et le calme imperturbable du gardien de ces lieux, Meïlan-Lavok. Le don de la langue des Anciens qui leur avait été fait, à elle et à l'Ondine, pour aider à déchiffrer et réciter les fameuses Clés. La magie puissante, ancestrale qui s'était alors écoulée d'elles et avait permit de bannir Drazahir dans les tréfonds de l'Interstice.
Un frisson remonta le long de son dos à ce souvenir et elle pencha son regard vers Ceri, réalisant qu'il avait été « là » tout du long de cette épreuve. Le petit garçon, confortablement installé contre elle, à l'abri du froid de l'hiver dans ses épaisses couvertures de laine, ne semblait pas en garder la moindre séquelle … Pour l'instant, tout du moins, n'en montrait-il aucun signe et elle espérait que cela resterait ainsi.

Perdue dans ses souvenirs, Alrüne ne réalisa sa proximité avec le manoir que lorsque son pied heurta la marche de l'escalier menant à l'entrée principale. Prise par surprise, elle tituba, tenta tant bien que mal de garder l'équilibre … Pour finir par s'étaler de tout son long au sol, les quatre fers en l'air. La neige amortit sa chute, prévenant tout blessure, s'élevant autour de la Neishaane en un nuage blanc et scintillant. Passé le choc de la chute, elle ouvrit les yeux … Et elle ne vit que du bleu. Le bleu du ciel immense, infini, intouchable. Elle en oublia un instant ses vêtements qui s'imbibaient d'eau, la morsure froide de la neige fondue sur sa peau, et s'égara dans la contemplation de cette étendue céruléenne sans aucune frontière. Elle se sentit soudainement si petite …
Plus jeune, elle n'avait jamais pris le temps de réellement observer le ciel. Certes, elle aimait à vagabonder en pleine nature, au gré des voyages du Cirque, pour qui il jouait le rôle important de guide, de carte … Mais elle n'avait d'yeux que pour la troupe et les membres, précieux, qui la composaient. En cet instant, plus que tout, elle réalisa à quel point sa famille, sa très chère famille, lui manquait. Siona et Nadrielas, sa mère et son père qu'elle aimait plus que tout ; Kelild, l'homme pour lequel son cœur battait si fort ; Salidia, la vieille barde Neishaane qui lui avait tout appris … Et tous les autres.

Toutes ces personnes si chères, est-ce qu'elle regardait aussi le même ciel qu'elle, quelque part … ?

Les gazouillis de Ceri la tirèrent de ses pensées moroses, à peine quelques instants avant qu'une petite tête auréolée de mèches blanches n'apparaisse dans son champ de vision. Les grands yeux azur du garçonnet interrogeait sa mère avec curiosité et Alrüne ne put retenir un sourire, doux, tendre, maternel.
Elle l'extirpa alors de son cocon de tissus pour le soulever au-dessus d'elle, à bout de bras, avant d'enchaîner quelques mimiques rigolotes. L'enfant gazouilla de plus belle, un grand sourire sans dents étirant ses lèvres, tandis qu'elle le rapprochait d'elle pour poser un petit baiser sur son front halé avant de l'élever à nouveau dans les airs, à la force de ses bras.
Brume, qui ne sembla pas apprécier de ne pas recevoir d'attention également, vint donner quelques coups du bout du museau contre la joue de la Neishaane. Un rire léger s'échappa de ses lèvres avant de lui accorder, une fois Ceri de nouveau calé contre elle, les quelques grattouilles sur le museau que la jument réclamait.

C'était, sans aucun doute, ces petits moments de complicité et de joie simple qui permettait à Alrüne de continuer à avancer, malgré le deuil et les doutes qui l'assaillaient encore trop régulièrement.




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MessagePosté le: Sam 17 Mar 2018 - 20:34 Revenir en haut

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Tristan Gwened
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MessagePosté le: Dim 8 Avr 2018 - 14:57 Répondre en citantRevenir en haut



Depuis plusieurs nuits, l'air était aussi glacial que le souffle d'un haukea, dans les hauteurs où naviguait l'île Céleste, et ce malgré les efforts de Solyae qui semblait s'efforcer, durant le jour, de lancer les rayons les plus brillants qui soient, afin de réchauffer le monde de Rhaëg endormi par l'hiver. Tout dans le Màr Menel semblait faire écho à cette clarté, jusqu'aux couleurs choisies par ses bâtisseurs, et pourtant, dans cette limpidité parfaite, Tristan se sentait mal à l'aise. Peut-être parce que cette perfection des formes et des couleurs, des gens même, qui semblaient tous aimables, attentifs et pleins de respect en toute circonstance, lui, le neishaan aux cheveux roux, s'en trouvait bien trop éloigné.

