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 [RP Officiel] Le Vol de Flarmya Sujet suivant
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Oracle Tol Orëanéen
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MessagePosté le: Mar 17 Mar 2015 - 21:48 Répondre en citantRevenir en haut


Kahina El'Fahim & la Verte Tsèriel


Theme Song :
Timo Pierre Rositzki – Inner Fire
 
 


Hiver, fin Mystraku 917
 
 
Alors que l'aube se levait à peine sur le Màr Tàralöm et que la plupart des âmes vivantes du Kaerl sommeillaient encore dans leur lit, sur les sables rouge sang de la Fosse, une silhouette solitaire s’entraînait déjà. Une ardeur indéfinissable la tenaillait au corps depuis plusieurs jours et ce sans qu'elle ne sache à quoi l'attribuer ni quoi faire pour y remédier. Alors, comme lui avait enseigné sa Maitresse, elle tâchait de se vider l'esprit par cette séance d'exercice intensif.

Une paire de sabre incurvés en main, la Torhille virevoltait, combattant quelque ennemi invisible, le front plissé par la concentration. Accompagnant à merveille sa haute stature, ses muscles roulaient sous sa peau dorée, rendue luisante par la sueur. Il n'y avait guère que quelques rares spectateurs pour admirer ses mouvements habiles en cette heure matinale, et cela lui convenait à vrai dire très bien. Ce n'est que lorsqu'elle s'arrêta pour étancher sa soif qu'elle remarqua l'ombre mince qui se tenait dans l'entrée de la Fosse, semblant visiblement l'observer depuis déjà quelque temps. Elle accrocha deux brillantes iris d'améthystes, seule partie de son visage visible dans la pénombre, et une voix masculine, à la musicalité propre aux Elfes, s'éleva.

« Accepteriez-vous un ... partenaire, pour cette danse ? Je suis certain que votre exercice n'en sera que plus stimulant. »

Le regard rieur, Kahina le jaugea, l'observant sans fard de haut en bas.

« Vous ? Avec votre stature, vous ne représenteriez guère un grand défi pour moi ! »

Dans sa voix subsistait une pointe d'accent, rappelant ses origines Ssyl'Shariennes, elle qui était née dans les bas-fonds d'Adel Bachir. Elle lavait lancé ces mots comme on énonce un fait, sans orgueil mal placé. Elle avait été Aspirante de la Maitre d'Arme Ioana Cyallaïd-Cèlt’har elle-même durant près de 9 mois, et sa formation avait été complète dans tous les domaines : sa technique était sans faille. Ce n'était pas cet Elfe frêle qui allait la battre !
Néanmoins … Elle admit à contrecoeur qu'un peu de compagnie ne serait pas de refus, après tout. Elle avait toujours trouvé les entraînements communs plus enrichissants. C'est ainsi qu'elle lança dans sa direction un de ses sabres courts, qui alla se planter aux pieds de l'inconnu, un sourire féroce aux lèvres.

« Mais si vous y tenez, allons-y. Ne venez pas vous plaindre si vous êtes blessé ! »

Se détachant du mur auquel il était appuyé, l'Elfe fit quelques pas dans la lumière, prenant en main l'arme offerte, la soupesant tout en observant son fil aiguisé. Il n'était pas habitué à se battre avec une larme courbe, mais pourquoi pas ? Il la fit tourner quelques fois dans sa paume pour s'habituer au contact du cuir et au poids du sabre, avant de lever les yeux vers la Torhille, dans l'expectative. Quelle merveilleuse machine de guerre ! Seule une ancienne cicatrice, qui courait tout le long de sa cuisse gauche, venait dépareiller la beauté sauvage de la jeune femme. Il n'avait pas réalisé qu'elle le dépassait de plusieurs pouces. Ce qui allait suivre serait … des plus intéressants.

Un sourire en coin vint étirer ses lèvres, et sans lui laisser le temps de réagir, il engagea le combat. Là-haut, perçant à travers la voûte, un rayon de soleil égaré vint jouer dans ses cheveux, y allumant quelques reflets cuivrés brillants dans la pénombre ambiante.

*** 

Sur la plus haute corniche des Dôl Narë, une jeune dragonne Verte profitait également des premières lueurs du jour, laissant l'aube chasser la froideur de la nuit. Auparavant nonchalamment alanguie, elle se redressa et s'étira soudain de tout son long, de l’extrémité de son museau jusqu'au bout de sa queue, qui se mis à onduler tel un serpent. S'installant en sphinx, Tsèriel commença à fourrager dans ses ailes, les arrangeant à sa convenance, y fourrageant comme pour y ôter des parasites imaginaires qu'elle savait très bien ne pas s'y trouver. Au plus profond de son âme, elle sentait que ce jour-ci serait spécial. Le temps était venu de se mesurer aux mâles du Màr Tàralöm. Oh bien sûr, depuis qu'elle était adulte, elle avait déjà fait quelques vols, mais rien de bien sérieux. Aujourd'hui, ses hormones bouillonnaient en elle comme un véritable feu intérieur, et elle tenait à ce que tout le monde la remarque.

Un peu en contrebas, à l'opposé l'une de l'autre, Lye'Den et Nephtys, deux des Reines Incarnates les plus fertiles (à moins que ce ne soit simplement dû aux appétits de leurs liées) la fixaient, crocs dénudés. N'aurait été la présence de sa rivale, chacune n'aurait sans doute pas hésité un seul instant à bondir pour chasser la Verte de cette place qu'elle occupait indûment. Tsèriel pouvait sentir leur jalousie piquante jusque là. Veovis n'était visible nulle part, de toute façon trop jeune pour représenter un quelconque défi, bien que déjà porteuse d'un caractère digne de ses ainées. Quant à Takhasya, bouffie d'orgueil suite à son vol nuptial de la Lune précédente, elle devait se terrer dans les Cavernes Flamboyantes, le ventre alourdi par ses œufs.

Qu'elles regardent et admirent la virtuosité d'une Verte en vol, toutes ces dindes balourdes !

Les ailes légèrement entrouvertes, la tête pointée vers un ciel sans nuage et les narines palpitantes, elle savoura la brise qui venait caresser ses écailles. Le temps se prêterait parfaitement à la course qu'elle s'apprêtait à entreprendre.
Elle n'était pas inconsciente du fait que les mâles se rapprochaient d'elle, comme attirés par un parfum irrésistible. Elle leur lança une oeillade discrète, ses iris tourbillonnant de rouge-orangé. Baillant largement d'un feint désintérêt, la dragonne s'amusait de voir monter leur impatience.

***

Leur petite passe d'arme durait déjà depuis plusieurs minutes. Kahina était étonnée que l'Elfe soit en mesure de lui résister et sa fierté commençait à en être piquée. Evacuant sa frustration, elle avança de plusieurs pas consécutifs, et les pieds fermement ancrés au sol, elle fit sauter l'arme des mains de son adversaire d'un moulinet de poignet agressif. La pointe de son sabre vint alors s'appuyer contre la gorge de l'Elfe, qui dressa avec amusement ses paumes face à elle en signe de reddition.

« Vous vous battez bien, Messire, je dois le reconnaître. Mais permettez-moi un conseil, vous êtes trop sur la défensive, vous comptez sur votre capacité à esquiver, mais vous n'attaquez pas assez. Vous devez vous montrer plus audacieux. »

La Torhille s'autorisa un petit sourire supérieur, ses yeux bleus francs fixés dans les prunelles d'améthyste de son vis à vis … Elle se perdit quelques instants dans leur contemplation avant qu'il ne s'incline soudain de manière très surprenante, attrapant sa main pour y déposer un baiser, ses lèvres effleurant à peine sa peau.

« Ma Dame, vos conseils valent de l'or. Je tâcherai de m'en souvenir la prochaine fois. »

Et il se redressa face à elle, la fixant toujours avec cette ombre de sourire enjôleur, comme s'il savourait une plaisanterie connue de lui seul. Elle réalisa tout à coup qu'il n'était séparé d'elle que par quelques pouces et l'image de sa musculature fine et souple surgit inopinément dans son esprit. Elle se mordit furieusement la lèvre, cherchant à se ressaisir. A quoi pensait-elle donc ? Il était certes charmant, mais avait la beauté androgyne de ceux de son peuple, bien loin de la virilité masculine qui l'attirait habituellement chez les hommes.

***  
Sur sa corniche, Tsèriel déploya ses ailes, laissant le vent jouer dans ses fines membranes à la couleur de jade, pour porter son essence à travers toutes les Dôl Narë. Et enfin, elle s'élança, prenant son envol. Il y eu un frisson mêlé de soulagement et d'excitation presque tangible lorsque les mâles bondirent lourdement à sa suite. Un, deux, puis quatre dragons fusèrent à la poursuite de la petite étoile Verte, dont curieusement, un Bronze.

***  

Dans la Fosse, Kahina s'étrangla sur les mots qu'elle s'apprêtait à prononcer, sentant l'envol de sa Liée dans son esprit. Sous le regard surpris des spectateurs, elle empoigna d'une main ses armes, et attrapa sans ménagement l'Elfe par le poignet avant de le traîner à sa suite dans les couloirs. Le ton qu'elle employa ne laissa pas place à la discussion :

« Poursuivons cette discussion ailleurs, si vous le voulez bien ! »

Heureusement pour lui, il eut le bon sens de garder le silence et de ne pas chercher à la charmer avec ses paroles pleine de miel.
D'une démarche pressée presque martiale, elle atteint la porte de son weyr avec soulagement, entraîna son compagnon dedans et referma brutalement la porte derrière eux. Elle pointa un doigt accusateur sur l'Elfe, qui arborait toujours une expression aussi innocente que possible dans ces circonstances.

« Vous... ! »

Levant les mains au ciel comme pour prendre les Dieux à témoin, elle lui assena une gifle retentissante, ses yeux bleus brûlants de colère.

« Ça, c'est pour avoir essayé de me duper ! »

Sans lui laisser le temps de répliquer quoi que ce soit, elle se rapprocha de lui pour l'embrasser et lui murmurer à l'oreille :

« Et ça, c'est peut-être un avant-goût de ce que vous aurez ensuite. Je n'ai pas encore décidé si je dois vous battre comme plâtre ou vous inviter dans mon lit. »

Sur ces mots, elle s'écarta et lui indiqua un siège isolé au milieu de la pièce, lui fourrant un linge dans les mains, avant de disparaître tel un ouragan dans une pièce attenante.

