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 [RP] Bobo, repos et repas chaud ! Sujet suivant
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Alrüne Larilane
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MessagePosté le: Dim 7 Mai 2017 - 22:51 Répondre en citantRevenir en haut

Zakerielku, 918.


Le soleil n'était pas levé depuis bien longtemps lorsque la forêt s'écarta enfin sur le chemin d'Alrüne, dévoilant la large plaine verdoyante et couverte de rosée matinale qui se déroulait à ses pieds. La jeune femme marqua une pause, principalement pour laisser à son corps fatigué le temps de reprendre des forces, choses dont il avait bien besoin après toutes ses heures de marche à travers la végétation. Et tandis qu'elle étirait prudemment ses membres endoloris par sa longue randonnée, elle ne manqua pas d'observer, logé au milieu de son écrin de verdure, serti de champs aux couleurs variés, se dresser la belle et majestueuse cité de Lòmëanor, brillante comme un joyau sous les rayons chaleureux de Solyae.
Des volutes blanches s'échappèrent des lèvres de la Neishaane en un soupir soulagé. Malgré son amour pour la Sylve de Noruï et ses trésors, elle n'était pas mécontente de retrouver un peu de civilisation, bien qu'elle n'ait jamais été très à l'aise dans ce genre d'environnement. L'idée de profiter d'un repas bien plus varié que ceux qu'elle se préparait et de dormir à l'abri, sans avoir à être constamment sur ses gardes, avait néanmoins suffit à chasser ses dernières réticences. De toute façon, son passage en ville ne devait pas durer plus d'une ou deux journées. Rien d'insurmontable, en somme.

Cela faisait un peu plus d'un mois qu'Alrüne avait quitté, secrètement, le Màr Luimë pour se lancer sur les routes, en quête de son destin. Une décision qu'elle avait mis en doute à peine quelques jours après son départ, mise en face des difficultés d'être livrée à elle-même, mais qu'elle ne regrettait en rien désormais, malgré les complications qu'entraînait sa situation. Son petit garçon, maintenant âgé d'un peu plus de deux mois, n'était pas étranger à la complexité de son voyage, auquel s'ajoutait l'apparition de l'hiver et de tout ce qu'il entraînait avec lui. Mais la jeune mère était déterminée – ou têtue, tout dépendait du point de vue – et rien ne saurait la détourner de sa tâche. La vie de son âme-sœur dépendait de ce périple et, pour elle, la Neishaane irait jusqu'au bout.
Alors qu'elle prenait encore quelques minutes pour profiter autant de la vue, à la lisière de la forêt, que pour mobiliser le courage nécessaire afin de parcourir les heures de route la séparant de la cité, un museau cendré vint effleurer la joue pâle de la jeune femme, la faisant sursauter. Brume, la jument grise qui l'accompagnait et transportait ses affaires, semblait s'inquiéter de l'immobilisme de sa bipède, laquelle la rassura d'une caresse sur l’encolure.

Un hasard bienvenu avait mis l'animal sur sa route, à peu près deux semaines auparavant.
Elle venait alors de quitter une ruine valherue, qui s'était révélée aussi gourmande en effort que pauvre en information, et l'avait découverte près d'un ruisseau, à profiter de l'herbe verte et grasse qui en tapissait généreusement les bords. Une scène qu'on ne pouvait faire plus banale … A condition d'ignorer le cadavre, pendu par l'étrier de la selle de son destrier.
Passé la surprise de cette macabre découverte, Alrüne s'était alors mise en tête de venir en aide à la jument. L'approcher n'avait pas été trop difficile pour la jeune femme, qui possédait, depuis sa plus tendre enfance, un certain don avec les animaux. Une fois le premier contact établi et les rênes en main, elle avait pu avoir une meilleure vision de leur situation. Les flèches, fièrement fichées dans la poitrine du cavalier et la cuisse de sa monture, lui avait alors évoqué une attaque-surprise. Peut-être des bandits … ? La Neishaane n'était pas assez experte pour deviner leur histoire d'un simple regard, loin de là, mais avait, malheureusement, une certaine expérience en la matière … Ce n'était pas la première fois qu'elle assistait à un tel spectacle, même si elle doutait pouvoir s'y habituer un jour. Néanmoins, le duo lui avait semblé être parvenu à fuir avant que leurs assaillants n'aient pu s'emparer de leurs affaires, si tel avait été leur but. Toujours était-il que cela n'avait pas empêché l'homme de succomber à la gravité de ses blessures. Triste fin.
A force de douces caresses et de murmures rassurants à l'oreille de la jument, une certaine confiance s'était installée entre les deux êtres. Précaire, certes, mais suffisante pour la laisser la débarrasser de son fardeau pourrissant comme du projectile meurtrissant sa chair, non sans lui arracher un hennissement douloureux et provoquer une brusque ruade de l'animal, qui avait manqué de peu d'asséner un coup de sabot à sa bienfaitrice. Le temps que la jument ait retrouvé son calme, Alrüne en avait alors profité pour ériger une tombe de fortune pour le cavalier, à l'aide de pierres polies trouvées dans le lit de la rivière. Il lui avait néanmoins fallu plusieurs heures et quelques pauses avant de pouvoir arriver au bout de cette fastidieuse tâche, qu'elle avait achevé par une petite prière improvisée pour le défunt.

- Ô Isashani, déesse des morts, commença-t-elle d'une voix solennelle, accueille cette âme en ton royaume, qu'elle y trouve la paix et le repos éternel … Car sur cette terre où tout est éphémère, nous ne sommes qu'ombres et poussières.

Ces mots, s'ils lui étaient venus spontanément, n'étaient pas d'elle pour autant et, bien qu'elle ne puisse clairement en identifier l'origine, avaient entraîné, dans leur sillage, un poids douloureux qui pesait à présent sur sa poitrine. D'où pouvait bien venir ce sentiment qui étreignait son cœur ? Cet homme n'était qu'un parfait inconnu alors pourquoi se sentait-elle touchée et concernée par son sort … ?

Peut-être parce qu'elle avait faillit connaître un sort semblable … ?
Peut-être parce que ces paroles avaient été prononcées par une personne proche dont le destin n'en avait pas été moins funeste … ?

… Ces êtres qu'elle aimait tant et qu'elle avait perdu, étaient-ils seulement encore vivants … ?

