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 [RP solo] Tout ce qui est or ne brille pas Sujet suivant
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Tristan Gwened
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MessagePosté le: Dim 21 Jan 2018 - 14:24 Répondre en citantRevenir en haut

I - Louveteau dans la fange ~ ♫ Runrig : Toll Dubh


[Lòmëanor, Haskèlku 934]


Les rues de la ville étaient habituellement plutôt sûres, aussi Tristan avait-il été fort étonné, en sortant de la taverne de la Vouivre de Jade après une soirée tranquille, d'être percuté par un petit bolide, que talonnait un groupe de gardes munis de flambeaux. Le premier reprit sa course effrénée presque aussitôt, tandis qu'un des soldats se détachait de ses camarades pour s'enquérir de l'état du neishaan. Il ne s'était agi que d'une chute sans gravité, mais le Maître Céleste en profita pour se renseigner sur les raisons d'une telle agitation. Il apprit ainsi que les hommes poursuivaient un jeune voleur, lequel avait sévi dans plusieurs ateliers de la ville depuis quelque temps. Sans doute n'en aurait-il trop rien pensé de plus, si son Lié n'était pas intervenu.
° Le gamin est un Doué. Mais c'est difficile de savoir à quel Kaerl il devrait appartenir. Il a quelque chose d'étrange, un côté proche de nous, mais une autre part diamétralement opposée. Je comprends mal ce que ça veut dire… °
Prenant une décision rapide, le rouquin proposa son aide dans les recherches, laquelle fut acceptée sans difficultés : plus tôt ils auraient attrapé le garnement, plus vite ils pourraient rentrer au chaud, ainsi que lui précisa le soldat. Entre temps, leur proie avait disparu quelque part à l'intérieur, et une fouille systématique du quartier fut entreprise : Tristan n'eut guère de mal à se porter volontaire pour s'occuper du pâté de maisons que lui indiquait son âme sœur.

C'est là, pelotonné derrière les tonneaux d'une étroite resserre abandonnée, qu'il découvrit l'enfant. Un regard lui suffit pour savoir qu'il ne le livrerait pas à la garde, même si son intuition n'était basée sur rien de concret. Elle était cependant trop forte pour qu'il l'ignore, et l'époque où il l'aurait rejetée en bloc, car provenant de son sang Fëalocë, était désormais révolue. Face à lui, la petite silhouette aux abois, toutes les couleurs de ses hardes et de sa personne semblant ternies par la poussière ou la crasse, hormis de grands yeux brûlants qui le fixaient avec défi, amorça une tentative de fuite. Le neishaan le retint cependant, une main ferme sur le bras qui lui sembla bien mince, et murmura quelques explications :
« Tu ferais mieux de ne pas bouger. Toutes les rues voisines grouillent de représentants de la loi qui te recherchent. Si tu restes tranquille suffisamment longtemps, ils ne te dénicheront pas ici. Je reviendrai quand ils auront abandonné, quand tu pourras sortir. D'accord ? »
Aucun mot, aucun mouvement ne lui répondit. Si ce n'avaient été ses iris enflammés, on aurait pu croire qu'il ne s'agissait que d'une statue de cire, abandonnée là parmi les toiles d'araignées. Le neishaan tendit une main ouverte, espérant au moins un geste d'acquiescement, sans plus de succès.
« A ta guise, »
finit-il par souffler devant l'absence de réaction, avant de tourner les talons.

Indiquer tranquillement qu'il n'avait rien trouvé d'utile s'avéra plus simple qu'il ne l'aurait pensé, et la poursuite de recherches qu'il savait vaines ne constitua qu'une perte de temps, à laquelle il se plia pour sauver les apparences. Quelques heures plus tard, alors que la nuit étendait encore son voile d'obscurité, la petite brigade s'avoua vaincue. Tristan leur fit ses adieux, l'esprit parfaitement clair sur la suite des événements. Il avait pu réfléchir, et communiquer avec son âme-sœur qui l'attendait toujours à l'extérieur de la ville. Les Liés avaient convenu que le saurien, sous sa forme de deux-pattes, serait celui qui récupérerait le gamin : cela s'avérerait plus discret que si le neishaan lui-même y était retourné. Ce dernier s'était donc dirigé vers la sortie de l'ouest, le cœur battant d'une inquiétude dont il ne comprenait pas bien l'ampleur, tandis que le dragon s'aventurait jusqu'au cellier où, ainsi qu'il lui avait assuré, se tenait toujours l'enfant. Le faux bipède eut tout aussi peu de succès que Tristan pour communiquer, et finit par employer la manière forte en guise de persuasion. Sous la poigne de fer du reptile, le jeune fëalocë ne put que suivre, gardant les mâchoires serrées sur un mutisme opiniâtre. Peu après, le trio s'envolait vers la Sylve.



