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 [RP] Dernier acte d'un simulacre Sujet suivant
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Alwin Ingialdr
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MessagePosté le: Mar 6 Mar 2018 - 21:57 Répondre en citantRevenir en haut


Kalièl & Ahzidal




6e jour de Haskèlku 919 - Au crépuscule


Les visages se tournaient sur le passage des enjambées rapides de Kalièl Rhidian, sans que ce dernier n’y accorde la moindre attention. La fraîcheur des lieux, se moquant du fin tissu de sa cape d'obsidienne brodée d'ocre, ne parvenait pas plus à détourner l'esprit de l'Ardent de ses pérégrinations tumultueuses. Il était tout entier absorbé dans la préparation du dernier acte qu'il allait infliger à la grotesque mascarade se déroulant au vu et au su du kaerl entier depuis nombre d'années; sans que nul ne le soupçonne.

Pour parvenir à cet "heureux" dénouement, il lui avait fallu sacrifier de nombreuses heures de son précieux temps personnel, ce qui n'avait pas été de prime abord pour lui plaire. Mais le sacrifice n'était pas vain, car sa découverte de premier plan allait secouer les hautes sphères du kaerl depuis ses bas-fonds. Une nouvelle qui allait sans nul doute réjouir Aodren del Hendrake, et être dans les bonnes grâces du représentant des Dominants était un bien précieux.

Sur son ordre, il avait été chargé d’enquêter sur le passé du Chevalier Braen, lié au Blanc Cyngar. Le Maître Noir lui avait délégué cette mission du fait de sa situation personnelle, à ses dires "tout à fait adaptée aux circonstances". Le membre de la Garde embrasée n'avait guère eut le privilège d'autres explications, mais même s'il en était un peu perplexe, avait entrepris d'obtempérer à l'ordre. C'était toujours ainsi qu'il procédait, son obéissance mielleuse effaçant un peu des esprits des plus hauts gradés son ascendance honteuse déjà édulcorée par l'utilisation du nom d'emprunt de Kal Armarôs.

Enquêter sur le Chevalier Blanc ne fut pas une mince affaire, car il n'était pas vraiment de ceux que l'on entend s'épancher sur des détails personnels, bien au contraire. Kalièl avait d'ailleurs du forcer sa mémoire pour tenter de se remémorer le son de sa voix. Il l'utilisait si peu qu'il aurait tout aussi bien fait d'être muet. Les taiseux ne s'attiraient pas la confiance du Chevalier Bronze, qui considérait qu'il s'agissait là d'un aveux de secret. En effet, nul risque de dissonance si l'on gardait sa bouche close ! Et Kalièl n'en était pas arrivé jusqu'ici grâce aux seules flagorneries, non, il était également doté d'une intelligence et d'un instinct tout à fait remarquable, lui permettant de déceler la vérité là où tous se faisaient si facilement berner. Tel un chien de chasse, il flairait habituellement sa proie à des kilomètres à la ronde, la rongeant jusqu'aux os afin que vérité s'en suive. Vérité, rien que la Vérité, voilà qui naissait suite à ses interventions méticuleusement sordides.

Sa loyauté sans failles (qui n’était bien entendu que d’apparence, mais de cela personne n'en doutait car le clan de l'Ombre était tout sauf peuplé d'altruistes) était bien le seul atout en sa possession dans l’accession des marches du pouvoir du kaerl ardent. Son ascendance douloureuse serait à tout jamais un rempart à l’accès aux plus hautes fonctions du Màr, mais au moins irait-il au-delà de ce que la plupart des hommes ne pouvaient et c'était là pour lui une source suffisante de satisfaction. Tant qu'il pourrait avoir des vassaux à traiter comme des vermines, son égo s'en contenterait très bien. Mais cette situation devait être conservée et confortée, aussi devait-il continuer à lécher les bottes des hautes sphères.

Au début pour le moins sceptique sur la nature des éléments qu'il pourrait déceler sur le Prêtre, il réalisa assez rapidement que le Haut représentant des Dominants avait mis le doigt sur quelque-chose de gros. De vraiment gros. D'une taille assez imposante pour faire tomber jusqu'à la seconde du Màr...

Rien. Voilà ce qu'il avait pu découvrir sur ce Braen, officiellement originaire de la bourgade de Lòmëanor, tel que ce dernier s’était présenté. Aucun de ses espions n’avaient réussi à mettre la main sur la moindre information à son égard, ce qui était tout bonnement impossible eut égard de leurs qualités n’étant plus à démontrer. En d'autres termes, il s'agissait là d'une fausse identité.

Les fausses identités n'étaient pas si rares en soit, non, lui même en était un exemple. C'était plutôt l'absence totale d'existence reconnue au sein des rues de Lòmëanor qui posait question : son réseau s'était appuyé sur nombre de mendiants présents depuis bien le double avoué de l'âge du Prêtre, pour qui le nom de Braen n'évoquait strictement rien. Il n'exisait pas non plus sur les registres de la Ville. Le Loméanor tant officiel que de l'ombre ne reconnaissait donc pas l'existence de cet homme, qui se parait pourtant de son origine.

Kalièl avait alors commencé à observer de plus près l’homme brun à la silhouette élancée et au teint légèrement hâlé. Il était plutôt quelconque, pas particulièrement beau, même s’il aurait sûrement eut du charisme s’il n’avait point été aussi réservé. Il avait passé de nombreuses nuits sans sommeil à recouper les maigres informations à sa disposition, et en étant parvenu à un constat, irrévocable : Braen ne pouvait être que Renàto, le jeune de Leysse disparu durant la Grande Guerre des Ordres. Tout concordait : le fait que son corps n’eut jamais été retrouvé avec les autres membres de l’escadrille décimée, le rapprochement grotesque des dates de la disparition du jeune homme du Màr Menel et de l'apparition soudaine de "Braen" au côté Ioana, et puis, son physique, qui, maintenant qu'il y pensait était assez proche de celui de la jeune et belle Katell de Leysse.

Il fit la moue en repensant à cette dernière, qui consistait en un de ses tout premiers échecs sentimentaux. Mais il y avait définitivement quelque chose de commun entre la belle brune et cette andouille de Prêtre… Peut-être un air de famille dans les traits du visage ? Même si celui de Katell avait toujours été aussi clair que l’albâtre. Ou alors se faisait-il berner par sa forte volonté de déceler Renàto sous le nom de Braen ? Mais son instinct lui intimait cette marche à suivre, et son instinct ne l'avait encore jamais trompé. Sauf en matière de relations amoureuses.... mais c'était là un tout autre domaine.

