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Tristan Gwened
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MessagePosté le: Dim 20 Aoû 2017 - 23:24 Répondre en citantRevenir en haut

[Toute fin Mystraku 918 (donc peu après l'éclosion des œufs de Ky'rinth)]

Depuis qu'il avait assisté à la naissance de dragonneaux sur les Sables du Mar Menel, et vu à l'œuvre la magie de Flarmya dans l'Empreinte qui s'était réalisée pour Ottilia, Zoran et Iniaki, depuis ce jour, donc, Tristan s'efforçait de faire bonne figure, tout en ruminant doutes et perspectives d'échec. Il en revenait généralement à la même conclusion : jamais il ne pourrait y arriver, lui. Certainement qu'il n'aurait jamais dû quitter Ablah. Ou alors, si, car il le fallait, mais pas pour aller sur Tol Orëa, ce continent dédié aux seigneurs des cieux, et où il n'avait assurément pas sa place. Mais alors, où, et pour quoi faire ? Il était bien conscient de n'avoir que peu de talents hors d'une bibliothèque.

Jusqu'à lors, il avait gardé pour lui ses réflexions, sans en faire part à Sable ou Asra. Lesquelles l'avaient justement libéré de toute obligation pour l'après-midi, l'engageant à prendre un peu de temps pour lui-même. En cela, elles seraient suivies : après avoir tourné en rond un moment, indécis, l'évidence lui était apparue, et il s'était décidé à se mettre en quête de glace qu'il pourrait former à son idée en toute tranquillité. Il appréciait tellement cette activité, à Ablah, et en ressortait toujours comme renouvelé, débarrassé d'une partie de ses démons. Ici, sur l'île volante du Kaerl Céleste, il n'avait pas encore eu l'occasion de tester si cela se passerait de la même manière, mais la saison et l'altitude devraient lui fournir la matière première nécessaire, et lui permettre d'être fixé sur ce point.

Les gants fins en peau de chevreau passés à sa ceinture, qui soutenait de l'autre côté la trousse de ses indispensables outils, un long manteau de couleur sombre assez indéfinie l'enveloppant, et le bonnet aux flocons de grand-mère Enide enfoncé jusqu'aux oreilles, il avait commencé par se rendre au centre de la cité, à la grand place. Il y avait évidemment bien trop de monde pour qu'il y reste, mais c'était un lieu de passage souvent inévitable entre les différentes parties du Mar Menel, comme il l'avait rapidement constaté. Il commença par balayer du regard la zone que ne couvraient pas les imposants bâtiments officiels, cherchant par où commencer sa quête. Le vert sombre de quelques sapins attira son regard, et il se dirigea vers ce signe de présence naturelle.


Ce ne fut pas là, ni dans les petits coins suivants qu'il visita, qu'il trouva son bonheur. La glace n'était pas assez épaisse, ou pas assez froide, ou trop souillée, ou encore, tout simplement, inexistante. Désespérant de dénicher un bloc convenable, il finit par se satisfaire d'un modeste ovale, dont il dût racler la surface pour en ôter les débris végétaux et minéraux qui s'y étaient incrustés, et venaient gâcher la transparence irisée propre à la glace pure. Dans cette petite cour déserte, il s'absorba bien vite à sa tâche familière, mais toujours passionnante pour lui. Et sous les coups de gouge et de ciseau, commença bientôt à apparaître une silhouette féline, grandeur nature, qui semblait plongée dans un sommeil bienheureux.

Tout à son œuvre, Tristan ne perçut bientôt plus rien de ce qui l'entourait, en dehors de l'eau solide qu'il travaillait. Son esprit était retourné à Ablah, auprès du modèle de chair et de pelage qu'il retranscrivait aujourd'hui. Car si la cité des neiges éternelles élevait des chèvres angora, elle abritait aussi de nombreux chats, généralement bien rembourrés également. Ces animaux étaient les bienvenus dans les bibliothèques, pour en protéger les précieux manuscrits contre les pillages de rongeurs. En outre, les félins domestiques s'accordaient bien à l'ambiance studieuse des lieux, et on pouvait souvent en croiser un, paisiblement endormi dans un coin, ou auprès d'un feu allumé là pour chasser la froideur de ces hautes altitudes, voire sur les genoux d'un lecteur accueillant.

Peu à peu, le neishaan passa à des outils plus fins, à mesure qu'il précisait les détails. Les doigts des pattes se séparèrent, la fourrure épaisse s'affirma doucement, et le museau émergea à moitié de l'extrémité de la queue qui s'y recourbait. Moustaches et vibrisses furent les derniers éléments à apparaître, et si la difficulté de réalisation d'éléments si fins le fit en casser quelques-uns, il en resta suffisamment pour que la représentation reste claire. Il gratta encore quelques infimes détails, de-ci, de-là, cherchant la perfection. Puis, enfin, ses mains s'écartèrent du chat de glace, et avec un soupir de satisfaction, il se recula légèrement pour considérer son œuvre.



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MessagePosté le: Dim 20 Aoû 2017 - 23:24 Revenir en haut

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Lordan Ventaren
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MessagePosté le: Jeu 24 Aoû 2017 - 19:22 Répondre en citantRevenir en haut

Il faisait bien frisquet au Màr Menel, ce qui n’avait rien d’anormal en cette fin d’année. Le froid hivernal se faisait sentir avec plus ou moins de force sur tout le continent des dragons. Certes Tol Orëa était riche en micro-climats, que ce soit pour d’honnêtes causes géographiques (côtes exposées aux courants glacés venus du nord, souffles chauds venus des zones volcaniques etc..) soit en raison d’ influences peu scientifiquement justifiées et sentant fort la magie. Des aberrations météorologiques extrêmes pouvaient survenir dans tel ou tel endroit habituellement tempéré. On accusait l’intervention de mages mauvais, détraqueurs de temps, la volonté des dieux fâchés contre l’impiété des hommes ou bien les résultats déplorables d’essais ésotériques imprudents du côté de l’Académie. Mais qu’attendre d’une terre où l’existence d’une île aérienne fait partie des réalités ordinaires ? Le Màr Menel quant à lui observait avec régularité le régime des quatre saisons et ne souffrait que rarement des vents si souvent violents en altitude.

Lordan avait revêtu son grand manteau d’hiver, bleu foncé et chaudement doublé et, à la manière des trappeurs, s’était coiffé d’une casquette en peau de lapin munie de deux oreilles rabattues sur les siennes. Il n’avait certes pas l’air martial qu’un casque de cuir bordé de fourrure d’ours ou de loup aurait conféré à un redoutable guerrier. Mais n’étant que guerrier d’occasion et d’expression naturellement pacifique, il cherchait seulement à se protéger du froid vif de l’espace.
En effet il avait décidé qu’aujourd’hui il s’envolerait avec Hanelvig pour s’entraîner à une figure, dite du "Tire-bouchon inversé", recommandée par le Manuel du Parfait Dragonnier (Tome VI).
Lordan n’était pas du genre à cabrioler dangereusement dans les airs pour le plaisir ou pour le risque, ce que lui reprochait parfois son dragon d’humeur encore joueuse. Mais la figure était censée être très efficace pour échapper à une bande de wyvernes telles qu’on en trouvait au nord du Vaendark ou à certaines attaques vicieuses de dragons entraînés au Màr Tàralöm. On disait que pour assurer leur suprématie les Ardents s’inspiraient en vol des monstres les plus redoutables et pratiquaient les techniques aériennes les plus risquées. Lordan ne croyait pas devoir un jour tirebouchonner dans l’espace ni d’ailleurs, en être capable, mais en tant que maître, il estimait devoir au moins avoir essayé prudemment, au cas où un aspirant lui demanderait ce qu’il pensait de la manœuvre. Voilà pourquoi il se dirigeait d’un pas vif vers la grande porte de l’Ouest.

Hanelvig devait l’y attendre au delà des remparts, sur l’un des vastes terre-pleins qui occupaient ici et là les bords de l’île aérienne. Ces espaces permettaient les manœuvres d’atterrissage quand on ne sortait pas de l‘Interstice directement en ville où les embouteillages étaient à craindre en cas de vols groupés. Ces zones d’herbe et de petits bosquets avaient aussi un effet salutaire sur les habitants du Màr Menel qui auraient pu se sentir quelque peu à l’étroit, embarqués qu’ils étaient sur le navire céleste, si celui-ci n’avait offert cette transition avec le vide qui les entourait
.. Lordan suivait donc le chemin de son rendez -vous, sa besace sur l’épaule et d’assez joyeuse humeur devant ce qui était à la fois un exercice d’entraînement (motif indiqué pour justifier sa sortie ) et surtout une occasion de se retrouver seul avec son lié et d’admirer de haut les plaines enneigées, peut-être aussi quelques cascades prises par le gel.

Il s’approchait des murailles quand, traversant un groupe de quelques sapins, il entendit un curieux bruit de raclement et des coups secs et brefs, vaguement cristallins. Il pensa à un animal. Dans les petits parcs naturels et jusque dans les cours des cottages qui ponctuaient les lisières intérieures du kaerl, on trouvait des daims, des renards, des écureuils et les chiens et chats fugueurs du kaerl y venaient volontiers. Mais il était difficile d’attribuer le bruit entendu à ces animaux et Lordan envisagea un instant un oiseau, genre pic-vert, tambourinant sur un tronc rendu particulièrement sonore par le gel et l’air sec.
Mais quand il quitta l’ombre des arbres, le bruit cessa et quelques pas plus loin, il aperçut dans une petite cour ouverte sur le côté d’un appentis, un homme immobile devant un objet que Lordan prit d’abord pour une statuette de cristal. En s’approchant, il vit qu’il s’agissait d’un chat et que, étant donné les éclats un peu mouillés qui jonchaient le sol, l’inconnu devait l’avoir lui-même sculpté dans la glace. Il tenait d’ailleurs encore un ciseau délicat à la main. Le sculpteur portait un bonnet tricoté d’un style peu usité qui mettait une touche de fantaisie dans son vêtement par ailleurs très ordinaire.
Lordan reconnut un aspirant, aperçu lors de réunions ou croisé aux Spires. Il se souvenait de son prénom : Tristan, car il en aimait beaucoup la sonorité à la fois ferme et douce, discrète et nostalgique. Pour le reste, des bribes de rapport d’identité lui revinrent brièvement en mémoire : un tout jeune homme ramené par Cyriandil, lequel se promenait beaucoup ces derniers temps... un sang- mêlé, neishan en partie sans doute, vu la finesse de son allure générale, la pâleur translucide de son teint. Et aussi, il se souvint, sauf erreur de sa part, du fait qu’il venait d’Ablah, cité de la Grande Barrière, dite aussi Andram, la chaîne montagneuse qui traverse le Vaendark et comporte des régions très isolées. Ablah était connue comme une ville où le savoir est grand et Lordan s’était dit qu’il faudrait qu’il se renseigne davantage sur cette cité. Il était lui-même un ami des livres et des grimoires bien que sa vie de chevalier et de maître l’ait quelque peu éloigné des bibliothèques. Il aimait ces lieux envoûtants, remplis d’ombre et de silence, mais où brillent les lumières de l’esprit et résonnent les mille voix du passé.

