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Amaélis Yodera
Chevalière Errante
Chevalière Errante

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Joined: 22 Nov 2009
Posts: 510
Sexe: Féminin
Présentation: URL
RPs: 289
Race: Neishaane
Âme Soeur: Ithildin
Affiliation: Apolitique
Alignement perso: Chaotique Neutre
Ordre Draconique: Neutre

PostPosted: Sat 22 Sep 2018 - 22:58 Reply with quoteBack to top


Valharin Eleicúran, Prêtre de Flarmya – Eir Eleicúran

Julien Hauspie – Death Stranding (Theme)


Ce fut dans un silence poisseux que les Spectres escortèrent Ithildin jusqu’à l’antichambre où devait se trouver Amaélis. La Dragonne, affaiblie par les phénomènes dont sa Liée avait été victime, fulminait de n’avoir pas pu échapper à Mora lorsque celle-ci s’était baissée pour la marquer de sa damnée magie. Le son de sa voix, veloutée et menaçante, résonnait encore dans son esprit. Non, l’Airain n’en avait pas fini avec elle non plus… Mais Amaélis était si faible, si faillible ; jamais elle n’aurait pu imaginer compter sur son soutien. Faudrait-il encore qu’elle la protège ? Ses poings se serrèrent. Elle sentait le Lien qui pulsait en son âme comme un cœur éthéré, pourtant, elle ne parvenait pas tout à fait à reconnaître la présence de la Neishaane. Celle-ci semblait terriblement distante, froide et brûlante, emplie d’une lumière glacée. Son âme lui évoquait soudain une étoile mourante. Que s’était-il passé, là-bas ? Ithildin ne voulait pas s’abaisser à éprouver quelconque forme d’inquiétude pour son Âme Sœur. Peu lui importait, tandis qu’elle s’enfonçait à la suite des Spectres dans les ténèbres du Màr sans nom, que sa Liée ait une nouvelle fois plongé avec insouciance dans des cauchemars trop vieux pour elle.

À ses côtés marchait la Bleue Sanjarr, ses écailles ternies luisant doucement, suivant le mouvement de ses muscles fins. Ithildin avait gardé sa forme humaine, qui lui permettait de mieux se mouvoir dans les couloirs étriqués du Kaerl. D’un œil peu amiable, elle considérait les silhouettes floues des deux Eleicúran. L’aîné, s’il n’avait pas non plus apprécié les paroles de Mora à son égard et à l’égard de sa famille, avait fait preuve de retenue – craignait-il donc à ce point la Liée de sa sœur ? Ou bien n’avait-il simplement pas jugé bon de répondre à celle qu’il considérait maintenant comme une énième âme perdue, aveuglée par l’éclat d’un passé érigé en idéal quand il ne recelait que désolation et mort – et une obscurité telle que nul mortel n’aurait su y trouver un chemin ? Il ne comprenait pas cette quête futile. Contrairement à ce qu’avait avancé Mora, il aurait préféré que Siobhán – sœur Renégate, traître à son sang, ombre pâle et sauvage – ne quitte jamais leur maison, qu’elle sombre avec les siens dans l’Oubli des Dieux. Il ne voulait pas voir le Kaerl Étoilé renaître de ses cendres ; parce qu’il avait trop d’orgueil pour accepter d’être effacé, et, aussi, parce que des siècles de semi-existence ne l’avaient pas éloigné de l’idée que les humains n’apprenaient jamais des erreurs du passé.

Après maints détours, l’étrange quatuor rejoignit enfin une vaste salle au plafond voûté, parcouru de faibles étoiles et de veines argentées. Au milieu trônait l’autel de marbre sombre, et la Pierre à Souvenirs, sise en son centre, baignait les alentours d’une clarté spectrale. Amaélis gisait à même le sol, ses vêtements et sa chevelure nacrée comme une corolle froissée autour de son corps brisé, si chétif. Du bout des doigts, elle effleurait les dalles. Quelque chose évoquant vaguement une berceuse s’échappait d’entre ses lèvres, venait d’un souffle chasser la poussière et l’élever en un ballet de nuées sinueuses. Sans un regard pour les Ancêtres, Ithildin s’avança vers sa Liée, le pas solennel, ténu, et la respiration lente. La Neishaane n’avait pas vraiment changé, mais si son apparence était la même, la Dragonne pouvait sentir, à travers le filtre de ses sens les plus subtils, que ses vibrations n’étaient plus en harmonie avec ce qu’elles avaient été autrefois. Elle se baissa pour venir chasser de la main quelques mèches blanches, puis empoigna le menton d’Amaélis afin de croiser son regard. Ces iris, tout un horizon de mer orageuse et de brouillard, ne lui avaient jamais parus aussi infinis. Au milieu des limbes, à travers les nuages, perçait parfois l’éclat furtif d’étoiles du Nord.

