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 [RP] La couleur des sentiments Sujet suivant
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Thizir Erastyl
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MessagePosté le: Mar 25 Aoû 2015 - 21:27 Répondre en citantRevenir en haut

Solyaeku 918


Ils apparurent au dessus de la forêt, regardant le fleuve tracer son fil argenté dans les verts et bleus des arbres en cette fin de journée. Blancs et bruns au milieu des nuages se teintant de roses, ils planèrent un moment, savourant leur liberté retrouvée et la joie de ne faire qu'un avec le vent, la terre et l'eau. Luméanor avait le parfum suranné des ports et de tous lieux où des hommes et des femmes issus de peuples, de coutumes et d'épices différentes se mêlaient. Certes, il y manquait l'air salé et huileux des villes maritimes mais le reste y était. Les habitués, blasés, hâbleurs, pittoresques, la Taverne, évidemment, avec sa bière à elle et ses histoires sans fin, ses marchés, ses officiels, sa politique possiblement neutre mais pas tant que ça, dans les faits. C'était une ville de voyage, une ville d'échange, une ville de négoce et surtout, une ville en dehors du Kaerl où ils pouvaient être eux-même, que cela soit bien vu ou pas, sans pour autant briser de tabou.

Ils se posèrent un peu plus loin, dans une clairière et continuèrent leur chemin à pied, Thizir faisant sonner son sempiternel bâton de bois sur le pavé tandis que les griffes aux reflets dorés de la saurienne blanche en faisaient autant à sa suite. Elle avait toujours aimé marcher à ses côtés et il fallait avouer que le demi-sang aimait la compagnie terrestre de sa compagne ailée. Il y avait une ironie là derrière qui lui plaisait beaucoup, comme un jeu du sort, une farce des dieux, un clin d’œil d'Osmael. Autour d'eux, la route se peuplait de bergers, de caravaniers et de gens pressés. C'était marché et tant vendeurs que clients se pressaient d'arriver aux stands, les premiers pour les ouvrir, les seconds pour les vider. Il y avait bien dans le tas quelques voleurs cherchant leur bonheur dans les poches d'autrui et les habituels soiffards se remplissant l'estomac de bière mais l'ambiance était encore bonne enfant, malgré les occasionnels conflits, rapidement réglés par les forces de l'ordre.

Le couple n'avait, de toute façon, rien à craindre, n'ayant rien à perdre, aucune valeur à dépenser et pas plus de besoin de possession. Après une rapide visite aux différents temples pour voir s'il n'y avait pas une bonne histoire à se mettre sous la dent, ils choisirent un petit coin tranquille, non loin d'une échoppe de bijoux. Sarastu, tranquille, se roula en boule sur le pavé, laissant juste assez de place entre ses pattes pour que s'y place un Thizir, assit en tailleurs, son bâton couché en travers de ses genoux, montrant la pièce d'or clouée à son pied. Devant lui, il avait posé un lien de cuir en forme de cercle pour que les curieux jettent leurs offrandes. Il attendit un peu que la place se peuple, puis, sans effet de manche ni d'annonce, il commença à conter.

Il est des créatures inconnues des hommes, oubliées des dieux, qui apparaissent en Raëg une fois par génération, au gré des courants. L’Aslaug était de celles-là. Et si son histoire n’est pas de celle que l’on raconte au coin du feu, c’est qu’elle a marqué ceux qui l’ont connue du fer rouge de la honte. Venez, écoutez mon récit, et interrogez votre cœur. Auriez-vous été comme les autres, auriez-vous fait mieux ? Qui peut le dire tant qu’il n’a pas été soumis à la tentation ?
 
