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 [RP] Election des sénateurs ~ Le réveil des temps anciens Sujet suivant
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Iniaki Morrigane
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MessagePosté le: Mer 13 Déc 2017 - 22:04 Répondre en citantRevenir en haut

Iniaki Morrigane a écrit:
 

**Englouti**
 

Sévan de Gilraën ~ l'ambitieux
 


 

Sévan & Neroc
 

*Nom : Sévan de Gilraën
*Race : Ondin
*Rang : Maître Dragon
*Ordre Draconique d'appartenance : Màr Luimë
*Lié : Le Brun Neroc, né en 900 de la reine Aleëhna. Calme et intelligent, il parle peu mais ses paroles sont toujours utiles et réfléchi. Le saurien n'est pas prompt à l'épanchement de sentiments mais est capable d'empathie même à l'égard de certains humains n'étant pas son Lié. Il n'a aucun intérêt pour la vie politique des bipèdes, mais surveille tout de même l'évolution de son lié de près histoire de pouvoir le tirer d'un potentiel mauvais pas.

{{{Forme humanoïde choisie}}}
Sous sa forme de bipède, il prend l'apparence d'un jeune homme aux cheveux bruns coupés courts et aux yeux d'une couleur sensiblement identique à celle de son lié. Son visage ne laisse transparaître aucun sentiment.

*Affiliation : Militants

*Brève description physique et caractérielle : Sa carrure n'a rien d'exceptionnel, mais il s'entretient suffisamment pour être un sérieux adversaire, d'autant plus que sa technique à la lame est quasi-parfaite. Sa bonne mémoire lui a en effet permis de retenir un nombre important de bottes et techniques qu'il sait réutiliser au moment opportun, même s'il manque trop de puissance et d'endurance pour figurer parmi les meilleurs guerriers du kaerl. Il est cependant bien connu que sa vivacité d'esprit lui as dans le passé permis de vaincre des adversaires physiquement bien supérieurs à lui.

Avide de connaissances, il a toujours conçu le monde comme étant bien plus vaste que ce qu'il avait sous les yeux et refuse les idées préconçues. C'est en partie pour cela qu'il abhorre la politique autarcique de Javerth Seram, la considérant seulement comme une peur insensée de l'inconnu qui met en péril le développement du Màr.

Il excelle dans l'art de la belle parole, sachant très bien comment user de son interlocuteur à son avantage et manipulant aisément les esprits les plus faibles. Toutes ses actions sont mûrement réfléchies et il ne peut être critiqué pour son imprudence. Ceci peut autant être un défaut qu'une qualité, car s'il se montrait un peu plus intrépide, peut-être aurait-il déjà fait son entrée dans les hautes sphères.

Ses cheveux d'argent pourraient le faire passer pour un Neishaan, mais il n'en est rien : il possède toutes les caractéristiques d'un Ondin, de la toxine mortelle au regard de la couleur la plus pure de l'océan. Le reste de son physique est plutôt banal mais harmonieux et il a un certain succès auprès des dames.

Bref résumé de l'histoire : Issu de la prestigieuse mais déclinante famille de Gilraën, Sévan a été élevé dans une ambiance austère et traditionnelle. Il lui a été inculqué une formation politique très solide, cela même si plus aucun membre de la famille ne compte parmi les plus hautes sphères du kaerl. Le jeune Sévan considérait son oncle, Trystan de Gilraën, Maître Blanc et ancien Seigneur du Màr, comme son modèle. Sa disparition l'a donc profondément affecté et c'est sans doute cela qui l'a poussé à s'éloigner du kaerl qui avait selon lui effacé son souvenir bien trop tôt.
Doué dans tous les sens du terme, il passa l'empreinte en l'an 900, à l'âge de 14 ans après un Aspiranat rapide et studieux dans lequel il fit preuve d'une grande curiosité d'esprit.

Il ne devint cependant Maître que 15 ans plus tard, ayant auparavant passé le plus clair de son temps hors du kaerl. Depuis peu, il est cependant revenu au sein des murs du Màr et souhaite s'engager dans la vie politique, en vue de lutter contre la politique de Javerth Seram. Son plan d'action est actuel est d'être élu au poste de Sauriv afin d'utiliser sa légitimité populaire en vue de pouvoir à terme faire chuter le cercle de politiques qu'il jugé dépassés et frileux. Rares sont ceux à être au courant de ses ambitions cependant, car il n'a pas encore fait de réelle démonstration oratoire. Une chose est cependant certaine pour lui : il sera la pierre angulaire de la révolution qui fera trembler les traditionalistes du Màr.
Evidemment proche du Parti Ouvert, il n'y est toutefois que peu impliqué. Pour lui, cette façon de mener le kaerl à partir d'un microcosme de personnes intéressées n'est en effet pas viable, et il faut intéresser le plus de monde possible à la vie de la cité, en dehors des considérations partisanes.



Llefelysku 919


 

Sévan & Neroc
 




"Les candidats à l'élection aux sièges vacants du Sénat peuvent s'avancer."

La voix grinçante du vieux sénateur Faron fit naître un sourire sur les lèvres de l'Ondin aux cheveux d'argents négligemment adossé sur un pilier non loin de l'estrade. Il replaça une mèche un peu rebelle puis s'approcha du coeur de l'Agora d'un pas leste.
Si le jeune homme était tout de même un peu effrayé par la situation, il ne le montrait pas : tout en lui respirait la confiance du vieil habitué aux rouages de la politique que rien ne pourrait ébranler. Il en était tout le contraire cependant, au point où il s'agissait là même de sa première prise de parole devant un public d'une taille respectable comme celui-ci. Les engloutis n'avaient au moins pas perdus totalement leur intérêt pour la chose publique avec le temps, il fallait s'en féliciter.

Le jeune Maître Dragon était un des candidats aux deux postes vacants du Sénat. Cette assemblée de huit représentants du peuple avait en effet perdu deux des leurs, l'un pour cause de décès lors de la guerre contre l'Ombremage, l'autre pour résignation pour cause d'opinions trop divergentes et inconciliables avec le reste du groupe (et peut-être du monde.).

