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Amaélis Yodera
Chevalière Errante
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MessagePosté le: Mer 30 Aoû 2017 - 08:43 Répondre en citantRevenir en haut


Chevalier Usui Ikeda & le Brun Majak


Mystraku 918

Usui était un homme qui s’amusait de tout, et de tous. Il était communément admis qu’aucune situation n’échappait à sa capacité de tourner en dérision jusqu’à la plus honteuse, la plus cuisante défaite – de l’esprit ou de l’entreprise. C’était ainsi qu’il avait choisi de naviguer les eaux troubles de son existence, avec un détachement certain qui faisait de lui une embarcation suffisamment légère pour ne jamais chavirer. Tout pouvait se prêter à la plaisanterie, pour peu qu’on fasse l’effort de taire son ego ; et pourquoi donc se priver de cette fabuleuse aptitude de l’Homme ? Il y avait une chose, cependant, que même Usui considérait d’un œil dépourvu d’humour : qu’on veuille lui ôter cette disposition. Oh, Javerth Seram était un individu dont il était aisé de se gausser, et, sûrement, l’Ondin avait en tête une liste infinie des raisons pour lesquelles le Sénéchal devait agrémenter d’une touche grotesque les farces que l’on jouait dans les rues de Lòmëanor. De leur Seigneur maniaque et de ses pitreries, il était bien le premier à rire... En vérité, il y avait une seconde chose qui pouvait plonger Usui dans une colère noire.

Il ne supportait pas qu’on se mêle de ses affaires.

Le Marchand de Sable avait construit son empire seul, et il voyait un inconvénient majeur à ce qu’on tente de le détruire sans sa participation – ni son approbation. Jour après jour, l’autarcie du Kaerl faisait se délier les fils qui unissaient Usui aux autres continents de Rhaëg. Et comment maintenir son commerce dans une situation pareille ? Ses fournisseurs s’inquiétaient de ne plus être payés autant qu’avant, et certains avaient d’ores et déjà choisi de se tourner vers des vendeurs plus efficaces. Quant à ses clients… Même si leur nombre avait augmenté en raison de l’atmosphère oppressante et des tensions nouvelles qui semblaient croître à chaque nouvelle aube, la répression de Javerth et des Crocs d’Argent se montrait plus redoutable que jamais, et le labyrinthe végétal de l’Allée des Idoles n’accueillait plus une fois la nuit tombée que les téméraires. Ou les désespérés. Ce qui, pour être tout à fait honnête, ne constituait pas la clientèle la plus aisée, ni la plus fiable – il pensait notamment à la Maîtresse Yodera, Rase-les-Murs comme on l’appelait ici, disparue depuis presque deux lunes en compagnie de son Airain aux pulsions meurtrières et d’une bonne quantité d’opium obtenue à crédit.

Renversant d’un geste ample et nonchalant tout le nécessaire à peinture disposé sur sa table, dans un fracas qui lui attira évidemment des regards réprobateurs, il se leva sans faire cas du désordre qu’il laissait derrière lui et se dirigea vers les marches menant à la sortie de la Flèche. Non, décidément, il n’était pas d’humeur artistique. D’un pas claudiquant, il déambula dans le Kaerl, tout entier affairé par les tâches matinales. Rares étaient les occasions où Usui était debout suffisamment tôt pour en être témoin – la majeure partie de son travail avait lieu sous le regard des Lunes, et il ne se réveillait d’ordinaire jamais avant midi. Quelques intenses réflexions, ces derniers jours, occupaient le peu de temps qu’il attribuait au sommeil. Celles-ci se basaient sur un constat des plus simples : les choses devaient changer. L’Ondin ne s’était jamais cru à l’abri, et n’était pas assez naïf pour croire qu’une bourse emplie d’or aurait suffi à toujours le tirer d’affaire – ni même ses accointances avec divers éminents personnages politiques du Màr. Même au sommet de sa gloire, il avait su qu’un tel jour viendrait, où il lui faudrait alors à nouveau intriguer et comploter dans le dos de ceux qui assuraient encore maintenant sa sécurité.

Il n’en concevait nulle rancœur ; ainsi allait le monde. Et si cela pouvait lui permettre de retrouver bientôt la sérénité et la plénitude d’une vie dédiée uniquement à l’assouvissement de ses désirs, alors c'était de bonne grâce qu'il se prêterait aux jeux de l’ombre.
Dans un coin de son esprit, il sentit Majak s’agiter. Le Brun était tout aussi anxieux que lui – à juste titre, mais Usui se montrait plus fataliste. Il serait prudent, il l'avait toujours été. Cependant, si les choses devaient mal tourner…

° Ne laisse pas de place à l’échec. Le contraire serait la meilleure façon de l’attirer à toi. ° raisonna son Lié d’un ton étonnamment docte, et l’Ondin eut un sourire en croissant de lune. Le Dragon le surprenait, parfois, lui qui se démarquait par une naïveté sans précédent. Commençait-il à grandir ? Usui n’était pas sûr de pouvoir le supporter, ni même de le vouloir. De quoi aurait-il l’air, si son Âme Sœur se mettait à débattre philosophie ou matières métaphysiques ?

° D’un idiot. Mais ça, ça ne changera pas. °

Le Marchand de Sable lui répondit en des termes peu courtois, quoique chargés de tendresse, et le rire du Brun résonna longtemps sous son crâne, l’accompagnant jusqu’à la colline du Castel Dolen vers laquelle il marchait tranquillement, les mains enfouies dans les poches de sa cape multicolore et rapiécée. L'étrange brise sous-marine venait faire danser les mèches folles autour de son visage pâle, dont les traits plus émaciés et plus ombrageux trahissaient un manque certain de repos. Il allait pieds nus, sans doute parce que les choses du commun ne lui sautaient pas toujours aux yeux et qu'il avait dû oublier ses sandales, ce matin. Ses chevilles et ses poignets étaient enrubannés de bandages – fantaisie vestimentaire héritée d'un de ses nombreux voyages, qui induisait souvent les gens à penser qu'il se blessait avec tout et n’importe quoi. Fredonnant une mélodie, absorbé dans ses pensées, il laissa son sourire éclore franchement.

Aujourd'hui donc, l'inénarrable prince du Marché Noir, connu des plateaux d'Orën jusqu'au désert du Ssyl'Shar, le trouble et retors Usui Ikeda, Chevalier du Màr Luimë quand l'envie lui prenait, entamait le premier acte de sa fantastique comédie. Et comme tout metteur en scène, il débuterait par les auditions.