Leur arrêt dans une clairière ne troubla que peu les bruissements nocturnes de la forêt. Là, les Liés s'installèrent, échouant de nouveau dans toute tentative envers leur protégé.
« Je te demande seulement de m'expliquer ce qui s'est passé avant que je ne te trouve. J'ai tout mon temps, »
réitéra le neishaan en s'enroulant plus hermétiquement dans sa cape. Près de l'enfant, la couverture qu'il lui avait proposée pour se réchauffer restait au sol, intouchée. Il s'adossa aux écailles de son âme sœur, sans quitter le plus jeune des yeux. A l'issue d'un long silence, il le vit serrer ses petits poings, et une voix pleine de bravade, quoique hachée, s'éleva.
« Vous êtes qui, d'abord ? J'vous ai jamais vu. Ça vous r'garde pas, tout ça. »
Un mince sourire se dessina sur le visage du rouquin.
« C'est vrai, excuse-moi, j'ai omis les présentations. Mais je ne crois pas être seul en faute. Que dirais-tu de faire un petit échange ? Je te donne mon nom, et tu me donnes le tien. Ensuite, ce sera à moi de te poser une question, et si tu réponds, tu auras le droit de m'en poser une à ton tour. Et ainsi de suite. Cela te convient-il ? »
« Et si j'veux pas répondre ? »
« J'attendrai. Je te l'ai dit, j'ai tout mon temps. Commençons-nous ? »
Un hochement de tête sec lui répondit, et il passa outre la lueur de défiance qui habitait toujours les yeux de l'enfant, pour lancer les hostilités.

« Je m'appelle Tristan. Et toi ? »
« Dënwyll. »
« Enchanté, jeune Dënwyll. A toi de me poser une question. »
« Qu'est-ce que vous allez faire de moi ? »
Un instant de silence plana entre les deux bipèdes, où la tension agressive du plus jeune sembla se heurter à la sérénité apparente du plus âgé.
« A vrai dire, je ne sais pas encore. Le plus raisonnable serait de te ramener là où je t'ai trouvé, je suppose. Mais j'aimerais en savoir un peu plus pour me décider. Tu as quelque chose de particulier, qui pose question à mon Lié. Nous aimerions comprendre de quoi il s'agit, et ce que cela signifie. Cela te convient-il, comme réponse ? »
Suivant un air d'étonnement, comme s'il ne s'était pas attendu à ce que l'adulte quête son approbation, le fëalocë hocha de nouveau la tête.
« Bien. Tu n'as pas froid ? »
L'enfant haussa les épaules sans un mot.
« C'est ma question, »
précisa le neishaan, s'attirant un nouvel air incrédule,
« et tu dois y répondre avec honnêteté si tu veux que le jeu continue. »
« Un peu. Euh, j'veux dire, oui. »
se corrigea le garçon en baissant les yeux devant le regard pénétrant de Tristan, qui lui désigna de la main la couverture, posée à ses côtés. Une dénégation fut esquissée, mais il était difficile de manquer la lueur d'envie qui avait un instant brillé dans les iris d'ambre. Malgré un haussement de sourcils perplexe, le Maître dragon n'insista pas, et attendit la suite.

« Vous v'nez d'où ? de quel Kaerl ? Vous êtes pas Ardent. »
« Non, en effet. Je suis du Màr Menel, le Kaerl Céleste. Et toi, que faisais-tu à courir les rues de Lómëanor en pleine nuit ? »
Il avait intentionnellement ignoré l'expression de mépris qui s'était peinte sur la figure de l'enfant à l'évocation de son île volante d'appartenance, et l'enchaînement avec une nouvelle interrogation avait fait baisser la tête du garçon. Ainsi qu'il l'avait promis, le rouquin patienta le temps qu'il fallut, mais ne fut tout d'abord récompensé que par une affirmation brusque :
« J'essayais qu'les gardes m'attrapent pas. »
« Cela, je le sais. Ce n'était pas le sens de ma question. Ce que je voulais savoir, c'est comment il se fait que tu n'étais pas en train de dormir, sous un toit, auprès de ta famille, ou dans une maison de l'Aube ? »
De nouveau, les bruits nocturnes eurent le temps de reprendre, avant que la voix enfantine, curieusement rauque, ne se fasse de nouveau entendre, sur un ton bas qui se précipita en rythme et en puissance, à mesure que les mots se libéraient  :
« J'dois m'débrouiller, à Lómëanor. C'est... pour m'entraîner. Apprendre. Et devenir fort. Mais... j'ai pas droit de d'mander d'l'aide. Y' faut qu'j'arrive tout seul. Sinon, c'est d'la triche, et... ça voudra dire que j'suis qu'un nul. Et je s'rai puni. »

Tant d'émotions semblaient transparaître, que le neishaan en resta tout d'abord sans voix. Il s'était visiblement agi de paroles qui avaient été répétées à l'enfant, mais un rien d'incertitude teintait leur restitution, en plus du frémissement qui le traversa à l'évocation d'un châtiment. Le rouquin secoua la tête d'incompréhension et de consternation, avant de se lever pour s'approcher, et venir s'agenouiller devant son protégé.
« Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? On t'a envoyé à la ville pour... une sorte d'épreuve ? C'est ce que tu es en train de me dire ? »
Visiblement tendu par l'approche de l'adulte, il opina pourtant, avec une prudence craintive.
« C'est de la folie... quel âge as-tu donc, et depuis combien de temps es-tu livré à toi-même ? »
« J'ai onze ans, »
fit-il en s'efforçant de se redresser pour paraître plus imposant, sans grand succès, avant de se récrier en frétillant pour se dégager, alors que Tristan tentait de poser la couverture sur ses minces épaules :
« Non ! J'ai pas l'droit. Pas l'droit qu'on m'donne quelque chose. Rien. »
« Et moi, je n'ai pas envie que tu tombes malade. Qu'est-ce que je ferais de toi, alors ? »
D'une main ferme, il maintint le garçon, et l'enroula d'autorité dans l'épaisse étoffe. Le petit corps était aussi tendu que la corde d'un arc, mais il avait sous-estimé sa vivacité : il suffit qu'il relâche un peu sa prise, et le plus jeune fila comme une flèche.

