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Tristan Gwened
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MessagePosté le: Dim 20 Aoû 2017 - 22:24 Répondre en citantRevenir en haut

[Toute fin Mystraku 918 (donc peu après l'éclosion des œufs de Ky'rinth)]

Depuis qu'il avait assisté à la naissance de dragonneaux sur les Sables du Mar Menel, et vu à l'œuvre la magie de Flarmya dans l'Empreinte qui s'était réalisée pour Ottilia, Zoran et Iniaki, depuis ce jour, donc, Tristan s'efforçait de faire bonne figure, tout en ruminant doutes et perspectives d'échec. Il en revenait généralement à la même conclusion : jamais il ne pourrait y arriver, lui. Certainement qu'il n'aurait jamais dû quitter Ablah. Ou alors, si, car il le fallait, mais pas pour aller sur Tol Orëa, ce continent dédié aux seigneurs des cieux, et où il n'avait assurément pas sa place. Mais alors, où, et pour quoi faire ? Il était bien conscient de n'avoir que peu de talents hors d'une bibliothèque.

Jusqu'à lors, il avait gardé pour lui ses réflexions, sans en faire part à Sable ou Asra. Lesquelles l'avaient justement libéré de toute obligation pour l'après-midi, l'engageant à prendre un peu de temps pour lui-même. En cela, elles seraient suivies : après avoir tourné en rond un moment, indécis, l'évidence lui était apparue, et il s'était décidé à se mettre en quête de glace qu'il pourrait former à son idée en toute tranquillité. Il appréciait tellement cette activité, à Ablah, et en ressortait toujours comme renouvelé, débarrassé d'une partie de ses démons. Ici, sur l'île volante du Kaerl Céleste, il n'avait pas encore eu l'occasion de tester si cela se passerait de la même manière, mais la saison et l'altitude devraient lui fournir la matière première nécessaire, et lui permettre d'être fixé sur ce point.

Les gants fins en peau de chevreau passés à sa ceinture, qui soutenait de l'autre côté la trousse de ses indispensables outils, un long manteau de couleur sombre assez indéfinie l'enveloppant, et le bonnet aux flocons de grand-mère Enide enfoncé jusqu'aux oreilles, il avait commencé par se rendre au centre de la cité, à la grand place. Il y avait évidemment bien trop de monde pour qu'il y reste, mais c'était un lieu de passage souvent inévitable entre les différentes parties du Mar Menel, comme il l'avait rapidement constaté. Il commença par balayer du regard la zone que ne couvraient pas les imposants bâtiments officiels, cherchant par où commencer sa quête. Le vert sombre de quelques sapins attira son regard, et il se dirigea vers ce signe de présence naturelle.


Ce ne fut pas là, ni dans les petits coins suivants qu'il visita, qu'il trouva son bonheur. La glace n'était pas assez épaisse, ou pas assez froide, ou trop souillée, ou encore, tout simplement, inexistante. Désespérant de dénicher un bloc convenable, il finit par se satisfaire d'un modeste ovale, dont il dût racler la surface pour en ôter les débris végétaux et minéraux qui s'y étaient incrustés, et venaient gâcher la transparence irisée propre à la glace pure. Dans cette petite cour déserte, il s'absorba bien vite à sa tâche familière, mais toujours passionnante pour lui. Et sous les coups de gouge et de ciseau, commença bientôt à apparaître une silhouette féline, grandeur nature, qui semblait plongée dans un sommeil bienheureux.

Tout à son œuvre, Tristan ne perçut bientôt plus rien de ce qui l'entourait, en dehors de l'eau solide qu'il travaillait. Son esprit était retourné à Ablah, auprès du modèle de chair et de pelage qu'il retranscrivait aujourd'hui. Car si la cité des neiges éternelles élevait des chèvres angora, elle abritait aussi de nombreux chats, généralement bien rembourrés également. Ces animaux étaient les bienvenus dans les bibliothèques, pour en protéger les précieux manuscrits contre les pillages de rongeurs. En outre, les félins domestiques s'accordaient bien à l'ambiance studieuse des lieux, et on pouvait souvent en croiser un, paisiblement endormi dans un coin, ou auprès d'un feu allumé là pour chasser la froideur de ces hautes altitudes, voire sur les genoux d'un lecteur accueillant.

Peu à peu, le neishaan passa à des outils plus fins, à mesure qu'il précisait les détails. Les doigts des pattes se séparèrent, la fourrure épaisse s'affirma doucement, et le museau émergea à moitié de l'extrémité de la queue qui s'y recourbait. Moustaches et vibrisses furent les derniers éléments à apparaître, et si la difficulté de réalisation d'éléments si fins le fit en casser quelques-uns, il en resta suffisamment pour que la représentation reste claire. Il gratta encore quelques infimes détails, de-ci, de-là, cherchant la perfection. Puis, enfin, ses mains s'écartèrent du chat de glace, et avec un soupir de satisfaction, il se recula légèrement pour considérer son œuvre.