Peut-être aussi parce que, où qu'il se tourne, des témoins d'un ouvrage de main de bipède semblaient le dominer, le surveiller. Pas de grandes étendues sauvages, pas de pentes coulant doucement vers l'horizon, recouvertes d'une délicate couche de neige vierge que personne n'avait foulée ni n'effleurerait, à moins que ne passe, furtif et plein d'une grâce innocente, un de ces êtres qui ne connaissait rien d'autre que la nature. Non, tout autour du Màr Menel, rien que l'infini du ciel, espace de liberté propre aux magnifiques dragons, mais certainement pas aux imparfaits à deux pattes. Aucun pic couronné de joyaux de glace ne venait en limiter l'immensité, et seules les murailles bâties d'innombrables petites mains semblaient tenter, dans un effort qui tenait à la fois du ridicule et du tragique, de contenir le vide sidéral loin de leur fragile flamme de vie.

Ici, tout était trop lisse, trop parfait, trop humanisé. Dans les rues et les cours toujours proprettes, la neige était balayée, la glace mise de côté pour ne pas déranger les déplacements, et a fortiori, on ne surprenait jamais, sur le marbre couleur crème, de trace plus scabreuse : à se demander si les chiens du Màr Menel n'utilisaient pas les latrines de leurs maîtres. Le jeune aspirant regrettait parfois la rude sauvagerie qui se dégageait des extérieurs de son ancien foyer. Quel était le réconfort d'un refuge, en l'absence d'éléments en furie dont se protéger ? Et quel genre de cocon pouvait-on retrouver, quand sa famille, de cœur et de sang, se trouvait bien loin sur un autre continent ? Rien qu'un enveloppe vide et déchirée, que traversaient les vents de la mélancolie.



Assailli par le flux et reflux de vagues à l'âme, comme l'esquif ballotté par les flots des grandes marées, où se mêlaient l'inévitable écume des doutes sur sa légitimité en ces lieux, Tristan arpentait donc, de bon matin, les trop parfaites allées de la citadelle Céleste. Il pensait se rendre à la caverne de glace de Lordan Ventaren, même s'il lui semblait qu'à trop abuser de son passe-temps sculptural, des sensations étranges, qui semblaient le conduire tout droit au cœur d'un grand brasier, se faisaient plus fréquentes. Mais tant pis pour ces désagréments, cela restait à ce jour le meilleur moyen de s'évader vers un ailleurs que sa seule imagination créait.

Ce jour-là, pourtant, sa flânerie s'arrêta à la place du marché, où son attention fut happée par l'apparition d'un grand dragon brun aux écailles obscures, plus lustrées qu'aucun vernis fabriqué de main de bipède. Plein d'humilité devant la majestueuse créature resplendissant de feu sombre, qui avançait du pas nonchalant de l'être accompli ne laissant prise à aucune hésitation, le neishaan n'avait pu que s'immobiliser pour l'admirer. Naturellement, il n'avait pas remarqué que le Lié venait peu après, lequel n'avait pu manquer la statue de marbre en pleine contemplation de son âme sœur.

Son interpellation amicale fit sursauter l'apprenti, mais le chevalier, comme nombre de ses pairs, semblait juste ravi de partager avec autrui les élans de son cœur envers sa saurienne moitié. Bientôt, plein de fierté pour la belle allure de son Brun, il proposait au rouquin de l'accompagner un instant dans les airs, car ils s'apprêtaient à passer la matinée à Lòmëanor. Où Tristan trouva le courage et l'audace de demander s'ils pourraient le déposer quelque part dans la Sylve, il ne le saurait jamais, mais ni le bipède, ni le dragon, n'étaient dérangés par une telle requête.

Il ne tarda donc pas à se retrouver juché sur le dos brillant du fils de Flarmya, qui décolla sans plus attendre, comme impatient de décrire de glorieux cercles ascensionnels dans l'azur. Puis, paisiblement, cap fut mis sur l'intérieur des terres, et le taxi-dragon déposa son passager dans une clairière. L'on décida que, lorsque Solyae atteindrait son zénith, le Brun et son cavalier viendraient le rechercher auprès du manoir d'Ael Alfirin, dont la direction lui fut indiquée avec force points de repères pour ne pas s'égarer.



Tristan attendit que le vent généré par les grandes voilures de cuir s'apaise. Déjà, la cime des arbres lui cachaient le point sombre et luisant qui l'avait transporté là. Se détournant de la percée où la neige avait été piétinée par une créature que les autres continents qualifiaient de légendaire, il s'enfonça parmi les sapins, dressés en imperturbables sentinelles. Si l'on s'abstenait de lever les yeux vers le firmament, on pouvait presque croire que toute couleur avait déserté le monde : l'immaculée blancheur de la neige tapissant sol et branchages, ne faisait que répondre à la noirceur des troncs et des rares buissons qui survivaient, ou des aiguilles dont le vert se faisait si sombre, qu'on oubliait presque qu'il avait, un jour, été teinte de printemps.

