Playlist Tol Orëanéene Carte du Monde Index du Forum
Connexion •  Se connecter pour vérifier ses messages privés •  S’enregistrer
 
 [RP] Des Profondeurs, nous crions Sujet suivant
Sujet précédent
Poster un nouveau sujetRépondre au sujet
Auteur Message
Amaélis Yodera
Chevalière Errante
Chevalière Errante

Hors ligne

Inscrit le: 22 Nov 2009
Messages: 468
Sexe: Féminin
Présentation: URL
RPs: 259
Race: Neishaane
Âme Soeur: Ithildin
Affiliation: Apolitique
Alignement perso: Chaotique Neutre
Ordre Draconique: Neutre

MessagePosté le: Mar 14 Mar 2017 - 23:38 Répondre en citantRevenir en haut



Zakerielku 918.


Une fois de plus, ses pieds foulaient le sol profane de la Lande d’Eru – mais, cette fois, aucune ombre n’était dissimulée parmi les fumées, aucune silhouette menaçante ne guettait dans les interstices des vieux murs, aucune voix ne venait caresser sa joue en même temps que les vapeurs vénéneuses. Flocon de cendre au milieu de ses frères éparpillés aux quatre vents, Amaélis Yodera était venue ici avec l’intention de raviver les braises d’un passé étouffé par le silence et le temps. Ses cheveux voletaient devant son visage, et, d’une main, elle tenait fermement l’attache de sa cape. Dans ses yeux couleur d’acier et de poussière, étranges reflets du ciel voilé de la Lande, l’ombre s’étalait et ternissait l’éclat de la peur. Le silence était d’une épaisseur inquiétante – chacun de ses pas, alors qu’elle avançait entre les ruines, la rapprochait de l’horreur, de sa source.

Était-ce ironique que son futur repose au fin fond de ce lieu banni du Destin ? Était-ce cohérent de venir chercher sa renaissance là où ne sévissaient que la Mort et l’Oubli ? Il y avait bien longtemps que la Neishaane ne s’embarrassait plus de telles questions. Elle n’était pas assez stupide, de toute manière, pour croire qu’aucun sacrifice ne lui serait demandé ; avait intimement conscience qu’elle se damnerait, sans possibilité de retour en arrière. Amaélis s’en fichait. Il y avait bien longtemps, également, qu’elle avait renoncé à l’Espoir. La masse de l’Airain Ithildin filait au-dessus d’elle, veillant à ce qu’aucune créature n’ait senti la chaleur des vivants dans ce désert tout de froid et d’os. Sa colère était comme un blizzard incessant, qui fouettait et écorchait la chair même des rêves – comme les racines d’un arbre aussi vieux que le monde, allant puiser au plus profond de la terre. Malheureusement pour la Dragonne, sa Liée n’avait que trop peu de rêves, et son cœur desséché n’offrait rien d’autre qu’une poudre stérile en guise de terreau.

Les formes déchiquetées des vestiges, griffues et biscornues, étendaient leurs doigts vers une chape terne. La lumière semblait anormalement obscure, revêtant une palette infinie de gris – ardoise, verdâtre, brun. Une pellicule opaque avait tout recouvert, et le paysage se révélait en nuances surannées, prisonnier d’une dégénérescence et d’une décomposition à jamais inachevées. Quelque chose dans ce spectacle forçait le cœur à se tordre et les sentiments à osciller entre pitié et terreur. Amaélis était familière de l’agonie, croisait le reflet de son propre regard parmi les débris. Les moisissures, le pourrissement, la rouille, l’érosion, l’acide – toutes ces choses qui étaient devenues les symptômes de sa chute. Elle sentit ses jambes trembler, soudain submergée par l’évidence de sa misère. Depuis combien de temps… ? Depuis combien de temps s’était-elle abandonnée ? Comment avait-elle pu occulter l’ampleur de sa déchéance ? Et quelle malédiction, à l’image de ce Màr, retenait encore son existence, effacée, dans ce vaste monde où elle n’était rien de plus qu’une étrangère ? Comme prise de panique, elle se laissa tomber à genoux pour fouiller sa besace, et ne relâcha le souffle contenu dans ses poumons que quand ses doigts se refermèrent autour d’une petite bourse en cuir.

° Es-tu sûre, Amaélis ? Même les Dieux ignorent quels monstres se recueillent dans le silence de ces tombes. °

La Neishaane ne répondit pas, persuadée qu’elle avait sans doute imaginé la voix d’Ithildin – elle le faisait souvent, ces derniers temps. Elle ne supportait plus son mutisme. La présence autrefois rassurante de son Âme Sœur avait rejoint l’assemblée des chimères, toujours en bordure de son esprit. Les émanations toxiques se montreraient certainement néfastes, une fois sa raison évanouie, mais Amaélis avait besoin de ne plus penser – alors, elle ferma les paupières.

~°~



Un trou béant se trouvait à l’emplacement de ce qui avait dû être autrefois une large porte, malgré tout trop étroite pour permettre l’entrée d’un Dragon. Sans se soucier de l’haleine glaciale et lourde qui en sortait ni des ténèbres à l’intérieur, Amaélis pénétra dans la galerie, prenant appui sur la roche qui s’effritait sous ses doigts. Ithildin, sous forme humaine, s’engagea à sa suite, le visage résolument fermé. Il lui tardait de pouvoir étendre ses ailes, de préférence partout ailleurs qu’au sein de ce Màr Maudit. La Neishaane se déplaçait avec une lenteur effarante, luttant pour garder les yeux ouverts et trébuchant contre les pierres qui jonchaient le chemin. Le couloir était à moitié effondré, laissant filtrer par endroits quelques maigres rayons de lumière où dansaient des myriades de particules en suspension. Grimhilde avait montré à sa descendante, en rêve, la demeure de leur famille et les vastes laboratoires enfouis sous la terre – mais n’avait indiqué aucune direction.

« Le Màr dont le nom est maudit te reconnaîtra comme sa fille, aussi affronte ses monstres sans crainte. » lui avait simplement assuré l’Ancêtre. Du plat de la main, Amaélis suivait les gravures vieillies qui couraient le long du mur, en appréciait la rugosité et les significations abstraites. Ainsi, elle remontait le temps, et le remonterait encore, jusqu’à l’origine. Elle ressentait une certaine exaltation à cette pensée, ce même désir de répondre à un appel ancestral qui avait animé son cœur avant l’Empreinte.

Derrière elle, à distance respectable, l’Airain avançait silencieusement, ses pupilles luisant de l’éclat du sang sous les mèches d’ardoise. Elle percevait évidemment les pensées désordonnées de sa Liée, de plus en plus délirantes à mesure que les jours s’écoulaient – et ce depuis le début de l’été. L’esprit d’Amaélis n’avait fait que décroître et se flétrir, l’obscurité densifiée par les brumes dont elle s’enveloppait avec un acharnement maladif, affligeant. La Dragonne avait longtemps cru que son devoir était accompli : Amaélis n’était plus que l’ombre d’elle-même, et quand les cauchemars devenaient trop horribles, c’était son nom qu’elle appelait – son absence qu’elle abhorrait. Pourtant, un cœur étranger semblait s’être mis à battre, quelque part dans les tréfonds de sa coquille vide, et des voix méconnues résonnaient comme entre des falaises lointaines, portées par un vent séculaire.

La Dragonne avait vu le visage de l’Ancêtre, avait reconnu l’aura de désolation qui voilait sa silhouette diaphane – mais, aussi, il y avait eu les effluves d’une puissance indicible et obscure, bien trop attirantes, qui avaient excité son âme corrompue. Futile était la quête de la Neishaane, et siennes seraient les connaissances interdites qui sommeillaient sous la terre – car seule une Enfant du Chaos pourrait les exhumer sans sombrer dans la folie la plus noire.





Dernière édition par Amaélis Yodera le Sam 17 Juin 2017 - 19:08; édité 1 fois
Publicité





MessagePosté le: Mar 14 Mar 2017 - 23:38 Revenir en haut

PublicitéSupprimer les publicités ?
Oracle Tol Orëanéen
Maitre du Jeu
Maitre du Jeu

Hors ligne

Inscrit le: 11 Fév 2008
Messages: 661
Sexe: Masculin
Présentation: URL
RPs: 610
Race: Dragon Primordial

MessagePosté le: Ven 21 Avr 2017 - 14:44 Répondre en citantRevenir en haut


Mora del Caelan & La Bleue Nymelith
Shaman du Màr Tàralöm

Theme Song :
Dargaard – The Infinite


Dans le silence profond qui seul peut régner dans les profondeurs de la terre, la Shaman, le visage concentré et les yeux clos, méditait. Ses mains aux ongles soignés effleuraient lentement la paroi de pierre ouvragée, tentant d'en comprendre la magie, d'en absorber la signification profonde. Cela faisait des années qu'elle connaissait l'existence de cette chambre secrète, scellée par un puissant sortilège, et qu'elle tentait, inlassablement, d'en percer les mystères. Elle avait consulté une multitude de registres, et de traités magiques. Pourquoi ne parvenait-elle pas à l'ouvrir ? Comment avait-elle pu résister à l'épreuve du temps ? Quel était le trésor qu'elle gardait jalousement ? Tout juste pouvait-elle dire que le sceau avait été mis en place à une époque proche de la Malédiction. Et pourtant elle n'en avait trouvé nulle mention dans le journal de son ancêtre ...