Il aurait pu réussir à lui fausser compagnie, si un obstacle écailleux de s'était pas dressé devant lui : le dragon veillait derrière ses paupières mi-closes, et son apparente nonchalance ne l'avait pas empêché de devancer l'enfant.
° Tu veux que je le surveilles, le temps que tu trouves assez de lianes pour l'attacher ? °
suggéra le saurien, pince-sans rire. Pourtant, devant l'air terrifié du jeune fëalocë, Tristan adressa un regard de reproche à son âme sœur.
« C'est une blague. Pas de très bon goût, je te l'accorde. Mais je t'assure que tu n'as rien à craindre de nous, »
crut-il bon de préciser en tendant une main secourable pour l'aider à se relever. Devant le regard de bête acculée qui lui fut renvoyé, il se demanda un instant si la dite main tendue n'allait pas tout bonnement finir mordue par ce jeune animal sauvage. Pourtant, au lieu de cela, l'enfant se mit soudain à trembler de tous ses membres, et se recroquevilla sur lui-même, en reniflant qu'il n'avait pas le droit, qu'il serait jugé comme faible, et puni. Visiblement, ce dernier point le terrorisait plus que n'importe quoi d'autre.

Cette fois, la couverture ne suscita aucune protestation et, faisant preuve de tout son calme et sa patience de neishaan, l'adulte parvint peu à peu à le tranquilliser, non sans l'aide d'une chansonnette de ses jeunes années, pour amener en douceur un peu d'apaisement. Après les sanglots, vint l'épuisement, et le petit Dënwyll s'endormit finalement dans les bras du Céleste. Ce dernier resta immobile à le considérer, l'esprit empli d'interrogations. Non, il ne pouvait définitivement pas le renvoyer dans les rues de Lómeanor. Il allait devoir découvrir qui étaient les indignes tuteurs du garçon, pour aviser de ce qu'il devait faire. Mais alors qu'il y songeait, la solution s'imposa d'elle-même... il n'y avait bien qu'un seul endroit, sur Tol Orëa, où l'on avait pu concevoir la logique retorse du plan dans lequel était pris son protégé.



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MessagePosté le: Dim 21 Jan 2018 - 14:24 Revenir en haut

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Tristan Gwened
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MessagePosté le: Sam 27 Jan 2018 - 13:30 Répondre en citantRevenir en haut

II - Apprivoiser un autour ~ ♫ Corrina Hewat & Mary Macmaster : Da day dawn
L'autour est un rapace réputé compliqué, à mauvais caractère, voire violent. Ce qui est drôle, et que je viens de réaliser, c'est que j'ai découvert ça dans un livre autobiographique d'Helen MacDonald, M pour Mabel (au passage, je conseille), et que les fondateurs du groupe Runrig, référencé sur le message précédent, ont le même nom de famille (non non, par contre, je ne revendique aucun lien avec les burgers...)

[Màr Menel, Haskèlku 934]


Après leur rencontre, Tristan avait proposé au garçon de l'accompagner dans l'île volante, afin qu'il voie de ses propres yeux la manière dont on y vivait et les valeurs qui y régnaient. Ses proches du kaerl Ardent n'avaient en effet commenté que négativement les usages de leurs voisins des cieux, incarnation à leurs yeux de la même faiblesse qu'ils cherchaient à éradiquer chez leur jeune parent. Toutes les assurances du Maître suffirent difficilement à faire pencher la balance, car la peur du châtiment qui lui serait immanquablement donné par la suite restait trop forte chez l'enfant. Cependant, tous deux parvinrent finalement à un accord : il suivrait le rouquin jusqu'à la prochaine pleine lune, délai que lui avait indiqué son oncle pour revenir le chercher à Lòmëanor. A ce moment-là, il serait temps de décider, soit de rester plus longtemps, soit de repartir pour les Pics de cendre. Dans le second cas, il pourrait toujours invoquer l'enlèvement par un horrible dragonnier du Màr Menel, pour justifier son absence de la ville les jours précédents. Car il devrait s'expliquer de chacun de ses actes, et l'on chercherait à dénicher ses manquements, de cela, il n'en doutait pas un instant.

La période fut plus qu'intense émotivement, de part et d'autre. Le neishaan s'efforça de montrer qu'il existait d'autres manières de raisonner que celle qui avait été imposée à l'enfant, et d'autres voies pour s'épanouir, que celle qui passait par l'écrasement de quiconque se trouverait en travers du chemin. Ce ne fut pas simple, et plusieurs fois, il alla quérir conseil auprès de son ancienne mentor, Sable Lewë, qui avait longtemps travaillé auprès d'orphelins avant de découvrir Tol Orëa. Face à elle, Tristan s'autorisait à redevenir l'apprenti facilement dépassé par les événements qu'elle avait connu lors de son aspiranat, mais avec son protégé, il maintenait une apparence imperturbable. Il y eut de la rage et du désespoir, des larmes et même des coups de la part du jeune Dënwyll, mais face à toute la palette de sentiments qui pouvait se déverser hors du fëalocë, Tristan conserva son calme de façade, usant souvent de fermeté, mais jamais de violence. A chaque occasion, il distillait les principes Célestes, les accompagnant de patientes explications sur les raisons de faire ceci plutôt que cela, et les conséquences à attendre de tel ou tel acte, pour soi-même comme pour autrui.