Kalièl ne put taire son excitation en réalisant qu'il avait peut-être mis la main sur un espion du kaerl céleste. Un traître. Un traître amené par nulle autre que Ioana Cyallaïd-Cèlt’har. Si ces éléments se révélaient exacts, l'actuelle seconde avait emmené le céleste en toute connaissance de cause. Un de Leysse, qui plus est, donc un ennemi héréditaire du Màr Taralöm ! Il réprima à peine un rictus méprisant à cette pensée... il allait enfin pouvoir voir cette sale hybride femelle se délester de ses grands airs en mordant la poussière.

Lui qui avait du vivre avec l’opprobre de ses origines bouillonnait de rage à l’idée que cette vermine ait eut le luxe d’en passer outre grâce à l'aide de cette hideuse femelle. Il leur ferait payer, à tous les deux. Mais il réserverait bien entendu le pire traitement au Céleste. Nul ne pourrait alors plus jamais imaginer qu'il puisse conserver un quelconque attachement pour cet amas de vermines constituant sa première famille.

Kalièl était intimement persuadé de cette version des faits, mais il lui manquait encore quelques éléments concrets… Aussi lui fallait-il créer de nouvelles preuves. D'où sa direction actuelle, à savoir le Weyr du Prêtre.

Il laissa un instant son regard de jade couler sur la porte fermée. Comment allait-il faire cracher le morceau à Braen, enfin plutôt Renàto ? La torture lui semblait évidemment l’élément parfait pour cela, mais s’il s’était trompé, il risquait gros à avoir opéré de telles techniques sur un de ses frères d’armes. Il allait donc devoir ruser, lui faire cracher des informations connues des seuls célestes. Exercice auquel il brillait parfaitement… mais il ne savait pas encore réellement de quelle trempe était fait son adversaire.

"Ouvre-moi, Braen.", l’intima t-il de son habituel ton péremptoire, taisant du mieux qu'il le pouvait l'excitation qui secouait ses tripes à l'idée de pouvoir enfin définitivement démasquer le traître.








Merci à Ryryn pour la signature <3
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Oracle Tol Orëanéen
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MessagePosté le: Mer 7 Mar 2018 - 16:27 Répondre en citantRevenir en haut


Renàto "Braen" de Leysse & le Blanc Cyngar

Theme Song :
Vallåt – KAUNAN


Nouvelle lune de Haskèlku, sixième jour, dédié comme chaque année aux festivités et libations en l'honneur du Dieu de la Guerre et des Combats. Dans le ciel qui allait en s'obscurcissant, Iolya était absente, comme refusant de poser son regard sage sur la folie sanglante des dernières heures, laissant ainsi place à sa sœur Eurilya, ronde et plantureuse, pour présider aux agapes débauchées de la nuit à venir.
Dans son weyr silencieux et désert, la tête entre les mains et le visage pâle sous son hâle, Renàto, assis dans un large fauteuil à haut dossier, se débattait intérieurement pour mettre au repos tant son âme que son corps. Prises dans le voile soyeux de sa chevelure brune, ses phalanges étaient blanchies par les efforts qu'il déployait pour contenir ses nausées grandissantes.
De manière tout à fait paradoxale pour quiconque ne le connaissait pas, le sang-mêlé haïssait viscéralement cette période de l'année, et ce jour en particulier faisait remonter en lui toutes les réminiscences de son ascendance céleste, dont il ne parvenait toujours pas à se détacher. Près de onze longues et douloureuses années qu'il résidait au Màr Tàralöm, et assistait aux Fêtes de Haskèl qui y étaient organisées. Onze années qu'il s'efforçait, à l'arrivée de l'Equinoxe de Printemps, de se faire oublier et de disparaître dans l'ombre. Car, forts d'une tradition quasi millénaire, les habitants du Kaerl Ardent organisaient toujours, en ce jour précis, une grande cérémonie destinée à glorifier Haskèl, dont le point culminant consistait à lui offrir en sacrifice des vies humaines innocentes. Quoi qu'il s'efforce de se faire discret, la notoriété du jeune Chevalier n'avait fait que grandir au fil des ans au sein de la communauté fermée des adorateurs de Haskèl, et il avait été jugé que nul autre que le « Dieu-Béni », un Berserk, favori du Dieu de la Guerre, ne pourrait mieux convenir pour présider les célébrations.

Une fois encore, l'ironie mordante de la situation le secoua, et ses paupières vinrent recouvrir ses iris argentés en une fervente prière, exprimant tout son repentir sincère et appelant les Dieux à la compassion envers leur serviteur. Mais l'avait-il seulement mérité ? Ce n'était pas la première fois qu'il était contraint à tuer … Et ce ne serait, malheureusement, certainement pas la dernière fois.
Dès qu'il avait pu, il avait quitté la cérémonie, prétextant une fatigue qu'il savait au fond de lui n'être l'expression que d'une demi vérité. Les yeux brillants d'une excitation pas uniquement due au breuvage rituel ingurgité par tous, les autres Prêtres-Guerriers l'avaient bruyamment congratulé, imaginant sans doute que son ''expérience mystique de communion avec Haskèl'' l'avait exténué. Il savait que les réjouissances se poursuivraient au Mahalma jusque tard dans la nuit, et seraient, comme souvent lors de tels rassemblements, le théâtre de nombreuses tractations politiques secrètes. Il n'avait eu alors qu'une envie, celle de retrouver le calme et l'isolement de ses appartements. Une fois seul, il s'était empressé de prendre un bain, cherchant vainement à se purifier, à effacer toute trace de sang sur sa propre chair, frottant sa peau avec un acharnement désespéré, jusqu'à la rendre rouge d'irritation.