« Asseyez-vous et restez tranquille. »

Resté seul, Quilaïn cilla légèrement, passant ses doigts sur sa lèvre fendue, le goût âcre et métallique du sang sur sa langue. Elle n'y avait pas été de main morte. La Torhille s'était révélée posséder plus de caractère qu'il ne l'aurait cru ...

*** 

Flèche de jade insaisissable virevoltant dans un ciel d'un bleu pur comme seuls peuvent l'être les ciels d'hiver, la jeune dragonne parvenait sans mal à maintenir la distance avec ses poursuivants. Parfois, l'air de rien, elle ralentissait jusqu'à se laisser presque rattraper, effleurant son prétendant du bout de l'aile, avant de se dérober aussitôt après. De hauteurs vertigineuses, elle se laissait tomber comme une pierre jusqu'à frôler le bord des falaises, n'évitant l'impact qu'à quelques battements de cœur près. Son instinct lui dictait que seul le plus digne d'entre eux saurait être en droit de la couvrir.

Filant comme le vent, un looping particulièrement périlleux lui permit d'apercevoir les mâles qui volaient à sa suite. Une légère déception la traversa, car les deux Bruns accordaient plus d'énergie à rivaliser entre eux qu'à la séduire, quant au petit Noir, il battait des ailes avec frénésie, fixant un regard absolument enragé sur le Bronze qui l'avait allègrement semé. Il avait réussi à être en bonne place au début de cette course folle dans laquelle elle les avaient entraînés, mais à présent, il commençait à se fatiguer.

*** 

Les yeux mi-clos dans l'attente, le cœur battant, en cet instant, Quilaïn ne faisait qu'un avec son âme-soeur.

Il sentait son sang qui rugissait comme un torrent déchaîné battre douloureusement à ses oreilles, tandis que sous son armure d'écaille ses larges poumons se gonflaient et se dégonflaient tel d'immenses soufflets de forge.

Il entendait le sifflement aigü du vent tout autour de lui, et l'allure infernale à laquelle la Verte volait, dépassant celle d'un cheval au galop, le paysage qui défilait à toute vitesse sous eux, tout cela lui donnait presque le vertige. Tout son corps était tendu, vibrant de concert avec celui de Zadayel, avec à l'esprit un seul but : parvenir à rattraper sa proie.

Si Quilaïn ne l'avait pas retenu, il se serait bien élancé à la poursuite de Takhasya, la Lune précédente, rien que pour savourer l'indignement de sa puissante mère. Mais son Lié ne savait que trop bien que Jora et son irascible Incarnate n'étaient pas de celles de qui on pouvait se mettre en travers du chemin. Alors, reconnaissant la sagesse de cette opinion, il s'était abstenu, observant le vol en rongeant son frein, réservant son énergie pour une autre occasion … Ce n'était pas une Incarnate, mais cette petite Verte lui donnait fort agréablement du fil à retordre.

*** 

Un bruit dans la pièce le ramena à la réalité et il se détacha à regret des sensations grisantes que lui avaient procuré cet instant partagé avec Zadayel. Il n'y avait qu'en ces moments là qu'il se sentait pleinement vivant, et entier. Son Regard de Flarmya n'avait fait qu'exacerber ce sentiment. Il n'y avait que dans les bras des femmes qu'il parvenait à ressentir ne serait-ce qu'une simple fraction de cette plénitude. Mais, toutes autant qu'elles soient n'étaient que des aventures sans lendemain, il les abandonnait sans ressentir d'attachement, sans aucune commune mesure avec cet étrange sentiment de confiance totale, de fraternité voire de gémellité qu'il éprouvait pour son Lié.
Les poings sur les hanches, Kahina l'observait, le regard sévère. Elle avait visiblement pris un bain et en avait également profité pour passer des vêtements propres, à présent vêtue d'une légère robe de chambre de soie. Seule la rougeur charmante sur ses joues et sa respiration trop rapide trahissait son trouble. Quilaïn ouvrit la bouche pour parler, mais la jeune femme le coupa immédiatement en désignant la pièce dans laquelle elle avait disparu un peu avant, une moue désapprobatrice sur son beau visage.

« Vous êtes couvert de poussière et de sang, allez donc prendre un bain. »

***

Infatigable étoile filante, Tsèriel volait toujours avec la même aisance, tourbillonnait encore et encore. Le Noir avait depuis longtemps abandonné la poursuite, et elle avait perdu de vue les deux Bruns, qui avaient probablement dû commencer à se battre l'un contre l'autre pour se prouver leur supériorité mutuelle. Seul restait le Bronze, ses écailles cuivrées flamboyant magnifiquement sous le soleil. Son intérêt flattait la Verte. Habituellement les Bronzes dédaignaient tout ce qui n'était pas Vol Nuptial d'Incarnate, trop pleins de leur orgueil de mâle reproducteur, chargés de perpétuer l'espèce.
Alors, d'un imperceptible changement de trajectoire, elle entreprit de faire demi-tour pour se rapprocher de son unique prétendant, comme une acceptation tacite. Elle alla enchevêtrer ses serres aux siennes, et dans un tourbillon d'écailles et d'ailes, ils se laissèrent tomber vers le sol, membres étroitement entremêlés les uns aux autres.

Ils ne se séparèrent qu'au dernier moment, Zadayel exultant, rugissant son triomphe qui résonna longuement en écho contre les montagnes environnantes.

*** 

Lorsque Quilaïn reparu dans la pièce principale, une expression provocatrice sur le visage, Kahina lui jeta un long regard, une lueur indescriptible flottant dans ses yeux. Qu'allait-elle faire de lui à présent ? Un sourire féroce étira les lèvres de la Torhille, tandis que dans son esprit, les deux dragons s'unissaient enfin. Sans ambages, elle le repoussa en arrière du plat de la main de sorte qu'il tombe sur le lit, et s'installa avec impudence à califourchon sur lui.

« Vous mériteriez que je vous livre à Maitresse Ioana, messire Quilaïn de Lazarel. » Elle avait prononcé ces mots d'une voix très basse, quasiment imperceptible, mais sa proximité rendait le fait de ne pas l'avoir entendue quasiment impossible.

Pâlissant franchement cette fois-ci – si elle le dénonçait à Ioana, il ne s'en tirerait pas qu'avec une lèvre fendue, il serait rien de moins que passé à tabac, sans qu'on lui laisse aucune chance de se défendre – Quilaïn secoua néanmoins la tête, un sourire étirant lentement ses lèvres. C'était le danger qui rendait le jeu si amusant.

« S'il plait à ma Dame, je saurais me montrer bien plus utile qu'en me laissant réduire en charpie ... »


– FIN DU VOL NUPTIAL –
{Texte by Heryn}

A VENIR : ECLOSION DES OEUFS EN SOLYAEKU 918
 



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Par les chemins que l'on prend
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***



Dernière édition par Oracle Tol Orëanéen le Dim 7 Aoû 2016 - 13:53; édité 1 fois
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MessagePosté le: Mar 17 Mar 2015 - 21:48 Revenir en haut

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MessagePosté le: Mer 1 Avr 2015 - 23:29 Répondre en citantRevenir en haut

Eté, Début Solyaku 918



La Verte Tsériel


Un Màr d’une ancienneté vénérable, au potentiel d’évolution quasi infini, entretenait cependant des traditions. L’une d’elles voulait que les Candidats à l’Empreinte – tous Kaerls confondus – soient vêtus de blancs pour se présenter sur les sables, face à la reine et ses œufs sur le point d’éclore. Une autre, moins réputée, plus officieuse, était en passe de devenir un symbole dans l’esprit fiévreux des Aspirants attendant leur Âme Sœur avec impatience. On misait beaucoup sur la théâtralité et les sens cachés, quand on avait l’impression d’avoir attendu toute sa vie une plénitude qu’on était incapable d’imaginer et qui pourtant faisait rêver autant qu’elle terrifiait. On disait notamment que la couvée fantaisiste de la reine Takhasya, la première à marquer la fin de la guerre contre l’Ombremage, signifiait un renouveau pour le Màr Tàralöm. En bien ou en mal, seul l’avenir pourrait le dire.

Mais il y en avait un autre. Un faux présage, que les mortels interprétaient à leur guise au fil des âges et qui méritait une attention toute particulière en ce jour. Car il allait se dérouler maintenant.

Le serviteur courrait à en perdre haleine dans les couloirs de la citadelle. Le soleil frappait timidement les pierres volcaniques des weyrs, jouant çà et là sur les écailles colorées de quelque grand saurien assoupi. L’aube. Le garçon accéléra son allure. Il était en retard. Pourquoi fallait-il que le dortoir commun des Aspirants soit si loin ? Il était en retard et il méritait le fouet pour cela, il le savait pertinemment. Le maître de cérémonie allait le battre comme plâtre si son retard nuisait à la bonne tenue de l’Empreinte – ou à la sécurité des dragonneaux à naître. Tout serait de sa faute !

Parvenu au bout de l’interminable corridor, il effectua un virage serré, dérapa sur le sol glissant et frappa comme un forcené sur la porte des dortoirs. Comme personne ne lui répondait, il poussa la porte, l’ouvrit en grand, dévoilant un soleil estival en plein levé. La lumière frappa les visages endormis et les masses affalées dans les lits, s’attirant l’ire de plusieurs Aspirants qui grognèrent des injures en concert. Peu importait ! L’heure n’était plus à prendre des gants pour annoncer la nouvelle.

- Sta… Stalia Hellébore !... Eclosion imminente !... La Verte Tsèriel… Vite !... Tunique blanche et hop !... Plus vite !

Cramoisi et le souffle court, le serviteur s’appuyait au chambranle de la porte comme s’il menaçait de s’écrouler à tout instant. Une silhouette émergea des ténèbres du dortoir. Il fallait espérer qu’il s’agissait bien de l’ondine Stalia Hellébore, membre de la triade du Maître Zenghwei. Et qu’elle ne tarderait pas à être prête à se rendre aux Cavernes Flamboyantes...

***

La ponte d’une Verte ou d’une Bleue perdait en prestige comme en nombre d’œufs à offrir au Màr. Cela ne signifiait pas pour autant qu’elle ne méritait pas d’attention particulière. Un jour d’Empreinte demeurait sacré. Si elle ne pouvait pas égaler les Incarnates par la taille, la férocité ni la majesté, Tsèriel rivalisait avec les reines en perpétuant la race suprême des dragons. L’orgueil cédait néanmoins à l’inquiétude, alors que s’ouvraient les portes des cavernes de sable noir, qu’hommes et dragons prenaient place dans les gradins. Ayant momentanément coupé tout contact télépathique avec sa propre Liée, la petite dragonne de jade patientait dans son écrin de sable volcanique, tous ses sens aux aguets. Dès qu’apparurent les quatre silhouettes en toge blanche, un grondement s’échappa de son poitrail. Elle n’était pas plus une chasseresse qu’une femelle à séduire à cet instant. Et il ne venait plus à l’esprit de faire pâlir d’envie certaines sœurs écarlates. Elle était mère. Et une mère s’inquiète toujours pour ses petits avant l’envol hors du nid.

