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Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Lun 1 Fév 2016 - 19:04 Répondre en citantRevenir en haut

Néharaku 918
Bourg d’Eradar, Sud-Ouest sauvage de Vaendark




La Dame Grise plissa les yeux. Les chiffres dansaient sur la page du livre de comptes. Les années ne se montraient pas tendres avec elle.

Le temps était le pire allié d’une femme dans ces contrées reculées. Quand elle ne pouvait plus ni travailler dans les champs, ni enfanter et encore moins ensorceler les sens des hommes… La plupart finissaient dans le caniveau ou dans un petit temple misérable perché sur une colline. Une femme seule ne survivait pas longtemps ici. Si elle n’était ni mariée, ni une guerrière, les loups et les hommes ne faisaient qu’une bouchée d’elle. La Dame Grise et son respectable établissement représentaient une alternative peu reluisante à ce mode de vie. Et pourtant, plus d’une jeune innocente alléchée avait cédé à l’appel et franchi le seuil de sa demeure. Ici, ses petites protégées menaient la vie d’une princesse. Tant qu’elles savaient ouvrir les jambes et user de leurs charmes, elles étaient utiles à la société. La Dame Grise, grand matrone qui s’octroyait les pouvoirs d’une déesse aux yeux de toutes ces filles égarées, manœuvrait ce petit univers dans les moindres détails. Elle représentait la loi. Elle était la mère et le bourreau. La protectrice et le patron. Ici, au sein du Jardin des Oiselles - qui n'avait de jardin que le nom -, elle était toute-puissante. Au-dehors, elle n’était qu’une femme comme les autres.

- Dame Grise ! Dame Grise ! Ils sont revenus !

Le cri paniqué d’une des filles la tira de sa concentration. Fermant le volume d’un geste sec, elle se redressa, lissa le devant de sa robe et vérifia que son maquillage n’avait pas coulé dans le miroir d’étain posé contre son bureau. Son reflet déformé par le métal doré lui apprit qu’elle semblait aussi vieille et altière qu’à l’ordinaire. Attrapant son stylet et le dissimulant dans sa manche, elle descendit au rez-de-chaussée avec le pas d’une reine. Autour d’elle, une agitation irréelle régnait. Au milieu de la crasse, des parfums entêtants et de l’odeur de l’opium froid, une douzaine de jeunes femmes maquillées, parées de colifichets et de robes aux décolletés tentateurs virevoltaient comme des oiseaux affolés par l’approche du prédateur.

- Allons, allons, mes tourterelles. Retrouvez un peu de sang-froid et laissez-faire maman, enjoignit-elle sévèrement aux catins.

Celles-ci se rangèrent en rang serré avec moult couinements de peur derrière les jupons de la maquerelle. Alors qu’elle atteignait la porte d’entrée, cette dernière s’ouvrit à la volée, le battant claquant violemment contre le mur. Un homme vêtu de fourrures, cachant mal une armure de cuir renforcée de mailles métalliques, s’encadra sur le seuil. Sa longue chevelure noire battait son dos en une multitude de tresses ornées de perles et de petits os. Il offrit un sourire empli de dents pourries à la matrone. Dans ses yeux froids brûlaient la flamme de la convoitise. Il n’était pas le brigand le plus reconnu des environs mais assurément le plus dangereux. Car il était le plus imprévisible de tous. La Dame Grise avala sa salive et rendit un sourire parfait à Sven.

- Mon cher Sven ! Que puis-je faire pour vous en cette superbe soirée ?

Au-dehors, le vent rugissait et le blizzard commençait à gêner la visibilité. Il n’en fallut pourtant pas davantage pour qu’elle devinât la présence de ses hommes dans les environs. Sûrement faisaient-ils le tour du bordel ou surveillaient-ils que personne ne s’approche. Quand Sven et sa bande rentraient en ville, tout le monde trouvait subitement quelque chose de plus intéressant à faire.

- Je ne vous souhaite pas le bonsoir, Dame Grise. Je suis certain que vous pouvez le faire toute-seule.

Pour un malfrat des terres sauvages de Vaendark, il possédait suffisamment d’éducation pour ne pas buter sur les mots et avoir son propre sens de l’humeur. Quoique douteux. Comme la matrone l’exécrait, ce fils de chacal puant ! Elle ne laissa rien transparaître de ses émotions.

- Vous êtes en retard sur votre loyer cette semaine. Je suis venu vérifier que tout se portait pour le mieux.
- Hélas, mon ami, le dernier convoi de marchandises a été attaqué récemment sur la grande route. Les hommes avaient les poches vides et l’œil triste ! Les affaires n’ont pas été bonnes pour tout le monde, ces derniers jours.
- Oui
, rétorqua Sven avec un sourire glacé. Je n’en doute pas.
- Si vous repassez la semaine prochaine, la somme promise sera dûment donnée. Avec un petit supplément pour le retard.
- C’est parfait. Rappelez-vous, Dame Grise. Je suis votre protecteur. Payez ce que vous me devez et vous et vos filles resterez à l’abri. Ne vous ai-je pas aidé par le passé ? Vous m’êtes redevable. Il serait dommage de mettre fin à notre accord. Alors je ne serais plus en mesure de vous garantir la sécurité…


Sven parcourut la salle plongée dans la pénombre avec une précision chirurgicale, comme s’il détaillait une pièce de viande tout juste écorchée vive. Les filles tremblaient sous son regard. Lorsqu’un sourire presque sincère s’étira sur les lèvres du prédateur, le froid devint encore plus saisissant dans la pièce. Finalement, Sven tourna les talons et rappela ses hommes. Ils repartirent au galop sans un regard en arrière ni une salutation.