Eilith Tellis, douce demoiselle au minois enfantin, sœur cadette et par conséquent largement ignorée de Kassandra Tellis, faisait partie des candidats. En toute sincérité, l'Ondin n'avait pas plus entendu parler d'elle que le reste du Kaerl réuni, semblait-il, mais le bruit courait qu'on lui avait enfin trouvé un Maître. Usui était toujours parfaitement informé – d'une part parce qu'il s'agissait de son gagne-pain, et d'autre part parce qu'il brûlait d'une curiosité sans limite. Alors, quand la toute fraiche Aspirante avait décidé de recourir aux services d'Aléiya Elvrydden, en dépit des enseignements de sa propre Triade, il avait flairé comme une odeur de manigance. Qu'elles se donnent rendez-vous dans l'Allée des Idoles, son domaine attitré et dont aucun murmure dans les feuilles n'échappait à son oreille, n'avait fait qu'attiser son intérêt et confirmer ses doutes. Oh, bien sûr, il avait hésité à en informer Kassandra...

° ... Mais pas avant d'avoir suffisamment de preuves pouvant compromettre la petite, c'est cela ? °
° Entre autres. Je veux aussi savoir, avant tout, jusqu'où elle est capable d'aller... Ah, n'est-ce pas incroyablement arrangeant, Majak ? °
° Pauvre âme. °


Face à la compassion de son Lié, Usui émit un grognement. Lui ne pouvait pas s'en émouvoir ; elle avait fait son choix, et si la politique était son ambition, alors elle apprendrait bien assez tôt qu'on n'influençait pas toujours les évènements de la manière dont on l'aurait souhaité. Il y avait fort à parier que, plus qu'une inclination personnelle, Eilith voulait prouver au monde qu'elle existait. L'Ondin lui donnerait cette chance, bien volontiers... Tout en sachant pertinemment quels étaient ses intérêts dans l'histoire, et les bénéfices à exploiter d'un tel caractère. Pour cette raison, il avait approché la demoiselle au détour d'un couloir pour jouer de sa réputation obscure et faire miroiter devant ses yeux indigo l'existence d'un secret bien gardé. Qui d'autre que lui aurait pu le lui dévoiler ? Il avait des relations, connaissait les mystères du Màr, et possédait les clés de portes trop nombreuses pour être comptées.

En avance sur les lieux de leur rencontre, il en profita pour contempler les fleurs, méditant un instant sur leur présence sous les mers. Sur le côté de l'édifice, dissimulée par les fourrés, se trouvait une grille assurant l'aération des geôles. Généralement surveillée, tout comme les cachots, quelques fioles d'un breuvage improbable venu des côtes de Qahra avaient persuadé les hommes en faction ce matin-là de se réunir dans leur salle commune. À moins qu'Usui ne leur ait malencontreusement fourni un narcotique en vogue au Ssyl'Shar ? Il n'était plus vraiment sûr. Fronçant le nez, comme pris d'un doute, il nota soigneusement d'adresser ses plus plates excuses à la garde. Kunaï n'en serait définitivement pas ravi, mais il avait depuis longtemps arrêté de se questionner sur les faits et gestes de son ancien Aspirant, conscient que celui-ci agissait autant pour le compte de Sénateurs, que pour celui de membres du Corps, que pour le sien. Bien malin, alors, qui aurait pu différencier le vrai du faux dans les histoires déjantées de l'Ondin.

Cette charmante mise en scène, toutefois, avait pour but de mettre à l'épreuve l'esprit aventurier d'Eilith. Comment réagirait-elle ? Que lui reprocherait-elle ? Il sentait l'impatience le gagner tandis qu'il faisait les cent pas en contrebas du Castel, entre les arbres. Majak veillait sur lui par la pensée, partagé entre la curiosité et la crainte de ce que son Lié réservait à l’Aspirante.



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MessagePosté le: Mer 30 Aoû 2017 - 08:43 Revenir en haut

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Eilith Tellis
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MessagePosté le: Mer 30 Aoû 2017 - 11:39 Répondre en citantRevenir en haut

L’hiver était là, bien encore installé au dehors. Mais dans la bulle située sous l’océan, il n’en était rien. Rien de plus que les lumières habituelles du Màr Luimë, étreignant l’obscurité avec douceur. Le jour, c’était l’argent qui chassait l’ombre indésirable. Alors les murmures de la nuit cessaient, et les voix se ravivaient. Assise sur son lit, les doigts de ses mains entrelacés, Eilith réfléchissait. Elle qui pensait l’Allée des Idoles comme un lieu calme et discret s’était mise le doigt dans l’œil jusqu’aux omoplates. Depuis le lever du soleil, elle était prise de vertige. La rencontre avec cet homme l’avait déstabilisé. Usui… un nom qui la faisait frissonner. Comment la connaissait-elle ? Elle se laissa choir sur son lit, les bras écartés.

° Pauvre idiote que je suis. J’ai dû commettre une quelconque imprudence. °

Elle jouait un jeu dangereux, elle le savait. Et pourtant, elle avait tâché d’être aussi discrète que possible dans sa rencontre avec la maîtresse argentée. Les feuilles avaient-elles des oreilles ? Elle soupçonna l’homme d’en savoir plus qu’il n’en paraissait et rien que cette idée avait des relents de cauchemars. Pouvait-il alors, d’un claquement de doigt, mettre fin à son ambition ? Elle, qui souhaitait plus que tout se démarquer de sa sœur, se retrouvait comme une marionnette entre les doigts de cet Usui. Elle se frappa le front de la paume de la main, se maudissant pour son incapacité à faire les choses proprement du premier coup.

- Ah mais vraiment, quelle gourde ! maugréa-t-elle.

Intriguée, elle l’était. Mais sa méfiance surpassait sa curiosité. L’ondin, pour une raison qu’elle ne s’expliquait pas, avait su la mettre mal à l’aise. Son sourire qu’il avait arboré à leur rencontre l’avait fait reculer d’un pas. Peut-être même de deux. Il était étrange. Sa démarche claudicante, le dos légèrement courbé, son visage pâle, ses cheveux en désordre, tout lui criait de fuir cet homme. Et pourtant, il avait su piquer sa curiosité au vif. Elle hésitait longuement, peut-être trop. Que ferait Kassandra dans sa situation ? Elle rejeta l’idée en se retournant sur son lit. Elle soupira fortement, avec la désagréable impression d’être pris dans la toile d’une araignée. Quoique l’image du marteau et de l’enclume était tout aussi valable. Un seul raté et il en était fini d’elle, peut-être même pourrait-on mettre fin à son aspiranat. Et la prison ? Les geôles n’étaient pas des plus agréables a priori.