Tsèriel fixait sans ciller l’approche des Candidats. Quatre mortels à l’âme incomplète, qui réclamaient un de ses enfants. Au chaud sous ses ailes s’agitaient doucement deux œufs de nacre. Il s’agissait de sa première ponte. Et elle serait peut-être également la dernière. La plupart de ses sœurs ne prenaient leur envol que pour satisfaire leurs appétits – et ceux des mâles -, non pour procréer. Son regard orangé se posait tour à tour sur chacun des Candidats, guettant un signe qui lui inspirerait confiance ou lui ferait craindre le pire. Elle aurait voulu lire sur leurs visages la peur et la révérence qui lui étaient dues, ou bien l’amour sans faille qu’ils ressentaient déjà pour leur future Âme Sœur. Peut-être n’aucun d’entre eux n’était-il réellement prêt pour cette ultime épreuve. Comment en être sûre ?

Une chose, néanmoins, pouvait être certaine : aucun de ces Candidats n’avait réussi à gagner les faveurs d’un dragonneau à l’Empreinte majeure. Ils se rabattaient sur la mineure, pleins d’espoir. Peut-être même ne faisaient-ils pas partie des premiers choix. Tsèriel gronda de nouveau mais avec plus de force. Un rictus découvrit ses crocs effilés. La voix de ses enfants gagnait en puissance. L’heure était venue.

° N’approchez pas ! °

Et de claquer des mâchoires dans la direction des Candidats, pour que ceux-ci restent à une distance respectable. La Verte se redressa doucement, le dos rond et fit quelques pas en arrière, soulevant des nuages de sable gris dans son sillage.

° Laissez mes enfants venir à vous et juger de votre valeur. °

Les pâles et longues ailes de la dragonne s’écartèrent comme on retire un voile sur un trésor longtemps caché aux regards. La jeune mère fut la première à lancer son chant. Les autres dragons l’imitèrent aussitôt. Les vocalises du chant draconique créaient des vibrations chaleureuses, censées encourager les dragonneaux à s’extirper de leur prison calcaire. A travers les hautes ouvertures dans les parois des Cavernes Flamboyantes, les rayons du soleil enveloppèrent presque avec douceur les deux œufs roulant dans le sable.

Avec l’aube s’éveillait la vie.

Un nouveau symbole de renaissance s’incarnait dans cet instant, suspendu dans le temps, au moment où la première coquille se fendilla. Et tandis que la petite vie à l'intérieur s'agitait avec fureur pour pouvoir enfin briser cette paroi qui l'étouffait, un peu plus loin derrière la Verte, comme abandonné, oublié de tous et bien caché dans le sable noir, un oeuf, un troisième oeuf, se mis à vibrer doucement. L'âme qu'il contenait murmurait, fredonnant doucement en écho au chant des adultes. Elle saluait la naissance tant attendue de ses deux soeurs et leur souhaitait de rencontrer leur moitié. Quant à elle, elle ne nourrissait pas tant d'espoirs. Elle ne se sentait pas la force de se manifester, de rappeler son existence à sa mère, au monde qui l'entourait. De plus, elle savait, elle sentait que son âme soeur n'était pas présente parmi les quatre Candidats. Elle se sentait glisser, lentement, vers un profond sommeil, un sommeil qui serait sans doute éternel.


Sont conviés sur les sables en tant que Candidats à l'Empreinte : Stalia Hellébore et Manea de Cléonor. Ardents, venez nombreux assister à l'événement \o/



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MessagePosté le: Jeu 2 Avr 2015 - 11:09 Répondre en citantRevenir en haut

Le dortoir... Ce lieu n'avait vraiment pas manqué à Stalia, elle n'y avait certes que passé deux nuits avant que Yong ne lui offre un weyr personnel mais elle avait appris à détester ce lieux à une vitesse non négligeable. Ce qui était le plus pénible n'était pas de partager son espace vital mais les rumeurs et les murmures. Il faut dire que Stalia s'était faite remarquée d'une façon "explosive" dès son arrivé ici: Bagarre avec un autre aspirant, duel à l'épée contre le seigneur, chasse à la baleine avec Estenir, spectacle sanglant dans la fosse, frapper un maitre au visage.

Il semblait clair que Stalia bâtissait une légende de furie disposant d'un instinct de conservation pour le moins mauvais. Cependant, l'ondine faisait tout ce qu'elle pouvait pour ne pas entendre ces bruits parasites et s'investissait de toutes ses forces dans l'étude des dragons. Plus vite elle apprendrait, plus vite elle serait apte à devenir chevalier et quitter une bonne fois pour toute cet endroit maudit.

C'était dans un demi-sommeil que Stalia ruminait ses pensées agréables et qui l'aidaient à ne pas transformer la bière d'un torhil non loin en un puissant vomitif. Aujourd'hui serait une bonne journée, l'ondine ne savait pas pourquoi, mais elle sentait que ce serait une bonne journée. Il fallait que ce soit une bonne journée.

La porte du dortoir s'ouvrit lentement, projetant des rayons de lumière vive dans l'endroit. De nombreux grognement de mécontentement se firent entendre, Stalia s'y joint avec plaisir car cette lumière lui agressait les yeux. L'inconscient qui avait osé ouvrir la porte soufflait comme un bœuf et articula quelques mots. Il fallut quelques secondes pour comprendre que c'était elle qu'il appelait. Elle ? Pour une empreinte ? Si tôt ? Alors qu'elle n'était là que depuis un mois à peine. Les autres aspirants levèrent la tête, la disciple d'athosianne sentait des regards de jalousie peser sur elle. Certains était là depuis plus de trois mois et n'avaient été ni convoqué à l'empreinte majeur de la grande incartate ni à celle-ci.

Stalia bondit sur ses pieds et enfila en toute vitesse la toge blanche qui trainait non loin. Elle était pas exactement à sa taille mais l'ondine ne fit pas attention et se dirigea vers la sortie. L'espace d'un instant, elle pensa que ce pourrait être une farce, un mauvais tour que lui infligerait Yong pour filer sa vengeance.

Si c'est une plaisanterie, je te retrouverais et je te pendrais par les tripes.


***




Mais ce n'était pas une plaisanterie, non, Stalia se trouvait vraiment dans une antichambre, accompagné de trois autres aspirants. Elle les reconnus tous, ils avaient échoués à la l'empreinte majeur. Ces gens n'était donc là que par dépit. Une question taraudait Stalia, pourquoi elle ? Elle n'était pas là depuis longtemps, alors pourquoi lui faire l'honneur de lui présenter des œufs, même d'une empreinte mineure..

Au final, ce n'était pas important, Athosianne ne saurait qu'être fière de cette chances et des actes de sa disciple. Un jour viendrait où elle retournerait sur Ys pour montrer à quel point elle avait réussit. Elle se sentirait puissante et les membres de la guilde plieraient devant elle pour la suivre jusqu'aux limbes du monde.

On leur fit signe qu'il était temps de s'approcher de la dragonne et d'effleurer l'opportunité de devenir chevalier. Il ne fallait pas qu'elle échoue, Stalia se refusait à échouer. Yong avait tort, il DEVAIT avoir tort ! La tension dans le corps et l'esprit de la jeune fille augmentait au fur et à mesure qu'ils s'approchaient de la petite dragonne verte se tenant au centre des sables chauds.

Toute en finesse et en grâce, cette mère ne pouvait que donner des œufs magnifiques qui seraient au moins aussi beaux qu'elle. Cependant, alors que les aspirants s'avançaient, tous nerveux et impatient de connaitre le dénouement de cette histoire, la dragonne feula et montrât ses crocs. Elle ne voulait pas que les aspirants s'approchent plus.

Profitant de ces quelques instants, Stalia entreprit de détailler les gens qui se trouvaient dans les gradins. Elle n'en connaissait pas la moitié, l'ondine cherchait surtout sa maîtresse, Cassith, ce devait être la seule personne dont l'opinion sur son dragon aurait un peu d'importance pour la jeune ondine.

Finalement, la dragonne parla et dévoila ce que tous voulaient voir: les œufs. porteurs d'espoir pour les aspirants, mais seulement au nombre de deux. Stalia jeta un œil rapide à ses camarades aspirants, tous avaient les yeux avides, fixant les œufs se craquelant de plus en plus. L'instant approchait et le cœur le l'ondine battait de plus en plus vite. L'instant approchait...
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MessagePosté le: Sam 4 Avr 2015 - 22:30 Répondre en citantRevenir en haut

Une de plus. Une nouvelle empreinte allait bientôt arriver. Une nouvelle chance de se lier. La troisième… Jamais deux sans trois, disait-on. Elle ne pouvait pas la louper celle-ci… Ce n’était pas possible, ça ne c’était jamais vu, ou alors très peu… Trop peu pour qu’elle en trouve trace.
Après la déception qu’elle avait subie il y a quelque jours, elle c’était renseigné, elle avait cherché, fouillé les livres, les archive, partout… Mais rien… Pas de mention sur des aspirants ayant échoué plus d’une fois. Elle ne pouvait pas être la première, ce n’était pas possible… Avait-il trop honte ? Devait-elle avoir honte ? D’échouer deux fois ? La première comptait-elle vraiment puisqu’elle ne s’était pas passée ici ? Oui… Surement…. Parce que de ce qu’elle avait pu en juger, Amunaptra n’était pas ‘Celeste’… loin de là.