Charmé par la beauté de l’oeuvre et le caractère insolite de la situation, Lordan fit encore quelques pas et s’arrêtant, salua le sculpteur d’un geste simple, prêt à passer son chemin s’il se sentait de trop. Certains artistes n’aiment pas être interrompus quand ils créent, mais ce chat scintillait si joliment sous le soleil clair de l’hiver, sa pose était si gracieuse et si justement rendue qu’il était naturel de vouloir exprimer son plaisir et aussi son admiration.
Lordan se décida donc à parler :

-Je suis Lordan Ventaren, maître céleste. Pardonnez mon intrusion. Je ne savais pas que le Màr Menel s’était enrichi d’un artiste et qui plus est, sculptant la glace, ce qui n’est pas commun. Ce chat de cristal éphémère est une réussite totale ! J’espère que le temps très froid va perdurer pour qu’il ne disparaisse pas trop vite. Est-ce un art particulièrement enseigné dans votre patrie ?

Il se pencha un peu sur la figurine, ravi de constater la finesse des détails puis se relevant, regarda le jeune sculpteur pour voir s’il ne l’avait pas importuné.



Tristan Gwened
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MessagePosté le: Dim 10 Sep 2017 - 21:33 Répondre en citantRevenir en haut

Absorbé dans son ouvrage, Tristan n'avait ni vu, ni entendu l'approche de Lordan. Il s'essuyait le front d'un revers de manche, car la sculpture sur glace lui donnait toujours quelques suées. Il les supposait dues à la concentration mobilisée pour l'occasion, sans soupçonner le moins du monde qu'il pouvait s'agir d'autre chose. L'explication était simple et logique, il n'avait pas de raison d'aller chercher plus loin.
Lorsque le Maître Bronze entra franchement dans son champ de vision, il eut donc un franc sursaut d'étonnement, et resta un instant aussi figé que sa statuette, à le dévisager. Étrange accoutrement que ce couvre-chef à oreilles, ou du moins, inattendu en ces lieux : la plupart des Chevaliers l'auraient sans doute vu comme une offense à leur dignité, malgré le côté assurément pratique d'un tel objet.

Le jeune neishaan se reprit rapidement, et baissa regard et visage en même temps, alors qu'il réalisait comme il venait de fixer l'inconnu, en une attitude qui n'avait rien de poli. Naturellement, ses pommettes en profitèrent pour se colorer de carmin, couleur qui se propagea à mesure du discours de Lordan, lequel mettait à mal l'humilité de l'adolescent. Les compliments allumèrent cependant un sourire dans ses yeux ambrés, et un brasillement tiède dans sa poitrine.
Ce n'était jamais désagréable d'entendre semblables louanges, même s'il les minimisait en songeant que, sans doute, l'autre n'avait pas souvent eu l'occasion d'admirer des sculptures en cette matière bien particulière, et qu'un véritable artiste aurait fait bien mieux que lui. A bien y réfléchir, lui-même n'avait guère d'élément de comparaison pour jauger son savoir-faire - ni en bien, ni en mal.
« Messire, je vous remercie, et suis heureux que ce modeste ouvrage vous réjouisse la vue. Je m'appelle Tristan, Tristan Gwened, »
termina-t-il en saluant correctement,
« et vous, vous êtes le… enfin, je veux dire, vous avez été le maître d'Ottilia, n'est-ce pas ? Elle m'a parlé de vous, un peu. Je suis ravi de vous rencontrer. »

L'aspirant retourna un regard presque maternel sur sa sculpture, un mince sourire aux lèvres. Non, il n'était pas mécontent de son chat, malgré la maigre quantité de glace de qualité qu'il avait réussi à dénicher. Dans cet art, il fallait aussi s'adapter à la matière première qu'on parvenait à obtenir, et cela avait été son principal défi pour cette œuvre-ci, l'autre ayant été de retrouver les gestes habituels après quelque temps sans pratiquer, et dans un environnement qui avait largement été modifié.
« Oh, vous savez, je crois que je n'aimerais pas tailler dans un matériau qui reste longtemps sous la forme que je lui aurais donnée, comme la pierre. Je préfère que ce soit éphémère… le contraire me semblerait… présomptueux. »
Il lui était difficile de formuler une explication franche à ce goût pour le non durable. Son ressenti se basait plutôt sur une intuition. D'une part, il y avait l'idée de profiter maintenant de ce qui ne serait plus demain, concept sans doute bien plus fëalocë que neishaan - mais ne le lui dites surtout pas. D'autre part, figer un ouvrage pour les siècles futurs obligerait, selon lui, à admettre qu'il était proche de la perfection, et cela, même s'il s'y efforçait, il n'était pas de l'avis qu'il s'en approchait suffisamment. Son amusement ne méritait pas de tels honneurs. Et enfin, plus personnellement, il associait chaque sculpture à l'état d'esprit du moment, généralement, un genre de mélancolie, qu'il avait l'impression de couler dans la forme qu'il faisait apparaître. Aussi, quand la glace se délitait lentement, c'était son triste sentiment qui, peu à peu, disparaissait aussi.

« A la vérité, il n'y a pas plus d'enseignement là-dessus, qu'ailleurs… du moins, je ne crois pas, »
tempéra-t-il avec un haussement d'épaules d'ignorance.
« J'ai surtout appris… en faisant. En essayant. Et avec quelques livres, aussi, qui en parlaient, mais… ce n'est pas la meilleure manière. »
Un mince sourire releva les coins de ses lèvres alors qu'il songeait à ses premiers essais, les tâtonnements pour comprendre comment amincir sans briser, quand changer pour un outil plus précis, où commencer par ôter de la matière pour ne pas risquer un effondrement…
« Je suppose que l'influence de là d'où je viens, elle se fait plutôt sentir sur mon choix de la glace. Je suis des montagnes du Vaendark, et nous n'en manquons pas, là-bas. Cela aurait été plus compliqué si j'étais né à Qhara… »
De nouveau, le mince sourire passa comme un fugitif éclat de lumière, alors qu'il revoyait, cette fois, les jungles humides que Sable Lewë lui avait fait découvrir quelques temps auparavant.

Esquissant un pas de côté, il s'écarta pour laisser l'homme examiner son travail plus à loisir. D'habitude, il sculptait surtout pour lui-même, et il gardait une certaine réserve à l'idée d'exhiber son résultat, mais il était aussi en train de découvrir que le partage n'était pas nécessairement une mauvaise idée. Cela n'avait décidément rien de désagréable, de constater que celui-ci se trouvait apprécié.
« Je n'ai pas encore eu l'occasion de discuter de tels sujets depuis que je suis arrivé au kaerl, mais… l'art y est-il courant ? Et sous quelles formes ? Vous-même, si je peux me permettre, en pratiquez-vous un ? »



Lordan Ventaren
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MessagePosté le: Mar 3 Oct 2017 - 23:28 Répondre en citantRevenir en haut

Parmi les nouveaux arrivants au Màr Menel, quelques uns manquaient parfois d’éducation ou s’exprimaient dans une langue commune bien maladroite. Ce n’était pas par choix bien sûr. Certains Doués étaient repérés au fin fond de régions isolées où le dialecte local évinçait la langue commune ; d’autres ne savaient pas lire, encore moins écrire, issus de nations ou de classes sociales où l’instruction demeurait l’apanage des prêtres ou des scribes attachés à un seigneur, lui même souvent illettré. La plupart des nouveaux arrivants surmontaient rapidement ces faiblesses, du moins les plus intelligents qui voyaient l’intérêt de se mettre à l’unisson de la société où ils allaient vivre.
Lordan apprécia donc le ton courtois et l’expression aisée du jeune sculpteur. Ses paroles lui semblèrent traduire une sensibilité délicate, un esprit réfléchi, et en plus artiste, ce qui ne pouvait qu’attirer le maître bronze, fasciné par ceux qui créaient de la beauté, lui qui n’était capable que de l’admirer. Le garçon n’était peut-être pas construit sur le modèle " Je suis une force qui va", un futur guerrier farouche et redoutable tel que certains en rêvaient pour la gloire et le renouveau du Màr Menel. Mais quoi ! Lordan lui-même, malgré sa haute stature, n’était certes pas de l’étoffe dont on fait les héros et il avait su cependant se rendre utile dans ses limites et défendre son kaerl. D’ailleurs, il ne fallait pas toujours se fier à l’apparence et certaines races d’aspect fragile, presque éthéré, pouvaient faire preuve d’étonnantes capacités physiques. Lordan considéra donc Tristan avec toute la sympathie née brusquement d’un ensemble de faits qui touchaient en lui des cordes sensibles et il eut immédiatement envie de l’encourager et de lui montrer qu’il aurait toutes facilités pour exercer son art dans le kaerl qu’il avait choisi. Il répondit donc à la question posée tout en se déplaçant de quelques pas pour observer la sculpture sous plusieurs angles :

- Il est certain que la plupart des maîtres parlent d’abord entraînement militaire, pratique du vol et connaissance des règles de vie des chevaliers. Et quand les temps sont troublés – ce qu’ils sont apparemment le plus souvent – les conversations sur la beauté du monde et le plaisir des belles choses deviennent rares.
Mais vous avez certainement remarqué que notre Kaerl comporte de splendides architectures, ornées de façon exceptionnelle : peintures, tapisseries, statues, mobiliers raffinés, objets précieux montrant que leurs créateurs sont, ou furent, non seulement des artisans d’excellence mais aussi des artistes accomplis. Je crois que presque en chaque lieu important du kaerl nous pouvons ressentir avec force ces émotions si variées qu’éveillent les œuvres d’art. Pour ma part je ne me lasse pas de parcourir notre cité céleste et d’en admirer les chefs d’oeuvre reconnus, mais aussi ces petites merveilles plus modestes disséminées au hasard des rues ou des remparts. Ah les remparts ! le lieu le plus exaltant du Màr Menel , avec ses points de vue... vertigineux, c’est le moins qu’on puisse dire !


Un peu gêné, Lordan s’arrêta sur cette demi-plaisanterie. Il était encore parti dans un de ses discours qui lui donnaient la réputation d’être un bavard auprès de ceux qui l’entendaient pour la première fois, alors qu’on le jugeait ensuite plutôt taciturne et solitaire, fuyant les occasions de la vie sociale qui tissent et confortent les liens du vivre ensemble. Timidité ? Crainte du regard des autres ? Goût de la solitude méditative ? Sentiment de son peu de valeur ? Un peu de tout sans doute. Cependant quand un inconnu éveillait en lui une sympathie immédiate, il se livrait avec facilité, quitte à s’en sentir mal à l’aise ensuite. Pour l’instant il il trouvait une certaine assurance dans le fait que son statut l’autorisait à prendre l’initiative et même le lui recommandait. Certains aspirants coupés de leurs racines avaient besoin d’encouragements pour se sentir intégrés.

