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Annah Innd'velyn
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MessagePosté le: Dim 13 Sep 2015 - 18:39 Répondre en citantRevenir en haut

[HRP/ J’ouvre ici le rp du vol nuptial de Veovis. Tout le monde est libre d’y participer, vous pouvez jouer vos dragons ou créer des pnjs si le coeur vous en dit. Vous pouvez aussi faire simplement acte de présence si vous voulez, le vol nuptial de Veovis n’a rien de discret. /HRP]

Fin Solyaeku 918


Les aléas de l’interstice et les tribulations d’un vil mage noir devenaient les brumes poussiéreuses d’un passé révolu. Certains aspirants trépignaient, arguant du fait qu’ils auraient aimé prendre part à l’action et saisir cette opportunité de s’illustrer pour le Màr. Annah Innd’velyn, quant à elle, avait toutes les raisons de se réjouir de ce retour au calme. Les affaires florissaient, d’autant qu’elle avait eu, par l’entremise de son clan, la cruauté mercantile de jouer de la hausse des prix provoquée par la pénurie passée. Cela restait des agissements subtils, et la maîtresse incarnate avait veillé à ce qu’aucun parmi les autres Sangs n’ait à souffrir de ces ajustements financiers. Les Introvertis chérissaient suffisamment la paix pour ne pas s’encombrer d’ennemis à bas prix.

Annah était également plutôt satisfaite de s’être dénichée une intendante malgré elle. Mave n’avait pas fait trop mauvaise impression, et elle était à peu près aussi patiente que Veovis, ce qui dissuadait les gens de son domaine de réclamer sa présence pour des négociations supplémentaires, et la Fëalocë en était fort aise. Récemment, l’Incarnate avait changé d’humeur. Plutôt que d’avoir l’humeur orageuse et les colères aussi soudaines que des averses de printemps, la dragonne avait décidé d’être perpétuellement furieuse, ce qui la rendait bien moins fréquentable mais ô combien prévisible.

Sa liée s’en accommodait aussi bien qu’elle le pouvait, barrait l’accès de son Weyr dès que Veovis la rejoignait. Aucun mot qu’elle pût lui adresser, aucune action qu’elle entreprît ne trouvait grâce aux yeux de l’incarnate, mais celle-ci n’ayant pu se résoudre à dévorer sa liée, elle feignait de ne pas la voir faire, sans s’empêcher de darder sur elle un regard flamboyant. Subtilement, Annah avait essayé de lui proposer une excursion lointaine. Avec la forte population de dragons qui habitait le Màr, il arrivait que Veovis ne trouva pas à se nourrir à proximité autant qu’elle l’eut désiré, mais les appétits qui hantaient la dragonne étaient d’un autre ordre et elle refusa sans détour de s’éloigner du kaërl ardent.

La dragonne avait cessé de jouer les chaperons. Lorsque Annah se plaisait à se mettre en danger, Veovis se contentait de la suivre avec une curiosité maladive et dérangeante. Annah n’avait pas osé retourner provoquer Eléderkan de sa propre initiative. Sans Veovis pour l’occuper, elle se méfiait de la prévenance envahissante de Thémos. Et elle redoutait que l’Incarnate vînt à se montrer jalouse au point de ruiner la relation pacifique qu’entretenait Annah avec l’un des Sangs, de surcroît membre de son clan.

Ce jour-là, Veovis avait refusé d’aller chasser. Elle s’était dégourdie les ailes, mais à chaque fois, elle revenait se poser sur le vaste balcon des appartements d’Annah, comme si les Dôl Nàrë était indignes de sa sieste. La Fëalocë s’en inquiéta peu après midi, lorsqu’elle s’avisa du fait que sa liée n’avait pas cessé son curieux manège. Lorsqu’elle lui adressa une pensée inquiète, Veovis la chassa sans ménagement comme on repousse un insecte agaçant.

Retenant un soupir, la Fëalocë était allée s’user les yeux sur ses livres de compte, une coupe de vin à la main. Elle avait affirmé à un certain maître bronze qu’une dame bien élevée ne buvait jamais seule, mais elle n’avait jamais prétendu être une dame bien élevée à temps complet. La journée avait décliné doucement tandis que la maîtresse incarnate s’inquiétait des conséquences désastreuses de l’ingérence de certains pirates d’Ys dans son commerce.

° Annah ! Annah !°

Il y avait une excitation soudaine dans les pensées de la dragonne, comme si elle avait découvert quelque chose de stupéfiant du haut de l’immense terrasse rocheuse où elle se prélassait depuis des heures. Intriguée, Annah avait refermé avec précaution son ouvrage, avant de se lever pour se rendre au balcon.

Son premier réflexe fut de regarder au dehors, mais le vide ne lui rendit que la vision étourdissante du Weyr aux niches rocheuses et alcôves multiples qu’elle connaissait trop bien .Elle redressa ensuite les yeux jusqu’à croiser le regard de Veovis.

° Ne suis-je pas merveilleuse ? ° s’enquit la dragonne dont les iris valsaient comme des flammes louvoyantes.

Ses pensées avaient une tonalité envoûtante. Un déluge d’émotions déferla sur la Fëalocë, un torrent qui n’avait rien de suave, mais qui évoquait le danger irrésistible et délicieux de l’ivresse. Avant qu’Annah ait pu trouver la force de répondre quoi que ce fut, la dragonne s’envola.

La majesté aérienne était l’apanage des Blancs et des Vertes. Il n’y avait pas de grâce dans le vol de Veovis, seulement la beauté effroyable d’un étalage de puissance, sans far et sans fioriture, semblable à l’évidence du charnier au lendemain d’une bataille. Annah frémit, alors que son esprit reprenait peu à peu le contrôle, refoulant les émotions qui ne lui appartenait pas pour ne renfermer qu’ébahissement et fierté.

Veovis était une dragonne rouge de belle envergure, peu décidée à voir sa lignée rabaissée au nom de son fol orgueil. Elle fila vers les cieux, marquant de son corps écarlate le bleu terne du ciel vespéral. Lorsque le cri jaillit de sa gorge, elle était loin, une étoile montante brillant au firmament, le trophée inatteignable d’une course audacieuse. Elle amorça un premier cercle, sans cesser d’appeler les mâles du Màr Tàralöm à daigner la rejoindre. Plus tard, elle les défierait et chercherait à les perdre pour mieux se perdre par la suite, et honorer son kaërl de la plus noble couvée. Pour l’heure, elle planait paresseusement, trop haut pour qu’un mâle osât nier les règles tacites du vol nuptial, mais cette langueur était feinte. Veovis n’était pas dragonne à attendre d’éventuels retardataires et nul ne s’y tromperait.

Annah garda pour elle la pensée encourageante qu’elle eut voulu adresser à sa liée. L’Incarnate n’y aurait vu que faiblesse, alors qu’elle avait tant fait pour lui prouver sa force. La Fëalocë regagna ses appartements d’un pas vacillant. Une partie de son esprit volait avec l’Incarnate, tandis que l’autre, grisée par l’excitation, échafaudait tous les plans les plus fous. Elle ne savait pas quel dragon rattraperait sa liée, ni même s’il s’en trouverait un pour oser courtiser Veovis. Une autre pensée s’imposait dans son esprit au point de devenir une certitude. Qu’Elederkan se décidât à frapper à sa porte ou non, elle ne passerait pas la nuit seule.



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MessagePosté le: Dim 13 Sep 2015 - 18:39 Revenir en haut

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Eléderkan Garaldhorf
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MessagePosté le: Sam 26 Sep 2015 - 17:22 Répondre en citantRevenir en haut

Il est de ces instants où, lorsque les dragons chantent, la vie prend tout son sens.

L’Inquisiteur Suprême avait eu fort à faire depuis la fin de cette immonde guerre contre l’Ombremage. Il avait fallu vérifier les dispositifs de sécurité, se procurer de nouvelles sources d’informations pour remplacer celles qui avaient malheureusement trouvé la mort au cours des derniers affrontements. Et, surtout, de belles piles de parchemins s’étaient peu à peu accumulées sur son bureau. Des réclamations, des rapports de services, des listes de noms et de matériel : toutes choses qui avaient dû attendre la fin de la période sombre pour retrouver leur importance. Le quotidien monotone – quoiqu’en dise les mauvaises langues - du Màr Tàralöm n’avait jamais paru aussi réconfortant.

Cependant, l’elfe éprouvait quelques difficultés à se concentrer sur sa tâche. Il se surprenait parfois – un peu trop souvent à son goût – à passer ses nerfs sur le scribe qui le suivait partout comme son ombre. Le pauvre bougre tressaillait, dorénavant, à chaque fois que le Sang lui adressait la parole. Ce comportement ne lui ressemblait pas. Il scrutait alors le lien psychique qui l’unissait à un certain Bronze, dans l’espoir de découvrir ce que celui-ci tramait. Sans véritable succès. Peut-être aurait-il dû faire plus d’efforts et se montrer plus compréhensif vis-à-vis du grand mâle ; car, dans ce cas, il aurait facilement compris de quoi il s’agissait.

Les jours se succédèrent et l’humeur d’Eléderkan Garaldhorf empira. Il vivait désormais reclus, plus que jamais, dans ses appartements et n’en sortait que lorsque l’occasion était trop bonne pour être oubliée. Il en vint petit à petit à se demander si tout cela ne résultait pas d’un effet temporaire, suite à une surcharge émotionnelle. Après tout, il aurait pu se ruiner la santé à toujours s’inquiéter de tout au Kaerl, tandis que le nécromant Drazahir imposait son règne. La situation se calma d’elle-même. L’esprit pragmatique et rationnel au possible d’Eléderkan retrouva la paix.

Jusqu’à ce fameux jour…

Ce qui dérangea en premier lieu l’Inquisiteur Suprême dans sa lecture fut la pression anormale qu’exerçait son Lié à la lisière de son esprit. Le Bronze s’amusait beaucoup à perturber le cours de ses pensées lorsqu’il s’ennuyait. Pourtant, il paraissait tendu, enjoué, comme s’il se préparait à un combat. Rien à voir avec l’ennui. Sans qu’il ne sache d’abord pourquoi, ses pensées filèrent vers Annah Innd’velyn. Pas en tant que chef de Clan, ni même en tant que Maîtresse Incarnate. Il se demanda présentement à quoi elle occupait sa journée. Et si une visite de courtoisie ne pourrait pas aider à améliorer leurs relations.

Cette honorable proposition fut soudain balayée par une puissante vague d’émotions. Eléderkan perdit le fil de ses pensées. Cette fois, le Bronze était fautif. Il le savait sans même se poser la question. Il ressentait tout l’orgueil de cette gigantesque bête. Son euphorie vibrait jusque dans les tréfonds de son âme. Il lutta un instant à contre-courant, agacé d’être troublé dans son travail par un dragon sans scrupules. Lorsqu’il comprit qu’il n’aurait aucune chance face à lui, il sut. L’altier elfe blanc marcha jusqu’au balcon du weyr, leva son regard vers les hauteurs ensoleillées et crut sentir le vent s’engouffrer avidement sous ses ailes. Un Bronze monta à l’assaut du ciel, poussa un rugissement de défi et s’imagina paré de tous les atouts d’un riche sans-écailles.

Thémos s’élevait dans les airs et tournoyait énergiquement, clamant à qui voulait l’entendre qu’il était digne. Qu’il était prêt. Et qu’il était sûr de vaincre. S’il remarqua d’autres mâles volant à ses côtés, il ne s’en préoccupa pas. Il aurait tout le loisir de les chasser de la course lorsque le moment serait venu. Pour l’heure, son attention était accaparée par cet astre sanglant, tel un soleil couchant, qui narguait le Màr et ses occupants dans toute sa splendeur. Veovis appelait à la rejoindre. Son chant évoquait la promesse d’une étreinte et la beauté d’un terrible danger. Sa robe d’écailles étincelait, plus écarlate que jamais.

Eléderkan vérifia le contenu de sa cave personnelle. Une petite réserve de vins et de spiritueux, dans laquelle il dénicha une bouteille de forme étrange. Cadeau venu de l’Isthme des Brumes et contenant un vin encore jamais goûté. Une visite à l’improviste chez la dame Innd’velyn nécessitait un tel présent. Qu’on ne vienne pas dire qu’Eléderkan Garaldhorf oubliait les bonnes manières ! Laissant rapière et autres artifices guerriers, il quitta le refuge chaleureux de son weyr pour arpenter les couloirs, à la recherche d’une certaine Introvertie friande de vins.

Le Vol Nuptial d’une Incarnate attirait souvent foule de curieux au Màr Tàralöm. Pour la beauté du spectacle, comme pour jauger de l’échec de tel ou tel candidat. Les dragons le savaient. Ils usaient fréquemment de ce fait pour mieux resplendir à travers cette danse millénaire. Un rituel dont seuls les dragons connaissaient les secrets. Et que les mortels ne pouvaient que contempler depuis l’insignifiance de leur existence.



Annah Innd'velyn
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MessagePosté le: Lun 4 Jan 2016 - 20:24 Répondre en citantRevenir en haut

Annah Innd’velyn n’avait jamais caché son ascendance fëalocë. Elle tirait une certaine fierté de sa chevelure cuivrée, et se plaisait à jouer les dragons assoupis sur leur précieux trésor. En cette nuit singulière, elle n’était cependant rien de plus qu’un volcan rugissant, comme si elle avait cherché en vain, des années durant, à masquer sous la cendre épaisse la lave que charriait ses veines pour finalement la laisser jaillir au grand jour.

La maîtresse incarnate n’en était plus à repousser les pensées envahissantes de sa moitié d’âme. Leurs émotions tumultueuses s’entremêlaient joyeusement en un mélange de fougue adolescente et de gourmandise assumée. Sottement, Annah avait essayé par le passé de rabrouer l’Incarnate, lui opposant qu’elle soupirait après des délices qu’elle n’avait jamais connu. Veovis n’avait pas été longue à lui rire au nez et à lui rappeler que toutes les dragonnes à l’avoir précédée l’avaient préparée à ce jour.