La Neishaane n'eut pas le loisir de se plonger d'avantage dans ses tristes souvenirs et ses sombres réflexions. Tout emmitouflé dans une épaisse couverture de coton et soigneusement installé dans une large écharpe, le blottissant tout contre elle tout en laissant les mains libres à cette dernière, Ceri, qui dormait paisiblement depuis une bonne heure, remuait doucement contre sa poitrine, semblant emprunter le chemin du réveil.
Un doux sourire fleurit sur les lèvres de la jeune mère, qui en avait oublié, pour un temps, toutes ces préoccupations et ses idées noires, et elle inclina la tête pour poser un tendre baiser sur les mèches blanches de son garçon. Il n'en fallut pas d'avantage au petit sang-mêlé pour émerger de sa sieste, soulevant péniblement ses paupières encore lourdes de sommeil, ses yeux couleur d'azur croisant ceux d'ébène de Brume, qui attendait patiemment sans se soucier le moins du monde de la curiosité qu'elle suscitait chez le bébé.

La brise matinale vint balayer la plaine d'une fraîcheur toute hivernale, troublant les fumées s'élevant des cheminées de Lòmëanor, et caresser le visage fatigué mais souriant d'Alrüne, comme pour lui insuffler la force nécessaire pour poursuivre sa route.
Et après quelques instants, le petit groupe se remit en marche.

*****


Il devait être, à présent, aux alentours de midi et le marché de Lòmëanor battait son plein, en cette belle journée d'hiver. Les appels des commerçants et autres vendeurs couvraient difficilement le bourdonnement continu de la foule. Aux odeurs de viandes rôties et de plats en sauce mijotant depuis le petit matin se mêlaient celles du fer que l'on chauffait, du cuir que l'on travaillait … Une atmosphère joyeuse et conviviale, à laquelle Alrüne avait du mal à se prêter sans crainte. Une telle concentration de personnes dans un environnement aussi étroit que celui des allées d'un marché réveillait ses humeurs paranoïaques et elle ne pouvait s'empêcher d'être aux aguets, à l’affût de la moindre menace, les muscles tendus et prêts à l'emporter aussi loin que possible.

Tout en faisait de son mieux pour garder son calme et se frayer un chemin à travers la nuée de villageois enthousiastes, chose difficile malgré l'imposante présence de Brume, elle soupesait prudemment, de sa main libre et entourée d'un pansement, une petite bourse d'un cuir bleu foncé qu'elle ne tarda pas à ranger dans sa poche. La vente des peaux des quelques animaux qu'elle avait chassé pour se nourrir lui avait rapporté quelques pièces mais pas suffisamment pour lui permettre d'acheter plus que le nécessaire à la survie des siens. Même si s'ajoutait à cette somme ce qu'il lui restait des économies qu'elle avait accumulé en travaillant au Màr Luimë, il lui fallait encore déduire le prix de l'auberge dans laquelle elle et son fils logeraient ce soir, sans compter le prix de l'étable pour sa jument. Un montant, en somme, assez conséquent … Et elle devait encore acquérir de nouvelles affaires pour elle et son fils, des fourrures et des couvertures pour supporter la chute de température, quelques vivres pour diversifier ses repas ... Pouvait-elle vraiment se permettre cette nuit entre les murs de Lòmëanor ?
Alrüne soupira, las. Elle n'avait guère le choix. De ses bottes usés jusqu'à ses cheveux hirsutes, en passant par son corps tremblant au moindre effort un peu intense, tout son être lui criait son besoin de repos. A croire qu'elle n'avait pas complètement récupéré de son accouchement difficile … A moins que cela ne soit ses nuits incomplètes, ponctuées par les pleurs de Ceri réclamant le sein maternel ? Ou le voyage en lui-même et sa multitude de petites épreuves quotidiennes ? Peut-être que, finalement, c'était le mélange de tout cela qui avait conduit la Neishaane à un tel état d'épuisement. Elle était tellement éreintée qu'il y a 3 jours de cela, elle s'était sévèrement entaillée la paume de la main avec son couteau de chasse, en voulant préparer un lapin attrapé un peu plus tôt. Un geste qu'elle connaissait parfaitement, qu'elle avait répété plusieurs années durant. Elle n'était pas réputé maladroite, en plus, mais la fatigue semblait avoir eu raison de sa vigilance.
Et comme un malheur n'arrivait jamais seul, cette fameuse plaie empruntait un chemin qui ne plaisait pas à la jeune femme. Elle faisait pourtant du mieux qu'elle pouvait avec ses maigres moyens, lavant et changeant son pansement tous les jours, mais elle n'avait pas la moindre connaissance qui pourrait lui venir en aide. A présent, sa coupure arborait une couleur rouge vif, était gonflée, particulièrement sensible et suintait depuis peu un liquide transparent, légèrement blanchâtre. Tout portait à croire que la blessure s'était infectée … Et ses « bons soins » n'avaient rien fait pour empêcher une telle issue. Que faire … ?

La délicatesse d'un citoyen pressé rencontra Alrüne avec violence, la bousculant suffisamment pour manquer d'envoyer la brindille qu'elle était s'étaler de tout long sur l'étal d'un maraîcher. L'homme disparu dans la foule avant même qu'elle n'ait eu le temps de seulement l'apercevoir et elle ne pût que jurer de colère entre ses dents serrés, massant son épaule endolorie par le choc. Après s'être assuré que son petit garçon était indemne, lequel observait les alentours avec curiosité tout en mâchouillant distraitement son petit poing serré, la Neishaane reprit sa pénible progression à travers la foule, non sans faire barrière, entre cette dernière et son fils, de sa main blessée.

Tout pouvait attendre son arrivée à l'auberge. Une fois installée devant un bon repas, elle aurait tout le temps nécessaire pour réfléchir aux actions à entreprendre ou non.






Dernière édition par Alrüne Larilane le Mar 20 Juin 2017 - 17:27; édité 1 fois
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Eirwen Tümay
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MessagePosté le: Lun 8 Mai 2017 - 02:20 Répondre en citantRevenir en haut

Eirwen, il n’était pas coutume, avait décidé par cette matinée fraîche de liberté, de se rendre à Lòmëanor pour flâner parmi les étals et peut-être trouver quelques nouvelles flèches chez un armurier. Galaad l’y avait déposée mais il n’avait pas pu rester avec elle, ayant des occupations ce jour-là dont il n’avait pas donné la teneur et elle n’avait posé aucune question. Ils étaient convenus qu’il viendrait la chercher en début de soirée et elle avait donc toute la journée devant elle.