Depuis cette journée-là donc, où elle s’était retiré les mains vides, elle avait cherché oui, et avait redoublé d’ardeur lors de ses entrainements, frôlant l’épuisement mental à chaque fois si son maître ne la stoppait pas. Mais il pouvait être fier d’elle. Elle était prometteuse, en progrès constant et rapide. Elle portait cette faculté en elle comme un don, ou une malédiction, selon les points de vue.
Durant les jours qui suivirent, les semaines même, elle ne retourna pas ou peu au dortoir. Cette fois, elles l’avaient vu échouer pour la plupart, et les railleries aller bon train. Et puis Thémos était toujours sur ses talons et ne se privait pas, lors des entrainements, de lui rappeler que si elle causait la mort d’un des siens, il lui ferait chèrement payer. Quant à son maître… Il ne disait rien de plus que d’habitude. La déception devait être importante pour lui, pour son image probablement…

La nuit précédant l’empreinte n’avait guère été différente des autres. Entrainement à la tombé de celle-ci puis toilette avec une bassine d’eau et repos dans un lieu isolé. Elle ne dormait plus forcément à l’observatoire. La peur de recroiser cette… Femme… Lui nouait les entrailles. Une erreur de plus et elle ne donnait pas cher de sa peau, aussi douce fut-elle. C’est donc dissimulé près des sables qu’elle avait passé sa nuit. Sachant l’éclosion proche, elle se plaçait à des endroits où elle pourrait entendre l’annonce. Car après tout, c’était une empreinte ‘mineure’, moins importante disait-on, et donc moins organisé. Mais pour la Fëalocë, toutes les empreintes étaient vitales, car elle donnait naissance à des dragons, empereurs du ciel.
C’est donc très tôt qu’elle fut réveillée par l’agitation ambiante. Les allers-retours des préparations, des chevaliers et maîtres, du maître de cérémonie si on pouvait l’appeler comme ça. Car c’était la mère elle-même qui dirigeait en général.

Manéa s’était donc levé discrètement, avait rangé ses affaires et était parti se préparer, faire un brin de toilette puis enfila la robe blanche de cérémonie, gardant néanmoins son voile autour du cou.
Elle eut un léger sourire pour ce pauvre page qui faisait des aller-retour pour prévenir les aspirants convoqués un peu partout, et ne pas la trouver, d’autant plus. Ce n’était pas grave, elle serait là, présente, et toujours aussi fière et droite que d’habitude. Enfin, lorsque l’heure fut venue, elle se mêla à la foule pour ensuite continuer son chemin sur les sables. Elle n’était pas la première, ni la dernière d’ailleurs. La dragonne gronda. Elle n’était pas aussi grande que les reines, mais tout aussi majestueuse aux yeux de l’aspirante. Elle inclina légèrement sa tête, en signe de révérence à cette jeune mère qui offrait ses œufs au monde. En se redressant, elle jeta un regard dans l’assistance. Son maître n’était pas là. Absent ? En retard ? Il ne voulait peut-être pas la voir se ridiculiser une nouvelle fois. Mais ça n’arriverait pas ! Par contre, Thémos lui, était présent. Bien sûr qu’il l’était là. Il n’aurait probablement loupé ça pour rien au monde. Plus le temps passait, plus elle arrivait à se protéger de lui et à lui montrer uniquement ce qu’elle voulait qu’il voie. Elle ne le faisait plus par automatisme. Cela commençait à faire réellement partit d’elle-même. Une fausse image d’elle-même qui faisait croire à chacun qu’ils parvenaient à leur but. Mais aujourd’hui, elle avait ouvert son esprit. Ouvert sur les futures vies à naitre.

À l’injonction de la dragonne, elle ne bougea pas. Elle n’avait pas l’intention de le faire de toute façon. Elle avait déjà vu une mère à bout envoyer voler un humain parce qu’il s’était trop approché. Non, elle attendrait patiemment que la dragonne finisse son chant après dévoilé les œufs. Deux œufs… uniquement deux… Ils étaient quatre donc il y aurait forcément deux âmes en peine. Et ça ne serait pas elle. Pas aujourd’hui.



Yong'Wu Zenghwei
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MessagePosté le: Mer 8 Avr 2015 - 09:48 Répondre en citantRevenir en haut

Aaaaah les sables, il se souvenait de l'époque à laquelle il s'était Lié. Un peu avant la Grande Guerre, lorsque celle-ci était anticipée avec délice plutôt qu'horreur, avant qu'ils ne soient écrasés par leurs adversaires. Passant la lame courte et rectangulaire sur ses traits émaciés, le Torhil s'offrit un léger sourire face à tant de nostalgie avant de prendre la route des cavernes.

Il savait qu'une empreinte mineure aurait lieu, selon Nushi une dragonne verte avait choisi de donner la vie ; chose qui tenait de l'aberration selon Yong'Wu ; aussi voulait-il voir qui, quels personnes, quels aspirants auraient l'audace de se présenter à une chose dénuée de toute connotation sacrée. Lesquels étaient assez désespérés pour s'y rendre.


Le Blanc comme à son habitude avait pris l'avance, étirant ses membres à sa place de choix dans les gradins sans porter de regard à ses frères et soeurs : il n'en avait que faire de ces dégénérés, le coeur de Nushi ne battait que pour infliger de la douleur aux autres et il avait presque aussi peu de considération pour la vie des autres dragons que pour celle des bipèdes.

Yong'Wu fini par se présenter, un peu avant que tout ne commence, laissant tomber sa carcasse fatiguée sur l'un des bancs des gradins et à proximité de son Lié. Il jouait de deux doigts avec l'un des pans de sa tunique comme pour passer l'ennui avant de bailler allègrement.

° Tiens donc... je sens une présence ''Familière''. Ah la voilà, regarde Yong'Wu ! Notre ''fière'' aspirante ! °

Le Torhil redressa légèrement le buste pour toiser l'ondine avant de lui faire un signe de la main, le visage paré d'un sourire acide. Elle allait sans doutes échouer : ce genre d'animal ne pourrait se Lier convenablement... quoi qu'à une empreinte mineure il y avait des chances. Une couvée sans grandeur pour une aspirante incapable, quoi de mieux ?

Détachant une flasque de sa ceinture il prit une longue lampée du liquide rougeaud à l'intérieur pour se nettoyer la bouche. Il s'ennuyait déjà ! Tant de cérémonie pour ça ? Pour cette chose qui avait osé mettre bas ? C'en était ridicule.

Posant le menton sur son poing et la flasque dans la main libre il observa, les yeux mi-clos, ce qui allait arriver ensuite. Il entendait le Blanc dans sa tête rire lorsque la Verte fit mention de valeur : il n'y avait rien en ce monde de plus amusant qu'une souillon voulant jouer aux reines.

° Je me demande s'ils osent encore faire des banquets pour les empreintes sans prestiges. En tout cas s'ils le font ils ont des nerfs d'acier : la plèbe n'appréciera pas que l'on s'amuse à gaspiller la nourriture en ces temps de restrictions.°



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MessagePosté le: Mer 8 Avr 2015 - 21:29 Répondre en citantRevenir en haut



A l’heure où Solyae pourfend les ténèbres pour éclairer l’autre face de Rhaëg, la vie tremblait dans les écrins calcaires qui roulaient au milieu du nid de sable noir. Les rayons du soleil frappèrent les coquilles. Leur chaleur se propagea sur la surface minérale. Un craquement brusque brisa l’harmonie du chant rituel. Tsèriel fut la première à cesser de chanter. Comme les notes stridentes et veloutées des dragons s’éteignaient doucement, tous les regards convergèrent vers cette fêlure, au sommet de l’œuf le plus volumineux. La Verte resta sans bouger, pétrifiée, admirant ses enfants sur le point de naître.

Le second œuf s’agita. La jeune mère redoubla d’efforts pour ne pas offrir ses ailes en remparts aux critiques. Elle pouvait le sentir. On se moquait bien des petites dragonnes de son acabit. Elle avait beau se targuer d’une ascendance royale, née du ventre d’une Incarnate du Màr Tàralöm, elle ne pourrait jamais effacer le mépris dans les yeux de pairs peu scrupuleux. Même face à sa première couvée. D’une certaine manière, elle valait beaucoup plus que les reines. Ces dernières donnaient la vie plus par nécessité et parce que cela faisait partie de leurs caractéristiques de génitrices originelles, que par réel désir maternel. Du moins était-ce ainsi que le concevait la dragonne de jade, qui exposait ce matin-là l’éclat de ses écailles à l’opprobre comme aux félicitations, sans une once de regret. Son cœur était fier, et passionné. Et il ne serait en paix que lorsque ses enfants seraient liés.

L’œuf le plus petit roula un peu à l’écart. Cette agitation sembla donner le signal. Un Candidat mâle, émergeant de sa transe contemplative, amorça un mouvement pour se précipiter vers l’œuf. Tsèriel le vit du coin de l’œil. Elle redressa le museau face à l’importun et découvrit ses crocs en un grondement silencieux. Le jeune ondin se rétracta aussitôt. Pendant ce temps, l’œuf en question avait éclos. Il capta tous les regards, reléguant dans l’ombre son jumeau plus gros qui se balançait tranquillement entre les pattes de sa mère. Un fin museau émergea de la coquille, encore gluant mais déjà étincelant. Le soleil se réfléchit sur ses pâles écailles, jouant avec la couleur du dragonneau. Pour un œil non exercé, la malice de Solyae pouvait faire passer ce nouveau-né pour un Blanc – ou une Blanche – au teint quelque peu verdâtre. La pâleur presque maladive de son cuir métallique en faisait un spécimen chétif, frêle mais déjà combattif. Le dragonneau s’extirpa de sa prison aussi vite qu’il put. Emergeant enfin tout entier sur les sables volcaniques, il révéla une couleur tirant plus vers le vert clair d’un marais, plutôt que vers le blanc des neiges éternelles comme on aurait pu le penser de prime abord. La petite Verte ouvrit des yeux opalescents sur le monde. Etalant ses ailes pour mieux les faire sécher, elle dévisagea les Candidats face à elle. Elle couina. Elle appelait la main qui la nourrirait, qui l’aimerait comme une part de son âme, qui partagerait ses rêves et sa vie.

Enfin, le second œuf libéra le dragonneau qui s’agitait éperdument à l’intérieur. Sa parure d’écailles, d’une teinte beaucoup plus soutenue que celle de sa sœur, était bleue. La dragonnelle secoua ses grandes ailes humides. Quelques pas dans le sol meuble suffirent au modeste public dans les gradins pour se rendre compte, qu’à cet âge-là, l’envergure d’une Bleue pouvait être embarrassante pour une créature aussi menue. La petite dragonne azurée, bien que plus grande que son aînée, paraissait mal assurée. Pourtant, il lui suffit d’un regard en direction des Candidats pour faire son choix. Repliant maladroitement ses ailes, elle bondit en avant, ne prenant pas garde au tourbillon de sable qu’elle laissait derrière elle.

Tu es mienne, criait ses yeux miroitants. Tu seras mon cœur et je serais tes ailes. Sois mienne !