Le neishaan avait choisi le point de rendez-vous comme premier objectif, à la fois par curiosité envers ce bâtiment dont il avait entendu parler sans l'avoir encore aperçu, et par précaution : savait-on jamais, s'il mettait beaucoup plus de temps que prévu pour rallier l'endroit, ou s'il se perdait un peu, mieux valait commencer par se situer par rapport à ce fameux manoir. Là, au milieu de la forêt presque silencieuse, mais pourtant bruissante de-ci, de-là, de petits signes de vie animale pour qui savait écouter, il ne cherchait plus à comprendre quoi que ce soit, ne se posait plus de questions : il avançait, âme vivante au même titre que tous les autres habitants des bois, au sein de ce monde qui ne lui demandait rien. Sa respiration se faisait plus ample, son esprit, plus serein : il était, simplement.



Lorsque les fûts sombres s'écartèrent l'un après l'autre pour laisser place à un éblouissant champ de blancheur, Tristan ne comprit tout d'abord pas ce qui se passait. Cela faisait-il quelques instants que le couple de Liés l'avait déposé non loin ? Un coup d'œil vers Solyae, dès que ses yeux en furent capables après le long passage par la semi-obscurité des sous-bois, lui apprit que sa promenade méditative avait duré davantage que cela, mais il lui restait tout de même du temps avant l'heure prévue pour le retour.

Enfin, il remarqua la bâtisse, toute de blancheur malgré les cicatrices de quelques échafaudages, et puis, en détaillant les alentours, la dépression emplie de glace qui, aux beaux jours, devait refléter l'azur du ciel. Le lac immortel, il entendait la voix de maîtresse Sable le lui nommer lors de sa première leçon de géographie Tol Orëane. Une souche d'arbre singulièrement bien placée vint accueillir son séant, et il se tint là, contemplant l'antique demeure, et cherchant à y déceler un signe de vie.

En dehors de quelques pépiements, qui avaient repris une fois le neishaan immobilisé, tout semblait figé, en hibernation. Et pourtant, le gardien du manoir devait bien y vivre... mais Tristan n'allait pas le déranger rien que pour vérifier son existence. Détournant son attention des vieilles pierres, il détaillait le lac, s'efforçant de l'imaginer sous sa forme estivale, lorsque ses oreilles captèrent des sons inappropriés dans la grande tranquillité de la forêt. Il resta cependant là, immobile, bien emmitouflé dans ses vêtements simples mais chauds, son bonnet de laine enfoncé jusqu'aux oreilles dissimulant sa chevelure : inutile d'attirer l'attention par du mouvement, tant qu'il ignorait à qui ou quoi il avait affaire.



Il vit d'abord la monture, qui dépassait largement du champ de neige, ses deux oreilles pointées vers l'avant en une allure qui, bien qu'il se situe encore assez loin, lui évoquait l'intelligence. Puis une silhouette plus petite, qui avançait sur deux pattes, et conduisait le maigre équipage vers, apparemment, la porte principale de la demeure. Ce qui se passa sur le seuil ressembla presque à une fluide chorégraphie, à cette distance et avec l'entourage ouaté de la neige, qui étouffait sons et mouvements dans une douceur factice. Mais le rouquin comprit finalement que le bipède avait glissé, et ne se relevait pas. Personne non plus ne semblait venir à son secours depuis l'intérieur du manoir...

Alors, Tristan se mit en marche à coups d'enjambées aussi grandes qu'il le pouvait, malgré l'épaisseur neigeuse, pour aller porter secours à cet inconnu mais semblable. Lorsqu'il commença à mieux distinguer la scène, il vit l'enfant, et identifia la silhouette de son peuple chez l'adulte, dont le visage lui restait dissimulé. Un pas pour l'origine neishaane... et pourtant, la scène le laissait perplexe, évoquant plutôt un jeu qu'une mauvaise chute. Il s'immobilisa, peu désireux de s'immiscer dans l'intimité d'autrui, mais toujours vaguement inquiet. Et s'ils avaient tout de même besoin d'aide ? Le rire cristallin qui résonna dans l'étendue immaculée, finit de le convaincre que sa présence était superflue, et il s'apprêta à faire demi-tour pour s'effacer discrètement du charmant tableau.



Alrüne Larilane
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MessagePosté le: Sam 14 Avr 2018 - 19:48 Répondre en citantRevenir en haut