Avait-elle jamais senti grandir en elle ce besoin de porter la vie ? Annah n’en était pas certaine. Cette soif irrésistible, ce désir de marquer le monde de sa descendance lui venait tout entier de Veovis. Peut-être était-elle trop égoïste pour se concentrer toute entière à autrui, trop marquée qu’elle avait été par l’absence de sa mère, ou peut-être estimait-elle nécessaire de trouver préalablement un digne partenaire pour fonder une famille…

Une pensée indignée effleura la conscience en ébullition d’Annah. La dragonne ne se contenterait pas du premier venu. Amusée, Annah ne put s’empêcher de lui faire remarquer que la dragonne n’avait pas meilleure répartie quand c’était elle, la fëalocë, qui allait brûler ses ailes dans la convoitise d’une nuit. Autant jeter un galet dans l’eau. Veovis se moquait bien des moqueries de sa liée. Elle était bien au-dessus de cela, à narguer dragons et nuages au firmament.

Et Annah s’en moquait tout autant. Vêtue d’une robe de mousseline rouge qui cascadait de ses hanches jusqu’à ses pieds en une effervescence de jupons, sans plus de maquillage que ce rouge indécent que le vin conjugué à l’excitation avait marqué sur ses joues, sans autre bijou que ces pépites flamboyantes qui illuminaient ses yeux ternes, elle se sentait d’humeur à refaire le monde, plus impatiente encore qu’au jour de sa propre empreinte.

Que ses noces avaient été mornes en comparaison. Un mariage arrangé trop vite consommé, une union bâclée aux promesses fanées. La vie avait appris à Annah qu’il n’était jamais bon de trop se reposer sur autrui. Elle avait envie de croire qu’Eléderkan viendrait. Qu’il était homme, assez pour comprendre qu’elle était une femme intéressée, qu’elle faisait par avance le deuil de leur relation s’il ne désirait rien de plus qu’une étreinte fugace et enfin, que l’Incarnate ne lui ferait rien si elle trouvait un dragon à son goût qu’il s’agit de Thémos ou d’un autre, car s’il y avait bien une nuit où Veovis se moquerait comme d’une guigne des amours légères de sa moitié d’âme, c’était bien celle-ci.

Annah s’en accommodait fort bien. Elle n’avait pas envie d’être protégée. Elle aspirait même à se mettre en danger, à retrouver les frissons qu’elle éprouvait, aspirante, à épier les conversations du Concile pour y surprendre Martel. Elle avait connu d’autres amants, parfois plus habiles, même si bien moins en vue que le maître bronze, mais le risque en valait la chandelle. Il en allait de même pour Eléderkan. S’il y avait une personne au sein du Kaërl, qu’il ne lui était pas permis de se mettre à dos, c’était probablement lui. Les conséquences pour son clan en seraient pour le moins regrettables.

A cet instant précis, Annah Innd’velyn n’était même plus certaine d’être une Introvertie. Elle était la liée d’une reine rouge à l’aube de ses noces, et le reste n’avait plus d’importance. Lorsqu’elle déboula dans le même couloir que l’Inquisiteur suprême, elle le fixa avec stupeur, et manqua de peu de trébucher. Toute à sa chasse, convaincue qu’il avait ri sous cape de ses propositions, elle avait omis - dans une manoeuvre protectrice, indubitablement - de penser qu’il répondrait favorablement à son invitation.

« Vous alliez quelque part ? » s’enquit Annah Innd’velyn avec une politesse exquise, éraflée par le sourire mordant qui naissait à ses lèvres.

La maîtresse incarnate avisa la curieuse bouteille que transportait l’elfe, et saisi cette occasion pour ne pas le dévorer des yeux.

« Aviez-vous l’intention d’empoisonner quelqu’un ? »

Annah s’était mordue la lèvre pour camoufler son sourire, mais c’était une piètre tentative car même ses yeux riaient. En d’autres temps et d’autres lieux, elle aurait rougi d’une si sotte provocation et l’aurait jugé indigne d’elle. En d’autres temps et d’autres lieux...

~°~


Au dehors, le chant de Veovis s’était fait plus incisif. Chacun de ses battements d’aile l’éloignait du Màr. Elle n’avait pas manqué de remarquer l’arrivée de Thémos et s’était en réponse écartée ostensiblement, non pour le rejeter, mais pour s’assurer que, s’il l’emportait, nul ne vienne lui reprocher de l’avoir décidé, ou plus humiliant encore de l’avoir désiré.

S’il y avait des règles, même tacites, Veovis était prête à les contourner, mais elle avait la fierté des reines et ses silencieuses aïeules, campées dans les tréfonds de son âme, lui dictait de ne faciliter en rien la tâche à ses prétendants. De mémoire de dragon, on n’avait jamais vu de reine non couverte, faute de candidat assez habile…

L’Incarnate rugit une dernière fois avant de filer les pics de cendres, sans un regard en arrière. L’hésitation avait déjà bâclé des vols, et Veovis ne voulait pas prêter à rire.



Eléderkan Garaldhorf
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MessagePosté le: Dim 31 Jan 2016 - 00:37 Répondre en citantRevenir en haut

Le temps n’avait pas altéré les sensations du Vol Nuptial. Il s’agissait toujours de la même expérience. Le rêve et la réalité se confondaient. La frontière entre l’homme et le dragon s’affranchissait de toute distinction. Il existait un être bicéphale, composé de deux enveloppes charnelles : l’une au sol et l’autre dansant entre les nuages mais leur cœur respectif battait d’un même élan. Le palpitant charriait des flammes vives pour fluide vitale, irriguant des ailes superbes et des mains suaves, distillant un cortège d’émotions irrésistibles. Il n’y avait plus d’Inquisiteur Suprême ni de Bronze fainéant. Plus de calcul ni de stratagème. Seulement l’instinct. Et la soif de victoire.

La bouteille de vin en mains, Eléderkan arpentait les couloirs menant aux weyrs les plus prestigieux. Lorsqu’il crut parvenir à destination, une des portes s’ouvrit à la volée et dévoila la plus splendide intrigante du Màr Tàralöm. Annah Innd’velyn apparaissait dans ses plus beaux atours. A travers l’ivresse de ses sens décuplés, Eléderkan éprouva une pincée de regrets. Il faisait si pâle figure face à elle… Affublé d’une longue veste bleu roi aux revers cousus de fils d’or et d’argent, par-dessus une chemise blanche au col à flanelles, son opulente chevelure de neige répandue librement dans son dos, il avait presque l’air d’un sauvageon venu courtiser une dame. Pourtant, c’était lui qui pouvait se targuer d’un plus noble lignage que la fëalocë. Ses ancêtres gouvernaient jadis un royaume en Ys. Une ruine de plus dans le passé des Garaldhorf. Rien dont il ne sache apprécier la valeur désuète ni qui lui soit utile.

Le sourire d’Annah l’éblouit. Non pas grâce à son charme désarmant. Plutôt parce qu’il s’étonnait de voir qu’elle avait prêté foi à sa parole. Eléderkan était venu à sa rencontre au jour dit. Elle n’avait donc pas lancé à la légère sa provocante invitation. Il était lui-même un homme de parole : c’est pourquoi il ne donnait celle-ci que rarement. Le ravissement de la jeune femme paraissait sincère. Il faillit se prendre au jeu. Un sursaut de conscience lui rappela qu’il s’agissait du chef de son Clan, d’un ancien jouet de Martel et, pire encore, d’une Maîtresse Incarnate. Tout ce dont il devait se méfier. Ce calcul ne suffit pas à ranimer sa raison. Annah demeurait avant tout une femme. Et le Vol Nuptial de sa Liée l’auréolait d’autant de gloire que de périls. Aujourd’hui, elle serait l’objet de toutes les convoitises.

- Je me suis perdu, ma dame, répliqua l’elfe en retrouvant subitement son aplomb. Cet intéressant poison est destiné à l’âme charitable qui aura la bonté d’aider un homme égaré. Je ne peux pas la boire tout seul. Ce serait du gâchis.

Provocation lancée sur un ton faussement humble voire repentant. Il gratifia la jeune femme d’une légère révérence et d’un demi-sourire qui persistait à rester accroché à ses lèvres quoiqu’il fasse. Il se faisait l’effet d’un jeune idiot découvrant pour la première fois une fille.

- J’espère ne pas vous importuner avec mon badinage… N’en déplaise au reste du Kaerl, je préférerais ne pas devoir vous partager aujourd’hui, avec qui que ce soit, ni les dieux ni personne.

Il s’empara habilement de sa main, la leva à hauteur de ses prunelles d’émeraude et en baisa doucement le dos. Il ne quittait pas Annah des yeux, essayant de la clouer du regard comme un papillon avec une épingle.

Plus qu’un prix, plus qu’une cible, Annah Innd’velyn représentait à cet instant l’enjeu, la mise et l’adversaire. Plus que la dompter ou courber l’échine devant elle, il devrait lui prouver qu’il était son égal. En bon stratège – et influencé par l’instinct de prédateur d’un certain Bronze -, il devait captiver suffisamment Annah pour l’empêcher de lui échapper et de tomber entre les griffes d’un autre prétendant. Il n’éprouvait pas le besoin de surveiller la danse dans le ciel pour en connaître l’issue. Il était autant responsable que Thémos dans cette histoire, qu’ils en sortent vaincus ou vainqueurs.

Chacun ressentait avec une acuité soutenue les émotions éprouvées par l’autre moitié de leur âme. Désir, jalousie, rage, euphorie et un soupçon de crainte… L’adrénaline envahissait leurs veines au même rythme. Chaque pas que l’un faisait, l’autre l’égalait en un battement d’ailes. Le vent s’engouffrait sous la voilure du Bronze, rappelant le léger mouvement soulevant les pans de la veste de l’elfe. Si des serres acérées rêvaient de déchirer la chair d’un dragon se rapprochant dangereusement, des mains élégantes frémissaient dans l’attente de parcourir ce voluptueux corps de nymphe rouge. Quand les yeux reptiliens glissaient sur les courbes, éclatantes et parfaites, de la reine, le regard vibrant du maître savourait la vision, ainsi que tous les périls, qui s’offrait à lui.

Veovis prit la direction des Pics de Cendre. La suite princière la suivit aussitôt. Ce terrain accidenté pouvait décourager les moins courageux et perdre les moins méritants. Un endroit rêvé pour se débarrasser des candidats indésirables. C’est-à-dire tous. Thémos comptait sur son habileté à naviguer entre les dents rocheuses autant que sur sa hargne de vaincre. Tel un conquérant resté trop longtemps inactif et rendu avide par l’attrait de la nouveauté, il tailla son chemin à travers la brume, le souffre et les adversaires. Sans jamais quitter des yeux son objectif. Lorsqu’il fut assez proche pour pouvoir compter les écailles de la reine, il sut que la dernière partie se jouerait ici, entre eux. L’Incarnate le narguait de son chant tentateur, écrasant d’orgueil. On ne charmait pas une reine du Màr Tàralöm avec de jolies fleurs ou une proie sanguinolente laissée sur le palier. Pas plus qu’avec des mots doux.

Il fallait prouver sa valeur. Thémos entendait se montrer digne de Veovis. Tout comme prétendre la dominer l’amusait.

Un rugissement rauque franchit le rempart de ses crocs. Il se rapprochait. Talonné par un inlassable dragon revanchard, le Bronze vira à gauche, racla la surface grise d’un des pics, faisant naître un voile poussiéreux dans son sillage. Il redoubla d’ardeur pour s’élever à la même altitude que la reine. Ce serait la plus belle étreinte que la Terre de l’Aube aurait vue en mille ans. Il se le promit. Il se gorgea de cet espoir. Alors, la folie chevillée à son âme, il plongea à la rencontre de l’Incarnate.



Annah Innd'velyn
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MessagePosté le: Mar 9 Fév 2016 - 19:39 Répondre en citantRevenir en haut

L’on aurait pu croire que ce n’était qu’un jeu, une frivolité audacieuse en cette nuit singulière. Mais Annah Innd’velyn n’était pas femme à se jeter au cou du premier venu, quelque soient les insinuations furieuses qu’ait pu avoir Veovis en ce sens. La Fëalocë ne niait pas ses appétits, et les exprimait de manière plus évidente et plus fréquente qu’une reine dragon par trop arrogante. Ceux qu’elle mettait dans son lit ne devenait pas une part essentielle de son existence, ils n’étaient rien de plus que les compagnons, au mieux, d’un plaisir partagé, au pis, d’un désir exprimé.

Annah avait eu l’intention de provoquer le destin. D’aller voir si Eléderkan patientait, seul et tranquille dans ses appartements. Au souvenir d’un certain rendez-vous, Annah ne pouvait nier que la scène était crédible : Thémos batifolant follement dans les cieux du Màr Tàralöm, et son lié, indifférent, las, un soupir avorté au bord des lèvres. Elle avait espéré le trouver. A son Weyr, dans les couloirs, à l’observatoire peut-être. Mais pas imaginé qu’il serait à sa porte. De fait, leur rencontre n’avait rien d’un piège qu’elle eut tissé - bien que l’idée ne lui eut pas déplu - et elle était loin d’être l’habile intrigante qu’elle revendiquait être.

Et elle sentait l’écho d’un rire incendiaire à la lisière de son esprit. Comme si la rare pensée que lui consacrait l’Incarnate en cet instant crucial ne servait qu’à railler son échec, à souligner combien sa liée avait pour sa part terriblement manqué son vol. Annah ressentit une bouffée de honte et rougit de son échec.

° Nous ne nous comportons pas ainsi ! Si je fuyais à travers le kaërl, il conclurait simplement que j’ai changé d’avis ! ° répondit furieusement Annah.