En examinant la statuette, il avait constaté que la glace contenait quelques débris de terre, quelques traînées un peu jaunâtres, d’ailleurs habilement reléguées dans la partie inférieure. Tristan avait certainement eu du mal à dénicher de quoi sculpter le petit félin. Les habitants entretenaient soigneusement les abords des maisons et l’endroit avait dû être déblayé pour éviter le verglas ou l’accumulation de neige. Même les jolies stalactites frangeant le bord des toits avaient été impitoyablement abattues et évacuées.
Et dire que non loin d’eux, se trouvait un lieu étonnant et secret, le palais de la fée des frimas, la caverne des glaces éternelles, miroitant dans une fantasmagorie de couleurs digne des trésors que les légendes prêtent aux anciens dragons. Lordan hésita ; c’était un secret et qui touchait à des évènements graves. Mais qui touchait seulement... En fait, il avait découvert la caverne de glace bien après ces événements et n’en avait parlé qu’à son lié qui avait pris la nouvelle avec désinvolture:

* Tous les dragons connaissent son existence mais nous préférons nous chauffer au soleil. Ne compte pas sur moi pour partager tes émotions esthétiques en me gelant les écailles sous terre. *

Lordan hésitait. Cela plairait sans nul doute au sculpteur de savoir qu’il pouvait trouver de grandes quantités de son matériau favori sans quitter le kaerl. Mais comprendrait-il qu’il ne faudrait pas en parler, ne pas poser de questions ?..Tristan était très sympathique, modeste et bien élevé ; c’était un aspirant donc on avait jugé qu’il était digne de confiance, mais .. mais..
Cependant, en y réfléchissant, Lordan se dit qu'il n’était pas obligé de parler des circonstances qui lui avait fait découvrir la mirifique caverne de glace.

C’était lors du premier retour de Peddyr au kaerl- dont il ne savait d’ailleurs que ce qu’il en avait personnellement vécu, à savoir qu’il avait trouvé le Maître Brun alors proscrit, apparaissant, sorti de nulle part, dans le jardin fermé qu’il appelait le Jardin Mauve. Bien plus tard, poussé par la curiosité, il y avait découvert une entrée secrète vers le sous-sol du kaerl qui l’avait conduit à la caverne de glace. Comme Peddyr lui avait demandé le secret sur son retour, lequel avait d’ailleurs coïncidé avec la réapparition du seigneur Zackheim, il n’en avait parlé à personne, craignant de s’embrouiller dans des affaires d’état. Mais le silence sur sa découverte était plutôt un prétexte, au cas où on lui reprocherait de ne pas l’avoir signalée, car cette caverne totalement fermée sur l’extérieur ne pouvait pas être le chemin par où Maître Thelrand s’était introduit dans le kaerl. En fait, Lordan n’avait nulle envie que le Jardin Mauve se retrouve livré à la curiosité publique ou que le seul accès qui permettait de l’entrevoir soit fermé par les autorités.

Ce qui finalement le décida à en parler à Tristan fut la coïncidence de sa rencontre avec un sculpteur de glace alors qu’il était le seul à avoir découvert cette caverne gelée. Enfin, le seul à sa connaissance... Le Gardien du Kaerl savait manipuler la nature magique du Màr Menel et pouvait même en modifier certaines apparences s’il le jugeait utile à la sauvegarde du kaerl. Il ne pouvait pas ignorer l’existence de ce lieu étrange et même qu’un visiteur s’y rendait parfois pour l’admirer. N’était-ce pas un signe du destin que le découvreur de la merveille croisât ce jour-là celui qui pourrait mieux que tout autre en apprécier l’existence ?
En s’efforçant de paraître détendu et surtout en évitant des airs de conspirateur, Lordan commença donc :

- Vous savez sans doute qu’il existe dans l’énorme socle supportant le kaerl de nombreuses cavités, très difficiles d’accès, ouvertes sur l’abîme et où se rendent parfois des amateurs de champignons et de descente en rappel ? On déconseille de s’y rendre avec les dragons qui effraieraient les corbeaux et autres éboueurs qui y nichent et sont très utiles pour le nettoyage des déchets urbains. Mais ces cavités ne sont pas les seules curiosités du dessous du Màr Menel.

Il s’interrompit, hésitant un bref instant à livrer son secret :

-Que diriez-vous d’une grotte, fermée celle-là et tapissée de glace en toutes saisons .... ? Je pourrais vous y conduire. Cependant, je dois vous demander de n’en rien dire. Je l’ai découverte par hasard et c’est un lieu que j’aimerais voir rester secret. Puis-je avoir confiance en votre discrétion ? Il me faudra un serment sur l’honneur.

*********


HRP- Les circonstances de ce retour de Maître Peddyr Thelrand avec l’ex- Seigneur Zackheim, en pleine bataille contre l’Ombremage, se trouvent dans...

http://tol-orea.xooit.org/t3082-RP-Retour-dans-un-Kaerl-en-chaos.htm

C’est après ce retour que mû par la curiosité - vilain défaut ! - Lordan découvrit la caverne de glace sans en rien dire à personne.



Tristan Gwened
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MessagePosté le: Jeu 19 Oct 2017 - 21:54 Répondre en citantRevenir en haut

Le neishaan opina doucement aux paroles du jeune Maître, signe qu'il se trouvait en accord avec ses dires, et son sourire, initialement aussi subtil que la brume matinale soulignant les étendues d'eau, se faisait plus franc à mesure qu'il s'exprimait.
« En effet, le Mar Menel ressemble à lui seul à une œuvre d'art, et pas des moindres… Auriez-vous un élément favori à me conseiller ? Je n'ai encore parcouru qu'une toute petite partie de ce kaerl, et ne me suis pas encore tout à fait habitué à croiser tant de beauté à chaque pas. C'en serait presque épuisant pour les yeux : il est difficile de les reposer, dans ces conditions, »
acheva-t-il sur un ton légèrement humoristique. Après tout, c'était Lordan qui avait commencé à user de ce registre-là. Mais il dut confesser son ignorance pour ce qui constituait la ceinture extérieure de l'île volante, même si la description exaltée qu'en donnait son interlocuteur ne pouvait que l'inciter à de tenter de nouveau l'expérience :
« Je vais devoir vous croire sur parole, je n'ai malheureusement pas eu l'occasion d'expérimenter moi-même cette vue, pour l'instant. Les seules fois où je me suis rendu là-bas, il y avait beaucoup de brume, et le sol restait dissimulé. On m'a dit que c'était courant, aux premières heures après la nuit… »
Le visage de l'aspirant sembla considérer quelque chose de bien lointain, alors qu'il revoyait en esprit le tableau qui s'était alors présenté à lui.
« Mais se découvrir voguant au milieu du firmament, au-dessus d'un océan de coton, a aussi son charme. J'imagine que cela doit devenir moins exceptionnel pour vous, qui pouvez le faire régulièrement, grâce à votre Lié… »

Les hésitations initiales de l'humain à la chevelure de nuit avaient totalement échappé à Tristan, cependant, les caractéristiques inconnues de son nouveau foyer l'intéressèrent au plus haut point.
« Je n'en savais rien du tout… ce doit être très dangereux de chercher à les atteindre. Ceux qui s'y hasardent possèdent un esprit d'aventure particulièrement développé… »
Pour ne pas dire une inconscience manifeste. A voir la constitution du natif d'Ablah, il était assez peu risqué de supposer que l'escalade ne serait pas son activité favorite. A raison. Quant aux champignons… ils ne valaient sans doute pas qu'on taquine le tombeau pour un instant de gourmandise.
« Le Mar Menel est donc truffé de galeries ? Comme… excusez la comparaison presque infamante, mais… comme un fromage ? »
La lueur d'amusement réapparut, éclat furtif. Cependant, le petit suspense, ménagé par le Bronze non intentionnellement, termina de lui acquérir toute l'attention du plus jeune, et ses yeux fauves s'illuminèrent d'un intérêt où la claire intelligence des neishaans se mêlait à la brûlante passion des fëalocës
« Ce serait… magnifique. Mais, l'accès… en est-il aisé ? Et les lieux sont-ils sûrs ? A vous entendre, on pourrait facilement les imaginer peuplés de fantômes agitant leurs chaînes pour décourager les visiteurs indésirables… »

Il craignait de se faire de faux espoirs. S'il fallait jouer de la corde pour l'atteindre, la trouvaille serait tout de suite moins attirante pour lui. Et si quelque créature ombrageuse pouvait y élire domicile, Tristan ne serait pas de taille. Cependant, l'idée de conserver l'endroit secret ne lui posait pas problème. Il aimait sculpter pour l'activité seule, non pour que ses œuvres soient admirées. Un hochement de tête grave vint donc en réponse.
« Je garderai cela pour moi, si c'est ce que vous souhaitez. Je vous remercie d'ailleurs de bien vouloir partager cette connaissance avec moi. »
Il plongea son regard dans celui du Maître, pour l'assurer de sa sincérité.
« Je vous jure que, à part vous, aucun bipède n'entendra jamais parler de cette caverne de glace. Je serai muet comme le tombeau. Sur mon honneur, sur celui de la cité d'où je viens, et de la communauté qui m'accueille présentement. »
Voilà, les chaînes du serment le liaient désormais, ainsi que l'avait souhaité l'humain. Et il prenait très au sérieux cette parole donnée.