Lorsque Brume releva brusquement la tête en renâclant nerveusement, Alrüne n'y fit pas nécessairement attention, toute concentrée qu'elle était sur Ceri et son sourire contagieux. Néanmoins, la jument s'agita d'avantage, s'avançant de quelques pas, grattant le sol de son sabot en hennissant, comme une mise en garde adressée à une créature menaçante.
La Neishaane se redressa à son tour, soudainement sur le qui-vive, ses bras s'enroulant autour de son fils en une étreinte protectrice. Son regard outremer tomba très vite sur un jeune homme tout emmitouflé dans ses habits d'hiver, tâche de couleur sur un fond immaculé. Il n'était qu'à quelques mètres d'elle mais elle n'avait rien remarqué, ses pas ayant, sans doute, été étouffés par l'épaisse couche de neige dans laquelle elle était, désormais, assise.
Si elle coula vers l'inconnu un regard prudent teinté de méfiance, elle fut bien vite interrompu dans son inspection par le corps imposant et cendré de Brume, qui s'interposa entre eux. La jument semblait s'être mise en tête de protéger sa bipède de cette présence étrangère, à en juger par son expression corporelle. Elle creusait la neige de son sabot, ses oreilles en arrière, ses yeux d'un bleu cristallin fixé sur celui qu'elle considérait comme une menace …

Et brusquement, l'animal s'élança vers lui.
Alrüne, bondissant sur ses pieds, tenta bien de se saisir de ses rênes pour la retenir mais elle les manqua de quelques centimètres. Brume échappa à son contrôle et il ne lui fallu guère plus de quelques secondes pour arriver à la hauteur du jeune homme, le percutant avec force pour l'envoyer valdinguer un peu plus loin dans la poudreuse.

La Neishaane, après avoir rapidement enroulé son fils dans son manteau et l'avoir déposé à même le sol, courut s'interposer, à son tour, entre la jument en colère et l'inconnu qui, jusqu'ici, n'avait rien fait de plus que s'approcher d'eux. Brume renâcla de nouveau mais ne fit montre d'aucune résistance lorsque sa bipède s'empara, enfin, de ses rênes, l'empêchant ainsi de réitérer son assaut. Quelques caresses rassurantes, quelques mots murmurés d'une voix douce semblèrent suffisante pour l'animal qui s'apaisa enfin.
Après quelques minutes passées à calmer Brume, Alrüne se détourna d'elle pour aller concentrer son attention sur le jeune homme. Elle le rejoignit et s'agenouilla près de lui, l'avisant d'un œil inquiet.

- Est-ce que ça va ? Lança-t-elle avec une certaine hésitation dans la voix, songeant qu'on ne pouvait pas aller complètement bien après s'être fait bousculer de la sorte. Êtes-vous blessé ?




Tristan Gwened
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MessagePosté le: Sam 28 Avr 2018 - 17:24 Répondre en citantRevenir en haut

Il n'avait pas tourné le dos, que l'attitude du quadrupède venait glacer l'ambiance auparavant paisible, comme un vent polaire et coupant qui se serait levé sur ces paisibles étendues saupoudrées de douce neige. Lorsque l'imposante bête se mit en marche dans sa direction, Tristan commença par un pas prudent en arrière, puis un autre. Il n'avait guère l'habitude des chevaux, mais l'hostilité était trop clairement affichée chez celui-là, pour qu'il puisse l'ignorer. Sans doute alerté également par sa monture, l'adulte se redressa finalement, découvrant un visage jeune et féminin, qui n'était pas totalement inconnu de l'aspirant Céleste. Ce petit triangle sur le front était une marque suffisamment singulière, au cas où il aurait douté de sa mémoire, pour identifier avec certitude la neishaane qu'il avait croisée à l'auberge de la Vouivre de Jade, et qui s'y trouvait déjà en compagnie d'un enfant - le même, selon toute probabilité.

Ce fut malgré tout un regard plein d'incertitude, exempt de toute intention belliqueuse ou malfaisante, qui croisa celui d'Alrüne. Il se racla la gorge, gêné par la situation, tout en cherchant à se donner le temps de trouver les mots pour expliquer sa présence silencieuse, mais n'eut guère le loisir d'y songer sereinement. L'animal vint s'interposer, au sens le plus strict du terme, entre les deux protagonistes, tout en reprenant ses tentatives d'intimidation envers le rouquin. Celui-ci se figea, au souvenir de quelque lecture qui recommandait de, surtout, ne pas bouger lorsqu'on se trouvait face à un animal dangereux. Sans doute cela s'appliquait-il à un être sauvage davantage qu'à une lignée domestiquée de longue date, et à un prédateur plus qu'à un -ordinairement- paisible herbivore, mais il n'avait que cette référence-là. Il esquissa tout de même un geste universel aux bipèdes, écartant légèrement les bras, les mains tendues vers les voyageurs, et les paumes ouvertes en un message pacifique.

Le moins qui soit à dire, serait que son intention ne passa absolument pas les barrières de la communication inter-espèces. Elle conduisit plutôt à l'effet exactement inverse de celui souhaité : avant qu'il n'ait le temps de comprendre ce qui se déroulait, ou les risques qu'il encourait à demeurer pareil aux statues de glace qu'il aimait créer, Brume s'était élancée telle un bélier furieux dont l'unique but aurait consisté à foncer sur ce qui se dressait en travers de son chemin. En l'occurrence, Tristan, qui avait la chance d'être plus solide que de l'eau gelée, sans pourtant se hisser à la hauteur de la moyenne de son espèce. L'aspirant se retrouva tout d'abord le souffle coupé, puis l'acteur involontaire d'un exercice de voltige dénué de chorégraphie autant que de grâce, pour finir aplati un peu plus loin dans la couche de fin sucre glace, achevant ainsi un parfait retournement de situation, dans tous les sens imaginables de l'expression.


