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Alauwyr Iskuvar
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MessagePosté le: Jeu 18 Juin 2015 - 09:39 Répondre en citantRevenir en haut

Ete 918



Esthen Frâlan, lié du Brun Buroth


Le Maître Guérisseur regarda une éprouvette à la lueur d'une bougie, sourcillant quand au contenu de la substance liquide qu'il remuait pour l'étudier. D'un mouvement de tête, il lorgna quelques lignes d'une page d'un vieil ouvrage qu'il avait emprunté à la grande bibliothèque. Il reposa l'éprouvette sur son support de bois et maugréa dans sa barbe. Encore un auteur de recette pharmaceutique qui a détaillé la préparation de ce produit sans avoir les connaissances requises... un charlatan en somme ! Comment pouvait-on accepter de garder un tel ramassis de bêtises à la Bibliothèque. Il devrait aller en toucher deux mots à l'Archiviste. Même si les connaissances étaient bien plus efficaces maintenant, un parfait imbécile pourrait espérer s'auto-former avec un livre empli d'inepties. Manquerait plus que des patients viennent le voir pour un empoisonnement avec un prétendu remède miracle. Même au Kaerl, des gens naïfs seraient prêt à suivre les dires d'un beau parleur.

D'un geste prompt et précis, il ferma l'ouvrage et le prit pour aller le mettre dans un rayonnage. En se retournant, tout en réfléchissant négativement à celui qui avait rédigé ce livre, il ne remarqua pas immédiatement la présence qui se dressait devant lui. C'est en redressant la tête qu'il sursauta. Son livre tomba sur le sol. Un homme encapuchonné se tenait devant lui. La lumière du local ne permettait pas de discerner tous ses traits, mais on arrivait à voir qu'il s'agissait d'un jeune homme, le visage tiré par une profonde fatigue et les yeux rongés par l'inquiétude. Des yeux qui étincelaient d'une certaine manière, qu'on ne rencontrait chez aucun être humain normal. Esthen faisait face à un dragon qui avait pris une forme humaine. Son coeur effrayé se calma rapidement quand il chercha à identifier le dragon derrière cet air de jouvenceau très éreinté. Déjà c'était mauvais signe.

''Estenir ? ''
°Oui, c'est moi Maître Frâlan...°
''Que puis-je pour toi à une heure si tardive ? ''

Le dragon ne répondit pas immédiatement, permettant à Frâlan de devancer un peu la trame qu'il crut deviner. Voir même un peu redouté.

''Où est ton lié ? ''

A ce qui lui narra le dragon par la voie mentale, et quand on observait le visage d'Esthen Frâlan qui ouvrait des yeux autant de stupeur que de sérieux, il était clair que l'affaire n'était pas saine. Le Maître Guérisseur se frotta le menton et entama quelques pas, plongé dans une intense réflexion. Son esprit de guérisseur s'était déjà mis en marche dès les premières explications du saurien. Puis quand il stoppa, ce fut pour faire face à nouveau à Estenir.

''Je n'ai pas d'autres choix, il faut que tu m'emmènes auprès de lui''
°Non. Ce serait trop risqué autant pour lui que pour vous, Guérisseur°
''Te rends-tu compte de ce que tu me demandes ? Moi, un Maître-Guérisseur de rester ici alors que je dois apporter des soins ? ''
°Je m'en rends compte parfaitement et sachez que ma présence est déjà dangereuse en soi. Vous savez très bien que ce ne sont pas les ennemis qui manquent au Kaerl qui sauteront sur l'occasion pour agir. Jamais encore il n'a été dans une telle posture et au vue des tensions que le Kaerl subit...°

Esthen sourcilla. Oui, il se rappelait la scène que Martel avait fait en plus d'Anaviel qui avait osé bravé l'autorité du Gardien en personne. Le dragon avait raison de songer d'abord à la sécurité de sa vie, mais selon son expertise, le dragon ne savait pas ce qu'il faisait en prenant trop de précaution. Cela pourrait s'avérer plus néfaste pour son lié que l'inverse. Puis le Maître Guérisseur soupira et alla voir dans sa réserve ce qu'il pourra confier au lié du Seigneur Ardent, avec les explications et leurs applications respectives. Cela le troublait de ne pas se rendre au chevet d'un malade, surtout dans l'état qu'on lui avait décrit.

Il ne mit pas longtemps à réunir ce dont Estenir avait besoin et lui tendit une sacoche en cuir épais.

''Tu n'aurais pas du attendre aussi longtemps...''
°je ne pouvais pas le ramener, j'ai énoncé pourquoi et l'interstice aurait été un passage fatal°
''En effet, c'était déjà une bonne chose, mais tu peux encore changer d'avis. Laisse moi t'accompagner''
°Je repasserai le plus tôt possible pour apporter un rapport complet°
''C'est le plus judicieux à faire. Mais sur cet entêtement...''

Le dragon se retourna pour partir. Esthen jugea utile de pas insister. Un dragon inquiet du caractère d'Estenir pouvait être très changeant. Il regarda la silhouette aux épaules voûtées du saurien sortir de son local. Il hocha la tête et se demandait s'il n'aurait pas du plus insister que cela. Du moins pour savoir où il avait mis à l'abri son lié. Il était Maître Guérisseur bon sang, on le respectait pour ce ses compétences et son intégrité au sein de ce Kaerl ! Pourquoi dans ce cas ci, on ne pouvait pas lui faire confiance ?

Se calmant rapidement, car ce n'était pas dans ses manières de s'énerver sans raison, il décida de retourner à ses travaux quand une légère odeur parfumée parvint à son nez. Habitué à travers des centaines d'effluves divers et variés, il sut reconnaître l'odeur d'une jeune femme qu'il connaissait bien. Runa Salv. Il serra un instant les dents avant de se retourner. Avait-elle croisé Estenir ? Vu l'intervalle entre la sortie du Cendré et son entrée, elle avait du le voir et entendre une partie de la conversation, même si elle n'avait pu que capter que les paroles du Maître Guérisseur. Estenir avait veillé à parler que par la voie mentale.

Faisant comme si tout était normal, il se retourna et dit calmement.

''Chevalière Salv, entrez je vous prie....Que puis-je pour vous en cette heure tardive ? ''





Dernière édition par Alauwyr Iskuvar le Ven 19 Juin 2015 - 08:35; édité 1 fois
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MessagePosté le: Jeu 18 Juin 2015 - 09:39 Revenir en haut

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MessagePosté le: Jeu 18 Juin 2015 - 23:28 Répondre en citantRevenir en haut



La princesse déchue du Ssyl'Shar marchait d'un pas lent et éternellement digne, à la hauteur des nobles enseignements qu'elle avait reçus dans son enfance. Elle glissait sur le sol de pierre avec l'aspect d'un spectre de sang dont les teintes alizarines et andrinoples tranchaient avec le crépuscule tombé sur le Màr.
A sa droite marchait son âme-soeur aux écailles luisantes d'un rouge ponceau, armure de rubis sur laquelle se heurtaient la danse embrasée des braseros allumés dans la cité pour annoncer la nuit. Sarzeghnet, malgré son jeune âge et sa taille de dragonnelle, avait déjà acquis la prestance d'une Reine en devenir. Son regard, d'un blanc terne détonnant avec le reste de sa robe, semblait fixer un point droit devant elle, légèrement au dessus du sol. Pour autant, il existait dans ses yeux couleur de neige une forme de vie que Runa parvenait à percevoir, du haut de la petite tête écailleuse et sertie de pointes. Malgré la pléthore de moqueries et de palabres qu'elles subissaient toutes les deux, on lisait sur le visage de la Chevalière ce mélange de fierté et de gloire qui poussait à une certaine forme de respect. Mais qu'importait. Elles avançaient calmement dans le silence d'un Kaerl prêt à s'endormir.

La raison de leur sortie nocturne n'était pas placée sous le simple signe d'une promenade dans la quiétude des lieux, ni pour profiter du vide de ses ruelles d'ordinaire bouillonnantes de vie. Depuis quelques temps déjà, la fëalocë murissait l'espoir de guérir sa liée. Qui d'autre que le Maître Guérisseur serait en mesure de répondre à ses questions ? Il était de toute façon hors de question qu'elle demande de l'aide à qui que ce soit d'autre..
Si leur sortie se montrait si tardive, il s'agissait bien également d'éviter la foule, les regards et les messes basses précédées de sourires hypocrites. Sarzeghnet avait beau être jeune, elle avait déjà avoué sa sensation de représenter un poids pour sa bipède plus que d'être une source de fierté. La princesse Incarnate mêlait en son coeur l'amertume d'être une erreur et la colère grandissante à l'encontre de ses détracteurs. A savoir lequel de ces deux sentiments prendrait le dessus sur l'autre..
Sarzeghnet se laissa donc guider avec pour seul appui l'effleurement de son aile contre le tissu de la robe de sa liée. De cette manière elle s'habituait et pourrait bientôt se déplacer entièrement seule sans se blesser ou prendre de risques. Elle se fiait à tout : la brise et les odeurs qu'elle apportait avec elle, la matière sous ses griffes, les bruits.. Car si sa cécité ne pouvait être soignée, il faudrait qu'elle développe toutes ses autres capacités et précise chacun de ses sens.

Silencieuses, presque sages - trop sages -, elles progressèrent par delà le Val, sous l'orbe à l'aura protectrice de ses feuilles de cuivre, jusqu'à atteindre un coin reculé non loin de l'Observatoire. Ici, sous les alcôves et l'ombre de la grande bibliothèque du Màr, se trouvait l'officine d'Esthen Frâlan, Maître Guérisseur et probablement seul véritable ami de la fëalocë. Un endroit que Runa connaissait bien, y vivant au moment de son aspiranat afin d'éviter l'enfer des dortoirs. Il n'avait pas rechigné - ou du moins ne l'avait-il pas montré - à la prendre sous son aile et lui enseigner quelques unes des pratiques qu'il avait apprises au cours de sa carrière. Il était le seul homme que la jeune femme s'était jurée de respecter de façon inconditionnelle, bien loin du dédain habituel qu'elle accordait à quiconque croisait son regard d'ambre. Le Maître Brun incitait à l'humilité et la loyauté, même pour une furie comme Runa. Elle savait qu'en cas de difficulté, il aurait une réponse à lui apporter, quoi qu'elle fusse.
Approchant de la porte, prête à frapper celle ci pour signaler sa présence, Sarzeghnet la devança :

** Il n'est pas seul. Attends. **

Elle tendit l'oreille mais ne perçut que la voix d'Esthen, visiblement inquiet. Runa décida de reculer dans l'ombre d'une alcôve pour rester discrète, entraînant avec elle sa jeune liée.

** Il est avec l'un de mes frères. **

Un dragon qui venait requérir de l'aide ? Le Maître Brun semblait remuer ses fioles et bouteilles avec précipitation, insistant sur son devoir de guérisseur pour se rendre au chevet d'un blessé. Quelque chose clochait, quelque chose de grave était arrivé.. Le fait de n'entendre qu'une partie de la conversation piquait à vif la curiosité de la fëalocë, terrée dans l'ombre en bonne vipère qu'elle était. Une sensation viscérale la poussait à écouter ce qu'il se fomentait derrière cette porte, comme si elle devait en être concernée.. Mais quoi ?
Assez brutalement, la porte s'ouvrit tout à coup et fit sursauter la jeune femme cachée. Ses sourcils froncés s'arquèrent sous le coup de la surprise lorsque ses yeux dorés se posèrent sur la silhouette humanoïde d'Estenir. Elle s'immobilisa et arrêta presque de respirer, ne pouvant cacher à sa liée une certaine crainte à la seule vue de ce dragon couleur de cendres chaudes. Estenir avait le pas rapide et déterminé, si bien qu'il ne les remarqua pas toutes les deux. Sur son visage de bipède se lisait la fatigue et une grande angoisse.. Tout cela ne présageait rien de bon.

Runa suivit la silhouette du dragon qui s'éloignait en emportant avec lui une besace où s'entrechoquait le verre des fioles d'Esthen. Rapidement, l'inquiétude la gagna : il n'y avait qu'une personne susceptible de mettre le Cendré d'ordinaire si calme dans un tel état.. Son lié.
Elle se redressa et fit face au Maître Brun qui jouait fort mal l'ignorance. Après un dernier coup d'oeil par dessus son épaule, Runa afficha une mine à son tour soucieuse. La Chevalière ne répondit pas immédiatement à la question du Guérisseur, se contentant de le fixer intensément comme pour en sonder son âme. Et plus les secondes s'écoulèrent, plus la préoccupation s'accaparait de l'esprit de la princesse déchue. Sarzeghnet ressentit avec étonnement cette nouvelle sensation que n'avait pas encore exprimé sa liée : de l'inquiétude pour quelqu'un.
Oubliant l'objet de sa requête initiale, la fëalocë demanda dans un mélange de calme et de fermeté :

- Maître Frâlan, vous n'avez pas l'air bien.. Que se passe-t-il ? Qu'est-il arrivé ?


La lueur pétillante de ses iris de miel s'était comme ternie, traduisant un sentiment sincère. Elle poursuivit, la voix tirant davantage sur l'appréhension :

- Est-il arrivé quelque chose au Seigneur Iskuvar ? C'est cela n'est-ce pas ? Vous devez me le dire..



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
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MessagePosté le: Ven 19 Juin 2015 - 09:14 Répondre en citantRevenir en haut


Esthen Frâlan, lié du Brun Buroth


Ainsi elle avait croisé Estenir. A entendre ses interrogations, cela n'apportait que la confirmation. Esthen ne pourra donc pas détourner le sujet. Il la regarda en silence, avec ton sérieux professionnel ordinaire. Pouvait-il seulement lui révéler ce que le dragon cendré lui avait confié ? Il en allait de la sécurité de son lié, mais en même temps, vu l'état dans lequel il était. Il serra les dents. Il n'aimait pas être entre deux situations contraires. Déjà qu'il ne pouvait pas rejoindre le chevet du blessé et qu'il devait quand même agir comme tout comme. Diagnostiquer sans voir, en se fiant qu'à la vision d'un autre était à la limite rageant. Et maintenant, Runa s'inquiétait pour le Seigneur, voulant ardemment savoir ce qui s'était passé. Et lui, Maître Guérisseur à la réputation sans faille, qui savait garder bon nombre d'informations professionnelles. Pour une rare fois, il avait envie de hurler face à cet écartèlement. Runa n'était pas n'importe qui. Mais il ne pouvait pas faire d'exception à la règle. Qui sait ce qu'elle pourrait commettre si elle apprenait tout.

Mais peut-être pas. Il avait accueilli sans broncher cette jeune femme quand ses relations avec son maître quand elle n'était qu'une aspirante s'étaient montrées plus que tendues. En plus de la loger, il avait été ravi de pouvoir dispenser quelques connaissances auprès d'une personne qui connaissait un peu le domaine. Il avait simplement agi comme un maître envers son apprenti et rien de plus. Cela ne l'avait pas empêché de l'écouter quand elle avait eu besoin de parler. A travers ces conversations, même si elle avait veillé intelligemment à dissimuler la profondeur de ses ressentis, Esthen avait pressenti que la chevalière avait quelque chose pour le Seigneur. De quoi soupirer... Les hommes et les femmes avaient des relations parfois si compliquées. Lui se raccrochait au travail, car bien plus important à ses yeux...

Sous le regard sincère de la jeune femme, il chercha quoi répondre dans un premier temps

''Il est arrivé quelque chose au Seigneur oui... Mais je ne peux pas vous...''

