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Astère Jan Neihya
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MessagePosté le: Ven 1 Mai 2015 - 21:42 Répondre en citantRevenir en haut

} And I am trapp'd, I'm trapp'd
A distance there is...
None, save me and the bodkin - pitter-patter on the roof:
Behold! - 'tis not the rain; thence me it has to be {


Dans la nuit du 21 au 22 Flarmyaku 918


    Le samouraï méditait, assis en tailleur dans la maison de pierre et de papier qui était la sienne. Le jardin était constitué d’un mélange harmonieux de pierres polies, d’eau, de sable et de petits arbustes aux formes saugrenues. Ses longs cheveux bruns étaient retenus en une longue natte qui pendait dans son dos et venait s’échouer sur le sol de bambou. Il pouvait sentir la caresse de la brise légère sur la peau de son torse et de ses bras nus. A ses pieds, devant lui, se trouvait un long sabre à la lame aussi noir que l’ébène, hors de son fourreau mais posée sur son socle de bois.
    Un frémissement de ses paupières closes annonça la fin de sa méditation. Il prit une grande bouffée d’oxygène, expira longuement puis il ouvrit les yeux, lentement. Des yeux dépareillés. L’un, le droit, était sombre comme une nuit d’orage et l’autre clair comme un ciel de jour sans nuage. Face à lui, à quelques pas, se trouvait le fauve aux yeux d’argent.
    Ses longs crocs dépassaient de ses babines, épousaient la forme de son menton carré. Son poil semblait lisse et il était d’un noir profond, aussi noir que la lame du katana.
    Les deux être se fixaient sans sourciller, calme et placide, comme si la scène était des plus normales. Il y eut un battement de paupière, lent mouvement, aveuglement temporaire. Et lorsque le guerrier s’apprêta à poser à nouveau ses yeux sur la bête elle avait disparu. A sa place ne se trouvait plus qu’un grain de sable, si minuscule que seule la vue perçante de l’être surnaturelle pouvait l’apercevoir.
    Il soupira, ramassa le sabre et l’observa un moment, perdu dans l’obsidienne de la lame autant que dans ses pensées. Puis il le fit glisser dans son fourreau, à sa ceinture et décida qu’il était temps d’aller chasser. Il était là de ce jeu mais il savait que le fauve ne le laisserait pas en paix tant que l’un d’entre eux ne gagnerait pas cette chasse.
    Même s’il devait en payer le prix.

    Les herbes étaient hautes, bien plus que le loup ne l’était lui-même. C’était pourtant une belle bête, un vrai loup des steppes, haut comme un poney shetland, de ces poneys cabochards que les bipèdes utilisaient dans les plaines minières du nord pour tirer les wagons de minerais. Son poil gris semblait terne mais il était en fait couvert de poussière. Il avait voyagé longtemps à travers le désert sans fin. Il avait souffert de la faim et de la soif.
    Il était fatigué mais cette forme lui demandait moins d’énergie à se mouvoir que sa grande carcasse de demi-sang. Il avait quitté les étendues sableuses depuis plusieurs heures déjà et suivait son flaire pour trouver de l’eau. Il savait qu’il était proche, le bruit de l’onde glissant sur les roches d’une rivière et l’odeur de l’eau pure assaillaient ses sens canins.
    Il pressa le pas, passa à un petit trop puis à un galop souple dans cette vaste prairie qu’il ne connaissait pas. Et quand il aurait tari sa soif, il lui faudrait chasser. Les proies ne manquaient pas dans les environs. Il pouvait entendre leurs couinements, leur pépiement ou encore le bruit de leur sabot résonner dans ses oreilles.
    Là, elle était là. La rivière. La source. La cascade. Il les observa toutes et laissa ses oreilles mobiles capter le moindre son néfaste. Il se coucha, attendant un peu. Il fallait être patient. Son instinct animal lui soufflait qu’il ne fallait pas traverser maintenant, que c’était dangereux.
    Un chant mélodieux s’éleva soudain. Un chant humain et il tourna la tête, tentant d’observer à travers l’herbe dense l’être qui produisait ce son. C’était une voix féminine, pleine de grâce et de volupté. Il ne pouvait comprendre ce que contait la chanson mais il se laissa aller à fermer les yeux et à concentrer son ouïe sur la si belle mélodie.