Lordan Ventaren
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MessagePosté le: Jeu 16 Nov 2017 - 12:12 Répondre en citantRevenir en haut

L’air vif et excitant, le cadre familier de ces modestes maisons bien closes sur la chaleur de leur foyer, l’agréable sensation de pouvoir disposer de son temps, tout contribuait à la bonne humeur de Lordan. Et puis quel plaisir de converser avec un interlocuteur aimable, bien parlant et qui savait animer son discours de petits éclairs amusés ! Sous cette enveloppe de jeune homme bien éduqué, un brin cérémonieux, on devinait un esprit vif qui savait à l’occasion ne pas tout prendre au sérieux.
Cependant, la sympathie grandissante éprouvée pour ce garçon sortant de l’ordinaire se doublait pour Lordan de quelques scrupules. Ne s’était-il pas bien vite, trop vite, découvert devant cet inconnu ? Un secret partagé, ce n’est plus un secret. En plus, en ne signalant pas sa découverte aux autorités, il s’était peut-être mis dans une situation fausse et dans ce cas il y entraînait un aspirant. Certes aucune loi n’avait été enfreinte et il n’avait jamais rien observé dans cette caverne qu’un lieu désert de beauté naturelle. Mais son exploration du Jardin Mauve - aussi innocente soit-elle - restait liée au retour controversé de Peddyr Thelrand et il aurait mieux fallu ne pas retourner là-bas. Ou alors en parler à ses supérieurs ou au Directeur des Archives ou bien à Maître Nalesean qui savait tant de choses sur la nature même de l’île céleste.
Ne cherchait-il pas les ennuis de s’être ainsi laissé aller à son enthousiasme pour une jolie statue et au charme insolite de son créateur?
Mais bah, il se faisait bien des scrupules pour une grotte sans autre intérêt que touristique. Combien de fois avait-il cru qu’il était en faute alors que finalement personne ne lui reprochait sa conduite ? Il se voyait assez bien, l’air grave, révélant l’existence de la caverne de glace à Joachim de Leysse, par exemple et celui-ci répondant, l’air distrait: "Ah oui ? Vous avez trouvé une caverne gelée? Parlez- en à l’intendant. Le chef cuisinier est parfois à court de glace en cas de canicule."
Au diable son esprit timoré, sa crainte de déplaire et de mal faire. Pour une fois où il avait pris l’initiative d’une invitation, il ne reculerait pas ! Il n’allait pas décevoir un aussi charmant garçon, sensible au caractère exceptionnel de la Cité céleste et qui partagerait peut-être son attachement aux merveilles du Màr Menel. D’ailleurs, le Neishan montrait déjà son intérêt en promettant le silence en termes solennels qui impressionnèrent Lordan. Ce n’était pas tous les jours qu’on rencontrait un jeune homme capable de formuler un serment en utilisant un rythme ternaire en crescendo et de fort belle facture. " Sur mon honneur, sur celui de la cité d’où je viens et de la communauté qui m'accueille présentement. » Et de plus après avoir invoqué le tombeau. C’était peut-être une expression traditionnelle de sa patrie mais cela changeait du " Pas de problème ! c’est juré !" dont se seraient contentés bien des aspirants.

Le jeune homme n’avait pas cherché à cacher qu’il n’était pas partisan des risques inutiles et qu’il préférait savoir où il mettait les pieds. Cette franchise plut aussi à Lordan qui décida de le rassurer. Il commença par lui présenter la structure de l’île aérienne comme on ne peut plus stable :

- Ce sont les lois de la physique qui exigent que le socle de notre Màr Menel soit percé d’alvéoles qui lui permettent d’acquérir, malgré sa masse, une certaine légèreté. Un peu comme la pierre ponce qui peut flotter sur l’eau. Un simple disque flottant n’aurait aucune stabilité, nous serions ballottés comme des moustiques sur une feuille de nénuphar. D’où cette masse considérable qui plonge sous nos pieds en forme de cône inversé et assure le parfait équilibre de l’ensemble. Un peu comme une quille qui en lestant un navire le rend plus stable et plus résistant. L’énergie magique qui maintient l’île en suspension lui permet de ne dériver que fort peu malgré les courants aériens parfois violents. Mais cette énergie devrait être bien plus forte si le socle était un bloc compact. Et nous avons vu, lors de la guerre de l’Ombre mage, que si cette magie vient à s’affaiblir, l’île ne chute pas lourdement mais perd progressivement de la hauteur. Tout cela est très sûr et parfaitement naturel.

Lordan espéra que cette présentation de l’île céleste en ferait ressortir le caractère résistant, rationnel, malgré les forces occultes qui en assuraient l’existence. Il poursuivit :

- Les champignons et plantes qui poussent dans les cavités ouvertes sur l’extérieur sont très goûteux et certains ont des propriétés intéressantes pour la médecine. Les jeunes gens du Màr Menel qui vont les cueillir les vendent un bon prix aux amateurs. Je n’ai jamais entendu parler d’un accident mortel. Il est d’ailleurs interdit de visiter seul les parois inférieures du Màr Menel et sans être solidement assuré. Libre aux casse-cous de jouer les acrobates pour se vanter auprès des filles mais, s’ils se font prendre, la prévôté a vite fait de leur trouver une sanction adaptée à leurs prétentions.

Lordan hésita à décrire le moyen de descendre dans l’enclave du jardin Mauve, façon qu’il jugeait sans danger, mais "échelle de cordes" pouvant susciter des images déplaisantes dans un esprit peu attiré par le vide, il préféra ne pas lui en parler pour l’instant .

- Pour la grotte qui nous intéresse, l’accès est aisé. Je ne suis pas du genre à courir des risques pour le seul plaisir. Je ne sais pas quelles sont vos impressions si vous avez commencé votre entraînement, mais personnellement, j’ai toujours détesté les "parcours du chevalier" et les simulations de prises de châteaux-forts. J’étais assez vite éliminé dès qu’il fallait sauter de l’échelle sur les créneaux. Evidemment, si vous avez les flèches ennemies qui vous sifflent aux oreilles, on doit sauter plus facilement...c’est comme sur les navires, le fouet du maître d’équipage est une forte motivation pour rejoindre les vergues sans retard.

Des souvenirs peu agréables lui revinrent à l’esprit et il secoua la tête comme pour les chasser. Les oreillettes pendantes de sa casquette firent flip flap, ce qui l’amusa, compte tenu du caractère martial de ses dernières évocations. Il reprit son sérieux et son propos :

- Enfin, j’ai visité cette grotte plusieurs fois et à part la splendeur des lieux, je n’ai remarqué aucune manifestation étrange. Pas un animal, pas de traces inquiétantes. Je reconnais ne pas avoir exploré les parties supérieures mais vous pourrez trouver toute la glace souhaitable au niveau de l’accès. Il y fait froid bien entendu, mais la température est constante et notre équipement actuel suffira.

Lordan jugea qu’il en avait assez dit pour présenter l’expédition sous un jour rassurant et proposa :

-Si vous voulez, nous pouvons y aller dès aujourd’hui : je suis en congé. En deux heures nous pouvons aller là-bas, faire un petit tour, admirer deux ou trois endroits remarquables et rentrer aux Spires. Et si une petite sortie sur dragon vous tente après coup, mon lié et moi devons nous exercer aujourd’hui. Hanelvig sera enchanté de vous connaître.

Lordan se dit que si l’aspirant acceptait cette dernière invitation, il faudrait quand même qu’il prévienne Hanelvig de rayer le "tire-bouchon inversé "du programme prévu.



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MessagePosté le: Jeu 30 Nov 2017 - 21:30 Répondre en citantRevenir en haut

[HJ : pour une lecture en musique, je vous propose Spered an tan (l'esprit du feu)]


Tristan était ravi que le maître bronze prenne la peine de lui apporter des éléments scientifiques sur l'étrange structure des soubassements du Mar Menel - si tant était que les caractéristiques d'une île flottant dans les airs (et non sur un océan de crème anglaise) puissent être autres qu'étranges. Voilà qui satisfaisait son goût, tout neishaan, pour n'importe quel savoir. Aussi hocha-t-il la tête en signe de compréhension, totalement absorbé par les explications et leur intégration.
« Vous avez un don pour trouver les comparaisons appropriées à n'importe quelle situation, semble-t-il, »
constata le roux, légèrement taquin, mais en même temps réellement satisfait d'avoir affaire à quelqu'un d'aussi pédagogue, en toute simplicité. Lordan semblait décidément bien connaître les zones inférieures du kaerl, et l'approfondissement de la question des végétaux poussant dans les cavernes au-dessous de la surface de l'île lui tira finalement un haussement d'épaules :
« Eh bien, si ce qu'ils ramènent est utile pour d'autres, et qu'ils évitent de les assortir d'ennuis pour qui que ce soit… j'imagine que personne ne peut vraiment trouver à redire à leur amusement équilibriste. »
Lui n'était pas candidat à quoi que ce soit du genre, cela devait être clair dans son attitude. Il avait bien quelques notions d'escalade, en natif des montagnes, mais pas davantage. D'ailleurs, sa forme physique lui avait toujours interdit les longues séances de grattouillage de rochers : la question avait ainsi été vite réglée.

On en revint au sujet qui les avait initialement réunis, et l'aspirant sourit alors que l'humain lui faisait des confidences sur son peu de goût pour l'entraînement martial. Décidément, il trouvait l'ancien maître d'Ottilia fort sympathique, et n'eut aucun mal à révéler combien il s'avérait également mauvais et peu enthousiaste dans ces mêmes disciplines.
« Ce ne sont pas non plus mes points forts, ni ceux que je préfère… mais en effet, face à un danger réel, on réagit sans doute plus rapidement. Quoique pas forcément plus intelligemment ? Vous devez avoir plus d'expérience que moi sur le sujet. »
Il hésita à questionner directement Lordan, car il n'avait pas manqué les allusions précédentes, avec l'évocation de temps troublés, puis de la guerre de l'ombre mage. Il restait grand amateur d'histoires, comme lorsque, enfant, il s'asseyait auprès du feu pour écouter les membres d'Ablah enluminer, tout à tour, les longues soirées glaciales de l'hiver, par ces contes qui se passaient de génération en génération. Tristan était cependant trop réservé pour oser se montrer ostensiblement curieux : peut-être, et probablement, que ces souvenirs n'évoquaient pas que des moments heureux pour le maître. Il choisit donc de s'abstenir, pour s'engager sur un terrain moins glissant. Quoique ?
« Fort heureusement, Maîtresse Sable n'est pas trop exigeante concernant ces disciplines, tant que j'arrive à intégrer un minimum des bases… La connaissez-vous ? Sable Lewë, et Asra, sa Bleue ? »
L'elfe-ondine ne semblait pas très intégrée dans la société du kaerl, mais les maîtres devaient bien se connaître plus ou moins les uns les autres, du moins était-ce ce que s'imaginait le neishaan. Naturellement, se connaître n'implique pas de s'apprécier à chaque fois. Il espérait juste que son interlocuteur ne se révèle pas un fervent détracteur de celle était censée le mener jusqu'à l'Empreinte, mais restait confiant : jusque-là, le Bronze s'était avéré de compagnie tout à fait respectable.