Sonné, et vaguement conscient d'avoir entendu quelque chose craquer lors de son atterrissage, le neishaan ne réalisa pas bien ce qui se déroulait autour, trop occupé qu'il était à reprendre son souffle, puis à serrer les dents alors que lui parvenait la sensation de celle de ses chevilles qui se retrouvait sous lui. Avec précautions, il roula dans la neige pour la libérer, mais n'essaya pas longtemps de la faire jouer : il n'allait pas être question de reprendre appui sur ce pied-là, c'était parfaitement clair. Son précieux bonnet d'Ablah avait valsé un peu plus loin, libérant sa courte tignasse rousse, et de la neige s'était immiscée dans son col, mais rien de cela ne parvenait à percer son incapacité à réfléchir calmement. De manière incongrue, il songea qu'au moins, il était déjà au point de rendez-vous de son dragon-taxi : il n'aurait plus qu'à attendre l'heure de son retour. Alors, fermant les paupières, il se recroquevilla sur lui-même, les mains posées sur son articulation douloureuse, espérant contre toute attente que rien de plus ne vienne le déranger d'ici là.

Bien sûr, il en avait oublié jusqu'à la cause de son inconfort, et la voix d'Alrüne le fit sursauter. Il cligna des yeux sur un air égaré, qui pouvait laisser deviner combien il avait manqué du sens des paroles prononcées. De nouveau, ses paumes se tendirent en direction de l'autre, alors qu'il tentait de dissiper ce qu'il prenait pour un malentendu :
« Je... je passais... c'est tout... par hasard... »
Dans le même temps, il s'était un peu plus ramassé sur lui-même, comme s'il s'apprêtait à bondir, ce dont il était bien incapable étant donné l'état de sa cheville. Mais ça, la presque inconnue n'était pas censée le savoir. Il espérait juste qu'elle n'avait pas de mauvaises intentions - retournement de situation, qu'on vous dit - ou que, si jamais c'était le cas, son aîné Céleste ait la bonne idée d'arriver en avance pour le récupérer dans le meilleur état possible.



Alrüne Larilane
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MessagePosté le: Jeu 3 Mai 2018 - 17:26 Répondre en citantRevenir en haut

La tignasse rousse de l'inconnu titilla vaguement la mémoire d'Alrüne, sans néanmoins parvenir à faire appel au souvenir concerné. Elle savait qu'elle l'avait, de toute évidence, déjà rencontré mais n'arrivait pas à se rappeler où, ni dans quelle circonstance. Peut-être lors de l'un de ses nombreux crochets à Lòmëanor …
Ceci étant, il ne lui avait, visiblement, pas laissé un souvenir très marquant, en bien comme en mal. La Neishaane se contenta de cette conclusion, à défaut de pouvoir se remémorer clairement les circonstances de leur rencontre et se promit d'être, malgré tout, prudente. On ne l'est jamais trop, après tout.

Lorsque l'inconnu-pas-si-inconnu réagit à sa présence, il lui apparut désorienté et sa réponse hoquetante ne fit que renforcer cette impression. Tassé sur lui-même comme il l'était dans un attitude craintive, Alrüne lui trouva des airs … D'écureuil. Peut-être était-ce la combinaison de son comportement avec sa chevelure rousse qui lui rappela ces petites créatures aussi timides que facétieuses. Il lui était arrivé, plus d'une fois, d'en recueillir au cours de ses années à parcourir les routes, au sein du Cirque. Qu'ils soient affaiblis par un hiver trop rude ou maltraités par l'un des nombreux prédateurs qui peuplaient la forêt, elle tâchait de les remettre d'aplomb avant de les rendre à la Nature à laquelle ils appartenaient.

Peut-être ... que cet inconnu la percevait comme une menace, à la manière de ces petits animaux sauvages ?

A son tour, Alrüne leva doucement ses mains devant elle, paumes ouvertes et bien visibles, avant de s'adresser à lui d'une voix calme :

- Je ne vous veux aucun mal … Je veux simplement m'assurer que vous alliez bien.

Comme pour lui prouver ses intentions pacifiques – car rien n'appuyait mieux des paroles qu'une action –, la Neishaane se redressa lentement, prudemment avant de s'éloigner de lui, lui laissant tranquillité et espace afin de retrouver ses esprits.
De son côté, elle alla vite récupérer son fils, qui gigotait gentiment dans la neige, bien emmitouflé qu'il était dans son cocon de laine, puis l'installa dans le couffin qu'elle lui avait solidement attaché à la selle de Brume. Un moyen qu'elle avait trouvé pour soulager son dos de jeune mère, tout en lui offrant la possibilité de garder un œil sur sa progéniture.
Après s'être assurée qu'il n'y avait aucune menace à proximité, Alrüne noua les rênes de l'animal à l'un des arbres non loin, satisfaite, avant d'enfin retenter une approche vers le jeune homme, qui ne semblait pas décidé à bouger de là où il avait atterri. Sa chute l'avait-elle tant secoué ?

