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Alauwyr Iskuvar
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MessagePosté le: Dim 13 Mar 2016 - 10:17 Répondre en citantRevenir en haut

Début Néhakaru 918


Pour franchir l'interstice, Estenir avait surveillé à ce qu'Alauwyr ait sa blessure de parfaitement protégée pour la préserver de du froid glacial et mordant lors de ce franchissement instantané. Négligée, le blessure pourrait prendre une ampleur dangereuse, voir mortelle. Plus encore quand le convalescent n'était pas dans sa meilleure forme. Sous son oeil averti, il avait suivi les moindres gestes de Runa, veillant à ce qu'elle accomplisse ce qui devait être fait. Il n'aurait accepté le moindre manquement quand à la protection de son lié. Il avait certes toléré la présence de la Feälocé, l'avait remercié d'avoir soigné Alauwyr, mais maintenant que le retour au Kaerl se faisait presque proche, il revenait à une certaine forme de tolérance distante. Il n'oubliait pas aisément certains faits, même parmi eux, il était le fautif. Si Runa n'avait pas joué ce soir là...

Le départ de SSyl'Shar s'était fait sans regret pour l'Empereur cendré. Suffisamment long et fort de par sa race, il avait décollé en toute aisance avec le Maître Noir, Runa et sa toute jeune dragonne incarnate sur son dos. Il avait veillé à décoller avec douceur, car la jeune Reine, même aveugle, appelait à prendre soin de sa position. Ce n'était que la seconde de sa vie qu'elle volait sur le dos de ses congénères. Les ailes déployés et brassant l'air sec et chaud du continent désertique, le dragon cendré avait donc franchi l'interstice pour joindre la Terre de l'Aube. Et une fois au-dessus de ses terres, il n'avait pas perdu de temps pour rejoindre un lieu qu'il connaissait, isolé dans la sylve. Bien entendu, il s'était inquiété en sentant son lié défaillir dès la sortie de l'interstice. Mais heureusement pas au point de perdre connaissance. Une fois dans cet abri, une caverne entièrement végétale créée naturellement par le jeu d'entrelacs des branches et des troncs des petits arbres, Estenir put partir pour chercher le secours du Maître Guérisseur. Frâlan ne perdit pas de temps à revenir à la suite d'Estenir.

Il fallait bien se douter de la réaction du Maître Guérisseur quand il put enfin voir de ses propres yeux la blessure au flanc qui aurait pu s'avérer mortel si pas soignée à temps. Il s'était fait violence pour ne pas houspiller le Seigneur en personne, car Alauwyr avait de quoi être intimidant, même s'il n'était pas là en face de lui au mieux de sa forme. Le Seigneur Ardent n'était pas n'importe qui aux yeux du guérisseur, même si là maintenant, il restait le décisionnaire sur son patient. Au moins, il put féliciter la jeune chevalière incarnate du travail qu'elle avait pu apporter à temps. Par contre, il était clair que le Maître Noir aurait besoin d'une longue convalescence et des rumeurs que Runa avait souhaité entendre de la bouche de l'autre abruti de céleste rencontré auparavant, Esthen leur apporta ce qu'il savait et ce qui se passait. A voir la mine sombre du Seigneur, nul doute que son retour ne serait pas aisé. Au moins, d'apprendre comment tournait le Kaerl imposait à Alauwyr d'accepter de rester en cette cachette le temps nécessaire pour être capable de tenir tête aux Sangs éventuels qui se passaient bien de lui pour prendre doucement les rênes du pouvoir ardent....et surtout d'être capable de tenir sa lame si jamais il devait en finir dans la Fosse avec ses adversaires.


ce fut donc dans une sombre nuit qu'un immense dragon noir fendit l'air en sortant de l'interstice en ce début Néhakaru. Sous une voûte étoilée d'une nouvelle ligne, le saurien cendrée planait un long moment, comme si le moindre mouvement de ses ailes risquaient de briser le silence qui était tombé sur le Kaerl endormi. Enfin endormi. Pas si endormi que cela pour qui travaillait tard le soir ou de la nuit... et l'arrivée d'un dragon tel qu'Estenir, à moins d'user de barrières mentales, ne passera pas inaperçu bien longtemps. A l'approche du large balcon qui ornait l'extérieur, le saurien se redressa et se posa en douceur. Déjà il se baissa pour permettre à ses trois passagers de descendre de ses puissantes épaules. Alauwyr fut le premier à descendre, sondant déjà l'obscurité qui emplissant ses appartements. Il eut l'impression de pas y avoir remis les pieds depuis une éternité. Il aida par la suite Runa et sa jeune liée à descendre du dos de son dragon, avant de prendre les devants, main non loin de sa dague à lame ondulée portée à sa ceinture pour s'assurer qu'il n'y avait personne de dissimulés dans les ténèbres des lieux. Il restait toujours une cible pour qui voulait se défaire du Seigneur à peine revenu.

A peine sa silhouette pénétra le voile obscur qu'il porta vivement sa main à son kriss. Estenir poussa un grondement mauvais quand le Maître Noir sentit une forte poigne le plaquer violemment contre le mur proche. Grimaçant autant du choc dans le dos que pour ce qui restait encore de sa blessure au flanc, il n'avait pas perdu de temps pour réagir quasiment d'instinct, sa lame portée sur le coup de son agresseur.



~°~ Seregon Del Cirth, Gardien du Màr Tàralöm ~°~


''Je ferai attention à la suite du geste que tu as entrepris à mon égard si j'étais toi....''

Le regard noir du Seigneur se durcit quand il reconnut cette voix. Doucement, ses yeux s'habituèrent à la pénombre et il réussit à discerner la silhouette fine et osseuse du Gardien Borgne.

''Quelle idée aussi tu as eu de m'attendre dans l'ombre et de m'accueillir ainsi...''
''Avec moi ne t'attends jamais à avoir un accueil éclatant''

Alauwyr retira son kriss du cou du Gardien. Menacer Seregon était bien une dernière folie qu'il fallait faire à son égard. Mais celui-ci ne lâcha pas la prise qu'il exerçait sur le Seigneur.

''Je présume que tu es là pour une bonne raison ? ''

Seregon le pressa plus contre le mur. Son regard solitaire n'avait pas manqué de remarquer que l'humain était encore amaigri de sa longue absence et avait perçu une onde douloureux le parcourir. Il ne parut pas surpris de le revoir ainsi.

''Je suis là pour te rappeler tes devoirs de Seigneur envers le Kaerl.....''



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MessagePosté le: Dim 13 Mar 2016 - 10:17 Revenir en haut

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Runa Salv
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MessagePosté le: Lun 14 Mar 2016 - 23:00 Répondre en citantRevenir en haut

A l'aube du jour de leur départ, Runa se rendit à l'extérieur de la grotte qui faisait office de refuge et profita, comme une dernière fois, de son doux Ssyl'Shar. C'était à regret qu'elle quittait à nouveau sa terre natale, malgré tout ce qu'elle y vécut. Presque mélancolique, elle s'attarda à fixer le lointain horizon formé par les dunes à la couleur de l'or vieilli. Au loin se trouvait la vaste cité d'Arsuh, où elle changea son destin de ses propres mains. Plus loin encore, au delà de la ville qu'elle manqua presque de réduire en cendres, ondulait avec nonchalance un océan aux vagues chaudes et turquoises. A ses yeux, aucun parfum ne valait celui du sable brûlant qu'elle foulait de ses pieds. Rien ne pouvait détrôner en son coeur ce Prince qu'était le Grand Désert, malgré la terrible morsure de sa chaleur étouffante, malgré les incessants assauts de Solyae sur sa peau diaphane qui ne parvenait pourtant pas à en abîmer la soie. Et bien qu'en ces lieux sa tête valait son pesant d'or, bien que sa vie était mise à prix, elle savait qu'elle ne pourrait fuir indéfiniment et qu'un jour prochain, elle en sillonnerait les confins non bis in diem.
La Fëalocë n'avait pas de mots pour décrire son attachement.. Allez demander à un roi les raisons de son affection pour son royaume, et je ne suis guère certaine qu'il saura instamment répondre. Il en allait de même pour la princesse déchue du Ssyl'Shar.
Alors elle soupira, le coeur pincé, mais se résigna à aller rassembler leurs maigres affaires. Il était temps de rentrer, il était temps de quitter leur belle cage sans barreaux et pleines de promesses pour regagner des contrées plus hostiles et habitées de fauves affamés et en manque de proies.

Si Runa ne le ressentit pas immédiatement, Sarzeghnet, elle, ne manqua pas les humeurs changeantes d'Estenir vis-à-vis de la jeune femme. Le dragon Noir parut se fermer et se raidir en sa présence, comme profondément méfiant envers la Chevalière Incarnate. S'ils s'étaient imposés une forme d'armistice, les deux meilleurs ennemis en revinrent aux griefs du passé comme le naturel chasse l'artifice : Runa n'avait pas pardonné à l'Empereur Noir d'avoir éhontement manipulé sa mémoire ; l'Empereur Noir n'avait pas réussi à amnistier la Fëalocë pour ses actes qui manquèrent d'être fatals envers son Lié.. Il était certain qu'ils étaient entrés dans un cercle vicieux et sans fin. Ni l'un ni l'autre n'avait l'intention de faire le premier pas. La dragonnelle couleur de sang ne put passer outre ce petit jeu qui se tramait entre eux, et si elle ne détenait pas encore toutes les clefs pour en comprendre les règles, elle ne manquait pas de prendre note de ce qu'elle ressentait entre sa bipède et son grand frère.

Au moment de leur départ, Runa pansa doublement la plaie d'Alauwyr afin que cette dernière ne s'aggravât pas au moment du franchissement de l'Interstice. Enfin, après s'être assurés de n'avoir laissé aucune franche trace de leur séjour, ils purent prendre place sur le dos musclé de l'Empereur Noir et en quelques secondes à peine, ils arpentèrent déjà les froides ténèbres du passage intersticiel. La différence entre l'enivrante canicule du désert et le souffle de glace de l'espace-temps dénué de vie fut telle que la Fëalocë vacilla un bref instant. Elle se retint à un Alauwyr bien plus épuisé qu'elle et qui, lui aussi, manqua de perdre pieds. Et bien que le voyage ne dura qu'une fraction de secondes, il s'habilla d'éternité.


Enfin Estenir gagna des cieux plus accueillants - quoiqu'il s'agissait de ceux du Màr Tàralöm.. - et il trouva où se poser afin de ne pas dévoiler trop tôt sa présence malgré l'étendue d'une nuit claire et piquée d'étoiles forgées dans l'argent. Ils allèrent tout d'abord à la rencontre d'un Esthen à la fois rassuré et paniqué par l'état de l'humain. Il jeta un oeil à la blessure à son flanc et les invita à rester cacher chez lui, ce que déclina Alauwyr. Il estimait ne pas avoir à se terrer dans un trou comme une proie, malgré les suppliques de Runa qui allaient en faveur du Maître-Guérisseur.

Ils se réfugièrent alors dans le weyr du Seigneur : repli plutôt stratégique malgré les apparences tant il n'y était pas le moins du monde attendu. Relâchant un peu la pression, chacun s'assura que l'autre allait bien même si l'attention la plus marquée allait à Alauwyr, davantage altéré par le voyage sur la fine frontière entre le temps et l'espace. Etrangement, si la seule vue d'un weyr d'ordinaire chaleureux et confortable aurait pu embaumer le coeur des deux Ardents, ce ne fut pas le cas. Seuls les ombres et le silence répondirent présents pour les accueillir. Ou presque..

A l'instant même où Sarzeghnet alla plus avant, elle se figea net en sentant une présence, une âme tapie dans le néant. Runa la ressentit d'un même élan, mais il fut trop tard. Seregon plaqua Alauwyr contre le mur d'une poigne de fer au moment où l'humain avait dégainé son arme. Sarzeghnet émit un feulement agressif tandis que sa liée appuyait la pointe de sa dague sur la gorge du Gardien, bien peu soucieuse de craindre des représailles. Terrassée par l'épuisement, la Fëalocë ne prenait pas de demi-mesures et était aveuglée par sa désinvolture maladive. D'autant plus qu'elle était loin d'être baignée d'affects à l'encontre de Seregon.
Le visage de Runa se durcit alors qu'elle dardait le dragon prisonnier sous forme humanoïde de son regard d'or en ébullition. On pouvait lire en elle de la colère et, pour qui savait observer, un instinct de protection sincère. Après être restée silencieuse un bref instant, à l'écoute, elle brisa la conversation du duo en persiflant telle la vipère qu'elle était :

- Et ma lame est là pour vous rappeler que la particularité de votre condition d'intouchable ne vous dispense en rien des bienséances..

