Playlist Tol Orëanéene Carte du Monde Index du Forum
Connexion •  Se connecter pour vérifier ses messages privés •  S’enregistrer
 
 [RP] Let you Down [Fini] Sujet suivant
Sujet précédent
Poster un nouveau sujetRépondre au sujet
Auteur Message
Astère Jan Neihya
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Sam 13 Déc 2014 - 18:40 Répondre en citantRevenir en haut

} I think I'll let you down
You should have let me go
I think I'll make you leave
'Cause you have lost control {


    Le 8 Flarmyaku 918, début de l’été.

    La sylve s’étendait à perte de vue. Il ne pouvait qu’admirer la beauté d’émeraude et d’argent alors que déjà les premiers fruits alourdissaient les branches. Au moins ne mourrait-il ni de faim ni de froid dans la chaleur écrasante de l’été.
    Zaknafein l’avait déposé à peine dix minutes auparavant à l’entrée de la forêt et Astère s’était pour l’instant contenté d’en observer la superbe et de ressentir la magie mystérieuse qui régnait en ces lieux. Apparemment, Anaviel avait jugé bon de lui imposer une épreuve de survie pour parfaire son éducation. Il était donc seul, ne portant sur lui que ses vêtements, avec pour seule mission de se débrouiller pour rester en vie, sans savoir combien de temps il lui faudrait tenir. Il avait compris rapidement que l’elfe n’était pas le genre de professeur ennuyeux qui se contentait d’appliquer des méthodes approuvées par tous. Les siennes étaient d’un genre, disons, plus particulier.
    Bercé par le chant des oiseaux et le bruissement des insectes, il finit par se décider à pénétrer dans la mystérieuse Sylve de Norui, dénué de la moindre appréhension. Après tout, il était moitié Torhil, la nature était un élément important de sa culture. Et, bien qu’elle fut différente, la forêt ravivait d’heureux souvenirs d’enfances : balade à cheval ou à poney, partie de chasse avec son père, ou encore tout simplement sieste sous les feuilles d’un arbre bienveillant.
    Anaviel ne pouvait s’en douter car le demi n’avait rien dit, comme à son habitude, mais cette mission était une bouffée d’air frais dans son emploi du temps. Et il espérait secrètement que l’elfe l’y laisserait le plus longtemps possible. D’ailleurs, l’apprenti ne comptait pas lui rendre la tâche facile pour le retrouver.
    Bien sûr, il était heureux d’avoir découvert Töl Oréa et d’être l’un des possesseurs du Don, car sa curiosité avait depuis accès à une quantité de nourriture qu’il n’aurait pu imaginer même dans ses rêves les plus fous. Mais le Kaerl en lui-même avait tendance à l’étouffer. Et depuis que les nuits s’en montraient assez chaudes, il ne rentrait pas le soir pour dormir dans sa chambre, préférant se trouver un endroit isolé et abrité, à l’extérieur, où faire ses nuits.

    Apaisé et bien plus décontracté qu’il ne l’était ailleurs, Astère profitait de la vie naturelle de la forêt, s’extasiant intérieurement du chant des arbres et de la sérénité apaisante que dégageaient les lieux. Il était conscient que le bois pouvait aussi s’avérer dangereux et devait avoir son lot de prédateur mais pour l’instant il préférait délaisser ce problème au profit du simple bonheur d’être là.
    Au bout d’un quinzaine de minutes de marche il se retrouva dans une petite clairière au fond de laquelle se trouvait un magnifique platane. Il s’en approcha et posa la main sur son tronc, admirant la beauté et la majesté de cet être si somptueux. Il était si grand et si gros que l’apprenti se demandait s’il n’était pas face à un arbre millénaire. Il décida de s’asseoir, serein, pour le simple plaisir d’être là.
    Et il n’esquissa pas le moindre geste, absorbé dans sa contemplation, toute son attention concentrée sur son environnement, pendant ce qui aurait pu paraître aux yeux du reste du monde, une éternité.