La nuit était belle ce soir là, la saison douce réchauffait le rivage, son sable fin retenant la chaleur du soleil bien après la tombée de la nuit. Dans le village d’à côté, les hommes remerciaient les dieux à grand renfort de musique et d’alcool et l’écho festif de leurs libations se mêlait au ressac. La lune brillait dans le ciel, jouant avec les embruns, faisant étinceler la mer de reflets d’argent. C’est alors qu’apparu une ombre sous la surface. Une ombre qui avançait vers le rivage pour mieux reculer, effarouchée. Et la lune regardait, compatissante et amusée, les hésitations de l’animal marin. Parfois, un bout de peau blanche perçait à travers les vagues, luisant sous ses rayons. Parfois, un aileron ou le coin d’une queue frappait l’onde. Parfois, c’étaient deux immenses yeux d’un bleu foncé que la nuit rendaient presque noirs.
 
Malgré sa crainte, la créature avançait, comme irrésistiblement attirée par les lumières, la musique et les rires. Et l’on vit sur le sable apparaître les traces de deux nageoires dorsales et d’une peau lisse qu’on aurait traînée. Puis, quatre ronds un peu plus lourd. Puis, des traces de mains et de pied et entassée sur le rivage, une lourde peau blanche comme un manteau que l’on aurait posé là.
 
A côté, perdue dans la musique, une jeune femme dansait.
 
Elle avait la peau claire de ceux qui ne voient jamais la lumière du jour. Ses cheveux verts foncés avaient les ondulations des courants et lui tombaient, sauvage, jusqu’aux creux des reins. De ses traits fins, l’on ne retenait que ses yeux, immenses, profonds, liquides. Elle était belle, l’Aslaug. Belle dans son innocence. Belle dans son inconscience. Belle dans sa solitude.
 
Mais seule, elle ne l’était déjà plu. Un jeune homme du village, pas le plus méchant, pas le plus violent, pas même le plus éméché, s’était isolé sur la plage, cherchant des coquillages pour sa fiancée, une fille du même endroit qu’il connaissait depuis l’enfance. Pas la fille la plus belle. Pas la fille la plus riche. Pas la fille la plus intelligente. Mais une fille qui l’aimait. Qu’il aimait. Jusqu’à ce moment précis.
 
Car la danse de l’Aslaug était une danse magique, un don des dieux qui faisait que toute personne qui la voyait sans qu’elle le voit tombait éperdument amoureux d’elle. Elle l’ignorait, l’Aslaug, comme elle ignorait tout des hommes, comme elle ignorait ce qui pouvait se passer dans le cœur des créatures terrestres lorsque le désir s’en empare. Et le jeune homme fut frappé en plein cœur. Il ne dit rien cependant. Il revint à la fête, sans coquillage, sans se rendre compte vraiment qu’à ses yeux, les lumières étaient moins brillantes et les rires moins joyeux.
 
Au petit matin, l’Aslaug reprit sa peau marine, l’enfila, et repartit dans la mer, inconsciente des graines de chaos qu’elle avait semé. Car le destin était en marche, même si personne, encore, ne le savait.
 
Toute la journée, le jeune homme resta rêveur. Il s’acquitta de ses tâches sans goût. Il plaisanta sans sourire. Il parla sans rien dire. Il revivait la scène, et la danse et la fille devant ses yeux devenait à chaque minute plus belle et sa fiancée dans son cœur, devenait à chaque seconde plus terne.
 
Au soir, la fête repris, car à cette époque, les fêtes duraient plusieurs nuits et le travail continuait pendant la journée. Rassurée par la veille, l’Aslaug hésita moins avant de retrouver le sable chaud. Le jeune homme était là, aussi, caché. Il avait, avant, déposé une couronne d’algues et de fleurs marines sur les traces de la danseuse. Sans se poser de questions, l’Aslaug, ravie, mit l’offrande sur ses fin cheveux et se perdit à nouveau dans la danse, perdant du même coup l’âme de son soupirant.
 
Cela dura plusieurs nuits. Au crépuscule, l’Aslaug arrivait. Elle trouvait sur la plage des cadeaux de perle, de fleurs, de bois. Des bijoux et des dessins. Des jeux d’enfants. Des lettres. Jamais elle ne voyait son soupirant – bien caché derrière un rocher – mais petit à petit, ses cadeaux gagnaient son cœur et elle s’attardait de plus en plus à l’aube, en espérant voir son amoureux secret, avant de reprendre sa peau et de rejoindre l’onde rassurante.
 