Elle raffermit l'étreinte de ses doigts sur le pommeau de sa dague et l'assassina d'une oeillade plus brûlante que la précédente.

- ..Dussé-je en subir les conséquences. Acheva-t-elle, déterminée.

Sarzegnet dévoila lentement les crocs en aiguilles de sa mâchoire déjà redoutable. Bien qu'elle devait le respect à Seregon, elle était prête à défendre sa bipède à coups de dents et de griffes s'il le fallait.
Runa poursuivit, moins sèche mais peu encline à se montrer tout au plus accorte :

- Est-ce ainsi que celui qui se revendique Gardien du Kaerl accueille son Seigneur ?

Elle n'attendait pas vraiment de réponse si tant était qu'il daignât lui en apporter une. Son but était plutôt de le déstabiliser afin qu'il ne relâche son attention d'Alauwyr, quitte à ce que ce soit elle qui en écope de l'incidence..



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Alauwyr Iskuvar
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MessagePosté le: Mer 16 Mar 2016 - 21:02 Répondre en citantRevenir en haut


~°~ Seregon Del Cirth, Gardien du Màr Tàralöm ~°~


Seregon ne frémit même pas en sentant un autre fil tranchant se porter à sa gorge. Il tourna à peine la tête pour regarder en coin la jeune chevalière incarnate. Il maintenait toujours le Seigneur Ardent contre le mur. Même la jeune Reine montrait les crocs à son égard. Quel toupet !

''Tu ne mesures pas les conséquences de ton geste, jeune chevalière. Tu agis simplement sous le coup de l'émotion. Tu me trancheras la gorge et ensuite ? ''

Sa voix était dure et froide. A vouloir protéger Alauwyr de son ''agression'', elle risquait de le condamner irrévocablement. Il sentait bien la prise de la Fealocé se resserrer sur le manche. Nulle peur n'illuminait son oeil solitaire. Et quand même il sentait l'épuisement des deux mortels, il n'en avait cure. N'en avait-il pas vu d'autres ?

''Je ne rends de compte à personne, si ce n'est qu'à moi-même. Que ce soit le Seigneur, un autre sang, ma parole et mes décisions quand je décide de les prendre s'appliquent. ''

Son regard borgne furibond se posa à nouveau sur Iskuvar, n'ignorant pas que l'homme était épuisé, plus que Runa. Cela se sentait par tous leurs pores de leur peau. Etait-ce une goutte de sang qu'il sentait contre son cou ? Le tranchant de la lame de la jeune chevalière avait entaillé sa peau. Qu'elle prenne garde....Elle ignorait ce dont il était capable. Plus encore quand on tentait d'attenter à sa vie, comme elle était en train de le faire, dans une vaine menace.

''Vous pensiez que tous les deux reviendriez en héros ? Si vous avez écouté les paroles d'Esthen Frâlan, vous savez de quoi il en retourne actuellement au Kaerl. En partant dans une tâche que tu aurais largement pu déléguer, Alauwyr.... le Kaerl ne se retrouverait pas au bord du gouffre d'un conflit de pouvoir. Tu le sais et tu connais mon opinion quand à ta place qui est tienne au sein du Màr. ''

Alauwyr n'avait pas cillé et dardait toujours un regard glacial et sombre envers le Gardien. Il porta un bref instant à Runa et refixa Seregon. Pas une seule fois ses lèvres ne s'étaient ouvertes pour prendre la parole. Il semblait attendre que le Gardien termine son

''Dis ce que tu as à me dire. Qu'on en finisse. Si personne d'autres que toi ne se trouve en ces lieux, c'est que tu as veillé à ce que nous ne soyons pas détecté... Alors fais moi part de tes remontrances....''
''Ne joue pas de la sorte avec moi veux tu ! Jusqu'ici tu as bénéficié d'une chance insolente. Depuis le combat contre la précédente Dame dans la fosse. Rappelle toi qui t'a permis de garder la vie sauve d'une certaine façon. Je ne l'ai pas fait pour toi, mais pour le Kaerl ! POur éviter une guerre interne de partisans contre partisans ! ''

Alauwyr ne put s'empêcher de grimacer, se rappelant que trop bien cette période. Seregon tourna à nouveau son regard vers Runa, qui le menaçait toujours de sa lame. Il l'ignorait presque.

''C'est louable de le défendre, mais je terminerai ce que j'ai à dire, que cela te plaise ou non. Veille à ne pas mettre ma patience à bout, jeune chevalière. ''
''Laisse la''
''Que si elle veille à ne pas déborder son mauvais geste...''

Décidément ces bipèdes et leur fichue passion émotionnelle. Il n'avait pas cru Alauwyr capable de tomber dans ce genre de travers. Même les hommes de sa trempe finissaient par se faire piéger. Que c'était presque risible si Seregon avait été de meilleur humeur.

''Mais pour être certain qu'il n'y ait pas un petit ''accident''...

Il porta sa main libre sur le poignet délicat de la Fealocé et l'écarta sans douceur mais sans brutalité non plus. Il lui imposait seulement d'écarter sa lame loin de son cou. Tant pis si cela ne lui plaira pas.

''Maintenant, écoute mes paroles, Seigneur Iskuvar. En prenant la place de Limna, à sa demande, tu as accepté tacitement de te dévouer pour le bien du Kaerl. Aurais-je besoin de te rappeler ton discours le jour où tu t'es présenté comme candidat, toi, un maître venu de nulle part à ce moment là ? Bien.... ton rôle n'est pas de vadrouiller comme bon te semble, au mépris de ta propre sécurité. Ne dis rien, je sais très bien quel est le fond de tes pensées, mais que crois-tu qui pourrait se produire, là maintenant ? Tu serais incapable de tenir ta lame sur les sables de la Fosse. Par un excès débordant de ta propre arrogance, tu mets toi-même ta place et celle du Kaerl en danger. Est-ce le but que tu cherchais en partant à Qahra ? ''

Un silence pesant s'imposa entre les deux hommes. A croire que Seregon venait de passer en communication mentale. Le Maître Noir soutenait toujours son regard, sourcillant quelques secondes, avant que Seregon ne finisse par le libérer, dans un ultime geste qu'on aurait pu prendre comme légèrement rageur. L'humain grimaçait malgré la libération et se collait contre le mur pour se soutenir et rester debout, même si on arrivait à percevoir qu'il défaillait quelque peu. Puis Seregon repoussa sa prise détenue sur le poignet gracile et souple de la jeune chevalière incarnate, avant de faire quelques pas pour s'écarter d'eux deux.

''J'attends de toi que tu tiennes la place qui est tienne et à partir de maintenant. Ce n'est pas une injonction ; c'est pour le bien du kaerl. Je ne pourrai pas me permettre une énième fois de jouer les anges gardiens. La prochaine fois, ce sera par la seule décision de Flarmya. Tu es maître de tes décisions à partir de maintenant. Tiens compte de mes mises en garde... ou pas. Je ne suis pas Gardien pour préserver celui en place sur le trône ardent, mais pour préserver le Kaerl''

Puis, à la limite de la condescendance, il braqua son oeil non bandé sur les deux ardents tout en se dirigeant encore de quelques pas vers la porte.

''Je vous suggère de faire venir le Maître-Guérisseur et de vous soumettre à ses ordres quand à vos états respectifs. Surtout toi Alauwyr. Ah.... et pas de folies corporelles. Quand un corps et un esprit a besoin de repos, ce n'est pas pour que le dragon fournisse de l'énergie face à certains efforts... non indispensables pour se reposer....''

Une fois le Gardien sorti, Alauwyr lâcha un grognement las et se laissa glisser le long du mur. Au diable le Gardien ! Même s'il fallait avouer qu'il avait raison sur bien des points. Un bref instant, il sentit la présence de son lié, quelque peu inquiété avant de se retirer. Pas une seule fois le cendré n'était intervenu. En même temps, comment lui reprocher son manque de présence. Face à Seregon, bien des dragons se montraient humbles. Alauwyr n'allait pas le sermonner pour cela. Maintenant, son objectif était simple.... faire revaloir sa place en tant que Seigneur au coeur même de son propre Kaerl.

Ses yeux noirs et ternes se posèrent sur Runa

''Te mesurer au Gardien en personne. Je crois qu'il n'est pas prêt de l'oublier...''



Runa Salv
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MessagePosté le: Dim 20 Mar 2016 - 22:58 Répondre en citantRevenir en haut


Jusqu'où serait-elle prête à aller ? Kaziel même n'aurait pu le deviner, et même pourrait-on dire qu'il se délectait d'avance de voir les routes qu'elle allait emprunter..
Lorsque que ses deux opales à la couleur de l'ambre en flammes croisèrent l'oeil unique de Seregon, la Fëalocë ne flancha pas une seule seconde. Sa fierté maladive, résidu de son statut de haute noble des cours du sultanat Ssyl'Sharien, était aussi inébranlable que le Mont Gerikor face à la plus violente des tempêtes. En dépit de la terrassante fatigue, faisant fi des protocoles ancestraux qui imposaient à quiconque le respect sans conditions envers le Gardien, Runa demeurait droite et baignée d'orgueil. Elle n'avait que faire de ses nouvelles obligations envers le dragon maudit ! Et à trop vouloir rester fidèle envers elle-même, peut-être finirait-elle par s'y brûler les ailes.

* Pas de compromis, même face à l'apocalypse. *


Runa ne répondit pas à la première invective de Seregon. Elle se contenta de lui offrir un regard noir et glacial, bien loin de l'enfer habituel qui s'y animait. Empoisonnée par l'audace et le dédain, la Chevalière Incarnate repoussa des limites que probablement bien peu de bipèdes franchirent à l'égard du Del Cirth Ardent. Ou du moins n'étaient-ils plus là pour en témoigner. Sa désinvolture n'avait pas de limites, et au delà de l'absence de crainte d'en subir les conséquences, la Fëalocë ne mesurait pas encore l'impact de la situation. Alors qu'elle s'efforçait de garder le silence pour ne pas prononcer des paroles qui viendraient à la condamner à un terrible sort, elle ou Alauwyr par défaut, ce fut Sarzeghnet qui vociféra de sa voix caverneuse dans l'esprit du tout-puissant Gardien :

** Et ensuite je pourrais te dévorer, moitié de saurien.. **

Une goutte de sang roula le long de la peau diaphane du Gardien, au même moment. La Furie Rouge ordonna à sa Liée de se taire, ce que cette dernière fit non sans émettre un feulement prédateur à l'encontre de l'Immortel.
Les battements du coeur de la Fëalocë se firent plus violents et marqués, comme si inconsciemment elle comprenait enfin toute l'ampleur de ce qui se jouait. Pour autant, elle ne lâcha pas celui qu'elle tenait en joug une seule fraction de seconde. Il émanait d'elle une force de détermination mordante malgré les quelques tremblements dont s'éprirent ses doigts. Elle n'avait pas peur. Oh non, elle distillait plutôt sa fureur et l'enfermait précieusement pour ne pas que cette dernière ne s'empare, une fois encore, de son esprit.
Sa respiration s'accéléra, et le seul silence qu'elle s'imposa pour mieux écouter fut dérangé par la régularité de son souffle refreiné par la colère.

- C'est louable de le défendre, mais je terminerai ce que j'ai à dire, que cela te plaise ou non. Veille à ne pas mettre ma patience à bout, jeune chevalière.

Runa se mordit l'intérieur de la joue mais ne put s'empêcher de persifler, vipérine :

- Et prenez garde à ne pas épuiser la mienne, Gardien..