La magie du Kaerl était encore étrangement vivace dans cette partie du Màr Dìnen. Les bandes de jizdine, ponctuant la longue fresque sur le mur du couloir, éclairaient d'une lueur froide, tout juste suffisante, les runes gravées qui formaient le sceau, disposées en cercles concentriques s'imbriquant les uns dans les autres. Bien que proche du Valheru, le langage dans lequel elles étaient écrites lui était inconnu. Après une étude approfondie, elle et Nymelith avaient fini par conclure qu'il devait s'agir de Draconique, une langue sacrée très peu usitée, et aujourd'hui connue seulement de quelques dragons.

En tant que noble descendante d'une très ancienne famille du Kaerl Maudit, l'Ondine sentait sa curiosité et pire encore, sa fierté, piquées au vif par ce problème qui persistait à lui résister. D'autant plus qu'Aubiade était invariablement restée silencieuse à chaque fois qu'elle avait tenté de l'interroger sur le sujet. La Gardienne détournait le regard, les yeux hantés et les lèvres pincées, et lui refusait toute réponse. Mora savait, que dans ces moments là, il était inutile d'insister. Et pourtant … N'avait-elle pas prouvé sa valeur, sa loyauté envers le Màr à de multiples reprises ? Ne s'était-elle pas montrée digne de confiance ?

***

Sur sa poitrine, niché entre ses seins, son médaillon s'échauffa soudain, et la turquoise qui le constituait s'illumina d'une lueur bleutée, palpitant lentement, tel un cœur vivant.

Ses yeux pâles s'ouvrirent lentement. Sortie de ses réflexions, sourcils froncés, Mora recouvrit la pierre d'une main, plongeant dans son esprit à la recherche de la source de l'alarme. Un intrus venait de franchir la frontière magique qu'elle avait délimité autour du Kaerl. Son irritation, déjà bien alimentée par la frustration qu'elle ressentait, grimpa encore d'un cran.
Ces derniers temps, la Lande d'Eru et les ruines qu'il abritait étaient devenus une destination bien trop en vogue à son goût. Heureusement le Màr Sanglant portait bien son surnom, et savait la plupart du temps se prémunir contre les curieux, et ceux qui parvenaient à traverser la Lande devaient encore faire face aux Spectres, devenus particulièrement méfiants et instables depuis l'obéissance forcée que Drazahir leur avait imposé.

A ce souvenir, les poings de l'Ondine se serrèrent imperceptiblement, ses ongles rentrant dans ses paumes. Cet Ardent déchu avait littéralement souillé le Kaerl par son immonde magie, pillant sa bibliothèque à la recherche de savoirs interdits, semant le chaos sur la Terre de l'Aube, allant même enchaîner la Gardienne dans une tentative de lui arracher ses secrets. Au moins le nécromancien n'avait-il pas réussi non plus à ouvrir la chambre secrète. Aubiade lui avait d'ailleurs confirmé, c'était à peine s'il s'y était intéressé, préférant des pouvoirs accessibles plus directement.

Dès que la disparition de l'Ombremage avait été confirmée, la Shaman avait donc commencé à mettre au point des Gardes magiques pour éviter, sinon être au moins prévenue, de telles intrusions dans l'avenir. Hors de question de laisser quelqu'un d'autre se mettre en travers de son chemin. Le temps de mettre ses affaires en ordre, et de donner ses instructions à Saëren, son assistante – une elfe possédant une sensibilité exceptionnelle à la magie, tout en étant bien fort commodément muette – et elle s'envolait pour la Lande d'Eru et le Màr Dìnen. Saëren lui étant totalement vouée corps et âme, elle pouvait quitter le Màr Tàralöm sans crainte.
Et depuis lors, les Lunes passant, elle avait fait de nombreux allers et retours entre le Kaerl Ardent et la Lande, compulsant les données, testant de nouveaux artefacts, sans en être aucunement inquiétée. Tout se déroulait à merveille, si on exceptait ce mystère qui lui résistait encore et toujours.

Elle ne pensait cependant pas pouvoir vérifier l'efficacité de son sortilège de garde si rapidement. Une pointe d'impatience vint lézarder implacablement son mur de calme, et son esprit alla caresser celui de sa Liée. Nymelith se tenait perchée, telle une gargouille sentinelle, sur une des plus hautes tours du Kaerl en ruine. Bien que soutenant son âme sœur dans tout ce qu'impliquait cette double vie de descendante du Màr Dìnen, la Bleue se sentait toujours déplacée et malvenue dans les profondeurs obscures du Kaerl Silencieux. Un jour peut-être, lorsque sa grandeur serait restaurée, et ses étoiles d'argent rallumées, alors pourrait-elle admirer le palais souterrain dans sa juste beauté, comme le faisait Mora.

Toujours étroitement en contact avec son Ondine, la dragonne aux écailles de nuit, elle aussi, avait senti la perturbation du champ magique provoquée par l'intrus.

*Nym', que vois-tu ?*

S'étirant avec langueur, les griffes solidement arrimées dans la pierre, la dragonne allongea le cou, ses iris rougeoyant en écho à la froide colère de sa Liée. Son esprit enlaça possessivement celui de Mora, et elle partagea avec elle ce que ses sens percevaient.
Là-bas, juste avant l'arche d'entrée au Kaerl, parmi les ruines de l'ancien portail d'entrée du Màr, une petite silhouette couronnée d'une crinière blanche venait de s'arrêter, semblant hésitante. Ce n'était guère plus qu'une adolescente qui prétendait venir braver les dangers de cette terre maudite. Pourtant, la manière dont la brume venait s'enrouler autour de ses jambes frêles l'intriguait. La magie sauvage propre à ces lieux réagissait de bien étrange manière à son contact, comme si elle la reconnaissait comme sienne, presque comme si ... Elle l'accueillait. Ses sourcils se froncèrent.

**C'est une Douée, mais je ne parviens pas à déterminer de quel Kaerl elle provient ; elle porte la marque de la magie du Màr Luimë, mais son cœur et son âme semblent hésitants quant à leur appartenance ...**

D'allégeance indéterminée, alors. Une déchue, rejetée par son Ordre ? Que venait-elle faire ici ? Etrange endroit pour venir y chercher refuge. De surcroît, point important, non loin derrière elle, se tenait ce qui était certainement une dragonne sous sa forme humanoïde. Tout ce qu'elle percevait d'elle était puissance et férocité. Une Reine, peut-être ? Non, il était peu probable que le Kaerl Englouti décide d'envoyer en exil une de ses Argentées ... Alors quoi ?

**Elle pourrait être plus qu'elle ne paraît. Il ne serait pas sage de la laisser vagabonder à son gré ici ...**

Mora resta silencieuse quelques instants, acceptant sans mot dire le conseil de sa Liée. Ses recherches attendraient et cette chambre ne risquait pas de s'ouvrir seule en son absence. De plus, elle ne tolérait pas que d'autres marchent sans sa permission sur ce qu'elle considérait comme son territoire réservé.

*Ne la quitte pas des yeux avant que je ne l'ai rejointe.*

Sa main fine s'éleva pour aller effleurer la bande de jizdine, qui s'éveilla à son contact et répandit sa lueur froide dans le couloir. Elle connaissait un passage secret qui l'amènerait en quelques minutes seulement à l'endroit qu'elle souhaitait atteindre ; elle attendrait l'intruse un peu en amont du point où Nymelith l'avait repérée. Son jugement serait sans appel.

***


Et, peu après, sortant sans hâte de l'ombre du pilier où elle se tenait, Mora s'avança effectivement à la rencontre de la Neishaane, sa robe sombre bruissant dans le silence soudain épais qui régnait à travers le Kaerl, et sa longue chevelure de nuit cascadant librement dans son dos. Ses prunelles pâles détaillèrent la silhouette débraillée de l'intruse, passant au crible tous les détails qui lui sautaient aux yeux, et ceux plus imperceptibles, qui résonnaient en écho avec sa magie. Un examen des plus ... déplaisants.

Avec toute la froideur qui la caractérisait, toujours sans mot dire, sa main alla s'emparer du menton de la jeune fille, redressant sa tête avec fermeté pour mieux l'observer. Nymelith, qui s'était discrètement rapprochée dans les hauteurs en ruine, siffla doucement un avertissement à travers son esprit, inquiète que sa Liée puisse se mettre en danger. Au moindre signe d'agressivité de l'autre dragonne, elle passerait aussitôt à l'attaque.

Sans relâcher sa prise, l'Ondine fixa alors ses iris d'améthyste dans celles, couleur d'un ciel d'orage, de la frêle Neishaane. A travers le Lien, elle sentit la Bleue se tendre comme un arc, là-haut sur sa tour, prête à intervenir à tout moment. L'esprit de l'intruse lui apparaissait très instable, et se présentait surtout hermétiquement barricadé contre tout contact mental, étroitement protégé par celui de cette étrange dragonne qui l'accompagnait. Mora ne pourrait pas la manipuler, son pouvoir ne lui servirait à rien. Dommage. Laissant lentement sa main retomber à ses côtés, elle lui lança :

« Qui es-tu et pourquoi viens-tu troubler le repos du Màr Maudit ? Ne sais-tu pas que certaines choses ne se réveillent pas impunément ? »

Impassible, le visage de l'Ondine ne reflétait que la froideur du marbre, offrant un contraste saisissant avec sa voix aux inflexions hautaines et autoritaires.