La Fëalocë sentit Veovis s’amuser de son agacement. Elle chassa l’émotion parasite de son esprit et reporta toute son attention sur le maître bronze. Il s’était préparé avec élégance, pour ce qu’elle pouvait en jugé, et aurait fait belle impression au Concile, même si Annah avait d’autres intentions à son égard que de l’entendre énoncer un discours en public.

Elle lui adressa un sourire compatissant, aussi faux que le malheur qu’il lui narrait. S’il lui fallait se perdre dans les couloirs pour venir jusqu’à son Weyr, la maîtresse incarnate en était bien aise. Se perdre…

« Quel sort terrible. Vous risqueriez de tomber dans le dortoir des aspirants et de boire jusqu’à l’aube. »

Les futurs chevaliers chevaliers ne manqueraient pas de fêter l’événement à leur manière, lorsque les dragons ne seraient plus visible depuis le Màr. Annah accueillit d’une moue moqueuse le salut révérencieux d’Eléderkan. Etait-elle la seule à se souvenir qu’ils se trouvaient dans un couloir du Weyr ? Et qu’ils risquaient, à trop tarder, de croiser plus probablement l’un des Sangs qu’un aspirant en route pour la fosse ?

Mais Annah avait grand mal à se hâter. Elle avait l’impression d’avoir détalé de ses appartements en oubliant sa tête. Et se concentrer sur les événements - ceux qui n’impliquaient pas une dragonne aux hormones en effervescence narguant les mâles du kaërl - réveillait un flot de pensées effrayantes.

Eléderkan était venu, s’était tenu à cette invitation qu’elle lui avait martelée, à cette promesse tacite qu’elle lui avait arraché. La Fëalocë était encore consciente du gouffre qui les séparait. Le maître bronze était trop important, leur relation, qu’elle fut une idylle digne d’être chantée mille ans durant ou une simple histoire de fesses n’avait pas grand espoir de passer inaperçu. Par le sang des elfes qui courait dans ses veines, il était bien plus âgé qu’elle, et donc nécessairement plus expérimenté. Elle avait connu plusieurs amants mais, sans être le plus affamé des hommes, Eléderkan avait littéralement eu des années pour fréquenter d’autres femmes.

Annah Innd’velyn était tout à la fois audacieuse, ambitieuse et prudente. Et cette prudence-là lui chuchotait à l’oreille que, si le danger était agréable et valorisant à courtiser, son rang, son clan, le bon sens lui dictaient de rester au bord du précipice à sourire courtoisement au maître bronze. Car le gouffre n’en serait que plus profond lorsque Veovis se serait désintéressée de Thémos.
Il lui semblait que ces pensées se cristallisaient sur tous ces points, avant de voler en éclats, autant de débris et de poussière sans importance. La Fëalocë n’avait ni envie d’être sage, ni envie de rester à sa place, à regarder voler les dragons du bord de son balcon.

° Vole avec lui, et s’il te déplaît, je le dévorerai. °

Annah sentait les pensées de la dragonne plus envahissantes et plus suaves qu’à l’accoutumée, pareilles à un parfum entêtant. Elle voulut les repousser et protester, son esprit contaminée par la logique de sa liée en venait à songer que c’était une vision du monde des plus légitimes.

Entendre Eléderkan s’excuser pour rien lui arracha un sourire, aussi sincère que narquois, qui suggéraient que, s’il continuait à réciter autant d’âneries, elle serait dans l’obligation de le faire taire.

« C’est fâcheux. »
répondit Annah sur un ton qui clamait qu’elle n’en pensait pas un mot.

« Il vous faudra vous expliquer avec la moitié du kaërl que j’ai invité pour pallier à votre refus de l’autre jour. »

Annah s’était sentie insultée ce jour-là. Se faire désirer faisait indéniablement partie du jeu de la séduction mais Eléderkan avait esquivé sans aucun scrupule toutes les perches qu’elle avait bien pu lui lancer. Pour autant, sa moquerie n’avait aucun accent de reproches. Et il pourrait même trouver flatteur, s’il l’osait, d’imaginer qu’il lui aurait fallu la moitié du kaërl pour le remplacer.

Il avait cueilli sa main sans qu’elle y prit garde. Elle avait soutenu son regard au point de s’y noyer, prête à se perdre dans ces forêts d’émeraude, prête à croire qu’il la suivrait dans la folie de cette nuit quelqu’en soit l’issue, et surtout, convaincue que, même s’il se rebiffait, même si Veovis s’en mêlait, même si le Màr entier se levait pour lui crier de rebrousser chemin, elle ne regretterai aucun des pas consentis.

Sa main libérée s’accrocha à la manche du maître bronze. Bleu nuit, voilà une teinte que ses appartements ne connaissaient que peu… En vérité, elle se moquait de la danse des dragons et du fol orgueil des Incarnates. La Fëalocë tira insidieusement Eléderkan vers son Weyr, comme s’il était véritablement perdu, comme s’il avait véritablement besoin qu’elle le guidât.

° Tes enfants seront lents et rachitiques, et tes reines sans prétendant. °
grogna Veovis.

° Ils se lieront aux tiens et embraseront le ciel. ° rétorqua Annah.

La maîtresse incarnate ne chercha pas à expliquer à sa liée qu’elle n’espérait pas d’enfant du maître bronze. C’était une notion qu’elle avait déjà du mal à lui faire accepter en temps normal, lorsqu’elle ne défiait pas le Màr entier de lui fournir un mâle digne d’elle. Veovis lui répondit par un rugissement furieux, mais Annah avait le sentiment que ce n’était qu’une coïncidence, et que celui-ci ne lui était pas destiné.

Le vol audacieux de l’Incarnate l’obligeait à se défaire des courants ascendants pour progresser à la seule force de ses ailes. L’on n’avait jamais vu une reine dragon se faire couvrir en planant paresseusement, pas même chez les célestes. L’ivresse du vol faisait partie entière de l’étourdissement et de la danse. Sous le soleil mourant de cette nuit singulière, Veovis voulait bien admettre que Thémos était un candidat de choix, que rien ne laissait entendre dans sa stature imposante et bien équilibrée que leur progéniture n’aurait pas la bénédiction de Flarmya. Mais elle était une reine dragon pas une Fëalocë, et il ne lui appartenait pas de tendre la main pour prendre ce qui lui revenait de droit.

Annah n’aurait pu se refuser ce plaisir. Elle referma doucement la porte derrière eux. Une douce tiédeur régnait dans la pièce - son âtre était toujours bien entretenu, ce qui permettait de moins fréquente visite pour les petites gens du Màr et donc moins de risque de tomber tête-à-tête avec Veovis -. Elle déchargea son hôte de sa bouteille de poison en songeant malgré elle que si c’en avait été c’eut été du gâchis. On trouvait de délicieux breuvages mortels pour des sommes bien moindres.

Elle eut pu lui proposer courtoisement de se mettre à l’aise, ouvrir un meuble en noisetier pour en sortir des coupes en cristal, et trinquer paisiblement au premier vol nuptial de sa liée. Ils auraient pu discuter posément sur les chances qu’avaient Thémos d’arriver à ses fins et évoquer ensemble les nombreux enfants qu’il avait déjà donné au Màr. Mais Annah Innd’velyn avait bien l’intention d’être en cette soirée, la pire hôtesse que sa maison n’ait jamais enfantée.

De cette manche qu’elle n’avait toujours pas lâché, sans en faire plus de cas qu’un caprice d’enfant, elle l’attira à lui. D’un regard, elle le supplia de ne rien dire, de ne pas chercher à refaire le monde comme à Lòmëanor, d'accepter simplement, qu'elle fut une femme conquise et rongée par le désir. Sa main libre écarta une mèche blanche qui glissait sur son torse, et ses lèvres cherchèrent les siennes.

S’il la repoussait, elle lui dirait que c’était de sa faute. Qu’il n’avait pas à la happer d’un regard, à tomber dans ses bras avec une innocence volée, qu’il ne pouvait plus fuir à présent. Qu’une dragonne le dévorerait, quoi qu’il arrive, elle ou Veovis, il n’avait qu’à choisir.

A quelques battements d’ailes des premiers pics, non sans avoir vérifié que ce mouvement ne la mettrait à portée directe du grand Bronze, Veovis avait plongé. Ainsi se devait d’être son vol, lui susurraient ses aïeules. A trop privilégier la vitesse, certaines reines s’étaient déjà vu rattrapées par des dragons de piètre gabarit. L’habileté et l’endurance que requérait la suite du parcours protégeraient la reine d’une telle éventualité. Confiante, l’Incarnate se fraya un chemin par les cols et les vallées, se moquant bien d'érafler ses ailes ou ses griffes sur les pierres acérées.

Et pour autant, Veovis ne fuyait pour la fierté de son sang et la grandeur de son Màr. Non sans audace, elle filait à tire d’aile pour s’assurer que Thémos ne la rattraperait pas, là, où il n’auraient d’autre choix que de rouler dans la poussière et de s’accoupler comme les loups au clair de lune. Elle dévorait les montagnes pour fuir vers la mer.

Nul besoin de témoin pour leur étreinte. Nul autre écho que leurs ombres massives dans l’eau glacé. Un ciel pour eux deux et une nuit pleine de promesses.



Eléderkan Garaldhorf
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MessagePosté le: Mer 2 Mar 2016 - 23:53 Répondre en citantRevenir en haut

Aucun des deux Liés ne songeait à sa moitié d’âme à cet instant. Elfe comme dragon parvenaient encore à esquisser les contours de leur corps respectif, à se mouvoir sans que l’un ne soit emporté trop loin dans les émotions de l’autre mais la frontière entre leurs psychés, déjà mince de par leurs longues années de vie communes, se fragilisait de seconde en seconde.

Eléderkan avait l’impression de perdre la tête. Sa raison lui criait de cesser son jeu ridicule, de prétexter une affaire urgente, de repousser les avances de la dirigeante de son clan, ou de fuir, tout simplement. Cette voix faiblissait, cédant le pas à des émotions qu’il ne connaissait que trop bien mais qu’il ne pouvait plus ignorer. S’il avait vraiment voulu éviter cet écueil, il aurait commencé par refuser l’invitation à ce fameux rendez-vous, à Lòmëanor. Thémos n’était pas le seul coupable, même si le Bronze aurait été plus que ravi de porter toute la culpabilité de cette jolie erreur qui promettait beaucoup d’amusement. Eléderkan avait cédé. Il était désormais trop tard pour faire machine arrière. Ni son orgueil, ni la volupté vorace d’Annah ne sauraient souffrir la moindre incartade à cette invitation. Le désir grandissant à l’ombre des promesses, il devenait aisé de deviner la suite des événements – si tout se déroulait comme prévu.

Que Thémos remporte cette manche ou se fasse damer le pion, peu importait. Eléderkan Garaldhorf ne comptait pas laisser qui que ce soit lui voler la jeune femme en cet instant.

Le Maître Bronze se tut. Les mots n’apportaient rien, sinon tricherie et malice. Il n’en avait pas besoin. Apparemment, Annah eut la même pensée. Ses gestes se passaient d’explications. Elle s’agrippait à sa veste, le tirait vers l’intérieur de son weyr avec une fermeté toute féminine. Un gant de soie pour des griffes pointues. Il manqua trébucher. Se vexa de son mauvais pas aussi vite qu’il se réjouit d’entendre la porte claquer doucement dans son dos. Ils étaient enfin seuls. Loin des regards. Tout le Màr Tàralöm pourrait bien chercher à apercevoir la Liée de cette reine mise l’honneur, nul n’aurait cette chance, excepté l’elfe blanc.

Les battements d’ailes d’un géant de cuivre faisaient trembler les murs de sa raison. Annah approcha ses lèvres. Il s’empara de sa bouche à l’instant où Thémos surgissait au-dessus de la mer, talonnant l’Incarnate qui narguait les innombrables spectateurs de son premier Vol Nuptial, en s’éloignant du Kaerl.

Thémos avalait les distances aussi vite que ses ailes le lui permettaient. Il suivait sa propre trajectoire, tandis qu’il volait presque aux côtés de la jeune reine. Il était le dernier prétendant encore en lice. Les autres avaient abandonnés ou n’avaient aucune importance à ses yeux. La grande étendue d’eau salée – que les hommes appelaient l’océan - recouvrait l’horizon. Il détestait survoler l’océan. Car il n’offrait aucune prise, aucune échappatoire. Peut-être était-ce là la vraie raison qui poussait Veovis à arpenter ce désert aquatique. Il n’y avait nulle part où se cacher. Dans cette plaine instable qui relevait du défi.

Dans l’esprit du grand mâle naissaient par instant des images et des sensations qui ne lui n’appartenaient pas complètement. Il devinait qu’il s’agissait d’Eléderkan, que son Lié empiétait doucement sur sa propre flamme. Il se vit enrouler la main autour de la nuque fragile de la sans-écaille. Il sentit la barrière des étoffes comme une entrave insultante. Il perçut le frémissement impatient des doigts sur la peau satinée du Haut-Représentant. Il éprouva la chaude souplesse de ce corps mince plaqué contre le sien, qu’il pouvait entourer d’un seul bras. Sa main fouilla parmi les cheveux rouges, les empoignant, resserrant sa prise, rapprochant Annah de lui…

Le Bronze rugit. Il chassa rageusement ces sensations étrangères. Eléderkan n’avait aucune place dans cette danse. Qu’il reste à ses jeux avec la dame d’Innd’velyn, lui-même avait beaucoup mieux à accomplir. Sa promise se rirait de lui s’il échouait. Les plus tenaces des autres mâles ne se trouvaient pas encore assez loin à son goût pour qu’il se permette des fantaisies inutiles. Un autre candidat s’était déjà vu gratifié d’une estafilade de sa part. Le vol ne toucherait à sa fin que lorsque la reine écarlate le déciderait. D’ici là, il devait se battre pour espérer gagner ses faveurs. Il était un conquérant dans l’âme. Thémos fils de Tintaglia ne renonçait jamais.