De son côté, le jeune homme maigrissait. Il devenait silencieux, solitaire, passant le plus clair de ses jours à rêver et à trouver des cadeaux à offrir à son amour de la mer. Les gens du village s’inquiétaient pour lui, ses proches faisaient des offrandes aux dieux, on alla même jusqu’à déranger le médecin du village mais rien n’y faisait. Il était rêveur le jour et disparaissait à la nuit tombée, pour ne réapparaître qu’avant l’aube, à la fois plus heureux et plus malade encore.

Un jour cependant, une nuit que la lune était voilée, au détour d’un pas un peu raté, l’Aslaug trouva son amoureux derrière son rocher. Celui-ci, mortifié mais content, lui parla d’amour et de partage, de passion et de vie, du monde et des riens qui font le sel des conversations amoureuses. Il lui apprit qu’elle était belle. Il lui apprit qu’il était jeune. Il s’embrassèrent, s’aimèrent, se plurent sur le sable, dans ces soupirs qui valent un millier de serments.

L'amour a ceci d'étrange qu'il est éternel dans sa brièveté. Les moments qu'ils partagèrent, avec la lune pour seule témoin durèrent et s'éteignirent trop vite. Avec la possession de son amante vinrent la jalousie et l'orgueil. Aussi heureux soit-il de la voir arriver chaque soir, le matin arrivait toujours trop vite et à la peine de la séparation se mêla la colère et de ressentiment. Il la sentait couler entre ses doigts comme le sable sec emporté par le vent. A chaque fois qu'il la voyait remettre sa peau, c'était comme une déchirure. L'océan était devenu son ennemi. Son rival. Il le détestait. Cela se ressentait sur son travail. De plus en plus souvent, on le voyait prendre des risques, s'éloigner des côtes sur son petit esquif, défier les vagues, les courants et les récifs. Ses proches s'inquiétaient de le voir sombrer dans la folie mais il n'écoutait pas. Il se sentait trompé. Trahi. Même l'Aslaug souffrait de cette humeur. Elle qui était autrefois accueillie par des baisers et des promesses l'était à présent par des mots durs et des reproches. Elle revenait cependant car elle s'était donnée comme on donne son cœur, entièrement, et elle pensait encore que la tempête ne ferait que passer. Elle ne savait pas à quel point le cœur des hommes est facilement corruptible.

Une nuit, qu'épuisée après leurs ébats plus passionnés qu'amoureux l'Aslaug s'était endormie, son soupirant se réveilla et alla chercher la peau abandonnée dans le sable. Là, discrètement, il la cacha au fond du foyer de la cheminée, sous une pierre, sous une plaque en fer, sous le feu qui brûlait sans cesse. Puis, cachant jusqu'à son forfait, il retourna dans les bras de sa bien-aimée, le cœur pour une fois content. Au petit matin, l'Aslaug chercha sa peau pour pouvoir répondre à l'appel de l'océan mais celle-ci était introuvable. Le soleil levé sur ses cheveux verts, elle se mit à pleurer car une créature qui perdait sa peau était à jamais liée à l'humain qui lui avait enlevé. Sans pour autant se dénoncer, son soupirant essaya de la rassurer. Il lui proposa de venir habiter chez lui, le temps de retrouver sa peau. Alors elle suivit, car elle savait qu'elle n'avait pas le choix. La voyant triste et terne, il lui proposa de l'épouser et de subvenir à ses besoins. Alors, elle accepta car elle savait qu'elle n'avait pas le choix. Et le jeune homme ne vit pas qu'à partir du moment où il avait commencé à posséder son amante, il l'avait perdu, car il ne peut exister d'amour sans liberté. Il était gentil avec elle cependant. Rassuré de la savoir avec lui, il lui rapporta des poissons, lui partagea son logis, lui offrit enfin tout ce qu'elle pouvait demander, à part sa peau qu'elle réclamait chaque matin et qu'il niait toujours avoir.