Eilith se remit sur le dos, bascula ses jambes en avant et se redressa. Il lui fallait y aller. Quitte à être prise dans une toile d’araignée, autant voir la bête rapidement pour en finir. Elle enfila ses chausses, peigna rapidement ses cheveux d’ébènes, prit son manteau et laissa derrière elle son appartement. Elle descendit les marches d’un pas lent, l’air grave. Elle ajusta la capuche de son manteau sur sa tête. Nul ne devait savoir qui elle voyait et pourquoi. La demi-Sang s’était révélée suffisamment imprudente jusqu’alors. Elle traversa la salle commune, sous les regards suspicieux de certaines personnes. Enfin, c’est ce que s’imaginait la Fille de Lune. Tout prenait soudainement une proportion démesurée. C’était comme si chaque regard devenait inquisiteur, comme si chaque personne qu’elle croisait s’interrogeait sur ce qu’elle allait faire. Eilith avait la désagréable impression d’être devenue le centre de toutes les attentions, quand bien même rien n’avait changé. Son imagination était bien trop débordante à son goût. Pourtant, elle n’arrivait pas à faire autrement.

Plus elle avançait, plus son cœur battait la chamade. Le pincement de ses lèvres trahissait son inquiétude. Elle s’arrêta un moment sur la place de l’Agora, cherchant à reprendre son souffle.

- Êtes-vous perdue ? s’enquit une voix masculine.

La demi-sang sursauta et se retourna aussi sec, une expression terrifiée sur le visage. Par Flarmya, il ne s’agissait pas de l’ondin, juste un humain inquiet. Elle reprit ses esprits, et adressa un sourire à son interlocuteur.

- Je vous remercie de votre sollicitude mais je reprenais juste mon souffle. Vous m’avez fichu une sacré trouille, je dois le dire, je ne m’y attendais pas.

Et puis, comme elle ne souhaitait pas que la conversation ne perdure, elle ajouta :

- Si vous voulez bien m’excuser, je dois y aller. Au revoir, messire.

D’un pas rapide, elle reprit son chemin vers le Castel Dolen, situé sur l’île de Kart'Hac, éponyme d’un Grand Seigneur en son hommage. C’était un lieu de rendez-vous étrange, car l’endroit était le plus souvent réservé aux rencontres officiels et non aux discussions sous le manteau. Le pont se dévoilait sous ses yeux, tout comme la statue gigantesque du maître Brun, chevauchant son lié Almoth. Plus la Fille de Lune avançait, plus l’ouvrage s’agrandissait, jusqu’à prendre des proportions démesurées. Et pourtant, cela ne faisait pas taire son esprit. De trop nombreuses questions se posaient à elle sans en avoir les réponses. La demi-sang chancela et se reprit de justesse sur le socle de la statue. Les vertiges étaient fourbes et ne cessaient pas. Plus que stressée, c’était la peur qui s’affichait. Et qui connaissait l’autre facette de sa personnalité lorsqu’elle se trouvait acculée ? Elle serrait les dents, la mâchoire crispée. Son regard se faisait dur, presque glacial. Ses yeux indigo se posaient sur le fameux Castel Dolen, situé sur la colline qu’il lui restait à gravir. Eilith prit une profonde inspiration et s’avança vers l’édifice aux portes vitrées.

L’ondin était certainement quelqu’un de rusé. Le rendez-vous avait été pris à l’extérieur du bâtiment, sur l’un de ses côtés, là où personne ne les verraient, du moins l’espérait-elle. Allait-il tenter quelque chose contre elle ? Soudain, l’image d’être tombé dans un guet-apens d’un autre type lui donnait des sueurs froides. Non, ce n’était pas homme à faire cela. Elle se mordait la lèvre inférieure pour faire cesser cette pensée incongrue. Après quelques minutes à gravir la pente verdoyante, elle arrivait devant les grandes portes vitrées, la dénommée « entrée d’Almoth ». Elle s’arrêta devant son reflet se mirant dans la baie vitrée. Non, ce n’était pas elle. Cet air inquiet, ces mains tremblantes, la capuche sur la tête. Où était donc passée la jeune fille sage, au sourire radieux ? Non, il n’était plus le temps de penser ou de palabrer inutilement, il fallait entrer dans la cage du Lion et l’affronter avec ses armes à elle.

Et l’ondin était là, à faire les cent pas. Pourtant, elle n’était pas spécialement en retard, peut-être même était-il précisément l’heure indiquée. Elle le détailla du regard rapidement. Elle remarqua les bandages à ses jambes. Pourtant, il n’avait pas l’air spécialement blessé. Une fantaisie, probablement. Elle toussota pour le sortir de son attente, le regard fixé sur son visage. Elle le regarderait dans les yeux, sans se départir de quoique ce soit. Elle entrouvrit les lèvres et ouvrit la discussion d’un air froid.

- Messire Usui, lança-t-elle en guise de bonjour. Vous vouliez me voir, je suis ici. Entrons-donc dans le vif du sujet : pourquoi m’avoir proposé cette rencontre ? Qu’attendez-vous de moi ? Car je vous imagine mal me proposer de dévoiler un secret sans nulle contrepartie.

Elle n’avait pas omis les formules de politesse, bien évidemment. Il ne s’agissait pas de contrarier son interlocuteur aux premiers mots inutilement. La demi-sang était tendue, les bras croisées et raide comme un piquet. Elle n’avait pas pris le soin d’emmener une quelconque arme avec elle. D’ailleurs, elle détestait cela. Les mots pouvaient se révéler bien plus tranchants que certaines lamées acérées, pour qui savait les manier, bien entendu. Et il n'était pas dit qu'elle soit en position de force à ce sujet.

- Et si vous pouviez éviter de me faire perdre mon temps, je vous en remercierai par avance, messire Usui.

Elle regretta presque aussitôt ses paroles, percevant à juste titre ce côté hautain qu’elle arborait lorsqu’elle avait peur. Elle était plutôt terrifiée, même si elle essayait de ne rien en montrer. Un mécanisme d’auto-défense, sans nul doute. Mais il n'était pas dit que son interlocuteur soit si naïf.