Que c'était désagréable d'être pris entre deux devoirs de guérisseurs. Il était Maître-Guérisseur et même à ces préceptes il devait s'y plier ! Mais son rôle premier n'était-il pas de soigner et de sauver des vies du mieux qu'il pouvait ? Là, maintenant, il était incapable d'être efficace et jamais encore il se sentait si inutile, alors qu'il était capable d'opérer ce qu'il fallait. Au diable les autres préceptes ! Son rôle était de soigner, pas de passer son temps à suivre des lignes de conduite ! Cette jeune femme connaissait le Seigneur, elle avait été son aspirante et même si sa formation a été chaotique, elle avait en elle ce dont il avait besoin. Il serra malgré les poings. Il ferma les yeux et expira doucement. Les émotions ne devaient pas interférer.

''Il a été grièvement blessé durant une expédition sur Qahra. Il y a bien plusieurs jours de cela maintenant, si ce n'est pas plus. Son dragon n'a pas donné lieu de m'en dire plus ; hors cela aurait été important pour moi. Tout est important. Il aurait reçu un coup de poignard et depuis son état ne s'améliore pas. Malgré tout ce que le dragon m'a décrit, il m'est difficile de conseiller comment soigner. J'ai conseillé et donné ce qu'il fallait à Estenir, mais Estenir reste un dragon et il n'a pas le regard que moi je possède. La crainte et l'épuisement détourne sa raison. ''

Maintenant qu'il avait mis un doigt dans l'engrenage, il ne pouvait plus reculer.

''Il a refusé ma présence, ce qui met à mal mes capacités et peut compromettre son lié. Et comme vous êtes venue à moi Chevalière... je ne vois personne d'autres pour agir à ma place. ''

Il la regarda en silence avec un air étrange, comme s'il redoutait presque de prendre la mauvaise décision.

''Vous auriez été capable de me secouer jusqu'à ce que je cède pour vous y rendre de toute façon... Vous serez mes mains et mes yeux. Estenir a déjà plus ce qu'il ne faut, du moins je l'espère...''

Et qu'il ne soit pas trop tard surtout...

''Buroth saura vous mener là où Estenir a mis à l'abri son lié. De ce que Buroth m'a énoncé... c'est toujours à Qahra. Lui seul vous y mènera, mais après, ce sera à vous de jouer...''

Le dragon cendré était tellement inquiet pour son lié que bon nombre de ses pensées tourmentées n'avaient pas été dissimulés. Une chance que leur portée étaient très limitée et seul le dragon brun les avait capté. Ainsi, le lié du Maître-Guérisseur avait pu apprendre la position du lié du Grand Cendré

Esthen soupira. Il avait presque honte d'avoir agi de la sorte. Il aurait plus insisté auprès de l'Empereur Noir, au lieu de lâcher tout un flot d'informations comme cela, à la première venue. Enfin, la première venue était Runa, l'ancienne Aspirante du Seigneur même. Doucement, il se sentit mal à l'aise.Avait-il pris la bonne décision ?



Runa Salv
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MessagePosté le: Ven 19 Juin 2015 - 23:36 Répondre en citantRevenir en haut


Le Maître Guérisseur subissait une forme de torture opposant son devoir et ses sentiments. La fëalocë était accrochée à chacun de ses regards hésitants et la moindre de ses tentatives d'expliquer la situation, comme s'il détenait une information capitale pour la survie de la cité. Et quelque part, c'était chose vraie. La jeune femme insistait silencieusement, éprouvant un intérêt certain même au plus infime des mots qui sortirait de la bouche du guérisseur.
Tiraillé entre ce que lui soufflait son coeur et la raison, le Maître Brun se résigna à avouer toute l'ampleur de ce que l'on pouvait qualifier de drame. Et celui ci tomba comme un couperet.
Premièrement, la princesse déchue eut du mal à assimiler les propos d'Esthen et la situation telle qu'elle était. Lorsqu'elle comprit qu'il était on ne peut plus sérieux, le palpitant dans sa poitrine manqua un battement et tout parut se figer autour d'eux. La danse des frêles flammes mordant les mèches des bougies sembla même se taire pour finalement cesser. Runa ne sut pas vraiment se l'expliquer mais cette nouvelle la traversa de part en part, avec autant de violence qu'un carreau tiré à bout portant en plein dans sa poitrine. Une saveur âpre lui mordit la langue : le souvenir d'un rêve quelques nuits passées, un rêve où elle avait ressenti ce même abattement pour des raisons similaires traduites par la mort proclamée d'Alauwyr.
Esthen enchaîna et ne laissa pas l'opportunité à la fëalocë de répondre dans l'immédiat. L'assurance habituelle de cette dernière était de toute façon tombée en berne et elle fut incapable d'articuler quoi que ce soit. Jamais elle n'aurait cru être autant anéantie par telle nouvelle.. Et pourtant.

Elle peina à trouver ses mots pour lui répondre, cherchant du regard quelque chose de réconfortant, en vain. Elle se heurtait au visage miné du Maître Guérisseur, désemparé de n'avoir d'autre choix que de se confier à celle qu'on pouvait qualifier de son apprentie. Runa coula par la suite un regard éperdu vers sa liée glacialement silencieuse. La petite Sarzeghnet écoutait les pensées de sa bipède et découvrait des émotions nouvelles pour elle sans pour autant les prendre à la légère. Elle attendait simplement le bon moment pour s'exprimer, au grand dam de la fëalocë qui n'attendait qu'un mot de sa part.
Les sourcils de Runa s'arquèrent davantage lorsqu'Esthen lui demanda - plus qu'il ne lui proposa - de se rendre sur les lieux. Soit il lui faisait une confiance aveugle soit il était désespéré.. Si ce n'était pas un mélange des deux. Runa n'arrivait pas à formuler ne serait-ce qu'une pensée claire, réfléchissant à toute allure : elle ne connaissait que de Qahra le nom et la réputation d'être une jungle des plus dangereuses, au delà de ce que lui avait offert le Ssyl'Shar jusqu'à présent. S'y rendre était risqué. Mais quel prix valait la vie de celui qui avait sauvé la sienne ? Runa subissait l'un des rares moments de son existence où son code d'honneur ressurgissait : ses valeurs étaient critiquables et se voulaient, d'ordinaire, de répondre exclusivement à ses seuls besoins. Mais la loi du prêté pour un rendu ne s'arrêtait pas seulement à ses violents désirs de vengeance. Malgré tout ce qu'elle avait enduré depuis sa rencontre avec celui qui fut son Maître, elle ne pouvait pas se permettre de le laisser dépérir ainsi. C'était là la morale que lui avait asséné son rêve : elle ne pourrait pas vivre sans celui de qui elle fut l'ombre. Alors, la décision fut prise et une détermination naissante se dessina sur ses traits de poupée.

- J'agirai en votre nom. Je pars les rejoindre.

Lentement, elle détacha son regard rivé sur Esthen pour s'accroupir au niveau de sa liée. Sa pensée fut ferme, mais..

** Ma Reine de sang et de feu, Maître Frâlan veillera sur toi durant mon abs.. **
** Il est hors de question que tu partes sans moi. Je viens avec toi, point. **
** Tu es trop jeune et je ne peux pas risquer de te perdre aussi. **
** Ma décision est sans appel. **


Runa soupira et la réprima mentalement, agacée. La dragonnelle l'ignora superbement, toisant sur elle ses opales de neige qui ne pouvaient voir. Au fond d'elle-même, la fëalocë avait presque espéré cette insolence. Elle n'était pas la mère de Sarzeghnet mais plutôt sa soeur, elle n'avait donc pas de véritable raison de la corriger.. Et à tout avouer, elle savait pertinemment que raisonner une telle furie en devenir revenait à se condamner à la folie. La petite Incarnate se montrait déjà protectrice sous toute la froideur de son coeur de pierre, c'était pour elle une façon de montrer son attachement viscéral à sa bipède, si têtue fusse-t-elle. Un demi sourire étira de façon fugace les lèvres de la Chevalière alors qu'elle effleura la joue écailleuse de sa liée. Puis elle se releva brusquement : il était désormais temps d'agir, et vite. Sûre d'elle, elle ordonna :

- Je vous confie Sarzeghnet jusqu'à mon retour. Je dois me préparer et prendre de quoi tenir quelques temps. Je serai revenue dans moins d'une heure. Que votre lié soit prêt à partir.

Elle ne laissa pas le temps à Esthen de répliquer quoi que ce soit. Prestement, elle quitta l'officine et se rendit à son weyr.

***


Moins d'une heure plus tard, elle revint vêtue de façon masculine et discrète, une longue natte tombant le long de son dos par dessus une large étoffe qui lui entourait le buste. Sur son épaule reposait lourdement la besace de cuir dans laquelle se trouvaient bourses de poudres, de feuilles et de plantes aux côtés de fioles et de pots d'onguents. Elle avait pris soin d'emporter avec elle son journal de notes prises au moment des enseignements d'Esthen et son grimoire de sorcellerie au cas où celui ci s'avèrerait utile.
Elle salua avec le respect dû le Brun Buroth, prêt à prendre son envol. Elle installa Sarzeghnet et au moment de grimper sur les larges épaules du dragon, se ravisa et fit demi-tour pour prendre Esthen dans ses bras, de façon des plus inattendues. L'étreinte fut brève mais sincère. Elle adressa au Maître Guérisseur un regard à nouveau pétillant d'or et d'ambre.

- Il vous remerciera lorsque je le ramènerai sain et sauf..


Runa n'attendit pas de réponse et n'en n'espérait pas, de toute façon. Elle prit place sur Buroth et le trio quitta le Màr pour des contrées plus hostiles.



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MessagePosté le: Sam 20 Juin 2015 - 09:33 Répondre en citantRevenir en haut

Le Maître Guérisseur avait veillé comme il se devait sur la jeune Reine, tout en profitant de sa proximité pour étudier sa cécité. Le tout en pur respect et avec professionnalisme. Il était encore à se frotter le bout de son menton quand à une solution que seul un dragon pourrait réussir pour apprendre à dépasser l'handicap que possédait la dragonelle. Une solution simple mais qui demanderait du temps et beaucoup de concentration. Là elle était encore un peu jeune pour tenter ce à quoi il pensait. Puis Runa arriva, prête à partir. Le contraste vestimentaire lui fit hausser un sourcil. La voir autrement que dans ses atours habituels perturbait un peu. Là, dans une tenue plus masculine, plus simple et plus discrète, elle était comme prête à partir à l'aventure. Cela était juste... surprenant. Il la mena là où Buroth l'attendait. Le dragon de nature aussi silencieuse que son maître inclina la tête en signe de salutations à Runa et plus encore à sa liée, avant de se baisser pour les aider à monter sur son corps massif. Une fois la petite reine installé, Esthen s'apprêta à faire un pas en arrière quand la jeune femme se retourna pour prendre le Maître Guérisseur dans ses bras. Esthen écarquilla les yeux devant cette marque de sincérité et toussota un peu gêné, passant une main dans les plis de sa toge pour la remettre en place. Il manquerait plus de rougir sous cette accolade.

''Surtout ne perdez pas espoir sur chaque instant qui passera et revenez quand vous seule serez certaine que ce sera possible''

Il al regarda prendre place sur son lié et hocha d'un mouvement de tête vers le regard vert de son lié. Entre eux deux le lien était très fort et certaines choses dépassaient le besoin de communiquer avec des mots. Le dragon brun déploya ses ailes et décolla, pour rejoindre les airs. Le Maître-Guérisseur les regarda prendre de l'altitude et baissa ses épaules. L'incertitude le gagna quelques peu. Il n'y avait pas d'autres choix de toute façon et il avait pris la meilleure.

Le dragon brun une fois arrivé à la bonne altitude, s'assura qu'on n'observait pas leur ascension et d'un coup, franchit l'interstice.



Le trio apparut dans le ciel de Qahra quelques secondes plus tard. Une nuit étoilée et fraîche les accueillit. Dans ce même air, on sentait toute l'humidité qui caractérisait ce continent couvert de jungle. Sans effort Buroth vira sur l'aile pour chercher un lieu particulier. Dans la clarté nocturne, une fois les yeux habitués, il est aisé d'observer en bas que quelques collines éparses. Une forêt tropicale s'étendait tout autour, laissant peu de place pour quelques petites plaines. Une rivière traçait en plein dans ce décor un cheminement sinueux, brisant ainsi la monotonie de la surface de ces terres. Le dragon entama une légère descente pour se rapprocher d'une colline un peu plus isolé que les autres. Des arbres poussaient bien sur son contour arrondi, mais ils étaient plus malingres et plus petits, comme si cette terre-ci était moins disposée à accueillir la vie végétale. Et quand le dragon se posa enfin, Runa aura toute la surprise de voir que ce n'était pas vraiment une véritable colline, mais une structure en ruine, que la nature peinait depuis bien longtemps à recouvrir. Même si la construction ancienne était fait de roc, tout ce qui n'était pas dissimulé par des lianes, des racines ou des branchages se dévoilait dans une conception architecturale légère, aéré et solide.

Buroth se baissa pour laisser ses deux passagères descendre de ses épaules et huma l'air. Son esprit se tendit pour fouiller les environs. Pas de danger. Bien.

°je vous ai amené là où Estenir se rend normalement. Je sens son odeur, mais pas sa présence. Je perçois la présence de son lié dans l'intérieur de cette construction. On dirait qu'Estenir a choisi un pavillon antique de Valheru. Une bonne cachette. °

Le dragon garda le silence, la tête tendue vers ces ruines.

°Je n'entrerai pas avec vous. C'est à vous de faire le pas. Pas moi°

Buroth, tout comme son lié, connaissait la relation assez étrange et particulière entre ces deux bipèdes. Il pourrait apporter des conseils supplémentaires mais il ne le fit pas. Runa devait se confronter à son ancien maître seule et réagir en fonction de ce qui se passerait. Une sorte de confrontation nécessaire pour refaire des liens brisés.

°Je serai dehors et si tout se passe bien je partirai. Je vais veiller à trouver Estenir pour le prévenir. Un dragon malade d'inquiétude pour son lié peut commettre de mauvais jugements. °

Ainsi, il laissa toute l'initiative à Runa et sa liée de pénétrer dans cet ancien pavillon de chasse.


A l'intérieur de celui-ci, malgré la dépravation du temps, une bonne température ambiante et dépourvue de l'humidité extérieure régnait. L'entrée menait à un espèce de vestibule qui devait être orné de riches bannières. On devinait les restes des montants en bois qui les soutenaient autrefois. Des racines s'étaient enroulées dedans, leur interdisant une chute final sur le sol en marbre tâché de lichen d'un vert pâle. Une ouverture ovoïde menait à une autre pièce d'où s'échappait une faible lueur...

Une orbe magique apportant cette lumière dans cette pièce, qui autrefois devait avoir une utilité précise pour ce vieux pavillon. Sans doute une petite salle pour manger en commun, car on le devinait certains objets -où ce qu'il en restait- même s'ils avaient tous été mis dans un recoin pour faire de la place. Place qui avait été nécessaire pour placer un couchage sommaire, mais confortable pour une personne qui avait besoin de se reposer. Personne ne l'occupait, mais on devinait qu'il l'a été récemment. A côté, tout un agencement avait été préparé pour supporter tout le nécessaire pour apporter des soins à un être blessé. Runa reconnaîtrait sans mal la sacoche qu'Estenir avait pris de Frâlan quelques heures avant.

L'orbe étincelait comme le ferait un petit brasero doté d'une petite flamme vive et bien alimentée. Il générait des ombres par moment mouvantes dans les recoins et les alcôves de la salle. Une légère odeur piquante d'herbes emplissait l'air....Un pas, un seul en avant.