Alors, parce qu'elle s'ennuyait, parce que la pluie habitait son cœur, l'Aslaug se mit à danser sur la place du village. Elle dansait pour rappeler l'océan, ses mystères et ses beautés. Elle dansait la ronde des étoiles dans les embruns et la douce caresse de la lune. Elle dansait l'amour et la trahison, la beauté et le mensonge. Et dans le cœur de chaque homme qui la regardait ainsi s'agiter au rythme d'une musique ancestrale, naissait la jalousie et le désir de possession. On commença à reprocher à l'homme d'avoir amené une étrangère. Les femmes des hommes se mirent à insulter l'Aslaug qui emprisonnait les pensées de leurs époux. Des messages apparurent à la craie sur la porte de la maison. On leur lançait des fruits pourris au village. L'Aslaug regardait le monde des hommes avec des yeux tristes et secs. Elle ne demandait plus sa peau. Elle semblait s'être résignée.

Les jours suivaient aux jours. Et une nuit que la mer était calme, que les chouettes hululaient leurs champs d'amour par dessus le ressac, un craquement retentit, puis une fumée, puis une flamme s'élevant dans les airs. Dans la cabane, un homme toussait, criait, cherchait. Mais l'Aslaug n'était pas là. Elle avait pris l'habitude, la nuit, de s'éclipser sur la plage, rendre visite aux conques et coquillages qui avaient été ses amis. Paniqué de ne pas trouver sa bien-aimée, l'homme piétina le feu, se brûlant les pieds. Il souleva la plaque de fer, se blessant les mains, il détruisit la pierre en dessus, indifférent au craquement de son dos. La peau était pourtant toujours là. Affolé dans sa maison en flamme, il la serra contre lui, sans entendre le bruit sourd d'une charpente qui s'écroule. Sa jambe fut cassée nette sous le choc. Et, dans la suie et dans la fumée, son trésor toujours serré sur sa poitrine, il ferma les yeux.

L'incendie aurait pu s'arrêter là mais le hasard en avait décidé autrement. Venue du large, une forte brise souffla les braises encore rouge sur les toits de chaume du village. En un instant, ce n'étaient que flamme, sang et larme. L'Aslaug, éblouie par la soudaine lumière, regardait ce qui avait été sa demeure et sa prison s'éteindre dans l'incendie. Puis, comme prise d'une impulsion soudaine, elle courut au milieu de ces hommes qui la détestaient, de ces femmes qui la jalousaient, de ces enfants qui la caillassaient. Elle s'en alla trouver la fiancée de son amant, celle qui n'avait jamais rien dit, celle qui ne lui avait jamais rien reproché. Elle la prit par la main, avec un sourire, et la tira derrière elle tandis que les derniers poils de ce qui avait été sa peau brûlaient enfin avec le reste du village. Redevenue entière, elle marcha à travers la plage, ses pieds touchant l'écume, ses chevilles entrant dans les vagues, la fiancée toujours derrière elle.

Petit à petit, alors que la nuit devenait grise avec l'aurore, tandis que les couleurs du village des hommes se perdaient dans un gris de cendre, l'Aslaug retrouva son océan, traînant dans son sillage la jeune femme au cœur pur dont les jambes se changeaient petit à petit en une queue de poisson aux écailles multicolores.


Il laissa les derniers mots mourir dans un soupir, revenant petit à petit au présent. Il avait pesé chacun de ses mots, les laissant couler entre ses lèvres, se laissant porter par eux. Maintenant qu'il avait terminé, les bruits du marché semblaient reprendre leur place. Seuls restaient les échos de son histoire, et ce que chacun aurait gardé dans son cœur.
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MessagePosté le: Mar 25 Aoû 2015 - 21:27 Revenir en haut

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Yael Ladanza
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MessagePosté le: Jeu 27 Aoû 2015 - 21:12 Répondre en citantRevenir en haut

C'était un jour presque comme les autres. Du moins depuis qu'elle était ici. Un jour comme elle en avait déjà vécu plusieurs. Bien que, tout à fait honnêtement, il fallait avouer qu'il différait de sa routine habituelle. Elle s’était levée, comme tous les matins, avait mangé un bout et préparé le petit déjeuner de son 'patron'. Puis elle était allée faire un peu de rangement dans la boutique, préparant les étalages pour la journée, comme tous les matins. Mais surtout elle vérifia pour la troisième fois son stock de marchandise. Car aujourd'hui elle ne tiendrait pas la boutique de l'Agora. Aujourd'hui c'était jour de marché. Et donc aujourd'hui elle y allait pour à la fois vendre et acheter.