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MessagePosté le: Dim 20 Aoû 2017 - 22:24 Revenir en haut

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Lordan Ventaren
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MessagePosté le: Jeu 24 Aoû 2017 - 18:22 Répondre en citantRevenir en haut

Il faisait bien frisquet au Màr Menel, ce qui n’avait rien d’anormal en cette fin d’année. Le froid hivernal se faisait sentir avec plus ou moins de force sur tout le continent des dragons. Certes Tol Orëa était riche en micro-climats, que ce soit pour d’honnêtes causes géographiques (côtes exposées aux courants glacés venus du nord, souffles chauds venus des zones volcaniques etc..) soit en raison d’ influences peu scientifiquement justifiées et sentant fort la magie. Des aberrations météorologiques extrêmes pouvaient survenir dans tel ou tel endroit habituellement tempéré. On accusait l’intervention de mages mauvais, détraqueurs de temps, la volonté des dieux fâchés contre l’impiété des hommes ou bien les résultats déplorables d’essais ésotériques imprudents du côté de l’Académie. Mais qu’attendre d’une terre où l’existence d’une île aérienne fait partie des réalités ordinaires ? Le Màr Menel quant à lui observait avec régularité le régime des quatre saisons et ne souffrait que rarement des vents si souvent violents en altitude.

Lordan avait revêtu son grand manteau d’hiver, bleu foncé et chaudement doublé et, à la manière des trappeurs, s’était coiffé d’une casquette en peau de lapin munie de deux oreilles rabattues sur les siennes. Il n’avait certes pas l’air martial qu’un casque de cuir bordé de fourrure d’ours ou de loup aurait conféré à un redoutable guerrier. Mais n’étant que guerrier d’occasion et d’expression naturellement pacifique, il cherchait seulement à se protéger du froid vif de l’espace.
En effet il avait décidé qu’aujourd’hui il s’envolerait avec Hanelvig pour s’entraîner à une figure, dite du "Tire-bouchon inversé", recommandée par le Manuel du Parfait Dragonnier (Tome VI).
Lordan n’était pas du genre à cabrioler dangereusement dans les airs pour le plaisir ou pour le risque, ce que lui reprochait parfois son dragon d’humeur encore joueuse. Mais la figure était censée être très efficace pour échapper à une bande de wyvernes telles qu’on en trouvait au nord du Vaendark ou à certaines attaques vicieuses de dragons entraînés au Màr Tàralöm. On disait que pour assurer leur suprématie les Ardents s’inspiraient en vol des monstres les plus redoutables et pratiquaient les techniques aériennes les plus risquées. Lordan ne croyait pas devoir un jour tirebouchonner dans l’espace ni d’ailleurs, en être capable, mais en tant que maître, il estimait devoir au moins avoir essayé prudemment, au cas où un aspirant lui demanderait ce qu’il pensait de la manœuvre. Voilà pourquoi il se dirigeait d’un pas vif vers la grande porte de l’Ouest.

Hanelvig devait l’y attendre au delà des remparts, sur l’un des vastes terre-pleins qui occupaient ici et là les bords de l’île aérienne. Ces espaces permettaient les manœuvres d’atterrissage quand on ne sortait pas de l‘Interstice directement en ville où les embouteillages étaient à craindre en cas de vols groupés. Ces zones d’herbe et de petits bosquets avaient aussi un effet salutaire sur les habitants du Màr Menel qui auraient pu se sentir quelque peu à l’étroit, embarqués qu’ils étaient sur le navire céleste, si celui-ci n’avait offert cette transition avec le vide qui les entourait
.. Lordan suivait donc le chemin de son rendez -vous, sa besace sur l’épaule et d’assez joyeuse humeur devant ce qui était à la fois un exercice d’entraînement (motif indiqué pour justifier sa sortie ) et surtout une occasion de se retrouver seul avec son lié et d’admirer de haut les plaines enneigées, peut-être aussi quelques cascades prises par le gel.