Il regarda ses mains. Elles tremblaient un peu. Il avait tant révisé son discours qu'il aurait pu le réciter en dormant, mais s'il échouait, il savait que cela contrarierait grandement son plan d'action ayant pour aboutissement le reversement de Javerth Seram au poste de Seigneur du Màr. Il s'agissait là pour lui d'une honte faite à la grandeur du kaerl que de mettre ce vieux décrépi aux idées étroites à un poste aussi conséquent. Enfin, il avait encore beaucoup d'étapes à franchir avant d'être en mesure de tirer la moustache du Seigneur Seram... et aujourd'hui était l'une d'elle.

Le jeune homme laissa son regard azur planer sur la foule, en quête de visages connus. Il sourit en reconnaissant son frère et sa sœur, ainsi que certains de ses amis politiques ou non. Ainsi que Neroc, bien évidemment, qui observait la scène de loin d'un air aussi paisible qu'à l'accoutumée. Il pris une grande inspiration, puis commença son discours. Sa voix chancelait un peu au début, mais il pris vite goût à l'exercice et son timbre devint avenant et naturel :

"Bonjour à tous... Je suis Sévan de Gilraën, Maître Dragon et enfant du Màr Luïmé, dont j’arpente les rues depuis trente-trois hivers sans en perdre le goût, tant la richesse des découvertes que j’y fait chaque jour me semble infinie. J'ai beaucoup voyagé au cours de mes plus jeunes années de Chevalier, mais il n'est nul endroit que j'aime plus au monde que ce kaerl...
Je suis né d’une mère marchande et d’un père Maître Dragon, Dalaigh de Gilraën, qui se trouvait également être le frère de l’ancien Seigneur de ce Màr, Trystan de Gilraën.
Mon ascendance a fait que j’ai été élevé avec une certaine idée de notre kaerl, comme devant « tutoyer les sommets depuis les profondeurs », ainsi que me le disait souvent mon oncle. Mais je vais m'arrêter là sur les histoires relevant de ma famille, car c'est bien moi, et non mon nom, qui se présente aujourd'hui à vous."


Il s'interrompit un instant pour reprendre son souffle. Sa voix avait un peu chancelé sur le début, mais l'adrénaline issue de la présence d'un public l'avait suffisamment remis d'aplomb pour que son timbre redevienne avenant et naturel.

"Force est de constater qu'aujourd’hui, ces sommets sont dissimulés sous d’épais nuages. Plus les jours passent, et plus le Màr se referme sur lui-même en raison de la politique de cloisonnement aberrante mise en place par le Conseil. Les conséquences, nous les avons dès maintenant, et elles ne sont que négatives : les activités commerciales sont en chute libre car personne n’ose travailler avec un kaerl dans lequel ils n’auront peut-être bientôt plus le droit de mettre les pieds, les relations diplomatiques avec les autres Màr sont au point mort… Je me rappelle avec amusement d'un précédent discours du Seigneur Seram, dans lequel il exposait la méconnaissance qu'avaient les politiques de la volonté du peuple. Toutes ses actions jusqu'ici sont pourtant allées à rebours de notre intérêt. Les paroles et les actes changent drastiquement pour certaines personnes...

Il fit une petite pause éloquente, puis repris d'un ton ferme :

Je me présente aujourd’hui devant vous, car je ne veux pas rester les bras croisés tandis que les décisions prises par les politiques deviennent de moins en moins favorable pour ses habitants. Je veux que le peuple ait un véritable poids dans les décisions du Conseil et que plus aucune décision politique ne soit prise contre notre intérêt. Notre pain risque de se raréfier, mais au nom de principes obscurs, les hautes sphères continuent dans une trajectoire déraisonnable qui risque de ne pas nous laisser indemnes !

J’entendais encore toute à l’heure une de mes amies marchande se plaindre de cette situation, mais conclure par le fait que nous ne pouvons que supporter les décisions prises par le Conseil, car celui-ci a toute autorité sur nous. Hors, cela est faux : le Conseil existe uniquement parce que nous, le peuple, le voulons bien. Nous seuls sommes les réels titulaires de la souveraineté au sein du Màr, nous ne faisons que la confier aux politiques en leur accordant notre confiance. Mais nous pouvons également la retirer, cette confiance. Comment ? Grâce à cette élection, qui placera au Sénat des représentants volontaires et qui par le biais du Sauriv sauront peser sur les décisions du Conseil et lui rappeler d'où il tire sa légitimité : de nous tous ici présents !

Je connais beaucoup d’entre vous pour vous avoir rencontré dans un couloir, une ruelle… Dans la vie de tous les jours de notre kaerl, en somme. C’est cette proximité que je voudrais conserver si je venais à acquérir votre confiance pour être élu au poste de sénateur. Les fastes font perdre de vue l'essentiel, c'est à dire la vie de la cité.

Je suis jeune et inconnu du milieu politique, ce qui signifie avant tout que je ne dois rien à personne et que personne ne me doit rien. Libre de toutes attaches partisanes et de liens avec les hautes sphères, je ne saurais être guidé par autre chose que la volonté de représenter au mieux la volonté de notre peuple. Jamais je ne trahirais mon objectif de représentation de vos intérêts si vous veniez à m'accorder l'honneur d'être élu. Ensemble, nous pouvons aller voir au delà du brouillard qui nous cache le sommet et redonner au kaerl englouti toute sa splendeur, la vraie, pas celle d'un passé figé que voudrait nous obliger à poursuivre certaines personnes haut-placées... Voilà, ce sera tout pour moi, je vous remercie pour votre écoute."


Sévan repris sa respiration. L'adrénaline retomba aussi vite qu'elle était venue, et il se sentit soudainement très fatigué. Depuis quand n'avait-il pas eut une bonne nuit de sommeil ? Enfin, cela importait peu. Il espérait que sa sincérité avait convaincu.

Il quitta l'estrade, remplacé par le vieux Faron, qui rappella les modalités de l'élection : il fallait déposer un objet représentant le candidat dans l'urne placée non loin et dissimulée derrière d'épais rideaux. L'objet de Sévan était une toute petite perle nacrée. L'élection aurait lieu dans deux couchers de soleil, histoire de laisser un peu le temps à la réflexion. En attendant, les candidats étaient dans l'obligation morale de ne pas approcher les électeurs, tout abus étant puni d'une interdiction de représentation à une élection pendant pas moins de six ans. Tous pouvaient participer, hommes et femmes, s'ils avaient treize ans révolus.

Le vieil homme appela les autres candidats à se présenter, et Sévan de Gilraën tourna le dos à la foule, ne voulant pas s'infliger de pression supplémentaire : il avait l'impression d'avoir tout donné, et regarder les autres ne lui apporterait rien de constructif.