Son estomac se contracta douloureusement et ses bras allèrent enserrer son ventre dans une pauvre tentative de protection et de soulagement. C'était également à cette époque de l'année, durant la Grande Guerre, qu'il avait rejoint le Màr Tàralöm, et le souvenir des prisonniers Célestes et Engloutis, sacrifiés et vidés de leur sang sous les yeux avides de l'Ordre d'Ombre tout entier, était gravé à l'eau forte dans sa mémoire. Il se souvenait du poids de la main de Ioana posée sur son épaule d'adolescent, l'empêchant de se détourner, et de l'implacabilité de son regard, semblant l'évaluer, l'avertir muettement. ''Ceci est ce qui t'attend si tu trahis le Kaerl.''
Dans son esprit, dans une sorte de cauchemar éveillé, le visage de toutes ses victimes se superposait avec celui des membres du bataillon Céleste qu'il avait décimé, celui, suppliant et horrifié, de sa propre mère, les dominant tous. Leurs mains, décharnées et couvertes de sang, se tendaient vers lui, cherchant à le happer, à s'agripper à ses vêtements, pour l'attirer encore et encore, toujours plus près, jusqu'à se serrer étroitement contre lui. Plus il tentait de leur résister, plus il lui semblait sombrer, la lumière autour de lui se réduisant à un lueur lointaine et inaccessible, son corps lentement englouti à travers une surface liquide et trouble, d'un rouge vermillon cruel, suffoquant. Leurs froids murmures, qu'il lui semblait presque pouvoir saisir, envahirent petit à petit sa conscience, occultant tout le reste, et là-bas, éclatant dans l'obscurité quasi totale, un visage, impassible et immense, emplit alors totalement son champ de vision, devenant presque douloureux à regarder, le jugeant silencieusement pour ses actes.

Au moment où l'ichor carmin parvenait à un point de non retour, emplissant ses poumons et le privant de l'oxygène vital, les dernières bribes de sa volonté balayées par le flux inexorable, des coups soudain, frappés avec force à sa porte, firent exploser sa vision en un millier d'éclats aigus, le ramenant brutalement à une réalité tout aussi déplaisante. S'était-il endormi sans s'en rendre compte ? Étourdi, Renàto porta une main incertaine à son crâne, la douleur pulsant à ses tempes lui assurant que, si tel avait été le cas, il était à présent bel et bien réveillé. Un coup d'oeil mécanique vers la couche de sable fin, non loin de l'aire d'envol, lui rappela que sur son insistance, Cyngar était parti chasser, le laissant seul avec ses pensées. En vérité, il avait craint qu'une crise ne se déclenche, et de se retrouver incapable de se contenir. Le jeune Chevalier Blanc n'avait pas voulu mettre son Lié en danger inutilement. A cette idée, une flèche d'angoisse le traversa de part en part, glaçant ses chairs et lui rappelant que dans la cheminée, le feu s'était éteint depuis longtemps, faute de combustible.
Finalement, qui que ce soit la personne venue le déranger ce soir, son instinct lui hurlait que cela ne présageait rien de bon pour lui … Et il serait seul pour l'affronter. Il était préférable que Cyngar reste en dehors de ça, pour leur propre bien à tous les deux.

"Ouvre-moi, Braen."

Légèrement vacillant sur ses jambes, il se redressa lentement, tous ses sens en alerte, frémissant en reconnaissant la voix rauque de Kalièl Rhidian, ou Kal Armarôs, comme il se faisait appeler désormais. Car, entre tous, l'ancien Céleste était de ceux auquel il aurait préféré n'avoir jamais affaire. Ses iris de vif-argent se plissèrent sur la porte encore close, l'adrénaline qui rugissait dans ses veines chassant automatiquement son mal-être en arrière de sa conscience, pour ne laisser qu'une intense concentration, centrée sur un seul objectif. Assurer sa survie.
Le Chevalier Bronze, membre de la Garde Embrasée, l'élite guerrière du Kaerl, lui inspirait un mélange inconcevable de jalousie brûlante et de profond dégoût : pourquoi, et surtout comment, son aîné, de tempérament cruel et dominateur, avait-il réussi à abandonner sa nature Céleste pour embrasser si pleinement la plus sombre morale Ardente ? Arrivé quelques mois après Renàto, ils s'étaient côtoyés brièvement dans les dortoirs du Weyr Inférieur, puis, une fois son Empreinte avec Cyngar passée, le sang-mêlé avait fait de son mieux pour l'éviter, autant que possible. Il ne voulait pas risquer une confrontation avec lui, car il savait Kalièl en mesure de reconnaître son ascendance pour ce qu'elle était réellement, avec tout ce que cela impliquerait comme conséquences ... Mais à présent, il se retrouvait au pied du mur, et il ne pouvait plus ni reculer, ni échapper à ce qui l'attendait.

La peur rôdant en marge de son esprit, difficilement jugulée, le Chevalier Blanc s'assura de la présence de ses dagues dans leurs logements secrets, enfilant ses bottes, avant de faire enfin face à son ex-compatriote. Il s'était vêtu d'une tenue simple et commode après ses ablutions, et, sans son armure, se sentait soudain particulièrement vulnérable face au Fëalocë armé et en uniforme complet. Ses cheveux détachés flottaient librement dans son dos, effleurant le bas de ses omoplates, et sous son épaisse chemise blanche, son ventre tordu par l'angoisse, il avait la sensation effroyable que son coeur allait exploser d'une seconde à l'autre. Pourtant, au prix d'un grand effort, c'est un visage impassible qu'il présenta à Kalièl, abaissant son regard sur lui, tout auréolé d'une aura de courtoisie glaciale, bien que teintée d'une inévitable méfiance. Émergeant de son col, un pendentif de bronze ouvragé, représentant un bouclier rond, serti d'un onyx et surplombé par deux épées croisées, rappelait muettement le statut privilégié de Braen au Kaerl, en tant que Prêtre-Guerrier de Haskèl.

« Chevalier Kal Armarôs. Votre rang au sein de la Garde Embrasée ne vous dispense pas de l'élémentaire politesse, je crois. »

Après un instant de réflexion à envisager la poursuite de leur échange dans le couloir, quasi désert à cette heure et en ces circonstances, Braen s'effaça lentement, à contre-coeur, invitant le Chevalier Bronze à entrer. Il ne le laisserait pas le déstabiliser aussi facilement. Et, s'ils devaient en arriver à se battre – cas dans lequel le Prêtre n'était pas sûr de pouvoir vaincre sans que sa folie ne prenne le dessus, impliquant un état physique de l'un et de l'autre tout à fait incertain à l'issue de leur combat – il serait préférable que ce soit sans témoin, et dans un environnement familier. Il n'était peut-être pas un grand stratège, mais en terme de tactique de combat individuel, il savait compter parmi les meilleurs du Kaerl, bien que peu performant pour la lutte à mains nues et tout ce qui requérait de la force brute.