Amaélis Yodera
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MessagePosté le: Jeu 31 Aoû 2017 - 18:20 Répondre en citantRevenir en haut


Chevalier Usui Ikeda & le Brun Majak


° Elle ne manque pas d’aplomb. ° fut l’unique réflexion d’Usui devant l’attitude austère, quoiqu’agitée, de la jeune demoiselle. Elle ne perdait pas de temps avec des banalités, et l’interrogeait déjà au sujet de ses véritables intentions alors que lui s’inclinait à peine, une main sur le cœur en guise de salut et l’autre projetée vers l’arrière à la façon des nobles de la cour. Il releva le visage vers elle, le buste encore baissé, et l’observa d’un œil pourpre et malicieux, luisant sous l’épais velours de ses cils. Eilith n’était pas à l’aise, cela se percevait clairement – pour autant, elle s’efforçait d’arborer un masque froid, guère impressionné et presque méprisant. Pouvait-il réellement l’en blâmer ? La réputation de l’Ondin ne véhiculait ni confiance, ni sympathie. Le simple fait que la Sang-Mêlé ait accepté de le rejoindre – et s’y soit tenue – était impressionnant ; et qui était-il pour exiger en plus qu’elle n’impose aucune distance ?

Néanmoins, face aux accusations de l’Aspirante, il n’avait pu empêcher sa bouche de former un « o » exprimant surprise et outrage. Oh, ce n’était pas qu’elle avait tort de le voir ainsi, comme un négociateur seulement intéressé par ses propres bénéfices ou comme un voyou à la petite semaine, mais la politesse exigeait qu’on passe ce genre de détails sous silence, pour peu qu’on respecte son interlocuteur. S’en montrerait-il offensé ? Absolument pas, et il avait autre chose à faire que d’enseigner l’étiquette à une jeune fille qui essayait simplement de faire bonne figure face à un homme dont on lui avait probablement appris à se méfier. Quant à sa demande formelle de ne pas lui faire perdre son temps – ° Et Flarmya sait que le temps d’un Aspirant est précieux… Non ? ° – il s’était penché un peu plus, comme en signe de soumission résolue, les mèches brunes tombant en cascade devant lui ôtant toute visibilité à un rictus sardonique. Voilà un ton bien risqué à employer envers un Chevalier, et qui aurait pu amener la donzelle à un résultat tout autre que celui escompté en voulant passer pour un fort caractère. Qu’elle remercie Flarmya, Usui se fichait des convenances comme d’une guigne.

L’Ondin se redressa enfin, un sourire rêveur accroché à ses lèvres pâles et les bras croisés dans une posture qu’Eilith pourrait – ou non – interpréter comme une moquerie à son égard.

« Demoiselle Tellis, je suis absolument ravi de vous revoir. » déclara-t-il d’une voix douce, teintée d’accents chantant venus des quatre coins du Rhaëg. « J’ai quelque chose à vous montrer qui, je l’espère, saura se révéler d’intérêt. Prenez cela comme un présent… Un présent de bienvenue, pour saluer votre implication dans la vie de notre Kaerl ! »

Disant cela, il gratifia Eilith d’un clin d’œil et commença à se diriger d’un pas lent vers la façade du Castel, une main posée sur l’épaule de la demoiselle avec cette familiarité déconcertante qui ne manquait pas d’agacer.

« Vous ne devez pas l’ignorer, vous qui êtes née ici, la plupart de nos confrères et consœurs ne se démarquent pas par leur attachement envers le Màr, et plus particulièrement envers ce qu’on nommera la politique. Cela me chagrine de ne pas voir plus de jeunes concernés par l’avenir de leur maison. Aussi, quand j’ai su que ce n’était pas votre cas, il m’est venu à l’esprit que je devais vous aider… À mon échelle. »

Ses iris brillaient d’une sincérité plus nourrie par ses idéaux personnels que par les paroles qu’il récitait, et aidée, également, par une vie entière passée à jouer la comédie. Il possédait pour le mensonge un talent naturel, une aisance décomplexée, sans lesquels il serait déjà mort maintes et maintes fois. Au pied du mur tout incrusté d’éclats aigue-marine, Usui se tourna vers l’Aspirante, les sourcils froncés, comme sur le point de faire une déclaration qui allait changer le cours de Rhaëg tout entier.

« Telle est ma contrepartie, en vérité. Je n’attends rien d’autre que votre détermination à vous faire entendre, et reconnaître. » Du doigt, il désigna son accoutrement. « Et comme vous n’avez certainement pas envie qu’on vous sache impliquée auprès de moi, sachez que l’inverse est réciproque. Comprenez… Certains contrats me lient à des personnes qui préféreraient que je me tienne éloigné de leurs affaires. »

Le Chevalier Brun conclut par un sourire embarrassé, ses joues ternes se parant d’une poussière rosée. Il reporta son attention sur le mur, s’accroupit pour fouiller à travers les herbes folles jusqu’à ce que ses doigts s’enroulent autour de grilles d’acier. Il interrompit son geste le temps de jeter un regard presque solennel à l’Aspirante, sollicitant son approbation.

« Bien évidemment, tout ceci n’a rien de légal, vous vous en doutez. Mais je reste persuadé que cela pourra vous être utile, d’une manière ou d’une autre. »



Eilith Tellis
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MessagePosté le: Ven 1 Sep 2017 - 13:04 Répondre en citantRevenir en haut



Tout chez cet homme lui criait de prendre ses jambes à son cou. Sa révérence – qu’elle considéra comme un geste désinvolte – lui arracha un bref sourire qui, aussitôt, disparut derrière une expression fermée. N’était-il qu’un clown ? Mais, visiblement, le ton sec et glacial lui avait arraché une expression de surprise. N’était-il donc pas habitué à ce qu’une personne lui dise les choses franchement, y compris ce qu’il n’était pas bien séant ? Car la peur qui transpirait de la demi-sang lui imposait de conserver cette personnalité hautaine et froide. Elle n’arrivait pas à se maîtriser et les mots sortaient de sa bouche sans même qu’elle eut à les penser. Une sensation bien désagréable de ne pas être maître de soi-même, de ses mouvements comme de ses paroles. La terreur s’insinuait dans chacun de ses pores, ses doigts se crispaient sur ses bras. Ses ongles auraient pu déchirer sa chair si elle ne s’était pas mordue la lèvre inférieure pour faire cesser cela. Elle restait crispée, ayant dû mal à déglutir tandis qu’il se pavanait. Ah, elle lui ferait bien arracher son sourire de son visage si elle le pouvait, mais fort était de constater qu’elle était loin de le pouvoir. Rien que son expression la faisait tressaillir.