Merci à Heryn pour la signature ! ~ Carnet de route ~
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Amaélis Yodera
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MessagePosté le: Dim 31 Déc 2017 - 12:10 Répondre en citantRevenir en haut


Chevalier Usui Ikeda & le Brun Majak
Peintre et trafiquant


Trônant au milieu de la foule amassée là, occupé à déloger de la pointe d’un vieux canif quelques saletés incrustées sous des ongles trop longs, et ce sans se préoccuper le moins du monde des regards outrés qu’on lui lançait, Usui patientait. Entre deux bâillements révélateurs d’une nuit passée désespérément loin de sa couche, son regard terne, cerné de charbon par le manque de sommeil, balayait l’esplanade à la recherche d’un visage intéressant. Secrètement, il espérait voir la jeune Eilith s’avancer et proposer à la populace le meilleur discours, mais ne parierait pas sur cette éventualité. Depuis leur entrevue avec Aylech, la charmante Aspirante avait été assaillie par les obligations venant avec son rang, et Usui n’avait plus entendu parler d’elle. Il n’était pas satisfait. En vérité, il était furieux, mais l’idée d’avoir pu se tromper au sujet de la cadette Tellis ne l’avait pas effleuré un seul instant. Pendant un temps, il avait plutôt soupçonné certains de ses informateurs d’avoir été trop zélés, et d’avoir mis au courant Kassandra en échange de quelque privilège. Cette hypothèse, cependant, avait été rapidement écartée après quelques doigts cassés et quelques dénonciations anonymes auprès des Crocs d’Argent. La cour du Marchand de Sable était – peu ou prou – irréprochable.

L’heure était donc à l’allégresse ! Il y avait bien longtemps qu’on n’avait plus vu pareil rassemblement sur l’Agora – et les Crabes Géants ne comptaient définitivement pas. En bon citoyen, le Chevalier Ikeda se devait d’être présent et de se tenir informé de la vie politique de son Màr. Parmi les badauds, il aperçut le profil discret d’une Elfe à la chevelure flamboyante et lui jeta son plus beau sourire torve, levant d’un air enjoué son canif. Ah, qu’il était bon de voir les grands de ce Kaerl pavaner à visage couvert… Comme pour appuyer son enthousiasme retrouvé, il éjecta un caillot de sang coagulé de sous son ongle, accompagnant le geste d’un bruit de bouche joyeux qui ne manqua pas de lui attirer quelques regards outrés. Qu’en avait-il à faire ? Il le sentait au plus profond de lui. Une secousse irrépressible faisait trembler les fondations de la Forteresse Engloutie. Il était temps, plus que jamais, de tirer un trait sur toutes ces absurdités qui avaient tant mis à mal l’honneur du peuple Neutre. Sans attache partisane stupide et sans peur du jugement des moralistes, les Dieux seuls savaient de quoi ils seraient capables…

De par son statut ambigu, Usui était bien au fait que la santé des Hautes Sphères allait de mal en pis. N’était-il pas pratiquement l’un des leurs ? Il recueillait leurs confidences, dans le crépuscule des chandeliers – à l’ombre fluette des feuilles dansantes – au creux des draps de satin. Il connaissait, sur le bout de doigts, ce que chacun et chacune préférait consommer au petit-déjeuner, et il n’avait même pas besoin pour cela d’avoir vu ces personnes de ses propres yeux. Prince des corridors, Empereur des murmures ; le Chevalier était omniprésent mais invisible. Personne n’avait jamais osé lever la voix. Combien d’entre eux auraient préféré emporter leurs plus vils secrets dans la tombe, plutôt que de se voir retirer un siège ? L’Ondin ne pouvait pas ignorer, cependant, que procéder à un changement de comédiens lui ôterait toute protection. Toutes ces informations soigneusement récoltées ne vaudraient plus rien… C’était affligeant, vraiment, mais la stagnation le tuait à petit feu. La stagnation, et la politique austère de Javerth Seram.

° Il faudra te faire oublier, alors. °
° Je suis doué pour disparaître, mon cher. Ne t’en fais pas. Peut-être même que certaines personnes, à travers Rhaëg, apprécieront de revoir le visage de leur principal client. °


Le Brun était trop casanier pour partager l’euphorie enfantine de son Lié à l’idée de partir en voyage. Si cela pouvait leur assurer qu’ils resteraient en vie pour encore quelques années, il n’allait pas se plaindre.

Enfin, on demanda aux candidats de s’avancer, et le silence tomba doucement.

~°~


Chevalier Shay Ekatz & la Verte Zhaleh
Sergent dans les Crocs d'Argent

Quelques pas plus loin, juste au pied de l’estrade, encadré par une dizaine de confrères à qui l’on avait confié la garde de l’évènement, le Sergent Shay Ekatz traînait son regard perlé sur la populace. Une certaine appréhension causait d’étranges démangeaisons dans ses poignets. Une main fermement postée au-dessus de son fourreau, l’autre dans le creux de son dos, il n’esquissa aucune sorte de mouvement pour soulager le tiraillement. La sensation, en réalité, n’avait rien de désagréable. Dans son esprit, il voyait encore le carnage s’abattre sur l’Agora, et tous ces cris… L’atmosphère était toujours aussi instable, même si les fondations des bâtiments et des échoppes avaient été solidifiées. Le peuple Englouti, lui aussi, avait besoin de mortier s’il ne souhaitait pas s’effondrer et emporter la Forteresse dans sa chute, autrement tous les sacrifices de ces dernières Lunes resteraient vains. Cela, Shay s’en fichait. Seule la perspective d’un mouvement de foule ou d’un abruti un peu trop attaché à sa conception de la politique excitait un tant soit peu le sang morne du Croc d’Argent. Sa mission, aujourd’hui, était de veiller à la sécurité de ceux qui monteraient sur l’estrade – et à celle de la foule venue les écouter.

Laissant ses doigts pianoter doucement contre la garde de son Tsalion, il continuait de scruter chaque visage qu’il lui était possible de scruter. À n’en pas douter, la présence du Sénéchal sur le trône avait l’avantage de rassembler les citoyens. Shay doutait que ce fût là le but premier du vieux Javerth, d’encourager son peuple à collaborer pour le destituer, mais les hommes étaient connus pour réécrire l’Histoire à leur guise. Le Chevalier Vert n’avait aucune opinion concernant son Seigneur ; il était simplement satisfait de travailler plus. L’ennui était le pire ennemi de la raison. Depuis le début de Llefelysku, la rumeur courait que Shay Ekatz et quelques autres Crocs d’Argent triés sur le volet avaient été choisis pour découvrir, s’informer et enfin démanteler toute organisation clandestine suspecte – ou suspectée d’être suspecte. L’Humain était impatient, en vérité, d’affronter un autre type d’ennemis que les sempiternels crabes de la Baie d’Eau-Claire. Ou les gobelins et leurs ricanements horripilants.