Peu à peu, en passant parfois par des moments de blocage total, mais en reprenant ensuite du plus délicatement qu'il le pouvait, le Maître avait pu en apprendre davantage. Ainsi qu'il l'avait supposé, le garçon était originaire du Màr Tàralöm. Sa mère, chevalière verte qui se faisait une gloire de ses nombreuses et éphémères aventures sous les fourrures, s'était éteinte peu après sa naissance. Il ne connaissait pas l'identité de son père, et sembla tout particulièrement se renfermer à ce sujet. Un oncle l'avait pris en charge, d'abord de loin, et ses jeunes années avaient pu s'écouler dans une relative tranquillité. Puis, alors qu'il grandissait, il avait été l'objet de davantage d'attention, et à partir de ce moment-là, n'eut plus guère de répit. Toujours, il devait se montrer le meilleur, le plus solide, le plus féroce, et son tuteur l'abreuvait de qualificatifs dégradants, parmi lesquels la comparaison aux Célestes se trouvait en bonne place, lorsqu'il échouait - souvent, selon ses dires. Tout cela, le neishaan l'apprit très progressivement, au travers de ses conversations avec l'enfant, mais aussi par ses attitudes et ses remarques, marquées du sceau de l'éducation par laquelle on avait tenté de le formater.


Lorsque la mauve Iolya eut terminé d'enfler, et qu'il fut temps de prendre une décision, Tristan se préparait intérieurement à devoir lui faire ses adieux, le cœur lourd. Cette dizaine de jours ne pouvait certainement pas avoir atténué suffisamment la force d'un bourrage de crâne Ardent d'une dizaine d'années... Assurément, ses efforts avaient été voués à l'échec dès le départ, et pourtant, il avait lancé toute son énergie pour tenter d'amener Dënwyll dans un chemin qui, selon lui, serait plus juste. Il ne s'expliquait pas bien les raisons qui le poussaient à prendre autant à cœur le futur d'un enfant qui n'aurait rien dû représenter pour lui, mais supposait qu'il s'agissait d'une intuition dont les raisons se révéleraient plus tard, due à ce sang qu'ils partageaient. Il ignorait encore à quel point.
« J'crois qu'j'aimerais bien rester encore un peu ici, »
admit l'enfant en baissant la tête, lorsque le neishaan lui posa la question que tous deux attendaient avec anxiété.
« Vraiment ? Tu crois, ou tu en es sûr ? »
Le rouquin calma son étonnement et sa joie, pour être certain de ne pas influencer le plus jeune. Celui-ci se courba encore davantage, et se mordit frénétiquement les lèvres.
« Je crois, »
souffla-t-il finalement,
« mais j'suis pas sûr… c'est trop facile, ici. Si j'repars, mon oncle i'va pas être content, pis… j'aurai sûrement droit à des raclées. J'ai pas envie d'le revoir, et pas qu'i' m'revoie aussi. Mais j'veux pas juste rester pa'c'que c'est plus facile et qu'vous êtes gentils. J'sais pas encore si j'veux vraiment dev'nir gentil aussi. »

Face à lui, Tristan lui posa une main sur l'épaule, l'air grave.
« Tu as le droit de ne pas avoir encore choisi. Prends tout le temps qu'il te faut, c'est une décision importante que tu dois prendre en toute connaissance de cause. Mais surtout, lorsque tu seras fixé, tu dois être fier de ton choix. C'est seulement de cette manière que tu seras en paix avec toi-même. En attendant, tu peux rester ici, tant que tu le souhaites. Et si un jour, tu décides que tu dois repartir... je ferai en sorte que personne ne t'en empêche, et que tu rejoignes le lieu que tu souhaites. Je te le promets. Est-ce que cela te convient ? »
Un hochement de tête tendu lui répondit, et le neishaan réalisa que son protégé luttait pour retenir des larmes qui cherchaient à pointer. Malgré son peu de passion pour les embrassades, il n'hésita pas et, poussé tout autant par son propre bonheur de ne pas devoir abandonner le jeune fëalocë à son triste sort, lui ouvrit franchement les bras.
« Là-bas, ils m'ont jamais dit que j'pouvais choisir... si j'y r'tourne, j'pourrai plus jamais r'partir... alors, j'aime mieux rester ici, »
expliqua finalement l'enfant, ses paroles à demi étouffées par la veste du Céleste. Celui-ci le relâcha, lui assurant une nouvelle fois :
« Ici, tu pourras toujours choisir. Et devenir ce que tu souhaites réellement, plutôt qu'être tassé de force dans le moule de ce que d'autres ont imaginé pour toi. »


Ainsi, Dënwyll resta au Màr Menel. L'enfant n'était déjà plus le petit être craintif et mal entretenu que Tristan avait débusqué à Lómëanor. Un bon bain et des vêtements propres avaient fait une part du travail, révélant des cheveux d'or aussi brillants que les écailles d'une reine Céleste, mais dont il avait fallu couper une longueur certaine, car trop entremêlée pour être sauvée. Un régime alimentaire régulier et les bons soins de maître Nalesean, qui avait su traiter le garçon avec toutes les précautions nécessaires, l'avait aidé à s'étoffer, même s'il resterait un petit gabarit. Son sommeil continuait de se montrer léger, facilement troublé de cauchemars qui sapaient l'énergie lentement regagnée, et peut-être était-ce la raison pour laquelle sa peau restait si terne, comparée à tout le reste de ses caractéristiques fëalocës. Mais globalement, il se portait bien, et si ses émotions avaient toujours tendance à s'échapper de lui en une volcanique éruption, terreur et violence étaient en recul progressif.

