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 [RP Officiel] Les glaces sépulcrales Sujet suivant
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Iniaki Morrigane
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MessagePosté le: Dim 7 Jan 2018 - 23:29 Répondre en citantRevenir en haut

2 Haskèlku 919



Les mois les plus sombres s'étaient écoulés, n'emportant pourtant pas avec eux la rudesse inhérente au continent Nordique. Iniaki eut une moue de déplaisir au regard de l'impressionnant manteau de givre qui subsistait encore au sol, se moquant éperdument des calendriers humains indiquant l'entrée dans un mois annonciateur d'un peu de douceur. L'imposant soleil luisant dans le ciel ne réchauffait pas les pauvres ères qui avaient eut la bêtise de se perdre dans le royaume des glaces, se contentant de les bercer de froids rayons trompeurs.

Les saisons avaient-elles seulement une prise sur cette partie de Rhaeg ? Les paysages étant si semblables à naguère, mais pourtant tout un monde semblait séparer l'adolescente de celle qu'elle était lors de sa première venue. Peut-être n'était-ce là qu'un effet de la vision réductrice de l'enfance, qui n'ayant que peu vécu voit le temps s'écouler avec une lenteur parfois affreuse. En tout état de cause, il était certainement impossible pour un œil non aguerri de distinguer un quelconque changement de physionomie dans ce paysage.
Ottilia et Iniaki n'étaient que de jeunes Aspirantes lorsqu'elles avaient pour la première fois posé le regard sur celui-ci, alors accompagnées de celui qui deviendrait bientôt Arken de l'Escadron d'élite, Lordan Ventaren. Retenu par ses nouvelles obligations au sein du kaerl, ce dernier ne les avaient pour cette occasion pas accompagnées. Au grand plaisir de la Fëalocë qui devait être une des seules membres du Màr Menel à ne pas porter Maître Ventaren dans son cœur. Elle le trouvait trop loyal, trop poli, trop parfait, trop... céleste, en définitive. Ceci ajouté au fait qu'il l'avait par le passé sévèrement réprimandée, ce qui biaisait sérieusement son jugement.

Ils n'avaient alors rien découvert de bien transcendant, hormis le Lézard disparu qui étaient lui-même venu à leur encontre avant de succomber à ses blessures. Avant son trépas dans les mains d'Ottilia, la Lézarde de feu avait tout de même réussi à communiquer deux choses à l'esprit de la jeune fille : l'image d'un grand lac gelé et ce qui s’apparentait à un souterrain.
C'était bien peu, mais assez pour soupçonner que la mort de Chilali n'était pas accidentelle, d'autant plus que le message qu'elle transportait avait disparu.

Ils avait dû avorter la quête pour raisons climatiques, ne rapportant à Neithan que le cadavre de sa protégée et un troublant début de piste méritant certainement un approfondissement. C'est donc sans surprise qu'Iniaki se vit convoquée pour repartir sur les traces laissées par la Lézarde Blanche. Elle accueillit cette nouvelle avec un grand soulagement, car malgré le climat glacial, mettre quelques continents d'écart entre elle et Joachim ne pouvait qu'être bénéfique.

La jeune fille jeta un regard vers ses compagnons d'infortune, n’apercevant en définitive que le dos l'Arken de l'Escadrille Dalneÿs qui dissimulait par sa carrure la silhouette plus menue d'Ottilia. A côté des deux Torhils, Iniaki avait la vague impression d'être une souris au milieu d'un troupeau d'éléphants. La Chevalière Verte entra dans son champ de vision alors qu'elle posait pied à terre.


°Iniaki, enlève moi cette chose°
lui rappela Azaltëha d'un ton un peu sec, en désignant du museau son harnais de vol. Il lui avait été fabriqué sur mesure, mais elle grandissait si vite qu'il lui serrait déjà trop le poitrail. Glissant avec souplesse du dos écailleux de sa Liée, la Fëalocë grimaça lorsque ses pieds rencontrèrent une désagréable impression de fraîcheur. Ce n'était pas une grande surprise, mais ses bottes de qualité médiocre ne constitueraient pas une protection suffisante contre la neige. Les mains fines de la Chevalière glissèrent sur le cuir et Tëha fut bientôt libérée, s'ébrouant tel un jeune chiot avant de rejoindre sa soeur.

Les Chevalières furent bientôt rejointes à terre par Asgeir de Maelhen, dont l'abondante chevelure brillait d'un éclat nouveau sous le froid soleil du Vaendark.


Asgeir de Maelhen & Styrandil


"- Vous vous en êtes fort bien tirées, pour un premier vol de longue distance" déclara avec chaleur le Maître Brun à l'égard des jeunes Dragonnes. "Vous allez maintenant pouvoir profiter d'un repos bien mérité. Nous allons reprendre la main." reprit-il en adressant un signe de tête vers les filles.

Iniaki connaissait maintenant assez bien sa moitié d'âme pour voir qu'elle était ravie du compliment, même si elle était bien trop fière pour le montrer. Après avoir frotté doucement la pointe de son museau vert-bleuté sur le cou d'Iniaki en guise de salut, elle suivit ses comparses sauriens vers l'entrée d'une grotte où ils pourraient se reposer en attendant la suite des événements.

Ne perdant pas une seconde, Asgeir sortait déjà de sa sacoche le parchemin représentant un plan tracé à la plume plutôt détaillé des environs. La nuit tombait vite en ces terres, aussi ne fallait-il pas trop traîner à établir un campement provisoire et commencer les premières recherches. Plissant ses yeux clairs pour lutter contre une soudaine vague de luminosité provenant du départ d'un nuage, il fit signe d'approcher aux deux adolescentes puis désigna de son index l'endroit dans lequel avaient disparus leurs liés.

"Cette grotte me semble un endroit tout indiqué pour passer la nuit. Allons déposer nos affaires, puis je vous montrerais les points d'intérêt que je souhaiterais que nous explorions avant la tombée du jour."

Joignant les gestes à la parole, le Maître Brun saisit ses maigres effets personnels de sa main gantée de cuir noir puis se dirigea vers l'entrée de la caverne à grandes enjambées. Maudissant les géants qui n'avaient jamais aucune considération pour ses petites jambes, Iniaki dispensa d'inutiles efforts en énergie pour ne pas se laisser distancer plus que de raison par les deux Torhils.

En attendant que les jeunes gens ne s'établissent, le Torhil observait son plan d'un air sombre. Les indices dont ils disposaient étaient si vagues qu'il leur faudrait bien deux ou trois semaines pour tous les explorer... La frêle rouquine fut la première a arriver à sa hauteur, bientôt suivie de sa comparse.

"Nous explorerons ces deux endroits aujourd'hui." expliqua t-il en indiquant les dits-points sur son parchemin. "Ils peuvent être atteints à pieds, alors nous y irons sans nos Liés afin qu'ils puissent se reposer."

Iniaki opina du chef, puis suivit l'imposant Arken. Ils ne trouvèrent rien d'intéressant ce jour là, pas plus les jours à venir. Au final, deux semaines s'étaient écoulées, longues semaines froides et ennuyeuses pendant lesquelles Iniaki sentit sa résistance face au froid et sa patience s'effilocher dangereusement.

23 Haskèlku 919


"Je vous préviens que si l'on ne trouve rien cette fois non plus, je rentre" maugréa Iniaki, pour la dixième fois en trois jours. La jeune fille agrippée à l'encolure d'Azaltëha était agacée et frigorifiée. Toutes les couches de vêtements qu'elle avait pu enfiler avaient pour seul effet de lui conférer une grotesque apparence s’apparentant à un saltimbanque endimanché. Et l'on était supposés aller vers le printemps ? Ah, par la Grande Uluna, que ce continent était désagréable !

Asgeir répondit par un faible sourire à la déclaration de la Fëalocë, visiblement peu convaincu de la voir mettre ses menaces à exécution. Lui même commençait à trouver le temps long, à explorer toutes ces grottes et étendues de glaces d'apparence identique. Mais sachant pertinemment que l'ennui était loin d'être le pire pouvant advenir durant une mission, le Maître Brun ne s'en plaignait pas.

"Nous sommes presque arrivés à notre prochain point" indiqua t-il tant aux jeunes filles qu'aux sauriens sur lesquels ils étaient installés.

Styrandil piqua vers la destination indiquée. Les Dragons atterrirent et se délestèrent du fardeau de leur bipèdes. Comme à l'accoutumée, ils attendraient près de l'entrée de la grotte afin de vérifier qu'aucun intrus ne les suivent, pendant que les humains partiraient explorer l’énième grotte depuis le début de leur périple. S'il s'agissait là d'un acte de pur bon sens, car le point fort des sauriens ne résidait pas vraiment dans l'exploration de cavernes sinueuses et glissantes, Iniaki ne pouvaient s'empêcher de ressentir une certaine angoisse en partant au devant de potentiels dangers sans leurs liés. Car, après tout, rien n'indiquait que la personne ayant tué Chilali n'avait pas l'intention de leur réserver le même sort. Seul contre Asgeir et Ottilia, il aurait sans doute bien du mal à arriver à ses fins, mais si elle se retrouvait seule face à lui par un quelconque jeu de circonstances, nul doute qu'il parviendrait à ne faire qu'une bouchée d'elle.