Il s’approchait des murailles quand, traversant un groupe de quelques sapins, il entendit un curieux bruit de raclement et des coups secs et brefs, vaguement cristallins. Il pensa à un animal. Dans les petits parcs naturels et jusque dans les cours des cottages qui ponctuaient les lisières intérieures du kaerl, on trouvait des daims, des renards, des écureuils et les chiens et chats fugueurs du kaerl y venaient volontiers. Mais il était difficile d’attribuer le bruit entendu à ces animaux et Lordan envisagea un instant un oiseau, genre pic-vert, tambourinant sur un tronc rendu particulièrement sonore par le gel et l’air sec.
Mais quand il quitta l’ombre des arbres, le bruit cessa et quelques pas plus loin, il aperçut dans une petite cour ouverte sur le côté d’un appentis, un homme immobile devant un objet que Lordan prit d’abord pour une statuette de cristal. En s’approchant, il vit qu’il s’agissait d’un chat et que, étant donné les éclats un peu mouillés qui jonchaient le sol, l’inconnu devait l’avoir lui-même sculpté dans la glace. Il tenait d’ailleurs encore un ciseau délicat à la main. Le sculpteur portait un bonnet tricoté d’un style peu usité qui mettait une touche de fantaisie dans son vêtement par ailleurs très ordinaire.
Lordan reconnut un aspirant, aperçu lors de réunions ou croisé aux Spires. Il se souvenait de son prénom : Tristan, car il en aimait beaucoup la sonorité à la fois ferme et douce, discrète et nostalgique. Pour le reste, des bribes de rapport d’identité lui revinrent brièvement en mémoire : un tout jeune homme ramené par Cyriandil, lequel se promenait beaucoup ces derniers temps... un sang- mêlé, neishan en partie sans doute, vu la finesse de son allure générale, la pâleur translucide de son teint. Et aussi, il se souvint, sauf erreur de sa part, du fait qu’il venait d’Ablah, cité de la Grande Barrière, dite aussi Andram, la chaîne montagneuse qui traverse le Vaendark et comporte des régions très isolées. Ablah était connue comme une ville où le savoir est grand et Lordan s’était dit qu’il faudrait qu’il se renseigne davantage sur cette cité. Il était lui-même un ami des livres et des grimoires bien que sa vie de chevalier et de maître l’ait quelque peu éloigné des bibliothèques. Il aimait ces lieux envoûtants, remplis d’ombre et de silence, mais où brillent les lumières de l’esprit et résonnent les mille voix du passé.

Charmé par la beauté de l’oeuvre et le caractère insolite de la situation, Lordan fit encore quelques pas et s’arrêtant, salua le sculpteur d’un geste simple, prêt à passer son chemin s’il se sentait de trop. Certains artistes n’aiment pas être interrompus quand ils créent, mais ce chat scintillait si joliment sous le soleil clair de l’hiver, sa pose était si gracieuse et si justement rendue qu’il était naturel de vouloir exprimer son plaisir et aussi son admiration.
Lordan se décida donc à parler :

-Je suis Lordan Ventaren, maître céleste. Pardonnez mon intrusion. Je ne savais pas que le Màr Menel s’était enrichi d’un artiste et qui plus est, sculptant la glace, ce qui n’est pas commun. Ce chat de cristal éphémère est une réussite totale ! J’espère que le temps très froid va perdurer pour qu’il ne disparaisse pas trop vite. Est-ce un art particulièrement enseigné dans votre patrie ?

Il se pencha un peu sur la figurine, ravi de constater la finesse des détails puis se relevant, regarda le jeune sculpteur pour voir s’il ne l’avait pas importuné.



Tristan Gwened
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MessagePosté le: Dim 10 Sep 2017 - 20:33 Répondre en citantRevenir en haut

Absorbé dans son ouvrage, Tristan n'avait ni vu, ni entendu l'approche de Lordan. Il s'essuyait le front d'un revers de manche, car la sculpture sur glace lui donnait toujours quelques suées. Il les supposait dues à la concentration mobilisée pour l'occasion, sans soupçonner le moins du monde qu'il pouvait s'agir d'autre chose. L'explication était simple et logique, il n'avait pas de raison d'aller chercher plus loin.
Lorsque le Maître Bronze entra franchement dans son champ de vision, il eut donc un franc sursaut d'étonnement, et resta un instant aussi figé que sa statuette, à le dévisager. Étrange accoutrement que ce couvre-chef à oreilles, ou du moins, inattendu en ces lieux : la plupart des Chevaliers l'auraient sans doute vu comme une offense à leur dignité, malgré le côté assurément pratique d'un tel objet.

Le jeune neishaan se reprit rapidement, et baissa regard et visage en même temps, alors qu'il réalisait comme il venait de fixer l'inconnu, en une attitude qui n'avait rien de poli. Naturellement, ses pommettes en profitèrent pour se colorer de carmin, couleur qui se propagea à mesure du discours de Lordan, lequel mettait à mal l'humilité de l'adolescent. Les compliments allumèrent cependant un sourire dans ses yeux ambrés, et un brasillement tiède dans sa poitrine.
Ce n'était jamais désagréable d'entendre semblables louanges, même s'il les minimisait en songeant que, sans doute, l'autre n'avait pas souvent eu l'occasion d'admirer des sculptures en cette matière bien particulière, et qu'un véritable artiste aurait fait bien mieux que lui. A bien y réfléchir, lui-même n'avait guère d'élément de comparaison pour jauger son savoir-faire - ni en bien, ni en mal.
« Messire, je vous remercie, et suis heureux que ce modeste ouvrage vous réjouisse la vue. Je m'appelle Tristan, Tristan Gwened, »
termina-t-il en saluant correctement,
« et vous, vous êtes le… enfin, je veux dire, vous avez été le maître d'Ottilia, n'est-ce pas ? Elle m'a parlé de vous, un peu. Je suis ravi de vous rencontrer. »