Refermant silencieusement la porte derrière eux, bras étroitement croisés comme pour chercher à contenir le feu violent qui grondait en lui et menaçait de tout dévorer, le sang-mêlé se tourna vers son visiteur, hiératique, son expression ne laissant rien paraître de son trouble intérieur. Oppressé par le poids de ce regard de jade, qui, fiévreux, le détaillait de pied en cap, il se refusait pourtant à céder à l'envie furieuse qui le tenaillait de frotter ses paumes sur ses bras, pour chasser l'impression obsédante et écœurante d'insectes grouillant sur sa peau. Il estimait plus prudent de laisser Kalièl exposer en premier les raisons de sa venue, plutôt que de chercher à engager la conversation de lui-même, au risque de paraître tenter de cacher une quelconque culpabilité.



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

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MessagePosté le: Ven 9 Mar 2018 - 04:24 Répondre en citantRevenir en haut


Kalièl & Ahzidal




Les lèvres pâles de Kalièl se froissèrent en un rictus méprisant à l’entente de l’injonction du Prêtre. Un voile d’animosité vrillait dans ses iris de jade, dévoilant sans coup férir les émotions qu'il tentait pourtant tant bien que mal de refouler. Le Chevalier Bronze, comme nombre de ses pairs Fëalocë, était un véritable condensateur d'émotions brutes, dont il peinait à avoir le contrôle.

*Quand tu croupiras en cellule… tu prieras pour que je te témoigne autant de respect qu’auparavant, jeune fou* songea-t-il avec satisfaction, refrénant son envie mordante de mettre de suite cette menace silencieuse à exécution.

Volontiers provocateur, il passa sans mot dire devant la silhouette élancée du maître des lieux et s’affaissa sur le fauteuil auparavant occupé par le Prêtre d’Haskèl, sans qu’aucune invitation en ce sens n’ait été prononcée, et croisa les jambes avec décontraction. Il observait à la dérobée le visage démasqué du jeune homme, brûlant de distinguer une quelconque expression d’agacement sur ces traits qu'il ne connaissait finalement que mal.

« C’est que, vois-tu, l’absence de nom de famille rend l’usage des politesses habituelles… difficile
» répondit-il d’un ton mielleux, accentuant exagérément l’usage du tutoiement. Le sourire railleur habillant son visage blême n’était qu’à la limite de l’indécence, sur cette ligne invisible plongeant ses interlocuteurs dans un malaise dont ils ne savaient s’ils pouvaient réellement s’offusquer. Comme il aimait les faire ployer en dessous de sa hauteur, lui qui était si petit… Sa folie des Grandeurs ne trouvait d’apaisement que dans le sentiment de pouvoir. Et ne s’accommodait pas de ce qu’il avait déjà : il lui fallait plus, plus, toujours plus… Seule Isashani semblait être en mesure d’arracher son âme au tourment de l’unique connaissance de la soif et jamais de la satiété.

Le Céleste déchu appuya un long moment son regard sur le visage fin de Braen, portant un intérêt tout particulier sur les longs cils noirs frangeant ses paupières. Faisant taire le sentiment doux-amer que lui évoquait cette réminiscence d'une personne ayant jadis compté plus que lui-même, il se détourna de la face du Chevalier Blanc, portant son intérêt sur l’agencement intérieur de son Weyr. Nulle trace apparente d’armes dans la pièce sobre, mais l’économie de prudence était bien une des premières causes de mortalité.
Le Chevalier Bronze savait bien que cette recherche de dernier indices n'était qu'un fumeux prétexte, car il possédait largement de quoi écrouer le grand brun. Non, ce qu'il souhaitait réellement, c'était de pouvoir apercevoir les traits de Renàto se décomposer sous l'effet de la terreur, de le voir l'implorer pour avoir vie sauve. Mais il n'y aurait point de miséricorde pour celui-là.

Le silence se fit entre les deux hommes. Kal réfléchissait avec soin aux mots qu'il lui convenait d'employer. Il ne lui fallait pas succomber immédiatement à cette brûlante pulsion de voir Braen au plus bas, au plus vite. Son statut ne lui permettait pas de perdre ainsi ses moyens, mais son cœur réclamait sa pitance. Ce cœur déchiqueté par la rancune se repaissait de la souffrance, comblant ainsi le vide causé par le manque sidéral d’amour qui lui avait vrillé l’âme au cours de son enfance.

Maudits Célestes… Ce n’était que de leur faute, à eux et eux seuls, s’il était devenu ce monstre enorgueilli de rage, n’existant que par et pour la peur ! Jamais n’avait-il été accepté à sa juste valeur... On lui avait toujours préféré un autre. Jamais n’était-il le centre de regard, celui qu’on adule, celui qu’on l’aime. Éternel dernier, éternel regret, voilà ce qu’il avait toujours été au sein du Màr Menel. Ses parents, son instructeur, tous ces foutus illuminés, oh ils pouvaient bien se dissimuler sous le paravent de leurs bonnes intentions ! Ils n’en demeuraient pas moins des êtres aussi vils, sinon plus, que le pire Ardent arpentant cette terre. Kalièl rêvait chaque nuit de prendre sa revanche sur ceux l’ayant dénigré… et avait enfin, après toutes ces années, la possibilité d’un avant goût à l’accomplissement de sa vengeance. Elle aurait le goût du sang, le goût des larmes. Et elle commencerait maintenant.

Alors qu’il allait sombrer sous le coup de l’exaltation de celui s’apprêtant à amorcer la destruction de l’ennemi de longue date, il s’interrompit subitement. Sa forfanterie ne l’entrainerait-il pas à pas commettre une imprudence ? Mais ses hésitations disparurent à la seconde où il reposa les yeux sur cette figure impudente, enorgueillie des privilèges sur lesquels il ne possédait aucun droit. Lui, avait été moqué sans cesse en raison de ses origines. Lui, devrait souffrir jusqu'à la fin de cette jour de cette infamie rampant dans ses veines, car il avait eut le malheur de ne pas avoir été protégé par une menteuse de bonne femme hybride. Renàto devait bien se moquer, sous couvert de cette fausse identité... Cette pensée accentua encore sa rage. Son cerveau rendu fuligineux par la sourde colère envahissant ses entrailles remit à néant toutes ses hésitations de naguère. Il se rapprocha de Braen, le poids réconfortant de ses armes pesant sur ses cuisses. Ils ne furent bientôt plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, et Kal plaqua sa silhouette trapue à même la porte. Oh, non, il ne s'enfuirait sûrement pas... D'une voix doucereuse, il reprit sa fervente litanie.