Le blond Torhil prit le début de la marche, laissant à Ottilia le soin de prendre les arrières. Ils avancèrent péniblement dans le long couloir de pierre sinueux et glissant, qui rétrécissait à vue d'oeil. Les Torhils durent rapidement se plier pour continuer à avancer et au bout d'un moment, Asgeir stoppa sa marche.

" Il ne me sera plus possible d'avancer."
constata t-il en observant la mince embouchure devant eux, effectivement impraticable pour la majorité des adultes. Il y eut un silence, seulement rompu par les bruits de gouttes tombant sur le sol sol. Au bout d'un instant, Iniaki releva la tête, observa alternativement Ottilia et Asgeir. Ceux-ci la fixaient sans mot dire. Comprenant de quoi il en retournait, la petite Fëalocë laissa échapper un petit soupir.

"Bien, bien, j'y vais. De toutes façons, y'aura rien de plus que dans les autres !"
ronchonna t-elle en s'engouffrant dans la faible interstice.

Le tunnel, déjà initialement étroit, se rapetissait encore à vue d'oeil à mesure qu'elle avançait. L'adolescente, qui n'était pourtant pas bien épaisse, fut bientôt forcée de se mettre à ramper sur la pierre, ce qui lui occasionna une blessure au coude. Sous l'effet de la douleur, elle se redressa et se cogna la tête. Étouffant un juron, elle se remit à plat ventre et continua sur sa lancée. Le passage continua encore de diminuer un peu, puis se stabilisa. Il fut bientôt de plus en plus facile à la Chevalière Bleue de se mouvoir et l'obscurité devenait de moins en moins profonde, annonciatrice d'une arrivée vers l'air libre tant attendue. Au bout de quelques minutes qui lui semblèrent durer des heures, Iniaki put enfin voir se dessiner une ouverture. La soudaine lueur qui emplit son tunnel lorsqu'elle emprunta un dernier virage la força à plisser les yeux. Il fallut quelques secondes à ses yeux accoutumés à l'obscurité pour bien discerner ce qui occasionnait toute cette soudaine lumière.

"Nom d'une crotte de Lézard de feu !"
s’exclama t-elle alors, les yeux agrandis par la surprise. Devant elle se tenait un arc de glace baigné d'une lueur bleue et gravé d'inscriptions indéchiffrables. Considéré seul, il aurait déjà été imposant. Mais elle n'était qu'une pièce infime de la construction globale, si grande qu'elle se sentit presque écrasée sur le moment. Sans faire montre de la moindre prudence, la Chevalière bleue sortit en trombe de l'endroit confiné et ses yeux s'écarquillèrent encore un peu plus, si cela était possible.

"Ouaaaah" murmura t-elle avec incrédulité. Sans doute n'était-ce pas là le terme le mieux choisi pour définir la scène que son regard venait de capter, mais il fallait bien admettre qu'aucun mot humain n'aurait non plus fait l'affaire.





Une alvéole de miroirs... Voilà qui résumait mieux le fantastique spectacle s'offrant à ses yeux. La surface patinant l’entièreté de la partie de la grotte sur laquelle elle venait de déboucher n'avait rien de pierre sombre et rugueuse sur laquelle elle s'était entaillé le coude. Non, du sol au ciel, tout semblait taillé à même la glace. Pourtant, lorsqu'elle posa un pied en avant, elle n'eut pas la sensation de glisser, loin de là. Plus la délicieuse impression de marcher sur une herbe tendre estivale.

Dissimulé en partie par une grande forteresse semblant forgée dans le verre, se dessinait dans le lointain les contours d'un palais luisant comme un diamant frappé par un puissant rayon de soleil de midi. En parlant de soleil, l'endroit était étrangement lumineux pour un espace hermétiquement clos. De même, une brise printanière venait lui chatouiller le visage et agiter lentement le voile gris transparent descendant de l'arc de givre jusqu'au sol, alors qu'il ne semblait y avoir aucun espace dans lequel ce souffle pourrait trouver sa naissance. Elle regarda furtivement autour d'elle, tentant de trouver un fin à l'infinité d'assemblages de glace pure offrant son reflet à l'infini. Passer d'un lieu si exigu à cet endroit visiblement sans limites donnait le vertige. Iniaki s'avança vers la voûte marquant l'entrée de la forteresse, d'un pas toutefois mal assuré.

L'écho de ses pas était le seul bruit trahissant une présence humaine dans les environs. Du reste, pas non plus le moindre son d'une brise. Alors, comment ce voile se mouvait-il ? La Fëalocë passa doucement sa main sur celui-ci et fut choquée par sa douceur et sa consistance. Il semblait presque lourd dans sa paume, tandis que son apparence était quasi-immatérielle ! Toutefois, les lieux étaient en eux-mêmes si extraordinaires qu'elle ne s'appesantit sur ce détail et passa l'arche de glace. Un frisson sourd la saisit alors, semblant provenir du plus profond de ses os. Était-ce l'oeuvre du froid ? Pourtant, il faisait si bon, ici... Ses sens lui semblaient un peu engourdis alors qu'elle continuait d'avancer, malgré un affreux pressentiment qui ne cessait de lui répéter de fuir. Pourquoi l'écouter ? Ce n'était pas comme si ce qui l'attendait au dehors était reluisant. Alors qu'ici, tout, de l'infime croissant de lune immortalisé sous la jointure de cette fenêtre au plafond brillant de splendeur, était parfait.

La jeune fille se tenait maintenant dans une enceinte bordée de murs finement ciselés des mêmes inscriptions que celles déjà entrevues auparavant. Elle approcha timidement sa main de l'une des runes, la retirant quasi-instantanément sous l'effet du froid. Tout était donc bien fait de glace ! Mais comment pouvait-elle ne pas fondre ? L'atmosphère ambiante était un peu fraîche, mais sans plus. Rien qui ne puisse justifier le maintien naturel de cette oeuvre splendide. Loin d'effrayer Iniaki, ce constat ne fit que la pousser à vouloir explorer un peu plus les environs. De jolies odeurs venaient titiller ses narines, lui rappelant les sucreries rapportées par son père, les cuisines du kaerl... qu'elle se sentait bien et à sa place en ces lieux ! Comme muée par une force invisible la poussant à s'enfoncer de plus en plus profondément dans le royaume de glace, elle avançait sans ressentir la moindre crainte, détaillant les alentours avec une ferveur enfantine.

La muraille d'une taille devant avoisiner les six mètres était percée de fenêtres serties de vitraux aux couleurs de jade et de neige. En levant les yeux, la jeune fille aperçut à l'autre bout de l'allée une immense statue représentant un oiseau géant et couvert de larges inscriptions vertes-argentées. Du fait d'une habile manœuvre de l'artiste qui l'avait relié au mur grâce à une jonction de glace, le volatile semblait réellement flotter dans les airs, surplombant les lieux de toute sa majesté.
Mais en s'en rapprochant plus... non, il ne s'agissait pas d'un oiseau. Le sang de la jeune Fëalocë ne fit qu'un tour et elle eut l'impression de ressortir d'un long sommeil quand elle réalisa que se tenait devant elle la fidèle représentation grandeur nature d'un Dragon, d'une taille avoisinant celle des plus grands Bronzes, dévoilant ses crocs acérés alors que sa gueule béante était dirigée vers une proie visible de lui seul. Ses yeux vides semblaient dardés sur l'adolescente alors qu'elle détaillait avec étonnement sa tête reproduite à la perfection. S'il n'avait été de cette couleur translucide, elle se serait presque attendue à le voir s'envoler...

Voilà justement qu'il produisait un grondement sourd... Réalisant qu'il ne pouvait en rien émaner de la statue, Iniaki fit volte-face et se figea de terreur. Elle recula d'un pas, sentit une paroi glacée dans son dos. Elle était prise au piège.

°Au secours !° hurla la Fëalocë à l'intention de Tëha, même s'il y avait fort à parier que cette dernière ne pourrait rien contre la menace imminente planant sur sa Liée.




Merci à Heryn pour la signature ! ~ Carnet de route ~
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MessagePosté le: Mer 10 Jan 2018 - 20:08 Répondre en citantRevenir en haut


Martel Dehlekna & le Bronze Melkor

Theme Song :
Folkvangr – Danheim


Assis sur son trône de glace, la tête renversée en arrière, et les mains immobiles, croisées dans son giron, il paraissait dormir, sa chevelure neigeuse et son teint marmoréen le faisant ressembler à l'une de ces statues guerrières qui ornaient les murs. Seuls ses sourcils froncés et ses longs doigts, étroitement crispés sur la poignée de son épée elfique, révélaient que seul son corps, et non son esprit, était au repos. Autour de lui, la vaste salle était plongée dans une semi pénombre étrangement ouatée, d'où étincelaient ici et là de hautes colonnes de cristal givré, scintillantes sous la lumière pâle qui filtrait du plafond délicatement ouvragé. Il y avait eu un temps où les Valherus foulaient librement son sol de marbre lactescent et immaculé, un temps où de fastueuses réceptions y avaient été données, avant que l'inconscience ne les submerge tous et que des rivières de sang ne l'abreuve et le souille irrémédiablement.
Pris dans les rets de songes éveillés d'une époque révolue, comme cela lui arrivait de plus en plus souvent ces dernières semaines, sa poitrine se soulevait hâtivement, entraînant dans son mouvement haletant le lourd médaillon qui y reposait. Au bout de la chaîne émaillée, un dragon d'or blanc enserrait férocement une pierre de lune chatoyante, qui semblait pulser d'une lueur intérieure au rythme de chacun de ses battements de cœur.