D’une rotation périlleuse qui l’obligea à tremper ses serres dans cette mer orientale, le dragon s’éleva en piqué, telle une flèche lâchée trop haut. Il se retrouva bientôt aile contre elle avec l’Incarnate. Sa manœuvre le lança plus haut encore. Il surplombait Veovis, ce qui était tout aussi audacieux que dangereux. Un frisson de plaisir anticipé lui parcourut l’échine. Il se laissa légèrement distancer pour éviter que l’objet de ses désirs ne reste dans son ombre. Le soleil éclatait en myriade d’étincelles en se jetant sur l’émail carmin de la reine. Thémos émit un grondement sonore mais dénué d’agressivité. Pareil au ronronnement d’un gigantesque fauve. Il allongea le cou jusqu’à frôler la nuque de Veovis du bout du museau. Attendant son bon plaisir.

Délesté de sa veste d’azur dont il était si fier, Eléderkan enserrait le corps délicat d’Annah et en découvrait chaque parcelle comme le ferait un navigateur expérimenté avec une carte nouvellement explorée.
Sous la clarté aveuglante de Solyae se reflétant sur l’océan, Thémos titillait la jeune reine rouge avec la malice et la témérité du corsaire partant à la découverte de nouvelles terres aux confins du monde.



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MessagePosté le: Jeu 17 Mar 2016 - 14:06 Répondre en citantRevenir en haut

Qu’on se le dise, Annah Innd’velyn avait forgé toute son existence durant les fers de sa propre prison, ne s’autorisant à vivre et à penser que derrière le rideau malicieux de feints sourires. Et l’arrogante Incarnate, si prompte à s’offenser de cet état de fait, n’en avait pas moins joué à son compte, toisant les relations fragiles qu’entretenait sa liée, targuant d’inutiles leurs protagonistes. Mais Veovis était loin, assez pour qu’Annah se moqua du jugement d’un dragon, et à la fois si proche, que la Fëalocë aurait ressenti le désir de mordre quiconque aurait voulu la détourner de la voie qu’elle s’était choisie.

Et Annah n’avait pas le coeur à se convaincre que ce n’était qu’une amourette de plus, la réponse nécessaire à une faim insatiable. Si elle avait voulu que cela cessât et rien de plus, il lui aurait suffit de compter les étoiles dans le ciel glacé, assise sur le rebord de son Weyr. Une fois Veovis honorée, ses pensées volages s’apaiseraient, et le tumulte flamboyant qu’elles créaient dans l’esprit de sa liée s’éteindraient comme une bougie soufflée par une bourrasque.

Seulement, la Fealocë ne voulait pas sentir cette flamme s’épuiser jusqu’à périr, elle la voulait vibrante et vivace, aussi vorace que cette colère qu’avait suscité en elle le maître bronze. Elle étouffa un rire et se fendit d’un sourire ravageur. Une dernière provocation, une dernière occasion de ne pas s’enfuir par cette porte close. Un dernier mensonge éhonté, au plaisir de se croire une proie facile, ou un caprice dont elle n’avait cure.

Et au delà des flots, Veovis déployait la même hardiesse insolente, s’échinant à fuir, prétendant encore que l’échappatoire était une fin enviable, et plus désirable qu’un ballet sous les étoiles. Annah lui abandonnait sans regret le soin de mentir pour deux. Elle ne se sentait ni la force ni le devoir de nier qu’elle était une femme désarmée, victime du délicieux désarroi de ses propres désirs. Elle l’avait choisi et il avait eu mille occasions de se dérober, officiellement ou officieusement. Sa place au sein de leur clan ne suffisait pas à lui donner l’ascendant sur lui, pas plus que le poids des années dont ses traits se riaient ne lui offrait de prise sur elle.

Plus tard, elle se dirait peut-être qu’il n’était qu’une proie alléchante car elle n’avait rien d’autres à lui offrir que ses propres charmes et nulle autre promesse que l’étreinte de ses bras. Sur l’instant, elle s’en moqua, l’aidant à se dévêtir, prétextant de la tiédeur ambiante, dégraffant sa propre robe d’une main habile - l’instant lui paraissait mal choisi pour chercher à découvrir si Eléderkan avait quelque expérience dans l’effeuillage d’une dame, et Annah n’en avait cure, elle ne voulait rien savoir de ses amantes passées.

Veovis avait en cela, une vision plus ouverte. Les couvées données au Màr par Thémos étaient un gage de bonne fortune pour ses dragons à naître, et elle était flattée qu’il jugea nécessaire pour leur espèce de mêler leurs sangs, comme si, aussi fabuleuse qu’ait été jusqu’alors sa progéniture, ce n’était qu’un brouillon, une esquisse d’un prodige à venir. Et l’Incarnate infléchit son vol, jusqu’à frôler les flots sans les toucher, usant de l’absence des courants ascendants pour feindre la fatigue. Elle aurait pu le semer jusqu’à l’orée de terres lointaines s’il l’avait fallu, mais les dragons n’étaient pas bêtes à s’accoupler au sol comme des proies. L’Incarnate avait beau être inexpérimentée, la voix de ses ancêtres lui suggérait de céder. Un battement d’aile après l’autre. A peine moins de force.

Le Bronze ne se mêla pas à sa parade mensongère. D’une manoeuvre habile, il nargua les flots pour ensuite se porter à sa hauteur, et la surplombant, pousser la hardiesse jusqu’à frôler ses écailles. Ce contact l’électrisa et l’incendia à la fois. Veovis ne se concevait pas comme une proie facile. Elle était reine d’écailles et Thémos n’était rien de plus qu’un de ses prétendants, aussi insignifiants que les dragons rachitiques et patauds qui avaient répété son appel à travers les pics de cendres. Et pourtant, mêler son vol au sien lui paraissait plus désirable que de demeurer la jouvencelle intouchée d’une citadelle imprenable.

Annah Innd’velyn n’avait pas les mêmes scrupules. Elle avait balayé au lien les sentiments parasites de sa liée comme elle aurait déblayé une table encombrée d’un revers du bras. Les appétits de sa reine ne sauraient satisfaire les siens. L’heure de se réjouir pour le Màr et la couvée à naître viendrait. Elle ouvrirait probablement la bouteille de vin exquise d’un certain maître bronze.

Pour l’heure, elle n’éprouvait que le besoin égoïste de s’abandonner entre les mains de l’Elfe, de l’attirer d’une caresse suggestive dans un territoire dont elle prétendait si odieusement ne rien savoir, ou si peu. Elle fut soulagée de le découvrir différent de Martel - combien de fois avait-elle imaginé qu’il serait là en cet instant ? - et plus encore de s’apercevoir que cela ne la décevait en rien. Dans un écrin de velours, de satin et de mousseline, dans l’ambiance tamisée d’un Weyr déserté de son dragon, les deux amants s’emparèrent de ce qu’ils estimaient leur revenir de droit.

Veovis avait l’âme trop prompte aux flammes pour ne pas s’insurger du peu de retenu de sa liée et de sa manière de s’approprier sa nuit. La dragonne aurait été prête à jurer que, sans son vol nuptial, Annah aurait continué de papillonner des cils sans plus de résultats, en omettant bien sûr d’admettre qu’elle était l’un des principaux obstacles aux manoeuvres de sa liée… La présence insolente de Thémos au-dessus d’elle dissipa bien la rage de l’Incarnate. Elle ignora les pensées volubiles de sa liée pour répondre à l’appel du dragon.

D’un battement d’ailes puissant, elle vint se coller à lui, se laissant juste assez de marge pour pouvoir voleter et planer sans chuter. D’une pression de la tête, elle l’incita à gagner les cieux, là où leurs acrobaties ne risqueraient pas de les faire choir. S’il restait encore des concurrents en lice, assez téméraires pour pouvoir se croire dignes de l’Incarnate, ils pourraient voir, là où les lunes se contemplaient dans les eaux sombres aux confins du monde, que la bataille avait été vaillamment remportée par un Bronze victorieux couvrant une reine aux écailles couleur de sang.



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MessagePosté le: Mer 13 Avr 2016 - 20:49 Répondre en citantRevenir en haut

Tandis qu’Annah dégrafait sa robe d’une main légère, Eléderkan se força à rester immobile. Ses mains reposaient sur les épaules de la jeune femme, sagement, presque chastement… Douce illusion. Un frémissement parcourait ses doigts avides de continuer leur exploration. Il ne doutait pas de l’expertise de sa nouvelle conquête. Si son joli minois de jouvencelle pouvait en abuser plus d’un sur son innocence, lui-même n’y croyait pas. Il ne la jugerait pas sur ce point. S’il connaissait vaguement le milieu de la noblesse conservatrice de la plupart des nations – au moins par le biais d’un parchemin d’Histoire -, il s’accordait à dire que ces considérations n’avaient plus leur place au sein du Màr Tàralöm. Une femme, pour peu qu’elle soit forte et douée de raison, pouvait agir à sa guise.

Surtout si une colossale dragonne de grenat marchait dans ses pas.

Le sourire de la fëalocë happait sa concentration. La nature l’avait généreusement dotée de charme et de beauté, comme seules pouvaient en être dotées certaines femmes de sa race. Une rivière de feu pour chevelure et pour fluide sanguin. L’elfe imaginait son Lié rire de lui, se gaussant de sa prudence comme de sa soudaine timidité – qui n’en était pourtant pas une -. Le souvenir de ses précédentes liaisons refit rapidement surface. Avec un peu de recul, il s’apercevait que les fëalocës l’attiraient davantage que toute autre femme. Troublant.

Il se débarrassa de la barrière des étoffes qui paraissait jusque-là insurmontable. Ses gestes faisaient écho à ceux d’un Bronze fendant les nuages pour révéler l’éclat de sa promise. Eléderkan eut une fraction de seconde d’hésitation. Qui lui fut presque fatale. L’image d’Ismira surgit devant ses yeux. Et disparut aussitôt. Non, ce souvenir-là n’appartenait qu’à lui et à l’Oracle. Cette enchanteresse défunte faisait partie du passé. Il ne profanerait pas sa mémoire. Il avait déjà assez pleuré sa mort. Dorénavant, il apprenait à vivre sans respirer le même air qu’elle. Chacune des femmes dont il avait partagé le lit méritait un peu d’honnêteté de sa part. Même cette peste dominatrice de Darlana…

Face à ce que lui offrait Annah Innd’velyn cette nuit, il pourrait prétexter plus tard avoir été embrasé par les émotions tumultueuses de son Lié. Que l’ardeur de Thémos et le corps tentateur d’Annah étaient les seuls responsables. Comme cela avait déjà été le cas auparavant lors de quelques Vols Nuptiaux. Il connaissait ce phénomène. Il partageait son existence avec un Bronze depuis trop longtemps maintenant pour faire semblant de ne pas comprendre. Mais il n’avait pas envie de comprendre le soupçon d’autre chose qui se déroulait ici. Pas ce soir. Car ce soir, il ne voulait qu’elle.

Il tut ses pensées et s’empara de nouveau des lèvres d’Annah. Faisant mentir une fois de plus sa réputation d’homme au cœur de glace, Eléderkan dévorait le souffle de la fëalocë tout en laissant courir ses mains.

Au-dessus de l’océan, bien loin des agissements des deux amants, Solyae semblait rire de ces anciens compagnons des Valherus honnis. L’écho de son rire lumineux ricochait sur les écailles de rubis et de cuivre, esquissant les contours d’un duel plus charnel que poétique, qui se déroulait dans un ciel assujetti à sa bienveillance. Thémos et Veovis disparurent bientôt au-delà des nuages, avec pour seul témoin de leur étreinte un astre malicieux. Dès lors que le grand mâle avait rattrapé la reine et que celle-ci avait infléchi son vol jusqu’à ne prêter attention qu’au mâle choisi, les derniers candidats rescapés surent que la partie avait été perdue pour eux. L’air vibra de rugissements rageurs mais aucun dragon n’osa troubler davantage la danse.

Le Vol Nuptial touchait à sa fin. Solyae grimaça une dernière fois sur les ailes soyeuses des danseurs avant de s’éteindre derrière l’horizon. Il y avait eu un vainqueur. Et des vaincus. Vaincus par leur désir comme par l’instinct, Incarnate et Bronze mêlèrent leur vol aussi étroitement que possible, glissant écaille contre écaille, serre contre serre, aile contre aile. L’instant serait aussi bref que magnifique : il ne trouvait grâce aux yeux des dragons que dans la brièveté de sa gloire. Un fragment d’éternité n’avait de valeur que pour ceux qui le contemplaient.

Lorsque Thémos s’éveillerait, plus tard, il poserait un regard serein mais taquin sur la dragonne incarnate à ses côtés. Pas une pensée échangée. Pas un cri pour narguer le Kaerl de sa réussite. Il se satisfaisait de sa victoire. Il lui avait promis d’être digne de sa compagnie et d’être le seul capable de l’atteindre lors de son premier Vol Nuptial. Il avait tenu parole. Cette nuit, Veovis fille de Lye’Den fut sienne.

Eléderkan ouvrit les yeux dans l’obscurité. Les émotions rassasiées du Bronze le laissaient en paix et il s’autorisa un sourire. Il sentait la présence d’Annah non loin. Peut-être parce que les draps avaient imprimés son odeur et sa chaleur. Sa longue main pâle chercha son contact. Il chercha la trace du regret, ou même du dégoût, dans son âme. Il se surprit à ne pas être déçu d’avoir de nouveau cédé à l’instinct draconique. Il fallait avouer que la nuit précédente avait été beaucoup plus agréable que d’autres passées à errer dans une nature déserte ou dans un lupanar d’une autre contrée, avec spiritueux et opium pour seuls interlocuteurs.

Comme souvent dans ces instants figés dans le temps, entre le rêve et l’éveil, il éprouvait la même sensation étrange. Toute expression superflue quitta son visage. Loin du regard d’autrui et de son rôle pour le Màr, l’elfe paraissait enfin tel qu’il était. Ses doigts s’étirèrent pour caresser l’épiderme satiné de son amante.