Un autre hochement de tête accusa réception des informations destinées à le rassurer sur la sécurité de la grotte, et son regard s'anima de nouveau lorsqu'il lui fut proposé de s'y rendre sur le champ.
« Vraiment, cela ne vous dérange pas ? Peut-être aviez-vous quelque chose de prévu… il n'y a pas d'urgence. »
Malgré ces paroles mesurées, le brasillement Fëalocë ne faisait que se renforcer dans ses yeux d'ambre, alors que s'approchait la découverte réelle de la caverne de glace. Celle-ci se paraît déjà, pour le jeune céleste, des merveilleux reflets changeants du mystère conféré par, tout à la fois, sa situation particulière, le serment qu'avait exigé Lordan, et le trésor, pour lui uniquement, qu'elle renfermait. Il vérifia d'un geste accoutumé que ses outils étaient bien tous rangés dans la trousse qui leur était dédiée, et termina de fixer cette dernière à sa taille.
« A vrai dire, si cela ne vous dérange vraiment pas, je serais ravi de vous y accompagner sans tarder ! J'ai un peu de temps, moi aussi, et qui sait quand nous trouverons de nouveau pareille situation, où chacun est disponible, en même temps… »
Il accorda un long regard à son chat de glace, la mine rêveuse, avant de se redresser pour annoncer, plein d'enthousiasme :
« Je vous suis ! Concernant votre dragon, peut-être aviserons-nous une fois visitées ces cavernes ? Mais je serais honoré de le rencontrer également, c'est très aimable de le proposer. Ottilia m'a toujours parlé en grand bien de sa Triade. Et puis… j'ai peu côtoyé de grands dragons. Il est bronze, c'est bien cela ? Son envergure doit être impressionnante. Je ne crois pas en avoir encore vu de près avec les ailes déployées… »



Lordan Ventaren
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MessagePosté le: Dim 14 Jan 2018 - 20:29 Répondre en citantRevenir en haut

L’accueil favorable à sa proposition apporta une nouvelle satisfaction au maître bronze. Décidément Tristan lui plaisait et il se sentait à l’aise avec lui comme s’ils avaient déjà un passé commun. Lordan avait toujours hésité à aborder des inconnus, à nouer une conversation. Autrefois dans son pays natal, quand il partait seul pour chercher plantes et produits naturels, il pouvait passer des jours sans rencontrer personne. Il n'avait pas besoin de parler, sinon au cheval ou chien qui l’accompagnaient ou bien à quelque bête des bois qui croisait leur route. Voir s’agiter les oreilles de sa monture ou frétiller la queue de son épagneul suffisait à lui donner l’impression de dialoguer. Depuis, bien des choses avaient changé dans sa vie. Le kaerl l’avait intégré et il était le plus souvent pris dans des obligations collectives. Cependant on utilisait encore à l’occasion ses talents de coureur de bois et alors il reprenait avec grand plaisir ses excursions solitaires en terres sauvages. Le grand changement présent, c’était évidemment la présence d’ Hanelvig et le Don. Cependant, son lié aimait aussi les longues plages de temps sans paroles, même en pensée, et le dragon ne l’incitait pas à aborder des compagnons de route, à nouer des conversations juste pour le plaisir. Mais aujourd’hui c’était bien pour le plaisir que Lordan cherchait à rester en compagnie de ce sympathique aspirant et il s'en étonnait un peu.

Il apprit que Tristan était l’apprenti de Sable Lewë. D’elle, il ne connaissait qu'une gracile silhouette et il croyait se souvenir d'une dragonne bleue. Il la savait aussi tournée vers l’étude et il aurait sans doute eu davantage d’occasion de l’approcher si, dès ses premières semaines sur Tol Orëa, il n’avait été entraîné dans tous les combats et troubles agitant les kaerls. Malgré ses goûts, il avait dû suivre plus de guerriers que d'érudits, exception faite de Maître Nalesean. Il espéra que Sable Lewë avait remarqué les qualités de son aspirant et prenait le plus grand soin de sa formation. Etait-elle le maître que cet esprit artiste méritait pour s'épanouir au kaerl ? Lordan était toujours le dernier à être informé de ce qui se passait en dehors du service et il tombait des nues quand il apprenait ce qui se disait de tel ou telle qu’il croyait sans histoires et au dessus de tout ragot. A son grand regret, il devait admettre que certains des maîtres célestes n'avaient pas les exigences morales qu’on aurait attendues de membres de l’ordre de Lumière. Mais quoi qu’il en soit, il n’aurait jamais critiqué un maître devant son assistant et restait persuadé de la loyauté de tous les liés envers le kaerl où était né leur dragon. Il se contenta donc de souligner l’estime dont jouissait Sable Lewë pour ses savoirs et préféra conclure, comme Tristan lui-même, sur l’évocation d’Hanelvig, sujet qui, selon lui, ne pouvait que mettre tout le monde d’accord. Depuis le premier instant où il avait rencontré le puissant Draveÿn, son admiration pour ces créatures merveilleuses n’avait pas faibli et il n’en revenait toujours pas d’avoir été choisi par un dragon aussi exceptionnel.

- J’aimerais bien que vous rencontriez Hanelvig. Certains dragons, même chez les célestes, sont parfois un peu déroutants, voire même un peu effrayants ou en tout cas difficiles d’approche. Le dragon qui m’a repéré là-bas au nord d’Oren était un Noir gigantesque, vraiment impérial dans son allure et sa façon de vous considérer... de très très haut. Mais il était si beau et si extraordinaire que, si j’étais pétrifié de surprise devant lui, je n’ai éprouvé aucune crainte -sauf celle de lui déplaire et qu’il me juge vraiment trop balourd pour être conduit dans !’endroit merveilleux décrit par mon futur maître.

Lordan se tut un bref instant, l’esprit encore rempli de ce moment où le monde était devenu enchanté. Il reprit avec animation :

- Je suis très content de voir que vous acceptez ma proposition. Profitons du hasard de cette rencontre entre deux célestes libres en même temps. On ne sait jamais ce qui vous attend quand on devient membre du Màr Menel. Il vous tombe toujours dessus un entraînement quand on est aspirant, une mission quand on est chevalier et les deux quand on est maître. Puisque vous êtes décidé, partons tout de suite. L’accès à la grotte est sur les remparts au nord -est d’ici. Il y a une entrée vers le chemin de ronde un peu plus loin et nous aurons un bon quart d’heure de marche avant d’arriver au Jardin Mauve. Si vous êtes au moins partiellement montagnard, vous ne serez pas rebuté par une petite descente de quelques coudées le long d’un mur ? Il y a de la végétation, genre lierre et glycine, il suffit de s’y accrocher, comme pour descendre une échelle. Je vous montrerai le chemin.
Et si vous préférez rester en haut, je pourrai appeler Hanelvig pour qu’il vous descende.


Lordan hésita un peu. L’idée ne lui plaisait qu’à moitié. La courtine donnant sur le jardin était un lieu quasiment désert. Un dragon venant s’y poser pouvait attirer l’attention. Mais on verrait sur place. Cependant, comme ce qu’il souhaitait, c’était la compagnie de Tristan plus que la visite à la caverne de glace, il ajouta :

- De toutes façons le trajet jusqu’au jardin en vaut la peine. Vous pourrez admirer à droite la vue sur le kaerl, les Spires et autres lieux marquants et, à gauche, les échappées sur le ciel - certes bien grisounet aujourd’hui. Nous ne verrons pas les terres d’en bas. Mais il y aura des dragons en vol quel que soit le temps.

Ils se mirent en marche et, enatteignant l’escalier donnant sur le chemin de ronde, on vit bientôt apparaître circlant haut au dessus des deux garçons, un dragon bronze que Lordan montra de sa main gantée de cuir fourré :

-Voilà Hanelvig ! Je le mets au courant du changement de programme.

Il ne put s’empêcher de dire avec une fierté qu’il jugeait cependant puérile :

- Il est beau, hein ? Son bronze est unique !

Avec un sourire d’excuse, il ajouta :

- Tous les liés disent cela de leur dragon... et sans doute est-ce vrai.. mais Hanelvig n’est pas seulement un beau dragon, très fort et grand pour sa couleur. C’est un dragon très proche de l’humain en ce qui concerne sa curiosité du monde, son goût du savoir, ses préoccupations morales. Il est très gentil - oui, gentil, et dans les deux sens du terme – bienveillant et aussi noble de coeur, comme on dit un gentilhomme. Ceci dit, c’est un vrai dragon, très fidèle à ses frères, porteur d’un mystère qui dépasse l’entendement humain. La plus grande partie de sa nature me reste étrangère, opaque, inatteignable. Je crois qu’il en sait bien plus sur moi et sur les bipèdes que je n’en saurai jamais sur lui et les dragons.

Ils arrivaient au dernier palier de l’escalier étroit qui s’élevait en zigzags contre la puissante muraille défendant le kaerl. Lordan s'arrêta pour que Tristan puisse admirer le panorama.



Tristan Gwened
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MessagePosté le: Jeu 25 Jan 2018 - 21:46 Répondre en citantRevenir en haut

Tristan eut un hochement de tête entendu alors que le maître évoquait sa rencontre avec ceux qui l'avaient amené sur Tol Orëa.
« Je suis heureux de n'avoir pas rencontré ce problème, mais même si les Blancs sont parmi les plus petits des dragons, Aramanth, celui du Chevalier Ciryandil qui m'a amené ici, reste impressionnant. D'autant plus lorsque l'on s'imagine que ce genre de créatures ne peut exister dans notre réalité... Mais en effet, ils constituent après tout une espèce différente de la nôtre, et même si nous pouvons communiquer, ils ont certainement une façon de voir les choses qui peut les rendre assez... étrangers à nos propres fonctionnements. »

Il se contenta ensuite d'opiner périodiquement du chef, souriant à la manière piquante dont Lordan évoquait le quotidien d'un Céleste, alors que celui-ci lui indiquait le chemin vers "sa" grotte faisant office de palais des glaces.
« Le jardin mauve ? Quel lieu est-ce-là ? Ne vous tracassez pas pour cela, si l'acrobatie n'est pas plus complexe que la descente d'une échelle, cela devrait bien se passer. Inutile d'ennuyer votre Bronze pour si peu. »
Tristan avait beau ne pas avoir le pied le plus sûr de l'Andram, il restait en effet natif des montagnes. Entrait tout autant en jeu dans sa réponse, ce brin de fierté adolescente et/ou fëalocë, qui rendait compliqué d'admettre une telle incompétence. C'était tout de même trop simple, présenté comme le faisait l'ancien maître d'Ottilia, pour qu'il puisse échouer à ce passage.