    Soudain des bruits de pas, à peine perceptible, non loin de lui. Il se recroquevilla un peu plus contre le sol, ses oreilles tournées dans la direction d’où provenaient les pas. Le chant aussi avait cessé. Il ne pouvait rien voir et il en ressentait de la frustration. Quelque chose dans le changement d’atmosphère, devenue soudainement tendue, lui indiqua qu’il pouvait se risquer à avancer un peu plus et à se découvrir, à peine, simplement pour observer la scène.
    Il ne fut pas déçu.
    Il eut juste le temps d’apercevoir le samouraï dégainer son sabre et de faire face à une jeune fille à la peau couleur chocolat, aux cheveux corbeau et aux yeux d’argent avant que celle-ci ne se transforme en panthère de trois pieds de haut. Ainsi donc il n’était pas seul. Les siens n’avaient pas tous disparus.
    Le combat fut aussi court que violent. Le samouraï était habile, rapide et laissait peut de faille dans sa garde pour permettre à la bête d’avoir raison de lui sans y laisser des poils. L’herbe rase en bordure de la rivière devint bientôt pourpre et le samouraï s’effondra.
    Il pouvait entendre le fauve à la fourrure d’ébène respirer lourdement. Il pouvait le voir et le sentir saigner. Il ne voulait pas se battre mais à présent, son instinct lui soufflait qu’il pouvait aller boire, qu’il n’avait plus rien à craindre.
    Déjà l’herbe reprenait sa couleur naturel, d’un beau vert couleur d’émeraude, éclatant et brillant de vigueur. Le corps quand à lui tomba en poussière et fut dispersé dans l’air par la brise chaude qui balayait la plaine.

    Il échangea un regard avec la panthère, à présent couchée dans l’herbe, les éclats d’argent rencontrant les éclats d’azur. Il ne s’approcha pas trop près, alla étancher sa soif, remplissant son estomac de l’onde pure et désaltérante.
    Il observa alors la cascade, s’asseyant sur son arrière-train, se léchant les babines des gouttes qui les parsemaient. C’était étrange. La plaine était plutôt plane avec très peu de relief. Il n’y avait ni montagne ni falaise pour permettre à cette chute de couler.
    En réalité elle tombait du ciel. C’était un spectacle à la fois magnifique et effrayant. La Chute des Cieux, tel était son nom, au fond de lui une petite voix le lui soufflait.
    A nouveau ses yeux se posèrent sur la panthère mais cette dernière ne lui accorda pas un regard, elle s’était déjà levée et elle disparut dans les hautes herbes sans lui adresser un mot. Il n’en fut pas peiné, il avait l’habitude de l’ignorance et de la solitude.
    Il se secoua et décida de prendre un bain. Il se laissa glisser dans l’eau de la rivière. C’est alors que deux choses arrivèrent simultanément. Une licorne s’approcha de l’autre rive pour s’abreuver. La créature féérique avait des yeux faits d’or liquide et il remonta sur la berge pour lui faire face, dégoulinant. Ainsi il pouvait l’observer tout à loisir.
    Assis, sa queue entourant ses pattes il ne parvint pas à décrocher son regard du cheval cornu. Même en sachant que quelqu’un d’autre venait d’arriver au bord de la rivière, non loin de lui, il ne détourna pas le regard.
    Son instinct lui soufflait que tout allait bien.
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MessagePosté le: Ven 1 Mai 2015 - 21:42 Revenir en haut

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Morgain Gloic Sa'El Han
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RPs: 12
Race: Neishaane - Fëalocë
Maître: Reynald d'Amberle
Affiliation: Maison Amberle
Alignement perso: Chaotique Bon
Ordre Draconique: Lumière

MessagePosté le: Sam 2 Mai 2015 - 22:23 Répondre en citantRevenir en haut







Les nuages roulaient comme autant de cascades dans l’immensité du ciel. Ecumant les cieux, porteurs d’éclairs et de ténèbres, ils allaient, et à leur courroux le souffle du vent s’enflait. Il rugit et s’éparpilla, dévorant sur des kilomètres. A la puissance de son cor, c’est autant de soupirs qu’expirèrent les cimes et leurs ramures, leurs doigts suppliants courbés, gémissant sous la morsure, se cinglant les uns les autres dans le fracas des feuilles. En bas, l’herbe plia, absente, et à cela le vent offrit sa caresse, magnanime et se répandant sur la terre. L’air gronda, et au loin on vit l’éclat d’une zébrure. Mais là, à cet endroit-ci, ce ne fut qu’une poignée de gouttelettes qui furent jetées à tout va.
Elle battit des ailes pour les éviter et sautilla de branche en branche, à la recherche d’un abri apte à mieux la couvrir. Il lui sembla qu’une branche plus épaisse que les autres ferait bien son affaire, située au cœur d’un chêne ancien. Surplombant ses pairs, les racines millénaires de celui-ci s’enfonçaient profondément dans la plaine. Grand. Fort. Elle s’ébroua, séchant son plumage et releva sa petite tête vers le ciel, clignant des yeux. La nuit entre ces entrelacs protecteurs serait bien agréable.
C’était sans compter l’apparition toutefois.