- J’ai cru que nous étions en train de voler, nous aussi, murmura l’ancien pirate et seigneur d’Ys d’un ton grave.

Cette phrase semblait si idiote une fois proférée. Peut-être aurait-il dû s’abstenir. Peut-être n’aurait-il pas dû non plus partager les faveurs du Haut-Représentant de son propre clan. A vivre trop prudemment pendant trop longtemps, on en oubliait parfois le goût du risque.



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MessagePosté le: Lun 13 Juin 2016 - 17:33 Répondre en citantRevenir en haut

Allongée sur la berge sableuse, Veovis gardait des distances prudentes. Au Màr, l’on se souviendrait probablement que plus d’une fois, l’Incarnate s’était laissée approchée par le Bronze, ou, plus insultant, qu’elle avait recherché sa présence, par des artifices ô combien maladroits. La Reine ne se laisserait pas dire qu’elle avait choisi Thémos ou qu’elle avait provoqué l’alchimie de cette nuit.

Il avait mérité sa place à ses côtés. Elle n’avait pas cherché à favoriser son ascension et pourtant, elle était soulagée que ce soit lui qui l’honorât.

°Tu te tortures l’esprit car il n’est que le premier. °
ricana Annah, encore grisée par sa nuit tumultueuse.

° Une partie de l’avenir du Màr découle de ma couvée à naître, tu ne peux traiter cela à la légère. ° s’indigna la dragonne, avec un calme glacé qui ne lui ressemblait pas, comme si toutes les flammes qui l’habitaient avaient été soufflées par l’effort.

° Et crois-tu que Thémos n’a pas de griffes et de crocs assez acérés pour défendre l’honneur de votre lignée ? Qu’il y aura moults dragons assez fous pour oser clamer qu’il t’a cueilli sur les corniches des Dôl Nàrë sans effort et sans lutte ? °

L’Incarnate s’accorda le temps de la réflexion, glissant un regard d’eau profonde vers le dragon bronze.

° Non, je ne doute pas de lui. Mais tu le défendrais moins vaillamment si tu n’avais pas quelque intérêt à conserver l’attention de son lié. Et ne me parle pas de politique.°

Ce dernier avertissement grondait comme un roulement de tonnerre, mais Annah n’en avait cure. Aussi puissante et dangereuse que pouvait être Veovis, quelque fut le droit qu’elle exigeait sur ses jours, Eléderkan était hors d’atteinte de ses foudres. Avait-on jamais vu une reine s’en prendre au lié de son consort ? Voilà qui serait risible, même de la part d’une orgueilleuse reine incarnate...

Annah Innd’velyn n’avait pas les mêmes scrupules que sa liée. Rares étaient ceux de ses amants à partager ses draps de satin. Veovis en tolérait bien peu, et il fallait que la Fëalocë ait bu plus qu’un peu pour renoncer à la prudence la plus élémentaire de ne pas choisir ses appartements comme lieux pour ses ébats.

Mais la Fëalocë n’avait pas jeté son dévolu sur Eléderkan pour le luxe appréciable d’excéder Veovis sans avoir à craindre de représailles. La vérité était aussi cruelle qu’évidente : ils s’étaient choisis par la folle humeur de leurs moitiés d’âme, mais n’avaient pas besoin l’un de l’autre. Ils avaient leurs propres cercles, leur propres ambitions, leur propre sphère d’influence dans la mécanique bien huilée de la politique du Màr. Leur appartenance au même clan était un simple détail, une coïncidence fréquente au sein du kaërl quand on y réfléchissait.

Une main tiède contre ses reins la tira de sa torpeur, elle frémit imperceptiblement à son contact. Elle se tourna vers l’Elfe, délogeant les draps froissés dans une corolle de satin. Maintenant que l’aube menaçait de poindre, que restait-il de leurs étreintes ? Avait-elle encore le droit de glisser la main sur son corps ?

Annah se redressa à demi. La jeune femme qui se dissimulait d’aventures sous soieries et velours se moquait bien d’offrir à la vue sa nudité.

« Je ne crois pas. » répondit Annah avec circonspection.

« Voler me paraît tellement banal... » murmura la Fëalocë, avant de détourner les yeux, refusant d’afficher sa faiblesse, et surtout, redoutant de lire la raillerie dans son regard à lui.

Plus d'une fois, elle avait cédé aux caprices de Veovis pour embrasser le ciel mais cette ivresse mêlée d'effroi n'avait rien de comparable avec la nuit écoulée. En vol, naissait en elle le désir de regagner la sérénité du sol. Avec Eléderkan, elle n'aurait pas voulu qu'une main la secourût dans la chute vertigineuse où elle s'était abandonnée. Mais de lui, elle savait ne pouvoir exiger aucune exclusivité. Combien de femmes avant elle l’avaient courtisé, dans l’espoir d’une ascension sociale au sein du Màr Tàralöm ? Ils valaient mieux qu’ils en restent là, leur honneur à tous les deux était sauf, ils n’avaient pas besoin l’un de l’autre.

« Au moins nos liés reconnaîtront-ils peut-être enfin qu’ils n’ont pas besoin de nous pour organiser leurs petits rendez-vous… » reprit Annah, sur une pente moins glissante, taisant la véritable question qui lui brûlait les lèvres : eux, avaient-ils besoin de leurs liés comme excuse pour se voir ?

S’il partait maintenant, drapé dans sa superbe, elle était assurée de le revoir sur les sables des cavernes au jour de l’Empreinte. Et pourtant, elle n’était pas sûre de s’en satisfaire.

° Ton mâle vaut moins que le mien, s’il laisse filer une femelle sans descendance. °
s’immisça Veovis, et Annah dut se mordre la lèvre pour s’interdire de sourire.

Annah se leva à regret, car il lui était intolérable d’avouer ouvertement qu’elle attendait davantage de son amant d’une nuit. Elle revêtit une robe de mousseline rouge d’une légèreté indécente, trop transparente pour avoir jamais été pensée pour l’extérieur et s’excusa au motif de devoir faire du thé. Ce qu’elle fit, non sans avoir au passage -et dans la pièce adjacente - dompté à la brosse ses mèches cuivrées éparses.



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MessagePosté le: Lun 19 Déc 2016 - 00:00 Répondre en citantRevenir en haut

Il aurait voulu que cet instant dure une éternité. Tout était parfait. La lutte achevée, les désirs inassouvis comme les souhaits inavouables enfin libérés, la perfection du moment s’incarnait dans l’achèvement, ici, sur cette plage. Même si, à bien des égards, il ne s’agissait encore une fois que d’un commencement. Il y aurait bientôt une nouvelle couvée offerte pour assurer la pérennité du Màr Tàralöm. Les uns verraient dans ce miracle de la vie un auspice favorable aux ambitions de l’Inquisiteur Suprême, d’autre la marque d’un certain confort recherché dans le Clan Introverti face à la précédente couvée issue de l’alliance des Dominants et des Valheriens. Des chimères, des rumeurs, des potins dont le Kaerl allait se nourrir pendant des années, peut-être des siècles si les dieux se montraient joueurs.

Thémos coula un regard verdoyant où se mêlait encore des étincelles de convoitise vers sa compagne d’une nuit. Et quelle nuit ! Fabuleuse, au milieu des étoiles pour spectatrices de leur danse, un fragment d’éternité consacré à eux-seuls, les véritables acteurs de cette pièce. Bien que ses instincts – ainsi que son vastement encombrant orgueil – soient repus, le Bronze ne pouvait s’empêcher de contempler la reine à ses côtés comme davantage qu’une récompense. Dragon très sociable, il ne se montrait jamais dupe – sauf par jeu – dans les relations avec ses pairs. Il provoquait volontiers la colère et l’indignation seulement pour fuir les affres de l’ennui. Il avait beau se moquer de tout et de tout le monde, il n’en demeurait pas moins un fin observateur. Il savait comment fonctionnait la plupart des créatures intelligentes – ou à peu de choses près – de ce monde. Il connaissait bien le prix à payer pour chaque action : rien n’était gratuit, rien n’était sans conséquence. On n’obtenait jamais rien sans donner quelque chose en retour. De fait, il savait que remporter le Vol Nuptial de Veovis ne faisait pas d’eux des amis pour autant. Il savait, même s’il avait eu l’honneur d’être le premier, qu’une longue liste de mâles plus ou moins respectables gagnerait les faveurs de la jeune Incarnate. S’il enorgueillissait d’avoir été le premier à la faire plier sous son charme, il éprouvait également une faim nouvelle. Entretenir la conversation avec la mère de sa couvée n’était certes pas une nouveauté mais profiter de la compagnie de Veovis de cette façon, eh bien… Voilà qui s’avérerait inédit.

Et donc follement amusant.

° Tu pouvais t’épargner la peine de parler si c’était pour dire de telles banalités à une femelle… Laquelle ne sera sans doute pas le moins du monde honorée d’une progéniture ! Remercie la sélection naturelle !
Tu es réveillé…
Bien sûr ! Toujours prêt à t’éclairer de mes lumières.
Merci mais je n’ai pas besoin de tes conseils… Concentre-toi sur ta propre compagne et laisse-moi m’occuper de la mienne, veux-tu ?
A ton service ! °


Si un dragon avait pu faire un clin d’œil, Thémos l’aurait fait sans hésiter.

Dans l’élégant lit défait, la belle s’échappa avec la souplesse qu’une anguille. La fermeté de son ton renvoyait des échos trop sérieux dans l’esprit de l’elfe encore allongé au milieu des draps précieux. Il n’aimait pas la gravité de cette voix. Il la préférait suave, languissante comme un fauve au repos, comme avant. La Maîtresse Incarnate commençait déjà à prendre ses distances. Le respect restauré, leurs titres replacés tels des boucliers face au monde des sentiments, Annah Innd’velyn s’esquivait. Elle usait de propos à la fois froidement banals et encore témoins de l’intimité partagée. Le paradoxe sautait aux yeux.

- Si nous parions là-dessus, nous avons déjà perdu la partie. Thémos se fera toujours un malin plaisir à faire l’inverse de ce qu’on pense qu’il fera…

Faisant fi de sa propre nudité, Eléderkan se redressa à son tour. Il vit Annah détourner les yeux et disparaître en prétextant faire du thé. Comme elle quittait son champ de vision, le maître-espion sentit le doute s’insinuer en lui. Il avait cru, peut-être un peu naïvement – à sa grande honte -, que cette nuit avait contenté sa partenaire. Qu’elle avait aidé, en quelque sorte, à faciliter les prochains Vols Nuptiaux, à libérer la jeune femme sur un point qui deviendrait très vite essentiel dans son existence. Avec un soupçon d’orgueil, Eléderkan avait également voulu croire que cette nuit avait brisé un carcan de froideur entre eux, qui favoriserait plus tard des discussions plus sereines et avec moins de faux-semblants, sur l’avenir du Clan ou même du Kaerl. Il manquait cruellement d’alliés. De véritables alliés, à l’intellect développé et qui n’étaient pas – trop – tentés par le pouvoir absolu.

° Un bel idiot. Voilà ce que tu es. Cesse de penser avec ta tête ! Tu vas tout gâcher ! °

Y compris et surtout lorsqu’Eléderkan ne parvenait pas à mettre des mots sur ce qu’il ressentait, le Bronze savait mettre la griffe à des endroits stratégiques, pour remuer l’âme de son Lié et extirper de lui toute émotion intéressante. Même dans sa jeunesse, l’elfe apprenait à camoufler ce qu’il ressentait avec tant d’habilité qu’il s’était surpris plusieurs fois à rester de marbre devant ce qui aurait dû l’émouvoir. Il n’y avait que Thémos pour être capable de faire resurgir les violentes passions, pour mieux les cultiver, depuis les tréfonds glacés d’une existence aussi brève que tumultueuse.

L’Inquisiteur Suprême réprima sa première impulsion : celle de rabrouer pour la énième fois son Lié. En lieu et place, il chassa son irritation, prit une grande inspiration et se leva. Il ramassa une partie de ses effets personnels et accomplit l’effort minimal en se vêtant d’un pantalon. Toute étoffe lui paraissait une barrière inconfortable après ce qu’il venait de se passer. Les choses allaient rapidement revenir à la normale. Le Kaerl Ardent verrait dans cette étreinte une alliance temporaire mais sûre, ainsi qu’une prochaine couvée. S’obligeant à envisager sous un angle différent la situation, Eléderkan s’aperçut que cela ne le satisfaisait pas. Il voulait davantage, sans parvenir toutefois à exprimer correctement ce que c’était.

- Savoir faire le thé est un art dans certaines nations... Tu es une vraie maîtresse de maison. Toujours à penser à tout. Curieusement, le thé n’est pas la première chose à laquelle j’aurais pensé au réveil.

Eléderkan regardait Annah droit dans les yeux, sans ciller. Telle une apparition entourée de flammes, la fëalocë dans son écrin de mousseline écarlate apportait le thé, avec toute la dignité possible face à un invité un peu particulier. Elle s’était coiffée, reprenant des habitudes dignes d’une éducation sur le paraître. Le tutoiement était venu naturellement. Après rapide réflexion, le Maître Bronze se montrait satisfait de son emploi. Le tutoiement abolissait une frontière. Il prit le plateau des mains d’Annah, le déposa sur une quelconque table ou même le bureau. Il attrapa la main satinée de la jeune femme et la porta à ses lèvres, sans la quitter des yeux. N’étant pas un grand romantique, il agissait en faisant remonter à la surface de vieux mécanismes galants. De ceux qu’il employait rarement. Il se força à adoucir sa voix, ce qui rendait son ton plus difficile à interpréter.

- Pour quelques minutes encore, tu n’as pas à te préoccuper du jugement d’autrui, Annah. Nous sommes dans ton weyr. Dis ce que tu penses.