…tel…

Martel …


Lui parvenant de très loin, bien trop loin, un appel à la tonalité urgente peinait à couvrir l'écho lancinant de percussions archaïques, et le souvenir subjuguant de guerriers en armure d'écaille se préparant au combat à venir, accompagnés de leurs dragons. Cette fois encore, le sang avait coulé, et de nombreux Esclaves avaient été sacrifiés pour s'assurer que les augures leurs seraient favorables … Il était l'un des leurs, il était ...

MARTEL !

Un gémissement sourd s'échappa de ses lèvres tandis que l'Elfe s'arrachait à grand peine à la dangereuse attraction de ses visions, et reprenait difficilement sa respiration, agitée comme à l'arrêt d'une course frénétique. Ses paupières s'ouvrirent pour révéler ses iris d'un bleu de glace qui ne dépareillait pas avec le camaïeu hivernal du décor alentours. Au cœur de son visage, émacié par plusieurs lunes d'une vie de solitude et de privation, elles brûlaient d'une flamme féroce, porteuses d'une nuance proche de la folie et du désespoir. Martel connut alors un bref instant d'étourdissement, contemplant la salle d'un air désorienté, comme incertain d'être complètement réveillé, sa propre identité perdue dans les brumes de sa conscience obscurcie. Puis, se forçant à détacher ses doigts douloureux de son épée, son esprit se projeta instinctivement à la rencontre de celui de son âme-soeur, qui l'entoura et se fondit en lui avec un empressement fiévreux, chargé d'anxiété contenue.

... Melkor ? Oui ...

**Martel, ils ont fini par trouver. L'un d'entre eux au moins a pénétré dans l'enceinte.**

Un soupir creusa sa poitrine et ses yeux se fermèrent brièvement, tandis qu'un frémissement d'impatience contenue le parcourait. Il se souvenait maintenant. Presque sept lunes s'étaient écoulées depuis ce jour funeste où il avait été banni du Màr Tàralöm, depuis son échec cuisant sur les sables de la Fosse, qui avait réduit à néant tous ses espoirs de gloire et de puissance, l'humiliant et le traînant plus bas que terre. Six lunes à présent qu'il s'était établi dans cet avant-poste Valheru désert et oublié, que ses anciens propriétaires Valherus avaient orgueilleusement baptisé ''Kaerl'' … Une forteresse de glace préservée des ravages du temps par un puissant sortilège, un piège destiné à quiconque de leurs rivaux qui pénétrerait dans la cité.
Aussitôt qu'il avait souhaité s'en emparer, la magie de ce pseudo Kaerl s'était abattue sur lui, et le cristal géant la contenant avait explosé en une multitude de minuscules éclats tranchants. Si Melkor ne s'était pas interposé ce jour là, il aurait certainement péri. La forteresse s'était révélée receler bien d'autres secrets et artefacts de valeurs, mais depuis cet instant, et bien qu'il ait tardé à s'en apercevoir, sa magie intrinsèque s'épuisait petit à petit, la laissant, elle et les deux Ardents qui s'y étaient réfugiés, de plus en plus vulnérables à une intrusion venue de l'extérieur … Qui avait inévitablement fini par se produire.

Les Célestes étaient tenaces, et il savait qu'il avait probablement manqué de prudence en capturant puis exécutant, au tout début de l'hiver, cet insignifiant lézard de feu. Pourtant, c'était grâce aux informations qu'il lui avait permis d'obtenir, recoupées à celles volées à Oculus, qu'il lui avait été possible de découvrir l'entrée secrète du Kaerl des Glaces. Six lunes passées dans la solitude la plus absolue, sans autre compagnie que son Lié. Ils se savaient surveillés, et avaient donc réduit au minimum vital leurs sorties en dehors de la forteresse … Ce qui avait réduit d'autant leur approvisionnement en nourriture. La présence d'un grand prédateur dans ces contrées désolées, surtout doté d'une parure aussi voyante que les écailles cuivrées de Melkor, n'aurait pas manqué d'attirer une attention indésirable sur eux. Sans toutes ces précautions, auraient-ils tenu si longtemps ? Un rictus cynique étira ses lèvres minces. L'Elfe se serait attendu à ce qu'Iskuvar mette un peu plus de conviction dans ses tentatives pour le retrouver : après tout, un Chevalier en exil ne représentait-il pas une proie parfaite pour un assassinat discret ? Le fait que ce soit le Màr Menel qui ait gagné cette course d'influence dans laquelle s'étaient lancés les trois Ordres Draconiques, l'emplissait d'un amusement mordant mêlé d'un profond dégoût.

*Montre-moi.*

Aussitôt, l'image d'une petite rouquine, semblant à peine sortie de l'enfance, se promenant avec une apparente insouciance dans la galerie extérieure, emplit son esprit. Seule. Etait-ce un piège grossier ou bien la troupe d'expédition Céleste était-elle réellement à ce point inconsciente du danger ? Empoignant alors sa lourde pelisse d'ours polaire, Martel se redressa un peu trop vite et chancela brusquement, l'un de ses genoux heurtant lourdement le sol, tandis qu'un brouillard rougeoyant obscurcissait soudain son champ de vision. Il agrippa durement le pendentif ouvragé qui se balançait doucement sous ses yeux, le serrant entre ses doigts jusqu'à en sentir les contours s'imprimer dans sa paume à travers ses épais gants de cuir. Pas maintenant … Il avait besoin d'encore un peu de temps … Juste un petit peu plus de temps.

***


La capuche de son manteau de laine blanche relevée, ne laissant voir de son visage que deux iris de glace flamboyantes, Martel pénétra à pas prudent dans la petite salle, tous ses sens aux aguets. Il sentait instinctivement que Melkor en faisait de même par l'autre entrée, aussi silencieusement que possible eu égard à sa taille imposante, se glissant sur les pas de la jeune Fëalocë sans qu'elle n'en ait conscience. Il pouvait nettement percevoir les rivières de lave ardente que semblaient charrier les veines du grand Bronze, et ne pouvait nier qu'en lui, le désir et la satisfaction d'enfin passer à l'action exerçaient une action plus qu'enivrante. Ici, sur ce qu'il se plaisait à considérer comme la terre maudite de ses ancêtres, dans cette cité qu'il revendiquait comme son héritage, se déroulerait le premier acte de son retour vers le pouvoir. Bientôt, il foulerait à nouveau le sol riche de Tol Orëa, et peut-être sa revanche serait-elle enfin réellement à portée de sa main.

Dégainant souplement la dague de ce métal cristallin - le Stalhrim - qu'avaient affectionné les Valherus autochtones, il se coula derrière la statue imposante d'un dragon plus vrai que nature, s'imprégnant totalement de l'atmosphère intemporelle que provoquait la délicate lumière irisée provenant des vitraux colorés. Après tout ce temps passé à explorer le Kaerl des Glaces, il était ici chez lui.

*Je suis prêt.*

Faisant office de diversion, un grondement sourd et menaçant s'éleva alors de l'autre côté de la salle, induisant une réaction immédiate chez l'adolescente qui fit brusquement volte-face avant de reculer d'un pas, heurtant dans son dos le mur de pierre qui lui interdisait désormais toute retraite. Silhouette fantomatique entièrement vêtue de blanc, ses contours rendus indistincts par l'éclairage tamisé, Martel s'avança en direction de la rouquine, dont le regard était tout entièrement dirigé vers ce qui s'était révélé être un véritable dragon, non pas de cristal, mais bel et bien de chair et d'os. Ombre sanglante aux crocs d'ivoires, l'allure cruelle, Melkor la toisait à présent à quelques enjambées à peine de là où elle se tenait. Aussi ne remarqua-t-elle Martel que lorsqu'il ne fut trop tard, et que le pommeau de sa dague s'abattit sur sa tempe, la précipitant dans l'inconscience. Contemplant le corps maintenant inerte de la Fëalocë allongée à terre, Melkor souffla ouvertement de frustration, claquant des mâchoires, avant de diriger un regard rougeoyant d'impatience vers son Lié.

**Pourquoi ne pas la tuer ? C'est une Douée, il y a peut-être sa dragonne à proximité ... **
*Patience Melkor, pas tout de suite. J'ai d'abord quelques petites questions à lui poser. Assure-toi qu'aucun autre intrus ne suive ses traces pendant que je la ramène pour l'interroger.*


Provoquer un éboulement qui bloquerait définitivement le passage emprunté par la Céleste serait un jeu d'enfant pour le Bronze, tout autant qu'un moyen pour lui de décharger sa tension nerveuse … Autrement que sur le corps frêle de la petite Fëalocë.

***


Accroupi devant elle avec une nonchalance étudiée et un sourire glaçant que l'adolescente ne pouvait voir, l'Elfe jouait avec la lame dentelée de son poignard de Stalhrim, détectant enfin en elle les premiers signes d'un retour à la réalité. Par acquis de conscience plus que par réelle prudence – il s'en remettait entièrement à Melkor pour empêcher la fuite de leur invitée – Martel avait jugé bon de lui lier les mains et de lui bander les yeux, ce qui présentait selon lui le double avantage d'éviter tout geste malheureux de sa part, et de l'empêcher de communiquer sa localisation spatiale à son éventuelle Liée et compagnons. Il ne serait pas souhaitable qu'ils fassent irruption ici avant qu'il n'en ait fini avec elle ...

