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 La Symphonie du Corbeau Sujet suivant
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Persée Garaldhorf
Chevalière Errante
Chevalière Errante

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Âme Soeur: Vraël
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MessagePosté le: Mer 29 Juil 2015 - 16:39 Répondre en citantRevenir en haut

Chapitre 1 : La mort n'est que le commencement


Un corbeau invisible croasse. Lam’ coure tel le vent, aussi vive que la brise et aussi indomptable qu’un cheval lancé au galop. Elle ne fait aucun bruit mais elle sent le souffle glacé de la Mort sur sa nuque et ne cesse d’accélérer. Elle est poursuivie. Sa Liée n’est nulle part en vue. Plus les secondes s’écoulent et plus le lien empathique entre leurs deux âmes se resserre. Douloureusement. Euphoriquement. Des souvenirs jaillissent de sa course folle, des fragments de son passé qui s’éveillent lentement, parfois violemment, des instants volés par l’oubli.

Un visage. Une femme qui sourit et se penche sur elle pour la prendre dans ses bras et la bercer. Une formidable bête de combat est près d’elle, un dragon d’un vert éclatant et clair. Elle sent que quelque chose de profond la lie à cette femme aux longs cheveux noirs et soyeux - qui viennent la chatouiller et qu’elle aime à attraper entre ses doigts. L’écailleuse ailée étend son aile au-dessus des deux êtres enlacés, en bienveillante protectrice, une lueur féroce dans le regard.

Une pierre roule sous son pied et elle trébuche, manque tomber. Lam’ court depuis longtemps maintenant à travers le Màr, depuis ce fameux jour où Amaélis et son ami Galaad sont repartis au Kaerl Englouti, depuis que les cauchemars sont revenus... Alors elle coure, infatigable, pour espérer tout voir, enregistrer chaque saillie rocheuse, chaque salle, chaque nom de dragon, chaque emblème, chaque courtisan dans son esprit, de ce foyer qu’elle quittera bientôt, elle le sent, elle le sait et elle l’espère. Une larme cristalline coule sur sa joue pâle et goutte sur le sol poussiéreux, première preuve de sa renaissance prochaine. Douloureuse renaissance. Une petite mort, une formalité, lui avaient murmurés les dieux.

Du sang. Partout : sur les murs, le sol, les escaliers, ses mains. Le monde est rouge, d’un écarlate poisseux dont elle ne peut détourner le regard. Un violon chante dans sa tête. C’est comme si elle entendait la voix de sa mère lui fredonner sa berceuse préférée. La fillette contemple ses mains et crie. Personne ne l’entend, personne ne l’écoute. Recroquevillée sous l’escalier, dans le vaste et vide manoir de son illustre famille en ruine, elle pleure devant le corps déchiré de sa mère, cette petite femme aux cheveux noirs dont la dragonne s’est jetée de désespoir dans l’Interstice. Au dehors, la révolte gronde à pas feutrés. Et personne ne prend garde à l’enfant qui pleure.

C’était à l’époque décadente du Màr. Lam’ était trop jeune pour avoir connu l’Age d’Or, cette période de troubles lui était normale. Elle n’a connu ni son père ni les assassins de sa mère, inconsciente du mal qui régnait dans son foyer, n’ayant connu que lui. Et si le mal était le bien ? Comment espérer faire la différence si elle ne connaissait qu’une partie de l’histoire ? Souvenirs qu’elle chasse rageusement. Ce ne sont pas ces réminiscences là qu’elle veut garder. Pourtant, elles s’ancrent dans son esprit. Et elle ne peut rien y faire. Et sa famille, lui reste-t-il de la famille ? Malicieuse, la Mort lui chuchote son nom. Lamia Ellon de Keval. Un frisson lui parcourt le corps. Non, elle ne veut plus de cette fille-là. Elle ne la renie pas mais c’est du passé. Elle ne sera plus jamais comme elle. Dès lors que cette pensée s’insinue en elle, la douleur la terrasse et elle chancelle, tombe, pantelante. Sa vision se brouille de larmes brûlantes et incontrôlables. Elle gît sur le dos, dans la poussière. Elle ne distingue plus rien, elle a trop mal. Son corps est soudain lourd et glacé, de plomb et comme percé par mille couteaux. Les ténèbres l’engloutissent.