Son regard suivit le geste de l'homme, et il aperçut son âme sœur en plein vol. L'aspirant s'efforça de le saluer directement, concentrant ses pensées vers la grande forme entre l'or et le brun.
° Le bonjour à vous, Hanelvig. Mes remerciements pour avoir accepté de faire la connaissance d'un aspirant curieux. °
Il ne put s'empêcher de sourire avec indulgence alors que Lordan chantait les louanges de son Lié, et confirma cependant, gardant le nez en l'air :
« Il est très beau. Et j'imagine qu'on ne peut qu'être satisfait de se trouver associé à une telle créature. Un dragon, quel qu'il soit, j'entends. Peut-être est-ce un peu comme un parent pour son enfant, quoique nous ne soyons certainement pas dans la position de l'adulte au sein d'un tel couple... dans tous les cas, il n'y a pas à rougir de cette fierté. »

Le tableau tout teinté de tendresse que peignait l'humain, évoquait une personnalité bien différente de celle d'Asra, sa référence la mieux connue en matière de grands sauriens. Mais il était bien naturel qu'il existe des dragons aux caractères aussi variés que ce qui pouvait se trouver parmi les bipèdes.
« Vous me donnez réellement hâte de le rencontrer, »
commenta-t-il, gardant pour lui une remarque complémentaire : il avait surtout hâte de rencontrer l'être qui lui inspirerait des paroles témoignant d'un tel attachement, si des fois il se montrait digne d'y parvenir, aux yeux de Flarmya. Il fit cependant un effort pour s'intéresser au présent, et donc, au Lié du maître Ventaren, dont il parlait à l'évidence avec grand plaisir.
« Quel âge a-t-il ? Ce doit être formidable de partager sa vie... »

Puis Lordan stoppa, et le rouquin laissa le champ de ses perceptions s'élargir au-delà de ce que nécessitait sa seule progression sur les volées de marches raides.
« Ohhh ! »
Il n'avait pu retenir une exclamation d'admiration, à la tonalité presque enfantine. De là-haut, les Spires jumelles élevaient leurs gracieuses courbes de marbre crème, et dominaient une place centrale où s'activaient une nuée de fourmis, plus quelques lézards ailés aux écailles brillantes. Les verrières des serres venaient contraster un peu avec toute cette blancheur et ces ors, faisant paraître encore plus imposant et glorieux, le bâtiment central du kaerl, celui qui abritait ses instances dirigeantes.
« C'est vraiment superbe, »
souffla-t-il quand il retrouva sa voix, le ton bas comme s'il craignait autrement de troubler cette scénographie féerique.
« J'espère ne jamais m'habituer au Màr Menel au point de perdre l'émerveillement que suscite sa contemplation… les Valherus ont assurément été trop loin dans leur vanité, mais il faut avouer qu'ils avaient un goût excellent, et des compétences bien supérieures aux nôtres… »

Le cœur battant devant le spectacle d'une telle beauté, les yeux braqués avec toute son attention sur l'ensemble quasi parfait du kaerl céleste, qu'il s'efforçait de graver dans sa mémoire, l'aspirant laissa affleurer un doux sourire de contentement. Décidément, ces lieux réjouissaient les sens par bien des côtés, en plus d'abriter des créatures formidables, reptiles comme bipèdes.
Avec un soupir, il se décida à s'arracher à sa contemplation, et sur un signe de tête échangé avec Lordan, reprit la route à sa suite pour franchir les dernières marches. Conservant l'air vaguement rêveur, et à la fois fort satisfait, qu'il avait pris lors de l'arrêt au palier précédent, il avança le long du chemin de ronde. Tantôt, il levait le nez en l'air pour admirer les grands sauriens et leur vol majestueux, tantôt il l'abaissait du côté du kaerl qui déroulait à leurs pieds ses éclats d'or, semblant chercher à rivaliser avec le scintillement des écailles de ses habitants ailés.



Lordan Ventaren
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MessagePosté le: Dim 4 Mar 2018 - 00:55 Répondre en citantRevenir en haut

Le maître dragon avait été très content de voir comment Tristan réagissait en découvrant le kaerl vu des remparts. Il était lui-même souvent déçu par le manque d’intérêt manifesté par certains habitants, blasés par les beautés de leur cité volante. Pourtant les levers et couchers de soleil étaient somptueux, avec des lumières et des couleurs comme on n’en voit que dans les hautes montagnes et de plus, ce décor grandiose servait d’écrin à une cité magnifique. S’exaltant facilement, l’âme lyrique de Lordan aurait été très déçue si Tristan s’était contenté d’un aimable : "Belle vue !" avec la moue poliment appréciative de celui qui préfère, de toutes façons, les virées à l'auberge aux visites culturelles.

D’un pas vif, il menait donc la marche sur l’étroit passage qu’on n’utilisait en temps de paix que pour l’entretien des toits, le véritable chemin de ronde se trouvant en dessous, assez large pour que les dragons puissent s’y poser. Le parcours comportait de nombreux escaliers raides et souvent vertigineux, contournait les bases des toits en poivrières des tours ponctuant la muraille, passait parfois en galerie percée de meurtrières pour resurgir à l’air libre, seulement bordé d’un parapet à hauteur de taille. Ailleurs on longeait des murs épais et aveugles où de petites portes massives aux serrures sans poignée signalaient des parties inaccessibles au simple passant. Lordan connaissait par coeur ce lieu pittoresque et rarement fréquenté. Le vent y soufflait sec et en ce jour glacé, on n’y trouverait personne. Mais Tristan venait d’un pays froid et Lordan était lui-même d’une région aux hivers rigoureux.
En chemin, Lordan raconta comment il avait découvert cet endroit qu’il appelait le Jardin Mauve. Il le fit en détail car malgré sa présentation rassurante de l’accès à la caverne de glace, en tant qu’ancien matelot, il se savait entraîné à l’escalade, au vertige et aux déplacements hasardeux. Il ne voulait surtout pas mettre Tristan en mauvaise position. Il fallait le préparer en lui décrivant les lieux. Il espérait aussi que l’écoutant, Tristan ne serait pas tenté de poser davantage de questions sur le secret qu’il lui avait demandé d’observer et que le sculpteur ne se préoccuperait que de l’accès à la caverne de glace. Le maître-dragon ne pouvait dévoiler que le savoir qui lui appartenait : l’entrée de la caverne de glace. Le reste, ce qui s‘était passé dans ce jardin avec Peddyr Thelrand et les dragons, était le secret du Kaerl et il ne pouvait rien en dire malgré la confiance que lui inspirait le Neishan . Tout avait commencé de façon bien anodine cependant et le Jardin Mauve n’avait longtemps été pour lui qu’un endroit charmant et propice à la rêverie. Il raconta donc comment, étant aspirant, pour se rendre aux cours et entraînements distribués entre les différentes Spires ou autres bâtiments, il avait découvert une sortie tout près de son logement et conduisant vers ce chemin. A condition de ne pas avoir le souffle court et de ne pas craindre les courants d’air –cette voie permettait de rejoindre différents points de la ville en gagnant du temps. Et Lordan détestait être en retard, tout en s’attardant souvent au dernier moment.
Un jour où il s’était arrêté dans un passage étroit entre deux murs, surpris par un parfum de fleur, il avait découvert en se penchant entre deux créneaux qu’une sorte de terrasse en contrebas était accrochée à l’enceinte, plongeant au delà directement dans le vide. Entre deux avancées de hautes murailles et séparé de l’extérieur par un mur moins élevé, on apercevait un espace sans issue, curieusement occupé par un jardin d’arbres et de plantes peu ordinaires aux fleurs mauves. Il n’était pas très grand et jamais Lordan n’y avait aperçu le moindre signe d’activité ni présence humaine bien qu’il n’y eût aucun signe d’abandon..Il aimait cet endroit mystérieux et n’avait pas cherché à en percer le mystère, de crainte peut-être justement d’apprendre qu’il n’y avait aucun mystère et que par exemple, il s’agissait d’une annexe du Jardin d’Hiver où on soignait des specimens rares. Il préférait rêvasser sur une princesse d’autrefois qui y aurait caché sa peine ou bien sur le tombeau d’un poète qui avait voulu reposer dans l’oubli et la paix d’un jardin ou bien.... En matière d’histoires à se raconter, Lordan n’était jamais à court.
Et puis, un jour, il avait dû descendre dans ce jardin et avait découvert qu’il communiquait avec les dessous du Màr Menel.

Il se lança alors dans la description de la descente à faire :

-En se penchant entre les créneaux, on ne voit que le bas du mur par où nous descendrons, car les créneaux sont en surplomb sur le jardin. Mais il y a une grosse gargouille qui dépasse en dessous et on peut assez facilement l’utiliser comme marche pied et attraper les branches d’une sorte de lierre qui court sous la corniche. C’est moins risqué que de se faire lâcher par un dragon comme je l’ai fait la première fois mais Hanelvig ne pouvait se poser à cause des arbres et il y avait urgence. Après, j’ai vu qu’on pouvait descendre par le mur et que c’était sans risque. Vous allez voir.

Lordan reprit son souffle, coupé un instant par un petit tourbillon glacé. Voilà ce qui arrive quand on parle par jour de gel. Mais il fallait qu'il poursuive :

- A peu près au milieu du mur on arrive à une porte dans un renfoncement mais elle n’a aucun moyen d’ouverture visible. De là, caché par le lierre part une sorte d’escalier de pierres taillées, fichées dans le mur à intervalles réguliers et qui rejoignent le sol en oblique. C’est étroit mais on a le lierre pour se retenir. Le seul inconvénient c’est qu’aujourd'hui il y a de la neige et qu’on va devoir garder nos gants. Pour rejoindre la caverne, on passe par une trappe au pied du mur et là, cest facile. Un simple loquet et on prend une galerie taillée dans le roc et qui descend dans la caverne. J'ai laissé une lanterne à l’entrée. Ensuite, la caverne s’éclaire elle-même, par des reflets sur la glace ou par magie, je ne sais pas. Comme je vous l’ai dit, je n’y suis allé que quelques fois et seul . Par prudence et manque de temps je suis resté à l’entrée, sur une sorte de balcon .

Espérant que Tristan ne serait pas rebuté par ses descriptions, Lordan s’engagea dans une étroite courtine reliant deux hautes tours carrées. Il montra l’espace ouvert sur la gauche, c’est à dire à l’opposé de la ville même, dont les Spires s’élançaient encore plus haut que les tours.

- C’est ici. Il vaut mieux que je passe en premier. Le seul point qui peut gêner la première fois est de passer du créneau au lierre. Mais en vous asseyant sur le dos de la gargouille, vous êtes à hauteur des branches et on n’a besoin ni de sauter ni de se rétablir, juste de se laisser glisser. Au besoin, je peux vous tendre la main pour assurer votre prise. Et Gertrude a le dos large. Gertrude, c’est la gargouille. Alors, on y va ?



Tristan Gwened
Candidat(e) à l'Empreinte

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MessagePosté le: Mar 27 Mar 2018 - 21:49 Répondre en citantRevenir en haut

Comme un petit caneton à la suite de sa mère, l'aspirant suivait donc le maître au long des marches et autres passages de pierre, avec l'impression peut-être puérile, mais ô combien agréable, d'avancer le long d'un chemin partiellement secret, que peu d'autres personnes connaissaient, et encore moins empruntaient. La grimpette à laquelle il fallait se livrer lui importait peu, tant était grisante cette sensation de liberté et de puissance, à se tenir là-haut, au-dessus de tout le reste, sur cette corniche élevée de l'île magique, dont le seul sol survolait déjà le reste du monde depuis les strates des cieux qui l'accueillaient. Les Spires montaient au-delà, certes, mais cela ne comptait pas vraiment : elles ne surplombaient pas le vide comme cette crête des murailles, et la seule manière d'atteindre un niveau encore supérieur, ce serait... de voler grâce aux ailes d'un dragon, assurément. Une expérience sur laquelle il ne fallait pas trop compter pour lui, ainsi que s'y était mornement résolu l'aspirant. Bien sûr, il avait été passager avec Aramanth, et Asra, et cela se reproduirait sans doute, mais… ce ne serait jamais pareil.