« Mais que suis-je bête … car en réalité, tu en as bien un, de nom de famille, hein ? Un beau nom de famille, un nom de famille noble ! Quelle chance tu as ! »


Il s’interrompit un instant, goûtant à la joie d’imaginer la panique qui devait actuellement saisir Braen. Puis, se fendant d’une petite courbette, il reprit d’un ton emplit d’une révérence surjouée :

« Je vous présente donc mes respects … Chevalier Renàto de Leysse. »

Sa Némésis envers ce cruel jeu de la destinée, voilà ce qui se tenait sous son regard. Il tremblait, non de peur, mais de jouissance, à sentir le corps de sa proie se brises sous ses serres. Les commissures de ses lèvres s’envolèrent en un sourire carnassier, alors que résonnait enfin en son esprit et celui de Renàto la sentence fatidique prononcée par la voix caverneuse d’Ahzidal :

° Que veux-tu que je lui arrache en premier, Kal ? Je me suis toujours demandé si une moitié d’aile permettait encore à un Dragon de voler. °








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MessagePosté le: Mer 21 Mar 2018 - 18:27 Répondre en citantRevenir en haut


Renàto "Braen" de Leysse & le Blanc Cyngar

Theme Song :
Skuggsjá - Ivar Bjørnson & Einar Selvik


Lente, et ô combien obsédante croissance de la folie, dont les murmures hallucinés martelaient les portes de son esprit, bourdonnement constant envahissant sa conscience, lui évoquant le crissement désagréable du métal sur de l'ardoise. Comme plongé dans un rêve diffus, figé, il suivit le Fëalocë du regard tandis qu'il le dépassait pour aller s'affaler sans façon dans le lourd fauteuil de cuir, qu'il occupait encore lui-même il y a peu. Quelle que soit l'intention réelle de sa visite, Kalièl faisait preuve d'une assurance des plus équivoques. Il lui paraissait à présent inutile de se voiler la face ou de se raccrocher à de futiles illusions ... Il n'y avait qu'une question qui le hantait, comme un lourd soupçon planant sur lui. Savait-il ?

Mâchoires contractées, Braen pivota sur lui-même pour faire face à Kalièl, avisant la lueur malsaine qui, enfiévrant les iris de jade du Chevalier Bronze, se faisait provocatrice, presque prédatrice, tandis que ce dernier le détaillait de la tête aux pieds. Que pouvait-il rechercher avec un tel acharnement ?
Sous le poids de ce regard avide, les longs doigts du sang-mêlé se crispèrent lentement sur ses bras, imposant à sa chair la morsure furtive de ses ongles, la sensation de révulsion qui le tenaillait ne faisant que croître, encore et encore. Le silence s'étira entre eux, déroulant ses anneaux étouffants, à la manière d'un reptile enserrant sa proie, avant que le Fëalocë, faussement alangui, ne lâche enfin quelques mots, un sourire sordide étirant ses lèvres, particulièrement dérangeant dans son visage blême. Contenant son trouble grandissant, refusant de céder à l'appel tentateur des flammes qui léchaient à présent sa conscience, fissurant le fragile contrôle qu'il maintenait sur son intégrité morale, ses ongles s'enfoncèrent un peu plus dans sa peau, ses bras resserrant leur étreinte. Son nom … Il savait. Il n'avait eu besoin que de ces quelques mots pour s'en convaincre.

Une vague de haine et d'angoisse inextricablement mêlées le traversèrent tandis que les murmures hypnotiques se faisaient soudain plus distincts en lui. Extérieurement calme, Braen les repoussa implacablement, sans se départir de son attitude distante et impérieuse. Un bien mince vernis de façade qui menaçait de se craqueler à tout moment.

Du sang … Le sang allait couler, en abondance ...

Non.

… très bientôt. Ce serait …

Non !

… si libérateur ...

Fétu de paille malmené dans un ouragan violent, une scène longtemps oubliée s'imposa à lui. Il se remémorait ces quelques fois où il avait croisé le Fëalocë aux côtés de sa sœur Katell, si proches l'un de l'autre ... Cela, jusqu'à ce que, avec son indifférence coutumière, celle-ci ne finisse par éconduire sèchement son aîné, prétextant leur différence de rang. Etait-ce alors de son propre choix ou sous l'incitation de leur famille ? Il n'en avait jamais rien su. Prudent, Renàto avait jugé préférable de ne pas se mêler de cette affaire, gardant le silence sur ce qu'il avait pu entendre, et encore plus sur ce qu'il lui avait semblé comprendre. Kalièl s'en souvenait-il également ? Eprouvait-il seulement les moindres regrets, lui qui se complaisait tellement dans l'arrogance cruelle du Màr Tàralöm ? Cette fois déjà, ses lèvres avaient été scellées par le poids des non-dits. Marqué par les secrets et les complots, et pourtant si jeune alors … Rancoeur, amertume, ténèbres …

Ne pas céder. Ne rien laisser paraître. Le silence, face à son regard accusateur, était sa seule et unique arme, mais combien de temps pourrait-il encore la brandir ? Et toujours, au creux de son ventre, la douleur de ses entrailles qui se tordaient d'une impatience avide. Écorché vif par l'intensité dérangeante de ces iris de jade, nauséeux, il lui semblait qu'il allait basculer au moindre mouvement, bien incapable soudain de formuler la moindre répartie.
Il avait croisé maintes et maintes fois une telle expression chez les membres du Màr Tàralöm. Pourtant, l'observer maintenant sur le visage d'un natif de son ancien Kaerl l'emplissait d'un dégoût toujours croissant, incompréhensible, autant que d'une détresse sans nom. Comment avait-il pu laisser sa lumière être souillée ainsi ? A quel point son cœur avait-il cédé à l'appel pernicieux et licencieux des ténèbres ? Etait-ce là le destin funeste qui l'attendait en ces lieux et le désirait-il réellement ?

Une brume trouble et rougeoyante engloutissant peu à peu son champ de vision, son sang rugissant dans ses veines dans un bruit de tonnerre, Braen fut brutalement arraché à l'étreinte de ses pensées par un mouvement vif en face de lui. Car le Chevalier Bronze, sans doute lassé d'attendre une réaction de sa part, avait finalement quitté son fauteuil pour revenir vers lui, une sourde menace transparaissant sur ses traits hâves. Avec une lenteur instinctive, comme pour se préparer au contact physique qui lui paraissait à présent inévitable, les jambes du sang-mêlé se fléchirent doucement, sa main s'avançant imperceptiblement en direction des couteaux qu'il savait cachés dans ses bottes.