L’enfant a grandis et elle attend, sur les sables d’argent aux reflets rougeoyants, que le destin veuille bien frapper à la porte de son âme. D’autres enfants sont à ses côtés mais elle n’a d’yeux que pour la gigantesque dragonne pourpre qui trône dans la caverne illuminée. La Reine Améthyste contemple avec orgueil ses précieux œufs éclore. Une foule de petits lézards ailés aux mille couleurs s’élance à la rencontre de leur future Âme Sœur. L’adolescente regarde autour d’elle, émerveillée mais, très vite, son regard se focalise sur la petite princesse mauve qui vient se jeter en rugissant dans les bras d’une poupée blonde. Avant même d’en être jalouse, une dragonnelle d’un bleu cobalt se cogne contre ses jambes, insistante. Elle se penche, curieuse, le cœur serré et prend dans ses bras sa Liée. Leurs regards se rencontrent, celui pâle de la jeune fille et celui tourbillonnant du nouveau-né. Quelque chose passe entre elles. Eryfen, elle sera Eryfen, fille de la Reine Améthyste Ranearis.

Un premier battement de tambour. Un tambour inconnu qui la déchire en deux. Elle veut appeler à l’aide, se rend compte qu’elle ne peut plus bouger. Alors elle attend, elle comprend qu’elle doit attendre. Mais combien de temps ? Le temps s’étire, se dilate, elle ne sait pas où elle est tombée, ni si elle meurt ou si elle vit... Elle ne sait plus ce que c’est de vivre. Elle pleure. Sa gorge la brûle, les larmes inondent son visage tandis qu’elle fixe la voûte de pierres au-dessus d’elle. Les battements de son nouveau cœur la déchirent, la tiraillent et lui font souffrir mille tortures. Elle s’entend gémir comme une bête blessée, sans pour autant pouvoir s’en empêcher. La douleur se transforme en brasier. Elle crie. Un liquide chaud et poisseux emplie soudain ses veines. Son corps s’alourdie. L’air emplie ses poumons à la manière d’une tornade. Ses cris se muent en hurlements. Elle ne sait pas si elle doit être heureuse ou désespérée. Elle ne parvient plus à penser. Un spasme la secoue. La douleur la transperce de part en part. Mue par l’instinct, elle se recroqueville et roule en position fœtale sur le sol. Les souvenirs déferlent dans son esprit sans qu’elle puisse les retenir. Elle entend au loin le rugissement d’une dragonne tendrement aimée. Elle attend sa fin.

La Plaine de Daranis, devenue une terre poussiéreuse et stérile. Une adolescente indisciplinée joue dans la neige, poursuivie par une espiègle petite dragonne bleue. Eryfen vole sur quelques mètres puis percute un jeune homme. Un elfe, comme le clament ses traits fins et arrogants, sans parler de ses oreilles pointues. Le fils de Beltirà Garaldhorf, la fierté de sa famille. Il ne s’est pas encore lié et il regarde la dragonnelle avec envie. Elle l’invite à jouer avec elles. Il accepte.

Lam’ hurle tandis que ses os se déplacent, se ressoudent et craquent, manipulés par une main invisible. Une forme lumineuse et éthérée se pose près d’elle, l’enveloppe de ses larges ailes fantômes. Lam’ ouvre brusquement les yeux. Elle serre les dents, se mord la lèvre jusqu’au sang, alors que ses yeux laiteux de cadavre reprennent vie. Elle voit. Un déluge de couleurs l’assaille. Un nouveau spasme traverse son corps neuf. Petit à petit, une sensation de froid s’insinue en elle. Le spectre de sa tendre moitié d’âme reprend sa place. Dans son cœur. Et son esprit. Elles retiennent leur souffle. Leur cœur recommence à battre. Enfin. Elles sont réunies.