Toujours son emprise sur l'arme de sa dague d'or et de nacre n'avait pas fléchie. La pointe courbée de la lame en or était légèrement rougie du sang de l'Immortel, comme un bijou se parant de bien étranges rubis.
Cependant, Runa fut incapable de retenir un frisson lorsque Seregon la prit par le poignet afin de l'écarter de lui. Celui qu'elle avait jugé plutôt chétif et de maigre musculature révélait une force hors du commun.. Naturellement, elle ne put luter bien qu'elle tenta une brève résistance. Elle laissa tomber son poignard dans un tintement métallique.
La jeune femme esquissa malgré elle une grimace de douleur en pliant sous le geste du dragon détenu dans sa prison de chair. Sarzeghnet était tiraillée entre ce que lui imposait les lois et Flarmya elle-même et son désir de réduire en pièces celui qui abusait de sa condition. La dragonnelle Incarnate se tenait prête à bondir, grondant férocement telle la démone en devenir qu'elle présageait. Mais les deux liées se turent et écoutèrent..
Après un discours qui se fit des plus cinglants, imposant les ténèbres d'un silence mortifère, Seregon lâcha enfin Runa qui massa tout aussitôt son poignet libéré. Lorsque le Gardien prononça ses dernières paroles, elle l'assassina du regard, le maudissant intérieurement et serrant ses mâchoires de tant se retenir de l'insulter..

Elle le vit quitter le weyr plongé dans la nuit en passant l'entrée avec l'évanescence d'un spectre. De rage, Runa claqua violemment la porte derrière lui en fulminant, ravalant à peine quelques blasphèmes à son encontre. Fébrile, elle frémissait de colère mais inspira profondément pour revenir à un semblant de calme. Elle fixa le bois verni de la large porte un long moment avant de finalement retourner auprès d'un Alauwyr quelque peu ébranlé.
Elle vint s'accroupir face à lui et tendit ses mains pour l'aider à se relever, avant de croiser la lueur plus morne de ses iris d'obsidienne venir à la rencontre de ses yeux orangés.

- J'espère qu'il ne l'oubliera pas.. Je ne peux tolérer l'humiliation qu'il vient de te faire subir. Qu'il soit intouchable ou non, rien ne m'empêchera de le punir d'une façon ou d'une autre..

** Il paiera pour son impudence.. **


Une de ses mains, pâle et lisse, vint effleurer la joue tailladée de cicatrices de l'humain. Son geste eut autant de délicatesse que la subtile caresse des écailles d'un serpent chargé de venin le long de la peau de sa proie. Runa avait l'art et la manière d'amadouer, plus encore quand elle aimait ce qu'elle entrevoyait de garder pour elle seule. Après ce geste quasi maternel, Runa se releva et tendit franchement ses deux mains à Alauwyr. Elle parla avec dureté et assurance, presque avec détachement malgré la mélodie chaleureuse de son accent du désert :

- Debout, Seigneur Iskuvar. Seuls les vaincus et les faibles restent à terre. Tu dois reprendre la place qui est tienne. Fais cesser le vol des vautours affamés au dessus de ton trône vide. Fais taire ceux qui ont profité de ton absence pour prendre la parole et te blâmer. Chasse les spectres dont l'ombre empiète sur ton territoire. Tu es le Chevaucheur de Démon ! Lève toi et reconquiers ce qui te revient de droit.

Puis, plus personnelle, elle conclut de son regard de louve :

- A chacun de tes pas suivront les miens. Tu n'es plus seul désormais.. Et s'ils considèrent que je suis ta faiblesse, je leur prouverai qu'ils auront tort de nous défier.



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MessagePosté le: Mer 23 Mar 2016 - 19:31 Répondre en citantRevenir en haut

Quand la porte avait claqué, Alauwyr n'avait pu s'empêcher d'avoir un sourire en coin. Avec pareil tintamarre, si on n'énonçait pas clairement le retour d'un occupant dans les appartements même du Seigneur Ardent. De toute façon, si Seregon savait leur retour, d'autres le seront bien assez tôt ; même si le Gardien devait s'être assuré que personne ne vienne en trombe dans les appartements d'Alauwyr. A la rigueur quelques gardes mais sans plus. Ces derniers ne pourront guère désobéir au Seigneur en personne ou au Gardien. Seregon avait parfaitement conscience de ce qui se jouait maintenant, avec le retour d'Iskuvar. A l'humain de jouer sa part désormais et Alauwyr len avait tout à fait conscience. Mais avant... Il devait s'assurer d'avoir la force nécessaire à supporter ce qui le guettait déjà.

Runa s'était accroupie à ses côtés en lui tendant ses deux mains pour qu'il les prenne, en vue de se redresser. Même si elle avait réussi à calmer la colère haineuse qu'elle avait exprimée à l'égard du Gardien, la colère se sentait à travers la peau fine de ses paumes et le rougeoiement de ses iris ambrés. Son regard d'une noirceur sans fond se perdait déjà dans celui de lave palpitante de la jeune femme.

''Il se punira bien tout seul, ma chère. Crois mois. Seregon n' apas mâché ses mots, mais il reste le Gardien, n'omets pas cela. Et puis l'humiliation, il aurait pu le faire à de nombreuses reprises devant bon nombre d'Ardents. Au lieu de cela, il a veillé à le faire que devant nous....Ne crois pas que je cherche à le défendre, loin de là...''

Son impudence qu'avait murmuré mentalement la jeune incarnate..... déjà si jeune et déjà prête à tenir tête à Seregon en personne. Il se retint de la regarder et de sourire devant une telle force de caractère. Elle ne s'était pas liée à Runa pour rien. Estenir ne put s'empêcher par contre d'entrer dans la conversation.

°S'en prendre au Gardien est s'en prendre au Kaerl entier. Lui faire payer son impudence est une chose, mais n'oubliez pas que sous sa frêle apparence humaine, il reste le Gardien. Ne sous-estimez pas sa puissance. °
°Je ne le sais que trop bien. Mais tu ne pourras nier que Seregon joue dangereusement. Et ne rajoute rien Estenir... Je sais ce que tu vas dire. Je ferai ce que j'ai à faire°

Le dragon cendré s'était adressé autant à son lié, qu'à Runa et sa jeune reine. Alauwyr avait parlé mentalement pour lui faire part de son avis personnel sur la question. Il n'y avait rien d'autres à rajouter de toute façon. Ce qui était fait était fait et il tenait entre ses mains la suite de son retour, avec toutes les conséquences que cela engendrera.

Ses pensées se perdirent sous la douceur délicate de la main de Runa, qui frôlait les cicatrices qui balafraient son visage blême. Il manqua d'avoir un frisson à cet effleurement aussi léger qu'envoûtant. A y repenser, il se demandait encore comment il avait pu réussir à accepter une telle chose, alors qu'il n'y avait pas si longtemps que cela, il était encore un homme au coeur froid, à la texture de la pierre dure et inflexible à toute émotion. Son lié lui avait annoncé qu'il changeait, qu'il avait commencé à changer même depuis la mort de Limna et qu'il était devenu Seigneur. Longtemps il avait refusé cette évidence. Comment accepter qu'on changeait à en devenir ''faible'' quand durant des années il avait su repousser ses propres émotions ? A fuir ce qu'il devenait, il n'avait pu que se confronter plus durement à ce qu'il devenait. Après tout, même s'il était Maître Noir, il restait un homme.. Et il avait fallu attendre toutes ces décennies pour le découvrir et le comprendre.

Runa se leva et lui tendit ses deux mains, bien déterminé à l'aider à quitter son pan de mur où il était assis et adossé. Il manqua de hausser un sourcil devant le ton qu'elle employait. Non pas qu'elle le mettait à mal, mais ses premiers allusions pouvaient être... vexantes. Ce n'était pas un faible; et il était encore loin d'être vaincu. N'était-il pas encore en vie ? Un étrange sourire naquit à la commissure de ses lèvres et lui tendit ses mains pour les joindre aux siennes.

''Même à terre, le Chevaucheur de Démon reste indompté. Il en faudra bien plus que cela pour le défaire. Et le temps des envies et des convoitises pour ce qui est de ma place cessera bientôt. Ceux qui douteront de moi, profitant de cette absence que j'ai imposé à mon propre trône, auront à faire attention à leur propre avenir. ''

Il sentit la désapprobation de son lié pour ce qu'il préparait. Alauwyr lui envoya mentalement qu'il allait bien et qu'il cesse de suivre à la lettre les récriminations de Seregon. Là cela devenait humiliant.

°Tu devrais te reposer au lieu de laisser ton esprit aller sur une telle direction°
°Vois cela comme une forme de repos mon très cher lié. Et cette fois, je ne souhaite pas de ton aide. Je sais que tu l'as fait pour mon bien mais cette fois, respecte mes choix...°
°Je ne serai pas responsable de la ''colère'' de Frâlan°
°Je les assumerai.....°


Au lieu de profiter de l'aide de Runa, il l'attira à elle, la faisant tomber dans ses bras. Il avait veillé à ne pas la faire choir sur son flanc encore blessé. Sentir sa chaleur contre son torse était ce qu'il désirait pour le moment. Après le passage de Seregon et de son rappel quand à sa place à tenir au sein du Kaerl, il voulait penser à autre chose.

''Et toi, Reine des Sables du Ssyl'Shar, chercherais-tu à commander au Chevaucheur de Démon ? Lui qui n'obéit à personne d'autres que lui-même ? ''

Il ne put s'empêcher un sourire, laissant ses doigts suivre la courbure parfaite de son visage.

''Ils verront qui se représentera devant eux ma chère... Et s'il te juge être ma faiblesse, ils goûteront de mes mots comme de ma lame s'il le faut. Qu'ils ne viennent pas croire qu'ils pourront m'atteindre à travers toi... comme de l'inverse. Mais assez de parler de ce que Seregon avait en bouche depuis notre arrivée. Si on lui montrait que certaines de ses recommandations... ne nous empêchera pas d'agir comme bon nous semble ? Démontres moi comment tu pourrais réussir à faire plier à ta volonté le Chevaucheur de Démons, ma chère Reine Brûlante...''



Runa Salv
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MessagePosté le: Jeu 24 Mar 2016 - 22:52 Répondre en citantRevenir en haut



** Silence, frère, tu égraines le peu de tolérance que ma liée nourrit à ton égard et l'indulgence que je t'accorde. **

La dragonne Incarnate, à peine âgée de quatre mois, étalait déjà l'assurance et la ferveur de ses ancêtres et des Reines adultes. Elle s'était adressée à l'Empereur Noir avec une infinie rugosité, crachant sans retenue poison et venin dans l'esprit d'Estenir de sa voix sèche et grave. Si son caractère et sa fierté lui dictaient d'agir ainsi, tout le mérite revenait plus particulièrement à la méfiance qu'avait tissée la jeune dragonne envers le lié du Seigneur : peu à peu, elle avait compris et perçu l'animosité de Runa vis à vis du dragon, et faisant ricochet en raison du partage de leur âme, les pensées hostiles de la Fëalocë vinrent prendre place dans la conscience de Sarzeghnet. Il était donc naturel qu'elle en vienne à déprécier celui qu'elle nommait tout de même frère.
Grondant, piquée à vif par l'outrecuidance de Seregon et les leçons de morale d'Estenir, la dragonne à la robe teintée de sang ouvrit ses ailes et vola jusqu'au balcon pour s'isoler. Le plus habile n'y verrait pas là un caprice adolescent mais bien la fureur d'une Reine en devenir. Car sous son envergure grandissante de jour en jour se dressait déjà l'ombre de la monarque inflexible et aux terribles desseins.

Runa suivit d'un regard bref le vol sans faute de sa liée aveugle avant de s'en retourner chercher refuge dans le néant qu'offraient les opales d'obsidienne de celui qui était enfin sien. La Fëalocë s'était également crispée de colère vis à vis du saurien anthracite et seule la trahit la mer d'or, d'ambre et de feu de ses yeux. Une vague amère s'y agita brusquement, furieuse, avant de reprendre une danse moins destructrice. Il était indéniable que les émotions de la jeune femme étaient marquées et exprimées avec puissance, mais son mépris pour le dragon aux écailles de cendre n'avait réellement aucune limite. Leur exil avait permis d'instaurer une sorte d'armistice où ils s'étaient tolérés pour le bien fondé du secours porté à Alauwyr, mais leur retour au Kaerl avait mis fin à cette brève paix. Mais il n'était pas encore l'heure de régler les comptes..
Elle s'accrocha aux paroles d'Alauwyr pour ne pas céder une nouvelle fois à sa rage, et l'écouta presque sagement, affichant un air songeur sous ses traits usés par l'épuisement mais ne répondit pas.