Kalièl était près, tout près de lui à présent, bien trop près, à tel point qu'il lui semblait sentir irradier de son corps la rage désormais difficilement contenue qui le dévorait. Avec une précision chirurgicale, les pupilles étrangement étrécies et réduites à une mince fente verticale, ses iris de vif-argent le balayèrent du regard, repérant les faiblesses de son armure et les failles dans sa posture. Ici, une artère, une veine, qu'il pourrait aisément trancher, là un organe sensible qu'il pourrait transpercer. La victoire était sans importance. Sa vie était sans importance. Seuls comptaient le chant du métal et du sang. La pure délectation du combat.

Tue. Tue. Tue. Tue. Tue. Tue. Tue …!

Le moment était-il venu ? Prêt à bondir, son visage dépourvu de toute émotion, comme sculpté dans du marbre, il eut alors à peine un tressaillement de surprise en voyant Kalièl s'appuyer lourdement contre la porte, avec une nonchalance doucereuse. Allons, pensait-il sincèrement qu'il allait essayer de s'enfuir ?

« … Je vous présente donc mes respects… Chevalier Renàto de Leysse. »

A l'entente des ironiques salutations de son adversaire, un sourire sauvage, sans joie, et ne semblant plus exprimer la moindre once de conscience, étira ses lèvres minces. Combien de temps depuis la dernière fois que son nom avait chanté ainsi à ses oreilles ? Son cœur se gonfla irrésistiblement d'un plaisir coupable, tandis que sous son crâne résonnait et roulait encore et encore un seul mot, se répercutant à l'infini dans le silence tourmenté de son esprit.

Maudit. Maudit. Maudit ...

Berserk. Alors, un par un, à chaque nouveau battement de cœur, à chaque nouveau rappel de sa damnation, les derniers brins de sa conscience s'effilochaient, rongés par la fournaise ardente de sa folie sanglante … Avant que ne tombe brusquement la condamnation, sans appel, implacable et grinçante, les mots, cloués les uns après les autres, crucifiés aux portes de son âme, sans aucune délicatesse, par la voix sépulcrâle d'Ahzidal.

° Que veux-tu que je lui arrache en premier, Kal ? Je me suis toujours demandé si une moitié d’aile permettait encore à un Dragon de voler. °

Aussitôt, ses iris s'agrandirent sous le choc, tandis que le sens des paroles prononcées s'imprimait en lui. Comment avait-il pu oublier ? Comment avait-il pu seulement se montrer aussi naïf ? A l'image de la flamme d'une bougie soufflée par un vent hostile, il se sentit vaciller, blêmissant visiblement, et ses mains retombèrent à ses côtés, soudain dépourvues de force. Disparu l'incendie qui le consumait encore quelques secondes auparavant, ne restait plus désormais que l'étreinte glacée de l'angoisse et un profond malaise.

*Cyngar ...*

Prononçant son nom comme un gémissement, il projeta ses pensées vers son Lié, incapable de réaliser que le rapport de force ait basculé de manière aussi brutale. Voyant par ses yeux, il pouvait sentir la masse du grand Bronze qui le maintenait durement à terre, son haleine brûlante sur son dos exposé, ses écailles rutilantes et comme ensanglantées sous la lueur d'Eurilya. L'autre dragon pourrait lui briser la nuque aussi facilement qu'un fauve à un lapin … Pourtant, du Blanc n'émanait qu'une confiance, inébranlable et déroutante, envers Renàto.

**Quoi qu'il veuille, ne lui cède pas.**

Et ce fut tout. Sans se départir de son sang-froid, Cyngar s'était volontairement coupé de son Lié, l'enjoignant muettement à ne pas renoncer à se battre. Tant que la situation n'exigerait pas de lui qu'il défende sa vie ou celle de son Lié, le dragon laisserait croire à Ahzidal qu'il était entièrement soumis. Il refusait de laisser un lourdaud de Bronze le clouer au sol … D'une manière ou d'une autre, il devait pouvoir parvenir à lui échapper, qu'importait la douleur qui en résulterait.

Une main allant effleurer l'amulette gravée qu'il portait au cou, les paupières étroitement closes, Braen envisagea alors, non sans une certaine honte inavouée, de sauter du haut de l'aire d'envol. Cyngar parviendrait-il à se libérer pour venir le rattraper ? Non, il était bien plus certain que son corps ne s'écrase en bas sur les rochers, définitivement brisé. Combats et sois vainqueur ; ou bien meurs. N'était-ce pas le message issu de la doctrine enseignée aux Prêtres-Guerriers de Haskèl ? Il ne pouvait pas abandonner. Toute fuite était exclue. S'il lui était possible de prendre le dessus sur Kalièl ...
Rouvrant les yeux, un bien faible sourire chargé d'autodérision naissant sur ses lèvres, il considéra un instant le Fëalocë, la tête légèrement inclinée, évaluateur. Après toutes ces années, il était envisageable que quelqu'un au dessus de lui, lui ait donné l'ordre de se pencher sur son cas ... Quelle serait donc la punition que le Chevalier Bronze subirait, s'il mourait ici et maintenant ? Et pourrait-il en jouer ?

Finalement, s'avançant d'un pas dans sa direction, et ce malgré les battements désordonnés de son cœur, ignorant la sensation d'abattement qui affaiblissait ses membres, il abaissa ses iris de vif-argent sur lui, et le toisa, la voix rauque et la gorge serrée, tandis qu'il prononçait ses premiers mots depuis le début de leur affrontement :

« Quel est ton but, Kalièl ? »



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

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MessagePosté le: Lun 20 Aoû 2018 - 18:59 Répondre en citantRevenir en haut


Kalièl & Ahzidal





Inconscient du désastre près duquel il était passé, Kalièl rayonnait. Il ne prenait même plus la peine de masquer son sourire sardonique. Et presque grivois, à vrai dire. Comme si le plaisir qu’il prenait actuellement à sentir sa domination prenait les allures de pulsions sexuelles auxquelles il ne s’adonnait guère.

Ses iris verdoyantes semblaient plus claires que jamais, le bonheur venant illuminer l’ensemble de son visage d’albâtre. Oh, que cette sensation d’emphase que lui procurait la vision de son emprise sur un mortel lui avait manqué.