La Dame Grise put enfin respirer plus librement. Elle claqua la porte avec toute la force qu’elle put mettre dans ce geste. La situation empirait. Elle n’avait plus le choix.

- Hermia ?
- Oui, madame ?
- Envoie un message au Commandant. Dis-lui que je veux le voir. Ce soir.



*¤....¤*

On frappa à la porte de derrière alors que la nuit enfouissait Eradar dans une étreinte possessive. La matrone fut la première sur place. Ecartant les lourdes teintures écarlates qui masquaient cette entrée, elle déverrouilla avec des mains fébriles. Elle avait l’impression d’avoir vendu son âme à deux démons différents. Elle reniait Sven et sa soi-disant protection étouffante pour celle d’un inconnu dont on lui avait vanté les mérites. Si ce Commandant possédait autant d’honneur qu’on le disait, peut-être ne profiterait-il pas de la situation. Malheureusement, elle avait dépassé depuis longtemps le stade du questionnement. Son seul espoir reposait encore les mains de ce mercenaire.

Le Commandant se faufila par l’entrebâillement de la porte, laquelle fut aussitôt fermée à clé après son passage. A demi emmitouflé sous sa capeline de fourrure blanche, il était difficile de distinguer son visage. La Dame Grise avisa néanmoins l’épée d’excellente facture que celui-ci portait au côté. Une améthyste, abimée mais grosse comme un œuf de caille, en ornait le pommeau. Il s’agissait bien du Commandant.

- Où sont vos hommes ? Combien sont-ils ?
- Dehors. Ils sont quatre. Cela fera cinq avec moi. Si c’est le paiement qui vous tracasse, ne vous en faites pas. Nous verrons cela en temps voulu.


Quelque chose dans la voix du mercenaire détonnait avec son apparence. Ce fut lorsqu’il se débarrassa du manteau qu’il révéla la fine et haute silhouette d’une femme. La maquerelle eut un sursaut. Se moquait-on d’elle ? La jeune femme qui lui rendait son regard sans ciller atteignait probablement la vingtaine, soit l’âge de ses filles. Une cascade de cheveux blonds argenté, retenue en un catogan, croulait dans son dos. Des oreilles effilées encadraient une figure racée et qui aurait pu paraître jolie si une quelconque émotion pouvait se peindre sur ces traits immobiles. Ses yeux sombres, à la teinte indéfinissable, mettaient inexplicablement mal à l’aise. Sur le pâle épiderme dansaient des arabesques mordorées : sur son visage, sur son cou, sur ses mains lorsqu’elle ôta ses gants de cuir.

- Choquée de voir une femme ?
- Je dois l’avouer, oui. J’imagine mal une femme faire face à Sven et ses larbins. Même une avec une épée… Quatre hommes, c’est peu. Sven en a beaucoup plus sous ses ordres.
- Je le sais.
- Il reviendra demain, j’en suis certaine. Il se fait de moins en moins patient. Serez-vous prêts ?
- Evidemment.
- Tant que vous faites votre boulot, je n’ai rien à dire, en somme.
- Il sera fait.
- Vous avez un nom ?
- Oui. Mais pour vous, ce sera juste le Commandant, merci.


Morian la Tatouée s’autorisa un sourire. Un rictus carnassier plus qu'un véritable sourire. Son esprit vola jusqu’à celle qui hantait son âme et son esprit. Cette dernière réagit aussitôt, malgré la distance. Gorgée de leurs forces mutuelles, unies par des liens plus puissants que l’éternité. Ensemble, avec l’aide de leurs compagnons et de la Dame Grise, elles vaincraient. Ce soir, elles prépareraient le plan d’attaque. Et demain, avant le coucher du soleil, une nouvelle mission s’achèverait.



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MessagePosté le: Lun 1 Fév 2016 - 19:04 Revenir en haut

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MessagePosté le: Lun 1 Fév 2016 - 22:36 Répondre en citantRevenir en haut



A couvert, un premier cavalier descendit de sa monture en glissant le long de son flanc, avec assurance. Ses jambes s'enfoncèrent dans l'épais manteau de neige jusqu'à mi-mollets et il rejoignit, non sans une légère peine malgré son habitude à ce climat, le second cavalier stoppé à à peine quelques coudées de lui.
Avant de prendre la parole, il accorda aux alentours un regard bref mais précis - bien qu'on y voyait quasiment rien -, le genre de celui qui a de l'expérience dans ce genre.. d'affaires.
Il remarqua quelques traces de pas relativement fraiches mais déjà partiellement recouvertes par la neige. Sondant le paysage d'une nuit tombante et étouffée par le blizzard, il s'approcha de celui qui l'accompagnait, sur ses gardes, et l'invita à se pencher du haut de sa monture pour se faire entendre entre deux bourrasques. Il parla fort sans quitter des yeux la demeure qui faisait l'objet de leur présence malgré la rudesse du temps.