Elle n'avait pas claqué la porte par simple étourderie ou par impulsivité. Elle n'avait pas "oublié" de rester discrète. Runa ne voulait pas nuire à la survie d'Alauwyr autant qu'elle refusait de rester cacher comme une proie acculée. Elle se plaisait déjà à jouer le fantôme qui hantait le weyr à l'abandon du Seigneur disparu, elle se plaisait à imaginer les murmures et les rumeurs laper les longs couloirs de pierre du Màr Tàralöm. Car après tout, la découverte de leur retour n'était certainement plus qu'une question d'heures.. Ils devaient s'y préparer.

Mais la jeune vipère remarqua l'abandon auquel s'adonna l'humain lorsqu'elle caressa sa joue. Ce simple geste de tendresse, quelques semaines auparavant, n'aurait même pas semblé possible à l'un ou à l'autre. Ici-même, il y avait des lunes, ils en étaient arrivés à presque s'entretuer pour achever le canevas de leur étrange relation. Runa, à son tour, se perdit dans les souvenirs..
Jamais elle n'aurait cru être assez faible pour se lier aussi étroitement à un homme, d'une autre race que la sienne de surcroît. Jamais elle n'aurait imaginé que leur rencontre dans les confins du désert se solderait par un amour passionné et complexe qu'elle accepterait à coeur ouvert. Jamais elle n'aurait soupçonné ressentir un tel attachement envers un être de chair et de sang. - Mais vous connaissez l'adage.. - Aussi futile que pouvait paraître leur lien, et bien qu'ils étaient deux démons, deux Ardents, deux opposés, deux monstres, la destinée qu'ils avaient rejeté les unissait d'une bien étrange façon. Ce qu'il vit comme une faiblesse, elle en fit une force. Et elle le prouverait au monde entier si nécessaire.
Sarzeghnet pesta devant tant de mièvrerie, faisant revenir sa liée à la réalité.


Lorsqu'Alauwyr joignit ses mains aux siennes, la jeune femme contracta sa frêle musculature pour ne pas plier sous l'effort que demandait de le relever. Mais avant, elle ne manqua pas de répondre d'un sourire doucereux lorsqu'il articula avec force d'assurance et une hostilité prédatrice à l'égard de ceux qui enviaient sa place de Seigneur. Elle se délectait de voir à nouveau sur le visage de l'Humain son infaillible rictus carnassier. De ses lèvres étirées chantèrent ces simples mots en réponse :

- J'aime quand tu parles de cette façon, iza athilizar..

Un léger cri de surprise, joueur et enfantin, s'en suivit tant elle ne s'attendait pas à son geste. Runa ne put faire autrement que de tomber dans les bras d'Alauwyr, littéralement. Elle rit innocemment, d'humeur déjà plus légère, innondant le weyr froid et solitaire d'éclats plus chaleureux et attrayants.
La Maître Noir l'installa confortablement contre lui, l'un veillant à ne pas réveiller les blessures de l'autre. La Fëalocë dégagea de son visage une mèche andrinople pour la passer derrière son oreille, avant de pénétrer le regard de son cher et tendre avec autant de violence qu'une explosion chasse de sa lueur les ténèbres de la nuit. Comme si elle en contrôlait le pouvoir, ses yeux s'embrasèrent alors d'un envoûtement capable de mettre à genoux les coeurs les plus glacés. Sa peau, à la douceur de la soie, se fit plus chaude et parfumée. Runa se laissa volontiers prendre au jeu.

- Ne doit-il pas obéissance et dévotion à sa souveraine ? Oserait-il la défier et se risquer à la punition qu'elle sera contrainte de lui infliger ?
On dit pourtant qu'il a déjà honoré les désirs de sa reine et qu'elle en fut.. grandement satisfaite.

Elle colla son front à celui de son démon aux cheveux d'argent.

- A moins qu'il ne se sente plus à la hauteur.. ?

Malgré la dureté des doigts d'Alauwyr, Runa y décela une infinie douceur. Ravie par ce réconfort, elle ferma les paupières un bref instant pour en profiter. Qui sait s'ils ne seraient pas amenés à bientôt devoir se séparer ? Ils n'avaient pas ré-évoqué le fait de dévoiler leur relation ou non..
La jeune femme mit en pause leurs badineries par une note plus sérieuse, en aparté. Elle le fixa intensément et déterminée.

- Ce n'est pas le Gardien qui me bridera, et tu le sais. Tu es le seul à détenir les chaînes qui me retiennent et m'empêchent de détruire le monde entier. Fais en bon usage.

Après un regard entendu, elle s'adoucit et soupira, chassant les pensées moins.. divertissantes.
Plus enjouée si ce n'était taquine, elle poursuivit :

- Ce Chevaucheur de Démon, j'ai déjà essayé de le soumettre par la force et la violence, en vain..


Avec l'agilité de la vipère qu'elle était, elle se retrouva à califourchon sur lui et enlaça ses bras autour de son cou. Elle effleura la joue creusée de l'Humain avec la sienne, soyeuse et fit glisser sa bouche jusque son oreille.

- Peut-être préfèrerait-t-il la méthode douce.. Qu'en penses-tu ?

Et lentement elle revint jusque ses lèvres pour l'embrasser langoureusement. Il n'y avait pas là qu'un désir charnel à l'appétit dévorant, c'était son affection sincère qui parlait et elle seulement. Mais une once de raison la sortit de leur rêverie. Elle termina son baiser, doucement et murmura, le coeur légèrement pincé :

- Mais Estenir, Seregon, Esthen.. Tous ont raison. Tu dois économiser ton énergie pour te battre et résister à tes ennemis, pas la perdre à la faveur de mon étreinte.

Runa se résigna et enlaça simplement celui qui fut son maître, enfouissant sa tête dans le creux de son cou. A l'abri des regards, elle dévorait ces instants de romance qu'ils ne pourraient se permettre à la vue des habitants du Màr Tàralöm.

Telle la plus redoutable des gargouilles, Sarzeghnet veillait. Elle était à l'écoute du moindre bruissement d'ailes des phalènes affamés de lumière des braseros illuminant le Kaerl plongé dans la sorgue. A l'écoute du plus infime écho qui trahirait une approche impromptue. A l'écoute de chaque murmure du vent tiédi par le coeur de lave du volcan. La dragonne adolescente ne voyait certes pas par les yeux, mais ses sens lui apportaient une perception qui dépassait allègrement la banalité de l'acuité. Elle avait enfin accepté sa tare comme un pouvoir aux incommensurables possibilités. Et ses détracteurs en verraient très bientôt les fruits..

Brusquement, elle se figea, en alerte.


***


Lokath Ildatar


* Même jour, Ssyl'Shar - Désert profond


Loin, bien loin, à des milliers de lieues de là, au delà des mers et des dunes, le fils bâtard d'Alauwyr inspectait une caverne où s'écoulait une rivière souterraine. Il avait mis du temps à remonter la piste. Trop de temps. Il arrivait trop tard. Il ne restait que de maigres traces du passage des deux Ardents et tout indiquait qu'ils étaient partis depuis plusieurs jours, déjà.
Le demi-sang serra le poing et frappa le mur adjacent, prêt à se briser la main dans son excès de rage. La mâchoire serrée face à son échec, il resta debout là, fébrile, pendant plusieurs minutes, les dents grinçantes. Son regard aux orbes d'un ambre luisant étincelait d'un alliage mêlant l'ivresse de la folie et l'avidité de la fureur. Dans ses veines courrait un torrent de feu et de sang, et le fragile équilibre qui l'avait porté jusqu'à l'aube de ses 20 ans s'était brisé. Sa raison avait cédé sous le poids trop conséquent de son impulsivité et des petites tortures infligées par sa demi-soeur. Lokath avait sombré dans les flots d'un océan où il y laisserait sa vie. Il se noyait, à l'infini, et ne pouvait espérer atteindre la surface. Il était condamné, et ce depuis le jour de sa conception.

Puis, comme le mistral change de cap, son visage s'arma de traits plus.. amusés. Il ricana, sadique, laissant pleuvoir son rire malsain et s'écouler le long des parois de la grotte comme le sang éclabousse alentours quand on égorge au détour d'une alcôve. D'entre ses lèvres sifflèrent quelques mots que seule entendit la pierre.

- Je serai bientôt là, très bientôt.. Je le tuerai le premier, puis viendra le tour de ta maudite dragonne, et enfin le tien, ma très chère soeur.. Et crois moi que je prendrai du plaisir à te faire souffrir..


D'une façon ou d'une autre, il trouverait comment regagner le Màr Tàralöm. Tout n'était plus qu'une question de temps..



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
- Sic gorgiamus allos subjectos nunc -

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MessagePosté le: Sam 26 Mar 2016 - 18:28 Répondre en citantRevenir en haut

Estenir grinça des dents devant la réplique de la jeune Reine Incarnate. Même si elle était encore jeune et qu'elle prenait l'assurance d'une adulte déterminée et dans toute sa splendeur, le saurien cendré ne pouvait vraiment tolérer le pic de rappel quand à l'aversion certaine que lui vouait sa liée.

°Ta liée ne devrait pas omettre certains faits. Si tu as eu l'occasion de creuser ses souvenirs, tu comprendrais que si elle s'était abstenue de quelques unes de ses actions, elle n'en serait pas à ressentir de l'animosité à mon égard. Je l'avais prévenue, mise en garde à ses débuts d'aspirante. Si tu la connais aussi bien que votre lien se renforce, il serait peut être judicieux à surveiller son caractère enflammé. Il serait dommage que cela lui porte préjudice comme cela te touchera également. Je protège mon lié comme tu en fais autant. Et il t'arrivera un jour prochain, ma chère Soeur, où toi aussi tu seras amener à prendre un choix aux lourdex responsabilités... et aux possibles conséquences que cela impliquera°

Avant que la petite Incarnate ne déploie ses ailes pour prendre sa place sur le balcon, le dragon noir avait déjà pénétré à l'intérieur des appartements pour rejoindre son recoin confortable et s'était assis en tout Empereur qu'il était : digne, droit et au regard certain posé sur son lié. Même si Runa était dans une ligne d'égard à l'encontre de son âme-soeur, il restait toujours méfiant envers la jeune femme. Pire qu'un feu embrasé sous une tempête, elle était le coeur d'un brasier qui finissait toujours par ne suivre que son propre cheminement pour trouver de quoi brûler et survivre. Peu importait les dégâts collatéraux. Ainsi le cendré percevait Runa. Alauwyr lui importait plus qu'elle, même si le Maître-Dragon avait un poids qui s'était retiré de son âme en acceptant le changement qui s'était opéré au fil du temps.

Sous l'oeil protecteur donc de son lié, Alauwyr étendit un sourire plus que ravi en acceptant de se noyer allègrement dans le regard ambré qui s'était embrasé sous la passion qui prenait la jeune Feälocé. Son sombre coeur ne put que battre plus fortement encore.

''Oublions le Gardien.... Continuer d'en parler ne serait que lui donner encore de l'importance alors qu'il brille désormais de son absence. Laissons le dans son aigreur et soucions plutôt de nous deux... Ainsi, tu crois que je tiens entièrement les chaînes qui retiennent ta fureur et ta fougue, alors que tu te vantais encore presque à l'instant d'avoir réussi à dompter le Chevaucheur de Démon.... qui selon toi se serait totalement plié devant la redoutable et impitoyable Reine du Désert ? ''

Il appréciait le ton taquin de la jeune femme et sa belle contradiction. Habituée à toujours se faire obéir, elle avait trouvé un homme qui s'était refusé à courber l'échine devant elle, affichant une fierté et une noblesse égale, voir supérieure à la sienne. Comment ne pas chercher alors à dépasser cela, en se liguant par les mots et par des gestes contre l'égo de cet être ? Leur bataille respective avait fini par s'étouffer d'elle-même. Il suffisait de le voir maintenant : tous les deux, l'un dans les bras de l'autre.