Peut-être était-elle déjà là avant. Peut-être avait-elle toujours été là, d’ailleurs. Elle ne l’en attira pas moins. Silencieuse. Immobile. Et ces immenses prunelles perdues au loin, absorbées par la pluie qui formait une couche protectrice sur l’étendue de son corps. La nuque baignant dans l’onde rafraîchissante de la rivière, les bras en croix, elle gisait. Et sur son ventre nu, un reptile reposait. Seule la lente respiration de ce dernier trahissait l’étincelle de vie qui tremblotait encore en lui, mais à vrai dire elle sentit plus qu’elle ne vit son existence ancrée partiellement à ce monde. De son perchoir, il ne formait qu’une tâche d’encre tranchant sur la peau pâle, roulé en boule contre son aimée. Nul sentiment n’émanait de lui.
Elle fit quelques bonds hésitants, puis s’élança. Ses serres minuscules se posèrent sur l’épaule de la jeune fille, sans qu’aucune réaction ne provienne du lézard aux écailles sombres. Quelques bonds encore, et elle était sur sa joue. Son bec trouva ses lèvres. Et c’est ainsi qu’elle se fondit en elle.
Ici meurt et revit l’alouette, continuant d’exister tout en cessant d’être.

Car, alors qu’elle se redressait, sa chevelure dégoulinant au creux de ses reins, le regard plein de vie qu’elle porta sur le paysage reconnut celui-ci. Et pourtant, c’est avec tendresse qu’elle prit le saurien sombre entre ses bras frêles et le berça, effleurant ses écailles luisantes du bout des doigts. Elle savait que des siècles durant, il avait veillé sur elle, aussi sûrement que l’écorce du chêne lui avait offert confort et protection. Vers ce dernier, elle alla, le pas incertain et les jambes tremblantes. Son réveil était trop précoce pour que ses gestes fussent assurés, néanmoins elle devait le faire. Lentement, précautionneusement, elle mit son petit compagnon à l’abri de la colère des cieux. Elle aurait voulu prier l’arbre d’être le gardien de ce souffle endormi, mais les mots lui manquaient, ainsi que la perception claire des choses. Recroquevillée contre le large tronc, elle ne put que gémir comme un animal blessé, à la différence qu’elle sentait confusément que ses blessures se situaient à l’intérieur d’elle-même. Un temps passa, et elle apprit l’adieu, avant de revenir à la rivière.

En ces eaux, elle découvrit l’autre.
Elle était alors accroupie à quatre pattes. Elle avait soif, mais alors qu’elle se penchait instinctivement pour boire, elle vit un visage courbé vers elle. Le regard mordoré frôlait le sien de ses cils. Une de ses mèches, fauve et démesurément longue, glissa de son épaule et en rencontra une semblable, devenant infinie. Elle éleva alors sa main à la rencontre de l’autre, et leurs doigts s’effleurèrent. Leurs peaux se touchèrent. La sienne était froide et fluide.
Un battement, le cœur suspendu, et elle plongea brusquement son poing au cœur de l’onde. L’en retirant, elle se mit à extraire lentement le tissu gorgé d’eau qu’elle venait de saisir, se redressant sur ses deux jambes pour l’en sortir en entier. Elle l’essora et s’en recouvrit.
Ses yeux s’abaissèrent à nouveau vers son reflet qu’elle contempla de haut cette fois-ci. Le capuchon dont elle s’était revêtue n’était pas sans rappeler la couleur du sang, et sur sa peau pâle de nombreux symboles venaient de s’inscrire, gravés dans l’épiderme.
Pila contempla une dernière fois Morgain et s’en détourna, traçant son chemin.