- Je m'appelle Alrüne … Je crois que ma jument vous a prit pour une menace et j'en suis désolée.

Elle tenta un léger sourire, un peu maladroitement. Elle avait toujours un peu de mal à agir sereinement en présence d'inconnus et ses derniers mois de voyage en quasi-solitaire n'avait en rien arrangé sa sociabilité naturelle. Malgré tout, elle faisait l'effort de se montrer aussi amicale qu'il lui était possible d'être, ce qui, en soi, était un petit exploit.

- Est-ce que vous allez bien ?

A cette question, elle n'espérait rien d'autre qu'une réponse positive qui lui permettrait, enfin, de prendre congé de l'inconnu rouquin.






Dernière édition par Alrüne Larilane le Lun 28 Mai 2018 - 16:31; édité 1 fois
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MessagePosté le: Sam 19 Mai 2018 - 09:07 Répondre en citantRevenir en haut

La neishaane répéta le geste que lui-même avait déjà eu à l'adresse de sa monture, et les mots commencèrent à atteindre la compréhension du rouquin. Ah. C'était à son tour à elle de chercher à le rassurer. Il suivit ses mouvements des yeux, méfiant malgré tout, particulièrement lorsqu'elle se rapprocha du videur à quatre pattes qui lui avait fait clairement -et douloureusement- comprendre, un instant plus tôt, la non désirabilité de sa présence. Mais pour sa défense, la bipède ne fit qu'attacher l'animal légèrement à l'écart de la scène qui s'était jouée là, et cet éloignement de la menace principale avait valeur davantage que de symbole pour le rouquin. Aussi se montra-t-il plus attentif aux paroles suivantes, dont il accusa réception d'un hochement de tête, à moins que ça n'ait été une forme de salutation.

« Alrüne... Je suis Tristan. Eh bien, vous avez là... un garde du corps précieux. Quoique pas très discipliné... si je puis dire. »
Il ressentait confusément le malaise de son interlocutrice, mais n'étant lui-même pas un expert des relations sociales, n'avait aucune légitimité de lui en tenir rigueur - ni le moindre souhait, sachant combien l'exercice pouvait s'avérer périlleux. Ses mains toujours plaquées contre sa cheville, le céleste détourna les yeux à la dernière question. D'un côté, il ne voulait pas augmenter encore la gêne de son interlocutrice, mais de l'autre, il ne pouvait pas affirmer sincèrement que tout allait pour le mieux...

« Ce pourrait être pire... »
finit-il par concéder, hésitant, avant de grimacer un rictus qui, dans l'intention, avait été un sourire. Il rompit l'instant de silence gêné qui suivit, et où chacun des neishaans avait semblé chercher un moyen de mettre fin en toute civilité à la situation actuelle. Ses yeux ambrés se relevèrent vers la jeune mère, quêtant anxieusement un indice sur ses sentiments et intentions réels, mais dans le doute persistant, il se décida à requérir son assistance sans plus décrire de circonvolutions. Il s'était tout de même muni d'une certaine auto-dérision, et d'un air désolé de devoir quémander ainsi.
« … je crois tout de même que je vais avoir besoin de votre aide pour en revenir à la glorieuse position de bipède debout. »

De fait, il détestait son actuelle posture, ramassé au sol, où le froid et l'humidité se faisaient maintenant nettement sentir, mais rien qu'un soupçon de réalisme suffisait pour être certain qu'il ne pourrait se déplacer seul. Il se sentit plus humilié encore quand il commença à tenter de se lever, s'appuyant sur sa cheville valide et ses bras malingres, et s'agitant, ainsi qu'il lui semblait, comme une larve incapable d'autre chose que de ramper à même la glèbe. Il finit par réussir à se dresser à demi, les deux genoux au sol, et son toupet rouquin en pagaille, après l'effort consenti tout en préservant son articulation blessée, qui le lancinait sans relâche. Maintenant, comment progresser encore ? Il allait lui falloir une main secourable, certainement...

Tout était encore vaguement confus, il se sentait inconfortablement humide de l'extérieur, à cause de la neige, autant que de l'intérieur, par ses efforts, et avait du mal à faire le tri dans les différentes pensées et sensations qui lui arrivaient. Il avait un peu froid et un peu chaud, même beaucoup concernant ses joues, ce qui signifiait sans doute que son visage présentait une magnifique couleur de homard bien cuit, pour couronner sa déchéance. Mais le ciel était si bleu... existait-il une dragonne dont la teinte aurait été assez proche de ce magnifique firmament hivernal, pour qu'elle puisse s'y confondre presque totalement ? Seuls les globes de ses deux yeux émergeraient, comme des étoiles jumelles ayant délaissé la nocturne Kishi pour accompagner un instant le brillant Solyae. Tristan le chercha des yeux, et cligna des paupières avant de se détourner de sa trop divine lumière.