- Vous voyez cette bâtisse éclairée d'une lanterne, là haut ? Il indiqua la maison close en la pointant du doigt, la main cachée par un épais gant en peau de chevreau d'un brun tanné. Vous l'y trouverez.

Malgré la lumière faiblissante de la sorgue bientôt tombée et le visage presque intégralement dissimulé par sa capuche et un masque, l'homme distingua l'éclat brûlant du regard d'ambre de son mystérieux client. Ce dernier accorda une œillade sceptique au lupanar et on devinait ses sourcils se froncer sous l'incertitude.
L'homme à terre poursuivit alors :

- Je suis prêt à parier le triple de la bourse que vous me devez pour mes services qu'elle se trouve ici. Je peux même vous accompagner jusqu'à l'intérieur et..
- Je vous crois.

Le client termina sa phrase en lui jetant sans prévenir une aumônière bien remplie et qui à elle seule, sans le contenu, valait déjà bien le prix de quelques têtes de bétail. Il la soupesa, grandement satisfait et la rangea aussitôt, presque de peur qu'on la lui reprenne.
La voix sèche et chaude de son client s'éleva dans le vent et le froid, étouffée par une épaisse coule fermée.

- S'il s'avère que tu m'as dupé, ton destin sera bien pire que celle que je cherche. Maintenant va, et adieu.

Le cavalier toujours sur sa monture se redressa alors, mettant un terme à leur brève conversation. Il ne laissa nullement le temps au limier de rajouter quoi que ce soit et de deux coups de talons, fit lentement et laborieusement repartir son cheval pour se rapprocher de la maison close. Le limier jeta un dernier regard à cet étrange individu qui ne révéla jamais son identité, il avait d'ailleurs cru deviner les traits d'une femme sans en être vraiment certain..

Une petite étable permettait aux montures de la clientèle du bordel de trouver refuge pendant les ébats de leurs maîtres. Le mystérieux cavalier nouvellement arrivé sur les lieux ne put s'empêcher de remarquer de nombreuses traces de sabots mais aussi de bottes, tantôt celles de grands pieds puis d'autres, plus petits. Il espéra simplement que, en dépit d'une population peu ragoûtante en ces lieux de débauche qu'il connaissait finalement assez bien, il aurait l'opportunité d'exécuter sa vengeance..
Sa lourde cape en fourrure de loup gris avait l'avantage de tromper quand à son gabarit, et au delà de ce simple constat, son coeur était trop brûlant de haine pour éprouver de la peur quant à ce qu'il pourrait advenir une fois la porte passée. Quelques uns de ses doigts allèrent vérifier la présence de sa dague dans sa botte. Un petit rictus malsain étira en secret ses lèvres alors qu'il dégustait déjà d'avance l'assouvissance d'une punition grandement méritée pour sa victime. Il n'était pourtant pas assassin, mais il venait en cette qualité. En revanche, rien de pouvait détracter l'idée d'un sadisme possible chez cet individu..
De sa main droite gantée de cuir sombre, l'inconnu frappa fortement pour se faire entendre. Il attendit qu'on lui ouvre, le coeur battant, glissant une pensée à son âme soeur restée chez eux, bien loin-fort loin de ces terres de gel et de glace..



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
- Sic gorgiamus allos subjectos nunc -

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Morgain Gloic Sa'El Han
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MessagePosté le: Mar 2 Fév 2016 - 17:21 Répondre en citantRevenir en haut





Les effluves des parfums, ici, étaient si forts que l’on pouvait presque en distinguer les volutes de fumée. Leurs senteurs entêtantes suffisaient à prendre aux tripes les individus pénétrant en ces lieux, s’engouffrant dans leurs narines et les tirant jusqu’à la vaste pièce où brûlait un feu ardent. Ses éclats étalaient un vernis d’un orange tendre sur les lourdes tentures qui agrémentaient les murs de pierre. Polissaient les formes des silhouettes jetées çà et là, comme par négligence, mais toutes dans une pause soigneusement étudiée. Leurs membres de nacre, disposés sur les nombreux coussins et autres moelleux fauteuils, suggéraient la grâce de formes enfouies derrière le tissu relevé, révélant une cuisse. Une main aux longs doigts effilés vint s’égarer dans la masse d’une chevelure, attirant le regard sur ses tresses qui, innocentes égarées, se perdaient dans les replis de la robe. Par-dessus les fourrures éparpillées reposaient des pieds nus, les orteils caressant les vestiges des anciens prédateurs. Des yeux fardés se posaient sur les nouveaux visiteurs, des yeux de chat, tandis que des bouches carmin s’étiraient en un sourire plein d’assurance.
Dehors, derrière les volets clos, sombrait l’orbe écarlate, et la nuit s’élevait, accueillant ses filles. C’était les femmes de Vaendark, et elles n’étaient pas belles. Pas toutes. Mais leurs baisers promettaient une brûlure plus intense que celle du vent du nord, et il était dit que leurs étreintes étaient féroces. Ce qu’elles perdaient en beauté, elles le retrouvaient dans le combat. Femmes, elles l’étaient toutes, et ce soir la promesse du sang était venue murmurer à l’oreille de chacune.
Sauf pour une.

