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 [RP] Dans la Demeure de l'Aube Sujet suivant
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Oracle Tol Orëanéen
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MessagePosté le: Dim 17 Sep 2017 - 18:27 Répondre en citantRevenir en haut


Sable Lewë et la Bleue Asra


Zakerielku 918


Après avoir passé sur ses épaules une fine cape couleur myosotis, ourlée de bleu plus sombre, et s’être assurée que Tristan était sur ses talons, Sable mena le nouvel Aspirant le long des corridors des Spires, que l’heure maintenant plus avancée avait emplis d’une foule pressée. En silence, marchant d’un pas tranquille, elle laissa au Neishaan tout le temps de profiter de l’ambiance vive du matin, ainsi que de l’architecture particulière. Sous ses pieds, les dalles de marbre crème n’avaient pas changé depuis des décennies qu’elle les foulait doucement, pourtant, la Sang-Mêlé ne pouvait pas empêcher les battements de son cœur d’accélérer la cadence. Elle ne savait pas toujours si cela était dû à sa timidité naturelle, ou au caractère éphémère de l’effervescence. Les souvenirs se mélangeaient, souvent, et, dès que l’écho de ces rires heureux et insouciants résonnait en elle, il éveillait une mémoire meurtrie, où son propre bonheur, lui aussi, avait dévalé les marches d’ivoire pour aller se perdre dans chaque rue, dans chaque mur veiné d’or. Du bout des doigts, Sable effleurait les incrustations scintillantes, la vue troublée. En pleine nuit, bien des fois auparavant, durant les terribles années qui avaient succédé à la guerre, la Chevalière d’alors avait pratiqué sa magie au milieu des couloirs déserts, pour observer à nouveau le visage des disparus, pour entendre leur voix si chère à son cœur. Il avait fallu que cela cesse, évidemment, avant qu’elle ne devienne à son tour rien de plus qu’une ombre perdue dans les méandres du temps.

Une fois arrivés aux étages inférieurs, la Maîtresse Bleue informa distraitement Tristan que les appartements des Aspirants se trouvaient ici. À ce moment de la journée, tous se pressaient pour rejoindre leur Triade ou les Archives, qui un tas de parchemins en équilibre précaire dans les mains, qui achevant d’enfiler son manteau ou de lacer ses bottes, qui, encore, répétant dans un murmure indéchiffrable le contenu de telle ou telle leçon. L’Intendance ne tarderait plus à trouver une chambre pour le Neishaan, mais, en attendant, ils avaient tout à fait le temps de continuer leur promenade. Il y avait quelques lieux que l’Aspirant se devait de connaître et de pouvoir situer, avant de véritablement débuter son apprentissage. Sable n’était pas spécialement occupée, mais elle privilégiait le travail personnel, se contenterait sûrement d’aiguillonner le jeune homme s’il le fallait, le laissant choisir, en-dehors de quelques notions essentielles, vers quoi tourner son intérêt et ce qui lui paraissait le plus important. La Maîtresse Lewë ne formait que des esprits libres. La Sang-Mêlé fit signe à son élève de ne pas trop s’attarder, et, quelques mètres plus loin, ils débouchaient à l’air libre.

La température était résolument fraîche, annonciatrice des frimas à venir, et les vents, à cette altitude, apportaient l’odeur si particulière de la neige. D’une main, Sable ajusta le fermoir argenté de sa cape. Elle ne craignait pas le froid, mais son Sang-Mêlé l’avait dotée d’une gorge et de poumons fragiles. Elle offrit un fin sourire à Tristan, par-dessus son épaule, et ils se trouvèrent tous deux momentanément plongés dans l’ombre passagère d’une Dragonne Bleue, une bourrasque venant faire claquer les pans de leurs habits. La Maîtresse leva le visage juste à temps pour voir un éclair plus sombre que l’azur du ciel disparaître derrière les toits. Asra. La Liée de Sable avait des comportements qu’il était inutile de chercher à expliquer. Le chemin vers la Grand’Place se poursuivit dans un calme feutré, uniquement perturbé par les bruits lointains des échoppes en plein air, le gazouillis de quelques oiseaux dissimulés dans les haies, et le froissement du tissu. Sable avait toujours aimé les semaines précédant l’hiver – ces quelques précieuses secondes avant l’endormissement, quand la respiration se fait plus ample et que l’esprit glisse doucement vers l’inconscience.