Un éclat étincela dans les airs juste avant que ne raisonne la conséquence d'un tranchant d'une épée percutant un mur. Une lame noir avait frappé à un demi-mètre au dessus de la tête de Runa. Un homme s'était dissimulé dans l'ombre d'une alcôve attendant le moment que...Sa chevelure blanche qui couvrait ses épaules était discernable dans la faible lueur de l'orbe qui éclairait la salle.

'' Runa ? ''

L'épée à la lame sombre tomba à terre, protestant à sa chute dans un timbre froid de métal

''Cela ne se peut....''

Le doute et la crainte tremblait dans cette voix affaiblie. L'homme recula d'un pas, déjà vacillant sur ses jambes. Un épais bandage entoura le bas de sa poitrine. Un cataplasme bombait le bandage là où se trouvait la blessure au flanc droit. La respiration haletante et le regard vitreux, il fixa la jeune femme.

''Non... tu ne peux pas être elle... juste le fruit de mon imagination... encore un délire...''

Il recula encore en titubant. L'orbe éclairait sa peau blafarde et luisante de sueur. La fièvre le dévorait. A la lueur de la lumière magique, la jeune Ardent pourrait observer les effets qu'une forte fièvre de plusieurs jours engendrait. Le visage si froid et si fier du Seigneur était marqué par des cernes creusées et sombres. Amaigri, ses pommettes saillaient plus que d'ordinaires. Doucement un vertige pernicieux s'installa pendant qu'il regardait Runa, qui n'était que le fruit de son subconscient troublé et brisé par ce qui le rongeait. Depuis plusieurs qu'il était ici, il avait oscillé entre réalité et délire. Là, il en était sûr, son esprit hallucinait. Non, Runa ne pouvait pas être là...Sa main se posa sur le mur qu'il avait rejoint sans vraiment le vouloir. Il s'y adossa, pour ne pas tomber, ses yeux sombres n'ayant pas quitté la chevalière incarnate.

''Jamais elle....serait venue... Juste une autre hallucination que me joue mon subconscient...''

Le vertige devint écoeurant à supporter. L'énergie qu'il avait réussi à soutirer à son corps bien épuisé pour s'éveiller et se lever sous la pseudo-menace qu'il avait perçu à la venue de son ancienne aspirante lui manqua déjà... Si difficile avait été de revenir à lui... si difficile...Il n'arriva plus à lutter. Il se sentit tomber, replonger dans ce voile vide de toute conscience. Juste avant qu'il ne ferme les yeux tout en sentant la caresse froide du mur dans son dos pendant qu'il glissa contre en direction du sol, à travers la brume qui s'épaississait à travers sa vision, il aperçut une petite silhouette draconique incarnate....



Runa Salv
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MessagePosté le: Lun 22 Juin 2015 - 23:36 Répondre en citantRevenir en haut



Une fois l'Interstice passée, le changement d'atmosphère fut brutal : de la froideur silencieuse et oppressante, Runa découvrit la moiteur étouffante de Qahra. L'air, malgré la sorgue tombée, était encore lourd et chargé d'humidité. Le vent soufflait à peine entre les arbres et les lianes d'une forêt sauvage et dense, glissant sur les feuilles de palme lisses et effilées avec pour seul musique le chant des créatures nocturnes. Les lieux étaient d'un calme presque troublant..
Buroth se posa non loin d'un fleuve, sur le flanc d'une colline sur laquelle se dressaient les ruines de ce qui fut jadis une immense et imposante demeure. Les Lunes faisaient grâce de leur aura incandescente pour éclairer cette jungle rendue davantage mystique par le voile éthéré de la brume l'entourant, une toile spectrale piquée par les étoiles mouvantes qu'étaient quelques lucioles paresseuses. Il y avait quelque chose d'intriguant dans ce paysage crépusculaire, un mélange de magie et de ténèbres inexplicable.

Runa glissa le long des épaules galbées de Buroth, enfonçant ses bottes dans un sol imbibé d'eau et de verdure. Elle tendit les bras et aida sa liée à faire de même avant de s'attarder à scruter la jungle qui les cernait non sans une certaine fascination. Malgré le demi-silence perturbé par la vie de la faune noctambule, la fëalocë se sentait observée. Elle plissa les paupières comme pour s'aider à déceler dans le clair-obscur du paysage la raison de ce ressenti mais ne discerna rien d'autre que le bruissement des feuilles.
Elle détourna ensuite son attention sur les ruines érigées au sommet de la colline douce où ils atterrirent tous trois. De ce vestige du passé n'émanait rien de bienveillant : la vie elle-même semblait s'être dérobée à son rôle, comme si les lieux étaient hantés et maudits par le spectre de ses hôtes. Le sol en son contour était noir de l'absence de flore, parcelle d'un désert aride planté au beau milieu de cette luxuriante forêt. Mais ce constat n'arrêta pas la princesse déchue du Ssyl'Shar. Elle replaça sa besace de cuir sur son épaule avant de saisir un morceau de bois mort et fragilisé par l'humidité. Au bout de celui ci, elle entoura un morceau de tissu pour constituer une torche de fortune et fit son ultime demande à Buroth : l'allumer de son souffle sacré. Le dragon n'eut qu'à expirer une flammèche pour que le tissu prenne feu et ne révèle toute la flamboyance de la chevelure alizarine de la jeune femme, appuyée par les écailles de sang de sa moitié d'âme dans lesquelles se reflétait la danse assassine des flammes.
Avec une once d'appréhension dans sa pensée, elle glissa au Brun adulte :

** Quand tu trouveras Estenir, dis lui bien que je suis venue en paix, rassure-le, sans quoi il me mettra en pièces sans attendre plus d'explications. **


Elle ne formula pas de remerciements mais le seul regard de gratitude qu'elle lui adressa suffirait amplement. Alors que Runa s'apprêtait à pénétrer les ruines lézardées de lianes et de ronces mourantes, Sarzeghnet leva le museau vers le ciel d'encre pour en humer l'air. La dragonnelle sentait évidemment l'odeur de son frère Brun adulte et les effluves de cèdre de sa bipède. Mais le vent emportait dans sa valse d'autres arômes : elle décelait la présence récente d'un autre dragon, plus imposant et infectant la brise d'une inquiétude maladive ; le souffle tiède du vent lui apporta d'un même élan l'odeur d'un bipède et celle d'un mauvais sang.. Le doute n'était plus permis. La petite Incarnate suivit sa liée à l'odeur et au bruit de ses pas, n'offrant pour seul compagnie que la froideur de son silence. La jeune Reine guettait la moindre hostilité ou attaque à leur encontre, à la recherche d'un son, d'une effluve ou d'un mouvement de la terre gorgée d'eau sous ses petites griffes.

Runa brandissait sa torche, dévoilant la pierre usée par le temps et partiellement recouverte d'une mousse presque morte. Les poutres d'un bois vermoulu au dessus de leur tête menaçait de s'effondrer mais quelque chose les maintenant inexorablement en place. Le temps en ces lieux n'avait plus d'importance ni d'emprise.. Maintenant qu'elle en prenait conscience, la moiteur n'était pas maîtresse ici, l'air était plus sec et plus frais, moins étouffant, plus apaisant. Pour autant, quelque chose de sinistre y régnait, comme si le souvenir de ceux qui vécurent ici s'était gravé dans ses murs de pierre friable. La magie des Valherus était encore présence et sans doute rien ne pourrait jamais l'en déloger.
Pas à pas, les deux liées progressaient avec méfiance, le regard ambré de la fëalocë accroché aux détails d'une structure antique oubliée des hommes. Certains vieux meubles de bois étaient simplement poussés contre les murs, probablement apportés plus récemment et oubliés au profit de ces ruines isolées. Malgré l'ambiance pesante qui s'insinuait entre les couloirs, une forme de vie, certes ésotérique, s'évertuait à habiter les lieux.. Cet endroit avait quelque chose de captivant.
Mais le coeur de la fëalocë battait avec plus d'ardeur à mesure qu'elle avançait. Le sixième sens propre à sa race lui murmurait de prendre garde sans pour autant crier gare. Runa découvrit alors une vaste pièce vers ce qui semblait être le coeur de la demeure : immédiatement, ses yeux se posèrent sur une orbe incandescente qui illuminait un large séjour seulement décoré de lierre noirci et d'un lit de fortune maculé d'importantes taches brunes d'un sang écoulé il y avait maintenant plusieurs jours. Cette vision l'inquiéta et l'empêcha de déglutir, son coeur s'emballa à mesure qu'elle touchait au but. Elle s'attendait à tout instant à faire face à un fantôme ou un Seigneur blessé..
L'orbe au dessus d'elle flottait avec le même entrain lancinant que les lucioles virevoltantes dans le brume à la lisière de la jungle.. Sa lueur d'un bleu pâle et tirant sur le blanc se heurtait aux miroirs d'or des yeux de la fëalocë, oubliant l'espace d'un instant la raison de sa venue, bercée par le halo doucereux de la sphère aux allures de lune. La jeune femme eut un léger sursaut lorsque sa botte percuta une fiole de verre vide au sol, la faisant rouler plus loin dans la pénombre de la pièce. Elle s'accroupit et poussa de ses doigts fins les autres contenants vides avant de reconnaître sans difficulté qu'ils étaient ceux apportés par Estenir. Ses yeux suivirent une piste formée par des gouttes de sang relativement fraiches. Elle se redressa et longea la ligne tracée par les gouttelettes, seulement concentrée sur cette dernière.
Mais soudainement, le silence fut rompu.

** RUNA ! **

Runa eut pour réflexe de reculer et de se baisser, évitant sans mal une attaque discrète mais faible. Le sourire tranchant d'une épée qu'elle connaissait bien dessina une courbe irrégulière pour finalement frapper sans précision le mur de pierre à côté d'elle, bien au dessus de sa tête. L'arme tomba, criant d'un écho métallique en rencontrant lourdement le sol, la lame sifflante et frémissante de son échec avec la férocité d'un serpent. Sarzeghnet gonfla ses fines ailes incarnates d'air pour se donner une taille plus intimidante, ouvrant une gueule sertie de crocs alignées en aiguilles et cherchant au bruit et à l'odeur où se trouvait l'agresseur. Runa recula à nouveau d'un pas puis tendit devant elle la torche allumée pour seule défense. Un cri de surprise s'échappa de ses lèvres lorsque les flammes éclairèrent le visage de celui qui venait de l'attaquer.
Runa resta béate en découvrant avec horreur un corps plus mort que vivant : elle mit un certain temps à accepter que celui qui se trouvait en face d'elle était bien l'Alauwyr qu'elle avait connu. Son démon aux cheveux d'argent avait des allures de fantômes par un teint allant du pâle habituel au blafard cadavérique. Ses joues étaient creusées de fatigue et ses yeux de néant cernés par un épuisement fatal. L'humain se retenait péniblement au mur d'une main tremblante, le souffle court et le front luisant de sueur. On distinguait, sous les mèches effilées de sa chevelure blanche et trempée de sudation, un regard livide et éteint de tout éclat..

Runa était figée, incapable de dire ou de faire quoi que ce soit. Elle n'avait d'yeux que pour cet homme qui menaçait de s'effondrer à tout instant.
Elle fut incapable de réprimer un frisson lorsqu'il articula sans certitude son nom d'une voix monocorde et ternie par l'exténuation. Le regard de Runa exprimait à la fois peine et alerte tant elle comprenait l'état de gravité dans lequel se trouvait Alauwyr : la fièvre le dévorait et n'annonçait rien de bon. Elle voulait lui venir en aide mais s'il la voyait comme le fruit d'une de ses hallucinations, qui savait ce dont il serait capable pour la faire disparaître..
Les opales d'or de la fëalocë fixèrent furtivement le pansement qui lui serrait la taille, couvrant la plaie mais pas les marbrures noirâtres qui se dessinaient sur sa peau d'albâtre et émanaient de la blessure. Une odeur aigre et amère s'en dégageait. Peut-être était-il trop tard..
Alors qu'elle allait s'avancer vers lui, ouvrant la bouche pour lui offrir quelques mots rassurants, Alauwyr tituba avant de chanceler lentement le long du mur. Dans son esprit délirant, peut-être percevrait-il, avant de perdre connaissance, la voix hypnotisante de la dragonnelle Incarnate.

** Laisse toi glisser vers l'abîme, tu es en sécurité.. **

Runa se précipita vers lui et l'accompagna dans sa chute sans pouvoir le retenir, fort de ce qui représentait désormais un poids mort. Elle le tira pour l'allonger correctement et posa son oreille contre son torse pour écouter son coeur. Celui-ci battait fort et lentement et n'augurait rien de bon.
Elle posa brusquement la torche à même le sol et ouvrit sa besace avec empressement, répandant sur le sol tout son contenu. Runa dégaina son poignard et coupa la bande préalablement posée avant de découvrir non sans dégoût une plaie pénétrante, profonde et gravement infectée. L'odeur seule trahissait l'ampleur de la blessure. Les doigts fins de la fëalocë tremblaient alors qu'elle succombait doucement au désarroi.

** Il va mourir.. Il est trop tard.. **
** Si tu ne fais rien, il le sera bientôt. **


Toujours dans la précipitation, Runa se releva et amena au centre de la pièce tout ce qui serait de bois ou ce qui brûlerait. Malgré l'humidité de la jungle, la flamme d'un dragon prendrait le dessus et consumerait sans encombre ce qu'on lui donnerait comme offrande. Elle chercha un contenant, poussant les meubles et fouillant les pièces pour enfin tomber sur ce qui ressemblait à une bassine usée mais en état de servir. Sans prévenir, elle quitta les ruines et descendit la colline pour se rendre au fleuve et y prélever de l'eau.
Sarzeghnet s'approcha du corps inerte du Seigneur ardent et posa sans appuyer sa petite tête écailleuse sur son torse, suivant l'élévation asthénique de son buste à mesure qu'il respirait et écoutant son coeur battre. D'une certaine façon, elle veillait sur son sommeil.
Runa revint et commença rapidement ses mixtures. Elle jeta dans un mortier quelques graines noirâtres et ovales qu'elle s'empressa de réduire en poudre. Elle ajouta des feuilles séchées et quelques gouttes d'huiles aux parfums puissants. Lorsqu'elle obtint une poudre fine et homogène, elle incorpora une graisse végétale jaunâtre et la malaxa. Le mortier fut déposé à même le feu pour finir l'onguent.
Pendant que celui ci chauffait, elle transvasa une partie de l'eau fraiche dans une vasque et y ajouta quelques gouttes de la même huile utilisée plus tôt. Elle sortit de sa besace de quoi penser une plaie : du tissu blanc au fil épais. Elle déchira un morceau de cette toile et le plongea dans l'eau avant de commencer à laver Alauwyr. Ses gestes étaient à la fois rapides et délicats, pressés mais sans brutalité. Elle descendit de son front jusque son ventre pour terminer par la plaie purulente sur son flanc, essorant un tissu sali par le sang et la pestilence.
Quelque part, Runa remercia les dieux d'avoir plongé le Maître Noir dans la torpeur car elle n'hésita pas à nettoyer profondément la blessure. Oubliant ses manières princières et son rang déchu, il n'y avait plus que la guérisseuse qu'elle aurait pu simplement être dans une autre vie.
Les minutes puis les heures s'écoulèrent. Faisant fi du reste du monde, elle s'appliqua à panser la plaie, rentrant une mèche de tissu dans cette dernière et étalant son onguent chauffé sur ses bords.
De l'eau bouillait pour faire infuser des plantes médicinales alors qu'elle déposait sur le front de l'humain un linge mouillé de l'eau fraiche du fleuve.