Pour quelques minutes encore, Eléderkan espérait retrouver le goût de la complicité voluptueuse qu’ils avaient partagé. Quelque chose qu'il n'avait pas savouré depuis bien longtemps.



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MessagePosté le: Jeu 22 Déc 2016 - 16:06 Répondre en citantRevenir en haut

Veovis s’étira sur la grève, déroulant ses ailes immenses, laissant ruisseler sur leur membrane la caresse des embruns. Les flots l’attiraient moins que la chaleur de la terre, l’Incarnate n’avait jamais compris l’attrait que pouvait avoir sur les engloutis leur forteresse marine. Elle aimait jouir d’un ciel sans frontière, affectionnait les corniches ecarpées, pouvoir filer d’un bond prodigieux pour regagner les cieux. Elle aimait se croire sans attache et sankas contrainte, même si c’était un mensonge éhonté, étant ce qu’elle était, une reine incarnate du kaërl ardent.

Elle pouvait se redresser et s’en aller. Il ne la retiendrait plus. Leur danse s’était achevée sur un dernier acte triomphant, il était trop aguerri pour chercher à s’imposer, à dérober des honneurs fallacieux. La fierté lui revenait, d’avoir accaparé le vol et l’attention de la fille de Lye’Den. Mais la vérité était plus insidieuse, plus subtile, elle suggérait à la jeune reine de tracer sa route, de faire la sourde oreille aux murmures de ses aïeule. Assurément, toutes avaient connu des vols mémorables et des dragons d’exception - une Incarnate ne pouvait pas se vanter d’une alliance de seconde zone - mais les échos du passé n’étaient pas en droit d’exiger de ternir le présent.

L’incarnate se leva, laissant ses pattes massives tracer des sillons de terre, de sable et de poussière. Elle progressa avec lenteur vers le dragon bronze avachi, comme s’il se trouvait sur sa route, par hasard et par caprice. Elle mêla son cou tortueux au sien, jusqu’à le pousser du museau, doucement. Une simple invitation, qu’elle avait bien trop de fierté pour formuler par des mots.

Une invitation qu’elle ne répéterait pas. Elle s’envola d’un bond puissant, ignorant la protestation douloureuses de ses membres ankylosés. Qu’importent les courbatures, il lui faudrait se nourrir et compenser les folies de cette nuit…

~°~


Les choses n’étaient pas si simple. Aurait-elle désiré qu’elles le soient ? Annah Innd’velyn garda cette interrogation silencieuse. Veovis avait beau être d’humeur plus joviale que sa cruauté ordinaire, la Fëalocë ne savait que très bien qu’on pouvait s’y brûler sans même s’y frotter. Eléderkan n’était pas un dragon. Elle n’avait pas faim. Ni particulièrement soif, d’ailleurs. Le maître bronze n’était pas sot, il ne pouvait que lire entre les lignes… Ce n’était qu’une excuse qu’elle lui offrait, une occasion de prétendre qu’une tasse de thé relevait d’une nécessité vitale, plus primordiale que de regarder les choses en face.

La maîtresse incarnate n’avait collectionné que des amants d’un soir et des histoires sans lendemain. C’était bien plus simple ainsi. Même Martel, avait été son amant régulier mais rien de plus. Ils n’avaient jamais fomé de couple. Elle s’était toujours esquivée, drapée dans sa fierté, jouant à ce jeu dangereux où chacun prétend ne pas tenir à l’autre et se moquer des attentions partagées. Blesser plutôt que risquer d’être blessée… La présence de Veovis à ses côtés n’avait fait que légitimer ses inclinations.

Entre ses doigts tremblants, les tasses de porcelaine tanguait furieusement.

° Je ne sais pas pourquoi tu t’embarrasses d’un mâle qui ne te donnera pas d’héritier… ° s’immisça Veovis, moqueuse.

Mais l’Incarnate n’ajouta rien de plus. Ne menaça pas de tuer Elederkan ou de venir le chasser de son Weyr. Son Weyr. Sa décision. Qu’attendait-elle de lui ? Elle remplit les deux tasses et les emporta sur le petit plateau ouvragé.

Le maître bronze l‘interrompit. Sa slhouette d’albâtre indécente se découpait dans ce palais d‘or et de grenat. Mais le bois des meubles était de rare essence. Foncé, rougeoyant, précieux. Il eut un compliment et un reproche à demi-mot. S’en plaignait-il vraiment ? Qu’elle ait fait du thé ? Ou était-ce encore une ruse, l’acceptation de cette conversation creuse et sans fondement qui les sauvaient de la réalité du monde. Il était tellement plus facile de prétendre savoir que de comprendre ce qu’il avait en tête.

« Je dois pouvoir trouver du vin, si tu préfères. »

Un sourire fleurit à ses lèvres, aussi éclatant que l’écarlate de ses robes. Elederkan était toujours si grave, si sérieux… En cela, il ressemblait à son dragon plus qu’elle n’avait jamais ressemblé à la furieuse Veovis… Elle dut se faire violence pour ne pas baisser les yeux. Il ne l’intimidait pas le moins du monde, elle ne redoutait pas de se noyer dans son regard, seulement, elle avait tellement l’habitude d’offrir un visage égal et de se détourner, dissimulant ses émotions sous un linceul protocolaire.

Elle le laissa cueillir sa main et y déposer un baiser. A quoi jouait-il ? N’était-il pas un peu tard pour la courtiser comme une adolescente au premier bal de printemps après ce qu’ils avaient partagé ? Ce simple geste aurait suffit à lui mettre le rouge aux joues, en d’autres temps et d’autres lieux.

« Le jugement d’autrui m’importe,
riposta-t-elle sans se départir de son sourire. Je ne voudrais pas que tu trouves à redire à mon accueil. »

La demande d’Elederkan l’a prit au dépourvu. La sincérité était un luxe mal en vue au Màr Tàralöm. Annah rusa, se fendant d’un geste élégant, prétextant rajuster une des mèches immaculées du maître bronze, même si elle n’en avait nul besoin. Et ce faisant, ses doigts s’attardaient sur son épaule nue, exprimant ce regret que ses lèvres taisaient. Peut-être n’aurait-elle pas dû se lever...

« Je pense que j’ai le plus délicieux des Weyrs. Reviendras-tu ? »

Les affinités entre dragons étaient plus pérennes que leurs étreintes. Ils se satisfaisaient de deviser d’esprit à esprit. Annah n’avait de similitude avec sa liée que sa flamme intérieure, et ne pouvait se satisfaire de l’ennui d’un lit désert aux draps glacés. Mais mettre le grapin sur un membre du Concile ne pourrait être vu que comme une manoeuvre politique. Un caprice dangereux et stupide. Après tout, Eléderkan était de son propre clan...

Mais ils étaient seuls. Et il lui avait demandé de ne pas se soucier des autres.
« Je pourrais convaincre Veovis de ne pas te dévorer. » murmura-t-elle.





Dernière édition par Annah Innd'velyn le Jeu 23 Fév 2017 - 16:02; édité 2 fois
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MessagePosté le: Mar 21 Fév 2017 - 17:23 Répondre en citantRevenir en haut

Thémos étant ce qu’il était, un orgueilleux et colérique dragon – tout ce qu’il y a de plus banal chez un Bronze -, il s’était forgé petit à petit une réputation sulfureuse de fauteur de troubles mais aussi de redoutable adversaire. Il se pensait atypique, voulait s’extirper d’une masse faussement anonyme de mâles partageant un lien de sang avec lui : avec bienveillance bien qu’avec une once d’irrévérence, à distance respectable. Thémos voulait être unique. Se démarquer de ses pairs. Quelque chose qui avait trouvé écho, et même sa source, dans les pensées profondes de son Lié. Se faufiler entre les traditions pour mieux s’en moquer, pour mieux saisir les opportunités, voilà qui était sa spécialité.

Veovis semblait tacitement d’accord avec lui. Jamais il ne lui aurait forcé la main. Même après cette victoire, elle demeurait reine et on ne contraignait pas une telle créature à choisir quelque chose qu’elle ne désirait pas. Il la suivit du regard, sans bouger, tandis qu’elle passait près de lui. Il crut qu’elle allait passer son chemin, partir sans un regret, sans un souhait… Jusqu’à ce qu’il sentit ses fraîches écailles contre les siennes. Il se surprit à en être heureux. Il répondit à la caresse invitant à la suivre, déploya ses ailes, monta à l’assaut du ciel.

La fatigue nouait ses muscles endoloris. Cette maigre sieste ne lui suffisait pas. Mais Thémos n’aurait pas été ce qu’il était s’il avait refusé cette invitation. Trop curieux, trop fier aussi, il suivit la reine vers un terrain plus propice à la chasse. Un faim bien plus terre-à-terre grondait dans ses entrailles.

~¤°¤~

Reviendrait-il ? Cette question lancinante en appelait d’autres. Eléderkan avait demandé à Annah d’être sincère, de dire ce qu’elle pensait et il avait, dès lors, perdu le droit de lui contester ses paroles. Il se devait d’être honnête à son tour. Il avait conscience que ce n’avait pas dû être facile pour elle de se départir de son vernis politique. Il la sentait hésitante, presque fragile. Tous deux connaissaient les risques et les enjeux. Bien qu’issus de milieux différents, aux caractères diamétralement opposés, ils connaissaient la valeur d’une bonne réputation, du respect des coutumes silencieuses. Il y avait des choses à ne pas faire. Personne n’en parlait mais tout le monde le savait. Plus encore lorsqu’on vivait au Màr Tàralöm, en étant si proche des hautes sphères du pouvoir.

Reviendrait-il ? L’Inquisiteur Suprême manquait d’alliés. De grands personnages influents du Kaerl, aptes à redresser celui-ci, à le rend plus sûr et plus stable, plus puissant dans un sens. Des gens en lesquels il pouvait avoir suffisamment confiance sans craindre un poison glissé insidieusement dans son thé matinal. Maîtresse Innd’velyn dirigeait le Clan Introverti – son Clan -, aussi semblait-il naturel qu’ils restent proches sur le plan politique. Toutefois, à cause de leur rôle respectif, le Vol Nuptial pouvait être interprété de bien des manières, même s’il était maintenant trop tard pour s’en alarmer, la faute revenant aux dragons. Chaque geste, chaque mouvement de l’un comme de l’autre pouvait servir les desseins d’autrui. Ainsi en allait la vie en politique au sein du Màr.

- Peut-être devrais-je apporter un cadeau à ta Liée la prochaine fois. Est-ce que cela la convaincra davantage ?

Il frissonna. De la caresse de sa main sur son épaule, comme du sous-entendu qui venait de lui échapper. Plus rusé que spontané, il s’étonnait lui-même en se laissant aller de la sorte. Ses paroles avaient dépassé sa pensée. Loin d’être un choix judicieux, il savait qu’il n’aurait pas dû aller faire durer cette escapade plus longtemps. Il n’en avait pas besoin. Pourtant, il voulait plus. Il ne se satisferait pas de revoir Annah que lors des réunions du Concile ou de leur Clan. A vivre trop prudemment, son cœur racorni se lassait de tout. Et il en avait assez.

- Je reviendrais si tu souhaites me revoir. Et si le comportement de Thémos ne me fait pas trop honte, ajouta-t-il avec un frémissement ironique à la commissure de ses lèvres.

Une chance que son lié soit trop accaparé par l’Incarnate pour ne pas relever l’allusion.

Il ne lâchait pas la main d’Annah. Accentuant la pression, il entrelaça leurs doigts dans un geste étonnement naturel pour un elfe aguerri à ne pas trahir ses émotions. Eléderkan avait déjà trop sacrifié pour le Màr Tàralöm. S’affranchir de son rôle s’avérait plus déchirant que la plus terrible de ses vieilles blessures. Peut-être devenait-il sénile – bien qu’il en doutât – ou bien fou mais il trouvait excitant le fait de transgresser les règles implicites des Vols Nuptiaux.

- Le jugement d’autrui aura toujours de l’impact sur nos vies. C’est notre lot. Cela ne signifie pas pour autant que nous devons permettre aux autres de nous empêcher de vivre. Si tu me le permets, je souhaiterais que cette bulle d’honnêteté reste ce qu’elle est : quelque chose qui n’appartient qu’à nous. Le Màr n’a pas à mettre son nez dans nos affaires tant que nous le servons bien.

Il se tourna vers le thé, souleva légèrement la théière pour en humer le parfum. Il n’avait toujours pas lâché sa main.



Annah Innd'velyn
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MessagePosté le: Jeu 23 Fév 2017 - 17:15 Répondre en citantRevenir en haut

Veovis avait tendu ses pensées vers celle de sa liée. Une caresse infime, imperceptible, elle qui n’était que tempétueuses évidences. Annah ne prêtait pas le moins attention à elle. La dragonne jugea que c’était pour le mieux et s’écarta de sa moitié pour s’accaparer des instants qui n’appartenaient qu’à elle.

Si elle avait pris garde, la Fëalocë aurait pu la moquer, opposer à ses désirs frivoles la vindicte des dragonnes du passé. Combien de fois déjà, l’Incarnate s’était-elle ri des mâles, de leur présence inutile, de leur attentions futiles, rappelant sans cesse qu’ils ne servaient de rien une fois la parade achevée.

Au lieu de quoi, elle se cherchait des excuses. N’aurait-elle pas mille fois le temps de regretter l’immensité du ciel lorsqu’elle aurait pris possession des cavernes Flamboyantes pour y couver ses oeufs ? N’avait-elle pas mérité un peu de compagnie, alors que sa liée la délaisserait encore probablement des heures durant, au profit d’un mâle croisé dans un couloir ? Sa liée ne risquerait-elle pas de se sentir faible, si elle n’était pas là pour tenir tête au lié de ce dernier, et de lui rappeler que chez les dragons les reines menaient la danse ?