L'aspirant retourna un regard presque maternel sur sa sculpture, un mince sourire aux lèvres. Non, il n'était pas mécontent de son chat, malgré la maigre quantité de glace de qualité qu'il avait réussi à dénicher. Dans cet art, il fallait aussi s'adapter à la matière première qu'on parvenait à obtenir, et cela avait été son principal défi pour cette œuvre-ci, l'autre ayant été de retrouver les gestes habituels après quelque temps sans pratiquer, et dans un environnement qui avait largement été modifié.
« Oh, vous savez, je crois que je n'aimerais pas tailler dans un matériau qui reste longtemps sous la forme que je lui aurais donnée, comme la pierre. Je préfère que ce soit éphémère… le contraire me semblerait… présomptueux. »
Il lui était difficile de formuler une explication franche à ce goût pour le non durable. Son ressenti se basait plutôt sur une intuition. D'une part, il y avait l'idée de profiter maintenant de ce qui ne serait plus demain, concept sans doute bien plus fëalocë que neishaan - mais ne le lui dites surtout pas. D'autre part, figer un ouvrage pour les siècles futurs obligerait, selon lui, à admettre qu'il était proche de la perfection, et cela, même s'il s'y efforçait, il n'était pas de l'avis qu'il s'en approchait suffisamment. Son amusement ne méritait pas de tels honneurs. Et enfin, plus personnellement, il associait chaque sculpture à l'état d'esprit du moment, généralement, un genre de mélancolie, qu'il avait l'impression de couler dans la forme qu'il faisait apparaître. Aussi, quand la glace se délitait lentement, c'était son triste sentiment qui, peu à peu, disparaissait aussi.

« A la vérité, il n'y a pas plus d'enseignement là-dessus, qu'ailleurs… du moins, je ne crois pas, »
tempéra-t-il avec un haussement d'épaules d'ignorance.
« J'ai surtout appris… en faisant. En essayant. Et avec quelques livres, aussi, qui en parlaient, mais… ce n'est pas la meilleure manière. »
Un mince sourire releva les coins de ses lèvres alors qu'il songeait à ses premiers essais, les tâtonnements pour comprendre comment amincir sans briser, quand changer pour un outil plus précis, où commencer par ôter de la matière pour ne pas risquer un effondrement…
« Je suppose que l'influence de là d'où je viens, elle se fait plutôt sentir sur mon choix de la glace. Je suis des montagnes du Vaendark, et nous n'en manquons pas, là-bas. Cela aurait été plus compliqué si j'étais né à Qhara… »
De nouveau, le mince sourire passa comme un fugitif éclat de lumière, alors qu'il revoyait, cette fois, les jungles humides que Sable Lewë lui avait fait découvrir quelques temps auparavant.

Esquissant un pas de côté, il s'écarta pour laisser l'homme examiner son travail plus à loisir. D'habitude, il sculptait surtout pour lui-même, et il gardait une certaine réserve à l'idée d'exhiber son résultat, mais il était aussi en train de découvrir que le partage n'était pas nécessairement une mauvaise idée. Cela n'avait décidément rien de désagréable, de constater que celui-ci se trouvait apprécié.
« Je n'ai pas encore eu l'occasion de discuter de tels sujets depuis que je suis arrivé au kaerl, mais… l'art y est-il courant ? Et sous quelles formes ? Vous-même, si je peux me permettre, en pratiquez-vous un ? »



Lordan Ventaren
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MessagePosté le: Mar 3 Oct 2017 - 22:28 Répondre en citantRevenir en haut

Parmi les nouveaux arrivants au Màr Menel, quelques uns manquaient parfois d’éducation ou s’exprimaient dans une langue commune bien maladroite. Ce n’était pas par choix bien sûr. Certains Doués étaient repérés au fin fond de régions isolées où le dialecte local évinçait la langue commune ; d’autres ne savaient pas lire, encore moins écrire, issus de nations ou de classes sociales où l’instruction demeurait l’apanage des prêtres ou des scribes attachés à un seigneur, lui même souvent illettré. La plupart des nouveaux arrivants surmontaient rapidement ces faiblesses, du moins les plus intelligents qui voyaient l’intérêt de se mettre à l’unisson de la société où ils allaient vivre.
Lordan apprécia donc le ton courtois et l’expression aisée du jeune sculpteur. Ses paroles lui semblèrent traduire une sensibilité délicate, un esprit réfléchi, et en plus artiste, ce qui ne pouvait qu’attirer le maître bronze, fasciné par ceux qui créaient de la beauté, lui qui n’était capable que de l’admirer. Le garçon n’était peut-être pas construit sur le modèle " Je suis une force qui va", un futur guerrier farouche et redoutable tel que certains en rêvaient pour la gloire et le renouveau du Màr Menel. Mais quoi ! Lordan lui-même, malgré sa haute stature, n’était certes pas de l’étoffe dont on fait les héros et il avait su cependant se rendre utile dans ses limites et défendre son kaerl. D’ailleurs, il ne fallait pas toujours se fier à l’apparence et certaines races d’aspect fragile, presque éthéré, pouvaient faire preuve d’étonnantes capacités physiques. Lordan considéra donc Tristan avec toute la sympathie née brusquement d’un ensemble de faits qui touchaient en lui des cordes sensibles et il eut immédiatement envie de l’encourager et de lui montrer qu’il aurait toutes facilités pour exercer son art dans le kaerl qu’il avait choisi. Il répondit donc à la question posée tout en se déplaçant de quelques pas pour observer la sculpture sous plusieurs angles :