Tristan continua à faire preuve de discrétion, tout particulièrement envers les origines de son protégé, et eut bien du mal à justifier auprès de lui pourquoi il lui demandait la même chose. Si sa place était ici, et il n'en douta jamais suffisamment pour évoquer un retour au Màr Tàralöm, pourquoi ne pouvait-il pas être honnête avec ceux qui l'accueillaient ? Pourquoi s'abstenir de leur parler librement des années qui avaient précédé son arrivée sur l'île volante ? Le Maître tenta de lui expliquer le contexte actuel, et la direction prise par les instances dirigeantes depuis le départ de la dame Heryn Amulg. Nul doute qu'elle, aurait accepté le garçon sans hésiter, même connaissant son Ardente enfance. Mais la chanson n'était plus la même aujourd'hui, et le rouquin avait pris soin de faire passer Dënwyll pour un simple rejeton de Lòmëanor, un Doué qu'il avait pris sous son aile, et qui deviendrait certainement son Aspirant au moment favorable. Rien de plus, et de l'avis du neishaan, c'était bien mieux ainsi. L'avenir le confirmerait.



Tristan Gwened
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MessagePosté le: Mer 14 Fév 2018 - 17:40 Répondre en citantRevenir en haut

III - L'envol des dragons ~ ♫ Capercaillie : Seinneam cliù nam fear ùr

[Màr Menel / Ssyl'Shar, 937]

Ainsi, ils étaient partis. Dragon, neishaan et fëalocë, tous trois avaient quitté le Kaerl Céleste, ancien cocon douillet qui, désormais, semblait s'être délité comme une vieille enveloppe n'offrant plus que le souvenir d'une protection passée. A moins que ce ne soit au nom de ce souvenir, qu'une telle décision ait été prise : pour ne pas troubler davantage leur ancien refuge, il n'existait d'autre choix que de le quitter, d'écarter de lui les troubles qui menaçaient de s'y abattre par leur seule présence en son sein. Certes, quelque chose avait semblé couver depuis des années, et Tristan s'était en quelque sorte préparé à ce moment... tout en espérant le miracle qui lui éviterait d'advenir. Mais les miracles sont trop rares pour se répéter au bénéfice des mêmes personnes, et le Maître Dragon du Màr Menel savait bien qu'il avait déjà épuisé son quota le jour où, malgré tous les doutes qu'il avait pu nourrir sur l'éventualité d'un tel événement, il avait découvert la réalité du Lien avec son âme-sœur à écailles.
Il était donc temps de cesser de repousser l'inévitable, et la convocation du Seigneur des lieux avait sonné le glas de cette période de répit. De sa bouche, les deux bipèdes avaient appris que les Ardents avaient finalement percé les secrets du sort de Dënwyll : non, leur jeune ressortissant n'avait aucunement disparu corps et biens durant son séjour à Lòmëanor. La réalité était, pour son oncle, bien pire que cela, puisqu'il avait été récupéré par ces êtres qu'il méprisait entre tous, les habitants du Màr Menel... La volonté de l'enfant, désormais adolescent, ne semblait pas avoir compté parmi les préoccupations de ceux qui avaient fait transmettre leur exigence au chef suprême des Célestes : leur rejeton devait retrouver au plus vite les lieux de sa naissance, avec des excuses, pour le moins. Ambroise de Leysse ne cachait pas que cette goutte d'eau risquait de servir de prétexte aux occupants du volcan, pour se lancer dans les actions violentes qu'ils semblaient ne retenir qu'avec peine, et Tristan partageait entièrement ce point de vue.
Malgré cela, il n'avait aucune intention de livrer son protégé à ceux qui l'avaient jeté dans les rues d'une ville inconnue, à moins que ce dernier n'en exprime le souhait. Mais, sans grande surprise pour le neishaan, l'adolescent avait réaffirmé avec force qu'il n'avait pas la moindre envie de revoir les Pics de Cendre, laissant son âge et son sang prompts à l'emportement parler avec ardeur. Celle-ci avait sans doute jailli un peu trop brutalement, et le Maître Céleste avait fait de son mieux pour arrondir les angles, temporiser en semblant n'exclure totalement aucune possibilité. Pourtant, ce n'était là qu'une manière de ménager chèvre et chou : Tristan comptait fermement tenir sa promesse envers Dënwyll, celle qu'il aurait toujours la possibilité de choisir entre les deux kaerls qu'il avait connus. Et si sa présence sur l'île volante devait poser quelques soucis diplomatiques, il faudrait trouver une autre voie, avec ou sans concertation auprès de son Seigneur.