Lentement, la pression retomba.
Sarzeghnet s'était allongée près du feu, guettant en silence l'arrivée de son grand frère cendré, berçant les lieux par son souffle régulier et apaisé. Runa relit ses notes une énième fois pour s'assurer de ne pas avoir commis d'erreur. Harassée, elle jeta au loin le journal et prit sa tête entre ses mains, genoux repliés contre la poitrine. Elle demeura dans cette position plusieurs minutes, cherchant à faire le vide dans son esprit surchargé d'émotions. Après un long soupir, soufflant pour s'aider à évacuer une tension dévorante enfouie au fond d'elle, Runa alla s'assoir à côté d'un Alauwyr inerte. Son regard fatigué fixait le visage éteint du Seigneur et elle porta une main à sa joue avec tendresse. Elle se pencha vers lui et glissa à son oreille en murmurant :

- Je suis là, je suis réellement là.. Je veille sur toi..

Avec délicatesse, elle passa ses doigts dans la chevelure argentée de l'humain, bienveillante. Elle savait que, malgré son état et perdu quelque part dans les ténèbres et le néant, il pouvait entendre ses paroles.

- Un jour, tu m'as dit que tu étais la clef de ma survie. J'ai toujours nié cette évidence et je me rends compte aujourd'hui que tu avais raison.. Alors non, je ne peux pas te laisser partir ainsi..

Même si elle ne disait rien à ce sujet, son appréhension à confronter Estenir à nouveau était grande et elle s'efforçait de ne pas y penser. Pourtant, il rôdait non loin et avait sans le moindre doute senti leur présence..



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
- Sic gorgiamus allos subjectos nunc -

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MessagePosté le: Mer 24 Juin 2015 - 16:31 Répondre en citantRevenir en haut

Dehors un son bruissant montait doucement à l'extérieur. Une pluie tropicale s'était mis à pleuvoir. Toute l'humidité qui était montée avec la chaleur avait fini par retomber en ondées. L'ancien pavillon de chasse, si on pouvait l'appeler ainsi, garda une certaine étanchéité, hormis au niveau des fissures que les racines avaient fini par créer pour permettre à la végétation de reprendre ses droits naturels sur la construction. L'eau gouttait dans un rythme régulier, ne brisant pas le souffle serein de la petite incarnate et ne couvrant pas le craquement affamé des flammes du petit foyer qui dispensait dans cette salle oubliée un peu de chaleur. Malgré ce petit environnement sonore, seuls les murmures de Runa atteignirent le coeur d'un ténèbre lointain, là où s'était égaré un esprit affaibli par la maladie. Un esprit lié à un corps qui s'était vidé de toutes forces. Mais peut-être percevrait-elle un coeur battant faiblement avoir un bref sursaut, accompagnant un souffle plus profond. Une réaction à ces mots chuchotés ?

Cette question n'aura pas sa réponse, car une silhouette sortit doucement des ténèbres, brisant l'instant. Sa cape dégoulinante et sa capuche laissant s'échapper des gouttes d'eau qui clapotèrent sur le vieux dallage, le nouveau venu avait le regard troublé et vide de toute lueur. Son visage dissimulé dans l'ombre des rebords de sa capuche était tendu vers le corps étendu de son lié. Adressant à peine une attention à la jeune femme présente, d'un pas mal assuré, il rejoignit Alauwyr et se laissa tomber à genoux pour entourer la tête de l'homme inconscient de ses mains. A les voir tremblantes, on devinait que ce jeune humain était à bout de force. L'aura qui illuminait d'ordinaire les yeux des dragons sous leur forme humaine étincelait à peine. Une voix mentale lointaine et lasse résonna dans l'esprit de la chevalière incarnate. Une certaine froideur se mêlait à ses mots.

°Je ne demanderai pas comment tu es arrivée ici... °

L'éclat de ses yeux devinrent vitreux. Il communiquait avec son lié par le biais du Don. Dans cette intimité propre à ce qui les unissait, il était impossible de savoir ce que le dragon cendré murmurait à Alauwyr. Quand il cessa, des larmes emplirent ses yeux, sans pour autant couler.

°Il est loin... si loin. Je suis parti longtemps pour essayer de trouver ce qui manquait pour l'aider. Tu es arrivée et tu as fait ce qu'il fallait pour lui éviter de sombrer plus encore. Mais il est encore si loin...°

Il ferma ses yeux et se pencha un peu plus sur son lié. Cela ne dura que quelques secondes et le Maître Noir parut respirer plus aisément. Estenir ouvrit ses paupières et retira ses mains.

°Je ne puis soulager plus l'épuisement qu'a engendré la fièvre et qui continue. je n'en ai plus assez de force à lui offrir...Je te demande de continuer à veiller sur lui. Même si la situation est précaire... je ne change pas de position vis à vis de toi....°

Le ton sous-entendait une menace, même si cela résonnait dans un écho lointain. Estenir était lui-même épuisé et ce fut à regret qu'il se releva. A bout de forces, il ne pourrait maintenir sa forme d'emprunt bien longtemps. Il devait redevenir un dragon. Il regarda sa toute jeune consoeur draconique et lui adressa un salut sincère et respectueux. Il lui accordait une confiance que seuls les dragons pouvaient comprendre et comme la petite Incarnate était la liée de Runa, le Cendré lui fit brièvement comprendre l'importance de maintenir son lié en vie...Là ce n'était pas une menace, c'était une recommandation des plus avisés à respecter. Il se dirigea vers l'extérieur, adressant un dernier regard à son lié puis à Runa. Si Runa continuait à dispenser ses soins comme elle y avait eu recours, Alauwyr pourrait que revenir sur la voie d'une meilleure santé. Cela demanderait de l'attention constante. Un rien suffirait que tous les efforts apportés s'effondrent. Qahra était un univers impitoyable par la toxicité de ses plantes, de ses animaux... mais aussi de son air humide et chaud qui permettait au mal de s'installer dans n'importe quelle blessure grave. Même un lié bipède, doté d'un physique bien plus solide qu'un Sans-Don n'échappait pas à la règle.

Il lâcha une dernière recommandation.

°Dans la sacoche que j'ai amené avec moi, tu trouveras une fiole qui contient un liquide visqueux et noir. J'ai senti que tu as fait infuser des plantes médicinales. Verse quelques gouttes de cette substance dans la prochaine tisane que tu lui feras boire. Il a perdu beaucoup de sang et il faut stimuler son corps pour qu'il compense cette perte.°

Sans doute que la jeune femme le savait déjà, mais il tenait à affirmer ce dernier conseil. Il retourna dans l'ombre qui entourait l'entrée du vieux pavillon de chasse avant de sortir à l'extérieur, sous le temps pluvieux. Ainsi, Runa se retrouva à nouveau seule avec sa liée et son ancien maître.

L'état d'Alauwyr s'était amélioré après les soins dispensés par la chevalière incarnate. La fièvre avait même baissé, mais elle était toujours là, insidieuse et guettant une faille pour remonter et recommencer son cycle dévoreur. Il était encore trop tôt pour se prononcer positivement. Bien trop tôt. Les quelques heures passées avaient été rudes pour la jeune femme, à s'interroger si tout ce qu'elle faisait suffirait. Déjà, elle avait une partie de la réponse sous le nez. Mais comme le lui avait soufflé l'Empereur Noir, veiller sur lui était encore primordial. Et quelques heures ne pesaient pas lourd dans la balance d'une vie fragilisé par la maladie. Runa ne pouvait qu'attendre. Et l'attente allait s'avérer longues.

Plusieurs heures s'écoulèrent encore. La pluie avait cessé depuis longtemps quand l'aube se leva. Quelques trilles d'oiseaux tropicaux saluèrent la venue de l'astre à travers une brume vaporeuse qui coiffait le sommet des arbres au feuillage émeraude. A l'intérieur du pavillon, l'odeur de l'humus mouillé emplissait l'air, donnant une touche plus naturelle que l'odeur des plantes médicinales employées depuis le début. L'orbe qui éclairait la pièce brillait encore mais avec moins d'intensité comme si réglé à la levée du jour. Le feu avait cessé de flamber, se mourant dans quelques braises ensevelies dans la cendre. Tout était paisible. Ou peut-être un peu trop.

Alauwyr peina à ouvrir les paupières. La brume de la fatigue le pressait de les refermer, mais un souvenir récent le perturbait. Souvenir ou hallucination, il ne sut plus. La douleur, le doute, la vision d'un visage à la crinière de feu le hantait encore. Comme surgie d'un rêve, d'un rêve qui avait été proche d'un cauchemar. Aucune des brides de ce songe ne lui revenait d'ailleurs. Quand l'avait-il fait ? Il ferma les yeux, n'arrivant plus à réfléchir. Il ne lutta pas pour se faire emporter à nouveau dans les bras du sommeil. Lutter ne servirait à rien, il en avait conscience. Quand il les rouvrit, il faisait grand jour. Une douce odeur d'une tisane montait du feu ravivé, qui léchait les bords vieillots d'un vieux récipient d'où émanait les effluves des plantes infusées. Tout était entouré d'un voile gris. Un brouillard ? Non... sa propre vision qui le trahissait encore. Son coeur fatigué battit quelques secondes plus fortement dans sa poitrine dans le grand doute de revoir un mirage...Il était convaincu qu'il avait déliré. Il n'avait pas la voir. Pas après tout ce qu'elle avait subi auprès de lui. La voix de la jeune femme retentit doucement dans le flot de ses souvenirs. Non, juste le fruit de son imagination enfiévrée...

Son esprit vacilla un bref instant. Il crut resombrer dans l'inconscience et une petite chose écarlate à la forme familière réussit à ancrer son attention. Papillonnant des paupières pour chasser le voile noir qui avait menacé de le recouvrir, il fixa cette jeune saurienne ailée. Une petite Incarnate ? Son souffle s'accéléra dans l'incertitude qui le prit. La fièvre lui jouait encore lui jouer des tours. Le vertige qui l'envahit l'égara pendant que les murmures de la veille de son ancienne aspirante revinrent le hanter...comment une illusion pouvait veiller sur lui et l'empêcher de partir ? Et s'il n'avait pas réellement eu d'hallucinations ? Ce fut trop pour son esprit fatigué. Ses paupières occultèrent la vision de la jeune saurienne, pendant qu'il perdit à nouveau connaissance par la fatigue qui s'était imprégné dans chaque fibre de son être.



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MessagePosté le: Mer 24 Juin 2015 - 22:08 Répondre en citantRevenir en haut

La pluie avait beau tomber et ruisseler du plafond, s'écrasant sur le sol en un tintement étouffé par la pierre vieillie, Runa ne cilla pas. L'eau perlait sur elle et sur un Alauwyr inerte. Mais elle ne cilla pas.
Elle était assise en tailleur à côté de lui, calme et légèrement éperdue, noyée dans la pléthore de pensées qui lui effleurait l'esprit. Ses yeux semblaient l'observer mais fixaient le vide, au départ suivant les mouvements réguliers causés par la respiration du Maître Noir. Celui qui croiserait le regard de la princesse déchue y trouverait un mélange de mélancolie et de détachement alors qu'elle se remémorait passé et souvenirs. La jeune furie baignée de rage et assoiffée de sang se taisait, offrant toute l'opportunité à ce qui existait de bon en elle pour ressurgir, l'espace de quelques instants. Seule restait la part "humaine" de la jeune femme, avec tout ce qui incombait. Malgré cette sagesse passagère, il demeurait au fond de ses pupilles cette étincelle déterminée qui témoignait de sa véritable nature et qui ne demandait qu'à reprendre sa place.
Mais en silence, heure après heure, elle veilla. Sans cesse, elle posait sa tête sur le torse du Seigneur pour écouter un coeur au rythme moins inquiétant. Sans cesse, elle apposait sa paume sur son front pour s'assurer que la fièvre retombait. L'état du blessé annonçait le murmure d'un rétablissement mais elle avait appris qu'une légère amélioration précédait toujours l'aggravation sans retour. Alors elle ne relâcha pas son attention, tenant sa position comme pour garder jalousement ce corps à la flamme presque éteinte.

La nuit régnait toujours lorsque Sarzeghnet releva la tête et tourna instinctivement ses yeux morts vers l'entrée de la pièce, plongée dans la pénombre. La dragonnelle avait immédiatement senti l'arrivée de son frère Cendré et elle donnait l'impression de le voir, le suivant du regard avec une certaine méfiance. Mais elle sentit qu'en lui la colère envers Runa avait disparue au profit de l'épuisement total, si bien qu'on lisait en lui comme un livre ouvert au loisir de tourner chacune de ses pages.

Runa se figea lorsqu'elle aperçut la silhouette encapuchonnée d'un Estenir sous forme humanoïde. Son sixième sens s'éveilla sans pour autant sonner l'alerte, aussi comprit-elle qu'il ne tenterait rien à son encontre. Sans un mot, elle observa les réactions du dragon sous les traits d'un jeune homme aux yeux tout aussi éteints que ceux de son lié. Estenir faisait peine à voir, bien plus qu'Alauwyr.
Runa s'était figée mais n'avait pas bougé d'un cil. Elle affirmait ainsi sa présence et son rôle, quoi qu'en pense l'Empereur Noir. Celui-ci lui glissa quelques mots sans chaleur mais ternis par la fatigue. Alors que la Chevalière se montrait distante et demeurait silencieuse, son comportement changea du tout au tout lorsque les yeux du dragon se mirent à briller de larmes qu'il tâcha de ne pas laisser rouler le long de ses joues. Les épaules de la jeune femme se relâchèrent et elle baissa les yeux, ne sachant quoi répondre face à la détresse d'Estenir. Elle se surpris même à s'empêcher de l'étreindre ou ne serait-ce que lui offrir un geste compatissant.

Sans rien dire, elle le vit prendre entre ses mains le visage fermé de son lié et se pencher sur lui pour lui offrir les quelques derniers brins d'énergie qu'il lui restait. Le dragon trembla mais l'effet escompté se vit sur les traits légèrement plus éveillés de l'humain évanoui. Estenir invectiva Runa de poursuivre sa garde sans omettre de conclure ses paroles par une pointe d'hostilité. Une hostilité que Runa ne pouvait pas comprendre, étant donné que le dragon avait partiellement effacé sa mémoire..
La jeune femme s'efforça d'employer un ton doucereux et rassurant :

** Ne crains rien.. Va prendre du repos, tu en as tout autant besoin que lui. **

Runa voulut empêcher Estenir de se relever de peur que son corps d'emprunt ne cède mais elle n'insista pas, dictée par une forme d'instinct. Il semblait déjà lui tenir bien assez rigueur.. Elle comprenait également qu'il n'avait guère le choix car un autre danger pesait sur lui : il devait rapidement retrouver sa forme draconique sous peine d'être condamné.
Au moment où il s'apprêtait à partir, il lui demanda d'user d'une essence qu'il avait emmenée avec lui. La fëalocë se contenta d'acquiescer d'un hochement bref de la tête. Sarzeghnet, bien qu'étant la petite soeur de ce mâle adulte, lui témoigna le souffle d'une pensée sécurisante. La Chevalière osa lui susurrer ces mots non sans une douceur étonnante :

** Prends soin de toi pour prendre soin de lui.. **

Puis Estenir disparut de la même façon qu'il arriva. Et Runa se décontracta complètement, expirant profondément sa relâche dans une atmosphère bien moins tendue.
Et à nouveau, les heures passèrent. Le jour se leva, le feu s'éteignit, la pluie cessa. Et Runa ne quitta pas son poste. Elle étudiait le pansement et la plaie, écoutait, observait avec cette attention insoupçonnée chez pareille créature de chaos. Elle réalisa même une sortilège de protection, pilant et jetant au sol du sel avec des essences aux parfums âcres, brûlant certaines plantes aux vertus purificatrices. Elle incanta, à voix basse, des formules en langue morte sensées aider à guérir et faire fuir les mauvais esprits et les créatures nuisibles. Assez ironique dans la situation où il s'agit d'ardents.. Mais qu'importait.
Elle s'évertuait à rester active pour ne pas s'endormir.. Mais doucement, la fatigue s'installa tant elle déployait son énergie pour s'occuper d'Alauwyr.