° Oh, serais-je alors enfin autorisée à aller séduire quelques vaillants mâles ? On m’a toujours dit que les plus rebelles étaient les plus vigoureux… Oh, Shay chéri, dis oui ! °
° La paix. °
lui assena le Chevalier sur un ton sec, quoiqu’un sourire difficilement contenu se dessinait sur ses lèvres fines.

Vivre avec Zhaleh n’avait rien d’aisé. Quand il l’avait découverte aux pieds de son Argentée de mère, Shay n’avait pas voulu y croire. Lui ? L’Aspirant prodige de Kunaï El’Azad ; lui, déjà membre des Crocs d’Argent avant même l’Empreinte, Lié à… une Verte ? Flarmya avait dû se tromper, ou alors, elle était devenue folle. Le rire grandiloquent de son ancien camarade, resté en retrait parce qu’il n’avait pas été appelé sur les sables, brisant le silence de la Sphère de Naissance, était aujourd’hui encore gravé dans sa mémoire. Il aimait la Dragonne, même si les premières années avaient été semées d’embûches, de frustration et d’incompréhension. Il aimait la Dragonne et la détestait, car elle était une source infinie de désagréments – et les avances parfois passablement imbibées des bipèdes Liés aux conquêtes diverses de la Verte en étaient bien des moindres.

° Tu n’as pas dit non. °

Sans plus prêter attention aux gloussements de son Âme Sœur, le regard de Shay croisa soudain deux pourpres obscurs. Son sourire se mua en rictus léonin. Oh, si lui était ici… Le Sergent avait trouvé un premier suspect à interroger – plus tard, plus tard. Pour le moment, le premier candidat s’avançait sur l’estrade, et la concentration était de mise.

~°~

° Sévan de Gilraën. Voilà un nom qu’on a pas entendu au Kaerl depuis bien longtemps. °

Traçant du bout d’un doigt le contour de ses propres lèvres, absorbé dans la contemplation du premier candidat, Usui songeait. S’il y avait une chose qui lui donnait la nausée, en-dehors des endives cuites, c’était d’entendre des petits nobles lui expliquer la vie quotidienne du peuple. Bien sûr, l’Ondin avait quitté sa cage dorée pour aller explorer et voir le Rhaëg de ses propres yeux – n’était-ce pas là le destin de tout jeune et bel éphèbe tenant à son rôle ? Sans doute, une telle inimitié n’était qu’un vestige de son ancienne vie, car qui, en ayant grandi ailleurs, aurait pu plaindre la condition du plus miséreux citoyen d’un Màr ?

° Dis « J’ai fait la guerre. » devant un public d’anciens combattants et tu auras leurs voix. Dis « mon amie marchande » à une assemblée composée majoritairement d’artisans, et tu auras leurs voix. Majak, je pense que je les bats à ce jeu ! Écoute : si je dis « Je connais le secret du bonheur. », sachant que tout ce Kaerl est dépressif – ou, au mieux, déprimant – je devrais parvenir à le fédérer ! °


Néanmoins, Usui Ikeda ne faisait pas de politique. Plutôt que de juger les qualités des uns ou des autres, de s’inquiéter d’être en accord ou non avec leurs idéaux, il devait se concentrer sur les bénéfices qu’il tirerait de tel ou tel candidat, lequel serait le plus facile à manipuler, ou le plus susceptible de s’engager sur des chemins au préalable déblayés par l’Ondin… En raison de sa longue absence, il ne disposait que de très peu d’informations concernant Sévan de Gilraën. Il devait en apprendre plus, car il ne souhaitait pas voter au hasard, et ce même si l’idée avait un goût d’épices absolument charmant. Mais comment se rapprocher autant de Sévan avant que ne soit ouvert l’accès aux urnes ?

° Le vieux monsieur a dit deux jours. °
° Une décision aussi importante, sur un coup de tête ? Usui, sois sérieux ! Crois-tu qu’avec un seul regard tu seras capable de… °


Le Chevalier n’écoutait déjà plus le Brun. Sévan de Gilraën, une fois son discours achevé, avait abandonné l’estrade, et faisait maintenant dos à la foule, traînant sans doute des pieds vers un endroit plus sécurisant. Avec une exclamation enjouée, Usui rangea son canif et s’élança d’un pas bondissant à travers la marée humaine, prenant appui sur des épaules passagères afin de se donner de l’élan.

° Dans une ruelle, dis-tu, hein ? Ma main à couper que tu ne les connais pas toutes. J’en ai quelques unes dont on ne revient pas si facilement. ° gloussait-il en pensée, ignorant les remontrances de son Lié qui avait flairé l’odeur de l’embrouille.

Mais alors qu’il n’était plus qu’à quelques mètres de sa proie, bras écartés et démarche sautillante, évoquant plus le lunatique en fuite que le vénérable prince commerçant du Marché Noir, une botte soigneusement placée sur son chemin l’envoya mordre la poussière.

« Conformément à mes directives, je vous apprends qu'il m’est interdit de laisser le premier cul-terreux venu approcher nos honorables candidats aux sièges vacants du Sénat. »

Cette voix, lancinante et monotone, n’avait jamais donné à Usui qu’une terrible envie de se pendre. Il poussa un grognement désespéré avant de se tourner, reposant sur son dos, une main sur ses yeux afin de ne pas affronter le visage de Shay – qu’il imaginait semblable à ses souvenirs. Mort de l’intérieur. Alors, comme Usui ne tenait pas à laisser Sévan s’échapper, il se mit à gémir et à se tordre de douleur sur le sol afin d'attirer l'attention sur eux, sous le regard peu impressionné du Sergent.