Comme l'adolescent avait déjà pu le constater à plusieurs reprises, le neishaan éprouvait un certain mépris de la hiérarchie, d'autant plus quand il ne partageait pas les idées de ceux se trouvant en position de supériorité. Un nouvel exemple lui en fut donné lorsque, le soir même de la convocation, le Lié du rouquin le contacta mentalement pour lui faire part d'une décision unilatérale.
° Tristan te conseille de rassembler les affaires auxquelles tu tiens, et de les empaqueter d'une manière pratique à transporter. Nous ne pouvons pas rester ici, pour la sécurité du kaerl comme pour la tienne. Et le plus tôt nous nous serons éloignés, le mieux ce sera pour tout le monde. Mais si tu préfères rester ici, ou partir ailleurs, dis-le nous, et nous ferons le nécessaire. °
D'abord un peu sonné par la nouvelle, Dënwyll eut besoin d'un instant pour reprendre ses esprits. Mais le jeune fëalocë était vif et intelligent, et ne tarda que peu à poser la seule question qui importait dans l'immédiat :
° On part quand ? °
° Dès que tu seras prêt... cette nuit serait l'idéal. A moins que tu ne tiennes à faire des adieux, mais nous pensons que la discrétion est actuellement notre meilleure alliée. Et que notre absence de discussion à ce sujet permettra au kaerl d'affirmer, en toute sincérité, que nous avons agi seuls. Ils pourront ainsi se disculper et nous faire passer pour des rebelles, sans trop de risques pour eux. °
Il sembla à l'adolescent que le dragon ressentait un amusement certain à cette idée. Et, même si le Màr Menel était son lieu de naissance, celui de sa mère et de ses frères et sœurs, il ne montrait pas non plus d'inquiétude à l'idée de le quitter : au contraire, il semblait au fëalocë que l'air d'aventure de cette histoire ne déplaisait pas au saurien. A lui non plus, il devait l'avouer.
° Je vais faire mon baluchon. Je te dirai quand j'aurai terminé ? °
° Très bien. Tu n'auras qu'à nous rejoindre du côté sud des remparts, ensuite. Bons préparatifs ! °



C'était tellement simple, au final, il avait suffi d'un passage dans l'Interstice pour disparaître aux yeux de Tol Orëa. Alors qu'ils sortaient de ce lieu étrange et glacial qui lui laissait toujours un malaise au fond du ventre, un nouveau paysage s'offrit aux yeux du plus jeune. Un bord de mer léchait les imposantes murailles d'une cité de taille respectable, dont la seule présence semblait défier l'étendue aride que l'on distinguait au-delà, et jusqu'à perte de vue.
« Arsuh, en Ssyl'Shar, »
annonça Tristan alors que son Lié amorçait la descente, à une distance raisonnable de la ville, afin de dissimuler son arrivée.
« Ce sera notre première escale, parce que nous passerons sans doute plus facilement inaperçus dans cette capitale qui accueille déjà de nombreux étrangers. Et comme il s'agit de la plus grande ville du continent, j'espère qu'il y sera plus aisé de trouver les informations dont nous avons besoin, sans qu'il soit exclus, par la suite, de passer à une ou plusieurs autres des Neuf oasis. As-tu déjà entendu parler du kaerl des Sables ? »
Sous la tête blonde, des sourcils se froncèrent de perplexité.
« Un peu, mais... c'est pas une légende ? »
« Un fond de vérité se cache derrière chaque légende... et j'ai bien l'intention de découvrir ce qu'il en est de ce kaerl caché. »
Le ton docte sur lequel il s'était exprimé contrastait avec le pétillement d'excitation apparu soudainement dans ses yeux ambrés, si semblables à ceux de son cadet fëalocë. Puis il fallut s'accrocher pour l'atterrissage, et seules des banalités pratiques furent échangées alors que les deux bipèdes se préparaient pour le chemin restant à faire jusqu'à la ville. Le saurien, lui, s'envolait de nouveau en quête d'un refuge discret, à l'écart des routes et habitations.


C'est au cours de la marche qui devait constituer leur premier contact avec le continent désertique, que Dënwyll se décida à aborder le sujet qu'il avait retenu depuis bien longtemps. Maintenant qu'ils avaient quitté le Màr Menel, il n'avait plus vraiment de raison pour continuer à garder le silence.
« Tristan... il y a quelque chose que je t'ai jamais dit, mais... je préférais pas en parler avant, parce que, euh... »
Attentif, mais le visage neutre, l'interpellé l'encouragea à poursuivre :
« Tu n'as rien à craindre pour tes secrets, je n'irai pas les répéter. Et tu peux aussi les garder pour toi, si c'est trop compliqué. En tout cas, il n'y a pas grand monde pour nous écouter, par ici, »
termina-t-il sur une note amusée qui tentait de dédramatiser la situation, tout en balayant les alentours d'un geste ample du bras. Il marchèrent encore un peu en silence, Dënwyll ouvrant parfois la bouche sans aller plus loin, et Tristan respectant ses réticences, jusqu'à ce que l'adolescent parvienne à se décider :
« Je suis presque sûr que mon père est un chevalier du kaerl céleste. »

De nouveau, passa un moment où seul l'écho de leurs pas sur le sol rocailleux troubla le grand calme du continent désertique.
« Eh bien, ce n'est pas si terrible, si ? En tout cas, cela expliquerait que tu te sois finalement senti plus à ton aise parmi nous qu'au cœur du volcan... si jamais le sang a une influence là-dessus. Tu avais peur d'en parler tant que nous étions là-bas ? »
« Je voulais pas que... si des fois tu sais qui c'est... je préférais pas le savoir. Encore maintenant, je... c'est mieux comme ça. »
« Je crois que tu n'as pas trop à t'inquiéter. J'imagine que le concerné sera plutôt resté discret... une aventure de ce type en inter-kaerl, c'est déjà rare, mais entre de farouches opposés sur la conception du monde, ce doit être encore pire. S'il s'agit bien d'un habitant Lié du Màr Menel, ton père aura certainement évité de le crier sur tous les toits. Cela n'aurait rien eu de glorieux. »