- Il est certain que la plupart des maîtres parlent d’abord entraînement militaire, pratique du vol et connaissance des règles de vie des chevaliers. Et quand les temps sont troublés – ce qu’ils sont apparemment le plus souvent – les conversations sur la beauté du monde et le plaisir des belles choses deviennent rares.
Mais vous avez certainement remarqué que notre Kaerl comporte de splendides architectures, ornées de façon exceptionnelle : peintures, tapisseries, statues, mobiliers raffinés, objets précieux montrant que leurs créateurs sont, ou furent, non seulement des artisans d’excellence mais aussi des artistes accomplis. Je crois que presque en chaque lieu important du kaerl nous pouvons ressentir avec force ces émotions si variées qu’éveillent les œuvres d’art. Pour ma part je ne me lasse pas de parcourir notre cité céleste et d’en admirer les chefs d’oeuvre reconnus, mais aussi ces petites merveilles plus modestes disséminées au hasard des rues ou des remparts. Ah les remparts ! le lieu le plus exaltant du Màr Menel , avec ses points de vue... vertigineux, c’est le moins qu’on puisse dire !


Un peu gêné, Lordan s’arrêta sur cette demi-plaisanterie. Il était encore parti dans un de ses discours qui lui donnaient la réputation d’être un bavard auprès de ceux qui l’entendaient pour la première fois, alors qu’on le jugeait ensuite plutôt taciturne et solitaire, fuyant les occasions de la vie sociale qui tissent et confortent les liens du vivre ensemble. Timidité ? Crainte du regard des autres ? Goût de la solitude méditative ? Sentiment de son peu de valeur ? Un peu de tout sans doute. Cependant quand un inconnu éveillait en lui une sympathie immédiate, il se livrait avec facilité, quitte à s’en sentir mal à l’aise ensuite. Pour l’instant il il trouvait une certaine assurance dans le fait que son statut l’autorisait à prendre l’initiative et même le lui recommandait. Certains aspirants coupés de leurs racines avaient besoin d’encouragements pour se sentir intégrés.

En examinant la statuette, il avait constaté que la glace contenait quelques débris de terre, quelques traînées un peu jaunâtres, d’ailleurs habilement reléguées dans la partie inférieure. Tristan avait certainement eu du mal à dénicher de quoi sculpter le petit félin. Les habitants entretenaient soigneusement les abords des maisons et l’endroit avait dû être déblayé pour éviter le verglas ou l’accumulation de neige. Même les jolies stalactites frangeant le bord des toits avaient été impitoyablement abattues et évacuées.
Et dire que non loin d’eux, se trouvait un lieu étonnant et secret, le palais de la fée des frimas, la caverne des glaces éternelles, miroitant dans une fantasmagorie de couleurs digne des trésors que les légendes prêtent aux anciens dragons. Lordan hésita ; c’était un secret et qui touchait à des évènements graves. Mais qui touchait seulement... En fait, il avait découvert la caverne de glace bien après ces événements et n’en avait parlé qu’à son lié qui avait pris la nouvelle avec désinvolture:

* Tous les dragons connaissent son existence mais nous préférons nous chauffer au soleil. Ne compte pas sur moi pour partager tes émotions esthétiques en me gelant les écailles sous terre. *

Lordan hésitait. Cela plairait sans nul doute au sculpteur de savoir qu’il pouvait trouver de grandes quantités de son matériau favori sans quitter le kaerl. Mais comprendrait-il qu’il ne faudrait pas en parler, ne pas poser de questions ?..Tristan était très sympathique, modeste et bien élevé ; c’était un aspirant donc on avait jugé qu’il était digne de confiance, mais .. mais..
Cependant, en y réfléchissant, Lordan se dit qu'il n’était pas obligé de parler des circonstances qui lui avait fait découvrir la mirifique caverne de glace.