''Ce chevaucheur de démon serait prêt à la défier encore pour le simple plaisir de la voir tenter encore de le dompter et de réussir à l'approcher d'une façon totalement différente des voies qu'elle employait habituellement. Dans une ruse doucereuse et envoûtante. Même la Reine des Sables a fini par succomber à son propre jeu. Point de soumission, point de dévotion, point d'obéissance. Une acceptation totale fut le nom de ce chemin qu'ils empruntent tous deux. Et la Reine n'en fut aucunement déçu... et le Chevaucheur est capable de se montrer à nouveau à la hauteur si tel est le désir de sa Souveraine''

Avec une souplesse digne des meilleures danseuses de tout le SSyl'Shar, Runa se mit à califourchon sur le Seigneur. Celui-ci sentait que sa légèreté et la chaleur ardente qui émanait de sa peau. Il accepta de se prendre dans le piège de ses bras et n'eut pas besoin de répondre pour permettre à Runa de poser ses lèvres brûlantes de passion contre les siennes. Son approche de méthode douce avait de quoi plaire au corps fatigué du Seigneur. Un début de rêve prometteur qui se brisa malheureusement trop vite à son goût. Quand elle s'écarta de lui en appelant à la raison des trois précités, Alauwyr sentit un début de frustration lui gagner le coeur pulsant d'une soif inassouvi. Le rappel de la réalité avait de quoi laisser un goût amer. Il dut se résigner en ravalant un soupir légèrement piqué d'une pointe de contrariété. Il garda le silence pendant que la belle tentatrice se lova tout contre lui. Il l'entoura de ses bras, comme recherchant la moindre parcelle de chaleur que son corps offrait. Il se permit de humer la crinière abondante de celle qui attisait l'ardeur de son âme sur l'instant. L'odeur du sable chaud était si persistance, dans chacune de ses fibres, qu'il avait presque l'impression de se retrouver dans le Désert Profond.

Il allait répondre quand il sentit par son lien avec Estenir que quelque chose se préparait. Il tourna sa tête en direction de la lourde porte de ces appartements, retirant son bras droit du corps chaleureux de la chevalière incarnate pour attraper son kriss qu'il avait encore à la ceinture. Même si le Gardien veillait, Alauwyr restait toujours prudent. Même Seregon ne pouvait empêcher certaines trames du Destin se réaliser si elles devaient s'accomplir.

La porte s'ouvrit timidement. Estenir s'était redressé, la gueule déjà entrouverte prêt à libérer son feu au besoin. Une jeune adolescente, blême de frayeur, peina à franchir la porte et poussa un cri apeuré en voyant l'immense saurien lui darder un regard rougeoyant. Alauwyr crut qu'elle allait défaillir.

''Je... Je....Le Maître.... Guérisseur m'a... demandé de vous...''

La pauvre était si effrayée, autant devant le Seigneur que devant deux dragons grondant qu'elle ne résista pas plus à sa panique montante et elle prit ses jambes à son cou. Estenir huma l'air.

°A peine arrivée, aussitôt repartie. Néanmoins, elle ne sera pas venue les mains vides. °

Il ne perdit pas de temps pour prendre sa forme humaine encapuchonnée et passer la porte. Il tira quelque chose qui parut bien chargé : un chariot à repas dans un magnifique bois rouge, où se retrouvait bon nombre de petits mets raffinés et variés.

°On ne peut pas dire que Frâlan manque à ses devoirs de guérisseur. Il tient vraiment à ce que tu te rétablisses au mieux et dans dans les meilleures conditions. Il y a même de quoi sustenter deux estomacs draconiques....°

Alauwyr tiqua devant la taquinerie manifeste de son lié, exprimé exprès bien entendu.

''Apporte nous cela au lieu de te moquer. Après tout.... Frâlan souhaite que je récupère. Pas qu'avec du repos visiblement...''

Il était vrai que les effluves appétissantes qui émanaient des plats ouvraient l'appétit et Alauwyr se rendit compte à quel point il n'avait pas manger quelque chose de vraiment délicieux et de consistant depuis sa mésaventure.

°Il faut dire aussi qu'être Seigneur donne un certain goût au luxe...°
°Il suffit.... Prends ce qu'il faut pour toi et Sarzeghnet et oublie moi....°
°Hum... un moment de joyeuseté un peu trop exacerbé. Désolé...°
°Quand il s'agit de manger hein...°


Puis sans laisser le temps à Runa de quitter sa place tout collée contre lui, il s'appuya contre le mur, retenant la jeune femme contre lui de son bras gauche et se redressa comme il put avec son bras libre. Il retint une grimace devant l'effort et s'assura que le vertige ne le prit pas. A sentir ses jambes pantelantes, il comprit que la fatigue le rattrapait rapidement. Il ne put s'empêcher de penser avec ironie comme sa réponses aux attentes passionnées et avides de Runa aurait pu le laisser... Le but premier était maintenant de reprendre des forces. Seregon voulait le revoir sur le trône et répondre à ses devoirs, reprendre en main le Kaerl pour éviter qu'il ne sombre dans un ténébreux chaos... Soit. Mais la prochaine fois que Seregon ne mâchera pas ses mots....

Ils n'eurent pas besoin de s'installer bien loin, les lieux disposant même du nécessaire d'ameublement luxueux pour manger au sein même des appartements. Après avoir invité Runa à s'asseoir, Alauwyr prit place et ils n'eurent qu'à tendre la main pour se servir. Estenir avait veillé à ce que ce chariot de victuailles soit bien placé et d'ailleurs, ce dernier avait déjà pris ce qu'il fallait pour la petite Incarnate partie ''bouder''

Le Maître Noir veilla à ne pas se laisser déborder par son appétit. Se rendre malade était bien la dernière chose à faire. Il ne put s'empêcher de tirer une certaine moue devant un verre de tisane froide, qui sentait fortement les plantes médicinales malgré une odeur plus sucré. Nul besoin de se demander ce que c'était. Il connaissait déjà ce remède pour savoir que Frâlan tenait à ce qu'il prenne le nécessaire pour son état. Une fois repu, il ne put s'empêcher de fixer Runa, avec un certain sourire. Elle devait être plus qu'à son aise sur l'instant, dans le calme serein d'appartements adaptés à sa condition. Un calme qui était qu'illusoire vu qu'elle suivait de son plein gré le sillage d'un homme qui devra se battre dans les prochains jours pour réaffirmer sa place et son autorité.

Une fois qu'il eut quitté sa chaise, il sentit l'épuisement le gagner. Son corps appelait à se reposer. Tellement de choses s'étaient produites en si peu de temps qu'il ne pourrait guère lutter à repousser ses propres frontières. Peut-être qu'il se rappellera d'avoir eu Runa dans ses bras puissants, pour trouver le plaisir simple d'un côté chaleureux et féminin contre lui, pour ne penser plus à rien d'autres qu'à elle et rien qu'à elle. Peut-être qu'à son réveil du lendemain se rappellera qu'à peine allongé dans son lit, le sommeil l'aura pris en traître.....


Estenir avait de son côté, toujours en gardant sa forme humaine au cas où, donner une part impérial à la jeune Reine, attendant qu'elle se nourrisse en premier ; autant par politesse que par respect (même si elle avait été houspillante à son égard). Il attendit le bon moment pour lui demander une simple question :

°Tu t'es tendue tout à l'heure avant que la servante n'arrive. Est-ce son arrivée qui t'a perturbée ? °



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MessagePosté le: Lun 28 Mar 2016 - 00:05 Répondre en citantRevenir en haut

La dragonne Incarnate émit un grondement si puissant du haut de sa taille adolescente que les murs de roche taillée du weyr seigneurial semblèrent frémir. Elle ne toléra pas la remontrance d'Estenir et elle tint à lui faire savoir. Elle n'avait cure de son âge, de sa réputation ou de son rang : elle lui était supérieure. Elle était supérieure à tous les dragons de ce Kaerl. Malgré l'inaptitude de ses yeux à voir, elle asséna à l'Empereur Noir une oeillade assassine de toute la froideur de ses orbes d'un ivoire sinistre. Un éclat furieux y dansa, fantomatique, foulant de ses pas la neige de ses iris voilés, et sa voix s'éleva dans l'esprit du Noir avec dureté tant elle rugit :

** Tais-toi ! Tu oses me menacer, m'imposer ta sagesse, me dire de tenir ma place et de contrôler ma liée ? Rappelle toi de celle à qui tu t'adresses, frère, et estime-toi heureux que je ne sois encore qu'une jeune dragonne..
Quiconque attentera à la vie de ma liée en payera le prix. Que cela soit dit haut et fort, et prends en bonne note, car ta place ne t'exemptera pas d'être puni toi aussi. Je sais tout, j'ai tout lu en son âme. Je sais ce qu'il c'est passé ce soir où tout à basculé. Et ça ne t'excuse en rien de la façon dont tu as agis. Tu as été bien plus aveugle que je ne le suis. Contrairement à toi, je ne me laisserai jamais mener au pied du mur comme toi tu t'es laissé acculer, je n'aurai jamais à prendre de décisions aussi inconscientes que les tiennes.
Respecte l'animosité formelle que te tient ma Soeur, jamais je n'aurais eu son indulgence. **


Un silence glacial succéda à ses paroles, bien qu'elle bouillait de l'inonder encore de son venin. Sarzeghnet s'exprimait rarement, mais lorsqu'elle prenait la peine de donner son avis, il valait mieux être bien accroché car sa langue d'une franchise brutale avait de quoi briser le diamant le plus pur. Et Estenir en faisait les frais.
Une étrange froideur émanait continuellement d'elle. Nulle chaleur autre que celle de la teinte sanglante de ses écailles ne parvenait à rayonner de la jeune dragonne. Elle dégageait ce quelque chose de.. dérangeant, d'aigre, d'agressif et de sévère à la fois, et elle ne semblait craindre rien ni personne, pas même les dieux.
La Reine ferma son esprit à l'Empereur Noir, l'espace de quelque minutes, refusant tout dialogue avec ce dragon que son coeur pulsait de déchiqueter.

Runa perçut la colère de sa liée et la tension qui naquit entre les deux dragons mais s'efforça de ne pas s'en mêler. Leur lien était puissant et étroit tant elles étaient le reflet l'une de l'autre. Aussi comprit-elle que son âme-soeur avait besoin d'être oubliée et seule pour digérer sa fureur et évacuer, enfin, le surplus de promiscuité qu'imposa le sauvetage du Seigneur. Sarzeghnet était d'une nature bien trop solitaire pour supporter davantage de proximité avec ce confrère dragon de-qui elle ne partageait absolument rien. Ce fut donc sous l'approbation muette de Runa que l'Incarnate alla se percher sur le balcon du weyr, amère.

L'Humain rétorqua, avec une très grande justesse, aux petites piques badines de la Fëalocë. Elle ne l'avouerait pas mais il l'avait bel et bien prise au piège, à son propre jeu. Loin d'en être courroucée, plutôt amusée à tout avouer, Runa réfléchit à une façon d'alimenter la flamme de leurs échanges pour retourner la situation en sa faveur. Tout était toujours question de savoir qui aurait le dernier mot, et ce depuis le jour de leur rencontre. Mais alors qu'elle s'apprêtait à lui répondre, un franc et large sourire naquit sur son visage à l'entente de l'assurance qu'il vantait de pouvoir la.. satisfaire. Malgré son épuisement et sa faiblesse physique, il ne rechignait pas à sacrifier ses dernières ressources au fruit de quelques ébats prometteurs, aux vues des précédents. Et on s'étonnait encore de voir que le Seigneur avait semé sa descendance dans tout Rhaëg.. Rien de bien étonnant avec pareille ferveur !
Flattée par sa proposition, Runa en venait presque à souffrir de devoir la décliner. Il fallait dire qu'ils s'étaient assez contenus pour ne plus avoir aujourd'hui à refouler leurs désirs. Malheureusement pour les deux amants, l'heure n'était pas vraiment à un tel gaspillage d'énergie. Pour une fois, ils s'évertuèrent à faire preuve de raison, même si l'Humain ne cachait pas sa profonde frustration quant à leur instant de passion écourté. Aussi Runa, frustrée à son tour, en vint à seulement se blottir innocemment contre Alauwyr. D'humeur pourtant joueuse, ses doigts fins s'aventurèrent à vouloir effleurer ses hanches pour le chatouiller lorsque subitement, elle se raidit en miroir à une Sarzeghnet à l'arrêt. Aussitôt, Alauwyr dégaina son kriss et se tint prêt à essuyer une approche malvenue et hostile. Les yeux morts de la jeune Incarnate scrutaient la lourde porte d'entrée du weyr du haut de sa redoutable gueule aux crocs en poignards, prêts à faire couler le sang.