« Tu... tu m'en veux pas trop de... pas l'avoir dit avant ? »
« Mais non, ne t'inquiètes pas. Tu as sans doute eu raison, au contraire. Parce que même en sachant que tu ne voulais pas connaître le responsable, j'aurais plus ou moins consciemment essayé de deviner de qui il pouvait s'agir, et cela aurait influencé nos liens aux autres. »
Le jeune fëalocë accepta d'un hochement de tête, mais ne quitta pas son air grave qui, aux dires de Sable Lewë, le faisait ressembler à son protecteur.
« Aussi, si on avait trouvé qui c'était, je voulais pas qu'il s'imagine des choses, alors qu'on se connaît pas. Peut-être qu'il aurait essayé de prendre ta place, même pas exprès, mais... ça, c'était pas question, »
termina-t-il, une lueur farouche brillant dans ses yeux fauves. La main du neishaan vint brièvement se poser sur son épaule.
« C'était en effet plus simple ainsi, et je te remercie de cette attention, Dënwyll. J'espère que tu ne regretteras pas ce choix. »

Après de nouveaux martèlements sourds dus à quatre pieds se déplaçant sur le sentier invisible, et entrecoupés de quelques roulements de gravillons ballottés par le passage des bottes, l'adolescent reprit d'un ton revêche :
« De toute façon, je crois pas que j'aurais beaucoup aimé le connaître. Je dois pas l'intéresser beaucoup, sinon, j'aurais au moins entendu un peu parler de lui. »
Le rouquin secoua la tête sous sa capuche large, qui protégeait sa peau laiteuse des brûlures de Solyae.
« Allons, allons, c'est juger bien hâtivement, alors que tu ne sais rien. Peut-être ignore-t-il jusqu'à ton existence ? Ta mère n'a probablement pas eu le temps de l'en avertir... Et puisque nous en sommes aux confidences, et que tu es désormais assez grand pour comprendre tout cela, eh bien... j'ai moi-même connu une Engloutie de cette manière, et je n'ai jamais réussi à avoir de ses nouvelles par la suite. Je n'ai peut-être pas suffisamment cherché non plus, pour tout t'avouer. J'ai en quelque sorte considéré cela comme... une erreur de jeunesse. »
« Mais... je croyais que... quand on est Lié, on peut tout de même se détacher de l'autre esprit ? Pour ne pas... être influencé ? »
Un haussement d'épaules vaguement gêné préluda à la réponse du neishaan.
« Normalement, oui. Mais, à ses débuts, notre Lien était... particulièrement fusionnel. Ni l'un, ni l'autre, nous n'avions envie de nous entraîner à prendre cette distance. Et donc, quand nous en aurions eu besoin, nous en avons été incapables. Les sensations d'un dragon sont... assez difficiles à ignorer, dans ce genre de cas. Après cet épisode, nous avons compris qu'il nous fallait apprendre à nous éloigner temporairement l'un de l'autre, pour éviter que cela ne se reproduise. »


Un bref silence, et l'aîné des deux eut un fin sourire, avant d'expliquer :
« Il me dit que "reproduire" est le terme approprié, et qu'aucun jeune mâle normalement constitué n'aurait pu résister aux enjôleries d'Eluned. »
Cela ne sembla pas du tout amuser le fëalocë, dont la peau terne pâlit davantage sous les vêtements protecteurs qu'il avait lui aussi endossés. Il s'arrêta, obligeant son compagnon à faire de même, quelques pas plus loin.
« Comment as-tu dit ? »
« Eluned ? Le nom de la dragonne. La connaîtrais-tu ? »
« Et tu dis qu'elle venait du kaerl Englouti ? Et sa Liée, qui était-ce ? »
« Oui, la verte Eluned, du Màr Luimë. Et Youna, une fëalocë qui devait être dans mes âges. Sais-tu quelque chose à leur sujet ? »
« Et tu es vraiment sûr qu'elles venaient du kaerl sous les eaux ? »
L'air perplexe, le neishaan eut un autre haussement d'épaules.
« Eh bien, c'est ce qu'elle m'a affirmé. Pourquoi crois-tu qu'elle aurait menti ? »
« Peut-être parce que c'était plus facile de vous aborder sous cette couverture, que si elle t'avait présenté la vérité ? »

Ce fut au tour de Tristan de perdre le peu de couleurs qu'il présentait naturellement.
« Qu'es-tu en train d'essayer de me dire, Dënwyll ? »
Le regard fixé dans celui de son aîné, qui semblait le refléter comme un miroir, il formula le doute qui n'avait fait qu'enfler depuis que la Verte avait été nommée.
« Ma mère s'appelait Youna, et sa Liée, Eluned. Elles étaient bien du kaerl Ardent. Mais de ce que j'ai pu comprendre, ça ne les aurait pas dérangées de se faire passer pour autres, si elles avaient pensé que c'était la manière de... de rajouter un Céleste à leur tableau de chasse, si tu me permets. »
Le neishaan secouait la tête, l'air de peiner à comprendre, tout en détaillant son vis-à-vis d'un œil neuf. Oui, il y avait bien des éléments qui lui avaient stupidement échappé jusque-là... Il se raccrocha à un dernier point logique, espérant vaguement un démenti :
« Et tu serais né… en 923, vers... mi Gaïaku ? »
« Un peu avant, en fait, le dernier jour de Iolyaku, mais ça change pas grand chose... c'était plus tôt que prévu, de ce que j'ai compris. »
Sur un soupir, Tristan se détourna, cherchant des yeux un soutien qui n'existait pas dans ce paysage désertique. Cet ultime détail apportait davantage qu'une confirmation.
« Je suis désolé, Dënwyll. J'ai été aveugle, j'aurais dû... voir, deviner. Il y avait pourtant foule d'indices qui auraient dû au moins... me faire réfléchir. Mais... j'avais tellement voulu oublier cette histoire... Oh, ce n'est pas une excuse, je le sais bien. Et pour ta mère... c'est de ma faute, elle et sa dragonne... elles devraient être encore de ce monde. »