Plus rien ne subsistait, sur la Grand’Place, qui aurait pu témoigner de l’attaque sinistre de l’Ombremage, quelques lunes plus tôt. Tout le Kaerl avait œuvré à la reconstruction, et seules les blessures du cœur et de l’âme peinaient à être pansées. Sable ne parvenait pas vraiment à s’en émouvoir – les siennes ne guériraient sans doute jamais, et il s’était passé une décennie depuis la Grande Guerre. Le marché s’installait entre les arbres aux branches dénudées, et les étals se succédaient, allant des légumes de saison aux poissons d’eau douce, des fourrures en vrac aux sacs de farine. Des groupes d’enfants couraient autour des adultes en poussant des cris, imitant les braves Chevaliers du Màr, mais n’ayant pour toute monture que des bouts de bois – ou des balais, dont les véritables propriétaires agitaient vainement les bras dans l’espoir de pouvoir retourner nettoyer devant leur boutique. Les Dragons, eux, étaient occupés à bâiller largement, les écailles chauffées par les rayons encore timides de Solyae. À grand renforts de sourires contrits, la Sang-Mêlé éloignait les vendeurs ambulants. Elle fit preuve de moins de détermination quand quelques bambins, ayant finalement remarqué sa présence, vinrent s’accrocher à ses jupes, leur enthousiasme clairement visible – et audible. Un rire léger secoua sa poitrine et elle se baissa pour ébouriffer leurs cheveux et embrasser leurs joues, en soulevant certains pour les serrer contre elle. Tous lui racontaient leurs dernières aventures, en un chœur qui évolua rapidement en véritable cacophonie ; certains cherchaient Asra ; d’autres réclamaient une histoire, comme elle savait si bien les raconter ; d’autres s’amassaient autour de Tristan, l’observant avec curiosité. Sable leur promit qu’elle leur ferait la lecture, plus tard, et ils s’égaillèrent dans la foule.

Une certaine amertume dans son regard autrement éclairci par une joie sincère, la Maîtresse Bleue se tourna vers son Aspirant, resté en retrait. Elle n’officiait plus dans les Maisons de l’Aube, mais avait conservé son goût pour la compagnie des jeunes enfants.

« Vous ne manquerez de rien. » déclara-t-elle en désignant les alentours. « Je vous donnerai de quoi vous payer le nécessaire, mais n’hésitez pas à vous renseigner. Certains emploient des Aspirants, en échange d’un petit salaire. »

Se frayant un chemin à travers le marché, Sable et Tristan se retrouvèrent finalement face au bâtiment qui abritait, entre autres, la Haute Salle. Elle prit un instant pour en contempler l’entrée, les yeux plissés face à l’éclat de l’aube contre le marbre, et s’engouffra sans plus attendre à l’intérieur. Ici, le silence était à nouveau de mise – ou plutôt, le bruit de nombreuses bottes hâtives qui se répercutait à l’infini dans le Grand Hall. La lumière, filtrée par les vitraux de la coupole, traversait la pièce en rayons multicolores.

« Voici l’épicentre de notre Màr. Vous y trouverez l’accès aux Archives, dont je vous ai parlées... » La Sang-Mêlé désigna le couloir le plus emprunté, sur la droite. « … Sur votre gauche, vous pouvez vous rendre à l’Amphithéâtre, où notre Ordre organise parfois des débats. Les escaliers juste en face mènent à la Haute Salle. »

Longeant les colonnes, dont le scintillement discret se dissipait rapidement après son passage, la Sang-Mêlé se dirigea vers les degrés de pierre. Le souffle retenu par un sentiment incertain de solennité, elle gravit les marches, tâchant de ne pas se prendre les pieds dans les voiles de sa robe. L’escalier, après s’être séparé en deux, se rejoignait pour déboucher sur un large couloir, bordé de baies vitrées qui offraient une vue agréable sur le Kaerl – et une chaleur qui l’était tout autant après leur ballade en extérieur. Aussi doucement que possible, Sable poussa les portes de la Haute Salle et, avec un sourire, s’effaça pour laisser pénétrer Tristan en premier, le bras délicatement levé en signe d’invitation.

« Après vous… » souffla-t-elle du bout des lèvres.

À l’intérieur, les tables avaient été délaissées par les retardataires, ou simplement les lève-tard, et il flottait encore dans l’air de vagues effluves de petit-déjeuner. La porte se referma avec un bruit sourd. En contrejour, silhouette découpée dans la toile improbable que créait l’aurore à travers les vitres, et si la lumière ne jouait pas des tours à Sable, se tenait Heryn Amlug, plongée, de toute évidence, dans quelque rêverie éveillée ou réflexion plus amère. Prise de court car elle ne s’attendait pas à trouver là la Dame du Màr, la Maîtresse Bleue se raidit instinctivement. Elle ne faisait cas ni des conventions ni de l’étiquette, mais ternir sa réputation, même si elle ne s’en préoccupait pas, ne faisait pas partie de ses priorités. Elle posa une main délicate sur l’épaule de son Aspirant, puis, jugeant préférable de ne pas plus troubler la Dame Dorée, elle laissa échapper à mi-voix :

« La Haute Salle. »



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

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MessagePosté le: Dim 17 Sep 2017 - 18:27 Revenir en haut

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