Et pourtant, les sourcils froncés, elle attendait la fin de cette mascarade, des faux-semblants. Aussi était-elle bien servie quand il s’enfonça bien plus dans ce jeu, fin marionnettiste qui en maîtrisait les ficelles. Elle n’était plus qu’un pantin entre ses doigts. Oh, bien sûr, l’idée de fuir et de mettre fin à sa rencontre lui avait traversé l’idée. Mais la curiosité se révélait parfois un défaut, surtout lorsqu’elle était attisée par de jolies paroles.

Et les jolies paroles se transformaient en un couperet sous la gorge de la Fille de Lune.

« Un présent de bienvenue pour saluer l’implication dans la politique ». A ces mots, la jeune femme fronça les sourcils. Comment le savait-il ? D’où ? Pourquoi ? Un nombre incalculable de question l’envahissait soudainement et la surprise trahissait son visage. Ses joues s’étaient empourprées, colorant délicatement son visage pâle. Ses sourcils s’étaient haussés, et les yeux écarquillés. Elle entrouvrit la bouche, mais aucun son n’en sorti. La stupéfaction l’avait laissé coite. Incapable de prononcer un mot, elle l’écoutait. Son malaise n’allait que grandissant, prise dans la toile de cette araignée. Son visage se referma lentement, et elle pencha légèrement la tête sur le côté.

Il voulait l’aider, d’accord. Lui offrir un cadeau, d’accord. Mais que se cachait-il derrière cette proposition ? Car de cela il n’en avait rien dit. Et cette main sur son épaule… elle ne le regardait même plus, son regard s’était figé. Il pouvait percevoir l’infime tremblement qui martelait ses épaules. Et pourtant, tout respirait vérité dans ses propos. Rien, ni le ton de sa voix ni son expression corporelle ne trahissait un quelconque mensonge. S’était-elle fourvoyée sur lui ? Son propre corps lui criait le contraire, de partir tant qu’il était temps. Mais elle ne l’aurait pas supporté. La tentation était trop grande de s’abandonner dans cette jolie toile, miroitant de promesses.

Et la contrepartie vint. La tension qui envahissait Eilith descendait peu à peu. Son regard se dirigeait vers cet homme, cet Usui. L’ondin avait attiré toute son attention. Visiblement, il avait réussi son coup. Elle était tout à lui désormais, les lèvres légèrement entrouvertes, empreintes d’un désir de mordre cette curiosité à pleine dent. La chaleur envahissait son corps, ses doigts se décrispaient et un sourire satisfait éclaircissait son visage. Si lui voulait l’utiliser, alors qu’il le fasse, tant que leur rapport était gagnant-gagnant.

- Et bien, si tel est le marché, alors pourquoi pas ?!

Sa voix s’était faite moins dure, presque douce. La jeune fille contrastait avec son autre visage. La terreur avait atteint un autre stade : se laisser prendre dans les pattes de cette araignée, se laisser transformer en cocon et, qui sait, en ressortirait-elle peut-être plus forte ? Ou bien se ferait-elle dévorer comme une proie sans importance. Après tout, qu’est-ce qui l’en empêchait ? Peut-être avait-il lui aussi de l’ambition et que savoir Eilith sur son chemin le dérangeait. Non, ce serait donner trop d’importance à une demi-ondine inconnue jusque-là de la plupart des habitants du Kaërl. Elle n’était rien de plus que la sœur de Kassandra, celle qui commença son aspiranat bien après son aînée.
Ainsi, lorsqu’il évoqua sa contrepartie, la jeune femme semblait satisfaite. Elle devrait se faire connaître par tous les moyens. Mais pourquoi ? Comment ? Nul doute que la réponse à cette deuxième question ne lui serait pas apportée. Mais pour la première, serait-ce autrement ?

- Ainsi que vous le dites. A l’issue de cette rencontre, ni l’un ni l’autre ne saura se reconnaître. Je ne vous aurais jamais vu, et vous de même. Mais dites-moi une chose : si vous souhaitez que je me fasse connaître, c’est qu’il va me falloir prendre des positions ouvertement, n’est-ce pas ?

La Fille de Lune abaissa la voix, comme s’ils étaient écoutés.

- Et ces positions n’iront peut être pas dans le bon sens, est-ce cela ?

Elle détachait chaque mot comme s’ils avaient une importance particulière. Non, elle s’attachait simplement à ce que les termes du contrat soit clairs pour l’un comme pour l’autre. Elle le regarda s’agenouiller, fouiller à la recherche de quelque chose dans les herbes. Elle fronçait les sourcils, attendant avec une impatience non feinte que ses doigts agrippent un objet. Des grilles ? Eilith pencha la tête de nouveau, avant de s’accroupir à côté de lui. Ceci n’aurait rien de légal ? Eh bien, qu’il en soit ainsi. La demi-sang n’en aurait rien à redire. Elle tisserait son réseau, fusse-t-il composé de personnes peu enviables, cela lui était égal. Elle approcha ses lèvres près de l’oreille d’Usui, le souffle chaud.

- Si cela peut m’être utile, alors soit. Je vous suivrai, preux chevalier.

Même si elle craignait le lieu dans lequel il la ferait pénétrer, elle ressentait cette excitation d’une jeune femme enfreignant l’interdit. Son pouls s’accélérait, attendant avec impatience qu’il l’emmène avec lui. Qu’allait-il voir ? Allait-elle rencontrer un groupuscule manigançant dans l’ombre ? Serait-il composé de personnes étranges, encapuchonnées, se réunissant autour d’une table en bois, une bougie éclairant faiblement la pièce ? Son imagination esquissait les idées une à une. Existait-il une créature merveilleuse dessous le Castel Dolen ? Son imagination cessa lorsqu’elle comprit ce que c’était.

La prison.