Passant par l'arrière, elle vérifia une dernière fois les sangles permettant de tenir la marchandise en place et bacha le tout d'un tissu frappé du symbole du Kaerl. Outre la protection contre la pluie et le vent, il servait surtout de droit de passage pour emprunter le passage menant jusqu'au village. On lui avait dit que chaque tissu était donné spécifiquement sur demande et que chaque motif était unique. Elle n'arrivait pas à faire la différence entre tous, mais, peu lui importait tant qu'on la laissait, passer.

Elle se dirigea en poussant son attelage vers le passage permettant de rejoindre la place, se mettant derrière le vendeur de cuir. Ils n'étaient pas beaucoup à partir de ce qu'elle avait pu constater, mais ne saurait dire exactement pourquoi. Lorsque son tour arriva, l'on inspecta rapidement son attirail avant de regarder le papier qu'elle tendait. Depuis son arrivée il semblait légèrement plus difficile de sortir pour vendre la marchandise, aussi lui avait-on confié un papier stipulant l'autorisation expresse de se rendre à Lòmëanor pour affaire. Les gardes l'avaient déjà vu, ils la connaissaient, mais le même rituel était répété chaque semaine, immanquablement.

Elle leva ses yeux bleus vers le grand portail s'élevant devant elle, bien que portail n'était pas le terme approprié. Cela ressemblait plus à une arche pourvue d'un étrange halo en son centre. La première fois elle avait tout de même hésité. Elle avait vu les chariots se faire avaler par la lueur, disparaissant sans apparaître de l'autre côté. La magie n'était pas son monde... Elle avait peut-être été chercher quelques artefacts à droite à gauche, du moins selon les termes du contrat, mais rien de comparable à ça.
Heureusement que sa couverture ne comptait pas l'option vendeuse au Kaerl en arrivant, car elle pouvait se laisser aller à ce genre de peur.

En cet instant son pas était sûr et c'est sans fermer les yeux qu'elle se glissa à son tour entre les colones de pierres. La sensation n'était pas la plus agréable qui pouvait exister. Un genre de froid glacial semblait nous envelopper une fraction de seconde en comprimant les poumons de crispation. Heureusement que cela ne dirait que le temps d'un battement d'ailes de papillon.
Malgré la fraîcheur de l'aurore, l'air ambiant semblait brûlant lorsqu'on arrivait de l'autre côté, comparé au passage. Mais il ne fallait pas traîner sous peine de se voir percuter par-derrière.

Elle connaissait l'emplacement pour être venu une première fois avec le maître bijoutier et s'y dirigea d'un pas pressant, certains l'attendant déjà plus vendre leur marchandise. Car il était bon d'être marqué de l'emblème du Màr. Elle n'avait pas besoin d'aller aux grossistes, ils venaient pour elle. D'autant que son joli minois du moment ne gâchait rien au plaisir.
Tout en s'installant, elle regarda ce qu'on lui proposait, examinant chaque pierre, chaque échantillon avec une expérience non feinte.

Puis les premiers badauds apparurent et le marché s'ouvrit aux yeux encore endormis de certains acheteurs craignant de rater l'offre de la décennie. Le temps était long, mais cela lui faisait du bien de respirer un air qui n'était pas sous verre.
Les heures défilèrent lentement, les passants allants et venants par vague. Elle ne se départissait pas de son sourire et avait déjà conclu quelques ventes lorsqu'un dragon blanc et son lié se posèrent tous près d'elle. À chaque fois l'émerveillement la prenait légèrement. Aucune de ses créatures ne se ressemblait. Elle avait un peu étudié la question et il semblait y avoir un nombre défini de couleurs. Pourtant... Chacun semblait plus différent les uns que les autres.