« Je veux te détruire » les mots avaient franchis ses lèvres blêmes sans qu’il ne prenne même gare, répondant à l'interrogation du Chevalier sans s'adonner à son habituelle glaciale prudence.

« Te retirer ton statut d'Homme… te voir souffrir autant que tu l’aurais mérité, sale vermine. Te broyer tous les os jusqu’à ce que tu ne sois plus… réduit qu’a un tas de cendres ! »

Une lueur maladive vrillait en ses iris verdoyantes, tandis qu’il débitait ses paroles en un flux saccadé, de voyelles mâchées entrecoupées de silences maladroitement placés. Cette élocution ne lui était guère familière. Il luttait en effet tout en parlant contre les pulsions battant tout contre son sang… Il avait un devoir… Il n’agissait pas pour son propre compte… Il lui fallait de la retenue…

Oh, puis diable, il avait bien le droit à un peu plaisir lui aussi. De sa main rendue puissante par l'entraînement, il agrippa l’épaule de Renato et l’envoya valser vers l’extrémité de la pièce, entamant ainsi le ballet morbide qu’il préparait depuis des semaines dans les abysses les plus scabreuses de son âme.

« Ton châtiment sera des plus cruels, celui réservé aux traîtres. Et je serais heureux d’y prendre ma part ».

Il laissa sombrer ses prunelles dans celles du Prêtre, et à a sa grande surprise ce ne fut pas la haine qui lui tordit sourdement le cœur. Était-ce à cause de l’écho de l’aimée dans ses traits ? Un instant, un très bref instant, mais cela était de trop, il se vit le laisser fuir. Il relâcha subtilement son étreinte, et un léger désarroi put se lire sur ses traits pourtant durs comme l’acier.

Les cliquetis d’armures que son ouïe entraînée parvint à entendre filtrer de la porte vinrent le ramener à la raison. Il se coula en un éclair dans son masque du membre de la Garde Embrasée, placide et cruel, gommant en un éclair cette folie passagère qui l’avait habité. D’un geste vif, il agrippa la poignée de la porte, dévoilant la lignée d’armures rutilantes.

« Au plaisir… » souffla t-il, goguenard, à l’adresse du futur prisonnier. D’un pas leste, il laissa le champ libre aux hommes armés, ne daignant même pas accorder un dernier regard au jeune homme venant de perdre son statut d'homme libre, dorénavant encadré de quatre soldats fort bien bâtis. A moins d'un miracle... Il était fini. Et cela ne le réjouissait étonnamment qu'a moitié. Il ne lui fallait pas rester sur place, pas après l’accès de pitié qui lui avait saisit les tripes depuis des lustres. Si on le soupçonnait de commisération pour un céleste… ! Oh, rien ne serait plus terrible. Furieux contre lui même, il peinait à sembler aussi heureux qu'il avait pensé l'être.

*Ressaisis-toi, Kal…* fulmina-t-il en allant rejoindre ses appartements à grandes enjambées, en vue de se saisir de son épée et d’aller déverser toute cette étrange tristesse entremêlée de rage. Avançant dans la volupté clarté résidant encore en le ciel assombri, il se mua en serpent mortel, puis en lion étincelant avant d’embrasser la grâce d’une danseuse en aboutissant sa danse macabre. L’épouvantail d’entraînement serait le seul destinataire du plan passionné échafaudé à l’encontre du traître, mais cela était pour le mieux finalement.








Merci à Ryryn pour la signature <3
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MessagePosté le: Ven 24 Aoû 2018 - 18:14 Répondre en citantRevenir en haut


Renàto "Braen" de Leysse & le Blanc Cyngar

Theme Song :
Kara Remembers - Bear McCreary


Bien que contenant de plus en plus difficilement sa nausée grandissante, les iris de vif-argent de l’ancien Céleste ne vacillaient pas face à la menace rampante émanant de Kalièl.

Dans les quelques secondes de silence qui avaient suivi sa question, nécessaires à ce que le Fëalocë rassemble assez d’emprise sur lui-même pour articuler une réponse à l’élocution hachée et doucereuse, Braen s’était contenté de l’observer, vigilant … Car sous sa façade de calme extérieur se craquelant et se fissurant inexorablement, sous l’effet d’une panique dévorant son esprit pouce par pouce, le sang-mêlé cherchait désespérément une échappatoire, quand nulle autre conclusion que la mort violente de l’un ou de l’autre ne lui apparaissait désormais concevable. Que pouvait-il faire à présent que les flammes de sa folie sanglante avaient été soufflées, et que seule une haïssable faiblesse alourdissait son corps ?

Et, aussi difficile à imaginer que cela puisse paraitre, le sourire déjà lourdement chargé de provocation de l’autre homme s’était élargi encore, se teintant de nuances de sadisme lascif, obscène dans ce visage émacié au regard fiévreux. Kalièl lui semblait irradier d’un plaisir malsain à lui faire face, à le voir se décomposer petit à petit sous ses yeux. Il se refusait à lui donner plus ample satisfaction. Hiératique, figé dans une attitude bien faussement impassible, le sang s’était pourtant lentement retiré de son visage hâlé, choqué par la promesse de souffrance et de destruction contenue dans les paroles du Chevalier Bronze.
Il ne s’attendait pas à ce qu’il se montre si … explicite dans ses intentions. Il aurait pensé que Kalièl chercherait à lui arracher ses secrets avec bien plus de subtilité et de doigté.
Soit le Fëalocë avait été envoyé par quelqu’un de très haut placé qui avait décidé de se débarrasser de lui, soit il agissait de son propre chef dans une vendetta dirigée contre un membre de son ancien Kaerl. Quelle que soit l’option envisagée, selon toute probabilité, son adversaire avait des preuves de ce qu’il avançait. Des preuves du mensonge dont il s’était drapé toutes ces années, sur ses véritables origines, sur son véritable nom, et il entendait bien s’en servir.