La Verte emboîta le pas à sa cadette. Toutes se précipitèrent vers les Candidats. Alors que la Verte délaissait un ondin trop viril à son goût, elle osa pousser du nez la sandale d’une fille de la même race, celle dont l’œil mort attisait sa curiosité. Voyant cela, sa sœur bleue la bouscula sans ménagement, tous crocs dehors. Elle est à moi, clamait son minuscule rugissement. Je suis sienne. Trouves-en une autre ! Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, l’aînée s’éloigna pour échouer aux pieds d’une fëalocë qu’elle ne daigna pas même regarder dans les yeux. Ce n’était pas elle qu’elle voulait. Qui voulait-elle, d’ailleurs ? Que désirait son âme esseulée ? Ses yeux se voilèrent de gris avant que des bras ne l’emportent soudain. L’elfe serra contre elle la petite créature avec un sourire béat. La Verte se détendit et raffermit son emprise sur l’esprit de sa Liée.

Pendant ce temps, la Bleue darda des yeux doux sur celle que Flarmya lui avait choisie. Elle ne souffrirait aucune protestation ni rebuffade de sa part. Le destin avait parlé. Entends-moi, Stalia. Sois mienne. Et je t’offrirai ma force.



L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter

***

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MessagePosté le: Jeu 9 Avr 2015 - 00:21 Répondre en citantRevenir en haut

Les œufs se craquaient petit à petit. Bientôt les dragons sortiraient et la vie de deux d’entre eux changeraient. Le premier des deux œufs, le plus petit, se fendit en premier, dévoilant un petit dragon d’un vert si pâle qu’on aurait pu le croire blanc. C’est d’ailleurs ce que la jeune ondine pensa pendant quelques secondes. Un dragon blanc, après ce que Nushi lui avait fait, elle ne pouvait plus supporter cette couleur. Ce ne fut que lorsque l’animal sortit entièrement de l’œuf que sa vraie couleur sauta aux yeux de Stalia, vert pâle.

L’esprit de la jeune fille se calma réorienta vers une préocupation beaucoup plus importante que la couleur du dragon : qui choisirait-il ?
L’ondin à la gauche de la jeune fille avait essayé d’avancer de quelques pas, comme pour gagner le droit d’être examiné en premier par la petite verte et la beaucoup plus volumineuse bleue qui venait de sortir de son propre œuf. En croisant le regard de cette créature couleur saphir, le cœur de Stalia s’arrêta et son ventre se remplit d’une pierre. Ce dragon, cette dragonne, Stalia la voulait ce serait elle et pas une autre. Les ailes immenses, pour sa taille, de la bleue se plièrent maladroitement et elle s’élança à la poursuite de sa sœur vers les aspirants.

Aucune n’eut un seul regard pour l’ondin, mais les deux s’arrêtaient aux pieds de Stalia. La petite verte allait presque toucher l’ondine quand la bleue la bouscula avec violence pour prendre la place. Les yeux profonds de l’animal touchaient l’âme de l’ondine en son point le plus obscure, le cœur de la jeune fille s’emballa quand une petite voix déterminée se fit entendre

*Entends-moi, Stalia. Sois mienne. Et je t’offrirai ma force.*

Pendant un bref instant, la disciple d’Athosianne ne réagit pas, puis lentement, elle se mit à genoux pour être autant que possible à la hauteur de sa dragonne et dit avec amour :

*Offre-moi ta force, nous serons une*

Ces mots dits, elle posa sa main sur la tête de la créature saphir puis sans savoir comment, elle se retrouva à serrer ce petit corps chaud contre elle. Pleurant de bonheur tant la sensation d’être enfin complète la bouleversait. Dans un jour normal, elle aurait considéré cela comme acte de faiblesse mais ce jour n’était pas normal, il était tout sauf normal. C’était un jour merveilleux. Il lui fallait un nom, à aucun moment elle n'y avait réfléchit, elle était tellement obsédée par le simple fait de tenir dans ses bras sa dragonne qu'elle avait pensée à comment elle la nommerait. Mais finalement, elle n'eut pas à y penser car à l'instant même ou sa main se posa sur les tendres écailles du petit museau bleu, elle sut et elle sut que depuis sa naissance elle le savait. Venant du fond de son esprit, le nom se manifesta:

*Tu es Serice*

*Serice, dragonne du kaerl et Stalia Chevalière du kaerl. Nous serons les meilleures*

Stalia resserra son étreinte sur Serice puis se leva, gardant sa liée dans ses bras. Il était temps de présenter au kaerl, et à la face du squelettique Yong, son âme sœur.

- En ce jour, je vous présente ma liée, Serice, nous servirons le Kael ardent de tout notre cœur et peu importe ce que diront les plus stupide et faibles d’entre vous sur l’ascendance de mon âme sœur.

En disant ces mots, elle regardait fixement Yong, lui faisant comprendre que c’était lui cette personne faible et stupide et faisant passer autant de venin que possible dans un échange visuel court. Serice, qui fouillait l’esprit de Stalia, dit à sa compagne :

*Il nous le payera, ils nous le payeront, cette aberration blanche ne peut nous juger car elle n’est pas sensée exister. Crois-moi ma liée, tu as largement prouvé qu’ils avaient tort. Mais maintenant, trouve moi à manger s’il te plait je meurs de faim.*

L’ondine détourna les yeux des gradins, elle n’avait pas encore vu Cassith, était-elle venue ? Stalia avait bon espoir. Peut-être n’était-elle pas venue car une empreinte mineure était sans honneur ?

*Ne penses pas cela, je suis presque certaines que si elle ne vient pas c’est car c’est Yong qui lui a ordonné. Tu es son aspirante et elle t’aime bien, elle serait venue si elle pouvait et si je me trompe, nous nous occuperons d’elle à deux*

Stalia reposa Serice sur le sable noir de l’arène et pendant que sa dragonne se jetait sur la viande qu’avait amené un page, l’ondine s’approcha de l’elfe et la félicita pour son empreinte et tous les deux ne purent se retenir de rire devant la mine déconfite de l’ondin qui battait en retraite dans les couloirs. Le pauvre, deux œufs, deux femelles, en voyant les couleurs des dragons, ses espoirs avaient dû être brisés, mais plus que cela, sa fierté.

Mais au final, Stalia n’en avait cure, Serice déchirait à avec violence un quartier de bœuf, éclaboussant sa sœur de couvée. Ce spectacle fit rire la jeune fille, un rire sonore comme elle n’en poussait que rarement. Elle avait réussi, elle avait un dragon, elle était un prédateur, elle avait prouvé que Yong avait tort. En ce jour, la chevalière Stalia était heureuse et rien ne pourrait ternir son bonheur.
Ayae Mugetsu
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MessagePosté le: Jeu 9 Avr 2015 - 14:18 Répondre en citantRevenir en haut

Qu'est ce qu'une empreinte ? Que représente le fait de lier son âme a celle d'une de ces créature extraordinaires qu'étaient les dragons ? Être complète. Avoir trouvé sa place.

Un moment de doutes (souvent), d'espoirs (elle le supposait), et d’émerveillement.. Ou de désespoir. Un moment de paix également lorsqu'on se trouvait face à sa moitié. On en apprenait beaucoup sur soi même.

Y compris lorsqu'on se retrouvait liée a une tête de mule surprotectrice et fiere.
Tu sait ce qu'elle te dit la tête de mule surprotectrice ?

L'ondine grimaça devant les images très explicites qu'Akieron lui transmit pour souligner sa question et rit doucement face au sentiment de vexation qui émanait de sa dragonne.

Tu ne devrait pas y aller. Il y aura des dizaines de dragon et je ne serait pas là pour veiller sur toi. Je n'aime pas te savoir seule alors qu'ils t'en veulent.

Allons ma jolie stressée, c'est justement pour ça que j'y vais. Pour montrer que je ne les prends pas suffisamment au sérieux pour devoir restreindre mes déplacements. Et puis ce n'est qu'une empreinte mineure, je doute que des incarnates soient présentes.


Mouais... Je serait plus rassurée quand même si tu avait une arme dont tu savais te servir. Ou mieux encore, si tu restait ici. Tu es certaine-

Assez Akieron ! Nous en avons déjà discutée et on ne va pas revenir sur notre conclusion ? Si je t'écoutait je resterait entre tes pattes toute la journée. Tu es sure de ne pas avoir du sang de poule dans les veines.

La Noire souffla, laissa paraître un peu de fumée avant de marmonner qu'elle avait hâte de pouvoir prendre une forme humanoïde pour pouvoir plus facilement se mêler à la population et de finalement pousser de la patte Ayae vers la sortie de leur Weyr, refusant d'admettre officiellement qu'elle n'avait plus d'arguments à lui opposer.

La chevalière en riait encore lorsqu'elle quitta les escaliers menant aux caverne des Chevaliers et Maître.

Le chemin jusqu'aux Sables n'étaient pas très long mais elle avait repris contenance bien avant d'en fouler le sol. Il y avait un peu de monde. Des serviteurs affolés, quelques Maîtres, des Chevaliers... mais aucun des grands pontes. Bien sur, le mépris pour une Mineure. Imbéciles. Un dragon restait un dragon même s'il ne naissait pas d'une des Incarnates. Ce qui, au vu des surprises des précédentes pontes valait peut-être même mieux.

Il aurait été intéressant d'estimer qui d'une Impériale d'ascendance Céleste ou d'un dragon né d'une Empreinte Mineur serait le plus en butte au dédain. Probablement le second.... mais il ne bénéficierait pas de l'hostilité liée à la première. La chevalière détourna son esprit de ces considérations lorsque retentit le chant, reportant son regard sur les sables. Adossée à une colonne, en haut des gradins elle laissa glisser son regard et son esprit.

Tsèriel... Elle était une Mère, bien plus que ces arrogantes Reines qui pondaient par égo et non par désir maternel.

« N'approchez pas »

Un grondement qui faisait écho à un autre dans son esprit.

« Qu'ils approchent et ils périront en regrettant le jour de leur triste venue au monde. »

Comme c'était semblable. Et pourtant les choses étaient très différentes. Quatre aspirants vêtus de blanc se tenaient devant les œufs. Du blanc... comme si cette couleur symbolisant traditionnellement la modestie et l'innocence avait la moindre réalité ici. Que d'hypocrisie. A moins que ce ne fut pour le deuil dans certaines cultures.

Le chant retentit. Elle ferma à demi les yeux, se laissant porter par lui. Ici une mère voulant voir naître et vivre ses petits. Là bas une autre qui aurait voulu les garder pour elle, endormis pour toujours.

Et pourtant que de similitudes. Sentant a demi la conscience d'Akieron en bordure de la sienne, elle observa la scène. Ici il n'y avait pas à braver une mère en colere. Mais pourtant... une verte et une bleue, née presque en même temps.