Le marché, en cette heure de mi mâtinée était déjà bondé et Eirwen respirait à plein poumons les effluves d’épices, de fruits frais, de rôtis et de pains chauds. Ces odeurs lui manquaient au Màr Luimë ! Comme à son habitude dès qu’elle était entourée d’une foule conséquente, elle fredonnait pour qu’un passage s’ouvre devant elle sans être bousculée ni subir les conversations des chalands. Ce n’était même plus conscient.

Vers midi, son estomac se manifesta avec insistance et elle décida de s’acheter quelques fruits pour les déguster sous le soleil hivernal. Un maraîcher à proximité lui offrit cette opportunité. Elle s’approcha pour examiner les agrumes et les pommes qu’il présentait et choisit quelques fruits qu’elle mit dans sa besace sauf une pomme qu’elle croqua dès qu’elle l’eut essuyée avec sa cape. Elle paya le marchand et allait s’en aller quand, une jeune femme bousculée par un malotru tomba sur l’étal, sans dégâts heureusement. Le maraîcher était déjà prêt à crier au scandale, mais voyant qu’il n’y avait rien de mâché dans sa marchandise, se détourna de l’incident pour servir d’autres clients.

Eirwen, elle, avait remarqué la pâleur de la jeune femme, le gros pansement à sa main et son regard angoissé vers quelque chose qu’elle protégeait contre son sein. Un petit animal ? Un enfant, peut-être ?
Mais avant qu’elle ait pu intervenir pour l’aider, la femme s’était relevée en marmonnant et avait repris son chemin d’une démarche titubante. Ce devait être une Neishaane, si l’on considérait les traits fins de son visage et sa chevelure blanche. Mais chose étonnante, elle n’utilisait pas le pouvoir de sa voix pour se protéger des badauds… Tous les ingrédients étaient là pour intriguer Eirwen qui décida de la suivre discrètement.

L’inconnue continuait sa progression en se protégeant des éventuelles bousculades de sa main blessée tendue devant elle. Elle avait la tête penchée et son dos voûté, comme si elle allait s’effondrer d’un moment à l’autre. Après une centaine de mètres laborieux, Eirwen décida de l’aborder pour lui demander si elle avait besoin d’aide. Elle accéléra donc le pas pour rejoindre l’inconnue et lui prendre le bras pour la soutenir, non sans avoir entonné une ritournelle d’apaisement pour la rassurer.

Mais l’autre eut tout de même un mouvement de recul et tout son corps se raidit au contact de la main de l’Aspirante. Oui, c’était donc bien une Neishaane, plus hermétique que tout autre aux enchantements de la voix.

Ma sœur, n’ayez crainte, je ne vous veux pas de mal. Je ne représente pas un danger, je veux vous aider. Je m’appelle Eirwen…

Elle avait parlé le plus doucement possible et avait rencontré le regard fiévreux de l’inconnue. Elle était malade et épuisée. Sentant la détresse de sa mère, le petit être contre elle se mit à pleurer doucement et Eirwen écarta un peu le manteau de la Neishanne pour découvrir une petite tête blonde, le visage crispé par la peur, la colère ou la faim. Cela, seule sa mère le savait. Le bébé n’était pas vieux et Eirwen redouta une infection de l’utérus mais elle repoussa cette possibilité très vite : la jeune femme n’aurait pas survécu autant de temps si c’était le cas. L’enfant avait plus d’un mois, peut-être deux.

Personne ne prendra soin de vous ici, il n’y a que moi. Alors, faites-moi confiance. Si je dis que je peux vous aider, c’est la vérité. Où alliez-vous ?

Les lèvres exsangues murmurèrent les mots de « taverne – chambre – repas » et Eirwen hocha la tête. Heureusement, elles n’avaient plus que quelques mètres à franchir. A l’entrée dans la taverne, Eirwen avisa la table la plus proche et y fit s’asseoir la jeune femme. Puis elle alla commander une soupe épaisse, un verre de vin et rejoignit la table. Sa compagne s’y était affaissée mais le bébé ne pleurait plus. L’Aspirante en profita pour enlever le bandage de la main, le plus doucement possible, pour découvrir une blessure infectée depuis sûrement plusieurs jours. Ce n’était pas joli, mais ce devait être douloureux et il fallait la soigner plus radicalement. Heureusement, elle avait apporté sa besace avec elle, comme toujours, et possédait une pommade qui combattait les miasmes qui rongeaient les plaies et qui en plus accélérait la cicatrisation. Elle entreprit donc de soigner la main en attendant l’aubergiste.

La jeune femme n’avait pas réagi au traitement de sa soigneuse : elle était tellement épuisée qu’elle s’était endormie profondément. Mais à l’arrivée de la soupe chaude, Eirwen décida de la réveiller. Elle en profita pour demander de l’eau chaude pour une tisane médicinale au tavernier qui les regardait l’une et l’autre d’un œil soupçonneux. Il craignait sans doute une maladie infectieuse.

C’est juste pour une blessure infectée. Ah… portez-moi aussi un verre de lait tiède. Merci.

Et pour ne plus subir le regard soupçonneux et peu amène du tavernier, elle lui donna de quoi payer ce qu’elle avait commandé et une chambre pour la nuit. Elle tenta ensuite de réveiller la dormeuse, il fallait absolument qu’elle reprenne des forces. Elle eut un peu de mal à y arriver et sa compagne afficha un regard déboussolé se demandant où elle était avant de voir le bol de soupe.

Je vous ai soignée pendant votre sommeil et je vais vous faire boire une tisane pour faire baisser votre fièvre. Ce n’est pas bon d’allaiter un nourrisson dans votre état. En attendant, laissez-moi le tenir, et s’il a faim, je lui donnerai à sucer un linge imbibé de lait. Vous pourrez ainsi vous reposer sans crainte, je ne vous laisserai pas avant d’être sûre que vous allez mieux. Je vais simplement m’absenter un moment pour prévenir l’ami qui doit venir me chercher que je dois rester un peu plus longtemps. D’accord ?