Heureusement, le récit du Maître Bronze l'entraîna sur d'autres sentes, plus ensoleillées. Il appréciait la manière à la fois simple, honnête, et parfois poétique autant qu'humoristique, que l'homme avait de raconter. Le résultat en était que, quelle qu'en fut la raison, l'écouter s'avérait agréable, et donnait envie d'en entendre davantage. Cependant, en neishaan bien élevé, Tristan s'abstint de toute interruption pour demander davantage de détails ou préciser une causalité. C'était l'une des règles fondamentales des veillées d'Ablah, qu'il avait apprise voilà bien longtemps : le conteur devait être écouté dans un silence religieux, et tant que sa voix se faisait entendre, elle ne devait être accompagnée que par les craquements du feu et les respirations de l'auditoire, pendu, immobile, à ses lèvres. Ainsi seulement, opérait vraiment son art, jusque dans des dimensions presque mystiques.

La fin de l'histoire de Lordan fut donc accueillie par un instant où seul le bruissement du vent dans leurs vêtements, et le tintement de leurs pas sur la pierre, vinrent troubler une atmosphère de respectueux recueillement. L'aspirant aurait voulu pouvoir adresser des remerciements feutrés à son accompagnateur, mais déjà, celui-ci l'entraînait dans des explications plus terre-à-terre sur les moyens matériels d'atteindre le jardin secret et sa caverne miraculeuse, forçant son esprit à porter son attention sur chacun des détails évoqués.
« Cela ira certainement, »
certifia l'aspirant avec une assurance partiellement feinte. Mais il n'avait pas non plus l'intention de se ridiculiser devant un aîné, et l'effort requis pour la descente ne semblait pas insurmontable, loin de là. Quant au subtil parfum d'interdit, de mystère et de secret qui entourait cette histoire, il aurait donné des ailes à n'importe quel jeune bipède avide de découverte et, à sa manière, d'héroïsme. Tristan n'y était pas insensible, loin de là.

Aussi le neishaan se pencha-t-il par-dessus la muraille lorsque son guide signala leur première destination atteinte. Sous ses yeux arrondis, se dessina tout ce qu'avait évoqué le maître : la terrasse en contrebas, curieusement accrochée au-dehors des remparts, telle un appendice surnuméraire oublié, ou un ajout tardif servant de mystérieux desseins. En bas, les pensionnaires de ce coin de terrain non-conventionnel l'ornaient, pour ceux qui osaient fleurir en cette saison inappropriée, d'une palette de doux intermédiaires entre le rose et le violet. Plus proche d'eux, un mur tapissé de plante grimpante d'où saillait une forme de pierre, sa gueule monstrueuse, quoiqu'on ne savait pas trop quel type de bestiole elle était censée évoquer, ouverte pour rejeter docilement l'eau des gouttières. Fonction qui la faisait paraître bien moins effrayante, même dans le cas où Lordan ne l'aurait pas affublée d'un petit nom aussi charmant.

« Mes hommages, Gertrude, »
fit le neishaan, une étincelle d'amusement brillant dans le métal fondu de ses prunelles. Puis il se redressa pour s'adresser à son aîné, qu'il commençait plutôt à considérer comme compère, voire complice :
« Vous parliez des œuvres d'art du kaerl, tout à l'heure… en voici une qui se tient bien à l'abri des regards. Je comprends que vous souhaitiez en préserver le charme, cet inhabituel jardinet mérite entièrement vos précautions. En avez-vous découvert d'autres du même type, consacrés à une autre couleur ? »
Ce serait amusant, si le Màr Menel comportait un espace horticole dédié à chacune des raies de l'arc-en-ciel. Si d'autres existaient, sans doute étaient-ils aussi bien dissimulés que celui-ci... de nouvelles recherches à entreprendre, en perspective ?

Tristan hocha la tête en assentiment au démarrage de l'étape suivante, mais ne bougea pas de son poste contre les créneaux, laissant au Maître le loisir d'emprunter le passage en premier, ainsi qu'il l'avait suggéré. Le neishaan observa avec grande attention la manière dont il s'y prenait, sachant qu'il allait très prochainement devoir l'imiter, mais pas outre mesure inquiet.
« Je commencerai quand vous serez arrivé en bas. Pour éviter des problèmes si un morceau de quelque chose se décroche, »
indiqua-t-il, refusant d'un geste toute autre offre d'assistance de la part de Lordan, et mettant très naturellement en pratique certains principes que tout habitant d'Ablah apprenait à un moment où un autre, s'il s'aventurait un tant soit peu dans les environs montagneux de la petite cité. Malgré tout, il était compliqué de rester là à patienter, et la position consistant à se pencher sur les créneaux pour admirer le jardin « mauve » s'avérait particulièrement inconfortable dès qu'on essayait de la tenir un peu longuement.



Le rouquin se décida donc à enjamber le parapet, en direction de la gargouille, qui semblait offrir un point de vue de bien meilleure qualité sur la végétation du petit terrain. Et en effet, une fois bien installé à califourchon sur Gertrude (mais n'allez pas répéter ça à des oreilles moins chastes), il se sentait très à l'aise pour... détailler les diverses plantes, bien évidemment. S'il n'y avait eu l'appel d'une autre aventure, il aurait même pu y rester plus longtemps, c'est qu'elle avait les reins confortables, la gredine ! Mais déjà, le Maître bronze lui signalait qu'il avait terminé sa descente, et qu'il était temps de faire ses adieux à la gargouillante dame. Quoiqu'ils repasseraient sans doute par elle pour le retour... elle était si serviable, et toujours de bonne composition ! Tristan tapota l'épaule de pierre en guise de remerciement et se tourna de côté, puis se saisit du lierre dont les lianes s'accrochaient à la muraille, en choisissant des tiges bien épaisses. Puis il se détacha totalement de cette chère Gertrude, passant avec souplesse dans une nouvelle position qui n'était pas sans rappeler l'araignée suspendue à sa paroi, le nombre de pattes excepté.

Lentement, mais sûrement, il arriva sans encombres à la porte telle que l'avait décrite Lordan. Son ouverture s'actionnait-elle depuis l'autre côté du mur ? Oui mais, en ce cas, un jardinier en herbe (ce qu'ils sont tous, au final) qui omettrait de la caler, et serait victime d'un coup de vent, se retrouvait comme naufragé sur la plate-forme aux plantes mauves. Ou alors, existait-il un mécanisme secret ? A moins que l'ouverture n'ait été condamnée, mais comment expliquer alors le parfait état d'entretien des lieux ? Encore un mystère qui venait ajouter à l'atmosphère subtilement mystique de cet endroit délicieux. Perdu dans ses pensées, l'aspirant avait continué à avancer, cherchant du bout du pied la marche suivante, et descendant peu à peu. Dans ce passage plus aisé, il se laissa aller à rêver de quelque explication romantique, plutôt que de faire attention à ses prises, négligeant temporairement le principe des trois accroches bien assurées. Immanquablement, c'est là que son pied dérapa sur la mince dalle de pierre qu'il visait, et glissa dans l'intervalle de vide qui la précédait, entraînant un instant le reste de son corps.

Ses bras se tendirent par réflexe, et ses ongles crissèrent contre la roche, tandis qu'une main agrippait au hasard un morceau de plante grimpante, mais trop fine pour soutenir cette brusque charge : la tige se rompit, laissant Tristan en position délicate durant des secondes pleines d'éternité, où les dieux semblaient hésiter sur la conclusion de l'incident, jusqu'à ce que son autre main atterrisse sur l'arête d'une marche supérieure, et s'y serre comme à une bouée de sauvetage inespérée. Les muscles du bras tendus comme les cordes d'arcs (ou de harpes, ce qui revient au même), il se rétablit lentement, réalisant peu à peu que son cœur battait à tout rompre, et que Maître Ventaren l'attendait toujours en bas. La mini-avalanche de petits morceaux de pierre, de feuilles et de minuscules mottes de terre, cessa peu à peu. Quand il eut retrouvé une posture plus conforme à la morphologie humaine, il prit le temps d'une inspiration profonde, et annonça d'un ton encore vaguement incertain :
« Tout va bien. J'arrive. »



Le reste de la descente se fit plus lentement, autant pour éviter de réitérer l'exploit précédent que pour épargner les toutes nouvelles écorchures de ses paumes, et il ne se permit aucune distraction, ce qui l'amena à bon port sans plus de frayeur inopinée. Il adressa un sourire d'excuse à son compagnon des chemins de traverse, dans l'espoir de le rassurer à la fois sur le petit décrochage passé, et sur ses capacités futures à aller plus loin, car jusque-là, sa démonstration n'avait pas été brillante.
« Un peu d'inattention... je vais m'efforcer de ne pas trop me laisser entraîner dans l'imaginaire, même si ces lieux y sont particulièrement propices. Ce qui n'excuse rien... »

Un long regard au mystérieux jardinet, qu'il se promit de revenir admirer ultérieurement pour faire plus ample connaissance avec tous ces arbres, arbustes et herbes, et il se tint prêt à s'aventurer vers la caverne. Ses yeux balayèrent l'espace bordant les fondations de la muraille, puis repérèrent la trappe, vers laquelle il se dirigea.
« C'est ici ? »
demanda-t-il en guise de confirmation, mais en se penchant déjà pour l'ouvrir. Le mécanisme jouait facilement, quoique non sans grincements disgracieux qui résonnèrent dans le tunnel de pierre, tirant une grimace au neishaan dont les oreilles auraient préféré se boucher pour la journée, plutôt que de devoir subir une telle dissonance. Malgré tout, l'ouverture fut libérée, et bientôt, les deux hommes se penchaient sur le boyau sombre qu'ils allaient emprunter.