Au petit matin, Runa sortit pour aller chercher de l'eau et du bois susceptible de brûler. La faim commençait à la tenailler mais elle était incapable de chasser, simplement de pêcher tout au plus. Sarzeghnet était donc chargée de prendre le relais au chevet de l'humain qui n'avait pas repris connaissance depuis. Pourtant, comme si elle était dotée des pouvoirs d'une devineresse, la dragonnelle s'était approchée et assise à la place de sa liée. Elle donnait l'impression de le fixer, comme anticipant son réveil à venir. Et ce fut le cas.
Même si ce fut bref, le temps de son retour à la réalité, le Seigneur blessé entendrait s'insinuer dans son esprit fragilisé par la fièvre tombante la voix froide et basse de Sarzeghnet. Elle s'exprima avec autant de mystère que le ferait un oracle.

** Viens vers moi, Alauwyr Iskuvar. Le temps n'est pas encore venu pour toi de rendre les armes, il te reste le monde à affronter. Telle n'est pas ta destinée de périr ici.. Alors ne t'abandonne pas aux ténèbres.
Le feu qui te brûle est celui qui te guide.. Reviens parmi nous. **


Ses paroles furent énigmatiques mais peut-être pourraient elle résonner l'âme fatiguée du Maître Noir de tenir bon et de luter.
Runa revint pour le trouver endormi, la mine tirée par le manque de repos. Son seul geste fut de caresser la joue de l'humain avec le dos de sa main et d'espérer en silence qu'il lui ferait un signe..



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
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MessagePosté le: Jeu 25 Juin 2015 - 17:48 Répondre en citantRevenir en haut



Venir à elle... vers cette voix que son esprit perçut avant de se laisser aller dans le gouffre de l'inconscience. Cela paraissait si facile et si difficile à la fois. Les paroles de la petite saurienne avaient vibré d'une telle intensité malgré la froideur qui les avaient entourées, tel un guide userait pour se faire entendre à travers une brume hivernale à trancher au couteau pour se repérer au son et se retrouver à nouveau. Rêve ou réalité ? Dans un esprit pris entre les deux, il fallait réussir à trouver les différences qui les dissociaient pour réussir à les remettre chacune à leur place.

Dans l'obscurité dans laquelle il s'était replongée, la présence du lié du Maître Noir s'était faite infime, surveillant avec une certaine jalousie l'intrusion mentale de sa jeune soeur. Même si elle dressait une voie de rappel pour son lié et que malgré sa jeunesse, elle pénétrait dans des songes qui n'étaient pas siens. Mais il n'interféra pas plus en profondeur, jouant les sentinelles lointaines pour veiller lui aussi sur Alauwyr. Faible comme il était, le dragon cendré ne pouvait pas se permettre de dispenser du peu d'énergie qui lui restait. Il devait accorder cette confiance qui s'était presque perdue entre son lié et la chevalière incarnate. Au soir de leur dernière discussion, les choses avaient manqué de virer au drame... Les souvenirs dissipés, tous les deux ne pourront pas se rappeler. Du moins le croyait-il réellement. Roulé en une boule couleur cendrée dans un recoin ombragé offert des fougères à feuilles larges, Estenir finit par s'endormir, rassuré malgré la crainte qui battait encore dans son coeur et son esprit.

Estenir aurait été effrayé s'il avait pu capté les songes de son lié. Même si la fièvre était moins forte et maintenue sous contrôle, elle déraisonnait avec aisance un esprit épuisé. Alauwyr était donc pris dans les rêves d'où des souvenirs s'entremêlaient dans un chaos sans nom. Mais doucement, les plus récents s'affirmèrent, mettant en avant une silhouette à la grâce féline et princière, à la cascade de feu éclatant sous le soleil d'un désert implacable. Aussi implacable que l'intensité de l'ambre qui pétillait dans le fond de son regard. Des yeux à deux facettes. Haine et tristesse, colère et affection. Lueur de rage qui les rendait flamboyants comme étincelle terne qui exprimaient une profonde mélancolie. Cette lactescence pailletée d'or se mélangeait doucement à la profondeur obsidienne d'un autre regard, d'une autre vision... le tout se perdit à nouveau dans les brumes de l'inconscience.

Autre chose arriva. Bien que fragmenté, ce bout de rêve là présentait un Seigneur qui tombait après avoir reçu un coup perforant à l'épaule, le coeur emballé dans une vague brûlante et poignante. Un souvenir ? Non... il paraissait trop onirique... trop irréel. Et si réel à la fois. La présence intense et accablé de son lié, qui regretta de provoquer une défragmentation, pour éparpiller ce reliquat dans les limbes du néant, loin des frontières de l'esprit. L'Empereur avait eu une telle crainte suite à un déchirement émotionnel sans retour... comme un renie... Les fragments se dispersèrent, même s'ils s'étaient à nouveau agglomérés. Ce qui avait été effacé partiellement venait de réapparaître, même si cela restait au fond d'un esprit tourmenté et voilé de fatigue...

Un rêve plus consistant, plus récent, ré-émergeaient. Il revenait sur les mêmes brèves émotionnelles, les mêmes lignes... pour aboutir à la même finalité, au même résultat. La souffrance, la découverte d'une vérité quand la vie approchait de son dernier souffle. Le partage de sentiments longtemps refoulés qui se libéraient à l'approche du baiser glacial de la mort. L'acceptation d'une âme qui changeait avec le temps quand on était pris dans l'étreinte froide de cet entité qui vient récolter son dû une fois le fil de l'existence ait atteint son extrémité, qu'il soit en bout de course ou tranché.

A ce rêve qui s'étiolait déjà en morceau, le coeur d'Alauwyr qui battait doucement s'était accéléré. Comment pouvait-il se rappeler, alors que cela se perdait déjà ? Un lien infime s'était noué avec ce qu'il avait cru voir, quand une menace extérieure avait réussi à le tirer de son inconscience. Malgré le peu de force qu'il lui restait à ce moment, il avait su se relever et tenir son épée... défendre sa vie, comme il l'avait toujours fait. Mais à la voir... ou à la revoir... comment savoir si c'était bien elle ? Si réelle. Alors si cette image avait été elle, il avait manqué de la tuer.... Son coeur fit un sursaut. Non. Cela ne se pouvait. Il l'avait rejeté pour sa propre sécurité, pour préserver sa vie. Pourquoi elle serait revenue !

Le contact frais et douceâtre d'une peau satinée l'ébranla. Rien qu'un passage caressant et qui apportait une réalité bien présente. Son esprit avait besoin de savoir. Il avait besoin de trancher une bonne fois pour toutes. Réelle ou irréelle ? Ses paupières papillonnèrent après le passage de cette main qui versait un tendre espoir. Comme sorti d'un cauchemar et désorienté par son propre esprit, Alauwyr tenta de se redresser, comme tout éveillé sortant soudainement d'un cauchemar, pour le fuir et revenir à la vie réelle. Une souffrance brûlante et palpitante le secoua face à son effort et se rendit aussitôt. Aux yeux de Runa, le Maître Noir n'aurait eu qu'un sursaut. Sa poitrine se soulevant plus vivement et la grimace qu'engendrait la douleur intense de sa blessure montrait en tout cas qu'il était revenu à lui. Peut-être pas pleinement, mais il était là. Le signe qu'elle guettait était bien présent, sous ses yeux.

Alauwyr força ses paupières à s'ouvrir et même si Runa baignait dans un flou grisâtre, il la reconnut. Le doute était encore présent. Incertain, il ferma ses paupières pour les rouvrir péniblement quelques secondes après. Elle était toujours là. Hallucinait-il ? Après avoir inspiré plus longuement pour avoir la force de parler, il réussit à murmurer :

''Est-ce vraiment toi... ?''

La voix était à peine audible. Mais elle l'entendrait. Elle avait guetté le moindre signe et jusqu'au bout, elle l'aurait jusqu'à son dernier bout.



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MessagePosté le: Jeu 25 Juin 2015 - 21:10 Répondre en citantRevenir en haut



Et ainsi il disparut à nouveau dans les affres des ténèbres et du néant. Sarzeghnet avait comme libéré l'esprit de l'humain pour le laisser s'évader une fois de plus, abandonnant le monde réel au profit de l'univers évanescent de la torpeur. La dragonnelle sentait cependant qu'il n'était pas si éloigné que la veille et qu'il s'approchait du réveil. La petite Incarnate avait également ressenti l'amertume à peine dissimulée d'Estenir à voir une dragonne juvénile franchir une intimité qu'il croyait exclusivement détenir. Elle ne répondit rien aux échos fatigués et à demi-hostiles d'un mâle adulte à bout de nerfs, comptant seulement sur son statut de future Reine pour lui rappeler la place qui était sienne et ce, peu importe son âge plus avancé.

Comme un caprice infantile, Sarzeghnet vint se frotter contre le buste de sa liée, enfonçant sans gêne ses petites griffes déjà acérées dans ses bras pour réclamer de l'attention et posant sa tête écailleuse dans le creux du cou de la fëalocë. Machinalement, Runa l'entoura de ses bras et se laissa glisser vers des sentiments plus apaisés alors qu'elle étreignait son âme-soeur. Si le silence régnait en maître dans les pensées de la dragonnelle, elle se voulait pourtant rassurante et incitait sa bipède à relâcher sa concentration, tendant son âme de saurienne vers elle pour l'influencer. La jeune femme changea de comportement presque malgré elle et souffla longuement comme pour évacuer les mauvaises pensées qui la dévorait depuis son arrivée en Qahra. Cependant, son regard s'égara à nouveau sur les traits plus relâchés de l'humain assoupi. Runa se demandait ce qu'il voyait dans ce royaume d'illusions, si cet univers qui était sien était bordé de rêves ou de cauchemars. Elle repensa d'ailleurs aux siens, de rêves, et elle ferma les paupières pour s'y livrer ne serait-ce que l'espace d'un instant. Elle fredonna avec mansuétude une mélodie de son enfance et berça sa liée dont les yeux éteints se fermèrent de la même façon.
Runa revoyait les bons moments, ceux où elle coulait une vie idéale dans la peau d'une fillette née dans une noble et riche famille. Elle revoyait son désert tant aimé, sentait le parfum chaud du sable et l'air brûlant qui emplissait ses poumons. Une existence plutôt simple, en somme, et qui aurait pu suivre une destinée toute autre. Mais les images qui défilaient face à ses yeux clos se firent plus froides et ombrageuses alors qu'elle repensait à se même passé. Quelque chose s'était brisé en elle, fauchant l'utopie d'une vie de princesse à qui on promettait le monde. Elle vit la mort, le feu et le chaos. Elle vit la haine, le mépris et le dégoût. Elle repassa le souvenir de l'assassinat de son époux, celui de l'incendie qui emporta centaine de vies par sa faute. Elle revit cette nuit où tout avait basculé au Ssyl'Shar. Elle revit un homme aux cheveux d'argent chevauchant un spectre d'ébène et d'écailles. Elle revit tous les moments passés avec lui, tous leurs combats et tout ce qu'ils se dirent.
Le coeur de la fëalocë battit plus fort et elle rouvrit les yeux, mélangeant dans la lueur de ses pupilles la nostalgie et la fatigue. Mais rapidement, ces sentiments laissèrent leur place pour des ressentis bien plus chaleureux. Qui aurait pu prédire que son geste, si fugace fut-il, aurait un impact ?

Le corps inlassablement inerte de l'humain sembla s'agiter d'élans annonciateurs de son réveil. Sa respiration changea et se fit plus profonde tandis que ses doigts frémirent de soubresauts, engourdis par leur inaction et par la fièvre. Lentement, Alauwyr battit des paupières, ses yeux agressés par une lumière oubliée s'accoutumèrent doucement à retrouver leurs habitudes. Immédiatement, Runa changea d'attitude. Le souffle retenu, elle se raidit en l'observant, lèvres légèrement entrouvertes par la surprise de le voir enfin revenir à lui. L'humain chercha à se redresser mais grimaça et tressaillit sous la douleur infligée par sa plaie. D'une main légère mais ferme, la jeune femme l'incita à rester allongé pour ne pas qu'il épuise la si précieuse énergie qu'il recouvrait à peine.
Elle lui murmura avec une tendresse infinie :

- Chuuuut.. Doucement..

Péniblement, le Seigneur blessé s'extirpa de son asthénie. Il semblait chercher du regard le spectre rouge de celle qui fut son aspirante.
Une nouvelle fois, le coeur de la princesse déchue s'emballa et manqua de rompre lorsqu'il parla, le timbre affaibli mais comportant les stigmates d'une voix suave et masculine. Les yeux de Runa s'emplirent de larmes sous l'émotion et la redescente de la pression accumulée. Un sourire de bonheur pur et brut étira ses lèvres dans une manifestation de joie impossible à réprimer. Elle se pencha vers lui et prit délicatement son visage entre ses paumes tremblantes. La gorge légèrement serrée, elle lui glissa ces mots avec une bienveillance insoupçonnée :

- Oui, c'est bien moi, Runa. Je suis là.. Je suis réelle. Il n'est nul enfer où je ne saurai te suivre. Tout ira bien désormais..

Runa le fixa intensément, assénant à son regard la flamboyance de ses iris à la chaleur retrouvée. Ses grands yeux d'or et d'ambre aux flammes dansantes dévoraient Alauwyr, pétillants d'émotion. Après une brève hésitation, elle entoura ses bras autour du buste du Maître Noir en s'efforçant de ne pas l'oppresser quand bien même son désir de l'étreindre était puissant. Elle soupira d'aise en sentant sa peau contre la sienne et leurs coeurs battre l'un contre l'autre. Jamais elle n'aurait imaginé leurs retrouvailles si fortes.
Un peu à regrets, elle le relâcha doucement pour s'adonner à son rôle de guérisseuse. Elle remplit un godet d'une tisane froide et au goût amer. Elle y ajouta les deux gouttes de cette huile noire qu'avait apporté Estenir puis aida l'humain à boire. Elle lui essuya le front déjà moins luisant et moins brûlant de fièvre. Elle jeta un coup d'oeil rapide au pansement refait et fut satisfaite de l'état de la plaie. Rien n'était encore certain pour l'heure, mais l'avenir parlerait bientôt. Elle chercha mentalement Estenir pour qu'il vienne voir son lié et le rassurer.
A contre-coeur, elle se résigna à abandonner son blessé au profit de partir en quête de nourriture. Il devait manger pour reprendre des forces et elle-même commençait à avoir faim. Elle confia donc de nouveau à sa liée le soin de veiller sur lui. Sans être certaine de ce qui l'attendait, Runa quitta les vieilles ruines simplement munies de son couteau et de sa besace vide.