La femme mangeait en ne quittant pas Eirwen des yeux. Que pouvait-il se passer dans sa tête ? Allait-elle lui faire suffisamment confiance pour lui confier son enfant ? Eirwen l’espérait…







*Carnet de route*
Alrüne Larilane
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MessagePosté le: Jeu 11 Mai 2017 - 17:28 Répondre en citantRevenir en haut

Alrüne jaugeait silencieusement sa compagne de tablée, entre deux cuillères de soupe. Elle ne savait guère quoi penser de cette Eirwen … Elle l'avait accosté au marché au pire moment, alors que ses forces commençaient à l'abandonner, pour lui proposer son aide. Elle l'avait soutenu, conduite jusqu'à la taverne, s'était occupée de tout alors que la jeune mère sombrait, à peine assise, dans un sommeil sans rêve.
Combien de temps avait-elle dormi ? La Neishaane n'en savait rien mais, lorsqu'elle se réveilla, il lui fallu un peu de temps pour se remémorer les événements qui l'avaient conduit jusqu'ici. Un bon bol de soupe chaude attendait patiemment devant elle, dégageant à cet instant l'odeur la plus appétissante de Rhaëg pour la jeune mère à l'estomac vide, et elle ne s'était pas faite prier pour y plonger sa cuillère.
À en juger par l'absence de tâches sur le bandage, le pansement de sa main avait été changé et la douleur de la plaie, habituellement aigüe et lancinante, s'était faite plus discrète, remplacée par une étrange sensation de fourmillement. Quoi que l'inconnue ait appliqué sur sa blessure, cela semblait déjà faire effet, même si on ne pouvait guère espérer de miracle en un si court laps de temps.

Pourquoi ? Telle était la question qui revenait dans l'esprit quelque peu embrumé par la fièvre d'Alrüne, alors que son regard parcourait la jeune femme face à elle, s'attardant sur certains détails, notamment ses oreilles délicatement pointues, avant de continuer leur route. Si ces attributs pouvaient laisser penser qu'elle avait affaire à une Elfe, la jeune mère se souvenait de son chant , si typique et si propre aux gens de sa race, et la réponse, alors, semblait s'imposer d'elle-même. Cela expliquait peut-être son absence de réaction à la vue de son fils, dont les origines mi-Neishaan, mi-Torhil se laissaient aisément deviner par la blancheur de ses cheveux de bébé et le caramel de sa peau, même si elle avait bien remarqué que l'existence des Sangs-Mélés était beaucoup mieux accepté ici, à Tol Orëa, que dans le reste du monde.
Mais toutes ces réflexions, si elles constituaient des pistes intéressantes, n'apportaient pas de réponse claire à sa question : Pourquoi l'avait-elle aidé ? Quelles pouvaient être ses motivations ?Oh, elle n'ignorait pas qu'il existait, en ce monde, des gens dénués d'intérêts personnels et uniquement animés par la volonté d'aider autrui mais elle n'en avait que peu croisé jusqu'à présent, malgré ses nombreux voyages. Et même si cette Eirwen n'avait, de toute évidence, aucune mauvaise intention à son égard, l'instinct farouche de la Neishaane la maintenait sur ses gardes et l'empêchait de faire pleinement confiance à cette demoiselle sorti de nulle part. Aussi, la réponse à sa précédente proposition tomba comme une évidence …

- Je vous remercie pour vos bons soins et votre sollicitude à mon égard, commença Alrüne avec cette politesse froide qui caractérisait la plupart de ces premières rencontres, mais je regrette … Je ne peux pas vous confier mon fils.

Comme pour accompagner ses mots, la jeune mère entoura le petit garçon de son bras en un geste résolument protecteur. Ce dernier broncha à peine contre son sein, ses yeux, fatigués et rougis par les larmes versées un peu plus tôt, semblant vainement lutter contre le sommeil alors qu'une main maternelle caressait sa tête avec une tendresse infinie.
Il lui avait fallu moins d'une année pour voir tout son univers se briser, pour perdre tout ce qu'elle avait, tout ceux qu'elle aimait … Ceri était tout ce qui lui restait de cette famille qu'elle ne reverrait peut-être – probablement ? – jamais. Il était ce qu'elle avait de plus précieux, ce qui justifiait d'autant plus son combat et sa quête, et elle ne pouvait se résoudre à le confier à quiconque, toute relation de confiance mise à part. Tant pis si cela devait l'épuiser un peu plus, c'était déjà au dessus de ses forces.

De sa main libre et blessée, Alrüne reprit sa cuillère et son repas, détournant enfin son regard d'Eirwen. Si rien ne pourrait la faire revenir sur sa décision, elle espérait néanmoins que cela n'ait pas froissé la jeune femme face à elle. Cette dernière avait fait beaucoup pour lui venir en aide, plus que n'aurait dû faire une parfaite inconnue envers une autre, et elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un peu de gratitude et de reconnaissance à son égard …
La Neishaane sortit de ses pensées en apercevant le tavernier approcher de leur table pour y déposer, sans grande délicatesse, un pichet d'eau chaude et un verre de lait tiède, sans doute commandés un peu plus tôt par sa compagne de tablé. Puis, il repartit aussitôt dans l'autre sens en grommelant, non sans les gratifier d'un regard peu amène au passage, et elle réalisa alors que le déjeuner dont elle profitait avec appétit depuis de longues minutes n'avait, sans aucun doute, pas été payé de sa poche.

- Je m'appelle Alrüne … Dites-moi combien je vous dois pour le repas, vos soins … Enfin, pour tout. Je ne souhaite pas profiter de vous.

Et elle n'attendit pas la réponse d'Eirwen pour sortir de son manteau la petite bourse de cuir bleu contenant ses quelques économies, délaissant sa soupe pour en recompter le contenu avec soin.
La jeune femme devait avoir assez pour pouvoir la rembourser intégralement et elle ne manquerait sûrement pas de le faire. Elle espérait également que sa jument, Brume, avait bien été installée dans l'écurie de l'auberge … Elle ne manquerait pas de le vérifier, une fois son repas terminé.




Eirwen Tümay
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MessagePosté le: Sam 13 Mai 2017 - 00:38 Répondre en citantRevenir en haut

Laissez, je vous en prie ! Ce n’est pas grand-chose et puis j’ai la chance d’avoir un Maître qui prend mes dépenses personnelles en charge. L’argent que je vous offre est le fruit de mon travail d’herboriste.