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

Visiter le site web du posteur
Amaélis Yodera
Chevalière Errante
Chevalière Errante

Hors ligne

Inscrit le: 22 Nov 2009
Messages: 468
Sexe: Féminin
Présentation: URL
RPs: 259
Race: Neishaane
Âme Soeur: Ithildin
Affiliation: Apolitique
Alignement perso: Chaotique Neutre
Ordre Draconique: Neutre

MessagePosté le: Ven 21 Avr 2017 - 18:48 Répondre en citantRevenir en haut

Comment prétendre trouver son chemin dans les ruines ? Amaélis ne prêtait peu ou pas attention aux couloirs, aux escaliers qui l’amenaient toujours plus profondément vers la source des mystères, là où pulsait une magie honnie et ancienne, se répandant aussi bien dans la pierre que dans les âmes vagabondes qui erraient inconsciemment le long des corridors détruits. Ithildin suivait toujours, avec un mélange de curiosité et de colère, l’écho martial de ses bottes résonnant à l’infini contre les murs. À travers les souvenirs épars de la Neishaane, quelques images luisaient de l’éclat particulier des rêves, et leur lumière, frémissante, semblait battre au rythme d’un cœur fatigué. Elles devenaient plus nettes quand Amaélis s’arrêtait pour mieux les contempler, la tête légèrement inclinée vers l’arrière et les paupières à demi closes, évoquant un félin des neiges sur les traces de sa prochaine proie. La Dragonne n’irait pas jusqu’à se fier aux intuitions de sa Liée, mais elle n’était pas stupide au point d’ignorer son affinité avec la Lande – dont elle se révélait bien plus proche que l’Airain le serait jamais. Et, en dépit de toute sa fierté, elle ne refuserait pas une occasion d’accroître sa puissance sous prétexte qu’elle n’acceptait pas ce qui venait d’Amaélis. Il y avait trop à gagner ; rien à perdre, puisque la raison de la Neishaane s’était évanouie depuis longtemps.

Les routes se succédaient, identiques. Les deux Âmes Sœurs avaient retrouvé le ciel opaque et menaçant, les brumes comme d’interminables silhouettes damnées qui se faufilaient entre les arches et les colonnes, mains tendues vers la chaleur des vivants et bouche ouverte sur un cri qui demeurait inaudible pour les mortels. Amaélis les laissait glisser entre ses doigts maigres, incapable de les retenir, et elle appréciait de pouvoir les déchirer en lambeaux grisâtres. Tout cela n’était qu’une illusion de plus. Quel pouvoir avaient les Spectres sur sa chair ? Ils ne faisaient que l’enlacer, devaient se délecter de la caresse d’une peau tiède sous leurs effluves glacées. Elle songea un instant à se noyer dans le brouillard – comme lorsqu’elle s’immergeait entièrement dans l’eau, comme quand elle chutait et que son dos heurtait le sol, une éternité plus tard. Comme elle aurait aimé tomber depuis le haut de la Pointe d’Ombrelune, également, pour aller embrasser l’écume. La Neishaane eut un vain éclat de rire, sentant l’esprit d’Ithildin s’enflammer à de telles pensées, et elle tourbillonna allègrement parmi les fumées.

° J’ai trouvé pire châtiment que la Mort grâce à toi, Dragonne. Aie confiance, je réprouve assez mon existence pour pouvoir accepter la tienne. C’est là ma punition. °
° Je suis ton seul crime, comment pourrais-je aussi être ta peine ? °
° Je ne sais pas, mais nous nous vengerons des Dieux qui nous ont enchaînées l’une à l’autre, je t’en fais la promesse ! °
répliqua la Maîtresse déchue, virevoltant toujours, un sourire étrange accroché à ses lèvres autrefois d'un rose soutenu, désormais pâles et gercées.

Ithildin rattrapa sa Liée en quelques pas rapides et l’empoigna par l’épaule, suffisamment fort pour la forcer à se tourner. Confrontée aux prunelles sanglantes, la Neishaane opposa à la Dragonne un air de défi, ses yeux de cendre parcourus d’éclairs froids et féroces.

° Je t’interdis de parler en mon nom, tu m’entends ? J’ignore à quoi tu joues, Neishaane, mais n’espère pas une seule seconde que je te laisserai gagner. °
° Sinon quoi ? Tu feras la gueule ? Lâche-moi ! °


Amaélis tenta de se soustraire à l’étreinte de l’Airain, piteusement et sans succès. De sa main libre, Ithildin emprisonna les poignets fins de son Âme Sœur, les maintenant en place avec fermeté.

° Depuis quand cherches-tu à t’enfuir ? Depuis quand cherches-tu à te rebeller ? Dis-moi ! Depuis quand ourdis-tu tes plans contre moi ? Que t’ai-je jamais fait pour que tu me haïsses ainsi, Amaélis ? °

Si la Lande et son Kaerl Maudit avaient la réputation d’un véritable enfer, si certains craignaient ce qui les attendait dans le Royaume d’Isashani, alors ils n’avaient jamais croisé le regard de l’Airain. À bout de souffle et le cœur battant à tout rompre, la Neishaane parvint finalement à se dégager d’un mouvement brusque et se reçut, les jambes tremblantes, contre l’un des murs encore debout. Elle passa une main sur son visage couvert de sueur avant de reprendre son chemin, ignorant la fureur de la Dragonne dans son dos.

La vision brouillée par des larmes malvenues, Amaélis avançait tout en se mordant les lèvres, prenant appui sur tout ce qui se trouvait à sa portée. Elle ne comprenait pas le goût de culpabilité, persistant, qui conférait à sa propre salive la texture de la poussière – ni la douleur sourde dans ses poumons quand elle inspirait l’air épais du Màr. Les paroles d’Ithildin s’agitaient sous son crâne, lourdes de sens et porteuses d’une remise en question qu’elle n’était pas prête à accueillir. Le vernis de ses mensonges craquait doucement, et alors seraient révélées la corruption de l’âme, les ténèbres grouillantes qu’elle se cachait depuis toujours, et... Non, non. Elle était ainsi parce que le monde avait été cruel envers elle. Elle était ainsi parce qu’elle avait été trahie, abandonnée, rejetée. Elle était ainsi parce qu’Ithildin avait joué avec son esprit, parce qu’elle avait détruit sa liberté, parce qu’elle l’avait poussée dans ses retranchements. Il n’y avait rien dont elle fût coupable. Quiconque pensait le contraire ne cherchait sûrement qu’à la briser un peu plus. Était-il trop tôt pour une nouvelle prise ? L’agitation, la peur menaçaient de lui faire perdre pied. Son estomac, malmené par le poison ingéré plus tôt, la brûlait férocement et elle se recroquevilla, pliée en deux, pour cracher une bile âcre.

Tu es minable.

La Neishaane se fit violence pour respirer convenablement, le front plaqué contre la pierre froide d’un pilier, en appréciant le contact presque apaisant. Tout allait bien ; elle n’avait rien à craindre. Ce n’était qu’une crise passagère. Elle serra les poings, martelant faiblement la colonne afin d’affirmer sa détermination. Amaélis se redressa enfin, chassant les mèches d’albâtre collées à son visage par la transpiration et essuyant sa bouche poisseuse, puis croisa les iris rubescents d’Ithildin.

Va te faire voir.

La Dragonne eut un éclat de rire sec, levant les bras comme en signe de reddition, minaudant d'un air faussement effrayé. Par Kaziel, n’agissait-elle que dans le dessein de l’humilier ? Il leur fallait encore chercher, pourtant, et retomber dans ce silence et cette indifférence mille fois préférables aux disputes interminables. Amaélis avait tout son temps pour régler ses comptes.

~°~


Elles ne trouvaient plus d’entrée menant aux souterrains. Il y avait bien eu ces couloirs aux statues démembrées, et ces escaliers qui semblaient s’enfoncer dans les profondeurs – mais le chemin était bloqué par un éboulis de rocher, et les deux Âmes Sœurs avaient dû faire demi-tour. Les doigts crispés autour de l’attache de sa cape, Amaélis promenait autour d’elle un regard de moins en moins amène. Sans doute aurait-elle maudit son ancêtre, si celle-ci n’avait pas déjà fait partie d’un Ordre puni par les Dieux. Et ne reconnaissait-elle pas cette place ? cette allée ? Elle commençait à en avoir le vertige, et des murmures coulaient entre les pavés, des silhouettes se dessinaient dans le lointain, parmi les brumes. Les Spectres avaient sans doute remarqué la présence des intrus. L’une de ces formes éthérées se découpa contre la grisaille environnante, drapée de nuit et étrangement pâle. La Neishaane battit des cils. Est-ce que l’apparition venait à sa rencontre ?