Ses pieds nus foulaient les hautes herbes alors qu’elle marchait, les bras ballant. De temps à autre, elle accrochait quelques fleurs ou épis de blé que ses doigts rencontraient. Brièvement, ils serraient, sentaient la texture et en appréciaient le grain, celui-ci nouveau et pourtant déjà connu. Un sentiment de paix l’enveloppait. Entière. Sans faille et sans cassure. Au-dessus de sa tête, les nuages continuaient de s’amonceler, et la bruine de tomber sur la plaine. L’air était lourd de torrents à venir et le parfum de la foudre flottait déjà jusqu’à ses narines. Mais ce fut l’âme légère que Pila chanta. Elle ne connaissait pas encore la langue des hommes, mais peu importe, elle s’en créa une. Le seul à qui elle aurait pu adresser ces mots était blotti près d’un grand chêne. Il lui semblait donc sans importance d’être incomprise. Elle chanta jusqu’à ce qu’à quelques foulées d’elle se tinssent deux compagnons.
Par la bride, la jeune fille au diadème tenait le camélidé à la robe de sable. D’un sourire, elle lui tendit la longe. Pila s’en empara, ne sachant répondre à cette offre. Cela ne sembla pas désarçonner son amie qui partit aussi promptement qu’elle était apparue, courant dans la vaste prairie et disparaissant à l’horizon. L’ancienne alouette grimpa sur le dos du chameau et entreprit d’apprendre à guider celui-ci. Cependant, l’animal paraissait obéir à ses propres règles, et c’est avec autant d’assurance que d’élégance qu’il partit bon train. Ensemble, ils se mirent à suivre le cours de la rivière, plus par la volonté du camélidé que par celle de l’apparente humaine à vrai dire, et ce jusqu’à ce qu’ils atteignent la Chute des Cieux.

En un gigantesque fracas, les eaux rejoignaient la terre, éclaboussant en une éblouissante gerbe les alentours. Venue tout droit du ciel où se réunissaient un à un les nuages à triste figure, l’onde pure s’abattait férocement sur les rochers avant de suivre son cours, serpentant dans la plaine et creusant entre ses fondements. Pila se souvint de son sommeil sans fin où sa tête reposait dans son étreinte liquide, son cours murmurant mille secrets à ses oreilles au fil des ans, ces rumeurs devenus légendes qui s’étaient sitôt évanouis alors qu’elle s’était éveillée, mais la trace en était encore assez brûlante pour la faire frémir. Tétanisée, elle contemplait ce spectacle qui lui procurait autant de ravissement que d’effroi. Ah, oui, son esprit murmurait, c’était donc cela… Sans très bien savoir de quoi cela était fait. Une chute sans fin. Une accumulation de promesses. L’origine et la perdition.
Une nausée la prit, et elle s’arracha à cette beauté cruelle pour scruter ce qui l’environnait. Sa monture s’était arrêtée, mais était-ce uniquement à cause de ce point d’arrivée ? Patiente, Pila observa, sachant que tout venait à point. Au loin, là-bas, les éclairs, toujours. Le vent continuait d’hurler, mais sa plainte ne s’était jamais interrompu depuis que Pila était née. Elle la considérait donc comme partie intégrante de son présent univers. Elle tourna la tête.

Ah. Là.
Le pelage encore mouillé, il se tenait face à une autre créature. Par une expérience dont elle ne se rappelait pas, elle sut que le terme employé pour la désigner était celui de licorne. Aussi blanche qu’un enfant, celle-ci se désaltérait comme elle-même l’avait fait quelques instants plus tôt. L’or liquide de ses yeux plongé sur le courant de la rivière, elle lapait avec douceur, inconsciente peut-être des attentions dont elle était l’objet, ou trop à l’écart de ce monde pour s’en préoccuper. A cette pensée, une curiosité toute jeune piqua la cavalière, poussée par une envie primaire. Le chameau plia les genoux docilement, la laissant descendre, et elle fut à nouveau au sol, à quelques mètres à peine du loup. Sa première pulsion, découlant de son envie, fut d’avancer vers l’animal fantastique. Quelqu’un, oui, quelqu’un lui en avait un jour montré des illustrations. Mais alors qu’elle esquissait une approche, elle se sentit retenue par autre chose, quelque chose de plus profond. Elle vit le loup et se souvint. Des gouttes glissaient entre ses poils sombres. Assis, sa queue enroulée autour de lui, et ses pattes ancrées au sol, il contemplait lui aussi l’équidé, admiratif, comme seul un prédateur savait le faire.
L’avait-elle jamais vu ? Une petite voix en son esprit lui soufflait que non. Cependant, cette voix était bien trop humaine, et sa nature bestiale la réfuta aussitôt, feulant, l’enjoignant de reculer. Non, tu te trompes. Connaître, en notre langage, c’est bien plus que cela. Et bien que son essence soit double, elle tendit son âme vers le loup. Il y avait la fierté, la survie, mais aussi cette part qui l’associait au tout. A tâtons, elle tenta de percevoir les bribes de son être qu’elle pouvait atteindre.
Elle le découvrit alors qu’elle fouillait, triait entre les cailloux et les feuilles éparpillées. Chuchotée à son oreille d’abord, elle se sentit poussée, mise devant l’obligation de l’énoncer à voix haute.