Une Chevalière Bleue à demi-sauvage espionne les grands maîtres depuis une alcôve dérobée, située derrière la statue d’un Valheru célèbre. Le Conseil est réuni pour une session extraordinaire. Son ami elfique a disparu depuis plusieurs jours. Des rumeurs alarmantes circulent dans le Kaerl. Le Seigneur du Màr, dont le visage caché sous un masque de la blancheur de l’os – ou de l’ivoire – n’exprime rien, préside la longue table. Il consulte la Gardienne, cette étrange femme au regard reptilien, à voix basse. On crie au scandale, on tape du poing sur la table, les dragons rugissent et montrent les crocs. La petite curieuse, piégée dans le passage secret, retient sa respiration. Cette fois, il se passe réellement quelque chose de grave. Pour la première fois depuis longtemps, elle ressent la peur.


Une créature gémit. Elle tente de se relever. Des toiles d’araignées restent accrochées à sa chevelure. Elle regarde autour d’elle sans comprendre, le regard vide, l’esprit en déroute. Quelque chose ne va pas. Il y a un manque dans son âme, elle peut le sentir. Elle peut entendre battre son cœur. L'air s'engouffre dans son corps. Elle ressent la morsure du froid sur sa peau. Les relents de moisissures des lieux montent jusqu’à elle. Ses doigts se recourbent en griffes. Elle éprouve la texture rêche de la pierre sous ses mains. Elle est nue. Son âme est vierge. Et elle ne comprend pas.

La mort. Partout. Elle frappe le Kaerl, dévaste les esprits, prend possession des lieux comme si elle était chez elle. L’œuvre des Dieux. Ils maudissent les environs de la citadelle, tuent tout ce qu’il reste de la gloire du Quatrième Ordre. Les gens hurlent, essayent de s’échapper. Ils sont les premiers à disparaître, leur âme fauchée alors qu’ils tentent d’emporter tous leurs trésors dans la fuite. Les dragons se lamentent durant des jours, des semaines puis des mois. Aucun secours n’arrive des autres Kaerls. Personne ne vient à leur aide. Privés de l’Interstice et de leur Âme Sœur, les dragons se laissent dépérir à petit feu. Mourants, certains s’entre-tuent pour abréger leurs souffrances. Il ne faut guère de temps avant que Lamia Ellon de Keval ne s’éteigne. Elle se cache dans les souterrains mais le souffle de mort la prend malgré toutes ses ruses. Eryfen reste près d’elle jusqu’au bout. Elle ne peut que regarder la dragonne agoniser, puis mourir enfin pour pourrir et, les siècles aidant, tomber en poussière. C’est trop dur. Beaucoup deviennent fous. Ils oublient qui ils étaient. Lorsqu’Eryfen revient sous sa forme spectrale, les deux anciennes Liées s’échappent et trouvent refuge dans une vieille tour de guet abandonnée. Elles ne peuvent plus se toucher. Elles pleurent. Il n’y a plus d’avenir. Il n’y en aura plus jamais.

Des battements d'ailes. Un corbeau noir comme la nuit, comme les ténèbres d'où il semble issu, vient se poser près d'elle. Il pince sa peau fragile de son bec aiguisé jusqu'à faire jaillir un liquide vermeil. La créature tout juste née ne réagit pas. Trop de souvenirs. Trop d’émotions. Danse des dragons, chasses sauvages et bains de sang, démonstration publique de la guilde des alchimistes, reines tentatrices et altières fendant les cieux, jeux dans la neige ou dans les arènes, l’éclosion d’un œuf, des mains ensanglantées, le premier vol, une jolie neishaane qui sourit, la folie, les larmes d'une déesse, assemblée de prêtres condescendants, la mort. La surcharge psychique rompt la conscience de la nouvelle créature pensante. Elle s’écroule, frappée en plein cœur, les yeux ouverts sur l’éternité. Tout devient noir. Tout s’efface.



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MessagePosté le: Mer 29 Juil 2015 - 16:39 Revenir en haut

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