L’une des plus anciennes, Hermia, coula un regard entendu vers la petite nouvelle, fraîchement cueillie ce matin. Hermia vivait dans cette maison vouée au plaisir depuis que la nécessité l’y avait poussée, et ce à un âge que certains auraient jugé précoce. Elle était arrivée avec les premières neiges, son avenir derrière elle et l’enfance encore inscrite sur ses traits. Par chance, la Dame Grise savait se montrer aussi inflexible que tendre, parfois. Lentement, elle avait guidé la jeune fille, l’avait mise à l’épreuve pour évaluer sa détermination et, ceci fait, l’avait laissé prendre ses marques sans la brusquer. Leur madone avait ceci de reconnaissable qu’elle savait jauger les individus, devinant les forces et les faiblesses. Elle connaissait chacune de ses protégées et savait comment les mener avec rigueur, mais douceur également. Concernant Hermia, elle avait vite compris qu’elle pouvait lui faire confiance et que l’esprit acéré de la jouvencelle permettait qu’elle lui déléguât toutes sortes de petites tâches. Après la Dame Grise, Hermia faisait partie du cercle restreint de celles auprès de qui les comptes étaient à rendre. Nulle ne connaissait son histoire, mais toutes savaient que sa droiture était sans égale. Elle était leur roc, leur montagne, et l’hiver soulignait la fermeté de son regard et l’encre de sa chevelure.
Aussi était-il normal qu’on vint la trouver, à l’aube, pour lui annoncer qu’une demoiselle avait été trouvée non loin de leur demeure, frigorifiée. Alors que l’on faisait prendre un bain fumant à l’égarée, Hermia était entrée. La Sans Nom s’amusait à faire des bulles et soufflait délicatement dessus tandis qu’on l’abreuvait de questions auxquelles elle ne daignait répondre que de temps à autre, selon ce qui lui convenait le mieux. L’aînée s’était assise sur un tabouret en face d’elle et l’avait scrutée de son air minéral.

« Qui es-tu ? »

A travers les mèches fauves, la jeune ingénue lui avait répondue par un regard éperdu, opposant deux iris mordorés à cette force tranquille. A son cou pendait une chaîne dont l’or brillait à la lumière du jour naissant. Hermia cilla, mais continua à fixer son vis-à-vis.

« As-tu de la famille ? Es-tu perdue ? »

A cela répondit une de celles qui s’occupaient de la jeune fille.

« Elle nous a dit qu’aucun de ses proches ne se trouvait près d’elle, et qu’ils étaient actuellement très loin. Cela n’a pas l’air de l’émouvoir. Nous avons trouvés cela sur elle. »

On lui apporta une robe de bonne facture et s’apparentant très clairement à la mode ondine, ainsi qu’un bracelet de bois grossièrement taillé. A l’intérieur du bijou rudimentaire avait été gravé un nom : Morgain.

« Elle ne répond pas à ce nom. »

Hermia haussa les épaules. Cela aurait pu être un bijou d’enfant, peut-être celui de sa sœur, qu’elle aurait choisi de garder. Qui pouvait savoir ?

« Gloic. »

Chacun se tut en entendant la voix claire qui provenait de la bassine.

« Gloic. C’est un de mes noms. »

Certaines des filles présentes tiquèrent légèrement, et Hermia présuma qu’en certaines langues le mot devait revêtir une signification particulière. Peu lui importait. Si elle décidait d’être nommée ainsi, alors cela serait.

« Si tu es perdue, nous pouvons t’accueillir parmi nous, mais sache que ce ne sera pas sans contrepartie. Tu es dans une maison de charmes ici, où les femmes vendent leurs atouts. Nous donnons du plaisir aux hommes. Cependant, si tu le souhaites, nous pouvons t’aider à te rendre là où tu pourras rejoindre les tiens. »

Gloic, puisqu’ainsi elle était, lui accorda un sourire plein de tendresse.
« J’aime faire plaisir aux autres. »

Hermia la contemplait donc à présent, et non sans quelque inquiétude. Même habillée, coiffée et maquillée, Gloic gardait cette pureté sur son visage qui trahissait sa jeunesse. En ces lieux, il était établi que les origines de chacune leur étaient propres, et pourtant il y avait de quoi s’interloquer face au personnage qu’elles avaient recueilli. Ne pouvant l’associer à aucune race de manière définie, Hermia sentait en elle le mélange de deux sangs dont l’union avait certes engendré une harmonieuse silhouette, mais également donné naissance à un esprit qui n’était clairement pas attaché aux basses réalités de ce monde. Perchée sur un fauteuil, la demi-sang se chantonnait des paroles tout aussi singulières que sa propre personne, entremêlant différents dialectes. Quelques clients avaient fait leur entrée et bavardaient avec ses sœurs, mais nul ne s’était encore approché de l’étrangère. Et Hermia n’était pas sûre que cela soit uniquement dû au fait qu’elle était nouvelle ici. Après tout, les vierges avaient cette propension naturelle à attirer les hommes.
Un nouveau coup fut frappé à la porte de la maison close. L’aînée se leva.
« Gloic, viens. » Déjà, elle devinait qu’il valait mieux lui parler directement et simplement.
Se coulant hors de son perchoir, la petite s’attacha à ses pas, laissant un parfum de fleurs derrière elle.