Amaélis Yodera
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MessagePosté le: Sam 2 Sep 2017 - 11:05 Répondre en citantRevenir en haut


Chevalier Usui Ikeda & le Brun Majak


L’appât avait été jeté, et presque aussitôt, la belle avait mordu à l’hameçon. Un sourire aussi fin que le liseré de la Nouvelle Lune s’incrusta sur les lèvres gercées de l’Ondin tandis qu’il remontait sa proie dans ses filets, satisfait que tout se déroule selon ses plans. Il n’avait pas menti ; qu’elle accepte de s’en remettre à lui, et il saurait lui prodiguer tout ce dont elle aurait besoin pour atteindre ses propres objectifs, quels qu’ils soient. L’excitation faisait battre son cœur plus vite, de même que l’orgueil d’avoir visé juste. Usui se revoyait, au même âge, errant dans les ruelles les plus mal famées d’Arsuh, se mêlant à une faune des plus étranges : estropiés, mendiants, prostituées, assassins, pirates, contrebandiers… Les mains plongées jusqu’au coude dans la boue pour en extraire l’or. Il appréciait qu’Eilith, sous ses airs de jeune fille de bonne famille, n’ait pas d’hésitations quant à l’idée de tremper dans des affaires louches. Ou, si elle en avait, qu’elle ait le courage de passer outre. Pour qui apprenait à naviguer parmi les ombres, la récompense était à la hauteur du risque encouru.

De la même façon, elle ne lui tint pas vraiment rigueur des informations dont il disposait à son sujet, ni ne le questionna quant à la manière dont celles-ci lui étaient parvenues. Brave enfant ! Elle savait déjà, inconsciemment, que certains secrets devaient le rester, tout particulièrement dans un contexte tel que celui-là. Toujours accroupi, il eut un bref éclat de rire lorsqu’elle lui demanda des précisions sur le fait de se faire connaître. Le Chevalier n’avait rien exigé, et ce n’était véritablement pas son genre d’aiguiller les autres dans une direction précise. D’une manière ou d’une autre, et peu importait la position que choisissait de défendre l’Aspirante, il saurait tirer son épingle du jeu. Elle n’était qu’une première pièce sur l’échiquier – et, oh, qu’il se congratulait de l’avoir trouvée, elle ! Son audace, sa jalousie, ses ambitions se mêlaient pour former un caractère imprévisible et extrême, à des lieux des vieux nantis siégeant actuellement au Sénat ou au Corps du Kaerl.

« Il y aura toujours des différends, très chère. » annonça-t-il, une réponse sans en être une. « M’est avis que seule la confrontation des idées permet à l’homme d’évoluer. »

La Sang-Mêlé se pencha alors vers lui, déposant son approbation au creux de son oreille dans un murmure chaud. Séductrice, en plus de tout cela ? Vraiment, que c’était fascinant ! Eilith jouait son rôle avec une innocence rafraichissante qui ne manqua pas de faire sourire Usui. Il n’était plus sensible à ce type de stratagèmes depuis bien des années, mais ne se privait pas pour autant d’encourager les intrigants à aller dans ce sens, quitte à se montrer plus ingénu qu’il ne l’était vraiment. Et s’il la laissait croire qu’elle avait une quelconque prise sur lui, est-ce que cela ne rendrait pas l’affaire encore plus amusante ? Majak éprouvait des réserves, il sentait le Dragon se tendre. Le plus souvent, il ne comprenait pas son Lié, ses lubies et ses sources de distraction – au mieux questionnables, au pire répréhensibles. Partager l’âme d’un voyou lorsqu’on était soi-même candide comme le nouveau-né n’était pas de tout repos. Le Brun ne réprouvait son attitude que lorsqu’il percevait trop nettement le plaisir que tirait l’Ondin au détriment des sentiments d’autrui.

° Je te l’ai répété maintes fois, canaille d’écailles. Elle s’est laissée prendre en toute connaissance de cause. N’est-ce pas altruiste de ma part ? Mieux vaut connaître l’humiliation auprès d’un moins-que-rien dont le nom est méprisé, que devant le Kaerl tout entier. °
° On ne joue pas avec le cœur des demoiselles. Tu n'es rien qu'un vilain. °
° Que les Dieux me punissent, maintenant, ou bien je prendrai leur silence comme leur consentement ! … Non, là, tu vois ? Ils ne font rien du tout. °


Et, comme pour appuyer ces paroles, il tira d’un coup sec sur la grille, la délogeant avec un bruit métallique fort désagréable. Le trou était juste assez large pour laisser passer une personne de frêle constitution ; aucune chance pour un Torhil d’y pénétrer. Usui avait déjà emprunté ce passage. La chute était supportable – cinq pieds, tout au plus. Il se débarrassa de sa cape pour la jeter en contrebas, puis sa besace, afin de se garantir un atterrissage un peu moins rude, révélant par la même occasion qu’il ne portait sur lui aucune arme. Rien qu’une tunique crème brodée d’une luxuriante végétation tropicale qui débordait de sous un simple plastron de cuir souple, et des chausses bouffantes à la couleur indéfinissable – mais qui avait dû être une sorte de pourpre, par le passé. Se frottant les mains, il se redressa pour adresser un sourire rassurant à la demoiselle.

« Je passe le premier, de la sorte, je pourrai vous aider à descendre. »

Le sourire aux lèvres, il fit d’abord passer ses pieds, ventre contre terre, puis se recula en appuyant sur ses mains, petit à petit, jusqu’à ce que celles-ci accrochent le rebord de l’ouverture. Ensuite, il se laissa tomber, se recevant avec un bruit sourd sur son arrière-train, le choc lui arrachant une grimace. Bientôt, songeait-il avec amertume, il aurait passé l’âge de faire des choses pareilles. La consommation de stupéfiants n’avait certes pas bon effet sur le corps. Il ramassa sa cape, car la température était plus froide ici, sous terre, et l’humidité n’aidait en rien. Le temps que ses yeux s’habituent à l’obscurité, Usui se remémora l’architecture des geôles. L’endroit où il avait atterri se trouvait être un palier – les escaliers à sa droite grimpaient vers le niveau supérieur, les autres descendaient encore plus profond, vers les cachots. Sous ses talons nus, il sentait le sol poussiéreux et glacé, et il flottait dans l’air une forte odeur de renfermé.

« Allez-y ! Je suis paré ! » finit-il par lancer à l’attention d’Eilith, levant les bras, prêt à la soutenir.