Le visage pâle d'une jeune fille terrorisée apparut dans l'entrebâillement de la porte. Son passage fut plus que bref tant elle déguerpit, ses jambes alimentées par la peur à la vue du portrait qui s'offrit à elle. Il fallait dire que la seule vision d'Estenir et Sarzeghnet, prêts à bondir, le regard braqué sur l'intruse et l'éclat luisant de leurs crocs pour unique sympathie avait de quoi calmer les cœurs les plus hardis.
Ils se détendirent, tous, une fois qu'elle fut partie.
Runa suivit avec méfiance la silhouette humanoïde d'Estenir qui s'en alla recueillir les victuailles apportées par la jeune sans-Don, sur ordre d'Esthen. - Décidemment, cet homme ne cessait de monter dans l'estime de la Fëalocë. -

Alors qu'elle voulut se relever pour venir en aide à son cher et tendre, sans prévenir, Alauwyr la tint contre elle tout en s'appuyant contre le mur de manière à se mettre debout. Il peina et ne put s'en cacher, confirmant les dires de Runa quant à son incapacité à pouvoir.. vous savez.
L'heure était maintenant au repos réparateur.

De la nourriture. Un vrai repas. Plus de bouillons de racines, de poisson boucané ou de viande faisandée. L'odeur qui émanait des plats éconduis par le Maître-Guérisseur éveilla également l'appétit de la jeune femme et son estomac gargouilla en guise de manifestation ravie. Depuis combien de temps n'avaient-ils pas mangé quelque chose de savoureux, de bon et consistant ? Des semaines.. Quand il était question de se nourrir, tout le monde se retrouvait d'accord.
Runa ne tarda pas à prendre place à table en compagnie d'Alauwyr et le calme régna le temps où ils se sustentèrent, sans abus. A la vue de la grimace de dégoût qu'émit l'Humain en flairant l'infusion de plantes médicinales, Runa se moqua gentiment. Il fallait dire qu'elle était la première à avoir espéré un vin liquoreux ou un hydromel bien sucré pour réveiller son palais blessé par leur alimentation médiocre au cours de leur cavale. Après tout, elle restait une princesse aux goûts raffinés..

Avalant une gorgée d'eau, elle croisa au dessus de sa coupe le regard du Seigneur posé sur elle. Le passage furtif d'une pointe de timidité traversa son visage ; elle baissa les yeux en souriant avec une candeur qu'on ne lui connaissait plus depuis l'enfance, depuis son mariage forcé avec l'Emir d'Arsuh. La Furie de feu dévastatrice, si ardente, si terrible, offrait là d'elle le portrait d'une jeune fille banale, simplement éprise de profonds affects. Plutôt risible, selon certains membres du Màr, imaginait-elle, mais qu'importait.

Lorsqu'Estenir apporta, presque en offrande, une belle part de viande à Sarzeghnet, cette dernière rechigna violemment à l'accepter. Outre le fait qu'elle préférait chasser elle-même sa nourriture, c'était une façon de se "soumettre" au Noir, à ses yeux. Mais la faim était plus forte et elle n'était en mesure d'aller cueillir une proie de son propre-chef. Son estomac, soudoyé par l'odeur de l'appât et la promesse de calmer son douloureux appétit, prit le pas sur sa fierté. A contre-coeur elle saisit avidement la carcasse pour la traîner dans l'ombre du weyr, plus loin que le duo de bipèdes et que son frère. Des ténèbres où elle se tapit ne s'éleva plus alors que le funeste craquement des os qui se brisaient sous la puissance de sa mâchoire. Celui qui interromprait son repas en subirait très certainement les conséquences..

Alauwyr se leva, repu mais chancelant de fatigue. Il enlaça sa dulcinée avant de rejoindre le lit et de s'y allonger, pour sombrer dans les affres du sommeil presque immédiatement. Runa ne le rejoignit pas tout de suite, car elle avait enfin quartier libre pour exécuter ce qu'elle avait planifié.
De sa besace elle extraya plantes, poudres, divers ingrédients et grimoire. Connaissant ce dernier sur le bout des doigts, elle l'ouvrit à la page juste et se rendit jusqu'au brasero froid que Sarzeghnet réveilla d'un souffle bref et précis. Elle jeta aux flammes draconiques des bouquets de plantes aux vertus protectrices, qui embaumèrent le weyr d'un doux parfum de sauge, de genièvre et d'aneth en volutes d'une fumée immaculée. D'entre ses lèvres s'élevèrent quelques murmures formulés en une langue interdite : le Valheru. Qui pouvait dire si Estenir l'entendrait ? Ou s'il reconnaîtrait ce dialecte mort depuis des siècles ?
La Fëalocë psalmodiait doucement, parcourant les appartements seigneuriaux en agitant quelques gerbes de plantes qui se consumaient lentement, bénissant les lieux. Elle déposa dans le feu quelques morceaux d'écorces aux odeurs boisées et puissantes, chassant ainsi le mal et l'empêchant d'entrer. Quelques gouttes d'huiles à la robe claire s'échouèrent à leur tour dans le brasero, répandant un léger arôme de millefeuille et de valériane. Et pour terminer son rituel, afin de conclure son engagement, elle s'entailla la paume de quelques centimètres à peine, sacrifiant ainsi quelques uns des rubis de son sang si précieux. Lorsque les perles vermeilles rencontrèrent les flammes, celles ci s'embrasèrent comme des étincelles, comme réunies avec leurs soeurs depuis trop longtemps séparées. La Fëalocë ne comprenait pas encore toute la majesté qu'offrait sa magie, elle n'était encore que celle dont les illusions pouvaient prendre vie par une simple offrande plus palpable.

Ses yeux ambrés parcoururent les runes retranscrites à l'encre passée alors qu'elle en récitait les dernières lignes, sans la moindre faute. Tant qu'elle serait en vie, rien ne pourrait porter atteinte au Seigneur dans son weyr, mais elle ne pouvait présumer de rien une fois qu'il aurait passé le pas de la porte.

- Ainsi soit-il.

Elle rangea soigneusement ce qui lui permit de faire son office pour finalement rejoindre les bras de son amant. Elle accorda un coup d'oeil rassurant à sa plaie avant de céder, à son tour, à la terrassante fatigue. Runa déposa un chaste baiser sur la joue d'Alauwyr, comme une maigre incitation à trouver le repos en vue des démons qu'il aurait à affronter dès demain. Puis la lionne se lova délicatement contre son cher et tendre, féline, et se colla à lui de manière à être la plus proche possible pour mieux partager leur chaleur respective. Sous le crépuscule de cette tendre accalmie, le sablier s'écoulait pourtant : dans quelques heures, Alauwyr aurait tout un Kaerl en face de lui et nombreux promettaient d'être les ennemis.

Une fois sa liée endormie, rassasiée, la dragonne Incarnate rompit le silence une nouvelle fois pour répondre à celui qu'elle avait remis à sa place. Son ton se fit moins dur et elle s'exprima en donnant l'impression de détenir les clefs de l'avenir, tel un oracle.

** Je ressens de la malveillance à l'encontre de ton bipède. Je ressens de la colère. Son retour n'est presque plus un secret et en cela je me méfie de quiconque approchera de ce weyr. Qui sait si cette servante n'était pas une pâle caricature d'espionne ? Qui sait s'il n'y avait pas de poison dans cette nourriture ? Qui sait si les assassins ne sont pas déjà en route ? Qui sait s'ils verront l'aube ? Ma maudite liée s'étant entichée du tien, je n'ai d'autre choix que les protéger tous les deux. Alors je flaire, j'écoute, je pressens les vibrations dans l'air, le sol et les murs. Ma malédiction n'est pas d'être privée de la vue, ma malédiction est de tout percevoir bien que je sois entourée du néant absolu. **

De toute sa prestance de Reine, Sarzeghnet s'assit, droite et fière, et elle paraissait fixer Estenir comme si elle en sondait la quintessence. Elle se tenait entre la porte et le lit où était étendu le couple enlacé, gardienne acharnée et impitoyable.

** Repose toi, il aura besoin de ton soutien et de ta force pour affronter ce qui l'attend. N'aie crainte, je veille. Celui qui passera le pas de cette porte sans y avoir été invité ne verra par le jour se lever et subira mon courroux. **

Et oui, ainsi fut-il.



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MessagePosté le: Dim 3 Avr 2016 - 06:38 Répondre en citantRevenir en haut

Adossé contre un mur proche de son propre weyr et toujours sous sa forme humanoïde, le dragon cendré ne quittait pas des yeux la jeune chevalière, épiant le moindre de ses gestes. Les bras qu'il tenait croisé sur sa poitrine, il l'observait dans son petit manège, se demandant ce qu'elle préparait encore. Sa méfiance était toujours présente à son égard même si moins vive depuis leur retour de Qahra et de Ssyl'Sahr. Mais il n'omettait pas ses capacités d'empoisonneuse. Après tout, n'était-ce pas à cause d'elle qu'il avait du agir sur l'esprit de son lié pour effacer un passage qui aurait détruit leur lien à tout jamais ? La perte totale de la confiance que lui vouait Alauwyr avait été déchirant, même s'il n'avait pas duré. Même après que l'humain ait ''découvert'' l'action de son propre lié sur son esprit. Alauwyr avait su lui pardonner. Et maintenant....

Un sourcil noir s'était dressé quand Runa alla plus loin dans son rituel, usant d'une langue qui réveilla quelques très lointains souvenirs draconiques dans l'âme d'Estenir. Son nez se fronça quand les odeurs végétales passées par les flammes du brasero l'atteignirent. Il tendit son attention vers son lié. L'humain dormait si profondément qu'il ne paraissait nullement accommodé par les effluves qui envahissaient doucement le weyr. Puis quand Runa se déplaça à des endroits précis des lieux, le regard sombre du dragon sous forme humaine ne fut pas une seule fois coupé par un battement de paupière. Jusqu'à ce qu'elle s'entaille la main au dessus du brasero. Il ne put s'empêcher de serrer des dents. Cela se vit à la crispation musculaire de ses mâchoires. Elle usait d'une certaine forme de magie sans avoir préalablement demandé l'autorisation à lui à son lié. Une sorte de bravade qu'il retiendrait.

Il ne laissa aller aucune pensée mentale. Aucune. Jusqu'à ce que Runa vienne se lover contre son lié endormi et qu'elle finisse par le rejoindre dans le monde de Tel'aran'rhiod. Il restait encore adossé contre son mur le temps de s'assurer que tout restait serein, qu'Alauwyr dormait toujours paisiblement, au rythme d'une respiration lente et sereine. Ce qu'avait fait Runa, Estenir avait une vague idée, mais n'étant sûr de rien, il s'assurait que rien ne se passait de fâcheux pour l'humain. Et comme tout restait dans la normalité des choses, il put se permettre une petite détente en reprenant sa forme draconique.

Quand il prit une posture assise tout aussi digne que lui permettait son immensité de dragon noir, il sentit la présence de l'Incarnate le pénétrer. Déjà ses deux orbes verdoyants s'étaient posés sur la petite Reine, bien frêle en comparaison de l'immense cendré qui la fixait. Elle venait de lui répondre à sa petite question posée toute à l'heure et déjà elle se proposait de jouer les gardiennes, lui intimant de se reposer. Lui un Empereur noir se reposer pendant que ce serait elle qui veillerait ? Elle avait décidément la véritable assurance des Incarnates de sa lignée. Avant même qu'il ne puisse répondre, la dragonelle s'était déjà positionnée entre la porte et le lit des deux endormis. Le cendré ne pouvait prétendre à cette place, sauf sous sa forme de bipède.