Allongé de tout son long non loin de là, aussi confortablement installé que possible sous la haute voûte opalescente de la salle du trône, Melkor fixait sur leur prisonnière un regard lourd dont les couleurs tourbillonnaient follement, tant les émotions contradictoires qui le parcouraient étaient fortes. Il était heureux de l'opportunité de distraction que la petite Fëalocë offrait à son âme-soeur, rompant une longue période d'isolement et de repli sur soi, de la vie tout simplement qu'elle ravivait dans les yeux de Martel, mais humer sur elle l'odeur nostalgique de sa terre natale, Tol Orëa, l'emplissait d'une envie violente et d'une jalousie sans borne. Combien ils lui manquaient, le plaisir de voler librement dans les cieux de la Terre de l'Aube, la beauté vénéneuse du marbre noir du Màr Tàralöm, son atmosphère piquante et crépusculaire, la dangereuse exaltation de courtiser ses Reines Incarnates. Tout ici était trop propre, trop brillant, trop froid, pour qu'il s'y sente à son aise.
Plus que tout, la faim le tenaillait, et il n'y avait guère que des centaines d'années de conditionnement qui le retenaient encore d'aller planter ses crocs dans sa chair jeune et tendre pour en goûter la saveur – car après tout, il se refusait à tomber si bas qu'il doive se nourrir de chair humaine. Malgré toute la cruauté indifférente dont il était capable, malgré les côtes efflanquées qui saillaient sous son armure d'écailles ternie, le Bronze n'avait rien perdu de son orgueil démesuré. Il n'était pas une vulgaire bête sauvage, il était la fière progéniture du Kaerl Ardent ! Le moment de retourner dans sa demeure ancestrale, de ramener son Lié à sa juste place, loin de cette maudite cité de glace qui dévorait tant son corps que son âme, était-il enfin venu ?

Lorsque la voix de son Elfe s'éleva, froide, élégante, bien que rendue rauque d'avoir été inutilisée pendant si longtemps, Melkor se tendit instinctivement dans la direction de leur prisonnière, attentif, ses griffes raclant le sol de glace en un crissement désagréable.

« Eh bien, il semblerait que notre petit rat a repris connaissance. Qu'allons-nous donc bien pouvoir faire de toi ? Devrais-je te livrer à Melkor ? Je suis sûr qu'une chasse au rongeur à travers la forteresse l'amuserait grandement. »

Une lueur rusée illuminait à présent ses iris bleues glacées, et sur son visage anguleux, son expression s'était faite plus aiguisée.

« Mais ne t'inquiète pas, nous allons prendre soin également de tes compagnons et de ta petite Liée, tu ne seras pas seule. »



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

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MessagePosté le: Mer 24 Jan 2018 - 16:40 Répondre en citantRevenir en haut

Cela faisait maintenant plusieurs jours qu’ils étaient arrivés en Vaendark à dos de dragon, et qu’ils n’avaient toujours rien trouvé. Ottilia avait été heureuse de pouvoir revoir une partie de la terre qui l’a vue naître, de retrouver le vent glacial et le givre du début de printemps. Car oui, si le soleil commence à réchauffer Tol Orea et les autres continents, ici ce n’était pas encore le cas. D’une certaine manière le temps commençait à se réchauffer, mais l’hiver était tellement froid que quelqu’un qui n’y est pas habitué pourrait croire le contraire. La jeune chevalière était déçue de ne pas avoir pu venir en plein hiver au moment où la neige était si haute qu’elle nous arrivait au-dessus des genoux.

Le trio arriva à un énième point de recherche avec une Iniaki toujours plus boudeuse. La fealocë n’avait pas l’air de supporter l’air froid et les recherches interminables et infructueuse. Ottilia pouvait la comprendre, elle commençait elle aussi à en avoir marre de ne rien trouver. Lorsqu’ils atterrirent, la jeune torhille couvrit encore sa liée de toutes sortes d’éloges sur son vol et la gâta en caresses. Briinah grogna de satisfaction et le bout de sa queue dans le dos de sa liée.

*Bonne chance pour ce… 20ème essais ? 40ème ? *

*Merci, ma petite Verte. C’est vraiment gentil de ta part d’essayer de rendre les choses drôles *

*De rien ! *


Ottilia attendit qu’Asgeir ouvre la marche pour ensuite la fermer. Malgré sa taille assez petite pour une torhille, elle dû tout de même se courber pour continuer d’avancer, jusqu’à ce qu’Asgeir annonce qu’il ne pouvait plus avancer. La chevalière jeta un œil au passage qui se trouvait face à eux et compris qu’elle ne pourrait pas non plus y aller, au risque de se retrouver coincée. Elle eut certainement la même idée que l’Arken en regardant Iniaki, qui comprit qu’elle devrait continuer seule. La fealocë s’engagea dans l’étroit boyaux, laissant les deux torhils seuls. En attendant le retour de son amie, Ottilia s’assit et soupira.

« Je me demande si on va enfin trouver quelque chose. Ce serait vraiment encourageant. »

« Il faut un peu de patience. » Asgeir croisa les bras et regarda l’endroit par où Iniaki était partie quelques minutes auparavant.

Ottilia soupira. Le temps commençait à s’éterniser et sa position devenait de plus en plus inconfortable. La chevalière tenta de se relever pour étirer ses membres endoloris, mais la voix mentale d’une Briinah paniquée lui parvint.

*Ottilia ! Azaltëha a eu un « au secours » d’Iniaki, mais elle n’arrive plus à avoir de réponse de sa part ! On fait quoi, il faut l’aider, vous faites quoi ? *

*On arrive !*

Le cœur de la jeune torhille fit un bond dans poitrine et elle se releva brusquement, se cognant la tête au plafond bas de la grotte. La chevalière chercha Asgeir, qui commençait déjà à faire le chemin inverse.

« Dépêche-toi, il nous faut trouver une autre entrée pour retrouver Iniaki. Il y a certainement quelque chose de l’autre côté et si c’est le cas, il doit y avoir d’autres passages pour y accéder. »

Ottilia mit la douleur de côté et suivit tant bien que mal l’Arken. Comment faisait-il pour rester si calme dans cette situation ? Peut-être était-ce dû à son expérience. Enfin, son amie avait des problèmes et il fallait l’aider. La chevalière prit alors sur elle pour se calmer et pour pouvoir réfléchir correctement si jamais ne on lui demandait quelque chose.


Désolée, mais je n’arrive vraiment pas à jouer Asgeir même si je lui fait faire deux trois trucs. Je vous laisse faire, sinon il n’y aura plus aucun cheveux sur ma tête à la fin du rp x)





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MessagePosté le: Sam 17 Fév 2018 - 00:27 Répondre en citantRevenir en haut

&

Maître Klaus Sullivan, Lié à l'Empereur Noir Amestan.

Jeremy Soule – Masser


La première entrevue avait eu lieu à l’aurore de l’Hiver. Celui dont les atours ne laissaient que peu de doutes quant à la nature de sa foi s’était présenté à sa porte, avec entre les mains une missive au contenu nébuleux. Évidemment, un tel geste avait éveillé sa curiosité. Le Maître Noir Klaus Sullivan n’ignorait pas qu’en ces temps de trouble politique, il poussait fréquemment toute sorte d’oreilles aux murs, et que l’on préfère la sécurité d’une encre silencieuse et d’un support prompt à brûler n’avait, en soi, rien de véritablement étonnant. Il ne se mêlait pas aux intrigues ; il nourrissait la certitude que le peuple seul avait connaissance de ce qui était bon pour lui, et laissait aux comploteurs la traque bien souvent vaine d’une quelconque forme de pouvoir. Le Fëalocë suivait la volonté du nombre. Et c’était ainsi, sans s’interroger sur l’identité de qui il servait le dessein, qu’il avait déroulé le parchemin et découvert, à la lueur des flammes, la mission qu’on souhaitait lui confier.

Plus tôt dans l’automne, l’Âme du Kaerl, Liâd Malkièl, avait envoyé la jeune Maîtresse Amaélis Yodera sur les traces d’une vieille légende ayant soudain ressurgi parmi les divers sujets d'études du clergé de Flarmya. On avait évoqué la possible existence d’un Kaerl, piégé dans les glaces moribondes du Vaendark ; une ancienne forteresse Valherue, comme celle qui siégeait sous les sables du Ssyl’Shar. Malheureusement pour la Haute-Prêtresse et sa clique de fidèles, le gouvernement du Sénéchal n’était que très peu enclin à se mêler d’affaires extérieures. Elle avait donc mis au point un stratagème, et, à l’insu du Seigneur, avait mené sa propre mission de reconnaissance, comptant sur la discrétion de la Maîtresse Yodera, alors menacée de perdre son rang. Cette dernière semblait cependant avoir fui le Màr Luimë en compagnie de son Airain meurtrière à la veille de l’hiver, ne laissant en guise de rapport que quelques images issues de la mémoire d’un Lézard de Feu.
Au milieu des neiges, la Neishaane avait croisé la route d’une Chevalière Ardente, dont la présence n’avait rien d’un hasard. Ensemble, elles avaient conclu d’un accord : elles échangeraient leurs informations et uniraient leurs forces. Leur quête, néanmoins, s’était achevée au cours d’une tempête plus violente que les autres où leurs chemins avaient été forcés de se séparer. Liâd avait patienté tout l’hiver, retraçant consciencieusement les pas de la Maîtresse Airain, élaborant dans l’ombre ses nouveaux plans, s’appuyant sur le soutien renouvelé de quelques contacts éparpillés dans le grand nord – où, de toute évidence, les longues nuits avaient éveillé quelque élan épique et mystérieux, et où l’on contait à nouveau, au coin du feu, de merveilleuses fables de Dragons.