Eirwen observait Alrüne manger sa soupe, un peu gênée de montrer qu’elle avait vraiment faim et serrer son enfant sans vouloir le lâcher. Elle comprenait parfaitement cette jeune mère qui ne voulait pas confier ce petit être encore en symbiose avec elle aux bras d’une inconnue. Elle n’en prit pas ombrage mais réfléchit intensément au moyen de nourrir ce petit être pour reposer sa mère…

Elle remarqua qu’Alrüne avait sursauté devant la mine peu agréable du tavernier.

Il a été inquiet pour vous de votre écroulement soudain d’épuisement et il a soupçonné que vous aviez une maladie contaminante… Ne lui en veuillez pas. Je l’ai détrompé, mais il est toujours suspicieux. Nous sommes dans un lieu public et il craint pour son commerce. Mais rien de grave, ni contre vous, ni contre moi.

Elle sortit ensuite un sachet d’herbes et les fit infuser dans de l’eau chaude du pichet. Elle regardait fixement le verre en réfléchissant intensément. Puis elle leva les yeux sur ce beau visage épuisé et tendit la tisane et le verre de lait qu’elle ne voulait pas laisser refroidir.

Cette infusion va calmer votre fièvre et c’est important parce que vous devez cesser d’allaiter votre petit garçon, ce serait dangereux pour lui dans votre état. Il est trop jeune et trop démuni encore. Vous ne devez pas lui transmettre de miasmes. Je vais venir m’asseoir à côté de vous et le nourrir avec ce linge propre dont je tremperai le coin dans le lait… Vous continuerez à le tenir contre vous. Je ne le toucherai pas.
Mais vous, buvez cette tisane, je vous en prie. C’est la seule façon de vous rendre plus forte contre l’infection en complément du pansage de votre main. Ressentez-vous un soulagement au moins ?


Eirwen détourna son regard gris un instant et aperçut le cheval ou la jument qui suivait Alrüne dans la rue marchande par la fenêtre sale. Elle avait oublié la présence de la bête mais la jeune femme qui l’avait aperçue aussi eut un regard apitoyé vers elle. L’aspirante Neishaane comprit qu’elle avait encore un acte de bonté à accomplir si elle voulait que sa « patiente » soit suffisamment sereine pour prendre du repos. Elle héla l’aubergiste sèchement et, devant l’homme renfrogné, sortit quelques pièces en exigeant que le cheval soit nourri, abreuvé d’eau claire et mis à l’abri dans un box pourvu de paille fraîche jusqu’au lendemain. Le bonhomme sembla s’adoucir en voyant l’argent que cette femme dépensait dans son établissement en quelques minutes et fit une courbette qui fit grimacer Eirwen de dégoût.

Alrüne, je vais m’absenter maintenant pour prévenir mon ami de ne venir me chercher que demain. Je prends des risques pour vous en transgressant les ordres du Màr Luimë et j’espère que vous vous en rendez compte. Attendez-moi ici, je vous prie en dégustant votre tisane et en berçant votre bébé, je serai de retour très vite. Ensuite, nous monterons dans la chambre que j’ai réservée et pardonnez-moi si elle n’est pas très confortable… Là-haut, vous pourrez vous reposer, votre bébé dans les bras ou tout contre vous, je ne toucherai pas. Je le nourrirai simplement s’il le réclame ou je lui chanterai quelques vieilles berceuses de notre peuple pour l’apaiser et vous laisser dormir tout votre soul. Vous en avez besoin. Vous êtes d’accord ?

Eirwen, sur le hochement de tête affirmatif de la jeune mère, s’éclipsa et rejoignit Galaad qui devait l’attendre déjà depuis un moment. Evidemment, il était renfrogné, mais elle n’en avait cure. Elle savait qu’en pareil cas, il aurait fait la même chose qu’elle avec plus de mauvaise volonté peut-être. Elle savait aussi qu’il ne lui en voudrait pas vraiment et son Lié non plus.

Galaad, si tu savais… Galaad, je suis désolée… J’ai dû m’occuper d’une pauvre femme à bout de forces et de nouveau-né… Je ne peux pas les laisser cette nuit, c’est trop tôt, ils ont besoin de moi, alors… repars… Si tu reviens me chercher demain soir à la même heure et que tu couvres mon absence du Kaerl, tu pourras me demander tout ce que tu veux !
Et si tu refuses, je reste quand même.


Sans attendre la réponse de son ami médusé, elle repartit vers l’auberge au pas de course, espérant qu’Alrüne ne se serait pas échappée entre-temps.
Mais non, elle était là, le regard vague, prise de somnolence et Eirwen l’aida à se lever et à gravir les quelques marches jusqu’à la chambre. Effectivement, elle n’avait rien de bien luxueux, mais l’essentiel était là : un lit pas trop défoncé, une couverture chaude à défaut d’être propre et une chaise pour elle. Elle aida Alrüne à s’allonger, la couvrit confortablement jusqu’aux pieds du bébé. Elle posa au sol le verre de lait malheureusement refroidi et s’assit sur la chaise…
De temps en temps, elle vérifiait de sa main fraîche le front de la jeune femme pour apprécier la baisse de fièvre et caressait la tête du bébé qui dormait contre sa mère. Il se réveilla dans la nuit, n’ayant pas été allaité depuis plusieurs heures et Eirwen lui fit téter le tissu trempé dans le lait. Ce n’était pas la panacée parce qu’il s’épuisait à téter et en retirait peu de nourriture, mais elle ne pouvait pas faire mieux, n’ayant rien d’autre sous la main pour soulager sa faim. Elle se doutait aussi qu’il allait avoir des maux de ventre douloureux les jours suivants pour avoir avalé trop d’air, mais au moins, il serait vivant et la jeune mère reposée.