***


La fraicheur des ruines laissa place à la moiteur de l'atmosphère du continent tropical. Rapidement, la sueur perla le long de sa nuque et ruissela sur son dos. Elle chercha du regard la meilleure destination et décida tout d'abord de se rendre à la lisière de la forêt dans l'espoir d'y trouver des fruits.
Runa veilla à ne pas perdre de vue les ruines en haut de la petite colline. Elle n'était pas rassurée à l'idée de devoir affronter un prédateur alors qu'elle était seule et sans défense. Pauvre petite princesse.. Il y avait quelque chose d'amusant pour quiconque l'observait..Si quiconque en prenait la peine. Elle pestait contre la chaleur humide des lieux, contre les branches qui s'écrasaient sur son visage, contre les ronces qui rampaient sous les fougères, contre les insectes qui avaient un appétit dévorant pour son sang.. Elle était femme de cité, pas femme de nature.
Mais elle ne cessa pas sa cueillette. Elle sélectionna plusieurs fruits au regard de leur couleur, leur odeur ou leur aspect. Elle en croqua certains pour s'assurer qu'ils n'étaient pas empoisonnés. Il devait y en avoir d'un goût bien douteux étant donné qu'elle cracha avec dégoût la bouchée qu'elle avait prise, essuyant prestement sa langue sur la manche de sa tunique. Une fois sa besace suffisamment alourdie par sa quête, elle se dirigea vers la rivière en contre bas, bruyante et repère idéal pour ne pas se perdre. L'eau était légèrement troublée par la pluie tombée dans la nuit. Runa chercha l'endroit le plus approprié pour..pêcher. Même si elle n'avait aucune fichtre idée de comment procéder.

Runa choisit pour territoire de chasse un rapide où l'eau n'était pas haute, ralentie par de grosses pierres couvertes de mousse. Les poings sur les hanches, elle réfléchit et se heurta à divers scénarios possibles. Non sans appréhension, elle se persuada que le mieux à faire était d'aller dans l'eau et d'attendre qu'un poisson passe pour le saisir à mains nues. Alors, à presque à reculons, elle mit une jambe dans l'eau puis une autre. Elle avança avec difficulté pour pouvoir se caler dans le sens du courant entre deux pierres qui formeraient un piège parfait. Puis elle attendit. Et attendit encore..
Et alors que le temps écoulé lui parut une éternité, elle fit un bond de surprise lorsque quelque chose effleura son mollet. Un cri strident fendit le son mélodieux de l'eau clapotante alors qu'elle se précipitait sur la terre ferme. Elle secoua les jambes et chercha à voir s'il y avait quelque chose sur elle. Bien évidemment, il n'y avait rien.. Alors elle se résigna à ce qu'elle voulait par dessus tout éviter.

** ..Estenir ? Si tu ne le fais pas pour moi, fais le au moins pour ton lié.. **


La fëalocë essora le bas de sa tunique. Sans attendre de réponse, imaginant qu'il comprendrait où elle voulait en venir, elle remonta la colline pour retrouver son convalescent et lui apporter les quelques fruits qu'elle avait débusqués. Elle les déposa non loin de lui puis raviva le feu en soufflant dessus. Elle s'affaira à préparer une nouvelle décoction pour combattre l'infection. Tout en sélectionnant ses ingrédients, elle jetait un oeil doucereux sur Alauwyr. Il y avait de la taquinerie dans son ton, une taquinerie sans méchanceté.

- Tu reviens de loin.. Ne t'avise pas de repartir.



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MessagePosté le: Dim 28 Juin 2015 - 08:23 Répondre en citantRevenir en haut

Ses mains étaient si chaudes et sa voix emplie d'une joie retrouvée qu'il ne se rappelait pas avoir déjà entendu de sa bouche. Même son regard débordant de vives émotions laissait entrevoir des flammes d'une autre nature que celles qu'il lui avait été donné de voir. Pas un feu intérieur de colère, de haine ou de rage... celles-ci étaient tout le contraire et elles les irradiaient avec intensité. Quand elle vint à le prendre dans ses bras, son propre coeur battit un peu plus fort. Runa n'était pas une hallucination. L'entendre, la sentir... sa blessure pulsant encore de douleur lui confirmait qu'il était bien dans la réalité. Une réalité déroutante pour son esprit éreinté. Mais l'heure n'était pas au raisonnement ; il s'en sentait incapable. Il lui fallait recouvrer des forces... Doucement, la présence de son lié se retira de ses songes. Etait-ce Estenir ou lui qui avait songé à cela ? Et à quel moment était-il présent ? Il ne saurait le dire.

Il ne quitta pas du regard la jeune femme pendant qu'elle prépara une tisane. La boire fut écœurante, mais il n'avait guère le choix. Avec des gestes précis et doux, elle s'appliqua à s'occuper de lui et de la plaie. Cela fait, il assista à son départ. Elle s'éloignait à nouveau dans cette brume grisée qui les entouraient. Comme un signe de sa sortie des ruines, il se laissa aller dans les bras d'une légère torpeur, sous le regard vide de la jeune reine incarnate.




Estenir lui aussi se reposait pour retrouver le maximum de force. Autant pour lui que pour son lié. L'arrivée de Runa avait été inattendue. Un bien comme un mal. Mais fatigué comme il l'était, il était difficile de pas être mitigé. Blessé et malade comme était son lié, il prenait plus à coeur sa protection que le raisonnement.

Doucement, avec une intense concentration, il tentait de faire la part des choses. Durant l'inconscience de son lié, il avait perçu dans ses rêves des fragments des souvenirs qu'il avait effacé dans sa mémoire. Ne souhaitant pas toucher l'intégrité de l'esprit d'Alauwyr à ce moment, ce soir là où bien des choses avaient manqué de basculer à tout jamais, il avait retenu son action. Ce qui expliquait que son lié ait réussi à revoir certains songes par ses rêves enfiévrées. Tant qu'il les verrait comme des rêves... Mais pour Runa ? Pour cette femme ? Si Alauwyr était capable de se rappeler, elle le pourrait aussi. Que se passerait-il alors ? Quand son lié comprendra l'acte qu'il avait commis sur lui sans l'aviser ? Son corps écailleux reposant sous l'ombre des grandes fougères frémit. La question était à prendre dans l'autre sens. Comme son ancienne aspirante réagirait surtout.

Trop de questions bouillonnait dans son esprit qu'il cessa vivement. Il était encore trop tôt pour définir une route comportementale que ce soit pour Runa ou son lié... Alauwyr était encore trop affaibli et n'avait pas besoin d'avoir cette pression émotionnelle supplémentaire. Déjà que le Cendré avait perçu en lui des questionnements assez récurrent... Comme si Alauwyr concédait à accepter ce qu'il était devenu. Mais là aussi, il était encore trop tôt pour confirmer cette perception. Jamais encore son lié n'avait été dans un état grave jusqu'à maintenant. La fièvre avait manqué de le dévorer totalement.

Sa réflexion se coupa quand il perçut un cri aigu. La chevalière incarnate avait-elle été attaquée ? Non, elle était vers la rivière. Douée comme elle était, elle avait du avoir une peur panique d'un petit poisson passant contre la peau fine et sensible de ses chevilles.. Il capta ses pensées tenues vers lui. Il se retint de lui signaler qu'elle faisait plus de bruit qu'un troupeau de buffles, mais se ravisa. Elle aidait son lié. La rabrouer pourrait compromettre Alauwyr. Il prit sur lui et se leva. La fatigue coulait encore dans ses membres, mais elle avait raison sur un point. Si elle n'arrivait pas à trouver de quoi se ravitailler, les bipèdes et surtout son lié ne pourront pas récupérer des forces. Il en profitera pour se remplir la panse par la même occasion.



Quand Runa revint dans les ruines du pavillon de chasse, Alauwyr sortit péniblement de la douce et envoûtante torpeur dans lequel il s'était plongée. Elle revenait, sortant des brumes comme une lumière venue repousser les ténèbres. Une bref seconde, Alauwur eut craint d'avoir encore des hallucinations. Il était difficile d'avoir les idées claires avec un voile embrumé autour de soi...
Il l'observa en silence raviver le feu et commencer à préparer une nouvelle tisane, en choisissant les ingrédients pour sa conception. A nouveau, sa voix vibra dans l'air, aussi douce et belle...A nouveau pour parler, il prit une inspiration plus profonde pour avoir la force de parler. Même ça était laborieux à exécuter. Sa voix n'était que murmure, à la limite d'un souffle.

''Je t'avais rejetée... et tu es revenue... pourquoi ? ''

Cet épisode avait été à la limite du drame. Il se rappelait l'avoir désavoué, uniquement pour la protéger. Elle n'avait rien compris, prenant la chose mal et virant dans une colère digne de son sang. Tout cela pour plus qu'elle ne s'accroche à elle et qu'elle ne mette pas en vie en péril. Elle ne l'avait compris comme tel ce soir là et cela avait été le cheminement le mieux... Même s'il avait du prendre sur lui pour refuser une fois encore la profondeur de ses émotions. Lui qui les refoulait avec tant d'aisance il y a quelques années. Connaissant la fougue et le caractère de son ancienne aspirante, il se demandait alors pourquoi elle était désormais auprès de lui. Elle était si fière de nature qu'il peinait encore à croire qu'elle était revenue pour lui. Surtout après cet épisode déchirant. Il l'avait renié pour la protéger, pour pas qu'elle est à souffrir d'une passion qu'il avait jugé impossible, irréalisable. Et pourtant.... et s'il s'était trompé ? S'il avait pris une mauvaise décision ? Il eut le vertige un bref instant à trop réfléchir et ferma les yeux pour fuir autant ses doutes que le tournis qui le prenait.

Un bruit de vol vint briser le moment presque troublant accompagnée d'un plus flasque et plus humide. Le Maître Noir tourna instinctivement sa tête comme pour voir l'ombre draconienne passer au-dessus d'eux. Estenir....Le saurien couleur cendres s'adressa à tous les vivants présents dans le coeur des ruines.

°Tu trouveras un poisson à l'entrée des ruines. Il y en aura bien assez pour vous trois pour plusieurs repas.°

Le poisson ressemblait à une grosse truite, mais encore plus volumineuse encore, aux écailles grises aux reflets à peine bleutées. Le dragon n'avait pas menti sur la quantité de nourriture que cela représentait. Estenir avait répondu avec cette proie à la demande de Runa. Et pour son lié.



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MessagePosté le: Mar 7 Juil 2015 - 20:49 Répondre en citantRevenir en haut

Elle considéra l'effort physique qu'il décuplait à ne serait-ce que parler, prête à poser un doigt sur ses lèvres pour lui imposer repos et silence. Mais sa question méritait d'être posée et la réponse demanderait des mots réfléchis..
Elle ne répliqua pas immédiatement, s'efforçant de paraître concentrée sur l'élaboration de sa tisane médicinale. Pourtant, elle marqua un arrêt, se figeant dans son action pour témoigner de cet ébranlement qui lui mordit le coeur sans y avoir été préparé. Runa reprit sa confection, pilant quelques graines aux effluves boisées et ajoutant pincées de poudres odorantes dans l'eau en ébullition au dessus du feu ravivé. Avant de répondre, elle l'obligea à boire une gorgée d'une potion similaire dont l'odeur trahissait une saveur tout aussi ragoûtante. Puis, pensive, elle vint se rasseoir à côté de lui, en tailleur et les mains crispées sur ses cuisses. Se pouvait-il qu'elle se sente gênée ?
La jeune femme ouvrit la bouche pour parler mais hésita avant de se raviser. Elle détourna le regard et celui-ci sembla se perdre brièvement dans la danse crépitante du feu à côté d'eux. Runa laissa s'écouler plusieurs longues secondes avant de parler, la voix étonnamment douce et calme.

- Parce qu'aujourd'hui j'ai compris pourquoi tu avais agi ainsi et j'ai compris la signification de ton geste.

Elle osa finalement le regarder alors qu'elle focalisa à nouveau son attention sur lui, plantant ses iris d'ambre apaisés et maternels dans les yeux épuisés du Seigneur Noir.

- Et aussi parce que j'ai entrevu le spectre d'une vie où tu n'étais plus à mes côtés. Ces journées passées sans toi furent longues et ton absence amère..Si par le passé ma colère et ma frustration m'aveuglaient, je sais maintenant que tout ce que tu as fait était dans le but de me protéger.

Runa peina à retenir son envie de serrer la main d'Alauwyr dans le creux de la sienne. Quelque part, elle souhaitait ardemment le tenir contre elle comme elle craignait qu'il ne la rejette à nouveau. Alors elle demeura ainsi assise, visiblement tendue. Elle baissa les yeux pour regarder ses mains qui témoignaient de sa torture intérieure, entortillant ses doigts comme le ferait une fillette qui avait fait une bêtise. La gorge légèrement prise, sans prendre le risque de croiser son regard, elle conclut à voix-basse et presque honteuse :

- Tu m'as manqué.

Pour garantir la véracité de ses propos, de cet aveu dont elle se sentait moins lourde désormais partagé, elle accompagna ses paroles d'un demi-sourire teinté d'une certaine réserve. Un échange furtif de regards permettrait à l'humain d'entrevoir qu'elle ne mentait pas et qu'elle lui avait ouvert son coeur.
Puis leur conversation cessa lorsqu'Estenir survola les ruines au dessus d'eaux. Instinctivement, la fëalocë avait regardé en direction du plafond en ruines d'où on entrevoyait parfois un ciel qui s'éclaircissait. L'ombre du dragon couleur de cendres froides éclipsa brièvement la lumière qui perçait au dessus d'eux. Un peu à contre-coeur, la jeune femme quitta à nouveau le Maître Noir pour aller récupérer le poisson laissé par l'Empereur Noir. D'une pensée fugace, elle remercia le saurien.

Elle revint avec une proie de belle taille et qui leur suffirait pour deux jours. Bien que peu douée pour ce genre de pratiques, elle s'installa près du feu pour écailler le poisson et le vider, non sans émettre quelques grimaces de dégoût en ôtant les viscères de leur repas. Sarzeghnet maugréa avant de finalement aller arpenter les lieux en quêtes de rongeurs, plus petits mais nombreux, pour satisfaire son appétit vorace de juvénile.
Les minutes s'écoulèrent peu à peu, on entendit plus que la dragonne qui furetait dans les pièces éloignées de la demeure et qui grognait de contentement à chaque rat pris dans sa gueule.
Une odeur de cuisson émana doucement de la pièce principale où Alauwyr et Runa n'étaient plus que tous les deux. Après plusieurs vérifications quant à l'aspect du poisson, la fëalocë disposa une part copieuse dans une écuelle qu'elle tendit à l'humain. Elle déposa ensuite un godet de tisane médicinale chaude près de lui et l'incita à se nourrir pour recouvrer ses forces. Elle avait de nombreuses questions à lui poser, aussi commença-t-elle doucement pour ne pas l'assommer de son interrogatoire :

- Tu te souviens de ce qu'il t'est arrivé ? De comment tu as été blessé ? Et il y a combien de temps de cela ?



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
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MessagePosté le: Mer 8 Juil 2015 - 20:40 Répondre en citantRevenir en haut

Son ancienne aspirante ne répondit pas immédiatement à sa brève question. Plongée dans un étrange mutisme, elle se concentrait sur chaque geste qu'elle entreprenait pour préparer les ingrédients de la tisane. Elle marqua malgré tout un temps d'arrêt. Un instant de doute ? De réflexion ? Le Maître Noir ne saurait le dire et il l'observait, seconde après seconde qui s'écoulait, jusqu'à ce qu'elle se rapprocha à nouveau auprès de lui pour lui faire boire la tisane confectionnée à ses soins. Le goût amer se mêlait fortement à l'odeur que le liquide émettait et Alauwyr ne pour retenir une grimace. C'était à des moments pareils qu'on se rappelait toujours que les remèdes les plus écoeurants étaient les plus efficaces. Mais avec un goût pareil, il y avait de quoi douter. Puis ce fut juste à l'issue de ce breuvage ''dégusté' que Runa se confessa presque, même si elle ne laissa pas les mots franchir ses lèvres tout de suite. L'hésitation était palpable et le Maître Noir n'en cherchait pas les raisons. Pas encore.