Alrüne Larilane
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MessagePosté le: Mar 5 Juin 2018 - 15:15 Répondre en citantRevenir en haut

A la mention des talents insoupçonnés de protectrice dont Brume avait fait si brusquement étalage, Alrüne ne put retenir une moue gênée, embarrassée qu'elle était de ne pas avoir su déchiffrer et arrêter l'animal avant sa charge.

- Je dois bien vous avouer, commença-t-elle timidement, que c'est la première fois que Brume agit de cette façon … Habituellement, elle est plutôt tranquille.

Qu'est-ce qui avait bien pu provoquer une telle réaction chez sa jument ? Peut-être était-ce le traumatisme de la perte de son précédent cavalier qui l'avait poussé à réagir de la sorte face au nouvel arrivant ? Peut-être était-ce la position vulnérable de sa bipède, allongée qu'elle l'était alors dans la neige, à laquelle s'était ajouté la présence non désiré d'un parfait inconnu ? Elle pouvait bien imaginer toutes les raisons du monde, il y avait de grandes chances pour qu'elle n'obtienne jamais la réponse à cette question.

Le dénommé Tristan, souriant avec autant de maladresse qu'elle-même, finit par lui faire part de son incertitude quant à son état physique et la Neishaane parût ennuyée. Si elle ne rechignait pas à aider le pauvre rouquin à se dépêtrer d'une situation dans laquelle elle l'avait, involontairement, plongé, elle aurait, tout de même, préféré pouvoir reprendre la route sur l'instant afin de se rapprocher, lentement mais sûrement, de son objectif, de son âme-sœur. Le Destin, farceur, semblait en avoir décidé autrement.
Qu'à cela ne tienne ! De toutes les façons, il lui manquait encore des informations cruciales pour pouvoir poursuivre efficacement son voyage. Certes, grâce à son rêve, elle savait que sa destination se trouvait quelque part au Nord-Ouest du Vaendark … Ce qui restait une très large région à couvrir, au vu de la taille du continent en question. Si elle ne mettait pas la main sur des informations plus précises, il lui faudrait sûrement encore plusieurs mois et une sacrée dose de chance pour réussir à rejoindre l'île perdue d'Ivrin … Et rien ne garantissait qu'elle y parviendrait dans les temps. La Reine Argentée Elentàri lui avait bien signifié toute l'urgence de sa quête …

Finalement, Tristan lui avoua, non sans un certain humour qui lui arracha un petit sourire en coin, son incapacité à se redresser et sollicita, ainsi, son assistance pour pouvoir se retrouver, de nouveau, sur ses deux jambes. Ou sur l'une d'entre elles, tout du moins.
Alrüne l'observa un instant se débattre dans la neige, hésitante à lui prêter main forte alors que le jeune homme tâchait, de toute évidence, de retrouver un temps soit peu de dignité en adoptant une position un peu moins pathétique. Ce ne fut que lorsqu'il se stabilisa, enfin, sur ses genoux qu'elle se décida à lui apporter le soutien physique dont il manquait pour se lever. Toute crevette qu'elle était, elle n'était pas complètement sûre de ne pas faire pire que mieux en lui venant ainsi en aide.

Il fallait croire qu'aujourd'hui, en cette belle et blanche journée d'hiver, le Destin était d'une humeur particulièrement facétieuse envers les deux compagnons d'infortune. Alrüne ne sut pas exactement ce qui dérapa dans son plan, si ce n'est elle-même et Tristan qui, une fois n'est pas coutume, se retrouvèrent à mordre la … Neige.
Une fois le nuage blanc soulevé par leur nouvelle chute dissipé, entraînant dans son sillage la surprise de la Neishaane de se retrouver, de nouveau, les quatre fers en l'air dans la poudreuse, la jeune mère ne pût s'empêcher d'éclater de rire devant le caractère incongru et répétitif de leur situation.
Un rire cristallin, sincère et joyeux. Un rire qui n'avait plus franchit la barrière de ses lèvres depuis bien longtemps. Trop longtemps.

Lorsque ce rire mourut doucement et que le calme de la plaine reprit enfin ses droits, Alrüne se décida à se redresser, époussetant ça et là la neige qui était venu se faire une place sur sa personne, avant de planter son regard d'un outremer pétillant dans celui ambré de son acolyte du moment, les restes de son fou rire étirant encore ses lèvres fines.

- On réessaie ? Ou est-ce que, finalement, la position assise vous convient mieux ? Le questionna-t-elle, non sans faire preuve d'humour à son tour.