Les deux jeunes filles arrivèrent à la porte et, sans hésitation, Hermia en fit tourner la poignée, son regard clair braqué sur le nouvel arrivant. La nuit montante lui offrit la vision d’un homme légèrement plus grand qu’elle, enveloppé d’une épaisse fourrure. Les plis de son capuchon conféraient des ombres sur son visage dont elle n’aurait pu distinguer les traits, même si elle l’avait souhaité, car un masque les recouvrait, ne laissant entrevoir que l’éclat d’ambres posées sur elle. L’appréhension naquit au creux de son ventre face à cette non-figure alors que le blizzard hurlait à ses oreilles. Les prédateurs se sentent de loin, et lui était beaucoup trop près. Toutefois, elle représentait la Dame Grise en son absence. Aussi fit elle un pas en arrière, appréciant la présence rassurante de la dague au creux de sa cuisse. Derrière elle, des couples s’enlaçaient, mais elle savait qu’un mot de sa part suffisait pour que chacune ait l’arme brandie.
La fille de la montagne esquissa un sourire de demi-lune, aucune émotion ne venait troubler le lac de sa figure.

« Bienvenue aux Trois Oiselles, voyageur. Entrez, entrez donc. »
D’un geste léger, elle engloba la pièce, l’invitant à pénétrer l’endroit. La porte fut claquée. Le vent rugit contre elle des hurlements de loups affamés.
« Puis-je vous débarrasser ? »

« Dois-je lui faire plaisir ? »
Un frisson grimpa à l’échine d’Hermia. Dans son dos, Gloic n’avait pas bougé d’un pouce. Elle n’avait pas prévu de l’orienter vers ce genre de clientèle, si tant est que cet homme venait véritablement en tant que client. Imperturbable, elle maintint son sourire et ses mains tendues.




~ Les soupirs de la sainte et les cris de la fée ~


Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Jeu 18 Fév 2016 - 23:26 Répondre en citantRevenir en haut

La Dame Grise grattait pensivement son livre de compte après avoir prélevé la moitié de la somme due au Commandant. Ou plutôt pour la Commandante… Elle ne parvenait toujours pas à digérer l’information. Non pas qu’une femme lui semble moins apte à se défendre qu’un homme. Toutes ses petites oiselles chéries possédaient le talent requis pour trancher la gorge d’un homme dans la fleur de l’âge. L’allure de cette mercenaire, cependant, la chiffonnait. Elle percevait un soupçon de bonne éducation, d’aristocratie peut-être, sous l’armure en cuir de ce brin de femme aux oreilles d’elfe. Et cela ne lui plaisait pas. Le Commandait paraissait être plus que ce qu’il voulait bien donner à voir. La seule véritable raison pour laquelle celle-ci avait été engagée résultait du fait que ses protégées – et elle-même – manquaient d’un esprit tactique et de la capacité à se battre en un combat réel.

La Dame Grise n’avait pas peur de se salir les mains. S’il fallait en arriver là pour garantir la sécurité de ses filles et la prospérité des affaires, qu’il en soit ainsi.

La maquerelle releva les yeux sur la mercenaire patientant tranquillement face à elle. Calme comme de l’eau de roche, aussi paisible qu’une mer d’huile avant la tempête. La lueur de la chandelle obscurcissait davantage encore ses grands yeux sombres qui ne cillaient pas. La Dame Grise fut parcourue d’un frisson irrépressible. Si le Commandant était aussi doué que le disait la rumeur, l’affaire serait vite réglée. Et tout le monde pourrait retourner à son ragout de lapin sans l’ombre d’une cicatrice… Avec de la chance.

- Où vous cacherez-vous pendant la journée ? Je ne peux pas garantir que votre présence passera inaperçue si vous restez à Eradar. Ce village ne connait pas le repos. Et il est peuplé d’yeux et d’oreilles toujours à l’affût.

Le Commandant s’anima soudain. La vieille femme eut un sursaut. Dans la pénombre, ses traits accentués par les lueurs dansantes des bougies, la mercenaire paraissait avoir été figée en une statue de sel. La voir respirer et s’apprêter à parler possédait un petit côté spectaculaire.

… Comme dans les foires itinérantes aux monstres.

- Ne vous en faites pas pour moi.

Le sourire qu’elle offrit à sa cliente glaça celle-ci. Ce n’était pas tant la pâle carnation et les étranges dessins marquant sa peau, ni sa forte assurance qui frôlait la désinvolture. Il y avait quelque chose de froid, de brisé chez cette femme. La Dame Grise n’aurait su mettre un mot dessus. Cette incertitude lui intimait de se défier de ce type de personnes. Celles portant au fond d'elles des secrets de plomb sont imprévisibles et dangereux. D’où son inquiétude légitime. Derrière le sourire poli et le professionnalisme apparent, un parfum de mort flottait autour du Commandant.

Avant qu’elle n’ait pu répliquer, on frappa doucement à la porte de son bureau. Une de ses filles passa la tête par l’entrebâillement. Elle jeta un rapide regard à l’inconnue en armure puis attendit qu’on l’invite à parler. Elle fronçait les sourcils.

- Un client tardif, madame.