Autant de prétextes fallacieux qu’elle gardât pour elle mais qui apaisèrent quelque peu son humeur capricieuse. Sans consulter Thémos, elle prit la direction de la Sylve. Le vol serait long, mais ils n’avaient aucun impératif. Les mâles vaincus auraient tout le loisir de se regrouper et de chercher lequel des leurs manquaient à l’appel. L’Incarnate ne désirait pour un temps ni se donner en spectacle, ni exposer sa faiblesse. Car c’était là une leçon qu’aurait pu lui donner sa liée, si elle l’avait écoutée : il y avait toujours faiblesse dans la préférence.

Jouant comme une jeune dragonne impétueuse, elle vira dangereusement pour laisser le Bronze la doubler et voler dans son ombre prodigieuse, jouant à capturer la silhouette du dragon sur ses écailles écarlates. Puis d’un cri, elle l’appela, et fila à tire d’aile vers la promesse des bois. Son ventre avait beau crier famine, la promesse d’une chasse réussie suffisait à lui rendre sa folle énergie.

~°~


Il lui avait demandé de s’exprimer librement. Il était seul responsable des écueils qu’il avait ce disant créé sur leur chemin. Annah n’était pas aussi douée que sa moitié d’âme pour se réfugier dans l’hypocrisie de plaisantes excuses. Elle tendit son esprit vers sa liée, mais celle-ci était de toute évidence partie chasser et ne désirait pas lui apporter son soutien. Elle avait renoncé pour l’heure à considérer Eléderkan comme une menace à éliminer du Weyr de la Fëalocë et Annah ne devait sûrement que s’en réjouir.

Mais une part d’elle savait qu’elle n’aurait pas dû parler de la sorte au maître bronze. Bien sûr qu’il lui avait dit d’être sincère. Mais à aucun moment cela n’avait signifié qu’il fallait qu’elle le soit. Elle aurait pu se contenter de le remercier pour cette nuit. Se contenter d’un adieu sans parole et de la promesse silencieuse qu’il revêtait. Le Màr n’était pas assez grands pour permettre aux amants d’une nuit de disparaître comme s’ils n’avaient jamais existé. Elle aurait pu le laisser prétendre qu’il ne s’était rien passé, que leur proximité n’était mue que par des rouages politiques nécessaires à la pérennité de leur clan. Elle aurait pu prétendre de même. Elle n’en avait rien fait. Et il était trop tard, alors que le silence s’étirait, pour espérer reprendre des mots dans lesquelles elle avait mis un fragment de son âme, pour espérer les remplacer par d’autres, en les souhaitant tout à la fois plus mensongers et plus crédibles.

Elle se sentait aussi sotte que ce matin sur les sables où elle avait opposé à Veovis qu’elle n’avait pas besoin d’elle. Cela et d’autres choses à laquelle la dragonne qui lisait dans son coeur n’avait pu donner crédit.

Une douce euphorie la gagna à ses mots. Elle se permit de sourire. L’avantage d’avoir une réputation de vile charmeuse était qu’elle pouvait sourire tout son saoul sans avoir à se justifier. La réponse implicite la ravissait. La proposition l’amusait. Un cadeau pour Veovis… Même une charrette de carottes ne suffirait pas à la rendre aimable.

« Il serait plus efficace que Thémos la distraye. Veovis étant ce qu’elle est, je doute qu’il garde longtemps sa préférence, mais cela sera toujours moins dangereux pour lui que pour toi... »

L’Incarnate était sensible à la flatterie. L’idée n’était pas idiote en soi. Mais Annah n’était pas certaine d’apprécier de voir Eléderkan courtiser la reine rouge. La maîtresse incarnate avait beau exceller dans l’art de cacher sentiments et ressentiments, cela ne suffisait pas à l’épargner du joug de la jalousie.

« Je souhaiterais te revoir. »

La maîtresse incarnate attendit un instant, au prétexte de laisser ses yeux se perdre remonter de cette main qui capturait innocemment la sienne, le long de ce corps offert comme une invitation en suspens, jusqu’à ces lèvres auxquelles elle avait goûté jusqu’à l’ivresse.

« Aucune dragonne n’ayant jailli de l’interstice, je dois en déduire que ta présence sera toléree en ces lieux, reprit Annah, certaine de pouvoir retourner les principes discutables de sa liée contre elle. Et que le dragon qui partage tes pensées a été à la hauteur de ses prétentions. »

Annah eut un sourire mutin. Les doigts d’Elederkan trouvèrent les siens et cette délicate attention la saisit. Un instant, elle ouvrit de grands yeux étonnés. Il y avait plus de mystère dans ce geste pourtant anodin que dans leurs étreintes enfiévrées de la veille. Il pourrait prétendre que Thémos lui avait dicté sa fougue d’alors. Sûrement pas que son lié d’âme avait le coeur propice aux béguins d’adolescents.

Elle ne chercha pas à libérer ses doigts, elle porta leurs mains enlacé à ses lèvres et y déposa un baiser courtois, à la manière des dames des contes d’antan.

« Comme vous le désirez, maître Elederkan Garaldhorf, répondit Annah sur un ton léger, mimant ses manières appliquées habituelles. Alors, quel sujet d’importance suffisamment palpitant pourrait donc attirer à mes appartements l’Inquisiteur suprême du Màr Tàralöm ? »

L’impertinence éclairait le regard d’Annah. Elle qui passait la plus grande partie de son temps de parole à mentir, goûtait avec délice d’avoir pour une fois une connivence en cela.

« Le Clan Introverti devrait indubitablement investir de manière plus soutenue dans l’importation de vins de la péninsule d’Ys, énonça Annah avec un faux sérieux. Non, cela n’irait pas ou l’on croira que je cherche à faire venir Gwindor... Les complots de pouvoir ne sont pas une excuse acceptable. Ils nous attireraient plus de gêneurs que de liberté. »

Annah avait déjà bien assez de casseroles dans le domaine pour préférer raser les murs. Et d’un pas de danse, elle enroula leurs bras pour se lover contre lui.

« Thémos n’est-il pas un peu capricieux parfois ? Il pourrait vouloir que son lié garde un oeil sur la moitié d’âme de sa reine. On ne sait jamais, il pourrait arriver quelque chose à cette jolie jeune femme laissée sans protection... »

Et ce disant, elle usa de sa main libre pour servir le thé, avec une habileté étudiée, profitant de cette excuse facile pour masquer à demi le sourire sincère qui lui fleurissait aux lèvres.





Dernière édition par Annah Innd'velyn le Mar 4 Juil 2017 - 10:50; édité 1 fois
Eléderkan Garaldhorf
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MessagePosté le: Jeu 15 Juin 2017 - 21:51 Répondre en citantRevenir en haut

L’itinéraire semblait familier. Thémos se vantait de connaître chaque recoin, du plus périlleux au plus giboyeux, du plus sinistre au plus agréable, de l’île. Tol Orëa était son terrain de chasse géant depuis plus d’une trentaine d’années. Il ne faisait pas encore partie du club très sélectif – et légèrement déprécié – des vétérans écailleux du Màr Tàralöm, pour autant. Il avait suffisamment vécu pour savoir que la mémoire de ses aïeux ne représentait pas une source de renseignements aussi fiable qu’on aurait voulu le croire. C’était plus une sorte de guide, en fait. Son Lié l’avait contraint et forcé, contre vents et marées, à se forger ses propres souvenirs dans l’adversité. Dès la naissance, diraient certains. Son respect des traditions s’en était trouvé altéré.

Thémos mordait à l’hameçon négligemment lancé par Veovis sans un regret. Le grand mâle répondait aux caresses d’un vent glacé en se riant de la distance, se plaisant à imaginer les rugissements indignés de ses frères lésés dans le murmure strident de la bise s’infiltrant entre ses épines dorsales. Sans doute était-il fou. Mais, après tout, il ne faisait que répondre à l’invitation d’une reine. Qui l’en blâmerait ? Cela signifiait-il que Veovis était aussi folle que lui ?

Trop dragon pour être capable d’amorcer un mouvement définitif de rébellion, il suivit docilement l’Incarnate sans poser de questions. Il n’eut pas une seule pensé pour l’elfe jeté en pâture dans le weyr de la dame. Il respectait un minimum de distance avec la reine maintenant que sa présence n’était plus indispensable. Il y avait des limites à son effronterie.

Veovis joua avec lui. Déviant de sa route au dernier instant pour virer vers une Sylve bien connue. Il répondit à son cri par le sien, se propulsant à sa suite sans attendre, étendant ses ailes au-dessus de l’île familière qui les avait vus naître et grandir. Le grand mâle rêvait déjà de croquer un cerf tout vif mais il n’en oubliait pas pour autant la règle élémentaire de politesse en présence d’une reine : ne pas faire d’ombre à sa compagne de chasse. Il se contenta, en forçant insolemment sur ses muscles, d’effectuer une rotation dans les airs, espérant capter l’attention – l’amusement, l’admiration même ! - de la jeune reine. Il la frôla délicatement avant de gagner le sol.

Plongeant son museau dans l’eau d’un ruisseau serpentant sous l’ombre fertile de chênes plusieurs fois centenaires, il observait du coin de l’œil la faune effrayée prendre la fuite devant l’arrivée de deux gros prédateurs. Il guetta l’approche de Veovis, si elle souhaitait à son tour se désaltérer. Si elle s’approchait de trop, il serait tenté de gentiment l’éclabousser. En dépit de toute prudence, Thémos restait un grand joueur. L’instant se passait de mots. Le temps de la complicité entre l’Incarnate et lui était compté, ce qui ne rendait que le jeu plus excitant.

Son flair repéra sans mal quelque gros animal appétissant et il faufila son long corps à travers les arbres, les ailes repliées et le cou allongé, tous ses sens aiguisés tendus vers sa proie.

~¤°¤~

Immobile, le Maître Bronze contemplait cette flamme vive qui se mouvait sous ses yeux, pour ses seuls yeux. Ce qu’il voyait ressemblait à un mirage. Cette nymphe de feu s’agitait sous son regard, en une danse irrésistible et insaisissable. Elle n’était prêt de lui que parce qu’elle le voulait bien. A l’image de la dragonne qui partageait son âme, Annah Innd’velynh ne se donnait à personne, n’offrait son sourire ou sa conversation que selon son bon vouloir. Elle était une reine évoluant dans son appartement, aussi à l’aise au milieu des remarques anodines comme des sous-entendus plus dangereux et qui daignait le capturer dans ses filets pour son bon plaisir. Il constatait le péril de la situation sans pour autant se débattre pour s’en libérer. Il était aussi fautif qu’elle. On pourrait dire que le mal était déjà fait, par ailleurs. Le rapprochement s’était opéré durant la nuit quand les frontières du protocole – ou même simplement de l’instinct de survie – avaient été abaissées. Cependant, cela n’avait rien à voir avec ce qui se déroulait maintenant.

Leurs doigts entrelacés aspiraient à se fondre les uns dans les autres. C’était une cage dont ils acceptaient les barreaux. Le baiser déposé sur le dos de la main de l’elfe lui tira un sourire fugace. Eléderkan se brûlait à la flamme folle que représentait Annah, d’autant plus volontiers qu’il avait l’impression d’être plus vivant que jamais.

- Je laisse à Thémos le soin de plaire à Veovis, si cela convient à tout le monde : il saura mieux que moi égailler le quotidien de ta Liée… C’est ton avis qui m’intéresse. Si tu ne voulais plus me revoir, je comprendrais et je respecterais ton choix.

Il ne souhaitait pas plaire à l’Incarnate pour entrer dans ses bonnes grâces, ni même éviter ses foudres. Parce qu’elle était une reine et parce qu’il s’agissait de la liée d’Annah, il la respectait et ne ferait rien contre elle pour lui déplaire sciemment. Cependant, seul l’avis de la fëalocë importait réellement. Il feignait un retour en arrière pour mieux attirer à lui Annah, en évoquant l’horrible idée d’une séparation immédiate. Il voulait voir l’inquiétude dans ses beaux yeux gris, ce soupçon de doute et aussitôt après, il voulait revoir cette lumière maligne qui dansait continuellement dans ses prunelles – comme à l’instant. Il espérait la piéger comme lui-même l’avait été.

Il aurait été vain d’étendre ses pensées vers Thémos dans l’espoir de quérir son aide. Le dragon n’en faisait qu’à sa tête. Sans doute cherchait-il à séduire et à provoquer davantage Veovis en ce moment même, comme lui-seul savait le faire. Le Bronze ne répondrait pas à l’appel de son Lié à moins qu’un danger de mort imminente ne survienne.

Annah énumérait les raisons de leur prochaine entrevue comme on lit un registre de comptes sur le ton de la conspiration. Eléderkan s’émerveillait de la voir passer d’une idée à une autre. Il découvrait la logique de la Maîtresse Incarnate, pesait le pour et le contre de chaque proposition pour lui-même, retint un rictus à l’évocation des caprices de Thémos. Il sentait les parois de sa psyché remuer, jeter des braises sur ce qu’il restait de passion dans les tréfonds de son être. Il s’apercevait de la mortelle langueur qui l’enserrait depuis des années, sans qu’il en soit complètement conscient. Ses expériences passées, ses responsabilités, la personnalité de son Lié : tout cela le confortait de garder ses distances en toutes circonstances. Ce qui faisait de lui un être plus mort que vif, au fond. Il avait déjà vécu tant de morts… A chacune d’elle, il perdait un petit morceau de lui-même. Et c’était dans les instants comme celui-ci, dangereux mais ô combien délicieux, qu’il se sentait redevenir tel qu’il était autrefois et n’aurait jamais dû cesser d’être. Annah Innd’velyn lui donnait l’illusion d’être plus en vie que jamais.

- Prétexter les affaires du Clan se passe de commentaires. C’est la meilleure excuse, la plus crédible, que nous puissions trouver sans ajouter des travers déplaisants à nos réputations respectives. On nous laissera tranquilles. Nous n’avons pas besoin de justifier quoique ce soit s’il s’agit d’affaires internes…

Il hésita. Annah venait de virevolter d’un mouvement leste, grâce à leurs mains liées, pour se retrouver dans ses bras, collée à son torse. Il sentait les courbes douces et chaudes de son corps vibrer contre sa peau. Ce contact le brûla plus encore que ses paroles. Il aurait dû l’éloigner. C’eut été une sage décision. Mais aucun deux n’était sage aujourd’hui. Il se surprit à rire.