Quand la chevalière réussit à s'exprimer, elle avait détourné son regard, avant de réussir à braver la frontière invisible qui la séparait de l'homme étendue en face d'elle, triomphant enfin de ce qu'elle n'avait jamais réussi à exprimer jusqu'ici. Un courage qu'elle n'aurait jamais cru possible. Une vie sans lui se résumait donc à un cheminement dans l'existence sur un chemin morne et sans saveur ? Ses yeux ambrés d'où brillait si souvent une vive flamme vive et haineuse étincelait différemment. Un sentiment nouveau les alimentait, rendant ce foyer si intense bien plus doux et plus apaisant à contempler. Une vie sans passion en son absence... Alauwyr aurait pu juger difficile d'entendre cela, elle qui s'était si souvent complu à lui mener la vie rude, le poussant à se retrancher pour encore et encore le provoquer. Mais aujourd’hui, avait-elle compris la raison qui avait poussé son ancien maître à la repousser. Certaines vérités arrivaient parfois tardivement, qu'une fois que les conséquences s'étaient payées d'elles-même.

A ces mots, Alauwyr se rappela sporadiquement quelques fragments d'un de ces rêves qui l'avaient hanté durant ses délires fiévreux. Les similitudes en étaient presque déroutantes. Mais un rêve restait un rêve. Rien de ce que son esprit malade avait pu imaginer n'était réel. Rien que du rêve....

Au dernier aveu de la jeune femme, le coeur qui avait été si longtemps si froid manqua de cesser quelques secondes de battre. Une présence lointaine, qu'il n'avait pas ressenti jusqu'ici, s'éclipsa de son esprit. Estenir ? Son lié avait été là à écouter les mots de Runa ? Difficile à dire et plus de se demander pourquoi la raison de sa présence. Chose certaine était qu'il peina à réaliser ce que lui avait avoué en toute sincérité la chevalière incarnate. Les mains de cette dernière aux doigts si fins se tortillaient comme si cet aveux attendait un retour négatif. A contempler son sourire, à voir l'éclat de son regard... Elle ne mentait pas. Et quand doucement, il inspira pour avoir la force de parler, son lié était revenu pour apporter son gibier aquatique.

Runa s'éloigna et Alauwyr se laissa glisser dans une demi-torpeur, plongé entre le gouffre noir du vide de son esprit et ses multiples songes qui le bouleversaient par leurs nombreuses facettes contradictoires. Elle avait affirmé lui avoir manqué... Mais était-ce si réciproque ? La réponse était si évidente, mais miné par des années d'habitudes glaciales et renfermées, il était difficile de se les avouer. Estenir l'avait pourtant prévenu du changement qu'il subissait et lui était resté sourd et aveugle. Pourquoi refusait-il l'évidence. Pourquoi refusait-il donc de l'admettre ! Au plus profond de lui il savait. La crainte de perdre quelque chose de précieux qu'il s'était toujours refusé se révélait désormais. La crainte d'être atteint par ça, d'être affaibli à ça ne mettait en avant qu'une choe qu'il avait toujours refoulé : la crainte était une frayeur, une peur. Il n'osait même pas l'imaginer, alors que cela était au bord même de son esprit.

L'odeur du poisson montait dans l'air, enivrante et appétissante. Alauwyr revint pleinement à lui, sentant la faim lui torturer l'estomac. Depuis combien de temps n'avait-il pas manger quelque chose de solide ? Plongé à moitié dans ses propres réflexions, le Mâître Noir n'avait pas senti le temps s'écouler autour de lui. Combien de minutes ou d'heures s'étaient passées ? Runa revint auprès de lui en déposant une écuellebien garni d'une bonne part de poisson bien cuit. Sans aucune intention de protester ou de refuser ce repas, Alauwyr réussit à prendre l'écuelle et ne se pressa pas à manger de petites bouchées du repas providentiel. Il avait besoin de reprendre des forces, même s'il savait qu'il était loin d'être remis sur pied. Pourquoi nier l'évidence.

Il réussit à avaler quelques morceaux du poisson avant de se rendre à l'évidence qu'il n'irait pas plus loin. Se forcer ne servirait à rien et de plus, la blessure à son flanc sourdait douloureusement à ses efforts. Runa sut profiter d'un instant d'une pause possible dans son repos pour poser quelques questions. Estenir se fit sentir dans son esprit.

°Tu as besoin de te reposer. Raconter ce qui s'est passé va te fatiguer plus que de raison. °

Son lié avait raison. Mais la jeune femme voulait savoir...Il posa l'écuelle et prit le temps de respirer pour parler. Rien que cela qui était simple pourtant l'épuisait. Comme tout à l'heure, il inspira doucement pour avoir la force de s'exprimer.

''Peut-être que cela remonte à quelques jours... sur Qahra même. J'accomplissais une tâche vitale pour le Kaerl, avec Asshai...''

Au moins était-elle rentrée au Kaerl, par l'intermédiaire de son lié. Elle aurait été en danger à rester sur ce continent. Peut-être qu'elle aurait pu rester, mais le Seigneur avait jugé plus important de la renvoyer au Kaerl, même si elle avait protesté de cette idée.

''L'affaire a mal tourné.... on a cherché à nous duper. C'est là que j'ai reçu un coup de poignard...''

La lame avait été mordante, douloureuse et froide. Dans l'action et les combats, il ne s'était pas rendu compte de la gravité du coup reçu. C'est une fois en prenant la fuite pour être loin des ennemis qu'il s'était rendu compte... En se rappelant la lame s'enfonçant dans ses chairs, sa blessure pulsa, comme pour rajouter de la véracité à l'acte passé. Il grimaça tout en serrant les dents... Son souffle s'était accéléré pour composer l'essoufflement qui l'avait saisi en parlant. Il ferma les yeux le temps de retrouver un meilleur souffle et un très léger sourire ironique réussit à naître sur ses traits fatigués...

''Dans un rêve fiévreux, c'est comme... si un autre avait réussi là où tu n'as pas su me porter le coup fatal..Rien qu'une hallucination...''

Il garda le silence quelques secondes , le temps que la souffrance qui lui labourait le flanc s'efface un peu pour être plus libre de s'exprimer. Comme si de parler provoquait de la douleur à sa poitrine. Ses yeux noirs se perdirent un bref instant autour de Runa, comme cherchant quelque chose... Sa liée devait être toute proche mais elle n'était pas visible...

''Quand tu affirmais que je te manquais...je n'ai pas su être là au jour le plus important de ton existence....Un Maître-dragon aurait été fier de voir une aspirante telle que toi se lier... a une incarnate. Bien plus fier encore....Te rejeter pour ta sécurité a été difficile... Je pensais ne pas avoir d'autre chose pour t'épargner une affection qui n'aurait été que peine.... je me trompais...''

Il aurait désiré être clair dans ses parole déjà bien murmurantes. Tout se bousculait tellement dans son esprit, tant de choses à dire, à libérer de son propre coeur.... Ses paupières battirent plus longuement, marquant sa faiblesse revenue. Parler tel qu'il l'avait fait consumé ses maigres forces et quand ses yeux se fermèrent, son lié se permit de pénétrer l'esprit de Runa.

°La fatigue l'a gagné, rien de plus. C'était lui en demander beaucoup en si peu de temps. Veille à sa blessure, je ressens qu'elle lui broie le flanc de l'intérieur. Et ta liée réussit à bien se débrouiller pour son âge. Crois moi que mon lié ressentait de la fierté à te savoir réellement unie à elle. °

La présence mentale de l'empereur noir s’estompa doucement, comme elle était venue



Runa Salv
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MessagePosté le: Sam 11 Juil 2015 - 02:43 Répondre en citantRevenir en haut



La fëalocë était tiraillée : une part d'elle-même voulait laisser Alauwyr se reposer et recouvrer ses forces quand l'autre se délectait de le voir éveillé et capable de parler, comme revenu d'entre les morts. Pourtant, il était clair que le pauvre homme était exténué et que sa convalescence serait longue. Peut-être même n'était-il pas encore sorti d'affaire.. Doucement, la Raison rappela la fëalocë et lui imposa de ne rien demander davantage. Par pour l'heure.
Runa s'était rapprochée de lui, légèrement penchée au dessus du corps épuisé pour mieux entendre ce qu'il soufflait. L'humain, à la voix d'ordinaire forte et puissante, s'exprimait faiblement, laissant les mots glisser dans l'espace autour de lui avec l'espoir que Runa puisse les saisir.
Combien de ses ennemis auraient donné pour l'avoir ainsi à leur merci ? Combien d'entre eux auraient abrégé ses souffrances, ou pire encore, les auraient ravivées ? Combien d'entre eux auraient jubilé de le savoir dans un tel état ? Pléthore, sans doute. Et pourtant, sur lui veillait une créature alliant le feu et le sang, une princesse du chaos dont personne n'aurait pu présumer de quelconque bienveillance. Il y avait dans cette scène quelque chose d'irréel. Quelque chose d'inexplicable. Le fort s'était incliné quand la faible était sortie de l'ombre où elle était tapie. Le cobra veillait sur son charmeur. C'était à se demander s'ils se trouvaient toujours en Tel'Aran'Rhiod.. Mais les douleurs de l'humain mêlées au spectre de compassion de la Chevalière trahissaient une réalité mordante.

Runa l'écouta, toujours baignée de cette lueur maternelle au fond des yeux. Seuls ses sourcils se froncèrent lorsqu'il prononça le prénom d'Asshai. Ce nom ne lui était pas inconnu mais ses souvenirs étaient flous. Elle nota qu'il avait un connotation digne de son désert originel mais ce fut tout. Elle ressassa en vain les vestiges de son passé, incapable de se remettre en mémoire un visage ou une situation vécue en lien avec une Asshai.. La fëalocë n'associa pas non plus le prénom à la silhouette de la jeune femme qu'elle avait aperçu quand.. Quand, déjà ? Elle revit brièvement une femme aux cheveux flamboyants quitter prestement les appartements du Seigneur Noir, un soir.. Mais elle ne se souvenait de rien d'autre. Rapidement, l'intrigue que subissait Runa laissa place à une once de jalousie. Son coeur brûlait d'en savoir plus. Et elle ne manquerait pas de demander des explications, plus tard.

Puis à nouveau s'effaça la jalousie au profit de transports plus complexes. Lorsqu'Alauwyr lâcha une boutade taquine pour marquer l'échec constant de la fëalocë à lui ôter la vie, cette dernière émit un demi-sourire sincère mais dissimulant une certaine gravité. La princesse du désert n'était pas du genre à avoir des remords ni à regretter ses actes, si terribles puissent-ils avoir été. Mais pour l'une des toutes première fois, elle commençait à connaître la subtile morsure de la contrition. Et elle détestait ça. Runa se fit violence pour penser à autre chose, ne serait-ce qu'un instant. Et par les Dieux, Alauwyr y contribua..

Sous tous ses défauts, sous toute l'impulsivité de sa race, Runa n'en demeurait pas moins une femme à fleur de peau. L'émotion lui serra la gorge et ses yeux d'ordinaires si inquisiteurs et brûlants de rage s'embrumèrent. Elle détourna le regard, presque honteuse, pour finalement se perdre à nouveau dans les froides ténèbres qu'offraient les iris du Seigneur blessé. Enfin, pensa-t-elle, enfin il se dévoilait. Enfin il avouait ce qui pesait si lourd sur son coeur, même à demi-mot, même à moitié présent dans ces ruines de Qahra. Et la jeune femme s'en sentit comme apaisée. Elle se redressa à peine, quelque peu fière et allégée par cet aveu, les traits du visage détendus comme rarement. Runa sentit une chaleur jusqu'alors peu connue s'insinuer dans ses veines : était-ce ça, la joie, le bonheur, la satisfaction ? Elle en fut ébranlée, tellement inhabituée à ne rien ressentir d'autre que de la colère et de la rage.
La fëalocë ne trouva rien à répondre et le pauvre humain était à bout de souffle. Alors qu'elle s'apprêtait à le réinstaller correctement pour qu'il se repose, Estenir osa une fois encore pénétrer l'esprit de la jeune femme. Lorsqu'elle sentit l'âme du dragon effleurer la sienne, elle ne put s'empêcher d'immédiatement se braquer, prête à essuyer un énième reproche ou une quelconque critique à ajouter au large panel que lui avait affublé l'Empereur Noir. Etonnamment, ce fut plutôt le contraire. Savoir qu'il avait été fier d'elle lui suffisait amplement et lui redonna du baume au coeur. Aussi se contenta-t-elle de formuler un semblant de remerciement envers le saurien couleur de cendre et laisser Alauwyr repartir dans les doux bras de la torpeur à qui elle acceptait de le céder pour quelques heures de plus.

- Dors, je suis là, je veille. Tout va bien.

Pendant son sommeil, elle jeta un oeil sur le pansement et sur la plaie. Elle fit une nouvelle réfection du bandage après y avoir appliqué un onguent anesthésiant qui soulagerait sans doute l'humain. Elle rinça ses mains dans l'eau claire, pensive mais optimiste.

Adoucie, la Chevalière Incarnate avala quelques bouchées de poisson avant de ranger soigneusement leur repas. Elle s'occupa ainsi quelques minutes avant de finalement se confronter à sa propre fatigue. Doucement, Solyae avant entamé sa courbe descendante pour céder la place à ses soeurs de la nuit. Il était encore tôt mais Runa était debout depuis plus d'une journée et avait attentivement veillé sur son ancien maître. Elle réfléchit avant de céder à l'appel d'Aran'Rhiod : ses instincts propres à sa race la préviendrait d'un danger, Estenir veillait et Alauwyr serait capable de l'informer s'il ne se sentait pas bien. Elle s'octroya donc la permission de lever sa garde rapprochée.
La fëalocë vint s'allonger entre Alauwyr et le feu, prenant soin d'être tournée de manière à faire face à l'humain pour pouvoir le surveiller sans être trop près de lui. De longues minutes durant, elle chercha la position la plus confortable possible, peu habituée à un tel manque de confort. Ce fut le manque de sommeil qui eut raison de son installation précaire : elle fixa Alauwyr de sa vision floue pour finalement fermer les paupières et enfin trouver le repos. Un repos rapidement interrompu par l'invasion inattendue de Sarzeghnet qui vint, sans délicatesse, se blottir possessivement contre sa bipède. La dragonnelle feula, satisfaite et le ventre plein, nichant sa petite tête écailleuse dans le creux du cou de Runa. Cette dernière émit un semblant de protestation mentale mais il serait mentir de dire qu'elle n'appréciait pas cette étreinte. La jeune femme entoura délicatement de ses bras la petite Incarnate et s'endormit enfin, le visage rayonnant d'une once de paix.

Et le dieu des rêves ne trouva rien de mieux à lui rapporter que les images dissolues de la nuit où elle poignarda le Maître Noir et où elle manqua de le tuer pour de bon. S'enchaînèrent les moments où ils échangèrent leurs ressentis, puis le rejet d'Alauwyr envers Runa et enfin, le coup fatal.. Seul Estenir savait discerner de ce songe le vrai du faux.. et Sarzeghnet qui, inconsciemment, suivait cette étrange trame. Dans son sommeil, Runa fronça les sourcils, prouvant qu'elle cherchait à comprendre ce qu'on lui imposait de voir. Ces parcelles de cauchemar étaient anormalement réelles, presque palpables et puissamment ancrées en son esprit.. Estenir sentirait tout l'écho de son acte passé arriver à échéance.. Bientôt, les comptes seraient à régler.
Mais Sarzeghnet pénétra l'inconscient de sa liée pour l'apaiser et Runa parut retrouver son calme.
Les deux bipèdes seraient prochainement confrontés à un passé qu'on leur avait enlevé. Cependant, pour l'heure, rien ne présageait que le moment était venu. On entendait plus dans ces ruines que leur respiration régulière mais désaccordée..