L'ondine sur les sable (Stalia Hellebore si elle avait bien attendu) retenait son attention. Courtisée par une petite verte avant que, une autre, doublée au demarrage ne chasse l'importune pour affirmer, sans doute, sa propriété

Tu es a moi !!

La phrase fut réaffirmée dans son esprit.

Oui ma douce. Ne t'avise jamais d'en douter.

Il fallait croire que les vertes avaient tendance à empiéter sur les plates bandes d'autrui avant de trouver leurs âmes sœurs. Un instinct moins performant ? Mieux valait ne pas évoquer cela devant elles.

Manea avait échouée. Elle se souvenait d'elle. Sur les Sables du Mar Litse. Puis face à la rouge Takhasya. Et aujourd'hui devant la verte Tsèriel.

Stalia affirmait fièrement son lien, clamant a tous que Serice et elle n'étaient plus seules. Elles étaient complètes. Son annonce montrait de la hargne, de la fierté... mais aussi un désir, inconscient de se justifier ? Non... plutôt un défi. Elle appelait à combat. Revendiquait. Intéressant comme tactique. Akieron avait fait de même... même si elle ne l'avait clamé qu'une fois qu'on l'eut attaqué là dessus.

Elle sourit. Amusée.

Félicitation aux deux élues.

Mais la Chevalière Noire doutait que les ex aspirantes le voit. A moins d'avoir de bon yeux.
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MessagePosté le: Sam 11 Avr 2015 - 13:40 Répondre en citantRevenir en haut

Elle avait le ventre noué. Serré par l’angoisse, l’appréhension, peut-être la peur aussi. Comment ne pas avoir peur d’être enfin complète ? L’inconnu était source d’angoisse, et à cet instant, c’est le mystère le plus complet qui l’attendait. Parce que oui, elle allait enfin vivre pleinement depuis bien longtemps. Ce jour était le sien, personne ne pourrait se mettre sur son chemin à présent, elle serait libre de faire ce que bon lui semblait sans devoir rendre des comptes à qui que ce soit.

Le chant des dragons diminua en intensité, chassant par la même occasion la peur de la Fëalocë. Elle était prête, pourquoi serait-elle effrayée ? Le silence lui apporta la sérénité et c’est un regard déterminé qui se posa sur la fissure du premier œuf. Pourtant, c’est le mouvement du plus petit des deux qui lança le signal. Manéa ne se soucia pas du bipède qui manqua de se faire manger. Il ne devait pas être prêt. La patience était de mise, l’heure était venue. Elle regarda le bout de coquille sauter, puis un museau sortir de là, aspirant l’air. Blanc… Vert… Blanc et vert, l’aspirante n’arrivait pas à se mettre d’accord sur la couleur, ses yeux lui jouant probablement des tours. Mais peu importait, tous seraient bientôt fixés, après quelques secondes qui parurent interminables. Une petite verte qui appela à elle sa moitié d’âme, mais personnes ne bougea. Manea elle, ne ressentait rien envers cette petite créature hormis sa fascination habituelle pour les sauriens. Ni attirance, ni contact, le néant. Elle n’était pas pour elle, elles n’étaient pas faites pour aller ensemble.

Elle regarda alors l’autre oeuf. C’était forcément son âme sœur, obligatoirement. Elle ne pouvait pas échouer… Elle n’échouerait pas. Pourtant, elle ne bougea pas, arrêtant de respirer inconsciemment en attendant que la prison de calcaire dévoile son occupant. Une bleue, de belle taille qui n’attendit pas une seconde pour courir vers eux et bousculer sa sœur au pied d’une ondine à l’air pas aimable.

Alors que la foule murmurait autour d’elle, que les candidats annonçaient leur lien, la tête de l’aspirante semblait vide. Vide de sens, de volonté. Un néant étouffant, virant, lui brouillant l’esprit. Elle avait échoué… Encore… Elle recula d’un pas, la tête bourdonnant, un voile opaque brouillant sa vue. Qu’avait-elle fait pour mériter ça ? En quoi les autres étaient-ils meilleurs pour réussir là où elle avait déjà échoué trois fois. Instinctivement, elle verrouilla son esprit. Si son âme sœur ne pouvait entrer alors personne ne le ferait. Elle savait que Thémos était dans le coin, qu’il aimait fouiller sa tête. Elle ne le permettrait pas, pas maintenant, pas après ce nouvel échec. Elle n’était pas en mesure d’entendre ses piques acides.

Une petite perle de sang quitta son nez pour couler doucement. Elle l’essuya d’un revers de la manche avant qu’elle ne tombe sur le sol puis, dans des gestes lents elle remit son voile de Gaia, se détourna et partit d’un pas rapide. Trois fois… Trois fois…. Son cœur était serré au-delà de la tristesse. La déception, la peur, l’angoisse et le doute l’habitaient également. Elle franchit les portes, rabattit un peu plus son voile et s’enfuit en direction de l’observatoire. Son refuge, malgré tout ce qu’il y avait pu se passer. Elle grimpa les marches deux à deux, se faufila entre les rayons, poussa une porte qu’elle referma une fois à l’intérieur de la pièce. Il n’y avait personne par ici. Elle le savait, elle commençait à connaitre l’endroit par cœur. Il n’y avait personne, elle serait seule dans cette tour d’obsidienne. Elle serait seule, comme elle l’avait toujours été. Elle avait pensé trouver un refuge, une maison en ce lieu. Elle n’y avait rencontré que douleur et déception. Ce qu’elle cherchait n’était pas ici… Non… C’était ailleurs. Mais elle n’avait pas fini encore. Sa formation, elle était douée, elle le savait, il lui avait dit. Elle progressait plus vite que les autres, même si cela lui coutait cher. Mais ce n'était pas finit, ca ne faisait que deux mois. Et il y avait cette femme… Il fallait qu’elle aille la voir. Puis elle partirait… Le préviendrait-elle ? Lui qui avait fait d’elle une ardente. Elle ne le savait pas encore, elle avait le temps d’y réfléchir.
Elle alla s’asseoir dans un coin, dans le silence et la poussière. Elle avait échoué et la douleur ne la quittait pas, alors elle quitterait la source. De toute façon, avait-elle vraiment sa place ici…



Eléderkan Garaldhorf
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MessagePosté le: Sam 11 Avr 2015 - 16:24 Répondre en citantRevenir en haut

Une ombre gigantesque se faufila par les larges portes des Cavernes Flamboyantes. On fit peu attention au dragon. Les yeux sagaces de l’Inquisiteur Suprême, en revanche, accrochèrent derechef l’éclat de cette masse de cuivre s’enfuyant sans discrétion vers les couloirs du Màr.

° Que fais-tu ?
Tu ne me demandes pas plutôt où je vais ?
Je le sais très bien. Tu te rends à l’Observatoire, sûr de la dénicher là-bas. Que vas-tu lui faire ?
Rien que tu ne regretteras, mon vieil ami. °


Sur ces quelques mots échangés, le Bronze quitta l’ambiance de liesse et se mit à suivre le parfum de la détresse dans les corridors. Il avait forcé le trait par de l’ironie dans sa réponse. Pourtant, il était loin de ressentir un quelconque amusement. Au contraire de son Lié qui sentait moins en lui la fureur à qui se sent floué, le grand mâle, quand à lui, éprouvait une triste déception, qui faisait sans doute écho à celle de l’Aspirante esseulée. Il trouva en effet Manea de Cléonor dans l’Observatoire, muette comme une tombe et percluse de douleur. La malheureuse vit apparaître devant elle un Thémos sous forme humanoïde, le visage grave et les yeux brillants d’un éclat dur. A nouveau, la même question se répétait inlassablement sous son crâne. Comment une créature si imparfaite pouvait-elle échouer trois fois à l’Empreinte ? S’y cachait-il un mauvais sort, une infortune liée à un Don pas assez puissant, une folie sous-jacente qui faisait obstacle ou simplement la cruelle malice de la déesse Flarmya ?

Il ne craignait point de voir l’âme de Manea se flétrir dans une vaine attente de son Âme Sœur. La peur de voir un dragon mourir par sa faute s’était estompée avec le temps. Si Eléderkan n’avait pas été témoin de son premier échec - qui ressemblait presque à une plaisanterie compte tenu des circonstances -, Thémos, lui, avaient vus de ses yeux chacun de ces trois échecs. Il ne saurait avoir peur pour cette pauvre petite chose aux cheveux rouges. En revanche, il était terrifié à l’idée d’avoir fait une erreur. Et d’avoir laissé, quelque part, ailleurs, un dragon solitaire dormir dans sa coquille.

- Ne regarde pas l’échec avec autant de passion, petite Néa. Tu as le Don, c’est indiscutable. C’est donc que la destinée prévoit une âme draconique pour compléter la tienne.

Ces mots étaient aussi durs que le silex. Thémos aurait pu faire preuve de plus de compassion. Cependant, il soupçonnait Manea – à juste titre – d’avoir en quelque sorte forcé le destin lui-même. Ses disparitions soudaines, ses silences, l’assurance qui transparaissait de plus en plus. Il ne pouvait pas lui faire de reproche direct pour ce qu’il ignorait. La jeune fëalocë apprenait ses leçons avec ardeur et une rapidité peu commune. Eléderkan portait déjà plusieurs griefs connus à son encontre. Sa curiosité déplacée, à fouiller son bureau pendant son absence, pour tomber sur la rumeur du Màr Lìtsë avec sa couvée secrète. Le coup de poignard, honteux et déloyal – pour ne pas dire stupide -, envers la nouvelle Chevalière Verte Anara. Les sermons d’Eléderkan Garaldhorf se rapprochaient le plus d’un silence glacial et hostile. Le peu de cas qu’il faisait des agissements de ses Aspirants, d’ordinaire, ne signifiait pas qu’il ne veillait pas à leur bonne conduite en public. Les torts de Manea rejaillissaient immanquablement sur lui. Plus que d’être furieux envers la jeune fille pour la réputation déplorable qu’elle allait faire circuler à propos de son Maître, il était déçu de voir l’Aspirante échouer en dépit de tous ses efforts.

- Prépare-toi pour un long voyage. Nous partons dès demain. Sois prête à l’aube.