Galaad Lucis
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MessagePosté le: Mar 2 Jan 2018 - 18:13 Répondre en citantRevenir en haut


Séléné Lòkë & Vorondil


L’Agora était trop vaste. Il happait les pensées. Il dévorait ce sentiment d’individualité au profit d’une communion de bêtise au regard vide. Où que portât le regard, les maisons et les échoppes vomissaient des gens affairés. Ce brouhaha continuel, celui de la vie, autour de ce gigantesque espace vide, sans âme, qui attirait tous les regards.
Il détestait cet endroit. Il s’agissait du lieu d’expression le plus sacré du Kaerl : là où chacun pouvait prendre légitimement la parole. Une belle estrade pour les prédateurs. Les monstres à visage avenant qui savent manier le Verbe. Les ambitieux.
Plus jeune, il aurait aimé parader sur cette estrade, au centre de l’Agora. Il aurait aimé débattre avec ses pairs, leur montrer sa force, son intelligence. Il aurait aimé les éblouir, se faire aimer et craindre de tous. Quelle belle illusion… La vérité était toute autre.
Ce lieu, l’Agora, n’existait que pour satisfaire l’ego de ceux qui venaient y prendre la parole et qui réclamaient l’attention du peuple. C’était un espace de mendicité de prestige. Il y avait cru. En ce pouvoir à la portée de tous. Un monde où tous étaient égaux. Pure folie. Il s’était laissé aveugler, comme tous les autres. L’illusion du pouvoir était bien trop forte.

° C’est aujourd’hui. °

Séléné retourna un regard anxieux à son Lié. Dans les prunelles éternellement opalines du Brun ne se cachaient aucune émotion distincte. Cependant, pour lui, tout l’univers se résumait à ces opales-là. Celles-là ne mentaient pas. Jamais.

° C’est aujourd’hui ° répéta laconiquement le dragon en soulevant sa lourde carcasse du sol.

Le neishaan avala péniblement sa salive. La fatigue de cette nuit au famélique croissant de lune l’avait laissé fébrile, épuisé et l’esprit engourdi par la brume des cauchemars. Il attendit que Vorondil soit parvenu à sa hauteur pour poser machinalement, par réflexe, sa main sur les écailles rugueuses de son cou. Ensemble, à pas lents et mesurés, ils commencèrent à descendre le long escalier sinueux du Cìrban Telemna pour regagner les dalles de la civilisation.

- Que le spectacle commence…

On présentait les candidats aux prochaines élections du Sénat. Deux places vacantes étaient à pourvoir. Séléné Lòkë n’aimait rien tant que contempler ses pairs se complaire dans leur dépravation non assumée, avec ce regard froid et cynique de qui est déjà mort et ne fait que retarder la fin. Et comme à l’achèvement de tout spectacle, il applaudirait.

Le premier candidat le fit néanmoins sortir de sa contemplation. Un pas le propulsa à la limite de l’ombre du pilier derrière lequel il assistait aux événements. Vorondil se tendit de concert. Malgré les ans, malgré les épreuves, Séléné reconnaissait ce visage. Cette voix résonnait encore à ses oreilles. Il avait connu cet homme avant la guerre.

° Sévan ° lui souffla la mémoire empreinte de regrets du dragon près de lui. ° Sévan de Gilraën. °

Vorondil s’agitait. Un frémissement parcourut ses ailes étriquées repliées contre son corps. Inutile de faire bonne figure car personne ne les regardait. Séléné, plus pâle qu’à l’ordinaire si bien qu’on aurait pu le confondre avec le marbre des colonnades, fixait cet ondin de belle prestance en y reconnaissant un proche de son ancien mentor. Un fantôme issu de sa première vie. Oh, il le connaissait bien… Après tout, n’étaient-ils pas amis ?

Il sentit les serpents de sa conscience se tortiller sous son épiderme, comme cherchant à l’extirper de sa torpeur. Il ne le voulait pas. Il était plus sage de demeurer sans attaches. Qu’y aurait-il à dire de plus, par ailleurs ? Sévan était pareil à ce reflet inversé dans le miroir, un homme à qui tout sourit. Depuis le jour de leur Empreinte, leur sort avait été scellé. Aussi différents que le jour et la nuit. Pour parfaire cet improbable tableau des contraires, Vorondil paraissait âgé d’une centaine d’années face à son fringant frère de couvée. Des continents, des siècles, des espace-temps les séparaient.

Trop de souvenirs s’acharnaient à affleurer à la surface si lisse, trop lisse, de son esprit. Séléné serra les poings, au point de réveiller la morsure de ses phalanges mille fois brisées mais il continua à serrer. Jusqu’à faire perler le sang sous ses ongles.
Grand bien lui fasse, à Sévan ! Qu’il prenne le pouvoir et fasse du Kaerl son royaume ! Qu’il écarte le timoré mais prudent Javerth Seram ! Qu’il écrase ce joli conseil de son noble séant et transforme les sénateurs en ses marionnettes ! Tous les grands prédateurs voulaient se savoir seul et unique détenteur du pouvoir de vie et de mort. Son troupeau était là, en bas de cette estrade, en train de boire ses paroles. Sévan donnait de l’espoir, une vision de l’avenir qui pouvait presque prêter à sourire… Un fin orateur. Lui avait su s’élever au rang de Maître.

L’Agora était un théâtre dont les règles, trop strictes, n’étaient jamais respectées que par les perdants, ceux qui trépassaient discrètement en coulisses. Sévan de Gilraën n’était pas de ceux-là. Cet ami aux liens fraternels distendus, qui avait su gagner la confiance de cette prestigieuse pègre politique autant que d’un petit orphelin sans le sou. Un ami qu’il fréquentait encore, dans ses moments de lucidité et de bravoure et auquel il rendait parfois services. Un ami que son cœur reconnaissait avec chaleur mais que sa raison défaillante, en ce froid jour de Llefelysku, assimilait à une nouvelle sorte de prédateur. Haletant d’angoisse, Séléné ravala ses larmes.

Un frémissement secoua la commissure des lèvres du Chevalier Brun. Durant quelques secondes, ses iris se fendirent d’une pupille verticale, signifiant que Vorondil empruntait les yeux de son Lié. Le dragon estropié émit un bas grondement semblable à un ronronnement. Les mains pâles, tâchées de sang frais, claquèrent dans le silence qui suivait la prise de parole du Maître de Gilraën. Neishaan et saurien ne faisaient qu’un pour applaudir la performance de leur ancien frère. L’espoir chevillé au cœur, ils regardaient Sévan quitter l’estrade tel un prince sans ombres et sans tâches.