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MessagePosté le: Dim 12 Juil 2015 - 13:17 Répondre en citantRevenir en haut

Runa n'avait pas été la seule à rêver. Alauwyr à peine replongé dans une profonde torpeur s'en était retourné dans les bras oniriques du Dieu des Rêves. Torture de son propre subconscient, ou confusion entre ce qui était rêve et réalité passée ? Difficile en l'état actuel des choses. Mais pas pour Estenir qui sut profiter que les trois occupants du vieux pavillon se soient endormis pour user du lien qui l'unissait à Alauwyr pour sonder son esprit. Son rêve à moitié réel, à moitié imaginé n'était pas sans l'inquiéter.

Doucement, il effleura l'esprit de la chevalière ardente, gardant bien de se retirer promptement si jamais la jeune reine venait à le sentir. Sarzeghnet était encore bien jeune, mais elle avait une maturité bien avancée d'une grande Reine en devenir. Ce qu'il réussit à percevoir chez Runa le laissa perplexe. A n'en point douter, il n'avait pas su accomplir un effacement total des souvenirs chez son lié et chez Runa. Au soir du drame, quand le Maître-Dragon avait comme rompu le lien affectif qui le liait à travers le don avec le Grand Cendré, Estenir ne pouvant pas le supporter avait accompli ce qui devait être accompli. Mais dans le désespoir et la frayeur du moment, il n'avait pas du aller jusqu'au bout. Effacer l'esprit d'un potentiel aspirant qui refusait de suivre un Maître-dragon et son saurien après l'avoir invité à mener une nouvelle existence était aisé en comparaison de ce qu'il avait du opéré. Pour les deux bipèdes. Un simple fragment à retirer sur tout une échelle de vie, sans que cela ne perturbe le reste...Mais vu que Runa et Alauwyr s'en rappelaient, même si cela se déroulait dans leur rêve propre, quelles en seraient les conséquences ? Le dragon cendré se préparait déjà à l'éventualité que l'un des deux récupère malgré tout toute la trame disparue de ce moment. Il avisera le moment venu, prêt à assumer les conséquences de ses actes.

Même si son corps réclamait encore du repos, il était désormais bien plus alerte que la veille et entreprit de veiller toute la nuit. Même si les dragons présents étaient déjà une invitation aux autres prédateurs du secteur de déguerpir, il y avait des animaux qui étaient suffisamment vicieux pour braver le danger écailleux.

A l'intérieur du pavillon où se reposaient les deux bipèdes et la petite incarnate, Alauwyr était donc plongé dans son propre monde onirique. Et de ce qu'il y ''voyait'' le tira brusquement du sommeil. Il revint à lui en sursaut, ayant réussi à moitié à se redresser et s'appuyant déjà sur un bras pour limiter la protestation très mordante de sa blessure pansée. Son autre main poisseuse s'était portée sur sa poitrine couverte de sueur, là où il avait cru sentir son coeur s'emballer à une vitesse vertigineuse et palpitante. Cette oppression avait été si réelle... Il ferma les yeux pour ne pas se replonger dans une vague de vertige qui montait pour lui rappeler qu'il était encore bien faible et que même son réveil l'épuisait. Il en profita pour calmer sa respiration haletante et courte, qui tenaillait plus encore son flanc blessé. Une respiration qui s'était montrée aussi vive et si réelle, au même titre que son rythme cardiaque affolé. Un rêve... simplement un rêve, et rien de plus. Certains rêves pouvaient être réels. Il essaya de s'en convaincre et n'y arriva pas.

Il serra les dents pour étouffer la douleur qui manqua de franchir ses lèvres quand il entreprit de se redresser un peu plus.

°Tu n'es pas raisonnable Alauwyr.... reste allongé. °

Alauwyr ne lui répondit pas immédiatement. Un instant, il se demanda s'il serait capable de se lever. Jetant un regard sur le corps endormi de Runa, mille et une interrogations et doutes se bousculèrent dans sa tête.

°J'ai besoin de prendre l'air....Viens m'aider s'il te plait°

Le temps que son lié le rejoigne sous sa forme d'emprunt, il reposa ses yeux d'obsidienne sur la jeune femme. La voir dormir avec un visage respirant la paix était des plus saisissants, alors qu'il l'avait toujours vu aussi tempétueuse qu'un ouragan, aussi changeante qu'une mer. Et la voir les paupières closes, tout contre sa petite liée.... Il se crispa quelques peu surpris quand son lié lui prit en douceur le bras, entourant sa taille d'un des siens. Le saurien veillait à ne pas comprimer la zone touchée par le coup de poignard. Et une fois debout, soutenu par son dragon, Alauwyr se sentit défaillir. Les jambes peinaient à le porter. Au moins réagissaient-elles. Une vague assurance qu'il saura capable de remarcher en se tenant sur elles de son propre chef et sans aucune aide.

°Ce n'est pas raisonnable. C'est trop tôt encore et tu risques d'aggraver ta blessure°
°Juste prendre un peu l'air... c'est tout ce que je demande Estenir. Et d'avoir un peu de fraîcheur...
[/b]

Estenir posa sa main libre sur le front de son lié et sourcilla.

°Vu que tu as encore de la fièvre, cela peut se comprendre. Tu n'es vraiment pas prudent mon lié. Tu as besoin de te reposer et déjà tu veux remuer dans tous les sens. Je sais que tu n'as jamais aimé être faible, mais accepte cet état pour le moment, le temps qu'il faudra. °

Court moment de silence, pendant qu'il le menait silencieusement vers l'entrée du pavillon.

°Je sais...

Le Cendré ne rajouta rien, veillant par le Don à prévenir toute perte de connaissance. Une fois à l'entrée du pavillon, l'air était encore légèrement humide. Mais la fraîcheur apporta comme un étrange bienfait à l'Ardent. Alauwyr leva la tête pour observer la voûte céleste et contempler les étoiles. En même temps, il se remémora les brides du rêve qui étaient restés gravés dans sa tête. Etait-ce réellement un rêve ? Maintenant que l'air frais qu'il inspirait et qui glissait doucement sur sa peau nue l'aidait à retrouver un peu plus de lucidité, il commençait à avoir des doutes. Comment un rêve pouvait être issue d'une réalité dont il ne se rappelait pas ? Il ne remarqua pas le regard inquiet de son lié. Une bonne chose au final.

[i]°On peut rentrer...°[i]

Il tenait la solution à cet énigme, il en était certain. Mais les brumes de l'épuisement entravait toute réflexion. Avec le plus de lenteur et de douceur possible, Estenir mena son lié vers l'intérieur. Chaque pas était mesuré pour empêcher Alauwyr d'avoir une aggravation de son état. Se lever pourrait déjà être jugé comme insensé. A sentir son lié quelques peu ragaillardi, ce court effort apportait au moins un peu de soulagement, autant pour lui que pour l'humain ; même si la voie de guérison serait encore longue et à surveiller avec attention



Runa Salv
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MessagePosté le: Mer 15 Juil 2015 - 23:24 Répondre en citantRevenir en haut



Sarzeghnet fit mine de dormir mais elle fut incapable de manquer le brouhaha produit par les deux liés quittant la pièce. Son ouïe, déjà anormalement fine, suivit avec grand intérêt leur éloignement, presque dans l'espoir d'entendre ce qu'ils pourraient se dire, même mentalement. Elle redressa la tête, pensive, mais rabattit rapidement son attention sur le sommeil tourmenté de sa liée. La dragonnelle percevait une tension malsaine entre sa bipède et les deux liés, surtout envers le dragon Noir. Il s'était passé quelque chose.. Mais quoi ? Chose justement était certaine qu'Estenir ne pénétrait pas l'esprit de la fëalocë sans raison.. Bien qu'encore jeune, Sarzeghnet nourrit sans retenue de la méfiance envers l'Empereur Noir, laissant apercevoir les prémices d'instincts protecteurs qu'elle vouerait à sa liée au cours de leur longue existence.

Runa, toujours plongée dans l'univers d'Aran'Rhiod, s'agitait comme pour faire preuve de tout le tumulte auquel elle était malgré elle confrontée. Les vestiges d'une nuit qui fut réelle apparaissaient à son esprit, sans censure ni douceur. Ces images se répétèrent inlassablement, décousues et violentes, jusqu'à finalement obtenir une forme rationnelle et reflétant ce qui s'était véritablement passé.
Runa vit une jeune femme à la chevelure flamboyante quitter à pas feutrés les appartements du Seigneur Noir, un soir. Elle se vit rentrer dans ce weyr, elle se vit lire une lettre usée par les manipulations de son destinataire. Elle se vit le surprendre et lui faire face. Leurs paroles eurent autant d'impact qu'une arme lourde et fatale. Runa n'entendit que des brides de leurs échanges, comme un écho sourd et peu à peu effacé par le temps mais encore palpable pour ressurgir dans son rêve. Et enfin, Runa se vit poignarder Alauwyr après essuyé un rejet de sa part. Elle se rappela que sa dague était empoisonnée, condamnant l'humain à un trépas certain. Et tout alla très vite. Estenir lui hurla qu'elle n'avait rien compris, que si son lié l'avait rejetée c'était pour mieux la sauver et qu'enfouis au fond de lui se terraient des sentiments sincères qu'il s'interdisait. L'aveu tomba comme un couperet, si bien qu'elle regretta son geste. Le spectre du moment où elle chercha à le sauver lui parut infini, trahissant toute la peur qu'elle avait ressentie à ce moment précis, ce fameux soir où tout bascula. Puis brutalement plus rien, le néant. Ce silence sinistre et obscur dura plusieurs minutes sans qu'elle soit capable de s'en réchapper. Ces ténèbres assourdissantes ne furent brisées que par les mots oubliés d'Alauwyr :

- "Je te libère de tes obligations d'aspirante. Tu es désormais prête."

Et tout aussi immédiatement, la voix à l'aura ferme et psalmodique d'Estenir conclut cet égarement au Royaume des Rêves.

° A partir de cet instant, tu ne te rappelleras plus de cette soirée... Tu entendras encore dans ton esprit les mots qu'il t'adressa pour te libérer de son aspiranat. Alors tu repartiras avec l'amertume en bouche, la fureur brillant dans tes yeux et la satisfaction de t'être enfin libérée de la froideur d'Alauwyr et de t'être vengée... voilà tout ce que je te laisse Aspirante ! Et j'insiste sur le fait que tu repartes ! °

Runa ressentit une violente sensation de chute dans le vide et elle émergea de son cauchemar, perlante de sueur et les yeux écarquillés. La jeune femme chercha à s'accrocher à ce qui l'entourait pour s'assurer que tout ce qui était là était vrai. Elle baissa son regard éperdu sur sa liée éveillée qui semblait la fixer malgré sa cécité. La fëalocë haletait, mise à l'épreuve par ce qu'elle venait de voir. Son esprit bouillonna à la recherche d'une vérité désormais évidente.. Ce rêve était trop vrai pour n'être qu'illusion. A mesure qu'elle comprenait ce qui était arrivé, son coeur palpita davantage. Le sang déferla à vive allure dans ses veines, reprenant sa course d'ordinaire si effrénée et brûlante, à l'image de la lave qui déferle sur les flancs d'un volcan en éruption.

La jeune femme perdit la raison en tentant d'assembler les pièces de ce tableau. Ses yeux d'or en ébullition, hagards, se posèrent sur la couche vide du blessé. Elle aurait pu vociférer face à leur inconscience de laisser se lever un convalescent encore mal en point mais son coeur fumait d'autres ardeurs. Runa se releva brutalement et tituba sous le coup d'un vertige. Les émotions se mêlèrent en elle pour se consumer avec autant de facilité que des herbes sèches en été sous la caresse de la brise. La tristesse fut dévorée par une colère bien plus coutumière, explosive et sanglante. Sarzeghnet se délecta de ce flot de sentiments enchevêtrés et contradictoires sans parvenir à en comprendre l'origine. La petite Incarnate resta sur ses gardes car elle même ne savait pas ce qu'allait faire sa bipède. Elle tenta d'entrer en communication avec elle mais se heurta aux portes lourdement scellées de l'âme de la jeune femme. Runa déploya une énergie considérable à fermer son esprit à Estenir mais Sarzeghnet ne fut pas épargnée par cette censure.
Au même moment, les deux liés revinrent bras dessus bras dessous entre un Alauwyr épuisé mais de meilleure mine et un Estenir moins inquiet. Elle laissa à peine au dragon sous forme humanoïde le temps de rallonger le Maître Noir avant de se jeter sur lui.

La petite main de Runa s'agrippa au col d'Estenir, serrant de toutes ses forces. Ses yeux luisaient d'une rage retrouvée et il ne ressentirait aucune peur en elle. Elle lui cracha avec force et colère :

- Comment as-tu osé effacer nos mémoires ?! Qui t'a donné la permission de toucher à mon esprit ?! Dragon ou non, tu n'aurais jamais dû ! Je me moque que tes fins aient été louables, tu n'avais pas le droit !!
Te rends-tu compte de ce que tu as fait ? Comment oses-tu encore regarder ton lié en face ?


Elle lâcha le col du saurien dissimulé dans un corps de bipède et le poussa violemment de ses deux bras, décuplant une force étonnante malgré son gabarit.

- Te rends-tu compte de la gravité de ton geste ?! Ne m'approche plus jamais !


Elle lui décocha un regard assassin et perçant, digne d'un fauve rugissant. Runa avait bien compris que ce geste de la part d'Estenir avait finalement été bénéfique mais il n'en demeurait pas moins qu'il était grave. Estenir avait modifié le temps et les évènements, changeant définitivement sa relation envers Alauwyr. Il avait voulu sauver son lien avant une passion vouée à l'échec.. Logique. Mais il était désormais temps qu'il paie pour son acte. Runa coula un regard à peine adouci à l'encontre d'Alauwyr.. Qui sait ce qu'il ferait ou dirait en apprenant la vérité ?
Runa n'avait exprimé que le dixième de ce qu'elle ressentait mais elle s'égara dans un labyrinthe de raison et de sagesse. Elle se contenta de prendre sa liée dans ses bras pour finalement quitter les ruines de la demeure Valherue. Il fallait elle aussi qu'elle prenne l'air.

La fëalocë dévala la colline pour trouver refuge près de la rivière, à l'orée d'une cachette constituée de fougères grasses. Son visage serré de rage fixa la rive d'en face comme pour se contenir et s'empêcher d'exploser.. Silencieuse, Sarzeghnet s'assit à côté d'elle avec une prestance digne de son statut de Reine en devenir. La petite dragonne adorait les effusions de hargne de sa liée et elle distillait ce parfum âcre et amer en secret.
Les mâchoires de la Chevalière Incarnate se serrèrent si fort qu'elle craquèrent. Elle tapa du poing dans le sol puis rabattit ses genoux contre sa poitrine avant de fermer les paupières. Il fallait qu'elle se calme, pour le bien de sa liée, du blessé et d'elle-même.. Bien qu'elle chercha refuge dans l'air lourd et humide de la jungle, inspirant et expirant profondément pour évacuer sa colère, l'air en tombant dans ses poumons se chargeait automatiquement du parfum empoisonné du souffre propre à la plus grinçante des rages.



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
- Sic gorgiamus allos subjectos nunc -

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