Tétanisée, elle l’observa se rapprocher, son visage faisant reculer les ombres par sa blancheur. Derrière elle, Ithildin avait écarquillé les yeux, tous ses muscles tendus, prêts à frapper. Amaélis sentit son souffle lui échapper quand une main tout à fait tangible vint relever son menton. Par quel… ? Elle fronça les sourcils et fit un pas en arrière dès qu’elle en eut la possibilité, sans quitter des yeux la Dame. Celle-ci lui inspirait un sentiment mitigé, mélange d’attirance indicible et de dégoût viscéral. La Neishaane ne pouvait pas se tromper : il flottait autour d’elle l’odeur distincte de la Magie, de cette même Magie qui liait l’âme de la Maîtresse Neutre au Màr Maudit. Sa voix, aussi, avait quelque chose d’antique, une autorité née d’une sagesse allant au-delà des valeurs des Ordres.

C’est le Kaerl qui m’a réveillée. Moi, je ne trouble rien ni personne, je ne fais que répondre à son appel.

° Ça suffit ! Ne lui en dis pas plus, ce n’est pas un Spectre. Sa Liée n’est pas loin, je la sens. Elles viennent du Kaerl Ardent. °

Devait-elle s’en inquiéter ? Amaélis se mordit la lèvre pour ravaler son arrogance, décuplée dès lors qu’elle se trouvait dans la Lande.

Amaélis Yodera, Liée à l’Airain Ithildin. Inutile de vous inquiéter pour moi, les Spectres commencent à me connaître, on a passé de charmants moments ensemble.

Et sans plus d’explications, elle s’apprêta à continuer sa route. Qu’une Ardente hante les lieux la laissait indifférente et, malgré son apparente affinité avec le Kaerl sans nom, Amaélis avait des choses plus importantes en tête.

° Tu comptes t’en aller comme ça ? Et si elles nous suivent ? Et si elles tentent de voler ton héritage ? °
° Ne sois pas stupide, Dragonne. Personne n’attendrait ici qu’on vienne lui indiquer le chemin vers les secrets des Maudits. Elle poursuit vraisemblablement sa propre quête. °



Oracle Tol Orëanéen
Maitre du Jeu
Maitre du Jeu

Hors ligne

Inscrit le: 11 Fév 2008
Messages: 661
Sexe: Masculin
Présentation: URL
RPs: 610
Race: Dragon Primordial

MessagePosté le: Ven 26 Mai 2017 - 19:09 Répondre en citantRevenir en haut


Mora del Caelan & La Bleue Nymelith
Shaman du Màr Tàralöm

Theme Song :
Chrysolite – City of the Fallen


Une main languide posée sur sa hanche, dominant de sa haute taille la jeune Neishaane effarouchée, Mora étudiait ses réactions, une moue hautaine plaquée sur ses lèvres charnues. Tout en elle, dans cette froide neutralité méprisante reflétait le sentiment de supériorité, voire de dégoût qu'elle ressentait face à l'allure débraillée de sa vis à vis. Elle se gardait bien pour autant d'oublier la présence de l'étrange dragonne, qui restait silencieuse, en arrière plan, mais elle savait que Nymelith était là pour veiller à ce qu'elle n'intervienne pas dans sa ''conversation'' avec sa Liée. Elle pouvait donc, en toute confiance, mobiliser l'ensemble de ses sens, physiques et magiques, sur l'intruse.

Et les prunelles d'améthyste de l'Ondine ne manquèrent pas de s'étrécir face à la réponse par trop nonchalante que la Neishaane lui apporta. Appelée par la Lande, hein ? Elle voulait bien admettre que cette révélation piquait sa curiosité. Le mot était par ailleurs trop faible pour décrire l'enfièvrement qui la parcourut lorsque le mot « airain » s'imprima dans son esprit. Une Airain ! Combien aurait-elle donné pour pouvoir en étudier un spécimen, en décrypter tous les mystères, en compulser les moindres détails ? Obtenir de telles connaissances aurait été d'une valeur inestimable ...

Un rire à la fois incrédule et ravi lui échappa, chantant dans l'air poisseux de la Lande, avant que Mora, comme dans un miroir déformé, ne se morde légèrement la lèvre inférieure pour se contenir, seul signe extérieur des émotions qui s'agitaient en elle. Les deux dragons bâtards, engendrés par les Deux Lunes, qui étaient parvenus au Màr Tàralöm, n'étaient pas restés assez longtemps en vie pour qu'elle puisse s'insinuer dans la confiance de leurs Liées respectives … Une demi folle et l'ex Dame du Kaerl. L'une portée disparue et l'autre sacrifiée dans l'accomplissement vain d'une prophétie de gloire. Un gâchis des plus écœurant ... Et voilà que le capricieux destin lui servait un nouvel Airain sur un plateau d'argent !

Plus pragmatique que son âme-soeur, aussi silencieuse et délicate qu'une chauve-souris dans l'obscurité, Nymelith amorça soudain un atterrissage en douceur derrière l'Ondine, soulevant un léger tourbillon de poussière. Contrairement à Mora, c'était une vive méfiance qui l'avait saisie, associée à une certaine angoisse, lorsque l'identité de l'Airain avait été révélée. Elle comprenait à présent les informations contradictoires qu'elle avait perçu en sondant l'aura des deux Englouties. Née au cœur de la Sylve de Nòrui, l'Airain était une enfant du Chaos, unique, libre de toute imprégnation due à la magie des Kaerls, et par conséquent, imprévisible. Ainsi placée, la Bleue annonçait, fermement et sans un mot, que le duo d'intruses ne continuerait pas librement sa route tant que sa Liée ne l'aurait pas décidé.

Percevant les pensées tourmentées de sa dragonne, Mora posa une main rassurante sur son cou écailleux, en savourant le contact frais et apaisant, gardant le silence suite à la déclaration de la Neishaane, tandis que la brume continuait de s'enrouler étroitement autour de leurs chevilles. La magie pervertie présente en ces lieux réagissait clairement à sa présence, et l'attitude de la jeune fille semblait indiquer qu'elle n'en était pas à sa première visite des ruines du Kaerl Maudit. Il était absolument hors de question de la laisser vagabonder à son gré ici. Et si elle ne pouvait pas la contrôler ...

*Qu'en penses-tu, Nym' ? Pourrait-elle être une descendante inconnue du Màr Dìnen ? Et si tel est le cas, a-t-elle seulement connaissance de son héritage ?*
**Même si elle le savait, révélerait-elle un tel secret à une inconnue ? Il va falloir que tu la tiennes à l'oeil jusqu'à en savoir plus sur ses motivations. De plus, son Airain ne m'inspire pas confiance.**


Bras étroitement croisés sous sa poitrine, la tête penchée sur le côté, Mora soupira et secoua la tête d'un air faussement navré, avant qu'un nouveau sourire glacé ne vienne jouer sur ses lèvres. Oui, l'Airain l'intriguait fortement. Cependant, il était également de son devoir de protéger le Màr Etoilé, en plus d'empêcher qui que ce soit d'empiéter impunément sur son territoire. A son côté, la Bleue s'allongea calmement, étirant ses ailes avant de les replier soigneusement sur ses flancs, observant le couple de Liées d'un oeil scrutateur, le bout de la queue agité de légers mouvements.

« Je crains hélas de ne pas pouvoir te laisser passer ainsi, Amaélis, toute appelée que tu te prétendes par le Kaerl. Et loin de moi l'idée de me soucier de ton bien être, le fait est que je n'apprécie guère les fouineurs. »

Prenant une courte inspiration pour calmer son irritation, l'Ondine décida de la tester prudemment. Une lueur étrange et dérangeante s'alluma dans ses iris pâles, lorsqu'elle les fixa une nouvelle fois sur celles, cendreuses, et mangées par la folie, de la jeune Neishaane, après un bref regard sur l'Airain au visage fermé. Si cette petite était effectivement ce qu'elle paraissait être, comment réagirait-elle à ses sous-entendus ?

« De par mes origines, sache-le, la conservation de tout ce qui repose ici me revient de droit. Aussi vais-je te reposer une dernière fois ma question, jeune fille. Qui es-tu, et que viens-tu chercher au Kaerl Maudit ? »

Sa voix profonde, chaude et caressante comme du velours, en totale opposition avec son beau visage à la froideur marmoréenne, n'en restait pas moins chargée d'une aura de danger nettement perceptible. La violence inutile n'apportait jamais rien de bon, surtout avec un esprit aussi instable, et la menace latente que représentait l'Airain. Il allait lui falloir la manipuler avec doigté et subtilité jusqu'à ce qu'elle obtienne ce qu'elle voulait savoir.
Et, si nécessaire, bien qu'elle jugerait cela regrettable, le Kaerl Maudit et ses Spectres se chargeraient fort bien de l'aider à faire disparaître à jamais les intruses. Dans le silence de son âme, elle sentit Nymelith acquiescer et se rapprocher de son Ondine dans une attitude protectrice, en attente de ce qui pourrait se produire.



