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Amaélis Yodera
Chevalière Errante
Chevalière Errante

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Inscrit le: 22 Nov 2009
Messages: 463
Sexe: Féminin
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RPs: 257
Race: Neishaane
Âme Soeur: Ithildin
Affiliation: Apolitique
Alignement perso: Chaotique Neutre
Ordre Draconique: Neutre

MessagePosté le: Mer 14 Déc 2016 - 17:12 Répondre en citantRevenir en haut



Ouranosku 918.


Appuyée contre le rebord de la fenêtre, ignorant l’air froid qui s’engouffrait dans la pièce alourdie d’un épais manteau de poussière – était-ce un hommage bizarre aux étendues enneigées du Vaendark ? – Amaélis observait le ballet distant des rayons de Lune à travers le Dôme, en silence et sans émerveillement. Elle s’était réfugiée dans les territoires de son cœur, à la recherche de quelque sanctuaire où il lui serait permis de prier. Elle n’avait trouvé qu’un autel à moitié en ruines, étouffé par les ronces et encerclé d’arbres gelés qui étendaient leurs doigts craintifs vers le marbre noir. La flamme d’une maigre bougie posée là luttait avec hargne contre l’étreinte de la nuit. À l’échelle cosmique, Amaélis ne s’était-elle pas Liée avec une créature féroce, née du Chaos, et ainsi fait alliance avec des forces provenant de plans obscurs qui ne connaissaient ni l’espoir ni la rédemption ? N’avait-elle pas forgé un pacte, scellé du sceau du sang et des larmes, avec une divinité sans nom et reniée par tous ? La Neishaane n’avait rien d’une croyante, mais ne pouvait s’empêcher de penser que l’Empreinte avait fait basculer son existence dans des ténèbres opaques – parce que cela n’était pas censé se produire, et les Dieux, sûrement, devaient se sentir trahis.

Elle restait seule, à l’écart du Monde, souffrant un peu plus chaque jour du Lien qui avait déjà emporté dans l’oubli trois Liés d’Airain. N’aurait-elle pas dû s’en réjouir ? Elle qui avait passé tant de temps à implorer la mort de ses vœux, elle pouvait désormais contempler le spectacle de sa déchéance et compter les secondes qui la séparaient encore de la chute. Elle voyait son corps rétrécir, sa chair se faner et se tordre autour de ses os saillants, probablement cassants comme du verre pour qui aurait eu l’indécence de la frôler – elle voyait ses yeux disparaître dans un océan charbonneux, leur éclat d’abord recouvert d’un voile, puis définitivement vitreux – sa respiration s’alourdissait, pénétrait douloureusement ses poumons de plus en plus étroits – pas un seul mouvement ne s’effectuait sans un effort inouï, et les tremblements ravageaient chacune de ses tentatives d’effleurer du bout des doigts les cordes d’une harpe. Restait alors sa voix, qui créait autour d’elle une infinité de silhouettes fragiles, et elle imaginait parfois qu’elle s’effaçait avec elles, quand son souffle finissait par lui échapper. C’était nouveau ; elle n’avait jamais perdu la force de chanter.

Amaélis n’arrivait pas à se réjouir de telles choses. Elle regrettait la solitude, aurait préféré perdre la vie bien avant – avant Darweel, avant la Quête, avant l’Empreinte. Si tel devait être réellement le prix à payer, alors la Neishaane aurait su se donner la mort pour que l’Airain n’existe pas. Sous sa peau rampait la haine, juste à la frontière de son esprit, se développant dans les eaux troubles de la folie, et la Neishaane était terrorisée. Ce n’était pas naturel, tout son être brûlait sous les assauts répétés des flammes. Elle ne pouvait pas l’ignorer ; elle n’avait pas la force de tenir ainsi. La Neishaane ne comprenait ni la colère ni la violence. Étaient-elles là depuis toujours ou bien Ithildin avait-elle fait de sa Liée un monstre ? Cette pensée faisait enfler les vagues de rage, et la Neishaane allait s’isoler dans la chaleur confortable et brumeuse de l’opium pour tenter, encore et encore, d’asphyxier la fièvre. Que s’était-il passé ? Chaque instant où sa raison n’était pas assoupie dans les fumées, Amaélis le passait à démêler le fil de son histoire, espérant y trouver la faille – invariablement, cela ne la menait qu’à l’Empreinte, à une promesse détruite avant d’avoir pu être formée car elle n’avait reposé que sur des croyances erronées.

La Neishaane réalisait, avec amertume, qu’elle s’était trompée sur la nature du Lien. Elle avait désiré ardemment former une union qui ne serait pas soumise aux caprices du Destin. Forte de tout l’égoïsme du monde, elle avait seulement voulu inclure dans sa vie un être qui l’aurait aimée comme elle l’avait décidé, un être dépourvu de volonté dont la simple raison d’exister aurait été de lui plaire et de se tenir à ses côtés. Si elle avait compris ce que représentait vraiment une moitié d'âme, alors elle aurait su. Elle, qui avait consciencieusement noyé toute une partie de son cœur, qu’aurait-elle pu espérer d’autre que de voir ce qui avait été banni ressurgir et lui rappeler qu’elle se mentait depuis toujours ? Elle rejetait Ithildin, comme elle avait rejeté par le passé sa rancœur envers le monde jusqu’à ne plus connaître que l’hiver et le silence. Mais la Dragonne ne pourrait jamais être réprimée ; elle incarnait justement le refus de disparaître – parce qu’elle était Liée à Amaélis, parce qu’elle était née de l’Apocalypse, parce qu’elle était la dernière Airain. D’une certaine manière, la Neishaane avait conscience que le combat qu’elle menait contre son Âme Sœur était un combat qu’elle était destinée à perdre. Pourtant, elle n’envisageait aucunement la défaite. Elle ne se résignerait pas, et, après tout, elle avait le droit de choisir de vivre à sa convenance. Elle ne voulait pas voir ses efforts réduits à néant, elle ne voulait pas lever le voile sur ses propres mystères et contempler l’image qu’elle se renverrait alors à travers le regard d’Ithildin – sa lâcheté mise à nue, ses erreurs et sa souffrance délétère. Amaélis n’avait pas besoin de raisons supplémentaires de se haïr pour ses décisions.