    Lorsqu’enfin il décida qu’il était temps de se mouvoir, il découvrit qu’il commençait à avoir faim et soif. Couper sa faim serait rapide mais il allait devoir trouver un point d’eau rapidement s’il ne voulait pas mourir de soif. Car attendre que la pluie tombe pour recueillir ses larmes au creux d’une feuille était loin d’être une bonne idée. Personne ne pouvait prédire les changements climatiques. Il n’était pas non plus sur de trouver des feuilles assez grandes pour s’en servir de récipients.
    Il se mit donc en marche à nouveau, s’enfonçant plus profondément dans la forêt, alerte. Il essayait d’entendre à travers les chants des oiseaux, le grésillement des insectes et le frémissement des feuilles, le doux bruissement de l’eau. Il ne s’impatienta pas, finissant par trouver ce qui ressemblait à une piste de lapin. Trouver un point d’eau nécessitait souvent pour les animaux de se déplacer plus loin que pour trouver de la nourriture. Et, grâce à eux, suivant la piste minuscule, Astère finit par entendre le doux ronronnement qu’il espérait tant. Il pressa le pas, finissant par parvenir sur la berge d’une rivière. L’eau était claire et il pouvait apercevoir l’éclat des écailles des poissons briller au soleil ici et là, éclats furtifs.
    Il vérifia les alentours, et s’agenouilla, recueillant l’eau au creux de ses mains, buvant tout son soul. Il était un peu déçu que la rivière soit si loin du magnifique platane. Il aurait aimé y faire son nid pour dormir à l’abri de ses feuilles, sur l’une de ses plus solides branches. Mais il n’avait pour le moment pas de quoi fabriquer une outre et il lui faudrait élire domicile dans l’un des autres arbres alentours. Il n’était pas question de dormir à même le sol. Il ne doutait pas que la Sylve possédait de nombreux et non moins redoutables prédateurs…

    Dans l’onde limpide il remarqua des roches à l’allure coupante. Il retroussa ses manches et plongea ses bras jusqu’au coude pour en déloger une et la sortir de l’eau. Il la palpa et l’observa, caressant le tranchant. Elle était trop lourde et trop imposante pour qu’il s’en serve de couteau mais s’il parvenait à en briser un morceau, elle pourrait s’avérer utile. Il avait besoin d’un objet tranchant et elle pourrait s’avérer parfaite pour cet emploi. Il en choisit donc une autre, plus grosse et plus lourde et s’en empara. Puis, il frappa la première pierre grâce à la seconde selon un angle intelligemment étudié.
    Et après une succession de chocs, les efforts d’Astère furent récompenser, une partie du premier rocher, de la taille d’une demi-main, se détacha et glissa sur la berge. Il essuya la sueur qui coulait le long de ses tempes et remit les deux gros rochers à leur place dans le lit de la rivière, se saisissant de son couteau de fortune.

    Alors il bu à nouveau et s’éloigna de la rivière en chantonnant. Sa belle voix grave faisait écho aux chants des oiseaux qui s’arrêtèrent de pépier pour l’écouter. Le demi était en osmose avec la nature, en paix avec lui-même, serein et reposé. A le voir ainsi, personne n’aurait pu deviner qu’il avait un passer de tueur et qu’il était apprenti du Kaerl ardent.
    Son visage avait quelque chose de différent, une expression presque avenante, et on pouvait presque voir l’ombre d’un sourire sur ses lèvres pleines. Seul au milieu de cette nature enrichissante il avait perdu son détachement et sa froideur pourtant caractéristiques.
    Il avait souvent chassé en compagnie de son père mais aussi pour lui-même au cours de ces cinq dernières années d’errances. Il n’était pas très bon au tir à l’arc et ne tenta donc pas de se fabriquer un arc et des flèches. Non, il était meilleur trappeur et il s’affairait déjà à rassembler de quoi fabriquer un ou deux pièges à lapin. Pour ce soir il se contentera de fruits trouvés ci et là mais demain, il était persuadé d’avoir un peu de viande pour accompagner le tout.

    Le jour déclinait déjà lorsqu’il posa ses deux pièges aux endroits qu’il jugea les plus stratégiques. Il était grand temps de partir cueillir son diner et d’élire domicile sur une branche solide d’un arbre aux environs de la rivière.
    Il attrapa deux pommes et un fruit jaune dont il ne connaissait pas le nom mais qu’il avait souvent vu sur les étals des marchés ici et là. Il se trouva aussi des abricots d’une belle taille et il allégea considérablement l’arbre qui les avait produits pour sa propre consommation personnelle. Il ne savait pas pour combien de temps il devait rester là mais il avait bien assez à manger pour les deux prochains mois, à en juger par la production fruitière des arbres alentours. Et ce même détail lui permettait aussi d’émettre l’hypothèse d’une faune diverse et importante.
    Revenu au bord de la rivière, il observa les arbres autour de lui et après quelques hésitations il finit par jeter son dévolu sur un chêne qui lui semblait assez ancien et solides pour le supporter les nuits à venir. La nuit s’annonçait chaude et claire, il remit donc au lendemain la construction d’un abri plus élaboré, comme la construction d’un « toit » en cas de pluie. Il glissa les fruits qu’il n’avait pas encore mangés dans ses poches et attrapa la première branche basse d’un bond souple et élastique. Il se hissa à demi-dessus avant de continuer son ascension branche par branche jusqu’à trouver une place qui le satisfaisait pleinement.
    La vue était absolument splendide. Il pouvait suivre des yeux le lit de la rivière, serpentant à travers les arbres et voir le soleil couchant teinter le ciel d’or et de pourpre. Doucement, les animaux nocturnes prenaient leur place dans l’écosystème et Astère commençait à entendre les premiers hululements des chouettes et des hiboux.