° Alma… Pauvre, pauvre enfant. Qu’as-tu encore fait… ? °

La Neishaane battit des cils, paresseusement. Elle connaissait cette voix ; c’était celle qui régnait en maître sur ses songes. Celle qui régulait les battements de son cœur et contrôlait les marées de son sang vaporeux. Celle dont la morsure, impie et tendre, avait formé les nouveaux paysages de son avenir. Alors, tandis qu’elle laissait éclore une peur familière en un sourire sincère, Amaélis lui ouvrit son âme, l’entraînant avec elle dans les abysses. Prise de vertiges, Ithildin posa son front sur celui de sa Liée, et celle-ci vint agripper l’arrière de sa nuque pour l’attirer au plus près, réunissant leurs souffles.

° Ithildin… J’ai vu. J’ai compris, maintenant. Je te raconterai, quand tu dormiras. Tu verras, j’aurai plus jamais peur – on aura les mêmes cauchemars. °

Le ton, pourtant enjoué, fit frémir la Dragonne. Sous elle s’ouvrait tout un vide, toute une vie, et les fantômes de la mémoire jouaient leur théâtre de pantomime juste dans le coin de son œil. Elle prit ce que la Neishaane avait à lui offrir, chutant toujours plus loin, un sentiment de terreur enflant dans sa poitrine. Elle y puisait pourtant une espèce de réconfort ambigu : plus sa Liée effrayait sa nature profonde, plus elle se sentait proche d’elle. Pensait-elle être enfin capable de concevoir, ainsi, ce qu’Amaélis pouvait ressentir envers elle ? Ses poumons s’emplissaient de ce qu’exhalaient les pores de son Âme Sœur – sueur froide, violence sauvage, abandon et mystères occultes. Un goût salé, amer, persistait sur ses lèvres. Son étreinte se fit plus féroce, ses ongles venant gratter la chair fine des joues d’albâtre.

° Nous allons être invincibles, n’est-ce pas ? Oh ! rends-moi grâce, ma Liée, ma délicate fleur de givre… car si je ne t’avais pas fait goûter au Chaos, jamais tu n’aurais pu prétendre à cet héritage ! Tout ce que tu es m’appartiens. °

Un éclat de rire secoua la frêle Neishaane. Les paroles d’Ithildin la réjouissaient, car elle était sûre, maintenant, qu’elles seraient deux à sombrer. La Dragonne, en dépit de toute sa morgue, était bien trop faible, et bien trop insolente, pour résister à l’appel de savoirs proscrits. Combien de temps leur restait-il, avant que les Dieux ne daignent abattre leur courroux sur elles – l’Airain qui ne devait pas naître, et sa Liée qui avait ramené de l’Oubli des choses interdites aux mortels ?

Dans leur dos, les deux Spectres attendaient patiemment la fin des retrouvailles. Au bout d’un temps incertain, Amaélis se redressa enfin, repoussant d’un geste fébrile son Âme Sœur. Encore vacillante, elle fit face aux Ancêtres, et Ithildin la vit alors entourée d’un halo lunaire. L’anticipation rendait sa respiration difficile ; qu’était-elle devenue ? Il lui tardait de le découvrir et de conquérir, encore, l’étendue escarpée de son être. Cette fois, ce fut Eir qui s’approcha, ses immenses yeux de lapis-lazuli aspirant toute la lumière alentour et laissant son frère dans l’ombre.

Amaélis Eleicúran. Te voilà de retour parmi les tiens. Prends soin de ce que t’a légué ton sang. Il te faudra veiller à ce que ton Héritage ne tombe pas entre des mains non méritantes.

J’ai un frère… admit la Neishaane, à la fois songeuse et prudente. Elle avait rencontré Veyre quelques lunes plus tôt, mais ne se serait pas targuée de le connaître pour autant. Le Chevalier Ardent lui avait révélé une partie de son passé ; devait-elle lui rendre la pareille ? Valharin lui coupa la parole avant qu’elle puisse en dire davantage.