- Thémos est le plus capricieux des dragons ! Nul doute qu’il fera un parfait prétexte. Et volontaire, de surcroît !

Il la serra contre lui jusqu’à plonger son nez dans ses cheveux et respirer son odeur. Ce n’était qu’un bavardage sans conséquence, trahissant néanmoins le désir égoïste de posséder plus. Eléderkan voulait plus de cette entrevue, de ce vol, qu’une alliance nécessairement temporaire et une couvée d’œufs. Annah et lui semblaient d’accord sur ce point.

Il était possible que le Bronze influence par quelque manière vicieuse et détournée son Lié, puisque celui-ci s’étonnait de pouvoir entrer dans un jeu vieux comme le monde, qu’il n’avait guère approché depuis longtemps avec sincérité, tout en prenant soin d’étouffer sa prudence la plus élémentaire. Il n’y avait que ce maudit dragon pour être capable d’exciter la violence – sous toutes ses formes, de la plus vengeresse à la plus pure – chez l’elfe blanc. Ce dernier laissa le silence les envelopper tandis qu’il calquait inconsciemment son souffle sur celui de la jeune femme.

- Cet instant n’appartient qu’à nous.

Cet instant ou cette « chose »…
Sa voix avait été qu’un murmure soufflant dans le creux de son oreille. Il posa un regard songeur sur le service à thé et le parfum qui s’en dégageait. Annah ondulait contre lui pour manier avec dextérité la délicate théière : un exploit digne des grandes dames du monde. Un geste étudié qui n’en paraissait pas moins amusant dans de telles circonstances. Ils en étaient tous deux à se chercher, à s’apprivoiser, alors que la nuit précédente avaient fait voler en éclats des siècles d’amour courtois et de chastes sérénades. Les Vols Nuptiaux précipitaient singulièrement les choses. Il soutint le poignet d’Annah tandis qu’elle délaissait la théière, l’obligeant à se tourner à nouveau face à lui et se rapprocha de la table où étaient disposées les tasses. Dans un ultime sursaut de bon sens, il scruta les iris de la fëalocë en quête d’une quelconque duperie… Avant de finalement rendre les armes.

- Ne faisons pas refroidir ce thé, dit-il avant de l'embrasser avec douceur.


J'ai posté ! Enfin ! Si tu savais tout le temps que ce texte entamé il y a longtemps a passé sur mon ordi...
^^' Je suis sincèrement désolée pour l'attente. Je crois que je me mets un peu trop la pression. Je serais plus rapide la prochaine fois xD



Annah Innd'velyn
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MessagePosté le: Mar 4 Juil 2017 - 10:48 Répondre en citantRevenir en haut

Pas de souci... J'ai moi-même un peu de mal à écrire en ce moment, entre le boulot et moult projets persos... /o\


Les voix du passé narraient maintes histoires et l’Incarnate tirait fierté de leur récit. Comment aurait-il pu en être autrement, alors qu’elle était reine dragon et liée par un caprice de Flarmya à une bipède qui n’avait de fierté que le caprice de jouir des faveurs que la Fortune avait eu pour elle ? A en croire ses aïeules, elle aurait dû s’en retourner. Ou envoyer son mâle chasser tandis qu’elle serait restée à se prélasser sur les berges tranquilles. Il y avait sagesse dans ces murs acérés, déjà ses ailes endolories la lançaient, et son vol planant devenait plus malhabile. Elle devait rester à bonne distance du couvert des arbres où elle aurait risqué de virer et de s’y érafler les ailes.

Pour autant, c’eut été un aveu de faiblesse. Thémos n’avait-il pas volé avec elle ? N’avait-il pas lui aussi préféré envisager l’épuisement à l’échec ? S’il chassait pour elle, après leur danse, cela faisait de lui le plus méritant. Les aïeules s’en moquaient. Ce n’était qu’un mâle. Il fallait bien qu’il servît de quelque manière. Il n’égalerait jamais une reine.

Et Veovis de rétorquer en son âme, à ces voix qui ne lui répondraient pas, que son mâle à elle les égalait elles toutes, si elles n’avaient jamais eu la force de revendiquer pour leurs et leur progéniture à venir et l’immensité du ciel. Il lui était d’autant plus facile de renoncer aux murmures de sa mémoire atavique qu’Annah n’était pas là pour en témoigner.

Elle ressentait la même ivresse fébrile que lors de ses premiers vols, lorsque, lâchée à travers les couloirs immenses - à l’époque ils lui paraissaient immenses - elle ouvrait ses ailes, planant d’un vol dérisoire pour clamer ce qu’elle était et montrer à tous l’héritage insolent de Lye’Den. Un aveu de puissance que ses pairs concédaient, refusant de vexer d’avance une reine en devenir. Comme les dragons d’alors se taisaient les voix du passé. Elle était reine parce qu’elle le voulait et cette résolution l’embrasait tout autant, qu’une seconde : elle avait choisi son roi.

Peut-être ne serait-il que le compagnon éphémère de trop précieux instants, qu’elle chérirait par la suite avec l’âme aux regrets, comme elle contemplerait les débris de coquilles délaissés d’un temps fuyant. Mais l’instant, tout autant que la victoire et le ciel, lui appartenait.

Mais peut-être pas lui, songea-t-elle, alors qu’il l’asticotait, la frôlant de son vol. Plaiderait-il la maladresse ou quelque coïncidence ? A quoi bon se risquer encore à mêler leurs vols dangereux, si prêts de la cîme des arbres, alors que leur union était déjà consommée. Veovis manqua de peu de le repousser, mais elle redoutait de précipiter leur chute à tous deux, et de transformer un réflexe taquin en déclaration de guerre.

Lorsqu’il infléchit son vol, se posant à même le ruisseau, elle avisa les ombres qui filaient dans la pénombre et fondit sur un sanglier massif. Il n’avait pas l’habitude de courir pour sa vie. En dépit des nombreux dragons à survoler la Sylve, celle-ci était suffisamment dense et giboyeuse pour laisser à d’autres bêtes le droit de figurer au rang des victimes de l’appétit prodigieux des dragons.

Les crocs de la dragonne broyèrent l’échine de la bête et elle revint au ruisseau comme si de rien n’était, le sang de sa proie teintant faiblement l’eau claire. Une gerbe d’eau vive vint la frapper de plein fouet, à laquelle la dragonne répondit par un grognement étouffé, avant de lâcher son repas sur la rive pour l’y dévorer. Alors que Thémos semblait avoir repéré une proie d’importance, Veovis se faufila à sa suite, délaissant son propre repas. L’Incarnate progressait avec toute la grâce naturelle d’une reine dragon dans une forêt, avec moult fracas et grincements, les arbres n’ayant pas poussé avec le dessein d’accueillir une dragonne sous leurs ramages. De crainte que cela n’y suffise pas, Veovis lâcha un cri impétueux, un rugissement féroce qui avait toutes les chances de porter et de prévenir toute proie un peu trop distraite qu’un dragon se terrait là.

°Oh. C’est dommage. Je crois qu’il t’a vu venir. ° minauda l’Incarnate.

~°~


Une chose à la fois. Annah s’efforçait de ne pas penser au Màr, à sa position, à la sienne, alors que leurs doigts se mêlaient. Les rumeurs allaient bon train au kaërl ardent. Quelle importance qu’ils aient partagé leurs draps ? Leurs dragons s’étaient unis et c’était plus qu’assez pour se passer de commentaires.

Seulement, cela avait peut-être de l’importance pour elle. Elle désirait peut-être le garder à ses côtés, pour d’autres désirs que de voir Veovis menacer de le raccourcir d’une tête sous l’oeil furieux de Thémos. Mais elle n’était plus une enfant, et, même dans les contes idiots de sa nourrice, on ne s’unissait pas à autrui pour d’aussi sottes raisons qu’une attirance mutuelle. Et peut-être était-ce cela en vérité, un leurre, un sort insidieux créés par leurs dragons pour rapprocher deux êtres inassortis, afin qu’une couvée prodigieuse pût naître au Màr Tàralöm.

Annah aurait voulu interroger sa liée, mais celle-ci ne lui répondit que par une faim dévorante et la Fëalocë n’insista pas. Veovis était toujours d’humeur détestable quand elle avait faim. Mais le doute s’insinuait. La maîtresse incarnate était presque sûre que l’Elfe n’avait jamais eu pour elle ce regard-là. Elle se surprenait à lui sourire, avec la sincérité d’une lame mise à nue. Comme s’il leur était enfin donné de parler à armes égales, de rire de la sottise du monde qui les entourait et d’arracher un pan à cette nuit trop brillante pour s’en faire un abri. Ne pouvaient-ils pas conjuguer leurs efforts ? N’étaient-ils pas du même clan ?

Mais de cela Annah Innd’velyn s’en moquait. Au point de souhaiter, pour la première fois de son existence, n’être rien ni personne, ni maîtresse incarnate, ni héritière d’un élégant domaine d’Orën - car ce qui renaît des flammes renaît toujours plus glorieux, dit-on - et pouvoir se surprendre à rêver n’avoir attiré son regard fuyant que par ses propres grâces, et non au caprice d’une reine rouge.

Elle s’abstint de lui préciser qu’il était cruel de jeter Thémos entre les griffes de Veovis. Car commenter les lubies changeantes de sa liée l’amènerait sur une pente délicate. Elle n’avait pas l’intention de se justifier des rumeurs qui courraient sur son compte. Une partie d’entre elles étaient justifiées, et la Fëalocë voyait dans l’ennui un prétexte plus que justifié pour ne pas dormir seule toutes les nuits de son existence. Même si ce n’était pas un semblable égarement qui l’avait poussée à inviter Eléderkan cette nuit-là.

Elle avait prononcé des mots qu’elle regrettait. Non qu’elle ne les pensait pas, mais l’on l’avait toujours mis en garde contre les appétits des mâles, et ceux-ci étaient d’autant plus impétueux qu’ils étaient repoussés, disait-on… Mais l’Incarnate à sa porte n’était-elle pas un péril assez vaste pour tenir lieu d’épreuve ?

Annah détourna brièvement les yeux, redoutant qu’il ne lût en elle et reculât devant le danger. Le Màr Tàralöm ne seyait pas aux idylles. Elle pouvait se damner pour ses yeux impassibles, croire aux serments muets de ces doigts qui ne quittaient pas les siens, mais elle risquerait tôt ou tard de les trahir. Il était un matin d’hiver là où elle était de ces flammes vives et dansantes qu’on allume au solstice d’été. Elle savait mentir avec élégance, mais elle avait toujours mieux feint la chaleur délicate que l’indifférence.

« On targuera nos échanges de complots. Et le prochain péril à frapper le Màr Tàralöm sera immanquablement le fait du clan Introverti. Je sens venir des jours terribles. » déclara Annah avec un sourire irrépressible, laissant l’une de ses mains caresser le torse de l’Elfe, comme si ce mouvement était indépendant de sa volonté.

La maîtresse incarnate se laissa engloutir dans son étreinte, allant jusqu’à ignorer la petite voix insidieuse - qui venait d’elle et sûrement pas de Veovis - qui lui demandait pourquoi elle ne s’était jamais abandonnée de la sorte avec quiconque. Car en vérité, même s’il lui claquait sa porte dès que Thémos s’en reviendrait, cela n’arracherait rien à la félicité de l’instant, à ces quelques secondes où ils n’avaient appartenus que l’un à l’autre.

« A nous et à Thémos, qui t’a condamné à cette prison. Ne l’oublie pas. » précisa Annah sur un ton faussement sentencieux.

De ces allusions fragiles, elle tissait un lien entre eux, aussi léger qu’un voile de soie, et dont il ne pouvait décemment se sentir prisonnier. Elle redoutait encore qu’il pût fuir si elle le retenait de trop. Elle avait fait de même en d’autres occasions.

Elle écarquilla brièvement les yeux lorsqu’il la détourna de ses devoirs. Ne devait-il pas servir le thé ? En acceptant de rester, n’avait-il pas accepté de croire qu’elle était une femme respectable ? Ou compris qu’une femme respectable avait le droit de lâcher prise dans l’étreinte de ses bras pour l’instant d’après servir le thé comme si de rien n’était ?

Elle lui rendit son baiser.

« Assurément, ce serait terrible. Je pourrais en manquer. Et t’obliger à revenir en boire à une autre occasion. »


Il y eut un long râle au-dehors. Les dragons s’agitaient. Ils commentaient sûrement l’absence de la reine et de son mâle. Annah n’aurait pu le dire. Il aurait fallu qu’elle soit liée à un dragon pour le savoir. Mais son âme fracturée revendiquait d’autres attaches ce jour, et elle s’en ressentait plus comblée qu’elle ne l’avait jamais été au jour de l’empreinte : Eléderkan n’avait pas exigé comme sien le droit de la tuer.

« Mais l’inquisiteur suprême du Màr Tàralöm boit-il vraiment du thé ? Ne te force pas si tu n’aimes pas cela, il doit rester du vin... »

La chef du clan introverti s’interdit de rentrer dans des explications pratiques, mais, aussi habile qu’elle pût être en négociations mercantiles, il y avait bien plus d’amateurs de vin que de thé au kaërl et les lois du marché faisaient donc du thé de qualité un produit de grand luxe. Mais, Annah n’avait jamais été pingre et, ce qu’elle sacrifiait au premier venu passant le seuil de son Weyr, elle pouvait bien l’offrir à son amant.

Quiconque goûte à son dernier repas est en droit de le savourer, avait un jour rétorqué Veovis, un jour qu’elle n’avait pas passé à chercher à séduire un esprit presque aussi obtus que le sien.



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