C’était lors du premier retour de Peddyr au kaerl- dont il ne savait d’ailleurs que ce qu’il en avait personnellement vécu, à savoir qu’il avait trouvé le Maître Brun alors proscrit, apparaissant, sorti de nulle part, dans le jardin fermé qu’il appelait le Jardin Mauve. Bien plus tard, poussé par la curiosité, il y avait découvert une entrée secrète vers le sous-sol du kaerl qui l’avait conduit à la caverne de glace. Comme Peddyr lui avait demandé le secret sur son retour, lequel avait d’ailleurs coïncidé avec la réapparition du seigneur Zackheim, il n’en avait parlé à personne, craignant de s’embrouiller dans des affaires d’état. Mais le silence sur sa découverte était plutôt un prétexte, au cas où on lui reprocherait de ne pas l’avoir signalée, car cette caverne totalement fermée sur l’extérieur ne pouvait pas être le chemin par où Maître Thelrand s’était introduit dans le kaerl. En fait, Lordan n’avait nulle envie que le Jardin Mauve se retrouve livré à la curiosité publique ou que le seul accès qui permettait de l’entrevoir soit fermé par les autorités.

Ce qui finalement le décida à en parler à Tristan fut la coïncidence de sa rencontre avec un sculpteur de glace alors qu’il était le seul à avoir découvert cette caverne gelée. Enfin, le seul à sa connaissance... Le Gardien du Kaerl savait manipuler la nature magique du Màr Menel et pouvait même en modifier certaines apparences s’il le jugeait utile à la sauvegarde du kaerl. Il ne pouvait pas ignorer l’existence de ce lieu étrange et même qu’un visiteur s’y rendait parfois pour l’admirer. N’était-ce pas un signe du destin que le découvreur de la merveille croisât ce jour-là celui qui pourrait mieux que tout autre en apprécier l’existence ?
En s’efforçant de paraître détendu et surtout en évitant des airs de conspirateur, Lordan commença donc :

- Vous savez sans doute qu’il existe dans l’énorme socle supportant le kaerl de nombreuses cavités, très difficiles d’accès, ouvertes sur l’abîme et où se rendent parfois des amateurs de champignons et de descente en rappel ? On déconseille de s’y rendre avec les dragons qui effraieraient les corbeaux et autres éboueurs qui y nichent et sont très utiles pour le nettoyage des déchets urbains. Mais ces cavités ne sont pas les seules curiosités du dessous du Màr Menel.

Il s’interrompit, hésitant un bref instant à livrer son secret :

-Que diriez-vous d’une grotte, fermée celle-là et tapissée de glace en toutes saisons .... ? Je pourrais vous y conduire. Cependant, je dois vous demander de n’en rien dire. Je l’ai découverte par hasard et c’est un lieu que j’aimerais voir rester secret. Puis-je avoir confiance en votre discrétion ? Il me faudra un serment sur l’honneur.

*********


HRP- Les circonstances de ce retour de Maître Peddyr Thelrand avec l’ex- Seigneur Zackheim, en pleine bataille contre l’Ombremage, se trouvent dans...

http://tol-orea.xooit.org/t3082-RP-Retour-dans-un-Kaerl-en-chaos.htm

C’est après ce retour que mû par la curiosité - vilain défaut ! - Lordan découvrit la caverne de glace sans en rien dire à personne.



Tristan Gwened
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MessagePosté le: Jeu 19 Oct 2017 - 20:54 Répondre en citantRevenir en haut

Le neishaan opina doucement aux paroles du jeune Maître, signe qu'il se trouvait en accord avec ses dires, et son sourire, initialement aussi subtil que la brume matinale soulignant les étendues d'eau, se faisait plus franc à mesure qu'il s'exprimait.
« En effet, le Mar Menel ressemble à lui seul à une œuvre d'art, et pas des moindres… Auriez-vous un élément favori à me conseiller ? Je n'ai encore parcouru qu'une toute petite partie de ce kaerl, et ne me suis pas encore tout à fait habitué à croiser tant de beauté à chaque pas. C'en serait presque épuisant pour les yeux : il est difficile de les reposer, dans ces conditions, »
acheva-t-il sur un ton légèrement humoristique. Après tout, c'était Lordan qui avait commencé à user de ce registre-là. Mais il dut confesser son ignorance pour ce qui constituait la ceinture extérieure de l'île volante, même si la description exaltée qu'en donnait son interlocuteur ne pouvait que l'inciter à de tenter de nouveau l'expérience :
« Je vais devoir vous croire sur parole, je n'ai malheureusement pas eu l'occasion d'expérimenter moi-même cette vue, pour l'instant. Les seules fois où je me suis rendu là-bas, il y avait beaucoup de brume, et le sol restait dissimulé. On m'a dit que c'était courant, aux premières heures après la nuit… »
Le visage de l'aspirant sembla considérer quelque chose de bien lointain, alors qu'il revoyait en esprit le tableau qui s'était alors présenté à lui.
« Mais se découvrir voguant au milieu du firmament, au-dessus d'un océan de coton, a aussi son charme. J'imagine que cela doit devenir moins exceptionnel pour vous, qui pouvez le faire régulièrement, grâce à votre Lié… »