Le dragon s’évanouit dans les ténèbres de l’Observatoire, regagnant bientôt le ciel pour rejoindre son Lié. L’elfe s’esquiva avec dignité de la caverne de sable noir, où l’on célébrait les nouveaux chevaliers-dragons du Màr Tàralöm. Il ne souhaitait pas affronter la mesquinerie de Quilaïn, heureux parrain de ladite couvée mineure. D’habitude, il s’amusait des manies de l’elfe blond. Mais aujourd’hui était tel un jour de deuil pour lui et son infortunée Aspirante. En silence, il se félicitait intérieurement des attentions de la jeune reine Veovis pour son propre Bronze. Si cette épreuve pouvait faire ravaler sa morgue à Quilaïn de Lazarel, il était prêt à laisser Thémos entremêler son vol avec l’insupportable Incarnate. Il était temps d’envisager les choses sous un autre angle.

Manea de Cléonor ne rentrait pas chez elle. Si tant est qu’elle considère un autre endroit de Rhaëg comme sa maison… La fëalocë devrait passer une épreuve pour prétendre assister à une prochaine Empreinte.



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MessagePosté le: Dim 7 Aoû 2016 - 14:19 Répondre en citantRevenir en haut



Tsèriel contemplait cette Empreinte comme si ce fût la sienne. Épuisée par tant de tension nerveuse, elle s’autorisa à prendre un peu de repos. Décrispant ses muscles endoloris, la jeune mère s’affaissa lentement dans le sable chaud avec un soupir. Peu importaient les flatteries, les coups de poignards, le fiel et le miel de ses pairs. Elle avait donné la vie. Et savoir que ses deux enfants étaient enfin en sécurité devait lui suffire bien amplement. Et pourtant ...

... Pourtant, au fond de sa conscience, quelque chose s'agitait. Comme une angoisse persistante, un souvenir douloureux qu'elle avait préféré oublier. Celui d'un oeuf rejeté du nid bien à contrecœur, car trop faible pour naitre. Un échec. Terrifiante pensée que celle de songer que l'un de ses petits ne vivrait pas et qu'elle ne pouvait strictement rien faire pour y remédier. Alors les avait-elle écarté de sa mémoire, sans ménagement, l'oeuf tout comme son existence.
Et comme une bulle de savon qui éclate, au sein de son esprit, chassant sans pitié la chaleur des deux Empreintes réussies, le souvenir aux bords tranchants s'imposa soudain. Qu'avait-elle fait ?

Elle l'avait ignoré pendant si longtemps, et maintenant les remords, le doute l'assaillaient. C'était sa première couvée - et peut-être la dernière après tout ? Elle l'avait délibérément abandonné. Et s'il était resté un espoir ? Avait-elle failli à son rôle de mère ? Etait-elle responsable de sa mort ?

La dragonne de jade leva un regard chatoyant de gris sur la foule qui bavardait allègrement, commentant les deux naissances avec animation, félicitant sa Liée avec une hypocrisie consommée. Les deux Candidats ayant échoué s'éloignaient, le coeur lourd. Nul n'avait remarqué l'oeuf égaré, bien enfoui sous le sable noir. Nul ne faisait attention à sa détresse. Tous considéraient la cérémonie de l'Eclosion comme achevée, complète, et commençaient à quitter les Cavernes Flamboyantes. Perdue, seule avec ses sentiments contradictoires - Kahina s'étant portée à la rencontre des deux jeunes Chevaliers - Tsériel avança doucement, précautionneusement, vers l'endroit où elle sentait pulser cette petite, si faible, étincelle de vie qui résonnait en elle. C'était comme une chanson, une berceuse fredonnée tout bas, qu'elle ne percevait que par bribes, comme celle que Kahina lui avait chanté lors de leur Empreinte.

Du bout du museau elle déterra l'oeuf, soufflant pour chasser le sable qui maculait la coquille, et se lova tout autour, un grondement sourd, tel un ronronnement rassurant, se propageant dans sa gorge. Etait-ce une fissure qu'elle apercevait là ? Depuis quand était-elle là ? Lasse de tous ces doutes et questionnements, l'oeuf entre ses pattes, elle posa la tête sur le sable noir, tout contre la coquille, inondant la petite vie de tout son amour. Si l'âme que contenait son dernier oeuf devait s'endormir du long sommeil, au moins ne sentirait-elle pas seule et rejetée lors de son passage au néant.


[HRP : Préparation de l'Empreinte de Elke ! Une fois validée, je t'invite à poster à la suite pour aller à la rencontre de la petite dragonne oubliée dans son oeuf !]



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Elke On Nïksé
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MessagePosté le: Sam 13 Aoû 2016 - 18:21 Répondre en citantRevenir en haut

Il eut du raffut dans les couloirs du Weyr, des pas résonnèrent et Elke se redressa sur sa couche. La main sur le front, elle frotta sa tête qui semblait encore embrumée du mauvais coup de la veille. La ponte avait été annoncée et non, cette fois encore, ce n’était pas pour elle. Elke s’apprêta rapidement mais soigneusement et croisa les quatre candidats à l’empreinte. Vêtus de blanc ils étaient vierges, saints et ridicules à la fois. Un étrange sentiment la traversa, un mélange de jalousie et de profond dédain. Elle les connaissait, certains avaient même débarqué après elle et jamais, oh non jamais, elle ne les aurait estimés prêts. Elke soupira, lasse, face à l’injustice. Les dragonneaux étaient-ils malades pour qu’on leur attribue d’aussi odieux candidats ?

Au sein des allées, elle sentait le désintérêt lattant, comme si certaines pontes n’en valaient pas la peine. Pour l’ondine, tous les puissants bestiaux se valaient et le seul doute qui s’immisçait en elle s’adressait à ceux qui se liaient aux humains ou pire, au demi-sang… Peut-être étaient-ils si forts qu’ils éprouvaient de la pitié ? Elle chassa l’idée, peut-être pouvaient-ils les dévorer ?

Le flot des curieux était pourtant dense et l’ondine se fraya un chemin en longeant les sombres parois. Elke prit place dans les tribunes afin d’apprécier le fascinant spectacle. Elle darda un regard vers le capricieux Nushi en guise de salutations et cela suffirait pour annoncer sa présence et marquer le respect dû à son Maître. Installée auprès d’inconnus, elle s’assura ainsi de ne pas avoir de conversation à entretenir. Les ardents savaient que des âmes parfois dangereuses venaient agrandir les rangs et elle profitait souvent qu’on craigne l’inconnu qu’elle soit pour rester dans son coin.

La Verte était belle, digne d’une émeraude mystérieuse et elle bougeait tant avec douceur qu’avec une inquiétante fluidité. Sa queue marquait la tension et l’inquiétude qui pouvait la gagner. En elle c’était joué la vie et surtout la magie de Flarmya et elle accompagnait ses petits pour qu’ils trouvent des âmes adaptées. Les œufs étaient imposants, jamais Elke n’en avait vus de si près. Parce qu’elle n’en aperçut que deux, elle fut ravie qu’il n’y ait pas plus de ces insignifiants aspirants qui soient honorés. La cérémonie se déroula selon la volonté de la Mère, les jeunes étaient vifs et déjà forts. Ils avaient trouvé leur moitié et autant la fierté des élus se transformèrent en orgueil autant la déception des aspirants délaissés gagnait en honte. Ils ne se firent pas prier pour partir.

Les bavardages s’amplifièrent, les notables saluant les nouveaux liés. La tension de l’instant était retombée. Elke préféra attendre que les gens sortent pour ne pas se trouver dans la foule. Elle se redressa et croisa le triste regard de Tsériel. Presque aussitôt, l’aura de son coup à la tête reprit son chant et la douleur fit place à un bourdonnement envoûtant. L’ondine se sentit soudain défaillir et se retint avec difficulté. Absorbée par une attraction inconnue, l’aspirante avança près du sable sacré. Il n’existait plus rien ni personne autour d’elle. La Verte et menaçante mère n’entrait même plus dans le cadre.

Elke sentit son cœur faiblir, comme si elle mourrait lentement. Un frisson dansa sur son échine et son pouls répondit bruyamment dans un rythme cette fois-ci très soutenu. L’ondine recula et peina à retrouver son souffle, il y avait quelque chose… Elle sortit de sa rêverie et réalisa être trop proche de la Mère. Contrite, elle leva une main comme pour s’excuser davantage de son zèle et porta la seconde à sa poitrine, témoignant de sa stupeur. L’ondine sortit à contre cœur de l’espace de la dragonne et sous le museau de la Verte, elle découvrit la source de ses vertiges.



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MessagePosté le: Dim 14 Aoû 2016 - 14:31 Répondre en citantRevenir en haut



Parmi la foule anonyme et bruyante, la dragonne de jade croisa brièvement, presque involontairement, le regard d'une jeune femme, ses iris grisés par la tristesse rencontrant, ceux, parés d'améthyste, de la bipède. Une âme seule, scindée en deux, incomplète, jugée encore trop immature pour affronter l'Empreinte. A cet instant, une connexion invisible lui sembla s'établir entre elles, sans que l'une ni l'autre ne puisse y faire quoi que ce soit. Aussitôt, comme en réponse, l'Ondine se mit à frissonner imperceptiblement, et ses yeux se voilèrent, comme si sa conscience s'était soudain repliée au fond de son être. Et elle se mit en mouvement, lentement ...

Tsériel l'observa avancer dans sa direction d'un pas mécanique, sans grâce. Prise au cœur d'un tourbillon de sentiments partagés, la dragonne redressa légèrement la tête et dénuda les crocs. Enfin, quelqu'un l'avait remarquée. Mais souhaitait-elle vraiment qu'il en fut ainsi ? Au plus profond de son âme, ne voulait-elle pas être seule, pour goûter à toute l'amertume de sa peine ? Plus l'intruse approchait, plus les battements de cœur de la Verte accéléraient. Entre ses pattes, comme un écho inversé, le chant lancinant et silencieux continuait de faire vibrer la prison de calcaire, mais de plus en plus faiblement. Qu'elle s'en aille ! Elle ne souhaitait pas que qui ce soit vienne troubler le dernier sommeil de son enfant !

Un grondement sourd et hostile commença à poindre entre ses crocs, prenant naissance au cœur de sa poitrine écailleuse, et elle se dressa au dessus de son dernier œuf, prête à apprendre le respect à cette intruse.

Sourde aux menaces de la dragonne, la silhouette silencieuse continuait pourtant son avancée, chacun de ses pas s'enfonçant dans le sable noir provoquant un crissement velouté, quasi inaudible pour l'oreille humaine. Un étau glacé enserrant progressivement son cœur, Tsériel se souvint soudain des Morts-qui-Marchent, ces défunts animés par la magie noire et que rien n'arrêtait, ni la peur ni les blessures. Etait-elle de ceux là ? Un regard plus attentif sur ce visage tatoué, et il lui sembla percevoir au delà du vide, une certaine douleur figeant son expression. Quant à sa poitrine, elle se soulevait à un rythme rapide, comme si le souffle lui manquait. Non, quel que soit son but, l'Ondine était bien vivante, même si son esprit semblait ne plus lui appartenir. Et elle ne la laisserait pas s'approcher plus.