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

Visiter le site web du posteur
Amaélis Yodera
Chevalière Errante
Chevalière Errante

Hors ligne

Inscrit le: 22 Nov 2009
Messages: 468
Sexe: Féminin
Présentation: URL
RPs: 259
Race: Neishaane
Âme Soeur: Ithildin
Affiliation: Apolitique
Alignement perso: Chaotique Neutre
Ordre Draconique: Neutre

MessagePosté le: Dim 28 Mai 2017 - 19:33 Répondre en citantRevenir en haut

Évidemment, l’étrange Dame avait préféré la retenir, plutôt que de simplement s’écarter et laisser la Neishaane continuer sa route. Les lèvres pincées, Amaélis accueillit la Bleue avec un regard où les cendres commençaient à se muer en braises renaissantes. Derrière elle, Ithildin, qui arborait toujours sa forme humaine, toisa la Dragonne, un air de rancœur déformant ses traits quand l’Ondine passa une main délicate le long des écailles bleu nuit. Si la jeune Maîtresse avait senti la jalousie de son Âme Sœur, elle ne s’en montra pas touchée, et préféra croiser les bras autour de son ventre encore douloureux, ses yeux comme deux lances d’acier plantées dans la chair pâle de sa vis-à-vis. Elle n’appréciait ni son ton, ni le mépris latent dont celle-ci faisait preuve. Elle avait la désagréable impression d’être traitée à la manière d’une enfant, et cela lui rappelait trop l’Airain pour qu’elle y reste indifférente. Quand est-ce que cela s’arrêterait enfin ? La colère montait en elle, oppressant sa poitrine ; une marée noire qui portait son caractère au sommet de l’aigreur. Dans son dos, les iris d’Ithildin creusaient des trous béants tandis que la Dragonne attendait, patiemment, le moment où sa Liée s’abandonnerait aux flammes.

Mue par un féroce sentiment d’invincibilité, probablement dû à l’influence qu’avait la Lande sur ses humeurs, Amaélis fit écho au rire de la Dame, sans une once d’humour dans ses vocalises ciselées comme la glace.

Écoute, je sais pas pour qui tu te prends, mais tu peux laisser tomber. Tu as l’air aussi tarée que moi, ça risque pas de m’impressionner. Ce Kaerl est mort, personne ne veille sur lui, et personne n’a de devoir sacré envers lui. Elle décroisa les bras, fronçant légèrement les sourcils. Je m’appelle Amaélis Yodera, Liée à l’Airain Ithildin, et ce que je suis venue chercher au Kaerl Maudit ne regarde que moi.

Elle scruta le visage étroit de l’Ondine, et plus son regard glissait sur elle, plus la moue d’irritation qui avait éclos sur ses lèvres se faisait distincte. Pourquoi fallait-il toujours que le Destin dresse des obstacles sur sa route, dès lors qu’elle parvenait à rassembler suffisamment de courage pour seulement tenter de se battre ? L’Airain gloussa dans un coin de son esprit, et Amaélis fit volte-face, prête à l’empoigner par le col. Les lueurs crépusculaires dans les yeux de la Dragonne l’empêchèrent d’aller plus loin, et elle s’affaissa, les joues rougies par l’humiliation et un désespoir immense étreignant son cœur. Ithildin se lécha les lèvres, une mimique prédatrice plaquée sur ses traits arrondis.

° Tu m’épates, ma Liée. Je ne sais pas comment une telle chose est possible, mais les faits sont là. À chaque fois que tu essaies de paraître sûre de toi, tu me sembles un peu plus pathétique. Vraiment, tu es une erreur de la nature. Une sorte de tragédie… Et je reconnais qu’il y a un peu de poésie, là-dedans. Tout ce que tu entreprends finit par t’échapper, tout ce…°

Je t’ai demandé de la fermer ! La fermer, tu comprends ça ?

L’Airain afficha un air blessé, même si la Neishaane pouvait voir qu’elle souriait, savourant le spectacle. Amaélis ne faisait même plus la différence entre ses pensées et le reste. Sans avoir le temps de comprendre ce qui était en train de se produire, elle observa Ithildin s’approcher timidement pour étreindre son épaule, dans un geste d’une douceur telle qu’elle la laissa nauséeuse – et la Neishaane, à bout de forces, ne put que s’appuyer contre la silhouette rassurante, larmes et sueur mêlées dégoulinant sur son visage fatigué.

Je vous prie d’excuser l’attitude ma Liée. Même si elle estime avoir sa place dans la Lande, nul doute qu’un séjour prolongé ne lui fait pas le plus grand bien. Elle a toujours eu un esprit fragile.

Les caresses de l’Airain plongeaient la jeune femme blottie contre elle dans un profond désarroi, et son estomac se rebella une nouvelle fois face à tant de perversité. Et, tandis qu’elle murmurait des prières adressées à des Dieux sans nom pour qu’ils la sauvent de ce Lien maudit, la main d’Ithildin venait essuyer son front, ses joues, récoltant entre ses doigts attentionnés le fruit de ses offenses. Amaélis aurait préféré mourir, du moins, c’était ce à quoi elle songeait en même temps qu’elle se pressait avidement contre la paume douce et fraîche. Malheureusement, il n’y avait rien d’autre qui fût capable de la réconforter, rien d’autre pour lui offrir ce sentiment de salvation – et la pensée qu’Ithildin souhaitait juste la préserver d’elle-même et de tout le mal qu’elle s’infligeait était bien plus addictive que l’opium.

La Dragonne, malgré un visage résolument inquiet, pointa fièrement le menton en direction de l’autre couple de Liées, un bras protecteur autour de la Maîtresse déchue, presque sublime dans sa douleur factice.

Nous pensons qu’elle a écopé d’un mauvais sort, à un moment donné. Nous sommes à la recherche d’un moyen de l’en délivrer. Je ne vais pas vous demander votre aide, je veux juste que vous nous laissiez passer.

Il était hors de question que cette femme et sa Bleue découvrent l’héritage d’Amaélis ; Ithildin ne le permettrait pas. Tout ce qui appartenait à la Neishaane lui revenait, de droit, et elle ne laisserait personne s’en mêler. Le corps trop frêle de l’Engloutie fut soudain agité de spasmes, et l’Airain la lâcha sans considération, comme elle ne désirait pas se retrouver maculée de bile. Aucune espèce d’émotion ne traversa son visage quand elle la vit tomber à terre, ni quand elle entendit ses quintes de toux étranglées. Elle tourna deux orbes ensanglantés vers l’Ondine, comme une menace semi-avouée.



Oracle Tol Orëanéen
Maitre du Jeu
Maitre du Jeu

Hors ligne

Inscrit le: 11 Fév 2008
Messages: 661
Sexe: Masculin
Présentation: URL
RPs: 610
Race: Dragon Primordial

MessagePosté le: Mer 31 Mai 2017 - 16:42 Répondre en citantRevenir en haut


Mora del Caelan & La Bleue Nymelith
Shaman du Màr Tàralöm

Theme Song :
Makishima Shogo – Psycho Pass OST


Alors que son Ondine faisait face aux deux exilées, la tête haute et la posture en apparence détendue, Nymelith la Bleue les observait d'un regard scrutateur et perçant, avec dans ses prunelles opalescentes, une couleur terne rappelant celle des nuages tempétueux éclatant sur les mers tropicales. Toujours étroitement enroulée autour de l'esprit de son âme-soeur, elle ne manqua pas de percevoir la crispation envieuse qui avait fugitivement parcouru l'Airain, tout comme la marée d'aigreur qui montait lentement au sein de la Neishaane. Ouvrant à demi la gueule, révélant une rangée de crocs d'ivoires acérés, elle darda légèrement sa langue à l'extérieur, à la façon des reptiles, goûtant l'atmosphère étouffante qui entourait les protagonistes, comme pour en mieux percevoir la résonance émotionnelle. Un grondement sourd s'échappa de sa gorge. Le Màr Maudit lui paraissait former un cadre idéal pour une telle confrontation, à ce point chargée de malaise, de déviance et de désirs réprimés.

Puis la Bleue croisa le regard confiant de Mora, étudiant le sourire glacé et franchement amusé qui avait éclos sur ses lèvres lorsque la jeune fille lui avait presque craché au visage que le Kaerl en ruine était bel et bien mort, et lui riant au nez en lui annonçant que elles étaient toutes aussi folles l'une que l'autre.

*Allons, assimiler nos degrés de folie me paraît une conclusion bien hâtive, jeune fille, tu pourrais bien être surprise ...*
**Mora ...**


Nymelith s'ébroua, sentant un frisson la traverser face à la colère sourde et piquante qu'elle sentait naître chez sa Liée. Tout ceci allait, selon toutes probabilités, mal se terminer. Mora … Mora n'était pas de ceux qui toléraient l'opposition à leurs desseins. Quant à sa présumée folie … Ce mot avait une définition des plus ambivalente. Pouvait-on dire que Mora était folle, de s'opposer à l'intrusion de deux Englouties incontrôlables sur ce territoire perverti, d’œuvrer ainsi à la renaissance du quatrième Ordre Draconique, autrefois puni par les Dieux eux-même ? Etait-elle en mesure de juger objectivement l'Ondine, elle qui avait envers et contre tout entremêlé son destin au sien, elle qui l'avait fait en toute connaissance de cause ?