° Bonne chance, Neroc. °

Ils ne s’attardèrent pas davantage. Fuyant la lumière, le couple de Liés se fondit dans les ombres projetées par les piliers et ces grands personnages. Que l’Agora redevienne le territoire des orateurs. Ceux-ci n’avaient nul besoin de spectres ricanant tels qu’eux. Mais une chose était sûre : ils iraient voir le second acte de cette mascarade. Ils voteraient.

¤~°~¤


Athelstan Thrawnen & Lhassa


Lhassa l’avait habillé ce matin. Ses jolies mains d’albâtre, sans tâches et sans cicatrices, qui volaient autour de sa personne pour l’aider à se vêtir, étaient indispensables à sa survie. La Bleue savait calmer la mer orageuse de ses pensées, de ses tourments incessants, avec cette tristement fatigante habitude de vouloir lui épargner tout souci inutile… Alors même que c’était impossible.

Pour un être parfait tel que lui, tout devenait impossible. Car rien ne pouvait l’égaler. Du haut de son piédestal, il contemplait un monde qui le rejetait faute de pouvoir lui choisir une place qui soit digne de lui. Il n’y avait que Lhassa, cette dragonne des plus ordinaires et imparfaites, pour le comprendre. Elle s’était appliquée à lisser les plis du vêtement, à vérifier la tenue des manches à dentelle, à virevolter en tous sens à chaque directive qu’il lui aboyait au visage, tandis qu’elle répliquait patiemment que tout effort inutile devait être évité. Sous le regard perçant du Maître Dragon, feignant de n’y accorder aucune attention, la Bleue finissait par choisir elle-même les boucles d’oreilles qui manquaient à la tenue, à éluder les incessantes tergiversations de l’ondin, à ajouter sa touche personnelle au costume politique de son Lié, tout en répondant distraitement, avec docilité, à la moindre de ses exigences. Elle trouvait toujours le dernier mot d’une conversation à sens unique avec son Lié.

Ils formaient un couple atypique. Nombre aurait pu croire que l’un et l’autre ne s’aimaient pas. Qu’ils ne faisaient que s’accommoder d’une situation jugée absurde dans laquelle les avait précipité Flarmya. Il n’en était rien. De ce point de vue, ils étaient égaux, car aussi incompris l’un comme l’autre par leurs pairs.

° Sois prudent. °

Athelstan ne prit pas la peine de répondre. Lhassa savait à quoi s’en tenir. Il ne se montrait prudent que lorsqu’il ne risquait rien.

Il ne s’agissait pas de son heure de gloire. Il n’était pas naïf au point de tout miser sur ces élections. Le vieux Faron annonça son nom avec autant d’enthousiasme que quelqu’un lisant sa liste de courses en public. Cette prise de parole représentait un prélude à la formidable ascension que le Maître Bleu méritait. Il se savait plus intelligent que toute cette clique de frileux nantis consanguins et d’orphelins nés de catins ivrognes des quatre coins du monde. Il s’était forgé une amure immaculée, impénétrable. Il possédait tellement plus que tous ceux qui levaient les yeux vers lui aujourd’hui. Il enrageait que personne d’autre ne le voie. Ce que beaucoup prenaient pour une arrogance démesurée – ce qui n’était pas faux – s’avérait une simple supériorité naturelle extrêmement travaillée au quotidien pour atteindre l’excellence. Quelque chose que la plupart ne connaissaient pas – et ne connaitraient jamais.

Sévan de Gilraën avait un nom qui parlait pour lui, malgré le déclin qui assombrissait sa famille depuis la mort de l’ancien Seigneur Trystan de Gilraën. Il possédait également l’éducation qui sied aux Engloutis de bonne famille. Parmi tous ces natifs mâchonnant leur cuillère en argent, lui savait parler en public et mieux encore écouter le peuple. Sans nul doute, il serait un adversaire digne d’Athelstan… Ou du moins, en partie.

Du haut de l’estrade, pour sa première véritable apparition publique – sans compter ses innombrables incursions jugées indésirables dans la vie du Kaerl et surtout par les guérisseurs -, il pouvait aisément comprendre le sentiment de tout orateur inexpérimenté, ou faible d’esprit, qui croirait immédiatement être au sommet du monde. Foutaises ! Ce n’était qu’une page d’introduction aux grandes chroniques du temps, celles qui accueilleraient son nom, qui le maudiraient tout autant qu’elles le glorifieraient. Ainsi naissaient les grands noms.

Dans la foule qui le dévisageait, il promena un regard d’une précision chirurgicale sur tous ceux qu’il pouvait identifier de manière précise. C’est-à-dire : énormément de monde. Dans sa jeunesse, sa mémoire absolue avait manqué le faire sombrer, dans tous les sens du terme. Des crises d’angoisse et d’agoraphobie, il ne restait rien aujourd’hui. A croire qu’il s’en était simplement débarrassé dès lors qu’il en avait compris la cause. Il avait évité le pire. Les crises étaient toujours là, Lhassa pouvait en témoigner car elles se répercutaient plus durement sur son esprit mais la folie ne le guettait plus. D’après ses parents, la folie frappait plutôt sa petite sœur. Mais lui le savait bien : Harmony était peut-être la personne la plus saine d’esprit qu’il ait rencontré. Par ailleurs, il apercevait son petit minois tourné avec espoir vers lui. Comme il avait aperçu ce rat d’Ikeda, ce persifleur, fendre la foule avant d’être stoppé de manière fort peu élégante par le Sergent Ekatz. Des noms, des visages, des dragons, des titres à n’en plus finir. Sa mémoire ne saturait jamais. Elle ne se reposait jamais.

Lhassa fit brusquement irruption dans son esprit, soulignant avec amour à quel point il était beau, irradiant de bleu et or sous la clarté du dôme marin. Et Athelstan sourit.