Tristan Gwened
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MessagePosté le: Sam 16 Juin 2018 - 18:36 Répondre en citantRevenir en haut



Tristan se contenta de hocher la tête lorsque l'autre neishaane indiqua combien le comportement précédent de sa jument avait été méconnaissable. Elle semblait vouloir s'en excuser de nouveau, à demi-mot, et il n'avait pas l'intention de la pousser à davantage de culpabilité encore. Ce qui s'était passé pouvait certes être qualifié de regrettable, mais aucune mauvaise intention n'y entrait manifestement en ligne de compte, et donc, le rouquin n'avait pas de raison de garder rancune à celle que, finalement, il avait été le premier à déranger.

Elle ne rechigna pas non plus à l'assister dans sa tentative de se relever, du moins d'aucune manière visible pour lui. En s'efforçant de s'appuyer le moins possible sur elle, mais finalement, en utilisant bien cet appui supplémentaire, puisque les siens n'étaient pas suffisants, il grappilla un peu de hauteur puis encore un peu... Et n'eut pas le temps de sentir le début de glissade, qu'il se retrouvait déjà, de nouveau, les fesses au sol, et pas seul dans ce cas. Il avait seulement réussi à protéger sa cheville, unique pensée qu'il était parvenu à avoir dans les quelques instants qui précédèrent ce nouveau contact avec le plancher des dragons (et des vaches). Au moins, il ne se blessa pas davantage...

Il ignorait quelle aurait été son humeur, sans l'éclat de rire de la jeune mère, tellement plein d'une innocence qui aurait plus facilement pu être attribuée à son enfant qu'à elle-même. Finalement, il se surprit à sourire, lui aussi sans la moindre arrière-pensée. La nouvelle proposition, encore pleine de l'amusement simple et vrai qui avait jailli précédemment, fut donc accueillie avec optimisme. Tandis qu'Alrüne se redressait, Tristan, lui, avait repris sa position précédent, en appui sur les deux genoux. Il commençait à comprendre comment faire pour ressembler un peu moins à une limace des neiges se tortillant dans son impuissance.
« Si cela ne vous dérange pas... autant faire une nouvelle tentative. Après tout, notre vie entière n'est-elle pas faite de cela, des essais, encore et encore ? J'ai bon espoir qu'il nous faille un peu moins de temps pour réussir, dans ce cas précis, »
termina-t-il avec aux yeux un éclat frère de celui qui avait habité le regard d'Alrüne juste avant.

Enhardi par la presque complicité née de leurs petites mésaventures communes, il se décida à poser une question qui lui titillait l'esprit avec une insistance têtue confinant à l'agacement.
« Pardonnez ma curiosité, et dites-moi si vous ne souhaitez pas répondre, mais... est-ce un tatouage que vous portez là ? »
fit-il en désignant le milieu de son propre front, là où chez Alrüne, se distinguait l'étrange petit triangle.
« Cela me rappelle quelque chose que j'ai dû lire par le passé, chez moi, mais je n'arrive pas à me souvenir de quoi il s'agit précisément... Cela m'avait déjà évoqué quelque chose, quand nous nous étions croisés à la Vouivre de Jade, mais je n'ai pas réussi à identifier la signification de ce... signe. »
Car il était manifeste que c'était bien cela, un symbole de reconnaissance ou quelque chose de ce genre, le neishaan n'aurait pas non plus réussi à expliquer pourquoi il avait cette impression, mais elle restait très nette. Il y avait forcément une histoire merveilleuse ou étrange, une énigme autour de cette forme somme toute fort simple, mais qui semblait irradier de ces mystères auxquels l'âme curieuse et imaginative de Tristan était incapable de résister.

Il rabaissa le nez, craignant de s'être montré trop intrusif, et d'avoir peut-être, une fois de plus, laissé trop vite parler ce tempérament qui ne venait pas des tranquilles bibliothèques d'Ablah. Ce qu'il trouva de mieux pour tenter de se rattraper, fut de revenir à des choses plus terre à terre... sans mauvais jeu de mots (quoique).
« Il y a une grosse souche d'arbre en bordure de la clairière, par là, »
indiqua-t-il avec un geste dans la direction de son tabouret improvisé d'avant la rencontre, pas exactement visible de là où ils se trouvaient, mais qui le deviendrait lorsqu'ils s'en approcheraient suffisamment.
« Si nous pouvions l'atteindre, ce serait un bon endroit pour... enfin, où je pourrais attendre tranquillement, et sans risquer de finir trempé. Et ainsi, vous pourriez poursuivre votre route. »
Il avait bien perçu quelque chose de la réticence d'Alrüne à passer trop de temps à ses côtés, et lui signifiait ainsi qu'il ne comptait pas la retenir. Pour quelle raison l'aurait-il souhaité ? Son enfant requérait déjà sa présence, et Tristan, lui, pourrait se débrouiller seul une fois extrait de la dangereuse douceur glaçante, propre à la neige.



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