Ses griffes crissèrent désagréablement sur la pierre tandis qu'elle changeait de position, sans cesser de fixer la Neishaane, qui avait à présent violemment pris à parti l'Airain. Pour quelle raison ? Tout, dans la lueur prédatrice qui brillait dans les yeux de cette dernière, et les mimiques que son visage humanoïde arborait alors qu'elle fixait sa jeune âme-soeur, inspirait un profond dégoût à la Bleue, qui se retint à grand peine d'enrouler une queue, autant protectrice que possessive, autour de son Ondine. Elle ressentait sa Liée également nauséeuse devant une telle … ''perversité'', et le voyait à la façon dont ses lèvres pleines étaient retroussées par l'aversion.
Nymelith percevait les pensées qui fusaient à travers l'espace partagé par leurs deux esprits intimement enchevêtrés. Oui, elles étaient toutes deux choquées par l'apparente corruption de la pureté du lien spirituel entre la Neishaane et l'Airain. La torture pouvait s'avérer nécessaire, par moment, dans un but utilitaire, et Mora n'était pas de ceux qui la mettait en pratique dans le but d'en retirer un quelconque plaisir. Son tempérament dominant s'exprimait autrement. Elle préférait la subversion subtile des âmes à l'asservissement sanglant des corps. Mais être lié aussi étroitement à son tortionnaire comme l'était cette Amaélis avec sa dragonne … Cela confinait à un sadisme mêlé de masochisme, puisque toute douleur infligée à sa moitié d'âme était aussi ressentie par l'autre. L'Ondine réprima durement un frisson. De tels cas étaient rares, mais méritaient cependant d'être étudiés. Comme tant de choses en ce monde, même une Empreinte pouvait être imparfaite et déséquilibrée.

Alors, lorsque l'Airain se rapprocha d'elles, attirant presque tendrement la Neishaane dans ses bras, essuyant ses larmes et débitant tout un discours sur la prétendue santé mentale vacillante de sa Liée ''victime d'un mauvais sort'', Mora lui jeta un regard neutre, gardant le silence, le visage figé et autrement inexpressif. Il allait lui falloir une nouvelle fois réévaluer sa stratégie.

**Mensonges que tout cela. Espère-t-elle réellement qu'on va la croire ?**

La queue de Nymelith fouetta l'air avec irritation et impatience, tandis que la main de son âme-soeur reprenait ses caresses apaisantes sur son armure d'écailles nocturnes, seul signe de vie extérieur de la statue d'albâtre impassiblement dressée à ses côtés. Éduquée dès son plus jeune âge à ne rien laisser paraître de ses réels sentiments, et rompue à évoluer dans une société où le moindre faux pas pouvait être fatal, Mora était dans son élément dans cette joute verbale. Les lèvres closes, elle se contentait de sourire froidement, laissant parler et se dévoiler les deux intruses, refusant de relever les provocations, et parfaitement consciente du malaise que cela pouvait engendrer chez ses adversaires. Elle étudiait calmement l'expression de l'Airain, son visage hautain sculpté par une peine presque sincère, faisant écho au désespoir et à la douleur déchirante que semblait éprouver la jeune fille dans ses bras, dont les lèvres se mouvaient répétitivement mais sans un son.

*Puisqu'elle cherche à nous prendre pour des imbéciles, pourquoi ne pas entrer dans son jeu ?*

Soudain, la frêle Neishaane fut agitée de spasmes, la dragonne laissant alors chuter à terre et s'affaler dans la poussière sa Liée parcourue de profondes quintes de toux, sans plus manifester la moindre sollicitude. Désapprobatrices, les pâles iris d'améthyste de l'Ondine affrontèrent brièvement les orbes sanglantes de l'Airain, avant que Mora n'entreprenne de se rapprocher paisiblement de la jeune fille allongée sur le sol, sa longue robe traînant sur le sol dans un froufrou soyeux à chacun de ses pas. Dans son dos, Nymelith n'avait pas bougé, se contentant de fixer l'autre dragonne, la défiant de tenter d'arrêter sa Liée dans son avancée.

« Ah là, quelle terrible histoire. »

Enfin, sa voix au timbre riche s'éleva, résonnant étrangement à travers la brume ouatée qui les environnait, alors qu'elle s'agenouillait élégamment devant la Neishaane, sans considération pour l'état dans lequel elle risquait de mettre sa tenue. D'une sacoche pendue à sa ceinture, elle tira d'abord un mouchoir, puis une gourde avec laquelle elle humidifia légèrement le tissu avant de le passer avec une grande douceur dans le visage d'Amaélis.

« Les brumes et brouillards qui hantent la Lande peuvent en effet se révéler toxiques pour les constitutions les plus fragiles comme la sienne, si l'on ne prend pas suffisamment de précautions. Peut-être pouvez-vous m'en dire plus sur ce sortilège qui la frappe ? »

Puis, plus bas, à l'attention de la Neishaane :

« Bois, cela te fera du bien. »

Ecartant délicatement du visage de la jeune fille les mèches blanches rendues poisseuses par la sueur, elle reprit :

« Je suis moi-même versée dans l'étude de la magie et je me targue d'en posséder une vaste connaissance, particulièrement, comme je vous l'ai dit, en ce qui concerne le Kaerl Maudit. Je me nomme Mora. Mora del Caelan. Peut-être ce nom vous est-il familier ? »

Laissant ses paupières voiler à demi ses iris, elle darda un regard interrogateur sur l'Airain, cherchant à percevoir le moindre indice de réaction de sa part ou de celle de sa Liée. Nulle mention de son Kaerl d'origine, comme l'avait fait la Neishaane. Et si elle avait connaissance des lignées ayant régné au Màr Dìnen avant la Malédiction, elle ne pourrait que reconnaître le nom de sa famille. Quant à celui de Nymelith, méfiante, elle laissait à la Bleue le soin de décider ou non de le révéler ultérieurement aux deux intruses. Si la dragonne décidait que cela était sans danger et que cela pouvait servir leurs intérêts. Car la Bleue doutait fortement de pouvoir parvenir à gagner la confiance de l'autre femelle de la même façon que l'Ondine entreprenait sa Liée.

Aidant la Neishaane vacillante à se redresser en position assise, Mora l'attira contre elle, d'une pression imperceptible mais suffisante à la faire basculer dans sa direction, et lui murmura à l'oreille, de sorte de n'être entendue que d'elle :

« Sache, jeune fille, que le Kaerl Maudit recèle bien plus que ce qu'il n'y paraît. N'est pas mort ce qui à jamais dort, et, au long des ères, peut mourir même la mort ... »



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

Visiter le site web du posteur
Amaélis Yodera
Chevalière Errante
Chevalière Errante

Hors ligne

Inscrit le: 22 Nov 2009
Messages: 468
Sexe: Féminin
Présentation: URL
RPs: 259
Race: Neishaane
Âme Soeur: Ithildin
Affiliation: Apolitique
Alignement perso: Chaotique Neutre
Ordre Draconique: Neutre

MessagePosté le: Sam 17 Juin 2017 - 18:37 Répondre en citantRevenir en haut

Ithildin ne se faisait pas vraiment d’illusions. Elle savait que son mensonge avait peu de chance de passer pour une explication crédible ; mais cela ne la dérangeait pas. Elle espérait même, au fond d’elle, que les deux Liées parviendraient à déceler que la Dragonne leur cachait quelque chose. Le cas contraire aurait impliqué un manque de dangerosité émanant de l’Airain, et celle-ci s’en serait sans doute montrée agacée. Pourtant, l’étrange Dame se tenait immobile, les lèvres closes. À quoi pensait-elle ? À quoi réfléchissait-elle ? Ithildin gratta l’intérieur de ses paumes, la colère affluant à nouveau dans ses veines. L’Airain se targuait de ne plus connaître la peur depuis bien longtemps, mais elle détestait les caractères fuyants et trop posés, ceux qu’on ne pouvait pas lire aussi aisément qu’on le souhaiterait. Elle cherchait l’affrontement en permanence, privilégiait l’action à la raison. Là où certains auraient qualifié d’intelligence cette manière de prendre le temps d’analyser une situation, la Dragonne ne voyait que lâcheté et faiblesse. Il n’y avait que ceux qui craignaient la défaite pour se cacher derrière un supposé apanage de lucidité – et cela voulait bien dire qu’ils craignaient quelque chose. Un sourire tordu dévoila ses dents d’ivoire quand, enfin, la Dame s’avança en direction d’Amaélis.

La Neishaane gisait au sol, quelques pointes de ses mèches rendues grises par les poussières baignant dans un liquide peu plaisant. Elle eut un frisson, ainsi qu’un vague mouvement de recul alors que l’Ondine se penchait pour éponger son visage. L’air hagard, elle leva des yeux vides vers son inespérée bienfaitrice. Pourquoi… ? Passés les premiers sentiments de répulsion, puis passée l’attente d’un mouvement soudain destiné à lui faire du mal, Amaélis dut bien réaliser que l’on s’occupait d’elle. Son ventre se tordait toujours, noyé dans des flammes amères. Son dos la démangeait, quelque part, en un point qu’elle ne pouvait ni définir, ni atteindre. Avec des mains faibles et tremblantes, elle se saisit de la gourde et y but goulûment, sans se soucier de l’eau qui s’écoulait le long de son menton. Ithildin avait férocement planté ses griffes dans l’esprit de sa Liée, comme pour lui rappeler à qui allait son allégeance – comme pour la défier d’éprouver une quelconque reconnaissance envers cette inconnue. Pourtant, à travers le voile qui recouvrait son regard et l’ombre qui rongeait ses pensées, la Maîtresse déchue ne pouvait pas s’empêcher de tendre imperceptiblement vers l’Ondine, une myriade d’appels au secours parsemant ses iris vitreux. Sûrement, elle aurait accueilli la Mort avec ce même visage – et la Dame n’avait-elle pas une certaine ressemblance avec Isashani ?