Le discours fut bref. Presque autant que celui de Maître de Gilraën. Il était inutile de s’appesantir sur les détails. Il n’ignorait pas que sa voix traînante, légèrement nasillarde, était loin d’égaler la musicalité réglementaire d’un beau parleur classique. Il alla droit au but. Il se présenta comme un héritier de vieille famille traditionnaliste, où l’on respecte et défend les valeurs du Kaerl depuis des générations. Il ne fit aucune mention de son lien de parenté avec les Faron, illustre patronyme de grands propriétaires et anciens sénateurs. Il brossa un portrait flatteur, rassurant mais sans âme, de sa personne… Avant de tout briser en montrant son allégeance au Parti Ouvert. Il parla de nouvelles lois commerciales, de nouveaux traités avec les Célestes et les Ardents pour le bénéfice du Kaerl, tout en assurant les forces militaires, garantes de la sécurité de toute la citadelle sous-marine, de son total soutien. Il ne fit pas de promesses. Préférant les faits aux vœux pieux, il argumenta en faveur d’un nouveau développement culturel et scientifique, à un élargissement des recherches dans tous les domaines, pour permettre à la fois une domination en douceur permettant l’essor de l’économie et la localisation plus rapide des Porteurs du Don. Enfin, il rappela qu’il fallait un Sénat plus fort, plus uni face aux difficultés, tout en conservant une essentielle pluralité des discours. Il glissa à demi-mot que le Sénat actuel n’était qu’un groupe de pantomimes à la solde du Seigneur Seram.

Athelstan Thrawnen avait toujours été connu pour son extrême franchise, dérangeante habitude de toujours dire ce qu’il pensait au mépris des croyances et des sensibilités d’autrui. La vérité n’a pas de masque : c’était la devise du Maître Bleu.

L’ondin laissa planer de courtes secondes de silence avant de remercier son auditoire du bout des lèvres. Il descendit les marches de l’estrade, retrouvant le commun des mortels avec le sentiment qu’on lui arrachait une parcelle de sa grandeur. Il sentait sa Liée toute proche. Elle aurait fort à faire pour apaiser sa frustration et sa migraine. Car Athelstan n’était pas satisfait : il ne l’était jamais. En son âme où l’excellence était une raison de vivre, le Màr Luimë, tout comme le reste du monde, lui paraissait toujours trop lent. Tant de choses à faire, à changer et si peu de temps accordé. Si l’avenir du Màr lui était offert, lui saurait changer les choses. En bien ou en mal, seuls les chroniqueurs le diraient.


Pardon pour le temps de réponse et le pavé .__.



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Iniaki Morrigane
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MessagePosté le: Jeu 4 Jan 2018 - 18:22 Répondre en citantRevenir en haut


Sévan & Neroc




° Bonne chance, Neroc. °

Le Brun s’était figé de surprise au son de cette voix familière mais pourtant terriblement lointaine.

° Vorondil…°

Sévan frémit au nom prononcé par son Lié. Car cela ne pouvait signifier qu'une chose... "Séléné..." répéta-t-il en écho, dans un cri s’étouffant en un murmure. La course au siège du Sénat et les petites bisbilles politiques s’évanouirent immédiatement de son esprit et sa poitrine lui semblait compressée dans une chape de plomb alors qu’il scrutait les alentours en quête de la silhouette évanescente du Chevalier Brun. Il savait bien, pourtant, que même si le Neishaan se tenait juste face à lui, il n’irait pas à sa rencontre. Alors, comme toujours, il se contenta de le regarder s’éloigner au loin. Dans une vaine tentative d’apaiser l’orage grondant dans son cœur, il se mordit férocement la lèvre inférieure jusqu’à sentir le goût familier du cuivre. Depuis qu’il avait découvert que la douleur physique lui permettait d’oublier un instant celle de son âme, il s’adonnait bien trop souvent à ce vice.

L’Ondin repris ainsi la maîtrise de ses émotions et se peignit un air faussement affable alors qu’il reprenait sa route. Comme toujours, il feindrait d’aller bien, car lui n’avait pas le droit de se plaindre au regard de ce que Séléné devait endurer.
La culpabilité qu’il ressentait à son égard était aussi forte qu’au premier jour, lorsqu’il avait revu sa silhouette malingre et son regard meurtri pas l’insoutenable, portant sur lui des stigmates dont il ne pouvait le soulager. S’il ne l’avait pas laissé seul ce jour-là… Cette décision le hanterait jusqu’à la fin de ses jours. Il ne serait sans doute jamais en paix à son égard, mais peut-être la douleur serait-elle apaisée s’il parvenait à lui rendre justice en lui octroyant un statut allant de pair avec les sacrifices endurés. Ce n’était qu’une dérisoire compensation, bien trop matérielle pour cette blessure qui ne l’était guère, mais il voulait faire quelque chose pour cet homme qu’il aimerait toujours malgré la distance se creusant inéluctablement entre eux. L’Ondin était déterminé à interrompre le petit jeu de cécité du Conseil, qui préféraient faire table rase du passé plutôt que de l’affronter, ceci au détriment des laissés pour compte. En attendant qu’il puisse atteindre cet objectif, il continuerait à veiller sur lui de loin, priant en silence pour que le temps vienne rendre ses cicatrices moins douloureuses.


Un événement incongru vint heureusement attirer l’attention du Maître Brun. Non loin de lui, un homme se tortillait visiblement de douleur aux pieds de celui qu’il reconnut immédiatement comme Shay Ekatz. Il avait eu écho de son existence lors d’une de ses rares visites au Màr il y a quelques années de cela, car un de ses camarades ne portant visiblement pas le Sergent dans son cœur trouvait le fait de la voir lié à une Verte profondément hilarant. Lui-même ne savait pas trop quoi penser de ce petit Chevalier étrangement intimidant, mais il semblait vouer une loyauté sans failles au kaerl et c’était bien là le principal. Il arriva rapidement à la hauteur des faits.

« Que se passe-t-il ? »


Cette interrogation était destinée tant au Sergent qu'à l'homme à terre. Derrière eux, le lié d'une Bleue continuait son discours qu'il faisait de son mieux pour ne pas suivre, peu désireux de s'imposer une pression supplémentaire.

Des hommes liés à des femelles... il n'en avait que rarement vu jusqu'ici et voilà qu'il avait subitement l'impression d'en être entouré de toutes parts. Non pas que cela dérangeait, mais il trouvait le phénomène curieux.

*C'est vrai qu'il a un visage un peu féminin...* songea t-il en détaillant la finesse des traits du Chevalier Ekatz avec une curiosité purement scientifique.