Le printemps était finalement venu, et avec lui, l’opportunité de relancer les recherches. Klaus avait enfilé des bottes fourrées, un lourd manteau, avait aiguisé son épée au lustre passé. Il avait envoyé un message à Liâd, puis Amestan était venu le retrouver. L’Empereur, paresseux par nature, n’était pas très enthousiaste à l’idée d’aller s’ébattre dans le froid du Vaendark, mais il ne rechignait qu’en apparence – son cœur était attaché au Màr Luimë, et il agirait toujours dans son intérêt. Lui et son Lié soupçonnaient qu’on ne leur avait pas tout dit, aussi le Fëalocë s’était-il muni d’un poignard supplémentaire, dissimulé au niveau de sa cheville, avant de se laisser engloutir par le vide de l’Interstice.

Des jours durant, le couple d’Âmes Sœurs avaient survolé les hauts sommets scintillants du Hjalldimm, chassant les mirages que reflétaient les brumes printanières, quêtant un signe de vie. Amestan s’amusait à éclater la poudreuse sous ses griffes, et ses ailes d’obsidienne venaient trancher la corolle immaculée qu’elles soulevaient inlassablement. Son Lié était resté, lui, d’humeur taciturne – mais cela n'avait rien d’exceptionnel.

° Ne retrouves-tu pas là l’ivresse de tes années passées en mer ? °
lui avait demandé l’Empereur Noir, curieux. Klaus n’avait pas su quoi répondre. Au crépuscule, il voyait le soleil déchirer en lambeaux pastel le ciel d’un azur trop franc, et le relief des pics y imprimait la morsure de quelque monstre prêt à engloutir le monde dans sa gueule nocturne. À l’aube, lorsqu’il observait le brouillard qui s’élevait des vallées en contrebas, il regrettait presque que l’horizon ne soit pas une ligne régulière, et son esprit rêvait encore, comme dans son sommeil, d’une courbure douce et parfaite où que porte le regard. Son passé n’était plus aussi distinct, maintenant, et il y avait toujours, dans chacun de ses souvenirs, un visage plongé dans l’ombre, une présence nécessaire mais indéfinie. Il le savait, Amestan n’existait pas encore, mais leurs âmes étaient si étroitement emmêlées que le Temps n’avait plus aucune prise sur leur histoire. Ainsi, le Dragon avait partagé ses aventures, et il pouvait sentir avec la même précision le souffle du vent dans ses cheveux et le goût de l’iode sur ses lèvres gercées.

Il y avait à peine, ici, de quoi nourrir un Empereur Noir et son Lié. La neige fraîche ne parvenait plus à dérider Amestan, lequel, parmi tous les sentiments qu’était capable d’éprouver une créature de son espèce, détestait particulièrement la faim. Les montagnes demeuraient muettes, semblaient être les seuls témoins du passage de Solyae au-dessus de Rhaëg, gardiennes immuables d’un secret ancestral et que nulle menace ne serait venue à faire flancher. Klaus se surprenait à caresser la pierre noire du bout de l’épée, comme il l’aurait fait avec un passager clandestin ou l’instigateur d’une mutinerie, sans savoir vraiment ce qu’il espérait en tirer. Toujours, ils s’aventuraient plus haut, là où le Fëalocë ne pouvait plus poser les pieds et où il devenait difficile de trouver refuge pour la nuit – de maigres corniches, un renfoncement dans les parois abruptes. Klaus se réveillait en sursaut, alors, persuadé que le vent l’avait précipité dans le vide. Amestan devait s’accrocher à flanc de montagne, étrange chauve-souris d’écailles, et prier pour parvenir à reposer ses membres engourdis.

~°~

Au matin du sixième jour, enfin, les deux Âmes Sœurs surprirent le vol d’un Dragon. Une comète enflammée traversa le ciel bleu brûlant du printemps, bien au-dessus des nuages et des brumes. Sa forme brillante disparut derrière les sommets, et l’Empereur Noir s’élança à sa suite, Klaus fermement agrippé à son cou, complètement dissimulé sous la laine et les fourrures. Ils volèrent ainsi pendant une éternité, jusqu’à ce que les montagnes s’écartent d’elles-mêmes, comme une révérence vieille de millénaires, et offrent à leurs yeux éblouis par le froid et la lumière des glaces la vision majestueuse d’une grande arche minérale – formation ni naturelle, ni artificielle. Et, passée cette voûte fantastique, mise en lambeaux par le temps, s’étalait désormais devant eux un lac gelé, protégé par la haute silhouette des sommets, auquel venaient s’abreuver des monstres dont l’apparence évoquait vaguement celle d’un Dragon. Des escaliers en spirale étaient rudement taillés à même la pierre de leur corps, nichés entre leurs ailes. La neige débordait de leur gueule ouverte et de leurs yeux éteints. Le vol d’Amestan fit se dissiper l’épais brouillard, et révéla l’esquisse d’une créature plus imposante que les autres, gardant férocement l’entrée d’une structure qui ne pouvait qu’être l’œuvre des Valherus.

Une impression de malaise, impossible à ignorer, avait alors étreint le cœur des deux Liés, en même temps qu’un profond sentiment d’émerveillement et d’humilité. Il leur semblait maintenant profaner un quelconque sanctuaire, de ceux qui ont plongé dans le sommeil pour ne jamais être éveillés – et l’air était peuplé de malédictions silencieuses. Qu’allaient-ils trouver, ici ? Fallait-il continuer sur la trace du Bronze ou bien graver cette image dans leur mémoire et rentrer au Màr ? Après tout, n’avaient-ils pas uniquement reçu comme directive de confirmer l’existence d’un Kaerl perdu ?

° Si d’autres Ordres l’ont découvert et s’y aventurent d’ores et déjà, il est de notre devoir de les en empêcher. Liâd ne se contentera pas d'un repas uniquement fait de restes. °


° Tu as raison, mon Lié. Il faut parfois prendre des décisions sans s’en remettre à plus haut placé. Je n’ai pas peur d’un Bronze. N’avait-il pas, d'ailleurs, l’air amaigri ? °

Amestan accéléra sa course, étendant ses ailes pour aller frôler la surface de la glace du lac, et même sa stature d’Empereur semblait bien frêle en comparaison de ses cousins de pierre qui l’observaient d’un œil vide. Il se jeta dans l’ouverture béante, sans craindre les longues canines qu’avaient formé le gel éternel.

À l’intérieur, le couple Englouti fut accueilli par un silence opaque, chargé de poussière. Le hall, au toit supporté par les épaules massives de dizaines de Dragons, était suffisamment vaste pour qu'on y vole sans difficulté. Arches, colonnes, balcons, volées de marches et autres fantaisies architecturales se déployaient sous leurs yeux ébahis, tantôt taillées dans un cristal glacé, tantôt dans une pierre aussi obscure que l’ébène. D’imposantes raies de lumière venaient frapper le cuir de l’Empereur, filtrant par les hautes fenêtres de cette cathédrale naturelle, et révéler un improbable ballet de particules en suspension. Étonnamment, il faisait assez sombre. Les murs étalaient leurs bas-reliefs délicatement ciselés, sûrement invisibles depuis le sol, et qui narraient une époque depuis bien longtemps révolue – ou bien y avaient-ils, dissimulées là, quelques visions de ce que pourrait être le futur ? Amestan les effleura du bout de l’aile, raclant la neige qui y était incrustée.

° Descends, mon frère. Que l’on découvre ce lieu d'une perspective humaine. °

Le Noir acquiesça sans mot dire et se posa prudemment au beau milieu de ce qui semblait maintenant un désert hivernal, tristement solitaire. Il n’aimait guère se sentir si insignifiant. Les bottes de Klaus crissèrent doucement contre le marbre froid et brillant, où, comme des ombres, de vieux signes couraient encore le long des dalles. Le Fëalocë se pencha pour gratter la couche de givre, tandis que l’Empereur balayait les alentours d’un regard vif. Il n’avait pas oublié qui les avait menés ici.

« Incroyable, c’est incroyable… » marmonnait le Maître, en même temps qu’il découvrait, par un intrigant jeu de transparence, la présence d’eau courante à quelques mètres sous ses pieds. « On en faisait pas, des temples comme ça, même dans les mers d’Ys. »

° … Klaus, je ne sens plus le Bronze. °

« Tu as vu cet endroit ? C’est immense ! Ce n’est pas étonnant que nous ayons perdu sa trace. Commençons par nous reposer. Nous reprendrons les recherches lorsque tu auras rattrapé toutes tes heures de sommeil, gros lézard. Et moi aussi… »

Le Fëalocë, comme pour appuyer ses dires, en profita pour s’étirer et se frotter la nuque.