Renàto de Leysse.
Présumé mort durant la Grande Guerre des Ordres, bien qu’on n’ait jamais retrouvé son corps, car un simple adolescent, Aspirant de surcroit, ne pouvait avoir survécu là où l’ensemble de sa troupe avait péri. Pour tous, au Màr Tàralöm, il n’était que Braen, Chevalier Blanc et Prêtre de Haskèl, ancien gamin des rues de Lòmëanor. Un homme parmi tant d’autres. Alors pourquoi maintenant, après tout ce temps ? Soudain égaré, muet de saisissement et se maudissant pour son affligeant manque de volonté, le jeune homme déglutit péniblement. Il songea à nouveau que ce n’était ni la première fois, ni certainement la dernière – son avenir s’annonçant à présent bien sombre – qu’il faisait face à toute la perversité Ardente, déjà si prégnante, et adroitement cultivée, chez les Aspirants. Des drames, tels que celui en train de se jouer entre eux, advenaient tous les jours. Tous les jours, acteurs dans la danse du pouvoir, les plus forts récoltaient leur dû chez les plus faibles, la plupart du temps sans le moindre état d’âme. Alors, lorsqu’au visage avide, à l’expression prédatrice, se superposa, celui, morne et désenchanté, de l’adolescent Céleste qui avait autrefois courtisé sa sœur, son estomac se contracta avec violence. Dieux, cette vue lui donnait terriblement envie de vomir … A quel point était-il responsable de tout ceci ? Ce n’était pourtant ni le lieu, ni le moment pour les regrets, il le savait.

Renàto détourna le regard, un bref instant, suffisant pour que Kalièl se mette aussitôt en mouvement, déterminé à profiter de son avantage, ou bien incapable de se contenir plus longtemps, la raison exacte lui importait finalement peu. Sa main vint saisir son épaule, ses longs doigts s’y enfonçant durement pour le saisir, le propulsant à travers la pièce. Et comme pour renforcer encore la vague d’horreur qui le renversa, lui coupant le souffle et lui fauchant les jambes, une lame chauffée à blanc fouailla soudain impitoyablement son âme, tandis qu’une douleur fantôme et impossible lui déchirait le dos.

« Ton châtiment sera des plus cruels, celui réservé aux traîtres. Et je serais heureux d’y prendre ma part. »

Pour toute réponse, ses lèvres se retroussèrent sur ses dents, en une mimique sauvage, tandis qu’un gémissement inaudible lui échappait dans un souffle. Cyngar. Cyngar ! Qu’est-ce que ce monstre écailleux d'Ahzidal avait osé faire à son Blanc ? Une image fugitive s’imposa à lui alors qu’il se tendait vers son précieux Lié, celle d’une silhouette de nacre souillée par cinq longues trainées ensanglantées, s’enfuyant sous la lueur cuivrée de la ronde Eurilya. Il avait réussi à se dégager, mais avait payé le prix fort pour son audace …

La fureur enflammant son cœur, ses iris de vif-argent affrontant sans plus aucun faux-semblant la jade maladive du Fëalocë, le Chevalier Blanc gronda tout bas :

« Comme si j’allais te laisser faire … »

Il voyait clair dans l’attitude de Kalièl, dans son regard exprimant tout ce qu’un prédateur pouvait ressentir à la vue de sa proie tremblante, tout le désir qu’il contenait, celui de jouir des privilèges que sa situation dominante lui offraient sur lui. Malgré la douleur qui lui vrillait les sens et l’étourdissait à moitié, ses doigts se refermèrent étroitement sur le manche de l’un de ses couteaux, et il se prépara à frapper celui qui entendait le briser et l’humilier de la pire des façons.
Poussé par l’urgence, il n’y avait plus aucune hésitation en lui à présent. Il ne renoncerait pas, pas sans combattre d'abord. Cyngar l’avait su bien avant lui, lui conseillant de ne lui céder sur aucun plan. Si cela lui était possible, il ne le tuerait pas, mais il comptait bien le mettre hors d’état de nuire. Il lui ferait payer au centuple le mal qu’il avait fait à son Lié.

Et pourtant, inexplicablement, alors que, haletant, Renàto rassemblait ses forces pour planter sa lame dans la main dont la chair seule n’était pas protégée par le cuir de l’armure de Kalièl, l’étreinte de ce dernier se relâcha subtilement, et la confusion s’afficha brièvement dans ses iris de jade. Puis, se redressant brusquement, à l’image d’un chien de chasse sifflé par son maître, le visage du Fëalocë se vida se toute expression, revêtant un masque de neutralité cruelle, tandis qu’il se dirigeait à pas vifs vers la porte. Le sang-mêlé se ramassa sur lui-même, méfiant face à un tel revirement, son couteau tenu prêt à être lancé à tout moment. Que l'autre soit en proie à une nouvelle lubie de son esprit dérangé ne l'aurait guère surpris, mais au delà de ça, il craignait avant tout de découvrir ce qu'il avait derrière la tête.

Cependant, le jeune Prêtre n’eut guère le loisir de s’interroger plus longtemps sur les raisons du comportement du Chevalier Bronze, car s’encadrèrent alors dans l’entrée quatre membres de la Garde Embrasée, lames au clair. Il eut alors l’impression qu’une lourde chape de plomb s’abattait sur lui, le désespoir engloutissant ses dernières forces. S’il était envisageable de lutter contre Kalièl seul, dans son état actuel, il ne pouvait espérer la victoire contre tant d’adversaires. Il n’avait pas d’autre solution que de se rendre. Toute résistance serait futile et jouerait en sa défaveur.
Il serra les dents, tâchant de forcer ses doigts à relâcher leur emprise sur son arme. Visiblement, Kalièl possédait suffisamment d’influence au sein de la Garde Embrasée pour commander à d’autres soldats … Ou bien, encore une fois, il bénéficiait de l’appui secret d’un membre de haut rang au sein du Màr Tàralöm. Le Fëalocë en avait à la fois trop peu et beaucoup trop dit. Il ne savait rien des réelles raisons de sa présence, ni sous quel prétexte il avait pu obtenir son arrestation. Toute cette mascarade ne lui inspirait définitivement qu’une profonde angoisse.

Alors, lorsque son ex-compatriote se glissa par la porte ouverte, lâchant un « au plaisir … » goguenard, Braen se mordit violemment les lèvres pour s’empêcher de répondre, mais ne put malgré tout contenir une ultime réplique chargée d'une impalpable détresse, tandis que les soldats lui passaient ses chaînes sans ménagement.

« Tu le sais mieux que personne, on ne réchappe pas à son passé, Kalièl Rhidian. »

Et qu'il l'interprète comme il le souhaitait.

Ainsi entravé, il ignorait alors encore qu’il passerait la prochaine Lune à croupir misérablement dans une geôle obscure du Màr Tàralöm, jugé comme espion Céleste, traître au Kaerl Ardent, pion impuissant englué dans la toile d’une machination politique qui le dépassait.


» Suite dans "L’Echelle du Chaos" au Concile.



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