« … Peili. »
Sa propre voix la surprit. A la fois rauque et douce, minérale. Utilisée pour la première fois.
Goûtant le nom, elle le répéta en employant différentes tonalités, devinant tout en ignorant le pouvoir qu’ont parfois les noms sur les individus. Durant le processus, elle s’était assise à son tour, imitant le prédateur. En tailleur, elle s’adressa encore à lui, le vocabulaire des hommes s’imposant peu à peu en elle.
« Peili… Peili, j’ai faim. » énonça-t-elle, se rendant compte de la famine la tiraillant alors qu’elle la formulait.
Appuyant ses dires, le chameau brailla derrière elle.




~ Les soupirs de la sainte et les cris de la fée ~




Dernière édition par Morgain Gloic Sa'El Han le Mar 2 Fév 2016 - 17:16; édité 2 fois
Astère Jan Neihya
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MessagePosté le: Lun 4 Mai 2015 - 15:50 Répondre en citantRevenir en haut



    Le loup millénaire contemplait la licorne avec des yeux brillants. Pas de ceux du prédateur pour sa proie mais de ceux d’un admirateur qui ne sait rien ressentir d’autres qu’un sentiment intense de joie mêlé à une sérénité profonde.
    Elle n’était pas la première licorne qu’il avait la chance d’apercevoir mais même en ces contrées féériques elles étaient devenues bien trop rare pour être vues souvent. Ses oreilles s’orientèrent du côté du camélidé et de son pas lourd indolent. Il ne regarda pas l’étrange duo, pas même quand le voyageur du désert plia les genoux pour laisser descendre sa cavalière.
    La licorne termina se s’abreuver quelques instants plus tard alors que Pila s’était assise à côté du loup. Ses yeux d’or se posèrent sur ce couple d’observateur muet et serein. Elle secoua la tête d’un mouvement brusque, agitant ses crins d’un blanc immaculé. C’était un avertissement, elle ne semblait pas apprécier leurs regards intrusifs.
    Mais le loup ne pouvait détacher son regard de sa beauté. Son cœur et tout ce qu’il y avait de mauvais en lui était irrémédiablement attiré par sa pureté et son innocence. Le cheval cornu frappa alors le sol de son sabot. La terre trembla sous les fesses des visiteurs et Peili se tassa sur le sol, se soumettant au courroux de la licorne sans pour autant détourner ses yeux d’azur.
    Ce fut la petite voix de la jeune fille qui le tira de sa contemplation. Ses oreilles se dressèrent à nouveau et il tourna la tête vers Pilla, se redressant. La plaine redevint aussitôt calme et la licorne s’éloigna sans un mot, sans un bruit. La brise qui hurlait sans fin autour d’eux, jointe aux éclats du soleil, avait déjà fini de sécher les poils du vieux loup gris.
    Elle avait faim et le chameau derrière elle semblait appuyer ses dires. Il ne s’occupa pas de l’animal mais un rictus étira ses babines, découvrant ses crocs alors que sa voix s’imposait dans l’esprit de la jeune fille qu’elle était.

    *Nous pourrions le manger lui.* décréta-t-il en tendant le nez en direction du chameau.