Sans un bruit, l'adolescent s'était rapproché, et attira l'attention de son aîné d'une main légère contre son bras.
« Je te fais pas de reproches... et puis, t'es pas responsable du sort de ma mère. Alors que tu as été un père magnifique pour moi, même en sachant rien de ce qui nous liait... si j'avais dû choisir, j'aurais pas pu trouver mieux. »
Un hochement sec de la tête vint refuser toute tentative de compassion de la part de cet enfant qu'il n'osait même plus regarder en face, et il énonça avec difficultés, la voix rauque :
« Tu ne comprends pas... c'est bien à cause de moi, que ta mère et sa Liée ont rejoint leurs ancêtres prématurément. Une vieille malédiction qui s'est transmise dans ma famille, depuis la chute des Valherus. J'avais espéré qu'elle se termine avec moi... et voilà que j'y ai entraîné une fille de Flarmya. Et toi, qui va en être porteur à ton tour... Dënwyll, demande-moi ce que tu veux, et je t'exaucerai, c'est bien le moins que je te doive. »
Un sourire se dessina sur le visage du jeune fëalocë, tout à la fois rassuré et rassurant.
« J'ai sans doute pas tout compris, c'est vrai, mais tu pourras m'expliquer plus tard... Et si tu tiens à exaucer un de mes vœux, eh bien, j'aimerais surtout continuer jusqu'à Arsuh avec toi, et chercher ensemble le kaerl des Sables. »
Encore hésitant, aussi incertain qu'à l'époque où il avait découvert le Màr Menel, le neishaan se retourna vers son protégé.
« Mais, tu disais que... que tu en voulais à ton père naturel, pour ne pas s'être soucié de ton existence ? Ne pas t'avoir cherché ? »
« Je me trompais. Je savais rien, alors, ni de lui, ni des circonstances, ni qu'il avait lui-même été trompé par ma mère. Comment est-ce qu'il aurait pu remonter jusqu'à moi, en s'en tenant au Màr Luimë ? Et puis, j'en ai entendu dire assez sur Youna et Eluned, pour avoir compris que... qu'elles ont dû faire plus que le premier pas. »


° C'est vrai. Mais elles n'ont pas pour autant mérité de mourir pour cela. Ce qui ne fait pas davantage de Tristan le responsable, ne le laisse pas te faire croire de telles sottises, °
s'immisça le saurien qui, dès qu'il avait compris de quoi il retournait, s'était éloigné à grands coups d'ailes vers le cœur du désert. Maintenant qu'il s'estimait suffisamment à l'écart des bipèdes, il laissa sortir la sourde plainte que les dragons réservaient à la disparition de leurs semblables. Certes, cela faisait longtemps, et Eluned, en plus d'être une Ardente, s'était jouée de lui et de sa jeunesse. Mais elle restait l'une de ses semblables, une sœur aux yeux de la déesse qui les avait créés, et la mélopée funèbre l'honora longuement, tandis que, loin de là, les deux bipèdes se tenaient immobiles dans un silence respectueux. Il leur fallait tendre l'oreille pour percevoir physiquement les échos du chant, mais leur esprit, lui, en était tout empli. Aussi n'y eut-il besoin de rien d'autre que d'un bref signe de la main, lorsque l'hommage draconique se fut achevé, pour qu'ils reprennent leur chemin de conserve, chacun restant perdu dans ses pensées.

« Est-ce que tu me considères encore comme une erreur de jeunesse ? »
questionna le plus jeune à brûle-pourpoint, avec un ton clairement amusé, qui se voulait porteur de légèreté. Mais son interlocuteur prenait tout cela trop au sérieux pour se laisser influencer, et son regard sembla se voiler.
« Oh, non, bien sûr que non, comment le pourrais-je, en voyant ce que tu es devenu ? L'erreur, ce n'est pas toi, même si elle est à ton origine. Toi, tu es... un cadeau que je n'ai rien fait pour mériter, bien au contraire... »
« Parce que me recueillir alors que je représentais rien pour toi, et prendre soin de moi comme tu l'as fait, malgré ce que j'étais, tout ça, c'est rien ? Tristan... »
Un nouveau soupir, et le roux posa les mains sur les épaules du blond, avant de relâcher finalement ses dernières barrières, et de l'entourer franchement de ses bras, tandis que coulaient des larmes dont il ignorait la vraie nature.
« Ah, Dënwyll, mon garçon... Tu ne m'ôteras pas de l'idée que je ne mérite pas un fils comme toi... ».
Moitié riant, moitié pleurant lui aussi, l'adolescent rendit l'étreinte de toute sa passion de fëalocë, en répliquant :
« Eh bien, puisque je ne crois pas non plus avoir mérité un père comme toi, nous sommes quittes, non ? »



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