°Esthen Frâlan est sans doute un des bipèdes les plus viables qu'on puisse trouver au sein de notre Kaerl. Il n'est pas dénué d'intelligence et aura veillé à choisir cette servante pour sa discrétion. Il est certain que notre retour n'aura pas manqué de se savoir. Rien que ma grande présence et la couleur cendrée de mes écailles suffisent à dévoiler qui je suis. Point besoin de frôler mon esprit. Et comme un dragon revenant au Kaerl est toujours avec son lié dans la majorité des cas. J'espère que cela empêchera certains membres des Sangs de trouver le sommeil quand ils apprendront le retour de leur Seigneur. Cette malveillance que tu ressens, que tu perçois, c'est celle de tous ces êtres animés de cette soif intarissable de pouvoir, qu'ils fermentent en eux depuis des années et qu'ils prennent garder de garder dans la noirceur de leur âme pour guetter le bon moment pour frapper. Le retour d'Alauwyr risque de compromettre leurs divers plans et c'est là que mon lié devra faire attention au moindre de ses mots°

Qui sait ce que les Sangs réclameraient à l'encontre d'Alauwyr. Si l'humain n'arrivait pas à redorer sa place, il pourrait très bien se retrouver destituer par décision unanime du Concile... Sauf si un adversaire le défiait dans les Sables. Là rude sera l'affrontement, car l'Ardent était loin d'avoir tout son potentiel combattif.

POur répondre aux ''attentes exigeantes'' de la petite rouge, Estenir s'allongea dans son weyr, les yeux ouverts. Il veillerait lui aussi et à sa manière, quoi qu'en dise la liée de Runa. Son lié était le sien et lui seul pouvait décidé du moment à se reposer.

Ainsi fut-il.


L'aube ne prenait pas encore vie sur l'horizon qu'Alauwyr ouvrit les yeux. Sentant une présence chaleureuse à ses côtés, il n'eut qu'à tourner ses yeux pour voir la délicate silhouette endormi de la princesse ssyl'ssharienne lovée tout contre lui. Un bref instant, il se demandait s'il n'était pas en train de rêver. Sentir la chaleur de son corps contre le sien lui confirma qu'il vivait bien la réalité. Il passa le plus doucement possible une main sur la peau douce qui couvrait la joue délicate de la Fëalocë, repoussant là même une mèche qui lui barrait la beauté de son visage endormi. Puis doucement, veillant à ne pas l'éveiller, il quitta son lit, ravalant une grimace à son flanc qui le tiraillait. Une odeur froide et douceâtre envahissait encore l'air de ses appartements. Ses sourcils froncèrent un bref instant, avant de croiser les deux diamants verts qui illuminaient le visage écailleux de son lié éveillé. Estenir ne prononça aucune pensée. Après des années de partage du Don, les deux liés pouvaient se passer de certaines conversations pour se comprendre mutuellement.

°Peux-tu préparer quelque chose pour emplir nos estomacs sur ce qui reste de la nourriture d'hier ? °
°Je puis le faire. Je présume que tu vas rapidement te préparer pour être au Malhama aux premières lueurs du soleil ? °
°Je ne vais pas offrir le privilège d'être là aux aurores. Je ne doute pas que certains seront déjà là au lever du soleil. Ils attendront. Je reste le Seigneur après tout. D'abord je vais prendre un bain. Autant rester le plus détendu possible après le saut du lit...°


Sur ces derniers pensées émises, il se dirigea vers la salle d'eau qui complétait ses appartements et quand Runa se réveillera, il sera déjà dans l'eau, la vapeur s'égayant autour de lui. Son regard paraissait songeur, comme s'il réfléchissait déjà à ce qu'il l'attendait très prochainement...



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MessagePosté le: Dim 3 Avr 2016 - 14:48 Répondre en citantRevenir en haut



Une aube muette et douce s'empara peu à peu des cieux, chassant d'une caresse d'un cuivre pastel les ténèbres de la nuit étiolée. L'aurore couvait Tol Orëa avec tendresse, annonciatrice d'une splendide journée malgré la paresse grandissante de Solyae à partager sa lumière et sa chaleur en ces débuts d'automne. Malgré tout, l'air était tiède et la toile tendue par delà les nuages formée par le ciel revêtait, une fois de plus, une robe d'un bleu azurin sans défaut. Tout semblait aller en la faveur d'un bel avenir, loin des tumultes du passé, loin de Drazahir et de sa cruauté, loin des erreurs des uns et des autres. Mais au Màr Tàralöm, au delà de cette paisible harmonie, s'agitait une mer moins encline à garder lisse son onde. Déjà s'élevaient les rumeurs du renouveau d'un règne ou de sa fin, et les dieux seuls détenaient les dés qui détermineraient l'issue de ce jour.

Pourtant, dans les appartements du principal concerné, le calme régnait encore. Lentement, les ombres du weyr rampèrent sur les murs de pierre taillée et les dalles gravées du sol, regagnant les confins de leur antre de néant et d'onyx. Tels des spectres, elles fuyaient l'ardeur d'un soleil grenat et sa fatale morsure, leur échappant à chaque fois de justesse, vouées à se traquer l'un et l'autre pour l'éternité. Et toute la poésie de cette métaphore illustrait d'un même accord la subtilité du couple qui avait regagné le Kaerl depuis quelques heures maintenant.
Un frêle et assoupi baiser de clarté vint embrasser le visage de la princesse déchue du Ssyl'Shar. Elle s'agita paresseusement en réponse, à peine dérangée par les faibles lueurs du matin naissant, se mouvant dans les draps de soie pour tenter de voler quelques instants supplémentaires de répit à Aran Rhiod. Elle bruissa seulement de quelques soupirs étouffés par le linceul duquel elle était recouverte avant d'ouvrir les paupières avec délicatesse et de chercher d'un regard mi-clos une preuve qu'elle était bel et bien réveillée. Quand bien même elle s'était éclipsée pour confier son rôle de gardienne à son frère, Sarzeghnet effleura au lointain son esprit comme une évidence, sans prononcer un seul mot. La vision d'un Estenir assis de toute sa prestance d'Empereur Noir ne fit qu'affirmer davantage qu'elle avait quitté les affres évanescents de la rêverie tant elle s'estimait incapable d'en faire un phantasme.

Runa se rappela alors de la veille. Leur retour avait marqué la fin d'une escapade qui avait eu des allures d'exil, et s'ils partirent en nourrissant de la haine l'un envers l'autre, ils revinrent unis. Une esquisse de sourire étira ses lèvres encore endormies, aussitôt contrainte de fuir lorsqu'elle repensa aux paroles acerbes et menaçantes de Seregon. Elle s'efforça de ne pas gâcher son réveil par de telles nuisances et inspira profondément pour emplir ses poumons d'un air renouvelé. Il flottait encore dans les quartiers du Seigneur Ardent des effluves de sauge et de cèdre qui embaumaient les lieux de leurs vertus protectrices et purificatrices, comme tenant leurs promesses et exécutant leur devoir.
Runa roula sur le dos avec nonchalance, étalant la rivière de sang et de feu de sa chevelure sur le couchage. Elle dégusta tout le confort et la suavité qu'offrait le lit quand elle n'avait fait que dormir à même le sol ces dernières semaines. La princesse en elle en venait à se demander comment elle avait bien pu survivre dans la jungle et le désert profond, coupée de toute société, bien loin de son train de vie habituel..
Une de ses mains se perdit plutôt à chercher la présence de son amant, caressant la couche à tâtons pour ne finalement trouver que la tiédeur passée de son absence plus ou moins récente. L'espace du seconde, elle craignit qu'il ne fusse déjà parti pour le Mahalma ou la Fosse sans l'avoir prévenue, et son coeur rata un battement. Elle se redressa brusquement pour se lever, mais fut rassurée par la présence d'un Estenir qui n'avait pas quitté sa place et du tintement cristallin et épars de l'eau dans la salle des bains du weyr.

La Fëalocë s'étira de tout son long en baillant, le teint d'albâtre de sa peau ébloui par un rayon de soleil vigoureux alors qu'elle posa un à un ses pieds sur le sol en s'asseyant au bord du lit. Elle hésita plusieurs minutes à rejoindre Alauwyr tant elle imaginait qu'il était possiblement en quête d'un moment de solitude. Après tout ce qu'il avait subi et vécu, il n'y aurait rien eu de plus naturel, au delà du simple fait qu'il avait mué pour dévoiler un homme très différent. Après tout, il passait du tout au tout : d'une vie d'être froid, isolé et délesté de tout affect il se retrouvait avec une jeune femme débordante de vie et d'ardeurs dévorantes, affamée de tout consumer et lui le premier.
Runa se leva sans grand entrain, tiraillée entre le fait de l'abandonner en ce jour fatidique et d'épuiser la maigre énergie qu'il économisait en prévision des épreuves qui l'attendaient. Mais son coeur parla avant sa raison.

La furie ignora superbement l'Empereur couleur de cendre, n'ayant cure de ce qu'il penserait et dirait d'elle ou de ce qu'elle fit pendant le sommeil de son lié.
Elle rassembla négligemment ses quelques affaires personnelles et se rhabilla sans grand soin. Elle s'obligea à paraître tout au plus correcte au moins le temps de regagner son propre weyr pour à son tour prendre ses ablutions et revêtir une parure digne de son rang et de sa beauté, comme elle se plaisait à le dire. Pourtant, une personne faisant fi des apparences ne pourrait manquer l'inconditionnel éclat princier qui émanait de son maintient malgré son accoutrement masculin, ni la finesse des traits de son visage voilé d'une accumulation de fatigue qui ne s'estomperait pas avant quelques temps. Runa restait Runa, qu'importait le sang ou la boue qui maculait son corps aux courbes divines.
La Fëalocë se promit de ne pas s'attarder malgré son aveugle désir de ne pas quitter celui qu'elle aimait, et elle poussa finalement la porte de la salle des bains pour étreindre une dernière fois son Seigneur. Car s'il avait jusqu'alors été invaincu sur le champ de bataille, le Maître Noir aurait à affronter des démons bien plus coriaces que ceux qu'il avait occis par le passé. Et pire encore, son état de santé inquiétait celle qui fut son aspirante, elle qui craignait de le voir être défait par un adversaire en meilleure condition que lui..

Runa pénétra alors le voile éthéré de vapeur chaude qui émanait du bain d'Alauwyr, sous l'emprise d'une peur de le perdre qu'elle n'avouerait jamais et celle de, peut-être, le tenir contre elle pour la dernière fois. Elle reflétait cette forme de nostalgie qu'avait une épouse en voyant partir son aimé vers le combat, sans avoir la certitude qu'il reviendrait un jour.
Lorsque la brume étouffante des ablutions se leva, elle le distingua enfin, noyé d'une profonde réflexion trahie par son regard attaché au vide. Sans le moins du monde chercher à le surprendre, elle apparut à ses yeux en le dardant des siens, d'ambre et de miel, suppliant presque qu'il reste ici. Elle vint s'asseoir au bord du creuset où se détendait Alauwyr, à son opposé pour lui faire face. Sa voix s'éleva sans qu'elle ne tenta ne serait-ce que faire semblant de croire à ses propres propos. L'insatiable vipère rouge redoutait ce moment.

- Bonjour, soleil de mes nuits.. J'espère que tu as bien dormi et que je n'ai pas importuné ton repos.

Elle lui offrit un sourire sans assurance et détourna le regard pour ne pas croiser le sien, comme craignant de s'y perdre une fois encore. Elle prit également soin d'éviter la plaie que l'eau claire dissimulait difficilement.

- Je vois que tu te prépares.. Je.. Je vais te laisser. Tu m'apercevras au Mahalma, ou la Fosse si on t'y défie.

Runa se releva à contre-coeur, son âme toute entière battant de l'enlacer de toutes ses forces. Mais elle s'apprêtait à partir, comme formulant des adieux..



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MessagePosté le: Ven 8 Avr 2016 - 19:13 Répondre en citantRevenir en haut

Telle une nymphe sortant du brouillard matinales des profondes forêts, Runa apparut doucement à travers le rideau des vapeurs des bains, forme au début éthérée qui prit consistance. Son approche silencieuse ne surprit point le Seigneur, qui n'eut qu'à tourner légèrement la tête dans sa direction pour la contempler de toute sa rougeoyante beauté qui cascadait de sa chevelure de feu.