La Dame Grise redressa le buste, son esprit en alerte. Et alors ? Quelle importance cela pouvait-il avoir ? Il ne serait pas le premier voyageur en quête de chaleur et de distraction qui viendrait frapper à leur porte à la nuit tombée. Il se passait quelque chose. Hermia n’envoyait pas prévenir la patronne lorsqu’il ne s’agissait que d’un élément de routine. La Dame Grise faisait confiance en son jugement. Hermia avait sûrement des raisons de se méfier.

- Un homme de Sven ?
- Non, madame. Mais son visage est masqué.


Involontairement, elle échangea un regard avec l’inconnue qui prétendait empêcher Sven et ses pourceaux de brûler ce refuge. Le Commandant soutint son regard sans un mot. Son sourire s’était évanoui. Il passa devant la prostituée sans la regarder. Comme il s’apprêtait à emprunter l’escalier, il déclara :

- Je vais jeter un œil. Ce n’est peut-être rien.

Ni la fille des montagnes ni sa maîtresse n’eurent le temps d’émettre une protestation, il avait déjà disparu dans les ombres suaves et mouvantes du lupanar. Morian la Tatouée descendit les marches aussi silencieusement que possible, tout en balayant la salle des yeux. Parvenue au bas des marches, elle avisa un voilage écarlate abandonné sur le dossier d’un fauteuil et s’en couvrit aussitôt. Son regard glissa sur les formes alanguies des femmes et de leurs clients, pour naviguer jusqu’à la porte d’entrée principale. La dénommée Hermia souhaitait la bienvenue à un inconnu enveloppé de fourrure et dont le masque ne laissait rien distinguer de son identité. Une toute jeune fille se tenait près d’eux. La mercenaire éprouva un sentiment de familiarité en dévisageant cette adolescente aux cheveux clairs. Un bref écho du passé.

Elle chassa cette pensée parasite de son esprit. A demi dissimulée par le voile aussi rouge que les tentures ornant la pièce, elle fit quelque pas dans les ténèbres jonchant les flaques de lumières qui éclaboussaient le cercle central, là où les oiselles faisaient leur office. Morian cessa son approche lorsqu’elle fut certaine de pouvoir entendre des bribes de la conversation des trois larrons. Personne ne faisait attention à elle.



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MessagePosté le: Dim 6 Mar 2016 - 09:22 Répondre en citantRevenir en haut


C'était calme. Beaucoup trop calme pour ce type d'endroit.. Il se tramait quelque chose, et elle n'aimait pas ça. Ses instincts de Fëalocë étaient puissants, et ces derniers lui murmuraient de marcher dos au mur en tenant dans chaque main une dague enduite du sang venimeux des dendrobates chamarrées de Qahra. Ou de partir immédiatement. C'était vous dire. La Vipère Rouge était probablement tombée dans un nid de congénères. A voir qui mordrait la première..
A l'instant même où ses yeux se posèrent sur cet étrange cocon de soie à la pureté souillée par le désir, horrifiée, elle eut des nausées de dégoût, faisant ressortir ses manières de princesse du Ssyl'Shar. Elle n'était, bien évidemment, pas cliente habituelle des bordels, mais elle avait vécu assez longtemps dans un harem pour savoir ce qu'était le véritable érotisme paré de toute sa sensualité raffinée et ensorcelante.
Tout ici était laid, vulgaire, dénué d'une seule once de bon goût. Rien ne laissait place aux élans de l'imagination, rien ne donnait envie de prendre le bras d'une de ces catins tant elles étalaient sans grâce leurs atouts pas franchement avantageux ni appétants. Les odeurs nauséabondes de sueur et de coucherie étaient difficilement dissimulées par huiles et parfums de mauvaise facture dont se tartinaient ces chattes de gouttière. Même le défunt époux de la Fëalocë, aux moeurs pourtant faciles et avides, n'aurait sans doute pas été capable de croquer dans un seul de ces fruits pourris. Là aussi, c'était dire.

L'inconnu(e) déglutit péniblement face à ce tableau mal exécuté, et s'efforça de revenir à la raison de sa présence en ce lieu et surtout, ce continent au parfait opposé de son existence toute entière. La chasse devait reprendre, mais avec méfiance.
Ses yeux se posèrent alors sur celle qui vint lui ouvrir la porte. Il émanait de celle appelée Hermia quelque chose d'affreusement faux et indigne de confiance. La Fëalocë tiqua tout à coup : une prostituée captieuse.. C'était un pléonasme, en fin de compte.
La porte claqua sans que l'homme vêtu de fourrures et masqué ne sursaute. Il savait qu'il ne devait pas flancher une seule seconde pour garder la maigre emprise de son déguisement, pour le moment. De la bouche d'Hermia coula le miel de ses paroles, sans saveurs, légèrement relevé de son venin pour qui avait assez de discernement pour le remarquer. Sa figure feignait le ravissement mais restait pourtant de marbre. Un marbre plein de défauts, évidemment. Runa avait l'oeil pour ce genre de choses.