    Ce dernier sembla comprendre et décida qu’il était temps pour lui de s’éloigner. Il leur tourna le dos et s’enfonça dans les hautes herbes de la plaine sans un regard de plus pour deux camarades changeformes.
    Le loup le suivit du regard un instant puis reporta son attention sur Pila. Il ne souriait plus, il avait reprit son air sérieux de vieux sage dix fois centenaire. Une lueur chaleureuse s’était allumée dans ses yeux d’azur d’alors qu’il se levait et s’étirait. Il s’approcha d’elle, posa ses pattes griffues sur ses jambes et sa tête poilue sur son épaule en soupirant de bonheur.
    Il était heureux de la voir, de l’entendre, de sentir sa réalité contre son corps velu. Il était d’ailleurs temps de cesser ces embrassades et de changer de forme pour contenter le ventre de mademoiselle.
    Il recula un peu puis se mit à grossir, à grandir, ses poils devinrent plus courts, plus soyeux et ses griffes se rétractèrent pour laisser place à des sabots noirs et luisant de santé. Bientôt la jeune fille se retrouva dans l’ombre de la haute stature du centaure qui se tenait fièrement sur ses quatre sabots devant elle. A ses pieds se trouvait un arc tout simple et un carquois de flèches que la terre malléable et pleine d’un pouvoir infini leur offrait.
    Les cheveux bruns emmêlés cachaient en partie un visage à la peau pâle sans être laiteuse, déjà colorée par une exposition prolongée aux rayons du soleil. Les yeux d’azur avait repris un peu de leur humanité et le visage généralement impassible d’Astère était éclairé par un doux sourire. Les ondulations brunes tombaient dans son dos et sur ses épaules, l’auréolant de mystère.
    Tout comme le chameau avant lui il plia les genoux et se coucha dans l’herbe pour permettre à la jeune fille de monter sur son dos.

    « Nous y allons princesse ? Chasser ce qui pourra contenter ton estomac… »

    Sa cavalière enfin jugée sur son dos, il ramassa l’arme, passa le carquois en bandoulière puis il se releva et s’enfonça dans les hautes herbes, une flèche encochée. Au loin l’orage grondait et flashait le ciel à intervalle régulier. La colère céleste annonçait son approche sans se soucier de faire fuir ceux qu’elle voulait tremper de son courroux.
    Le dénommé Peili lui tournait le dos, ignorant placidement ce déchainement naturel des éléments. Après tout, qu’importait la volonté des Dieux lorsqu’il s’agissait de remplir la panse de sa douce princesse ?
    Devant eux, dans le lointain, le vert et le brun d’un bois touffu tranchaient l’horizon. Ne sachant comment chasser dans cette plaine où l’herbe lui chatouillait le ventre il adopta une allure plus rapide, plus souple pour rejoindre la forêt de feuillus.
    Il prenait bien sûr grand soin de maintenir sa cavalière sur son dos et n’hésitait pas à ralentir lorsqu’il la sentait perdre assurance ou que son assise se faisait plus légère et moins fluide. Elle lui semblait pour autant tout à fait à l’aise sur son dos large aux poils anthracite.
    Il repassa au pas lorsqu’ils atteignirent l’orée de la forêt. Là, il se tourna vers Pila et ses pensées dans son esprit l’incitèrent à garder le silence pour ne pas faire fuir les proies éventuelles qu’ils pourraient rencontrer.
    Il ne leur fallut pas longtemps pour apercevoir la silhouette gracieuse d’une biche qui s’abreuvait à l’onde d’un ruisseau. Peili s’arrêta, banda son arc, visa et s’apprêta à décocher quand la silhouette sombre du fauve tomba de l’arbre sur le dos du cervidé et le tua sans fioriture.
    Le centaure soupira et rangea la flèche dans le carquois s’approchant du fauve et de sa proie. Pas trop prêt cependant car la panthère s’était redressée et faisait corps entre le cadavre encore chaud et l’étrange monture et sa cavalière.

    « Telima, te voilà de nouveau. »

    La panthère adopta une attitude moins farouche et repris sa forme humaine, celle de la fille aux longs cheveux de jade. Elle leur sourit, se jeta au cou du centaure puis vint faire de même à celui de sa cavalière.

    « Pila ! Peili ! Quelle plaisir de vous revoir ! Avez-vous faim, il y en a trop pour une seule personne… »

    Il ne leur fallut alors pas longtemps pour rassembler du bois et allumer un feu de manière à faire cuire leur repas. Le centaure trouva même un pommier pas trop loin de leur campement de fortune et leur ramena de succulente pommes bien juteuses.
    Les conversations allaient bons train entre les trois amis qui n’avaient pas été réunis depuis des lustres. Le centaure finit par reprendre forme humaine à son tour et ils ne purent plus que partager leur repas ensemble.
    Il n’en fallut pas plus à Telima pour finir par demander, comme elle en avait si souvent l’habitude :

    « Pila, pila ! Raconte-nous l’une de tes merveilleuses histoires ! Oh s’il te plait ! S’il te plait ! »

    Alors, parce que les histoires fantastiques de l’oiselle étaient toujours des plus belles, même le loup cessa de parler pour écouter la demoiselle conter son histoire.
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