D'une oreille distraite elle commença à écouter l'histoire avant d'y être captivée. Elle s'intéressait aux histoires et légende, c'était en partie son fonds de commerce. Plusieurs fois on lui avait demandé d'aller chercher l'amphore de machin, l'épée de bidule. Rarement vraies, souvent sublimées, quelques fois totalement inventées, les histoires permettaient de connaître beaucoup de choses et il n'était pas rare qu'elle aille voir le troubadour ou conteur du coin lorsqu'elle était en quête de quelque chose. Il lui semblait s'être reconnu une fois dans l'une d'elles d'ailleurs.

Malheureusement ce genre d'histoire avait rarement de réelles fins et celle-ci ne dérogeait pas à la règle. Accoudée sur son étalage, elle fixait l'étrange Torhil aux cheveux blancs. D'un mouvement sûr et ne ratant pas sa cible, elle jeta une pièce dans la bourse au sol, pour attirer son attention et le remercier de cette histoire.

- Voilà une histoire bien étrange, lui dit-elle avec un petit sourire. Mais encore une histoire sans fin, inachevée. Et elle n'aimait pas ce qui était inachevé. Ne voulez-vous pas la conclure. M'expliquer ce qu'elles sont devenues. Pourquoi se retrouve-t-elle avec des écailles ou encore, comme la créature va pouvoir retourner dans l'eau sans sa peau ?

Elle montra son étale d'un geste de la main.

- Quelque chose vous ferez plaisir en échange d'une suite ? Un bien contre un autre, telle était sa règle.

- De quelle terre provient ce conte ? Qui sait, cette info pouvait toujours lui servir. Toujours accoudée, vêtu d'un corset, d'un pantalon ample et de bottine, elle avait, sur l'instant, plus l'attitude de la capitaine de Navire que de la vendeuse. Mais peu lui importait. Elle avait expliqué à l'artisan que vêtu ainsi elle se sentait plus en sécurité. Avec l'histoire de son arrivée au Kaerl, l'explication était passée comme une missive à cheval.



Thizir Erastyl
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MessagePosté le: Lun 28 Sep 2015 - 19:42 Répondre en citantRevenir en haut

Et, alors que tout avait repris sa place, alors que les pas sur la pierre rythmaient à nouveau le murmure de la foule, que le marché avait retrouvé son second souffle, et que le Conteur faisait jouer ses muscles endoloris, le cœur d'un des auditeurs se fit entendre. Il eut d'abord le son d'une pièce dérangeant le cuivre qui s'était entassé dans la bourse en cuir. Puis l'ombre d'une silhouette se dressant devant le soleil. Et le son de la soif derrière une voix harmonieuse, aux accents blasés et à la curiosité palpable. Se redressant, le chevalier hocha gravement la tête, à la fois pour remercier la jeune femme de son don, pour l'assurer de son respect en tant qu'être humain et saluer sa quête. La faim de savoir était quelque chose de puissant mais n'existait que si l'histoire avait été assez forte pour que les personnages paraissent vivants dans les esprits. Il avait réussi avec cette jeune femme. Pour elle, l'Aslaug et le Village avaient une réelle substance où elle ne s'inquiéterait pas de ce qu'ils étaient devenus.

Il y avait plusieurs réponses possible à ce genre de question. Il pouvait être brutal, réaliste. Il pouvait rester conteur et embrayer sur une autre histoire. Il pouvait être pédagogue et tenter d'abreuver l'âme de la gamine avec une ou deux leçons sur plusieurs points différents. C'était la force des histoires. On pouvait partir d'elles et aller virtuellement partout et nulle part à la fois. Elles étaient la croisée des chemins. La clairière. Le carrefour. Elles étaient le point de départ de toute quête. Il sourit gentiment, grattouillant Sarastu autour de l'oeil puis, toujours de la voix sans âge et sans accent dont il se servait pour conter – Aoife aurait dit pérorer – il laissa à nouveau les mots couler, laissant le moment décider de la route qu'il allait emprunter.