Au petit matin, un rayon de soleil trouva Eirwen avachie sur sa chaise, percluse de douleurs au dos d’être restée assise toute la nuit. Alrüne avait le front frais et dormait encore profondément. Le nouveau-né agitait les bras et gazouillait au chaud contre sa mère. L’herboriste en profita pour le palper et l’examiner en fredonnant un air apaisant et joyeux qui fit sourire le petit garçon. Il n’allait pas tarder à éprouver une nouvelle fois la faim et elle décida de descendre commander un autre lait tiède au charmant aubergiste.
De retour dans la chambre, elle constata que la jeune mère était réveillée et jouait avec son fils. Elle s’approcha souriante et annonça la bonne nouvelle que la fièvre était partie dans la nuit et qu’elle pouvait à nouveau donner le sein à son petit bout d’homme. Elle devait avoir les seins gorgés de lait et douloureux…
Pendant l’allaitement qui les rendait manifestement heureux tous les deux, Eirwen soigna la main blessée et constata que la plaie avait repris un aspect correct, moins gonflée, moins rouge, et elle reproduisit le traitement de la veille avec un bandage propre. Tout semblait être renté dans l’ordre.

Je crois que vous êtes sortie d’affaire, chère Alrüne et que vous n’avez plus besoin de mes services. Je vous laisse cependant cet onguent pour la plaie jusqu’à cicatrisation complète et un bandage propre. Aussi ce sachet d’herbe au cas où la fièvre vous reprendrait mais cela m’étonnerait.

Je vais passer aux écuries m’assurer que votre cheval a été bien traité et lui annoncer la bonne nouvelle de votre rétablissement. Je suis sûre qu’il est inquiet pour son amie…

Si vous avez besoin de moi ou envie de me revoir, comme je me doute que vous avez le don, appelez Elérion et dites-lui que c’est un message pour moi. Ce n’est pas mon Lié car je n’en ai pas encore, mais ce Dragon et moi, on a une relation « spéciale » parce qu’on s’apprécie beaucoup. N’hésitez pas…

Eirwen s’en alla dans un sourire, ne souhaitant pas davantage s’immiscer dans la vie de cette étrange jeune femme un peu sauvage. Elle posa la main sur le loquet de la porte…







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Alrüne Larilane
Aspirante Déchue
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MessagePosté le: Dim 4 Juin 2017 - 22:11 Répondre en citantRevenir en haut

Lorsqu'Alrüne s'éveille enfin de son sommeil, le soleil paraît levé depuis peu mais inonde déjà leur petite et modeste chambre de sa lumière, malgré la crasse qui recouvre la fenêtre. Au dehors, le chant mélodieux des oiseaux est couvert par celui de la ville, composé d'éclats de voix, de rires, de carrioles grinçantes et brinquebalantes ainsi que d'autres sons aussi divers et variés que la demoiselle encore somnolente qu'elle est ne parvient pas à identifier clairement.
La jeune femme se redresse prudemment dans son lit de fortune, s'attendant déjà à ressentir les maux et autres douleurs qui rythment son quotidien depuis de trop nombreux jours, mais rien ne vient. Point de courbatures, de migraine ou de vertiges. Seule sa poitrine lui semble plus sensible qu'à l'habitude mais rien de bien étonnant, étant donné qu'elle n'a pas allaité son fils depuis la veille au soir. Mais en dehors de ce détail, tout paraît aller pour le mieux au royaume de la Neishaane. Rien de tel que des soins appropriés, un bon repas et une longue nuit de sommeil pour se remettre d'aplomb !

Ceri, de son côté, gazouille comme un bienheureux dans ses bras, agitant les siens avec tonicité. La jeune mère lui sourit alors avec tendresse, un sourire que le bébé ne tarde pas à lui rendre, le regard pétillant et plein de vie, et se penche sur lui pour poser un doux baiser sur son front, entre ses folles mèches blanches.

- Bonjour, mon petit bonhomme …, murmure-t-elle à l'intention de son garçon.

Alrüne, enfin, quitte son lit et s'étire longuement, non sans laisser s'échapper un long soupir de bien-être en retrouvant la pleine maîtrise de son corps. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle remarque qu'Eirwen, sa compagne de chambrée, n'est pas présente dans la pièce. Apercevant ses affaires posés au pied du lit, elle devine que la demoiselle s'est simplement absentée … Peut-être est-elle descendu prendre un petit-déjeuner ? A moins qu'elle ne soit partit profiter du marché, le temps de son réveil ? Qu'importe, au final. Certains de ses effets personnels étant là, ce n'est qu'une question de temps avant que l'Aspirante ne réapparaisse.
Eirwen, Aspirante du Màr Luimë de son état … D'une certaine façon, elle n'est pas surprise. Lòmëanor est une ville bien vivante et le carrefour du commerce de Tol Orëa, il n'y a donc rien d'étonnant à croiser des membres des trois Kaerls entre les murs de la cité. Pour autant, la Neishaane aurait préféré ne pas rencontrer l'une de ses congénères, surtout après tout ce qui avait pu se passer. Les souvenirs sont encore vivaces dans sa mémoire et l'amertume, la tristesse et la colère qu'ils alimentent en elle sont autant d'armes acérées dont elle préfère ne pas faire usage. Oh, ce qu'elle aimerait, pourtant, se venger de son ancien Maître … Mais elle a l'intime conviction que sa revanche, si elle la lui est accordée, se présentera à elle sous une forme beaucoup moins violente que ce vers quoi tend son cœur meurtri.