Les traits durcis par une inimitié accrue envers l’autre couple de Liées, et plus particulièrement envers la bipède qui se montrait si douce avec Amaélis, Ithildin fouilla dans sa mémoire à la recherche de consonnances lui évoquant le nom del Caelan. Elle ne comprenait pas comment ni pourquoi ce patronyme aurait pu lui être familier. Puis, rencontrant le regard de l’Ondine, qui semblait brûler du même feu glacé que celui d’Amaélis, l’idée d’avoir devant elle une descendante de l’Ordre Maudit effleura ses pensées. ° Le Quatrième Kaerl n’a-t-il donc en héritage que des dégénérés ? Enfin, c’est peut-être dans ce sang damné que se trouve la réponse au Lien qui m’unit à toi, Neishaane. Toi et moi n’avons rien à faire ici. ° La Maîtresse ne parut pas entendre les paroles de sa Liée, et cette dernière vrilla l’étrangère de ses pupilles rougeoyantes, haussant la voix après de longues secondes de silence.

Nous vous en sommes reconnaissantes, Dame. Il y a quelques années, Amaélis s’est perdue dans les ruines de ce Màr à la recherche de l’Œil d’Obsidienne, afin de déjouer la Prophétie des Deux Lunes. Elle y fut confrontée au Dévoreur – peut-être connaissez-vous cette créature ? Quoi qu’il en soit, elle n’a plus jamais été la même. Je n’existais pas encore, à ce moment-là, mais j’ai vu et ressenti ce qu’elle a vu et ressenti. Je ne peux pas dire si cette rencontre fut la raison de sa… Elle hésita sur le terme à employer.

Folie ? Était-ce là un véritable aspect de son caractère, ou l’avait-elle choisie – comme elle avait choisi l’Hiver, la résignation et la souffrance ? Ithildin se demandait encore, parfois, malgré le temps, si la Neishaane se complaisait dans cet abandon de soi ou si elle s’était battue jusqu’à la fin. En un sens, l’Airain pensait qu’une réponse à cette question l’aurait aidée à mieux comprendre la créature à laquelle était Liée, loin d’avoir l’âme aussi blanche que son corps – et plus complexe, aussi, qu’on aurait pu le croire au premier abord. Elle n’était plus sûre, cependant, d’y trouver là une quelconque utilité. Il était décidément bien loin, le temps où la Dragonne aurait tout donné pour être l’autre moitié d’Amaélis.

De sa dégradation mentale et physique, finit-elle par lâcher, sans une once d’émotion dans la voix. Son regard brûlant de possessivité planait au-dessus des silhouettes mêlées de l’Ondine et de la Neishaane, et une moue dégoûtée vint éclore sur ses lèvres, trahissant ses pensées. Je ne vois pas d’autre explication, cependant, au mal qui semble la ronger.

L’Airain plongea ses yeux dans ceux d’Amaélis, alors qu’une litanie trop connue commençait à enfler dans leurs esprits confondus, balayant les barrières qu’elles s’acharnaient à ériger l’une envers l’autre. Ta faute. C’est ta faute. Affirmer qu’elle ne ressentait aucune espèce de culpabilité aurait été mentir, mais cela n’était pas suffisant. Chaque fois que la Neishaane murmurait des malédictions à l’égard de sa Liée, Ithildin avait envie de rugir, d’incendier le corps frêle ou de l’attirer contre ses flancs d’écailles, de déchirer ses propres ailes parce que la colère l’avait rendue trop aveugle pour la retenir quand il était encore temps. Elle avait été stupide, s’était laissée happer par la violence de sa rancœur et de ses regrets – parce qu’elle préférait brûler que de s’effacer, parce que la peur était bien trop grande et qu’elle dévorait tout. Elle serra la mâchoire au point d’en avoir mal. Quelque part parmi le brouillard opaque qui se tordait langoureusement dans les iris de la Neishaane, là où auparavant Ithildin aimait imaginer un horizon mêlé de ciel d’orage et d’océan tempétueux, ne devait-il pas y avoir la plus distante et fugace lueur d’espoir ?

° Pourquoi ne m’as-tu pas empêchée de te détruire ? Non, je sais – je sais déjà. Parce que tu es trop lâche pour t’en vouloir à toi-même. Ce n’est qu’une excuse. Tout n’a jamais été qu’une excuse. Tu tords la réalité à ta guise pour te donner une bonne raison de souffrir, tu construis des mensonges pour justifier ton envie de disparaître. Et moi, ne suis-je donc pas le bourreau parfait ? Il faudra bien te l’avouer un jour, Neishaane, j’ai agi exactement selon tes souhaits. ° Tout son être se tendait vers Amaélis, poussé par un élan incontrôlable de sincérité et de peine. ° Dire que ce sont les autres est une affaire complexe, car on peut toujours trouver un moyen de leur échapper – mais être Liée à l’origine de son déclin, c’est là l’opportunité idéale. Nous savons toutes les deux que je ne me trompe pas. °

La Dragonne fouilla une dernière fois le regard de son Âme Sœur, à la recherche d’une étincelle de haine, de l’éclat d’une larme, d’une preuve quelconque qu’elle était bien là – mais Amaélis ne la voyait même pas. Les paroles d’Ithildin demeureraient de vagues échos résonnant dans les tréfonds de son esprit silencieux, indéfinissables et inaudibles, comme le grondement sourd du vent à travers les montagnes. La Neishaane était seule, errant dans un lieu trop éloigné, au milieu des neiges éternelles et d’étoiles centenaires incrustée dans la roche des falaises – mais, au moins, la lumière était revenue. La chaleur de l’Ondine à ses côtés lui semblait maintenant insoutenable, et elle tenta maladroitement de s’en éloigner, ses mains moites venant appuyer au hasard contre un bras, une épaule. Qu’avait-elle dit ? quelqu’un avait parlé, non ? Elle battit des cils, comme pour lacérer le voile qui recouvrait sa vision. Rendue hésitante par l’arrière-goût âcre qu’elle sentait sur ses lèvres, elle leva son visage vers Ithildin, qui plissa les yeux d’un air déçu et détourna résolument le sien, les bras croisés. L’irritation revint aussitôt, afin de faire taire le peu de remords qu’une telle action avait inévitablement éveillé en elle.

° Quoi ? Qu’est-ce que je t’ai fait encore ? °
° Rien. Absolument rien. Tu devrais plutôt t’occuper de la gentille Dame qui a eu pitié de toi. °


Amaélis ne comprenait pas pourquoi les mots de l’Airain étaient ainsi dégoulinant de venin. Si elle s’en indigna, elle préféra ne pas le montrer, et fit ce qu’on lui avait demandé.

Merci, je suppose, marmonna-t-elle à l’attention de l’Ondine – qu’elle n’aurait certainement définie comme gentille. Opportuniste aurait été plus juste, mais la Neishaane n’en était plus à prendre des précautions. Ouais, donc, est-ce que vous pouvez faire quelque chose pour moi ? On pense qu’on devrait retourner là où ça s’est produit, peut-être qu’on trouvera un indice, ou une piste à suivre pour mieux comprendre ce qui m’est arrivé.

Il fallait se remettre en route. Amaélis avait perdu assez de temps, et les souvenirs de ses rêves commençaient à se déliter, entre les vapeurs de l’opium et les éclairs lancinants de douleur. Une partie d’elle, pourtant, était persuadée que Grimhilde saurait la guider si elle venait à s’égarer.



Oracle Tol Orëanéen
Maitre du Jeu
Maitre du Jeu

Hors ligne

Inscrit le: 11 Fév 2008
Messages: 661
Sexe: Masculin
Présentation: URL
RPs: 610
Race: Dragon Primordial

MessagePosté le: Lun 14 Aoû 2017 - 15:09 Répondre en citantRevenir en haut


Mora del Caelan & La Bleue Nymelith
Shaman du Màr Tàralöm

Theme Song :
The Night of Long Fangs – The Witcher 3 : Blood and Wine OST


Faiblement d'abord, la frêle jeune fille avait tenté de la repousser, agitée de frissons irrépressibles et semblant craindre – à juste titre peut-être – sa soudaine bienfaitrice. Mais, bien vite, le regard mangé par les brumes, elle s'était laissée aller à son contact, s'abreuvant avec une avidité oublieuse à la gourde qu'elle lui avait tendu. Imperceptiblement, Amaélis s'était tendue vers elle, les lèvres entr'ouvertes sur une respiration difficile, ses iris voilés ne reflétant soudain plus aucune lueur de conscience. Avait-elle perdu l'esprit ?