Lordan Ventaren
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MessagePosté le: Sam 19 Mai 2018 - 23:35 Répondre en citantRevenir en haut

Après avoir révélé qu’il donnait des noms aux statues de sa connaissance, Lordan redouta un bref instant de paraître bien puéril, ce qui pour un Maître-Dragon, s’apparentait à de la niaiserie ou à un cerveau quelque peu fêlé. Il en fut un peu ennuyé. Depuis son arrivée sur Tol, se jugeant sans envergure, il s’était toujours efforcé de bien tenir le rôle de l’homme sérieux et raisonnable, en qui on peut avoir confiance. D’ailleurs c’était bien un aspect de son caractère, conciliant, sociable à sa manière , et qu’il se devait de développer en l’absence de capacités plus remarquables. Mais il ne se résumait pas à ce pragmatisme docile et rassurant. Du plus loin qu’il se souvenait, il avait toujours vécu en compagnie d’ un monde imaginaire qui comblait son besoin de merveilleux. Il savait que ce penchant était un handicap sitôt qu’il s’agissait de s’insérer dans une collectivité d'êtres unis par des besoins concrets, des nécessités d’action, des exigences de résultats. L’homme ne vit peut-être pas seulement de pain mais il ne peut vivre non plus que de rêves. Et quand le pain est dur à gagner, rêver, c’est ne rien faire et le rêveur n’est qu’un fainéant, un inutile. Se sachant sans destin autre que celui d’un homme ordinaire, il s’était donc toujours efforcé d’être présent à la tâche, désireux de bien remplir le rôle qu’on lui attribuait et finalement, satisfait de son sort. Mais jamais il n’avait renoncé à ses chimères qu’il retrouvait sitôt ses devoirs remplis. Il se sentait alors pleinement à l’aise, sans limites ni contraintes autres que celles qu’il se fixait lui-même. Revenant à la réalité il regrettait parfois, mais sans en faire un drame, de ne pas savoir donner une forme concrète à ses rêves, comme le font les artistes.

Heureusement,Tristan – n’était-il pas justement un artiste ? – se révéla être de ceux qui trouvent naturel de parler avec les statues. Gertrude fut admise comme telle dans la conversation, sur un ton mi-sérieux mi-amusé qui plut à Lordan.
L‘aspirant ne fit pas d’embarras pour se préparer à la descente, précisant seulement qu’il préférait passer en second. Sans plus discuter, Lordan enleva ses gants et attrapa le long cou de la gargouille puis, en habitué du chemin, par un mouvement de balancier de ses longues jambes, il se laissa aussitôt glisser dans le vide, se rabattant ensuite vers le mur pour trouver les branches maîtresses accrochées là. Il disparut dans le feuillage coriace. Par chance il n’y avait que peu de neige dans ce lieu encastré et orienté à contre vent. Sa descente secouait à peine une poudre fine autour de lui mais il sentit le froid engourdir ses doigts. Il regretta de ne pas avoir mis Tristan en garde contre de possibles pierres verglacées. Et aussi, il aurait dû lui signaler la traîtrise des vieux lierres : les branches porteuses les plus âgées font quasiment partie des pierres qui les supportent, mais les pousses récentes peuvent se casser d’une simple pression. Et puis, en arrivant aux pierres servant de marches que ses longues jambes atteignaient sans peine, il prit conscience que la différence de taille risquait de compliquer l’exercice pour le fluet Neishan. Inquiet, il fut sur le point de remonter pour l’avertir. Mais il n’était plus qu’à quelques coudées du sol et sa voix porterait mieux en dehors des feuillages.
Sitôt à terre, il s’écarta du mur, leva les yeux et vit Tristan assis sur le dos de Gertrude. Il paraissait à contre-jour tout pâle et diaphane, comme une créature des airs, un sylphe, semblant aussi fragile que la gargouille paraissait massive et puissante. Le contraste insolite évoquait une illustration de conte fantastique, tracée sur l’arrière-plan d’un ciel qui commençait à se voiler. Ces nuées grises annonçaient de nouvelles neiges. Lordan allait crier ses conseils mais déjà Tristan s’était glissé dans le lierre. Les Neishans sont des êtres naturellement souples et celui-ci s’était bien sorti tout seul du passage le plus délicat. Lui lancer des mises en garde et des "Faites attention" risquait de le déconcentrer. Lordan se contenta de suivre avec attention la progression de la descente quand soudain, craquements et agitation désordonnée du lierre le firent se précipiter vers la cascade végétale, prêt à freiner la chute comme il le pourrait. Un bras se tendit, une jambe erra un instant dans le vide. Mais déjà le garçon s’était rattrapé et lui lançait un message rassurant.
Sitôt que Tristan fut près de lui, Lordan s’excusa :

- Ouf ! j’ai eu peur! J’aurais dû vous préciser davantage la distance entre les marches. Et puis, je n’avais pas pensé au verglas possible. Je ne suis jamais descendu par là en hiver et je me sens bien piètre guide. Heureusement que vous êtes agile !...Bon, allons voir la caverne maintenant. Et soyons prudents. Il y fait peut-être plus froid que je ne l’imagine.

Le mur vers lequel ils se dirigèrent était aussi couvert de lierre mais surtout de glycines, celles- ci n’étant plus que sarments dénudés par l’hiver. Au printemps, le vert foncé du vieux lierre, le vert tendre des jeunes feuilles s’alliaient au mauve, décliné en plusieurs nuances, des grappes de fleurs parfumées. Tristan serait certainement charmé s’il revenait ici à la belle saison.

La trappe était accessible dans un renfoncement du mur caché par la végétation. La première fois, Lordan avait eu l’impression que, contrairement à la porte close et au jardin bien soigné, cet endroit n’avait pas été visité depuis très longtemps. Non sans quelques scrupules, il avait dû forcer le panneau vermoulu, poussé par la curiosité. Celle-ci le tenaillait depuis le jour où il avait découvert Maître Thelrand, ex-Ambassadeur Céleste et proscrit notoire, reprenant ses esprits dans un jardin apparemment inaccessible et sans aucun dragon pour expliquer ce parachutage. Hanelvig avait semblé aussi surpris que lui, mais le Bronze était encore trop jeune pour être mis dans tous les secrets de ses aînés.

La trappe levée s’ouvrait sur un souterrain étroit, plutôt bas de plafond, creusé à même la roche et laissé tel quel. Sitôt descendu, Lordan prit une des deux torches résineuses posées contre la paroi et il l’alluma, tirant un briquet d’amadou de l’une des vastes poches dont il ornait toujours ses tenues de " vadrouille" comme il désignait ses petits voyages en solo ou hors service. La torche eut du mal à prendre et il expliqua :

- Je les ai laissées là à ma dernière visite. Elles ont dû prendre l’humidité. Personne n’est passé par là apparemment. " et il ajouta, craignant que Tristan ne se méprenne : "Vous savez, je tiens au secret mais je ne me cache pas !

Il laissa à Tristan le soin de saisir la nuance et prit les devants, le tunnel descendant sur une centaine de pas vers une dalle lisse, visiblement découpée en forme de porte mais sans aucune poignée , loquet ou serrure visible.
Très content de l’effet qu’il allait produire, le maître-dragon tendit la torche à son suiveur, leva les bras, sa taille lui permettant d’atteindre le plafond et ses mains pressèrent la roche irrégulière. Crissement... Raclement...Ebranlement... la dalle glissa à la verticale dans une rainure du sol, s’arrêta juste avant de s’y enfoncer totalement, puis, avec un léger souffle, comme un soupir de résignation, reprit son mouvement et acheva de disparaître. Lordan trouvait toujours cela fascinant, bien que les portes à secret et même les portes magiques ne soient pas rares dans le Rhaëg. Mais là, c’était sa porte, sa découverte, en plein kaerl, pas dans de ténébreuses aventures avec sorciers maléfiques ou chevaliers félons. C’était comme un grand jouet qu’il était seul à savoir faire fonctionner. Seul ? Lordan n’aimait pas se mentir et il se sentit obligé de rétablir la vérité, un peu gêné aussi d’avoir joué à créer la surprise,comme un gamin ravi d’impressionner ses camarades. Aussi en s’engageant dans le vestibule qui s’ouvrait devant eux, il précisa :

- Ce n’est pas moi qui ai découvert le système. C’est Hanelvig. Il a bien voulu m’accompagner une fois, comme j‘insistais, ne parvenant pas à franchir cette entrée. Il a dû évidemment se métamorphoser. Il me dépasse alors de près d’une tête et est plutôt large d’épaules. Il marchait courbé. Quand on est arrivé, il s’est redressé, s’est cogné contre un rocher et retenu d’une main contre le plafond. Il a senti un ressort s’enfoncer et on a cherché le second. Je me demande parfois s’il ne connaissait pas déjà le système, compte tenu de tous ces savoirs que les dragons se communiquent. Mais inutile de l’interroger s’il s’agissait de mémoire collective . Il ne faut pas croire que le Lien signifie un partage continuel et total des pensées, ce que redoutent parfois certains aspirants quand ils découvrent le Don. C’est bien plus subtil et nous aussi, les bipèdes, nous ne laissons passer que ce que nous voulons, sauf par inadvertance.

La galerie était remplie d’un froid glacial. Après un coude très marqué, on découvrait par une arche naturelle de belles proportions, une sorte de terrasse ouvrant sur la caverne et dans un miroitement de lumières cristallines, tout un fouillis de stalactites irisés, d’arcs de glace entrecroisés, portés par des piliers aux formes tourmentées ou au contraire, droits et majestueux, évoquant les grottes basaltiques dont parle le poète.
Mais sitôt le tournant dépassé, l’habituel émerveillement de Lordan fut remplacé par une inquiétude et un sentiment d’anormalité qui le figea sur place. Un fort courant d’air venait de les frapper en pleine face , on entendait toutes sortes d’échos évoquant des bruits d’eau courante. Or d’habitude, la caverne de glace, totalement close, était un lieu de silence quasi sépulcral et l’air y était aussi immobile que les colonnes de glace dressées sous une voûte prise dans un gel immuable.
Ayant informé Tristan de cet étrange changement, Lordan lui dit qu’il pensait nécessaire d’avancer mais en prenant garde au moindre signe d’éboulement. Il était peut-être préférable que Tristan retourne vers la porte, bien qu’il ne pensât pas qu’il y eût du danger. A lui de décider. D’ailleurs, ce qu’il apercevait de la caverne était tout à fait semblable à ce qu’il avait l’habitude de voir. Il se dirigea aussitôt vers la terrasse et sitôt entré, il comprit d’où venait le courant d’air et le bruit d’eau.
Un puits oblique s’était formé dans la voûte et de son orifice circulaire, tombait un ruissellement peu conséquent mais dont le bruit se répercutait dans la grotte. Un amas de roches sombres juste sous le puits attestait de l’effondrement. Mais ce qui surprit vraiment le maître bronze fut, plus loin dans la caverne, sur une plaque de roc en contrebas, un objet qu’il n’identifia pas, une sorte d’amas informe, brunâtre, couleur de vieux cuir, qui lui évoqua en une seconde, un corps effondré sur lui-même et pétrifié par le gel, puis en moins macabre, une besace de bonne taille comme les marchands en suspendent sur les bâts des mulets, et même, en franchement prosaïque, une bouse d’éléphant déposée là sans aucune retenue. Et surtout sans aucune logique. Un éléphant ici ? La brève vision d’un Bigfoot ou d’un Yéti se soulageant dans sa caverne chassa l’éléphant impossible de l’esprit d’un Lordan médusé. Qu’en pensait Tristan ?



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