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MessagePosté le: Dim 3 Sep 2017 - 20:53 Répondre en citantRevenir en haut

Eilith était surprise par l’audace du jeune homme. Elle retint à moitié son sursaut lorsque l’Ondin délogea la grille d’un coup sec. Elle posa son regard sur la plaie béante de l’édifice. Sombre, où dansaient à l’intérieur quelques reflets erratiques et irréguliers. Elle s’était redressée en même temps que l’Ondine qui se frottait les mains. Eprouvait-il une quelconque satisfaction dans la violation de cet interdit ? L’espace était assez large pour lui permettre de passer, une fois débarrassée de ses effets gênants. Elle acquiesça à l’idée qu’il passe en premier. Au moins, s’il y avait des personnes à l’intérieur, il serait peut-être le seul découvert et attrapé. Mais nul doute ne la traversait. Une sorte de plaisir aveugle la saisissait, l’empêchant de penser avec cette prudence nécessaire à toute opération illégale.

- Faites donc, messire. Je vous suivrai.

L’ondin se mit face contre terre, et se laissa glisser progressivement dans l’ouverture. Elle entendit le bruit sourd d’Usui qui semblait être durement tombée. Elle espérait intérieurement qu’il ne s’était pas blessé. Cela rendrait la suite de leur rencontre moins palpitante avec un compagnon à la démarche claudicante. Elle défit son manteau, le posa à côté d’elle. Elle portait un long pantalon sombre, des bottes de cuir noir. Un chemisier bleuté aux reflets argentés constituait le reste de sa tunique. Elle s’accroupit pour scruter l’intérieur, n’y voyant rien de plus qu’auparavant.

Lorsqu’Usui se manifesta enfin, elle laissa tomber son manteau dans ses bras et entreprit de faire de même. Elle s’allongea face contre terre, laissant tomber peu à peu ses jambes dans le vide, jusqu’à ce que des mains viennent accompagner sa lente chute. Au moins, ne pouvait-on pas lui retirer sa galanterie. Alors que ses bras glissait le long de l’entrée secrète, elle s’écorcha l’avant bras, ne pouvant retenir une petite expression de douleur. Apparemment, elle ne ressortirait pas indemne de cette escapade.

Elle sentit les doigts de l’ondin l’agripper, l’aidant doucement à descendre jusqu’à ce que ses pieds touche terre. Elle récupéra son manteau, l’enfila d’un geste rapide, tirant la manche pour observer son égratignure. Le sang perlait lentement, mais il n’était point question d’hémorragie. Elle en conservait la trace durant une semaine, deux tout au plus. Elle souffla, maudissant sa maladresse et laissa tomber sa manche sur son bras. Elle ne pleurerait pas pour une si petite blessure. Elle leva son regard vers Usui. Le visage de la demi-sang s’éclaira brièvement d’un sourire avant que ses yeux ne se posent vers les escaliers grimpants. Innocemment, elle posa la question qui la taraudait.

- N’aurions-nous pas pu passer par ces escaliers, messire ?

Au final, la réponse importait peu. S’ils étaient passés par ce chemin, c’est qu’il y avait une raison, à moins qu’il ne s’agisse d’une lubie de l’ondin. Puis ils se mirent en chemin. Une torche crépitante éclairait le palier suivant. Les flammes dansaient, illuminant les parois d’une lumière douce. Elle suivait le pas d’Usui, curieuse de savoir où ils se rendaient. Elle hésitait à engager la conversation. Eilith appréciait cette bulle de mystère qui enveloppait l’ondin, autant qu’elle souhaitait la percer pour l’éclater et le comprendre. Cet homme entier était incompréhensible, ne dévoilant rien de ses plans, rien de ses raisons qui la poussait à l’aider. Tout ce qu’elle avait finalement appris, c’est qu’il avait besoin d’elle autant qu’elle avait besoin de lui.

- Messire Usui, je me permets de vous poser cette question que vous trouverez sans nul doute incongrue : mais comment me connaissez-vous ? J’imagine que, contrairement à ma sœur, mon prénom ne dit rien à personne.


Il fallait qu’elle sache. Quand bien même il ne dévoilerait rien de ses secrets, elle se sentait mise à nue sans même y consentir. L’ondin avait ce charme de l’inconnu mystérieux, mais elle avait al désagréable impression que son âme était mise à nue au moindre de ses regards. L’espionnait-elle ? Depuis quand ? Autant de questions qui resteraient sans réponses. Elle ne put réprimer un soupir alors que ses pas l’amenaient plus loin, dans ce couloir sombre et froid. Les pierres, taillées de manière inégales, semblaient plus vieilles que le Castel Dolen lui-même. De nombreux corridors se croisaient et s’entrecroisaient, et elle se serait certainement perdue si elle n’était pas en si bonne compagnie.

Leurs pas s’arrêtèrent devant une lignée de barreau d’acier épais. Là, dans l’ombre, attendait une forme assise. A côté de lui, une bassine vide en étain reflétait le flambeau du mur. Et, étrangement, nul garde n’était présent pour le surveiller. Le visage du prisonnier était à peine visible et Eilith n’arrivait pas à déterminer son identité. Pourquoi s’arrêter ici, devant cet homme ? Un prisonnier ne serait pas utile, surtout derrière ces barreaux. D’autant plus s’il s’agissait d’un illustre inconnu. Bien sûr, la demi-sang ne connaissait pas la moitié des emprisonnés, ni même la raison de leur incarcération. Elle tourna son regard indigo vers celui d’Usui. Son visage exprimait l’incompréhension totale.

- Messire, si vous pouviez m’éclairer car j’ai peur de ne pas comprendre et je ne voudrais point me méprendre.

Ses sourcils étaient légèrement froncés, ses yeux s’étant détournés d’Usui pour lui préférer l’inconnu, gisant dans l’ombre sans un bruit, ni même une attention pour eux. Etait-il vivant au moins ? Et où étaient ces soldats censés monter la garde ? L’ondin possèderait-il plus de ressources qu’elle ne l’imaginait ? Sans aucun doute. Et il lui réservait une surprise à la hauteur du personnage.



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MessagePosté le: Jeu 7 Sep 2017 - 14:50 Répondre en citantRevenir en haut


Chevalier Usui Ikeda & le Brun Majak


Usui avait réceptionné Eilith sans encombre, avec toute la délicatesse dont il était capable, mais cela n’avait pas empêché la jeune Sang-Mêlé de se blesser contre la paroi râpeuse. En même temps qu’elle, il jeta un coup d’œil à l’égratignure. Ce n’était rien qui pouvait entraver l’avancée de leur mission ; tout au plus, elle ressentirait un certain inconfort. L’Aspirante ne s’en montrait pas ennuyée, et le sourire fugitif qu’elle lui adressa fut tout ce dont il avait besoin pour se mettre en marche. Au besoin, le Marchand de Sable avait dans sa besace le nécessaire pour tenir à distance la douleur, même si Majak s’y opposerait, de toute évidence. D’un ton qu’il soupçonna de dissimuler une pointe de moquerie, elle lui fit remarquer la présence des escaliers, et l’Ondin eut un éclat de rire vite étouffé. L’étroitesse du lieu faisait résonner le moindre son, l’amplifiait d’une manière dangereuse.