Il/elle lui répondit tout d'abord d'un simple hochement de tête pour s'éviter de parler et ainsi trahir trop tôt sa véritable identité. Mais alors qu'Hermia se proposa de le débarrasser, la Fëalocë ouvrit la bouche pour refuser sèchement avant d'être interrompue par l'élévation fluette de.. de ça. Si au départ le client ne daigna pas prêter attention à la gamine aux effluves virginales et fleuries, il croisa pourtant le vernis mordoré de ses iris et se figea net, à l'arrêt. Les quelques gouttes d'or qui perlaient dans les yeux quasi-inexpressifs de la petite créature était le résultat d'un mélange interdit, une bâtardise impie qui ne méritait que la mort tant elle était l'incarnation du déshonneur familial. La petite chose était sa cousine illégitime, reliquat des pulsions et tromperies de son oncle Fuad avec une Neishaane de passage.
Son guide n'avait pas menti, là était bien celle qu'il/elle cherchait..
Presque immédiatement, les doigts de la Fëalocë tremblèrent d'un seul bloc dans leurs gants de cuir. Violent était son désir de mettre un terme à l'existence de la demi-sang qui entachait à l'honneur des Salv. L'homme vêtu de peaux distilla pourtant sa rage et l'enferma dans une fiole, au moins le temps de se retrouver seul avec cette infamie.

Il porta une main frémissante et au cuir froid au visage de Morgain pour en saisir le menton dans sa paume. Sans émotion, quelques mots primitifs s'élevèrent de derrière son épais masque qui lui conféra une voix rauque malgré son accent chaud et roulé :

- C'est elle que je veux.

Ses doigts se resserrèrent sans tendresse sur la chair fine et pâle de la jeune fille, faisant grincer le cuir de ses gants dans une mélodie sadique.
Mais du coin de l'oeil, la Fëalocë remarqua l'arrivée discrète si ce n'était sournoise d'une nouvelle sirène, drapée de rouge, que personne d'autre ne sembla entrevoir. Cette approche ne lui plaisait guère.. Elle savait que d'entre les hommes et les femmes, bien que les premiers étaient des chiens, les secondes étaient bien pires.
Elle avisa alors le jeune serpent qui s'était approché mais se terrait dans une alcôve plus avant. Elle fit mine de l'ignorer pour mieux l'attraper.

- Laisse-nous maintenant, mon voyage a été rude, j'ai besoin de divertissement.

L'homme, toujours à l'identité non révélée, saisit fermement le poignet fragile de Morgain pour l'entraîner avec lui jusqu'à la niche où il avait vu se faufiler le petit chaperon rouge. Menaçant, il lui fit face, toujours en détenant dans sa poigne la maigre articulation de la demi-sang bâtarde. Cette fois, sans chercher à changer sa voix, la Runa déguisée en homme du Nord asséna à celle qu'elle prenait pour une énième catin du lupanar :

- On décapite pour moins que ça, d'où je viens. Déguerpis, fouinarde, et retourne à ton office sans ne plus jamais me déranger ou tu connaîtras un sort similaire.

Sa détermination à la faire partir était appuyée par son regard ambré, étrangement froid malgré son aura chaleureuse. Mais elle ne savait pas à qui elle avait affaire, et cette histoire ne manquerait sans doute pas de piment..



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
- Sic gorgiamus allos subjectos nunc -

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Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Mar 8 Nov 2016 - 23:38 Répondre en citantRevenir en haut

Il n’était pas aisé au Commandant de se fondre dans ce décor miteux qui voulait évoquer le luxe et ne faisait que renvoyer l’image d’une courtisane emperlée de crasse et de stupre. Le Commandant avait le pas sûr et léger, l’œil sagace et vigilant, la main prête à dégainer toute arme disponible. Un tel être n’avait rien à faire ici. Ce misérable palais des plaisirs se révélait aussi peu adéquat qu’un calamar dans une fontaine. Il avançait pourtant, évitant les sources de lumière pour mieux se fondre dans les ombres colorées de la salle, ses sens aux aguets. Il tendit l’oreille, appuyé contre le mur d’une alcôve déserte. Le monde se fondait en des nuances éclatantes de rouge à travers le voile qui le couvrait presque de la tête aux pieds. Il aurait pu s’enrouler dedans comme dans une cape de géant. Il n’aurait pas dû se préoccuper de ce problème mineur. Les clients tardifs n’étaient pas légion mais ils n’étaient pas rares non plus, dans cette région reculée. Il n’aurait pas dû s’inquiéter de cela.

Mais cette nuit-là serait propice à tous les traquenards. Il pourchassait Sven depuis suffisamment longtemps, en suivant sa piste de méfaits et de tragédies. Ce brigand, bien que plus retors et intelligent que la plupart, ressemblait à bien d’autres que le Commandant avait combattu. Il ne valait pas mieux que tous les autres criminels. Même si l’arrivée d’un étrange client de nuit pouvait ne rien signifier, mieux valait se montrer prudent. Cette fois, il n’allait pas laisser Sven lui filer entre les doigts. Quitte à précipiter un peu les événements. Ce dévoreur de vies gâchées et innocentes mourrait ce soir. Ou demain. Mais il ne verrait pas le soleil se lever plus longtemps.

A demi visible dans la niche du mur – assez pour ne pas immédiatement perçue comme une menace -, les sens surnaturels de Morian la Tatouée firent leur œuvre. La jeune femme ouvrit sa perception, l’étendant lentement mais sûrement jusqu’à cet homme enveloppé de fourrure, pour en flairer les émotions. Elle réprima bientôt un geste de recul. Trop de sentiments négatifs. Elle se heurtait à une forteresse bâtie par des murs de colère et de dégoût, sur des fondations de haine féroce. Elle fut aussitôt sur ses gardes. Quelque chose n’allait pas. Ce ne serait pas la première fois qu’un homme voudrait violenter une prostituée pour se défouler. Cependant, autre chose, tel un serpent de feu, sinuait dans les émotions furieuses de cet inconnu. Il allait irrémédiablement fait du mal. Il était venu pour ça. Et la toute jeune fille qu’il venait d’empoigner était sa cible. Une victime offerte.