« Vous n'aurez qu'à me donner ce qui vous paraîtra approprié lorsque nous aurons terminé. »

Il trouverait toujours quelque chose à faire d'un bien matériel. L'utiliser en souvenir ou le donner là où il serait le plus utile, voire, au pire, en faire offrande à un temple si aucun malheureux ne pouvait s'en servir. N'ayant que peu de possessions bien à lui et nouvellement apparié à la plus belle chose au monde – son dragon – Thizir ne se souciait que peu de richesse. Il comprenait cependant le besoin d'un échange équivalent pour ne pas se sentir redevable et n'essayait en général pas de négocier.

« Quant à l'histoire, cette partie est achevée. Le but est atteint, le conflit est résolu. Ce qui arrive ensuite, le quotidien, les épreuves, ce sont d'autres histoires, sinon, on pourrait résumer toute vie par ces simples mots. On naît. On vit. On meurt. Ce sont les moments qui forgent l'individu. Et quand on prend toute une vie dans son ensemble, ces « moments » ne sont qu'une brève fraction du temps total. »

Il sourit doucement, espérant que son discours ne passe pas pour une leçon ou de l'arrogance. Il disait simplement ce en quoi il croyait lui, le faiseur d'histoire.

« La vérité est qu'il faut bien se donner des limites, sinon, on en terminerait pas. Par exemple, si je voulais raconter notre rencontre, je pourrais commencer par l'aube de ce jour, la résolution serait alors la tombée de la nuit ou le levé du soleil suivant. Je pourrais également partir de vos premiers mots envers moi, remonter par votre histoire et terminer lorsque nous nous serons serrés la main. Dans tous les cas, ma vie d'avant notre rencontre et ma vie d'après notre rencontre n'aurait pas d'intérêt. Seuls seraient intéressants pour l'histoire ce que notre rencontre à pu changer en moi. » Il eut une seconde d'hésitation et reprit avec un léger rire dans la voix. « Sarastu fait remarquer que la rencontre avec un dragon rend mon exemple encore plus frappant. »

Sarastu, qui n'avait rien fait remarquer, ferma tranquillement ses paupières en signe d'assentiment. Elle avait l'habitude des libertés que son lié prenait avec ce qui était. Si cela la dérangeait parfois, elle était assez loyale pour ne pas le montrer.

« Pour répondre cependant à vos questions. On ne sait pas ce qu'elles sont devenues. J'ai d'autres contes sur l'Aslaug, d'autres, plus nombreuses encore sur l'Aygun, la créature d'écaille, d'autre enfin sur les deux, mais je ne saurais vous garantir qu'il s'agisse des mêmes. Elles ont d'autres noms dans d'autres cultures que l'on peut utiliser également, les mots des hommes ne sauraient de toute façon définir ce dont il s'agit réellement. Par contre, je peux répondre à la question sur la peau de l'Aslaug. Il faut savoir que celle-ci est une créature des mers et de la lune. L'air est son alliée, la terre son ennemie, le feu son opposé. Quand ce dernier consume la peau de l'Aslaug, les cendres sont emportées par le vent jusque dans les embruns. Ces derniers gorgent les restes carbonisés de sel, les rendant trop lourds. Ils tombent alors dans l'océan où ils se dissolvent jusqu'à ce que l'Aslaug s'en vêtisse en s'immergeant. Ainsi, l'Aslaug revient toujours à l'océan. Ainsi, l'Océan fait partie de l'Aslaug. »

Avec un soupir, il décroisa ses jambes et les étendit de tout leur long sur le sol du marché. Personne ne faisait vraiment attention à eux. S'il se remettait à conter cependant, il lui faudrait prendre une attitude plus digne.

« Je peux vous raconter pourquoi la peau de l'Aslaug se régénère. Je peux vous raconter une histoire d'Aygun, je peux vous révéler les secrets du cœur de l'Aslaug, mais je ne peux faire qu'un seul autre conte aujourd'hui. Il va vous falloir choisir. »
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