Alrüne délaisse ses pensées pour revenir vers son fils, qu'elle ne tarde pas à emmener dans un coin de la pièce pour une petite toilette dont ils ont, tous les deux, bien besoin. Un moment propice à la douceur et à la complicité entre les deux êtres, d'autant qu'ils peuvent, pour le moment, profiter d'une eau plus chaude que celle des rivières dans lesquelles ils ont pris l'habitude de se laver. Prendre du temps pour s'occuper de Ceri, sans avoir à être constamment sur le qui-vive au cas où des créatures dangereuses veuillent intenter à leur vie, est un plaisir que la jeune mère a oublié, depuis qu'elle a quitté la sécurité de son Kaerl.
Tandis qu'elle habille son fils de changes propres tout en lui parlant et en jouant avec lui, elle-même ayant pris le temps de se vêtir quelques minutes auparavant, Eirwen ouvre la porte sans prévenir, faisant sursauter la Neishaane de surprise. Ignorant le regard irrité que lui adresse Alrüne, la Sang-Mêlée s'avance vers elle, un sourire rayonnant étirant ses lèvres, pour annoncer à sa patiente que son état s'est suffisamment amélioré pour être à nouveau autoriser à donner le sein à son enfant. La jeune mère la remercie alors d'un simple signe de tête, peu loquace comme à son habitude, et n'attends pas pour retourner s'installer confortablement sur le lit afin de nourrir son fils comme il se doit. Et tandis qu'elle se défait complètement de son ample tunique, se retrouvant donc à demi-nue, Alrüne tourne le dos à l'Aspirante. Non pas par pudeur, la Neishaane n'a aucune honte de son corps, mais par désir de ne partager ce moment d'intimité avec personne d'autre que son petit. Cet instant si particulier qui n'appartient qu'à eux.
Mais cela n'empêche pas Eirwen d'approcher de nouveau et de s'emparer de la main blessée de la jeune femme, entreprenant d'en vérifier l'évolution tout en réitérant ses soins de la veille. Alrüne ne peut s'empêcher de se crisper face à ce contact physique non désiré mais se laisse faire malgré tout, docile. Après tout, si elle souhaite que cette vilaine blessure ne soit bientôt plus que de l'histoire ancienne, il lui faut en passer par là, au moins pour aujourd'hui encore. Alors, la jeune mère reporte son attention sur Ceri, qui tète goulûment au creux de ses bras, laissant l'herboriste à ses occupations médicales.
Après quelques instants de silence :

- Je crois que vous êtes sortie d’affaire, chère Alrüne et que vous n’avez plus besoin de mes services. Je vous laisse cependant cet onguent pour la plaie jusqu’à cicatrisation complète et un bandage propre. Aussi ce sachet d’herbe au cas où la fièvre vous reprendrait mais cela m’étonnerait.

Alrüne récupère, de sa main pansée, les divers petits produits qu'elle lui laisse, les rangeant rapidement dans une petite sacoche, accrochée à sa ceinture, alors qu'Eirwen continue sur sa lancée, lui donnant des nouvelles de Brume avant d'enchaîner sur les moyens par lesquels elle pourrait la contacter, si l'envie lui prend de vouloir la revoir. Une chose que la Neishaane solitaire a, sur l'instant, un peu de mal à concevoir, tant leurs attitudes diffèrent l'une de l'autre. De plus, Eirwen parle beaucoup … Mais elle prend soin, malgré ses doutes, d'enregistrer, dans un coin de sa mémoire, les informations que la Sang-Mêlée partage, sans arrière pensée, avec elle.
Le nom d'Elérion ne manque pas de la faire réagir, bien que cela ne soit pas forcément visible extérieurement. Si elle ne l'a jamais rencontré, elle connaît un peu plus son Lié, à la fois au travers de ses rencontres que par les rumeurs, affreuses pour certaines, qui circulaient encore au sein du Kaerl lors de son départ. Bah, qu'importe les racontars … Elle-même en a été victime, à la suite de son retour du manoir Ael Alfirìn mais également lorsqu'il ne lui a plus été possible de cacher sa grossesse. Les histoires qui se sont alors propagées sur elle s'avérèrent, généralement différentes d'une personne à une autre et, parfois, ô combien farfelues … Alors elle ne les écoute plus, qui que cela concerne.
Alrüne n'a pas revu Galaad depuis la fameuse Empreinte à laquelle ils ont assistés, chacun à leur façon. Elle se rappelle de sa tentative maladroite pour la réconforter après son échec et esquisse un petit sourire en coin amusé à ce souvenir, l'un des rares moments agréable de cette cérémonie. D'une certaine façon, elle espère qu'il a un peu plus de chance qu'elle, par la suite … Et elle est la première surprise par ses pensées, alors qu'elle le connaît à peine.

Une fois ses lèvres closes, Eirwen se lève dans la foulée et s'apprête à partir. Ceri toujours suspendu à son sein, la Neishaane n'a pas la possibilité de retenir physiquement la jeune femme … Pourtant, ses longs cheveux blancs cascadant librement en boucles lâches sur sa poitrine, les bras enserrant précieusement contre elle son petit garçon, elle se retourne et se lève rapidement, ne semblant pas vouloir la laisser s'en aller comme ça.

- Eirwen, attendez ! L'interpelle-t-elle dans la précipitation.

La Sang-Mêlée l'a aidé et a payé tout cela de sa poche, sans la questionner plus que nécessaire et sans jamais lui demander quoi que ce soit en retour. Pour elle, tout cela ne signifie peut-être rien, juste le plaisir d'aider son prochain, mais pour Alrüne, ça lui a, sur le coup, enlevé une sacrée épine du pied et elle éprouve de la reconnaissance envers sa sauveuse. Néanmoins, elle a désormais une dette envers elle, qui le restera jusqu'à ce qu'elle puisse s'en acquitter. L'idée de devoir quelque chose à une femme qu'elle connaît à peine, aussi aimable soit-elle, la met mal à l'aise … Qui sait ce qu'elle pourrait lui demander, en paiement de toutes ces faveurs ? Une frisson désagréable parcourt son échine alors que son esprit un peu paranoïaque imagine déjà tout un tas de scénarios peu réjouissant.
Pas question de la laisser s'en aller comme cela.

- Eirwen …, commence Alrüne prudemment, choisissant soigneusement ses prochains mots. Je vous remercie pour tout ce que vous avez fait pour moi … Mais je ne veux pas vous devoir quoi que ce soit. Vous avez dépensé beaucoup d'or pour moi et cela me dérange, même si vous dites ne pas être dans le besoin. Laissez-moi vous rembourser.

Sa voix, bien que douce et fluette, est aussi déterminée que son visage ne le laisse paraître. Définitivement, elle ne semble pas prête à vouloir lâcher le morceau. Elle paiera sa dette aujourd'hui.

- Déjà, permettez-moi de vous offrir le petit-déjeuner. Vous n'allez pas partir le ventre vide …

Sans même attendre la moindre réponse de l'herboriste, Alrüne attrape son écharpe et l'enroule autour d'elle-même et de Ceri, passant et repassant la longue étoffe de tissu avec la dextérité que confère l'habitude, pour finir par la nouer sur son ventre, s'assurant par la même que son fils est confortablement installé contre son sein – qu'il a à peine lâché, le temps de la manœuvre – et bien sécurisé. Elle enfile ensuite la tunique dont elle s'était débarrassée à peine quelques minutes auparavant pour finalement filer hors de la chambre, ne laissant de nouveau pas le temps à Eirwen pour essayer de la retenir. Au moins, cette dernière a, désormais, la confirmation que l'état de santé de sa patiente s'est définitivement amélioré.