~°~

Le couple d’Âmes Sœurs avait trouvé refuge au pied d’une immense fresque représentant un Dragon aux ailes déployées, avec, dans chacune de ses écailles, un symbole probablement issu de la langue oubliée des Valherus. Pour toutes les races de Rhaëg, un représentant se prosternait devant lui, les mains tendues portant quelque offrande – et, sur son dos, se tenait sûrement son Seigneur, le Soleil en guise de chevelure et les Lunes en diadème. Le Fëalocë avait longtemps hésité à allumer un feu, jusqu’à ce que son sang finisse par l’emporter, et des larmes discrètes suintaient désormais du visage des Esclaves, accentuant leur expression de terreur. Klaus mordit dans un crouton de pain rassis, observant distraitement l’œuvre d’art.

« Si tu étais un Dragon en fuite, où irais-tu te terrer ? »

Un long grondement, terriblement profond, lui répondit. Amestan n’avait pas encore prévu de se réveiller, mais, de toute évidence, il était déjà temps de se mettre en route. Il se contenta de bailler trois fois.

Une éternité durant, ils errèrent à travers les galeries, se laissant guider par l’intuition de l’un ou de l’autre. Sur un bout de parchemin humide, le Maître Neutre s’acharnait à tracer l’ébauche d’un plan grossier. Parfois, ils s’arrêtaient pour laisser au Fëalocë le loisir de recopier quelques inscriptions cryptiques ornant les voussures de salles abandonnées – et également délaissées par les deux Liés. L’heure n’était pas encore à l’exploration et aucun d’eux ne possédait assez de connaissances en matière de charmes ou de sortilèges. Que se passerait-il s’ils activaient sans le vouloir un quelconque système de protection élaboré par leurs très lointains ancêtres ? Ils avaient jugé plus prudent de se cantonner aux artères principales.

° C’est assez étrange, Klaus. J’ai l’impression que nous ne sommes plus seuls. Je sens … des enfants ? °

° Des enfants ? °

° Des enfants de mon espèce ; et leurs Liés, sans doute. Il y a un adulte, aussi. Pas Ardents, je peux le flairer à des milles à la ronde. °

Un sourire incrédule étira imperceptiblement les lèvres de Klaus. Quel autre Kaerl était assez fou pour envoyer ses plus jeunes âmes au milieu des neiges éternelles ? S’ils étaient chanceux, ils croiseraient son chemin avant celui d’une potentielle escouade du Màr Tàralöm. Il fit signe à Amestan de le mener vers eux.

° Les nouvelles vont vite. °
commenta-t-il d’un ton égal, pas franchement étonné par la présence d’une bonne moitié de Tol Orëa à pareille altitude. ° Essayons tout d’abord de traiter avec diplomatie, et gardons l’épée et les crocs pour les caractères les plus revêches. Je ne crois pas que … °

Il fut interrompu dans ses réflexions par un vacarme formidable, qui fit trembler les colonnes les plus délicates et tomber une pluie de petites pierres sur son crâne. Plus par instinct que par crainte d’un réel danger, le Fëalocë glissa sur le côté, tirant sa lame d’un coup, tandis qu’une aile massive venait se porter au-dessus de lui. Le cœur affolé, il ne rengaina pas immédiatement, et son regard aussi froid que le cristal alentour croisa celui, tout d’ambre et de flammes, de son Lié. Ils n’eurent pas besoin d’échanger une pensée, car tous deux le savaient très bien : la chasse avait commencé. L’Empereur Noir redressa son museau pointu et ferma ses vastes paupières.

° Il y a un grand réseau de grottes et de galeries adjacentes. Ils ont dû tenter de pénétrer le Kaerl par l’une d’entre elles. Tu devras y aller seul ; je suis trop grand, et trop fatigué pour prendre forme humaine. Je te guiderai. °

° Et toi, que vas-tu faire ? °

° Découvrir ce qui a causé l’éboulement. °

Klaus hocha sèchement la tête. Il n’aimait pas l’idée de se trouver séparé de son Lié, mais on ne discutait pas les ordres d’Amestan – il n’en donnait que trop rarement. Le Noir prit à nouveau son envol, quittant la corniche de glace pour aller se perdre dans les confins de la forteresse. Le Fëalocë posa une main sur le mur qui était à sa droite, guettant le moindre interstice.

Il remonta ainsi une bonne partie du Kaerl. Il pensait maintenant s’être suffisamment éloigné de son cœur pour accéder aux entrées clandestines – qu’elles aient été créées de toute pièce par leurs ancêtres, ou par l’action irrémédiable du temps. De temps à autre, son Lié corrigeait sa direction. Ses proies étaient en mouvement constant. Enfin, il trouva une crevasse à peine assez large pour laisser passer un homme adulte. À regret, il ôta son manteau et se glissa dans la faille. De l’autre côté d’un goulot difficile à franchir et qui avait joliment écorché son menton, ses paumes et ses coudes, le Fëalocë roula dans la neige. Il s’assura que tout allait bien auprès d’Amestan, puis alluma sa dernière torche.

° Tu es tout près, maintenant. ° l’encourageait le Dragon. Et, effectivement, Klaus ne tarda pas à croiser la route de ses cibles – qui n’étaient que deux, en vérité. Un homme et une femme, tous deux Torhils. Sans esquisser le moindre sourire, le Fëalocë inclina rudement le buste.

« Vous avez perdu quelque chose, si je ne m’abuse ? Si vous voulez bien me suivre… Nous débuterons les hostilités lorsque tout le monde sera au même point. »



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

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MessagePosté le: Lun 2 Avr 2018 - 12:51 Répondre en citantRevenir en haut

Froid. Elle avait si froid. Son corps asthénique lui semblait peser plus lourd que milles pierres, tandis que les milles enfers d’Isashani brûlaient dans son crâne meurtri d’une douleur à faire pâlir les morts. Elle ne pouvait se mouvoir, ni même se recroqueviller pour aller chercher en elle une infime source de chaleur dont elle avait tant besoin. Dans un couteux effort, Iniaki entrouvrit les paupières, n’ouvrant le regard que vers l’obscurité profonde.
Combien de temps resta-t-elle prostrée ainsi, avec Peur et Douleur comme seules compagnes ? Elle l’ignorait. Son esprit luttait pour trouver un sens à la litanie d’informations contradictoires se bousculant dans son cerveau. Comprenant qu’il fallait qu’elle agisse au lieu de subir cette vaine introspection, elle tenta maladroitement de se redresser, se heurtant à un étau invisible barrant ses poignets. Un léger glissement au contact de sa face lui appris que l’obscurité n’était que feinte par un tissu lui enveloppant la tête.
Un bruissement se fit à entendre sur sa gauche, lui révélant qu’elle n’était pas seule. Le son répété ne laissant aucun doute quand au caractère non accidentel de ce dernier. Quelqu’un ou quelque chose, qui l’attendait dans le noir.
Comme un chiot pris en flagrant délit de bêtise par son Maître, ses muscles se raidirent à l’entente de bruits de pas sur la glace. Un étau de panique compressa sa poitrine, et elle dut faire montre de toute la résilience dont elle était capable pour contrôler sa peur. Elle parvint à se contenir suffisamment pour faire taire son souffle. Car, comme lui disait sa mère dans l’enfance, « dis-toi que si tu ne vois rien, rien ne peut te voir », alors il y avait une chance pour que cette personne ne vienne pas à elle… Bien qu’au vu de ses liens, elle ne pouvait être que prisonnière. Elle espérait, pourtant, bien sincèrement.

« Eh bien, il semblerait que notre petit rat a repris connaissance. Qu'allons-nous donc bien pouvoir faire de toi ? Devrais-je te livrer à Melkor ? Je suis sûr qu'une chasse au rongeur à travers la forteresse l'amuserait grandement. »

La voix était rauque et froide, puissante mais oubliée, comme un songe auquel on ne se rattache que lorsqu’il est prévu que l’on se mette à le chercher.
Iniaki ne compris pas immédiatement le sens lourd de menace des propos de son ravisseur, restant indécise face au sens à donner à cette analogie aux rats. Qui était Melkor, par ailleurs ? Un chat ?
Sa face stoïque n’était donc pas le fruit d’un grand courage face à l’inéluctable, mais plutôt d’une incompréhension totale de la situation. Le résultat demeurait tout de même qu’elle n’avait pas paniqué, et c’était bien là le principal. La bêtise pouvait finalement se révéler être un atout des plus précieux.

« Mais ne t'inquiète pas, nous allons prendre soin également de tes compagnons et de ta petite Liée, tu ne seras pas seule. »

Comme le soleil déchire le brouillard, l’évocation de ses compagnons remis en son esprit tous les élements antérieurs. La mission, la grotte de glace… et ce Dragon, sorti de nulle part, la menaçant avant que tout ne s’éteigne. L’adolescente réalisa alors la gravité de la situation, et dans un sursaut de panique, s'adressa à la première âme venant alors en son esprit.