S’il n’est pas ici, c’est qu’il n’y sera jamais. C’était toi que nous attendions. Nous n’en avons plus pour longtemps ; aussi, laisse-nous te conter notre histoire.

Dans le clair-obscur, les ombres projetées par les statues parurent s’animer, se métamorphoser sous le souffle de la voix du Neishaan tandis qu’il chantait la chute de leur Clan – le maillon manquant de la chaîne. Eir se joignit à lui, et le monde bascula dans un espace aux limites indéfinies, hors du temps. De mur en mur, Amaélis suivait du regard des silhouettes changeantes. Quatre d’entre elles attirèrent son attention – une femme, deux enfants et un Dragon dont les ailes immenses balayaient les flammes. Toutes les autres finissaient par partir en cendres. Le vent que l’Empereur Noir provoqua en prenant son envol porta jusqu’à elle l’écho d’un nom, perdu entre les hurlements des Maudits et le vacarme de l’incendie. Siobhán. Comme si elle avait entendu qu’on l’appelait, l’illusion se retourna pour observer Amaélis, mais son visage demeura invisible. Elle disparut derrière son Lié, un enfant dans les bras et l’autre qu’elle tenait par la main, puis la scène changea. Les fumées s’étiolèrent pour finalement révéler un homme seul, accroché à une croix, et le rugissement d’un Dragon dans le lointain. Un battement de cils plus tard, il n’était plus seul. Une femme, enceinte, secouée de sanglots, tenait son corps immobile dans ses bras trop maigres.

Tout cessa alors. Eir et Valharin avaient disparu en même temps que leur chant s’était éteint. Un profond soupir vint rompre le nouveau silence, et Amaélis se retourna vers sa Liée, dont les traits fatigués indiquaient qu’elle ne tiendrait plus sa forme humaine très longtemps. Elles devaient partir. Sans un mot et sans cérémonie, la Neishaane s’empara de la Pierre pour la fourrer dans son sac. Alors qu’elle s’apprêtait à rebrousser chemin, un étau de froid enserra ses poignets, assez insistant pour la retenir, et un murmure aux accents désespérés se déposa dans le creux de son oreille :

L’un des deux enfants n’était pas celui de Siobhán… C’était le mien ! Il portait le sang de la lignée de Loyë-Hefur... Tu dois me dire ce qu’il est advenu de lui ! Tu m’entends ? Tu le dois ! … Autrement, je saurai comment te faire payer chaque jour !

Et avec ça, l’apparition s’évapora. Un frisson parcourut la Maîtresse déchue, qui attribua la voix, sans trop de peine, à la plus jeune des Spectres. Comment pouvait-elle retrouver la trace de cet enfant ? Elle ne savait même pas où avait fui cette sœur Renégate dont ils n’avaient pas su prononcer le nom. Qu’en avait-elle à faire ? Il y avait des choses plus urgentes qui réclamaient son attention. Son esprit flottait, libre, sans contrainte, au-dessus d’un océan houleux au fond duquel se trouvait sans doute la réponse à toutes les questions. Et qu’il lui tardait d’en explorer les confins, de laisser l’eau trouble envahir sa poitrine et l’abreuver de récits plus vieux que les étoiles ! Une ébauche de sourire imprimée sur ses lèvres gercées, elle tendit la main à Ithildin :

Allons-y, Étoile-Lune.

Il leur fallut quelques heures avant d’émerger enfin à la surface. Les Lunes avaient mêlé leur éclat, argent et bronze, pour nimber la Lande et ses brumes d’une lueur irréelle. Avec un soulagement non dissimulé, Ithildin put à nouveau étendre ses ailes, sur lesquelles quelques poussières tombées de la chevelure de la flamboyante Eurilya avaient tracé des sillons de braises stellaires. Humant l’air délétère, Amaélis sentait une force nouvelle l’envahir et il lui sembla un instant que les vapeurs spectrales s’inclinaient devant elle, formaient comme un cortège impossible pour accompagner ses pas alors qu’elle foulait le sol proscrit. Elle se tint alors immobile, les bras à peine écartés pour mieux accueillir la brise nocturne. D’un regard aux distants brasillements ambrés, l’Airain observa sa Liée fermer les paupières et les traits de son visage apaisé s’auréoler d’une tendre lumière.

À suivre...



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