Les vertiges la saisissaient à nouveau, et elle s’écarta de la fenêtre. À tâtons dans le noir, la Neishaane se traîna jusqu’à la table de nuit, où l’attendait désormais toujours son poison. Usui Ikeda, le Marchand de Sable, devait faire fortune sur son malheur ! Avec des gestes d’automate, elle procéda au rituel si familier et se laissa glisser à même le sol, un soupir satisfait s’échappant d’entre ses lèvres en même temps qu’une mince fumée irisée. Elle ravala ses larmes quand les sensations bien connues de l’opium l’enveloppèrent – car même cela, elle n’en pouvait plus. Faible et insignifiante. Sa prison n’était plus aussi rassurante qu’avant, des fissures y étaient apparues d’où se déversait la substance puante et poisseuse du réel. Si elle se sentait menacée même au sein d’elle-même, quel refuge lui restait-il ? Elle leva les mains et enroula ses doigts autour de vapeurs invisibles sauf à ses yeux, savourant le contact des illusions contre sa peau.

Lam’ lui manquait terriblement. Combien de temps… ? Elle avait promis de venir la retrouver, sans quoi la Chevalière Maudite et sa Liée seraient englouties par l’Oubli. La Neishaane en était douloureusement sûre, il était trop tard. Les années passant, Amaélis se surprenait à songer qu’elle se comportait comme un antidote à l’espoir. Elle aurait pu honorer sa promesse des centaines de fois, empêcher Lam’ de disparaître – mais n’était-ce pas là le sort réservé à tous ceux qui désiraient lui ouvrir leur cœur ? Elle avait sans doute ravagé sa seule chance de sauver un jour quelque chose, se prouvant encore une fois qu’elle n’était bonne qu’à tout détruire. Elle effleura timidement le Lien qui l’enchaînait à Ithildin ; tendu et glacial. La Dragonne s’était emmurée dans un profond silence, se contentait d’observer à distance la chute de son Âme Sœur. Ce qu’elle pouvait penser, Amaélis l’ignorait. L’Airain avait si longtemps œuvré pour son anéantissement, qu’éprouvait-elle du haut de son trône cruel ? Se félicitait-elle de sa réussite ? Était-elle excitée par l’imminence de la fin ? La Neishaane ne pouvait que le souhaiter. Dans ce jeu sans nom et sacrilège, il n’y avait pour elle qu’une seule façon de gagner. Elle ne savait pas comment dissimuler son esprit à Ithildin, et s’étonnait que celle-ci, qui ne pouvait pas ne pas avoir senti ce que préparait sa Liée, demeure muette. Que lui cachait-elle ? La Dragonne était toujours bien loin devant elle, semblait avoir connaissance de choses qui lui échappaient désespérément. Serait-elle à nouveau humiliée, alors même que ce qui se profilait à l’horizon la laissait tremblante ? L’Airain se gausserait sûrement, et tournerait au ridicule la violence des sentiments de la Neishaane.

Lam’ lui manquait terriblement. Des siècles les séparaient, mais, étrangement, Amaélis se sentait plus proche de la Chevalière Maudite que d’aucune autre personne à son époque. Quelle vie étrange… Elle s’était Liée à une enfant du Chaos dont la naissance relevait de l’absurde, et s’était jetée dans une relation avec un fantôme qui n’avait plus le droit d’appartenir à sa réalité. Elle n’en tirait aucune leçon, cependant, préférant fermer les yeux devant l’évidence. Tout son corps se mit à trembler, et la Neishaane se recroquevilla contre son lit, les genoux remontés contre sa poitrine. La souffrance et la peine étaient d’autant plus destructrices qu’il n’y avait personne à qui en faire part. Galaad… Galaad sortait d’une situation difficile et il s’acharnait encore à trouver sa place au Kaerl – il n’avait pas besoin de la compagnie d’une Maîtresse en disgrâce ou des appels à l’aide d’une amie sur qui on ne pouvait pas compter. Elle savait que la seule façon de ne pas gâcher sa dernière source de légèreté était de s’en éloigner suffisamment pour ne pas la soumettre aux flammes. Amaélis fit onduler ses poignets, troublant la trame de sa vision. Ce n’était pas assez. Ce ne serait jamais assez. Son cœur battait déjà lentement dans sa poitrine et l’engourdissement de son corps lui donnait l’impression d’être à la fois beaucoup trop lourde et de s’effacer en même temps, mais cela n’empêcha pas son bras de trouver le chemin de la table de nuit.

Il était temps de dormir.



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MessagePosté le: Mer 14 Déc 2016 - 17:12 Revenir en haut

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