°Fuyez ! Je suis prisonnière… et ils veulent également vous avoir ! Ils savent qui vous êtes !° hurla télépathiquement Iniaki à l’adresse de Tëha, priant pour qu’il ne soit pas trop tard. Jamais elle ne se pardonnerait si son imprudence causait la mort de sa Liée. L’angoisse lui compressant la poitrine était plus adressé à la jeune Bleue qu’à elle-même en ce moment.
Dans l’espoir de gagner un peu temps et de pouvoir être fixée sur son sort, la jeune Chevalière répondit à l’homme dont elle ne connaissait que la voix : « Qui êtes-vous ? Et que me voulez-vous ? »

Son ton sonnait étrangement froid et détaché au regard de ses sentiments cahoteux. Peut-être cette vague d’émotion provenant de toutes parts était-elle trop forte pour parvenir à s’exprimer par le langage ? Son teint, livide, trahissait cependant la terreur sourde lui tordant les entrailles.
Azaltëha releva vivement son long cou à l’entente du message télépathique. Sans se départir de son calme, elle répondit d’un ton rassurant :

° Calme-toi… Hors de question de te laisser seule. On arrive. Peux-tu me communiquer ta position… ? °


°Non… je ne vois rien…°
répondit la Fëalocë, la voix chargée d’angoisse.

En réalité, elle ne menait pas large. N’était-elle, après tout, pas autre chose qu’une petite saurienne ? Mais sa Liée était suffisamment terrifiée comme cela. La Bleue observa les alentours. Comment allait-elle venir à son secours, effectivement ? Une grotte n’était pas un endroit praticable pour un membre de son espèce, même de son encore faible gabarit. Que n’était-elle pas encore capable de se transformer en bipède, comme ses aînés… Rageant contre son impuissance, Tëha se mit à étudier la crevasse ayant englouti les Célestes. Elle se tourna vers sa sœur.

° Dis à Ottilia qu’Iniaki est prise en otage, et que le ravisseur à connaissance de notre existence. Je ne peux pas connaître sa position °

Sans attendre de réponse, elle rebroussa chemin vers l’entrée de la Grotte. La voix claire d’Asgeir l’interrompit dans sa lancée.


Asgeir de Maelhen & Styrandil


« Ne fais rien jusqu’à ce que je revienne vers toi, ce serait dangereux pour toi comme pour elle. Si son ravisseur connaît notre existence, il jouera très probablement de son lien avec toi. Je t’en prie, reste en sécurité… »

La force naturelle émanant de son ton rendait impératif ce qui sonnait pourtant comme une supplique. Tëha resta un temps songeuse, s’interrogeant sur les vérités des propos de l’Arken, puis s’écarta finalement du chemin.

° Bien. Je te fais confiance. Mais faîtes vite.°
Elle coula un regard appuyé sur le grand homme blond, auprès duquel se tenait un autre individu de sexe masculin qu’elle ne connaissait pas et Ottilia. Elle faisait confiance à cette dernière plus que quiconque, hormis Zoran peut-être, pour tout faire afin de sauver sa Liée, aussi se sentit-elle plus rassurée en observant sa fine silhouette s’avanouir dans le lointain.




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MessagePosté le: Mar 8 Mai 2018 - 15:59 Répondre en citantRevenir en haut



Patient et attentif, son regard dur impassiblement fixé sur sa captive, Martel s'attachait à décrypter la signification du moindre des frémissements de l'adolescente captive. Elle avait fait preuve d'un certain sang-froid en découvrant toute l'impuissance de sa situation, testant ses liens et bougeant légèrement la tête pour percevoir les limites du bandeau qui obscurcissait son champ de vision. Et même lorsqu'il avait prononcé le nom de Melkor, elle s'était abstenue de réagir, son visage juvénile restant aussi lisse et impavide qu'un étang gelé. Intéressant. Soit elle ignorait tout de leur présence ici et seul un mauvais concours de circonstance l'avait amenée à tomber entre ses griffes, soit il avait affaire à un soldat spécifiquement entrainé à résister aux interrogatoires.

Mais, finalement, la mention de sa Liée avait provoqué chez elle ce qui avait lui semblé être un sursaut de panique. L'Elfe échangea un bref regard avec le Bronze faussement alangui à ses côtés. Ainsi ils avaient bel et bien mis la main sur une Chevalière. Qu'allaient-ils pouvoir en tirer, quel pouvoir leur apporterait-elle sur le reste de la troupe ? En bons Célestes, il ne doutait pas qu'ils tenteraient de la secourir, d'une manière ou d'une autre. Un sourire dangereux, chargé de plaisir anticipé, étira doucereusement ses lèvres fines. La partie engagée tant de lunes auparavant touchait à sa fin et il n'accepterait aucune autre conclusion que la victoire totale ... Ou la mort. Il refusait de fuir ne serait-ce qu'une fois de plus. Le peu de fierté et d'honneur qui lui restaient encore le lui interdisaient.

Alors, lorsque d'une voix atone, la petite Fëalocë l'interrogea sur son identité, il raffermit sa poigne sur son poignard de Stalhrim, et se pencha souplement dans sa direction, avec une lenteur délibérée, jusqu'à ce que sa joue frôle la sienne, la lame dentelée venant s'appuyer sur sa gorge pâle, y dessinant une fine ligne vermillon. De son autre main, il alla entremêler ses doigts gantés de cuir dans les mèches cuivrées de leur otage, lui tirant durement la tête en arrière pour mieux lui chuchoter à l'oreille.

« Quel manque de précautions … Si tu avais bien fait tes devoirs, petit rat, tu n'aurais même pas besoin de poser ces questions. »

Une pause, le temps d'un imperceptible souffle teinté de lassitude, juste le temps de laisser ses paroles dédaigneuses s'imprimer dans l'esprit de la petite rouquine. Le temps … Combien de temps avant que les autres ne trouvent une autre voie pour pénétrer dans le Kaerl des Glaces ? Avant qu'ils ne parviennent jusqu'à lui ? Sa mâchoire anguleuse se contracta et il se recula légèrement, changeant l'inclinaison de sa lame dentelée pour venir en piquer la pointe dans la peau tendre du cou.
Sentinelle vigilante, Melkor, quant à lui, gardait pour l'instant le silence, son attention partagée entre la sensation lointaine de ses frères et sœurs Célestes en bordure de la cité, et le petit jeu auquel son Lié avait décidé de se livrer. Refrénant son impatience, statue de Bronze parfaitement immobile, le dragon attendait, préservant ses forces pour l'inévitable affrontement contre ses pairs. Naseaux élargis et prunelles rougeoyantes rendues tourbillonnantes par l'odeur du sang frais, seul pourtant le son de sa respiration puissante semblait le distinguer des véritables sculptures qui ornaient la salle du trône.

« Quelle déception que tu te sois si hâtivement séparée de tes compagnons … As-tu bien pensé à leur transmettre tes dernières volontés ? »

Assis sur ses talons face à la Fëalocë, Martel appuya sa tête dans la paume d'une de ses mains, dans une attitude montrant une tension associée à un épuisement parfaitement lisibles sur son visage hâve, marqué par une si longue résidence dans ces contrées particulièrement hostiles. Mais par dessus tout, ses yeux, ses iris d'un bleu glacé, révélaient sa concentration, la réflexion intense qui l'agitait intérieurement. L'un comme l'autre, ils cherchaient à gagner de précieuses secondes, à extirper le maximum d'information à leur adversaire avant de décider du prochain mouvement. Il refusait d'abandonner cet avant-poste Valheru, son héritage, aux intrus Célestes, sans faire auparavant un maximum de dégât dans les troupes ennemies.

« Dis-moi, petit rat, comment penses-tu qu'un dragon réagit lorsque son âme-soeur est torturée ? »

Et pour bien appuyer ses paroles, nonchalamment, sa lame alla s'enfoncer un peu plus dans la chair découverte de son cou, si bien qu'à chaque déglutition le Stalhrim menaçait de trancher à travers sa carotide. La voix de l'Elfe, rauque et lancinante, bien que persistant sur un ton bas, résonnait étrangement, effrayante, semblant rebondir sur les colonnes de glace scintillantes, s'envoler bien haut sous le plafond ouvragé, glissant tout autour d'eux sur le sol de marbre lactescent. Dans ses souvenirs, factices et créés de toute pièce par la magie des lieux, les Seigneurs Dragons régnant sur ce Màr oublié utilisaient l’acoustique exceptionnelle de la salle pour mieux asseoir leur domination sur les inférieurs …

Alors, baissant encore le ton, en un murmure intimidant, il posa enfin la question qui lui brûlait les lèvres :

« Je veux savoir quel est le but réel de votre misérable expédition. »

Dans le dos de Martel, Melkor commençait à s'agiter avec nervosité, vrillant un regard ardent sur le dragon à la pierre de lune pendu au cou de son précieux Lié, percevant le brouillard de folie qui menaçait à tout moment de venir engloutir à nouveau son esprit. Il y avait eu un prix à payer pour venir se cacher ici, car les anciens maîtres du Kaerl des Glaces n'avaient jamais eu l'intention d'abandonner leur demeure à d'éventuels rivaux opportunistes. Des rivières de sang avaient coulé, des centaines de vies sacrifiées …
Le sortilège qui masquait l'endroit à quiconque n'en connaissait pas les secrets, bien que puissant, avait été très imparfaitement conçu … Requérant un apport d'énergie constant pour être maintenu. Une fois le piège activé, le catalyseur s'étant brisé, à quelle autre source aurait-il pu être abreuvé ? Son Elfe avait beau être un redoutable combattant, tout ce qui était du domaine de la magie lui était largement incompréhensible. Il n'avait pas les connaissances nécessaires pour placer de nouvelles gardes, ou utiliser l'artefact à bon escient. Même la découverte de son fonctionnement avait été fortuite.