Même vêtue sobrement, tout n'était que radiance de splendeur en elle. Enveloppée par moment de bruine, qui retombait tout autour d'elle, l'effleurant à peine, elle affichait l'apparence d'une jeune femme presque effrayée de l'avenir tout proche qui se présentait déjà à la porte de l'existence du Seigneur. Un étrange éclat luisait au fond de son regard ambré, d'ordinaire si intense de vie et de forts tumultes émotionnels. Une certaine crainte s'affichait donc dans ses yeux. Alauwyr, totalement tiré de ses songes, cherchait à en définir le sens. Il n'eut pas à réfléchir bien longtemps : Runa redoutait qu'elle ne le voie là pour la dernière fois. Il aurait pu sourire d'une telle marque à son égard, mais parfaitement conscience de l'épreuve prochaine qui le guettait déjà, il garda son air détaché et sérieux à la fois, préférant se noyer dans la contemplation de la jeune chevalière rouge.

Elle le rejoignit après l'avoir salué, d'un sourire trop timide pour qu'il soit sincère à son visage. Elle lui faisait face. Redoutait-elle vraiment de succomber à de possibles désirs d'être contre lui, de retrouver ses bras protecteurs ? Craignait-elle de pas réussir à se détacher de lui alors qu'il se préparait à vivre une journée décisif pour son avenir ? Leur avenir même. Elle détourna même son regard, ce qui conforta les doutes du Maître Noir sur ce qu'elle ressentait sur l'instant. Il n'avait encore souffler aucun mot, détail que Runa prit peut-être comme important car elle se releva déjà, balbutiant presque ses mots.

Elle n'eut pas le temps de totalement se redresser qu'une main rugueuse entoura son poignet délicat. Les bains n'étaient pas bien grand et l'humain n'avait eu qu'à se tendre en avant pour étendre son bras et attraper cette brise désertique venue à lui et qui tentait de se sauver loin de lui. Elle craignait tellement pour lui qu'elle voulait continuer à le laisser seul.

Ses yeux noirs ne se détachaient pas de cette vaporeuse jeune femme qui il n'y a pas si longtemps que cela, l'avait provoqué et tenté même de le dominer quitte à l'abattre. D'un sourire à la limite de la prédation, il la retenait toujours de sa main et se rapprocha doucement, laissant l'eau couler autour du bas de sa poitrine. Un léger clapotis brisait à peine le silence humide qui les enveloppait.

''Ta présence ne m'importune aucunement, comme elle ne m'a point embêter durant cette nuit. A peine arrivée que tu cherches à te sauver déjà... dis-moi...''

Il s'était rapproché du bord où elle s'était brièvement installée avant de se remettre debout dans le but de laisser Alauwyr seul à sa méditation. Sa main enserrait toujours le poignet gracile de la Fëalocë. Sa tête levée vers la sienne, ses yeux noirs s'abîmant dans sa mer ambrée et apeurée.

''Redoutes-tu tellement le jeu du Destin à mon égard ? Il est étrange de voir la peur te saisir avec une telle intensité...''

Runa avait de quoi s'inquiéter, il le savait. Il était loin d'avoir la forme totale pour affronter un possible duelliste sur les sables de la Fosse et sera éprouvante cette journée que ses opposants useront de toutes les tactiques officielles et possibles à son égard pour le décourager de reprendre ce qui lui revenait de droit. Si défi il y avait, Seregon ne pourra pas intervenir comme la dernière fois. Le combat sera réellement à la résultante mortelle. Un vaincu et un vainqueur.

''Je pourrai dire qu'il est naturel d'avoir peur de l'inconnu, plus encore quand on sait ce qui est en jeu, a défaut de ma propre vie...''

Doucement, il tira Runa vers lui, lui imposant en douceur de se baisser pour que son doux visage à la senteur sableuse et si attirante soit à hauteur du sien. Son autre main vint se poser sur la peau fine et douce de sa joue, la caressant le plus sereinement possible. Comme pour la rassurer.

''Ce ne sera pas en ce jour que je tomberai. Et il est encore loin à venir celui marquera ma chute. Très loin. Que ton coeur se rassérène... Que ce soit au Malhama ou dans la fosse, je ne rendrai pas l'âme. Peut-être que je ne serai que faiblesse aux yeux de la plupart de mes ennemis, mais ils sont loin de se douter de la hardiesse qui brûle dans mon esprit....''

Son visage s'était rapproché du sien, au point de ne voir plus que la mer ambrée tourmentée de ses yeux. Il s'y noierait volontiers.

''Le Chevaucheur de démon est loin de s'avouer vaincu...''


Il libéra le poignet de la jeune femme pour poser la main qui l'enserrait sur l'autre moitié de son doux et malheureusement inquiet de Runa. Sans rien lui demander, il envoya ses lèvres à la rencontre des siennes, cherchant ainsi leur douceur comme leur saveur inégalable



Runa Salv
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MessagePosté le: Lun 11 Avr 2016 - 23:21 Répondre en citantRevenir en haut


* Retiens-moi. * Avait-elle soufflé sans prononcer un mot, à mi-chemin entre l'ordre et la supplique.

A l'instant même où elle avait commencé à lui tourner le dos, son coeur s'était pincé, alourdi et mordu de flammes pourtant plus douces qu'à l'accoutumée, bien loin de son enclin à n'avoir de cesse de quérir vengeance et rage. Mais la petite fille s'était blottie dans la grande, cherchant réconfort et affection. Peu à peu, la furie se faisait à l'idée qu'il n'était pas dommageable d'éprouver des affects, même si quelque part elle en subissait les frais à l'instant même. Si elle avait obéi à ses principes de ne se lier à personne autrement que pour répondre à ses ambitions personnelles, elle n'en n'aurait pas été là, à se mordre l'intérieur de la joue pour se retenir de montrer sa perdition.
Comme l'Ironie même, Runa en venait à s'efforcer de fuir celui qu'elle aurait été prête à tuer pour le garder. Les rôles s'étaient inversés, sans prévenir, avec autant de morale qu'un conte pour enfants. Enfin la Fëalocë comprenait-elle toute la profondeur de la froideur passée de l'Humain, et toutes les raisons qui le poussèrent à la rejeter pour ne pas avoir à en souffrir. Mais la jeune femme n'était en rien taillée pour pareils efforts de s'isoler, elle qui avait grandi pour être admirée et acclamée de la plèbe et sans qui elle n'aurait été rien de plus qu'une femme parmi tant d'autres.

Elle n'eut donc pas le temps de prendre la fuite, et une part de soulagement l'étouffa presque lorsqu'il la retint de sa forte poigne virile pourtant dénuée de toute intention de nuire. En s'approchant d'elle, l'Humain souleva avec lui les volutes d'une vapeur chaude et évanescente soutenues du tintement de l'eau mouvante, conférant à la scène ce quelque chose de mystique et poétique à la fois. Ce fut sans peine que le prédateur harponna sa sirène, et cette dernière n'allait pas se débattre, loin de là. Pourtant, inconsciemment, sa Raison lui dictait de ne pas céder et de résister. Mais au moment où s'éleva la voix profonde et ferme d'Alauwyr, soulignée de son inconditionnel cynisme sifflant entre les dents serrées de son rictus provocateur, elle baissa les armes et se rendit.

Ses orbes d'or en ébullition s'encrèrent dans la mer d'onyx de son amant alors qu'elle était au dessus de lui, inclinant son visage vers le sien pour en dévorer les traits. Elle sentait la pulpe de chacun des doigts abimés du Maître Noir enserrer la peau de soie de son poignet si fin, presque adolescent, comme ravie qu'il la contraigne à rester là, retardant un peu plus l'instant du départ.
Alors qu'elle s'apprêtait à lui répondre, le couvant d'un regard partagé entre la détermination qu'il était capable de mettre le monde à ses pieds et sa prière désespérée à ce qu'il n'aille pas affronter la horde qui brûlait de le défaire, elle le laissa poursuivre. Pas une seconde elle ne détourna les yeux, impunément noyée dans les vagues obsidiennes que conféraient ses iris d'ébène pourtant pleines de vie à qui savait y lire.
Le Seigneur parla en toute connaissance de cause, admettant avec facilité - et assez étonnamment - la fatalité de ce qui l'attendait, là bas, au Mahalma et à la Fosse. Néanmoins, avant de continuer, il attira sa compagne vers lui, l'incitant à se baisser et à rapprocher son visage du sien par ce fait. Et sans prévenir, avec une infinie douceur, il effleura sa joue de sa main libre, comme bienveillant, avant de ponctuer son discours de paroles bien plus engagées à vaincre.

- Le Chevaucheur de démon est loin de s'avouer vaincu..

Un sourire franc égaya le visage de Runa qui ferma finalement les paupières en appuyant sa joue contre la main de celui qui était sien. Elle vibra d'un élan nouveau à ses propos, retrouvant là l'homme de-qui elle s'était éprise, ce même homme qui avait fait son apparition dans la sorgue du désert, une demi-année plus tôt, pour l'arracher aux griffes d'une mort certaine. Elle espérait bien qu'il ne s'avouerait jamais vaincu, quoi qu'en disent les oracles et les dieux eux-mêmes.
Lorsqu'il lâcha son poignet pour mieux saisir le visage de la jeune femme afin de lui offrir le témoignage de son attachement, Runa s'abandonna à corps perdu à ce dernier baiser, apposant ses petites mains délicates sur celles de l'Humain, grandes de près de deux fois les siennes. Une fois de plus, elle lui accorda l'offrande de la douceur de sa bouche, promesse alliant la suavité du miel et la fougue d'arômes plus épicés.
Les secondes s'écoulèrent et semblèrent durer des heures, loin des regards desquels ils devraient se cacher et feindre des liens bien moins accorts.
Leurs lèvres tardèrent à se séparer, étourdies par la crainte d'une échéance trop longue jusqu'à leur prochaine rencontre. La Fëalocë inspira alors et murmura presque en une réponse tardive, les paupières mi-closes.

- Avoir peur me prouve que j'ai quelque chose à perdre.

Elle s'évertua à briser l'aspect solennel de leur entrevue d'une note plus sarcastique qui sonnait pourtant d'un goût amer qu'elle dissimulait avec peine, malgré l'esquisse d'un sourire forcé.

- Si tu péris aujourd'hui, je viendrai ce soir même chercher ton âme dans le Néant éternel des Limbes et tu connaîtras la fureur que j'inflige à ceux qui me désobéissent..

Ses petites phalanges cherchèrent à relever le menton de l'Humain pour l'obliger à la regarder tandis que son pouce effleurait tendrement sa lèvre inférieure. Elle poursuivit avec sérieux, le dardant de ses opales d'ambre qui luisaient dans le clair-obscur de la salle des bains. Elle asséna d'un ton qui se voulait royal :

- Je vous interdis de mourir, mon prince.

Puis elle s'approcha autant que possible en se redressant, de manière à entourer la tête d'Alauwyr de ses bras, le pressant à peine contre son ventre, protectrice au possible. Ses doigts s'échouèrent dans la chevelure de neige et d'argent du démon blessé, avec possession. Sa voix d'ordinaire si assurée, se fit plus tremblante, lestée d'émotions vives.

- Je ne veux pas te perdre. Ni aujourd'hui, ni dans cent ans.. Je ne le supporterai pas.. Le seul fait d'en avoir rêvé m'a torturé..

Elle déglutit, s'obligeant à se taire. Elle prohibait toute larme et toute autre marque de chagrin, s'autocensurant pour mieux en revenir à l'image de la princesse infaillible qu'elle vendait depuis l'enfance. Sa longue chevelure d'un rouge puissant se mêla à l'albâtre de celle de son aimé. A son tour, elle encercla le visage de son compagnon de ses mains et lui offrit tout l'éclat du déterminisme de son regard, à même de déplacer les montagnes, bien qu'adouci par des larmes retenues. Elle s'acharnait à croire qu'Alauwyr Iskuvar, Maître Noir et Seigneur du Màr Tàralöm ne saurait être aussi aisément défait de son rang, ni qu'il puisse périr de la main du premier aspirant venu. Pourtant, quelque part en elle, subsistait la crainte que tout cesserait aujourd'hui.
Elle parla avec dureté, forçant la hardiesse, malgré sa gorge serrée.

- Que tous brûlent sous la fureur du brasier qui danse dans ton esprit. Sois sans pitié.


Enfin, elle lui imposa un baiser puissant et traduisant tout le transport de son attachement. Le genre qui veut dire 'Je t'aime, parce que l'univers tout entier à conspiré à me mener jusqu'à toi' sans que jamais elle n'eut à le dire.



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
- Sic gorgiamus allos subjectos nunc -

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