Alors que la Verte se ramassait pour elle-même pour bondir, à la dernière minute une lueur de conscience reparût dans les iris d'améthyste de l'intruse. La bipède s'arrêta, soudain vacillante, et recula d'un pas. Une de ses mains se dressa, maigre rempart contre la colère de la mère dragon, tandis que l'autre se portait à sa poitrine, sous le choc et la surprise. Tsériel plissa les yeux, incertaine, les naseaux palpitants. Et leurs regards convergèrent soudain vers l'oeuf immobile entre ses pattes.

Se pouvait-il …?

La dragonne de jade effleura de son esprit l'âme assoupie dans l'épaisse coquille. Une certaine forme de contentement lui paraissait à présent émaner d'elle. Etait-ce la présence de sa mère qui l'avait réconfortée, ou bien … Celle de cette bipède dressée devant elle ? Comment savoir ? D'un léger coup de museau, elle impulsa un léger mouvement à l'oeuf.
La petite dragonne, car c'était une femelle, enfermée à l'intérieur, ne sembla pas s'en émouvoir. Elle était déjà résolue à se laisser sombrer dans cette obscurité ouatée, cet oubli qui lui tendait les bras. Ce serait si simple. Pourquoi s'épuiser à se battre contre son destin ? Elle était simplement contente, et apaisée de savoir que sa mère, et son âme sœur, qu'elle percevait, là, au dehors, dans le monde au delà de son œuf, étaient là pour l'accompagner dans son passage. Lorsque le moment serait venu, quand la roue du temps aurait accompli un tour complet, elle se réincarnerait dans un corps plus fort, plus solide, plus apte à survivre. En attendant, il valait mieux que son âme sœur ne sache pas qu'elle était là, si proche, juste à portée de main. Ce serait la faire souffrir inutilement. Plus tard, oui … Sur ces pensées, ses paupières se fermèrent.

Tandis que Tsériel et Elke s'affrontaient du regard, le lourd silence qui les enveloppait à peine brisé par le son de leurs respirations, une étincelle d'espoir, un « peut-être » renaissait doucement dans l'esprit de la Verte. Se voyait-elle offrir une dernière chance de rattraper son erreur, de voir vivre son enfant ? Alors, elle commença à projeter ses pensées contre l'âme de la dragonnelle, lui intimant de se réveiller, de se battre pour sa survie, doucement d'abord, puis de plus en plus fort tandis que la colère enflait en elle. Vivre, elle devait vivre ! Il ne pouvait pas en être autrement. Sa première couvée ne serait pas entachée par la mort d'un de ses petits.

Un rugissement sifflant s'échappa de sa gorge, et d'un coup de patte rapide et précis, ses griffes frappèrent la prison de calcaire pour la briser, là où elle avait déjà remarqué la petite fissure auparavant. L'oeuf bascula, et libéra son contenu sur le sable nacré, révélant, se débattant dans les restes de sa membrane, une dragonnelle aux écailles aussi bleues que le ciel nocturne.

**Et maintenant, accomplis la destinée que Flarmya a tracé pour toi et tes soeurs !**

L'ordre était péremptoire et ne souffrirait aucune protestation. Et si l'Ondine n'était pas celle que la dragonnelle attendait depuis si longtemps, alors Tsériel la tuerait, pour ne laisser aucun témoin de cet échec honteux.



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MessagePosté le: Dim 14 Aoû 2016 - 19:46 Répondre en citantRevenir en haut

Menaçante la Verte ne lui avait jamais paru aussi dangereuse, mais l’écho sourd de la vie l’avait éveillé, elle aussi et l’ondine ne fut plus son souci. La dragonne sembla vouloir pénétrer la coquille à force de raison mais l’œuf ne répondit à rien. Le mystérieux souffle se faisant discret, résistant à l’appel de la vie. Ce fut un geste mêlé de peur mais surtout d’espoir, Tsériel faucha la fêlure qui s’était dessinée pour libérer sa descendance de sa prison chérie.

La jeune dragonne d’un bleu profond roula sur le sable mais retomba sur ses pattes. Elle claqua la mâchoire dans le vide pour marquer son mécontentement absolu, répondant de fait à l'injonction de la Verte mais elle ignora tout aussi vite. Sa queue qui semblait un poil trop lourde pour elle retombât de tout son poids quand son regard plongea dans celui d’Elke.

La dragonne fut enveloppée d’une étrange chaleur et les images de l’esprit de l’ondine pénétrèrent en elle.

*C’est toi.*
*C’est toi.*


Les deux âmes sœurs prononcèrent ces petits mots d’une seule voix. Séparées de quelques pas, elles s’étaient enfin trouvées et ressentirent pour chacune une étrange timidité. L’ondine finit par lui tendre la main, l’invitant à se rapprocher, leur contact scellant à jamais leurs êtres. La bleue écarquilla ses deux billes virant au vert et sauta sans demander son reste au creux des bras de sa moitié.

*L’oubli... était d’un grand réconfort… je pensais… ne pas être prête*
*Je ne pensais pas l’être non plus*
*Mais ils se sont trompés
, la coupa t-elle, tu es parfaite, mieux qu’aucune autre*
*Tez..ca*
articula l’ondine depuis un souvenir dont elle ignorait tout.
*Tel un ange de la nuit, du froid et de la mort*, précisa la nouvelle venue, sur un ton plein de promesse.

Elke se permit un large sourire, c’était le rendez-vous de toute sa vie. La petite dragonne se retourna vers sa mère et baissa son cou de toute sa longueur en signe de révérence.

*Je ne savais pas que c'était elle, j'étais trop proche de l'autre monde. J’aurais préféré l’abysse à un être sans saveur. C’est un Merci, Mère.*

Les doigts de l’ondine lui procuraient tant de bonheur qu’elle frissonnait lorsqu’elle effleurait certaines zones.

*Je ne connaissais rien au bonheur, mais maintenant je sais que c’est toi.*


L’esprit de Tezca s’engouffra dans celui d’Elke et la jeune femme l’accueillit avec plaisir. Ses pensées avaient une teinte sombre et profonde. La mélancolie semblant être un état d’âme récurrent chez la dragonne. L’espoir n’était pas le moteur de son accomplissement mais la fatalité elle, lui offrait bien au contraire de se projeter dans un monde plus serein.
Tezca était donc une torturée, sans égard pour la compassion elle était de ses cœurs compliqués à qui l’attrait morbide offrait une alternative plaisante à beaucoup de torts.

Soudain les deux liées réalisèrent qu’elle se tenait au sein des cavernes flamboyantes et qu’elles n’étaient pas seules. Bien que leur empreinte se fit à l’écart des regards, certains avaient assisté malgré eux à l’événement, abasourdis. Elke adressa un nouveau regard pour la Verte, cette fois-ci confiante et redevable avant de la laisser en paix. L’ondine eut un ressenti étrange, peu de gens savaient ce qu’il s’était déroulé et il était difficile de présenter leur union à posteriori. Elle aurait voulu serrer Tezca contre son cœur, la cacher sous sa chemise et partir en courant comme si elle l’avait dérobée, mais il lui faudrait tout dire, elle qui quittait alors son aspiranat sans mot dire. En réponse à l’angoisse naissante d’Elke, la petite bleue osa un chant silencieux qui annonça son existence à tous ses frères du Màr.



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MessagePosté le: Lun 22 Aoû 2016 - 00:02 Répondre en citantRevenir en haut

Tandis qu’il se moquait intérieurement de Stalia Hellébore, Nushi le rappela à l’ordre en lui indiquant leur autre aspirante. Une qui ne cherchait pas de problèmes et avait passé les épreuves qu’il avait pu imposer, liée par la famille à l’ancienne Dame du Kaerl Ardent il avait nourrit quelques espoirs pour celle-ci mais tout se retrouva brisé lorsqu’il la vit sur les sables.

Elle ne pouvait décemment pas espérer se Lier à une couvée contre nature ? Le Torhil fronça des sourcils, sentant son cœur se noircir de fiel. Voilà que la personne sur laquelle il avait fondé des espoirs le décevait, tout le monde le décevait toujours mais il prit le fait qu’une coquille s’ouvrit pour une véritable trahison.
Le Maître Blanc regarda la scène avec toute l’attention que pouvait inspirer un spectacle répugnant, comme de par une curiosité morbide il resta interdit en voyant cette dragonnelle qui aurait dû mourir. Pourquoi devait-il avoir des ratés comme aspirants ? Tout ce qu’il avait pu ressentir comme fierté en formant la On Nïksé tourna au rance et il se leva avec la rage au ventre. Encore une fois il devait passer pour un imbécile devant tous car l’un de ses aspirants n’avait aucun sens de la décence et des traditions.

Par une rare manifestation de colère il jeta sa fiole de vin au sol et parti d’une foulée rageuse. Il était le meilleur ! Il était le plus apte ! Mais à chaque fois on lui collait dans les pattes de véritables incapables, des moins que rien ! Il aurait dû les noyer comme de vulgaires chatons plutôt que de perdre du temps à tenter de faire quelque chose avec ces sacs de viande.

Faisant fi des convenances il sorti des cavernes non sans jeter un regard noir à son ancienne aspirante et il se promit une chose : Elle souffrirait pour l’avoir fait passer pour un imbécile. Il la ferait couiner et sangloter avant de mettre fin à l’erreur qu’était son existence. Le dragon resta pour sa part, observant tout cela avec un certain amusement.

Il ne pouvait comprendre comment le désespoir pouvait pousser certain à se Lier à une progéniture frappée par la médiocrité de sa naissance. Il était de commun accord que nul ne pouvait s’élever suite à une empreinte mineure et si cela se faisait… et bien le Kaerl était en bonne voie pour disparaître.

° Et bien te voilà chevalière, et de quelle façon ! Bravo.°
Le Blanc avait parlé à l’Ondine avec sa voix grinçante habituelle avant de quitter à son tour les lieux avec le pas lent de celui qui était chez lui. Ils ne prendraient pas la peine d’aller sourire à une quelconque fête, rompre les traditions à ce point était répugnant pour le Torhil. Le Blanc quant-à lui s’en moquait et ne participait pratiquement jamais à ce genre d’évènements, cette fois ci il ne faisait que s’ennuyer et s’était donc trouvé là par hasard.



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