Reléguant soudain ses inquiétudes présentes au second plan, la sensation dérangeante d'un autre dragon pénétrant dans le Kaerl, sur son territoire, fit jour dans son esprit, et le Bronze se redressa lourdement, l'excitation de l'épreuve à venir ravivant le feu dormant dans ses veines. Un intrus supplémentaire, isolé … Différent du premier groupe. Il brûlait d'ors et déjà d'abattre toute sa colère et sa hargne accumulée, sur ce dragon inconnu qui avait osé prendre pied dans la cité … Mais pour cela il allait lui falloir abandonner Martel, et il n'y avait guère que cette pensée qui le retenait encore de se précipiter vers la source de cette muette irritation au creux de son âme. Après des lunes passées à ne pouvoir compter que l'un sur l'autre pour leur survie respective, la pensée de se séparer de son Lié provoquait en lui un profond malaise.

Et néanmoins ...

**Martel. Nous avons de la visite.**

D'un signe de tête exprimant une certaine raideur, sourcils froncés, l'Elfe acquiesça face à l'interrogation muette de son Lié. Il pouvait percevoir la nette réticence de Melkor à l'idée de le laisser seul et sans surveillance avec leur otage, mais il balaya les appréhensions stériles du dragon de ce simple mouvement de tête. Le Bronze serait bien plus utile placé en embuscade contre leur nouvel antagoniste que restant inactif à ses côtés. Au vu du jeu sur l'échiquier, la partie pouvait-elle être gagnée quand l'adversaire disposait de tant de pions ?

*Va. Et assure-toi qu'ils ne survivent pas à l'affrontement.*

Martel savait qu'il ne faudrait rien de moins que la promesse d'abondance de sang versé et de leur ennemi abattu pour satisfaire son Lié et le convaincre d'y aller. Avec un grondement de dérision à l'adresse de son Elfe, Melkor s'ébroua péniblement, étirant ses ailes dans un claquement rappelant étrangement le son du vent dans les voiles d'un navire, avant de s'éloigner à pas lourds. Peu lui importait que son dernier véritable repas remonte à plusieurs semaines, et que ses côtes saillent de ses flancs sous son étroite armure d'écailles. Il remâchait sa haine à l'égard d'Estenir depuis sept interminables lunes ... L'idée d'un potentiel échec ne l'effleurait même pas : il avait besoin sentir les os de son ennemi du jour se briser sous ses crocs, et le goût métallique de son sang se répandre sur sa langue. C'était le seul et unique désir qui hantait son âme, en dehors de son soucis concernant l'avenir de son Lié en ces lieux.

Le Bronze n'était pas de ceux qu'on pouvait qualifier de raisonnable.

***

Dans la salle du trône, face à leur captive silencieuse, l'Ardent déchu soupira sourdement, ses poings se serrant tandis qu'il sentait la migraine enserrer lentement ses tempes, une brume de fatigue venant embuer son champ de vision. Il jura tout bas. Il ne pouvait pas se permettre de flancher maintenant ! Une fois encore, avec une opiniâtreté proche du désespoir, il s'interrogea, examinant calmement les possibilités qui lui restaient. Il allait devoir se mettre en mouvement lui aussi, s'il ne voulait pas que la troupe Céleste ne vienne le cueillir comme un fruit trop mûr.
Etait-il toujours possible pour eux de gagner la partie ? Même si Melkor et lui prenaient la fuite pour retourner sur Tol Orëa, abandonnant cet avant-poste chèrement conquis, seraient-ils encore capables de s'en sortir seuls ? Il était parfaitement conscient de la précarité de leur situation. Exilé du Màr Tàralöm, humilié et traîné plus bas que terre devant le Kaerl tout entier … Dépouillé de son rang et de son pouvoir, incapable de monnayer une quelconque alliance, il lui apparaissait clair qu'ils ne pouvaient compter sur personne d'autre qu'eux-même.
L'image d'Eléderkan siégeant au Concile s'imposa alors désagréablement à son esprit, et, grinçant des dents avec une amertume non feinte, il se redressa brusquement, ignorant l'étourdissement qui en résulta. Son frère ennemi était paradoxalement le seul en qui il avait toute confiance, et pourtant rien que d'y songer était une pure divagation. Il était bien incapable de mettre des mots précis sur le trouble qui agitait son coeur à cette pensée, mais cela ne lui inspirait qu'un profond dégoût. Il le savait pertinemment, Eléderkan ne se satisfaisait que trop bien d'être le toutou d'Iskuvar.

*Depuis quand es-tu tombé si bas ...?*
**Et alors ? Le grand Martel Dehlekna est en proie au doute et au sentimentalisme ? Ça ne te ressemble pourtant pas, mon frère !**
*La ferme, Melkor.*

Pour toute réponse face à sa cinglante répartie, un nouveau grondement moqueur et peu impressionné lui parvint. Trop habitué aux fréquentes sautes d'humeur de son Elfe, le Bronze ne se formalisait plus de ce genre de dialogue. Cependant, que Martel, de nature si ambitieuse et assurée, se laisse aller à de telles ruminations, de tels tourments intérieurs, ne cessait pas de l'inquiéter. Une fois de plus, le dragon se promit de le ramener là où était sa juste place : à savoir la citadelle Ardente nichée au cœur des Pics de Cendre et leur corrosive atmosphère, le plus loin possible de ce maudit continent glacé.

Repoussant négligemment le Bronze et ses commentaires dans un coin de son esprit, l'Elfe allongea le bras pour agripper par le col l'adolescente toujours ligotée, la remettant brutalement sur ses pieds. Assez tergiversé. Sa stratégie était établie : il avait décidé où aller à présent, et il lui faudrait se mettre en route sans tarder. Leur malheureuse invitée, quant à elle, cracherait sous peu tout ce qu'elle savait, même si elle n'en avait pas encore conscience. D'une voix froidement languide, il interpela donc la jeune Fëalocë :

« Allons nous promener un peu, petit rat, en attendant que tes camarades se décident à nous rejoindre. »

Joignant le geste à la parole, il la mit en mouvement d'une rude impulsion dans le dos, prenant soin de laisser la pointe de son poignard dentelé piqué dans le creux de ses reins, l'autre main douloureusement crispée sur l'amulette au dragon pendue à son cou. La victoire était toujours envisageable. Tout ce qu'il demandait, était juste encore un peu de temps.

***

Satisfait par la prise de décision de son Lié, Melkor reporta quant à lui son attention sur la présence croissante de l'autre dragon. Se glissant lentement dans les ombres blanches entre les bâtiments du Kaerl des Glaces, silhouette sinueuse et non dénuée de grâce malgré sa masse, le colosse de Bronze sentait l'intrus se faire maintenant tout proche. Ouvrant largement les narines, dardant sa langue fourchue entre ses crocs d'ivoire, il s'emplit de son odeur, percevant ce vague remugle d'eau salée lui indiquant une ascendance Engloutie. Pas un Ardent donc. Sa présence ici, concomitante à celle des Célestes, n'était alors qu'une coïncidence ? Une pointe de contrariété fugitive le balaya, bien vite remplacée par une vive excitation lorsqu'il l'aperçu enfin, après de longues minutes d'une approche la plus silencieuse possible. C'était un mâle d'une stature imposante, un Empereur Noir dans la force de l'âge. Plus jeune, plus grand, plus fort ... Plus inexpérimenté. Devait-il opérer une retraite prudente et retourner vers Martel ? Par ailleurs, où se trouvait le Lié de l'intrus ?

Son hésitation circonspecte ne dura que quelques secondes. Depuis quand lui et Martel reculaient-ils seulement devant le danger, devant la mort, devant ce qui paraissait impossible ? Le jour de leur Empreinte, ils s'étaient promis l'un l'autre de se hisser vers les Hautes Sphères du Màr Tàralöm, vers une gloire rayonnante et absolue qui conviendrait à deux âmes avides de combat et de reconnaissance. Ils avaient ensuite survécu à la Grande Guerre, à la déchéance puis à l'exil. Tant qu'ils seraient ensemble ... Lui n'avait pas oublié leur serment, et il y resterait fidèle envers et contre tout.

C'est pourquoi, prenant avantage de la position légèrement surélevée qu'il occupait, des torrents de lave rugissant dans ses veines, Melkor s'élança sur son jeune frère du Màr Luimë, ses griffes prêtes à déchirer les éclatantes écailles d'obsidienne.

***

L'attaque imprudente de son Bronze et la brutale poussée d'adrénaline qui le traversa en conséquence ne purent que prendre Martel par surprise, dont la prise sur leur prisonnière se relâcha un très bref instant, suffisant pour qu'elle chute lourdement au sol, quelques marches en contrebas. De la rouquine émana alors un long cri de pure terreur, car, volontairement induite en erreur par son ravisseur, elle avait certainement cru que son corps allait s'écraser à terre depuis une hauteur bien plus importante qu'il n'en était en réalité. Figé dans l'étroit escalier de glace dans lequel lui et l'adolescente se trouvaient encore quelques secondes auparavant, un sombre pressentiment envahissant son âme, le visage anguleux de l'Elfe se contracta dans une expression de colère dévorante mêlée d'une crainte inexprimée.

*Melkor, sombre imbécile !*



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

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