Contenant sa répugnance à ce contact et n'en laissant filtrer aucun indice, Mora la garda pressée contre son épaule, caressant doucement sa chevelure emmêlée, lui murmurant à mi-voix des paroles apaisantes. Quel étrange tableau elles formaient là, l'Ondine et la Neishaane enlacées, la blancheur de l'une formant un éclatant contraste avec l'obscurité de l'autre, avec de part et d'autre de leurs silhouettes entremêlées, les deux dragonnes se jaugeant et se défiant du regard. Qu'il aurait été simple de la subvertir et d'en faire sa marionnette docile, telle qu'elle s'était offerte à son pouvoir … N'eut été la présence vigilante et possessive, pour ne pas dire prédatrice, de l'Airain, en marge de l'esprit de la Neishaane. Sans le savoir, mue peut-être par un instinct ou une intuition primale, elle préservait sa Liée de toute autre forme de domination que la sienne. Une Empreinte des plus malsaines, oui ...

Mais qu'importait ? Un léger sourire fleurit sur ses lèvres purpurines, tandis que son regard allait accrocher, celui, écarlate de colère, d'Ithildin. Et toujours sa main allait, inlassable, effleurant presque avec tendresse les cheveux de la jeune fille éperdue. Devait-elle se servir de sa toxine pour mettre fin à ses jours ? Au vu de son état déplorable, ce serait un acte de compassion que les Célestes ne renieraient pas. Dans ses iris améthystes, une flamme pâle s'alluma, dansante sous l'effet de l'amusement face à l'inimitié et la frustration exprimée par l'Airain. Visiblement, son patronyme n'évoquait aucun écho dans ses souvenirs. Tant pis.

**Son Airain ne nous laissera pas quitter les lieux en vie si tu l'empoisonnes.**

Nymelith, comme toujours. Allongée à quelques pas derrière elles, faussement alanguie, mais prête à bondir à la moindre alerte, la Bleue vrillait du regard sa sœur, enfant du chaos, et à ce titre, imprévisible. Mora reconnu à regret que sa sage Liée était la voix de la raison. De plus, elle pressentait que cette rencontre n'était pas due au hasard. Qu'avait-elle à perdre dans ce duel de volonté, sinon du temps ? Elle pouvait les égarer dans les ruines du Màr Maudit sur un simple caprice de sa part, les livrant, offertes et sans espoir de survie, aux Spectres avides qui hantaient pour l'éternité les salles obscures du Kaerl. Non, il serait beaucoup plus profitable et divertissant pour elle de les accompagner dans leur quête, quelle qu'elle soit. Les connaissances que les deux intruses pourraient lui livrer, les mystères auxquels elles pourraient la conduire … Elle voulait savoir. L'Ondine sentit un frisson de plaisir anticipé la parcourir et son cœur se mit à battre soudain un peu plus vite.

Alors qu'il semblait que le temps s'était une nouvelle fois figé, dans le cadre tourmenté offert par la Lande d'Eru, le lourd silence fut finalement brisé par l'Airain. Bien. Elle avait cédé. Cependant, à la mention des Deux Lunes et de l'Oeil d'Obsidienne, le beau visage de Mora s'assombrit, devenant presque menaçant. Voilà des secrets après lesquels elle courait depuis maintenant bien deux ans. Quant au Dévoreur … Elle ignorait ce qu'il était advenu de cette abomination, ce monstre créé par ses ancêtres. Etait-il encore enfermé dans le Hall des Illusions, au plus profond du Kaerl ? Parcourait-il librement les corridors poussiéreux du Màr Dìnen ? Bénéficiant de la protection d'Aubiade del Cirth, la Gardienne, elle n'y avait jamais été confrontée, en échange de la promesse, difficilement concédée, de ne pas chercher à en savoir plus sur sa nature réelle et ses origines.

Combien de temps avait-elle cherché à lever le voile de la vérité sur les événements qui s'étaient déroulés sous l'influence de la conjonction astronomique ? Bien sûr, Azdraïel – ce traitre, serviteur de l'Ombremage – avait fait son rapport au retour de la mission, mais il était évident qu'il avait passé sous silence un grand nombre de choses. Quant aux Spectres, extrêmement perturbés, tant par l'incursion insoucieuse de la Triade dans le Kaerl que par l'altération de la magie provoquée par les Deux Lunes, il lui avait fallu faire montre d'une grande patience pour rassembler, bribe par bride, des informations cohérentes. Et la naissance des quatre Airains au Manoir d'Ael Alfirin … Meilan-Lavok et ses vilains petits secrets ! Dans la droite lignée de ce qu'on pouvait attendre d'un Valheru.

Pas d'autre explication quant au mal qui la rongeait donc. Bien sûr. Une fois encore, l'Ondine s'interrogea, les prunelles rougeoyantes d'Ithildin vrillant les siennes. Que lui cachaient-elles ? Une vague de colère la parcourut, et sa main se crispa brièvement, telle une serre, sur la chair pâle de la Neishaane. Et une fois encore, Mora garda le silence, son esprit analysant les données dont elle disposait et commençant à établir un plan d'action, soutenu et protégé par la présence enveloppante de Nymelith. La Bleue non plus ne laisserait pas quelqu'un d'autre s'approprier sa Liée, que ce soit dans la vie … Ou dans la mort. Spectres, bipèdes, dragons, elle ne craignait rien tant que son Ondine était auprès d'elle.

Mais déjà, l'attention de l'Airain s'était reportée sur sa Liée, son visage s'adoucissant d'une manière étonnante, là où elle avait énoncé les causes de son état avec la froide précision clinique d'un chirurgien préconisant une amputation. Communiquaient-elles ensemble ? Pourtant, la jeune fille, toujours perdue dans son propre monde intérieur, n'afficha aucune réaction, n'eut aucun mouvement autre que les frissons et hauts-le-cœur qui l'agitaient depuis sa chute au sol. Rien.
Mora pinça les lèvres, envisageant une nouvelle fois que cette petite descendante du Màr Maudit ait réellement eu l'esprit brisé par son premier séjour sur les terres de ses ancêtres. Quelle que soit son ascendance réelle, si elle avait fait face au Dévoreur, il avait du la marquer comme sienne. Parcourir les salles oubliées du Kaerl en sa compagnie serait prendre le risque de l'attirer à elles ...

Ponctuant ses ténébreuses considérations, au dessus de leur tête, les nuages s'étaient fait plus sombres, plus menaçants, et un lointain roulement de tonnerre se fit entendre, apportant un contrepoint sinistre à leur confrontation. Et, comme réveillée par cet avertissement implacable des cieux, la Neishaane battit faiblement des cils, cherchant soudain à se soustraire à son étreinte, croisant son regard sans le voir, puis cherchant à accrocher celui de son Airain, qui détourna vivement la tête. La souffrance, l'amour et la haine étroitement mêlés flottaient décidément autour de ce couple étrange comme une aura empoisonnée.

« Merci, je suppose. » Agenouillée aux côtés de la Neishaane encore vacillante, face à cette gratitude concédée du bout des lèvres, l'Ondine haussa un fin sourcil, l'expression redevenue neutre et attentive, attendant la suite. « Ouais, donc, est-ce que vous pouvez faire quelque chose pour moi ? On pense qu’on devrait retourner là où ça s’est produit, peut-être qu’on trouvera un indice, ou une piste à suivre pour mieux comprendre ce qui m’est arrivé. »

Se redressant alors lentement, époussetant et lissant sa longue robe couleur de nuit avec une application exagérée, elle glissa un coup d'oeil à Amaélis, l'étudiant entre ses cils baissés.

« Comme je vous l'ai dit, mes connaissances concernant le Kaerl Maudit sont notables. Je puis me déplacer et trouver aisément mon chemin à travers ses passages souterrains. »

Une pause. C'était une réponse et ce n'en était pas une. La tentation et le défi qui lui étaient proposés étaient trop grands. Allait-elle y céder ?

*Me laisseras-tu les y mener sans intervenir, Aubiade ? Ou devrai-je en subir les conséquences ?*
**Sois prudente, Mora !**

« Je peux vous mener jusqu'au Hall des Illusions, là où tout s'est déroulé … Si vous vous sentez capables d'affronter les ombres maudites du Màr Agarwaen. »

Un bref sourire, teinté de provocation, et elle se détourna, la tête haute, sans attendre de réponse, pour rejoindre Nymelith, qui fixait un regard grisé par l'inquiétude sur sa Liée. Si l'Airain les accompagnait, hors de question de laisser son Ondine y aller seule. Une vive lumière éclata, presque trop brillante dans la brume environnante, tandis que la Bleue adoptait sa forme humanoïde, une expression de froideur résolue sur son visage. Alors seulement, un bras sur celui de sa dragonne, Mora tourna la tête en direction des deux intruses, vivante image d'Isashani incarnée sur terre, la flamme pâle de ses iris d'améthyste rendue à nouveau dansante par l'exaltation, les invitant à la suivre.

Un long chemin les attendaient, et elle aurait bien le temps de les interroger, subtilement, sur ce qu'elles savaient.



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

Visiter le site web du posteur
Contenu Sponsorisé





MessagePosté le: Aujourd’hui à 05:59 Revenir en haut

Montrer les messages depuis:      
Poster un nouveau sujetRépondre au sujet


 Sauter vers:   



Sujet suivant
Sujet précédent

Index | forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001/3 phpBB Group :: Dgf GuildWars :: Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Traduction par : phpBB-fr.com
Create by dagonfield genesis :: by nerevare

Anneau des JpC par TourDeJeu