Les hésitations initiales de l'humain à la chevelure de nuit avaient totalement échappé à Tristan, cependant, les caractéristiques inconnues de son nouveau foyer l'intéressèrent au plus haut point.
« Je n'en savais rien du tout… ce doit être très dangereux de chercher à les atteindre. Ceux qui s'y hasardent possèdent un esprit d'aventure particulièrement développé… »
Pour ne pas dire une inconscience manifeste. A voir la constitution du natif d'Ablah, il était assez peu risqué de supposer que l'escalade ne serait pas son activité favorite. A raison. Quant aux champignons… ils ne valaient sans doute pas qu'on taquine le tombeau pour un instant de gourmandise.
« Le Mar Menel est donc truffé de galeries ? Comme… excusez la comparaison presque infamante, mais… comme un fromage ? »
La lueur d'amusement réapparut, éclat furtif. Cependant, le petit suspense, ménagé par le Bronze non intentionnellement, termina de lui acquérir toute l'attention du plus jeune, et ses yeux fauves s'illuminèrent d'un intérêt où la claire intelligence des neishaans se mêlait à la brûlante passion des fëalocës
« Ce serait… magnifique. Mais, l'accès… en est-il aisé ? Et les lieux sont-ils sûrs ? A vous entendre, on pourrait facilement les imaginer peuplés de fantômes agitant leurs chaînes pour décourager les visiteurs indésirables… »

Il craignait de se faire de faux espoirs. S'il fallait jouer de la corde pour l'atteindre, la trouvaille serait tout de suite moins attirante pour lui. Et si quelque créature ombrageuse pouvait y élire domicile, Tristan ne serait pas de taille. Cependant, l'idée de conserver l'endroit secret ne lui posait pas problème. Il aimait sculpter pour l'activité seule, non pour que ses œuvres soient admirées. Un hochement de tête grave vint donc en réponse.
« Je garderai cela pour moi, si c'est ce que vous souhaitez. Je vous remercie d'ailleurs de bien vouloir partager cette connaissance avec moi. »
Il plongea son regard dans celui du Maître, pour l'assurer de sa sincérité.
« Je vous jure que, à part vous, aucun bipède n'entendra jamais parler de cette caverne de glace. Je serai muet comme le tombeau. Sur mon honneur, sur celui de la cité d'où je viens, et de la communauté qui m'accueille présentement. »
Voilà, les chaînes du serment le liaient désormais, ainsi que l'avait souhaité l'humain. Et il prenait très au sérieux cette parole donnée.



Lordan Ventaren
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MessagePosté le: Jeu 16 Nov 2017 - 11:12 Répondre en citantRevenir en haut

L’air vif et excitant, le cadre familier de ces modestes maisons bien closes sur la chaleur de leur foyer, l’agréable sensation de pouvoir disposer de son temps, tout contribuait à la bonne humeur de Lordan. Et puis quel plaisir de converser avec un interlocuteur aimable, bien parlant et qui savait animer son discours de petits éclairs amusés ! Sous cette enveloppe de jeune homme bien éduqué, un brin cérémonieux, on devinait un esprit vif qui savait à l’occasion ne pas tout prendre au sérieux.
Cependant, la sympathie grandissante éprouvée pour ce garçon sortant de l’ordinaire se doublait pour Lordan de quelques scrupules. Ne s’était-il pas bien vite, trop vite, découvert devant cet inconnu ? Un secret partagé, ce n’est plus un secret. En plus, en ne signalant pas sa découverte aux autorités, il s’était peut-être mis dans une situation fausse et dans ce cas il y entraînait un aspirant. Certes aucune loi n’avait été enfreinte et il n’avait jamais rien observé dans cette caverne qu’un lieu désert de beauté naturelle. Mais son exploration du Jardin Mauve - aussi innocente soit-elle - restait liée au retour controversé de Peddyr Thelrand et il aurait mieux fallu ne pas retourner là-bas. Ou alors en parler à ses supérieurs ou au Directeur des Archives ou bien à Maître Nalesean qui savait tant de choses sur la nature même de l’île céleste.
Ne cherchait-il pas les ennuis de s’être ainsi laissé aller à son enthousiasme pour une jolie statue et au charme insolite de son créateur?
Mais bah, il se faisait bien des scrupules pour une grotte sans autre intérêt que touristique. Combien de fois avait-il cru qu’il était en faute alors que finalement personne ne lui reprochait sa conduite ? Il se voyait assez bien, l’air grave, révélant l’existence de la caverne de glace à Joachim de Leysse, par exemple et celui-ci répondant, l’air distrait: "Ah oui ? Vous avez trouvé une caverne gelée? Parlez- en à l’intendant. Le chef cuisinier est parfois à court de glace en cas de canicule."
Au diable son esprit timoré, sa crainte de déplaire et de mal faire. Pour une fois où il avait pris l’initiative d’une invitation, il ne reculerait pas ! Il n’allait pas décevoir un aussi charmant garçon, sensible au caractère exceptionnel de la Cité céleste et qui partagerait peut-être son attachement aux merveilles du Màr Menel. D’ailleurs, le Neishan montrait déjà son intérêt en promettant le silence en termes solennels qui impressionnèrent Lordan. Ce n’était pas tous les jours qu’on rencontrait un jeune homme capable de formuler un serment en utilisant un rythme ternaire en crescendo et de fort belle facture. " Sur mon honneur, sur celui de la cité d’où je viens et de la communauté qui m'accueille présentement. » Et de plus après avoir invoqué le tombeau. C’était peut-être une expression traditionnelle de sa patrie mais cela changeait du " Pas de problème ! c’est juré !" dont se seraient contentés bien des aspirants.