Il n'est vraiment pas dans le caractère d'Alrüne d'agir de la sorte. Elle n'a jamais été très à l'aise avec les inconnus, c'est peu de le dire … Mais ce qui la pousse à s'activer ainsi, tandis qu'elle descend les escaliers de l'auberge avec une souplesse toute neishaane, c'est moins une envie soudaine de se lier plus profondément d'amitié avec la Sang-Mêlée qu'un désir d'effacer l'ardoise qu'elle a, malgré elle, contracté auprès de cette dernière. Cette pensée, et les angoisses qu'elle entraîne dans son sillage, l'obsède sur l'instant. Toujours régler ses dettes, que lui disait son père, et il s'était toujours fait un devoir de suivre cette règle. A elle de s'y conformer, à présent.
Il ne lui faut pas plus de quelques minutes avant d'arriver devant le comptoir du tavernier. Celui-ci avise la demoiselle, levant un sourcil un peu perplexe face à son accoutrement, mais hausse les épaules d'un air blasé tandis qu'il continue sa besogne, astiquant une choppe. Sans se laisser décontenancer par son attitude, rassemblant son courage, la jeune femme s'approche et passe commande d'un pichet de cidre, d'un morceau de jambon, d'une bonne miche de pain accompagné de sa motte de beurre et de quelques fruits. De quoi bien commencer la journée ! L'homme ne bronche pas autant que la veille, sûrement rassuré par l'énergie de la demoiselle, même si elle lui paraît encore un peu pâlotte … Tandis qu'il charge les victuailles sur un vieux plateau en bois, Alrüne sort quelques pièces et règle le tout sur l'instant avant de remonter lentement mais sûrement vers la chambre, les bras encombrés de son butin.
D'un adroit coup de postérieur, elle pousse la porte et entre donc.

- J'espère que vous avez faim, lui adresse-t-elle avec un sourire maladroit, tandis qu'elle pose son fardeau sur une petite table branlante.

Pour elle, la question ne se pose pas : la jeune mère a l'estomac dans les talons. Après avoir passé presque toute la journée d'hier au lit, à se reposer et se remettre de ses maux, ça peut se comprendre. Surtout qu'elle a besoin de se nourrir pour deux, en quelque sorte.
Alrüne ne tarde donc pas à s'installer à table, aussi confortablement qu'il est possible de l'être sur ces veilles chaises, et, avant d'entamer un petit-déjeuner bien mérité, s'assure que son petit garçon est toujours bien calé contre elle. Ceri tète calmement, peut-être plus lentement qu'un peu plus tôt, les paupières à demi-close … Elle lui sourit puis rabat sa tunique sur lui pour le garder bien au chaud et entreprend de remplir deux bolées de cidre, jetant un coup d’œil un peu nerveux vers Eirwen.




Eirwen Tümay
Candidat(e) à l'Empreinte

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MessagePosté le: Dim 25 Juin 2017 - 00:56 Répondre en citantRevenir en haut

La glace ne se rompait pas. Alrüne ne supportait pas lui devoir quelque chose et Eirwen s’en sentait un peu triste et désemparée. Elle restait méfiante et ne voulait pas lui accorder le moindre geste de sympathie. Eirwen mangea, malgré sa gorge un peu serrée, pour faire honneur au repas offert et ne se départit pas de sa douceur. Elle écoutait la déglutition du petit garçon qui s’espaçait de plus en plus, attestant qu’il allait bientôt être repu de lait, et constata que la jeune mère avait repris toute son énergie après une bonne nuit de repos et sa blessure soignée. Elle n’avait plus rien à faire là et se leva pour se préparer à partir.

Je suis heureuse de vous avoir rencontrée, Alrüne, vous et votre merveilleux Ceri. Il faut que je retourne au Màr au plus vite maintenant. Je vais rejoindre Elerion et son Chevalier. N’oubliez pas ce nom si vous avez besoin d’aide et surtout, apprenez à mettre votre méfiance de côté à mon égard. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour lui, dit-elle en baissant les yeux sur la bosse que faisait le petit sous la tunique. Prenez soin de vous.

Elle se força à partir sans se retourner, mais elle rechignait à s’en aller ainsi, sans savoir où était leur logis, s’ils en avaient un, sans lui apprendre quelques rudiments de la vie solitaire qu’elle avait expérimentée pendant plusieurs années… Et encore n’avait-elle pas eu de nourrisson à sa charge… Sans doute la survie en était plus complexe.

Elle se hâta jusqu’à la sortie de Lòmëanor pour y retrouver Galaad et Elerion et, serrant les dents, ne décrocha pas un mot en montant sur le dragon. Pendant le chemin, elle tint tout de même à prévenir Elérion.

°Elérion ? Si tu entends une voix qui ni celle de ton Lié ni la mienne, ce sera celle d’une Neishanne exilée du Màr Luinë. Ne m’en demande pas la raison, je n’en sais rien. Mais comme tu es mon seul moyen de communiquer avec elle, je lui ai dit que si elle avait besoin de moi, il fallait qu’elle pense très fort à ton nom et que tu m’avertirais. Tu n’es pas trop fâché ?
Tu peux évidemment en parler à Galaad, moi, je n’en ai pas envie, je ne veux pas provoquer sa colère au cas où il ne serait pas d’accord. Je conçois qu’il pourrait être fâché que je t’utilise comme si tu étais mon Lié… Mais je ne savais pas comment ne pas rompre le contact avec cette jeune mère et son nourrisson… Je sens qu’ils sont en danger malgré le courage de cette femme.°


Le retour au Màr se fit rapidement et Eirwen se dépêcha de rentrer chez elle pour constater qu’elle ‘avait aucune missive ni invitation de son Maître. Elle en fut soulagée avant de se demander s’il n’avait pas eu vent de cette longue escapade et qu’il en tenait peut-être rigueur par son silence pesant. Ce fut avec le cœur lourd qu’elle se coucha ce soir-là, consciente qu’elle avait abandonné Alrüne, qu’elle avait trahi Galaad et qu’elle avait enfreint les règles fixées par son Maître, engageant ainsi son apprentissage.







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