« Non, nous n’aurions pas pu. » murmura-t-il, amusé. « Personne ne doit savoir que je vous ai amenée ici. Passer par l’entrée principale serait revenu à en faire l’annonce sur la place publique. Même si je possède un certain nombre de laissez-passer, je doute que les gardes m’aient autorisé l’accès en compagnie d’une personne ayant un sac sur la tête. »

Et avec ça, il l’enjoignit d’un geste de la main à le suivre. Il ne parvenait plus à masquer le sourire qui éclairait étrangement son visage, et ses traits baignant dans la lumière mouvante des quelques torches disposées sur le chemin lui conféraient une expression en demi-teintes, presque malfaisante. Enfin, ils y étaient ! Usui, le pas assuré, les dirigeait maintenant vers la cellule du Pion des Ombres – Aylech, pantin de Drazahir, qui avait attenté à la vie de leur Gardienne Nienor del Cirth. On aurait pu s’interroger sur les motivations du Chevalier. Pourquoi une telle inconscience ? Quel plan ourdissait-il qui nécessitait l’intervention de pareil personnage ? L’Ondin possédait un esprit retors, incompréhensible pour qui tentait d’en appréhender le fonctionnement. Lui seul savait ce qu’il tramait… Et encore, c’était là une thèse bancale. Le sens de l’intrigue coulait dans ses veines, à l’image de la toxine Ondine ; cela faisait partie de sa nature.

Au questionnement d’Eilith, ses sourcils se froncèrent. De toute évidence, la curiosité l’avait emporté sur la prudence. Usui l’observa du coin de l’œil, mais ne parvint pas à la considérer comme une menace. Elle avait mentionné son aînée, et le Chevalier Brun mit ses interrogations sur le compte de son ego, et de la jalousie latente qu’il percevait chez elle.

« Tout ce qui se passe au Kaerl finit par être porté à ma connaissance. » Au final, ce n’était pas une révélation. « Je sais me tenir correctement informé, ma chère, voilà tout. »

En-dehors des divers informateurs à son service, Usui était lui-même un espion assidu, qui avait reçu ses lettres de noblesse des plus éminentes figures politiques du Màr – Kassandra Tellis comprise. Les renseignements du Marchand de Sable se vendaient à prix d’or, tout autant que ses substances miraculeuses. Cela, il ne jugea pas nécessaire de s’en vanter auprès de l’Aspirante, et il se contenta donc de sourire, l’air faussement désolé de ne pas pouvoir lui en dire plus.

À force de tourner dans le clair-obscur de la prison, ils se trouvèrent bien assez tôt devant la cellule d’Aylech. Là, Usui s’arrêta, le visage illuminé par la satisfaction. L’Ondin criminel – ou bien victime ? – gisait, totalement amorphe, prostré, tête baissée et dissimulé par ses mèches sombres. Si le Chevalier ressentit une pointe de pitié face à ce spectacle, il n’en laissa rien paraître et se reprit prestement. Il n’avait pas le temps de s’émouvoir du sort des déchets, même si leur destin semblait plus relever de la malchance. Aylech n’était pour l’instant qu’un acteur sans rôle, une marionnette sans fils. C’était là la raison de la présence d’Eilith. Usui attendait d’elle qu’elle fasse bon usage de ce pion laissé à sa disposition, et il lui tardait de découvrir ce qu’elle serait capable d’imaginer.

Pour le moment, la jeune femme était perplexe. Naturellement, elle ne pouvait pas se douter de l’identité du détenu – le contraire aurait été inquiétant. Lentement, comme pour faire monter la tension, l’Ondin se pencha vers Eilith, son regard pourpre luisant de ruse.

« Nous voici devant la cellule d’Aylech, pantin de l’Ombremage ayant attenté à la vie de notre Gardienne lors de l’attaque sur l’Agora. Afin de se prémunir contre un scandale comme celui provoqué par Folken Krienh avec l’exécution du Chevalier Marlawë, le Sénéchal a jugé préférable d’épargner sa vie. »

Il laissa ses yeux dériver vers la silhouette inanimée. Ce n’était pas la première fois qu’Usui rendait visite à l’Ondin, car sa propension à fourrer son nez partout ainsi qu’une certaine négligence vis-à-vis des risques potentiels étaient deux choses contre lesquelles il lui était difficile de lutter. Quant à la façon dont il avait découvert son existence, c’était un secret que le Chevalier ne comptait pas dévoiler. Aussi fourbe qu’il fût, il savait respecter l’anonymat de ses clients. Le cas échéant, les conséquences auraient pu être dramatiques, autant pour eux que pour lui-même.

« Je n’ai pas réussi à en tirer grand chose, si ce n’est qu’il possède bel et bien le Don. » Puis, d’un ton plus bas et plus mesuré : « Vous n’avez rien à craindre. À en croire mes contacts, l’Ombremage s’était attaché son obéissance grâce à quelques… manigances magiques connues de lui seul. »

Usui se détacha de l’Aspirante pour s’accroupir devant les barreaux, les frappant du bout des doigts afin d’attirer l’attention du prisonnier. « Aylech ? C’est moi, Usui. »

L’Ondin sursauta, eut quelque mal à enfin poser un regard d’ardoise terne sur ses visiteurs, puis à comprendre qu’on lui parlait. La méfiance s’installa dans ses iris tandis qu’il semblait reconnaître Usui – plus encore quand il remarqua que le Chevalier n’était pas seul. Il ne répondit pas.

« Je t’ai amené une personne qui aimerait entendre ton histoire, et qui est capable de te venir en aide – si tu acceptes de faire de même. » annonça calmement Usui, la voix douce et caressante, passant une main à travers les barreaux pour encourager le jeune homme à s’approcher.

Aylech, après de longues secondes d’hésitation, dénigra la main tendue et pencha la tête en direction d’Eilith, toujours silencieux. Alors, le Chevalier Brun se redressa et, d’une pression sur l’épaule de la jeune femme, lui intima de prendre la parole.



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