Le jeune homme n’avait pas cherché à cacher qu’il n’était pas partisan des risques inutiles et qu’il préférait savoir où il mettait les pieds. Cette franchise plut aussi à Lordan qui décida de le rassurer. Il commença par lui présenter la structure de l’île aérienne comme on ne peut plus stable :

- Ce sont les lois de la physique qui exigent que le socle de notre Màr Menel soit percé d’alvéoles qui lui permettent d’acquérir, malgré sa masse, une certaine légèreté. Un peu comme la pierre ponce qui peut flotter sur l’eau. Un simple disque flottant n’aurait aucune stabilité, nous serions ballottés comme des moustiques sur une feuille de nénuphar. D’où cette masse considérable qui plonge sous nos pieds en forme de cône inversé et assure le parfait équilibre de l’ensemble. Un peu comme une quille qui en lestant un navire le rend plus stable et plus résistant. L’énergie magique qui maintient l’île en suspension lui permet de ne dériver que fort peu malgré les courants aériens parfois violents. Mais cette énergie devrait être bien plus forte si le socle était un bloc compact. Et nous avons vu, lors de la guerre de l’Ombre mage, que si cette magie vient à s’affaiblir, l’île ne chute pas lourdement mais perd progressivement de la hauteur. Tout cela est très sûr et parfaitement naturel.

Lordan espéra que cette présentation de l’île céleste en ferait ressortir le caractère résistant, rationnel, malgré les forces occultes qui en assuraient l’existence. Il poursuivit :

- Les champignons et plantes qui poussent dans les cavités ouvertes sur l’extérieur sont très goûteux et certains ont des propriétés intéressantes pour la médecine. Les jeunes gens du Màr Menel qui vont les cueillir les vendent un bon prix aux amateurs. Je n’ai jamais entendu parler d’un accident mortel. Il est d’ailleurs interdit de visiter seul les parois inférieures du Màr Menel et sans être solidement assuré. Libre aux casse-cous de jouer les acrobates pour se vanter auprès des filles mais, s’ils se font prendre, la prévôté a vite fait de leur trouver une sanction adaptée à leurs prétentions.

Lordan hésita à décrire le moyen de descendre dans l’enclave du jardin Mauve, façon qu’il jugeait sans danger, mais "échelle de cordes" pouvant susciter des images déplaisantes dans un esprit peu attiré par le vide, il préféra ne pas lui en parler pour l’instant .

- Pour la grotte qui nous intéresse, l’accès est aisé. Je ne suis pas du genre à courir des risques pour le seul plaisir. Je ne sais pas quelles sont vos impressions si vous avez commencé votre entraînement, mais personnellement, j’ai toujours détesté les "parcours du chevalier" et les simulations de prises de châteaux-forts. J’étais assez vite éliminé dès qu’il fallait sauter de l’échelle sur les créneaux. Evidemment, si vous avez les flèches ennemies qui vous sifflent aux oreilles, on doit sauter plus facilement...c’est comme sur les navires, le fouet du maître d’équipage est une forte motivation pour rejoindre les vergues sans retard.

Des souvenirs peu agréables lui revinrent à l’esprit et il secoua la tête comme pour les chasser. Les oreillettes pendantes de sa casquette firent flip flap, ce qui l’amusa, compte tenu du caractère martial de ses dernières évocations. Il reprit son sérieux et son propos :

- Enfin, j’ai visité cette grotte plusieurs fois et à part la splendeur des lieux, je n’ai remarqué aucune manifestation étrange. Pas un animal, pas de traces inquiétantes. Je reconnais ne pas avoir exploré les parties supérieures mais vous pourrez trouver toute la glace souhaitable au niveau de l’accès. Il y fait froid bien entendu, mais la température est constante et notre équipement actuel suffira.

Lordan jugea qu’il en avait assez dit pour présenter l’expédition sous un jour rassurant et proposa :

-Si vous voulez, nous pouvons y aller dès aujourd’hui : je suis en congé. En deux heures nous pouvons aller là-bas, faire un petit tour, admirer deux ou trois endroits remarquables et rentrer aux Spires. Et si une petite sortie sur dragon vous tente après coup, mon lié et moi devons nous exercer aujourd’hui. Hanelvig sera enchanté de vous connaître.

Lordan se dit que si l’aspirant acceptait cette dernière invitation, il faudrait quand même qu’il prévienne Hanelvig de rayer le "tire-bouchon inversé "du programme prévu.



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