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Amaélis Yodera
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MessagePosté le: Sam 6 Jan 2018 - 14:26 Répondre en citantRevenir en haut


Chevalier Brun Usui Ikeda & Chevalier Vert Shay Ekatz


Affligé par le spectacle désolant qu’offrait son ancien camarade Aspirant, conscient des œillades interloquées que les cris de douleur commençaient à leur attirer, Shay plissa les lèvres en une expression mêlée de mépris et de colère avant de tirer Usui par le col afin de le redresser. Son regard pâle, alors, croisa celui du Chevalier Brun, si moqueur et perfide, le forçant à crisper inconsciemment ses doigts autour du tissu chamarré de la cape. Il en avait été ainsi depuis leur première rencontre, des années plus tôt. Il l’avait détesté immédiatement. Cet Ondin puant, trop maigre, claudiquant, apparu de nulle part, enveloppé de parures et de frasques bouffonnes, qui avait réussi par un tour de passe-passe connu des Dieux à s’attacher la protection de son Maître … et qui, dès lors, ne lui avait plus accordé un jour de répit. Toujours à le dénigrer, à l’humilier, à truffer sa route d’obstacles parfois simplement irritants, parfois résolument dangereux. Il l’avait détesté, et, pour autant qu’il lui soit permis de le présumer, le sentiment semblait avoir été pleinement partagé.

Usui n’avait guère changé. Seuls ses yeux cernés d’ombres lui donnaient l’air plus vieux. Un sourire goguenard fendait la chair pâle de son visage tandis qu’il battait lentement des cils, se faisant l’incarnation de l’innocence. Shay siffla entre ses dents, puis libéra l’Ondin avant qu’il ait l’occasion d’ouvrir la bouche. Il n’aurait pas supporté de sentir son haleine. Consciencieusement, avec des gestes lents et amples, le Sergent essuya ses gants blancs, sans quitter un instant le Chevalier Brun du regard. Bras croisés, Usui se tenait juste assez droit pour rappeler à son vis-à-vis la différence de taille qui existait entre eux. ° Et entre toi et tout le reste du monde, en vérité. ° soufflait l’esprit de l’Ondin, mais il ne tenta pas d’ironiser. Il n’en avait pas besoin. La lueur de fureur qui s’éveillait doucement dans les iris nacrés de Shay, à mesure que ce dernier prenait conscience du manège de l’autre, était déjà largement satisfaisante. Le Chevalier Brun était une personnalité espiègle, et il ne se passait pas un jour sans qu’il trouve matière à railler, mais, à ses yeux, Shay était une véritable cible – une source d’ennuis qu’il faudrait bien éliminer, d’une manière ou d’une autre.

Usui aurait dû lui briser les jambes lorsqu’il n’était encore une recrue. Sa présence ici, aujourd’hui, avait des allures de mauvais présage, et plus l’Ondin observait son profil de rapace, plus il en concevait un sentiment ambigu, fait de peur superstitieuse et de frénésie agressive. Le petit soldat était devenu Sergent, maintenant. L’idée plongeait le Chevalier Brun dans un embarras sans nom : qui, par Kaziel, était assez fou pour offrir du pouvoir à des hommes de cette trempe ? Shay était une bête sauvage, un être immoral, d’autant plus dangereux qu’il n’agissait jamais par plaisir ; la Loi rien de plus qu’un écran de fumée, une excuse idéale, un prétexte toujours pardonnable. Comment vouliez-vous accorder aux gens de bien la moindre crédibilité, après cela ? Et comment dire jusqu’où l’Humain serait capable d’aller, si on lui demandait de mettre fin aux plans du Marchand de Sable ? Malgré ses activités répréhensibles, Usui était partisan de l’équilibre et d’une certaine forme de justice. Cette dernière se justifiait par une simple phrase : « On récolte ce que l’on sème ». Shay, lui, traitait les innocents comme il traitait les coupables – et tant pis pour ceux qui se trouvaient là, au mauvais endroit et au mauvais moment.

Majak lui prodigua une vague d’apaisement bienvenue. Le Brun, toujours attentif, avait senti que l’esprit de son Lié commençait à s’ébattre de trop. Entre temps, Sévan de Gilraën s’était avancé à leur hauteur, et le Sergent avait finalement détourné son attention d’Usui pour saluer le candidat, une main sur le cœur, faisant claquer ses bottes.

« Maître de Gilraën. Pardonnez le dérangement, l’homme que vous voyez là a essayé de venir vous parler, alors… »
« Enchanté ! » interrompit l’Ondin d’un ton enjoué, et, en quelques pas, il dépassa Shay afin de faire face à la personne qui l’intéressait vraiment. « Je suis le Chevalier Usui Ikeda, Lié au Brun Majak, digne citoyen et homme du peuple. C’est en tant que tel que je viens vers vous, afin de… »
« Fermez-la. »
Et, joignant le geste à la parole, le Sergent s’était de nouveau interposé. Les sourcils froncés, son visage affichait une expression qui trahissait son agacement, même s’il s’efforçait de garder une certaine contenance. « Je vais m’en occuper. Les candidats ne sont pas autorisés à approcher les électeurs. »

Derrière lui, Usui continuait de parler, un flot continu de non-sens s’écoulant d’entre ses lèvres malicieuses. Sans attendre de réponse de la part de Sévan, Shay fit volte-face et se saisit des poignets de l’Ondin, les maintenant fermement derrière son dos. Il toisa le Chevalier Brun avec toute la désapprobation dont il était capable, puis le força à se mettre en marche. Le cou tourné dans une position inconfortable tandis que le Sergent l’entraînait à l’écart, Usui s’écria à l’attention du Maître Brun qu’ils avaient encore beaucoup de choses à se raconter, et ne se tut pas même lorsque que la distance, nécessairement, eut rendu sa voix inaudible pour l’autre Ondin.

Ils longèrent l’estrade où Athelstan Thrawnen donnait son discours, et, comme Usui était ce qu’on faisait de mieux en matière d’inconvenance, il s’insurgea qu’on ne le laisse pas écouter le deuxième candidat. Ce n’était pas important, en réalité, car il connaissait assez le Maître Bleu pour se douter de la nature de ses idées, mais tout était bon pour se donner en spectacle. L’étau cruel autour de ses poignets se resserra, et, d’un mouvement sec, Shay abattit la capuche de l’Ondin afin de le soustraire aux regards sévères et inquisiteurs du reste de la population. « Quelques heures en cellule te feront le plus grand bien. » ronronna presque le Sergent, jetant son ancien camarade dans les bras d’un de ses subordonnés. « Fihr, emmène-moi ça au Castel. J’veux plus l’entendre. S’il te casse les oreilles, casse-lui le nez. » L’Humain fixa une dernière fois Usui et, sans aucune trace de malveillance sur ses traits fins, il ajouta : « Qu’il y reste bien deux jours. »



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