Un vent de révolte souffla sur les cendres d’un idéalisme perdu, enfouis sous tant de décombres dans l’âme du Commandant. Morian se raidit. Elle pouvait empêcher cela. Elle le devait. Mais elle risquait de mettre en danger sa mission. Détruire une vie pour mieux en sauver plusieurs. Sa raison lui intimait de faire demi-tour. De laisser faire. Elle n’avait pas à s’en mêler. Elle détestait ce genre de choix.

Elle n’eut guère le temps de rebrousser chemin et d’enterrer sa propre ire, car l’homme des montagnes se tourna subitement vers elle. Immobile telle une statue, les traits dissimulés sous le voile rougeoyant, elle sentit la haine se répandre dans l’air autour d’elle tandis que son regard croisait celui, aux ambres hivernales, de l’inconnu. Elle subit sa menace en silence. L’avertissement était clair. Et il la confortait dans sa certitude : la pucelle que l’homme malmenait ne verrait pas la fin de la nuit. Ce qui la frappa davantage, ce fut la voix de femme qui émanait des fourrures, au-delà du masque. Ce fait lui arracha un sourire sinistre. Morian n’était donc pas la seule ici à déguiser son identité.

- Tu t’apprêtes à commettre des atrocités sur cette pauvre fille. Ne mens pas, je le sais. J’ai tué pour moins que ça également. Ici, la loi est claire. Tu tues : tu payes.

Inutile de mentir plus avant. Morian ne cachait ni ses intentions ni le ton ferme de sa voix. Le voile risquait de gêner ses mouvements, aussi s’en débarrassa-t-elle avec application avant de le jeter à ses pieds. Ce qu’elle s’apprêtait à faire ensuite s’avérait dangereux. A la fois pour elle-même mais aussi pour toutes les autres personnes dans un rayon de quelques mètres. Et, cette fois, l’autre moitié de son âme se trouvait trop loin pour qu’elle puisse puiser dans sa force. Cela en valait toutefois la peine. Avec un peu de chance, elle n’aurait pas à combattre.

L’atmosphère sembla se figer autour du mercenaire. Elle s’alourdit, charriant cette impression que jamais la chaleur ne reviendrait ici-bas. Les ombres dansaient sur le visage du Commandant comme autant de démons creusant dans les sillons de son visage, rappelant le chemin des larmes et des rigoles de sang d’une terre trop longtemps abreuvée de guerres. Faisant appel à des souvenirs et des sentiments redoutables, la sang-mêlée dévoilait son atout majeur en transmettant autant d’émotions négatives que possible vers son adversaire. Elle avait peur : elle instillait donc l’effroi dans son regard. Elle était en colère : son courroux avide de justice – ou de vengeance, la frontière se montrait si mince – suintait de toute sa personne en une déferlante glacée. Elle était l’ennemi. Elle était le monstre tapis dans les ténèbres que rien ne peut rassasier.

Tu as trop de violence en toi.

Les mots résonnèrent sous son crâne mais elle ne faiblit pas. Tout ce qu’elle gardait enfoui au plus profond de son être resurgissait tandis qu’elle ranimait les braises de ses émotions passées. Elle devait ressentir à nouveau la terreur et la souffrance pour mieux les transmettre.

Elle se nourrie de ta peine. Dans un sens, elle te rassure. Tu crois qu’elle te rend plus forte. Libère-toi de cette culpabilité et accepte ton chagrin. Le temps aidera.
C’est faux. Et vous le savez.
Toutes les blessures guérissent un jour.
Vous vous trompez. C’est un pieux mensonge qui ne vous coûte rien. Mais en réalité, vous ne savez rien de la véritable souffrance.


Morian aurait voulu appeler sa sœur d'âmeà l’aide. La douleur se montrait plus vive et plus fulgurante qu’auparavant. Le processus empirait à chaque fois qu’elle retentait l’expérience. Il lui fallait pourtant sauver la vie de cette file. Elle pouvait la sauver. Elle le ferait. Il fallait qu’elle tienne bon ! Tous ces souvenirs, sales et mesquins, qui emplissaient son esprit de doutes et qui peuplaient ses nuits de cauchemars… Ce n’était pas elle. Cela faisait plusieurs lunes que la personne à laquelle appartenaient ces fragments de mémoire n’existait plus. La mort imprégnait ce passé. Elle ne devrait plus rien ressentir. Ce douloureux passé n’était pas le sien. Seule importait la vie de la jouvencelle à cet instant.


ENFIN POSTAY ! Je te laisse gérer la réaction de Runa à ta guise. Persée projette en fait ses propres émotions (parmi les plus anciennes et les plus douloureuses) pour paraître plus terrifiante et menaçante. C'est une tentative hein. Mais tu es libre de tes réactions car ça peut provoquer exactement l'effet inverse et plutôt qu'intimider : ça peut rendre fou de rage ^^" Bref : à toi de jouer ^^



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