    Au loin, un rugissement, splendide et tout aussi terrifiant, fit frissonner la forêt, résonnant entre les arbres, se répercutant contre leur tronc. La forêt fut soudain silencieuse, comme si tous les individus y habitant étaient partis se terrer au plus profond de leurs terriers pour se faire oublier de la bête terrible qui avait poussé ce cri. Seul Astère se remit à chantonner, presque par défi pour la bête, se demandant avec curiosité à quoi pouvait ressembler cet animal.
    Il ne lui semblait pas avoir déjà entendu pareil chant de fierté, pareil cri animal. Le vent le fit frémir alors que la forêt devenait de plus en plus vivante à chaque minute. Une chauve-souris déchira le ciel le temps d’un battement de cil de son vol erratique, imposant son ombre à la voute à présent éclairée de milliers d’étoiles.
    C’était absolument sublime et il aurait fallu être un fou, un aveugle ou un idiot pour ne pas se perdre dans cette contemplation. Il ne pouvait se résoudre à troubler cette nuit en mangeant plus et décida de garder le reste de sa cueillette pour le lendemain matin.
    C’était l’été et la nuit serait courte. Il était donc grand temps de se perdre dans le royaume d’Aran’Rhiod pour contempler d’autres paysages. Mais à peine avait-il fermé les yeux, s’abandonnant à sa sérénité qu’un cri déchira la nuit non loin de lui.
    Et ce cri n’avait rien d’animal cette fois, c’était un cri humain. Instantanément, Astère se redressa et tourna la tête dans la direction d’où était parti le hurlement. Un hurlement de terreur, à vous glacer les sangs. Mais il en frissonna à peine, plus intéressé par ce qui en était la cause. Visiblement la bête responsable de l’impressionnant rugissement avait trouvé du gibier à chasser.

    Mais Astère remarqua surtout avec contrariété qu’il n’était plus seul dans la forêt…


(Si tu veux voir à quoi ressemble la bête, clique ici o/ Elle est mignonne, non ? Comme un gros chat. Un gros chat qui cache bien ses crocs >3)


Dernière édition par Astère Jan Neihya le Jeu 5 Fév 2015 - 14:24; édité 1 fois
Publicité





MessagePosté le: Sam 13 Déc 2014 - 18:40 Revenir en haut

PublicitéSupprimer les publicités ?
Meccaya Im'Awhël
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Lun 15 Déc 2014 - 12:29 Répondre en citantRevenir en haut

Sur le continent, Meccaya connaissait désormais Lomeanor. Un village qui… Mh. Avait ses intérêts. Mais disons-le: ceux qui lui avaient vanté les mérites de ce village vantaient surtout ceux de ses tavernes. Iel avait trouvé une herboristerie digne d'attention, une poneyterie digne d'attention (bien qu'iel ait encore dans le dos le fantôme d'une douleur faite là-bas). Son premier voyage ne lui avait pas laissé le temps, néanmoins, de découvrir les environs. Il lui restait encore de quoi ne pas s'ennuyer, de quoi découvrir, remplir ses petits carnets d'aventures et ses étagères de plantes diverses et variées (réserve personnelle). Ce nouveau monde éveillait sa curiosité comme jamais mais, pour une fois, les livres ne lui suffisaient pas. C'était étrange, cette envie d'aller découvrir de lui-même, de voir… Cela lui prenait de temps en temps, jadis. Iel se souvenait de lieux en Undome découverts uniquement parce qu'un beau matin il lui était venu la folie d'imiter les héros de ses livres. La différence, ces derniers temps, résidait dans le fait que cela lui arrivait bien plus fréquemment, et sans que ce soit par envie de mimétisme. Etait-ce lié au fait qu'iel soit en Tol Orëa et non plus en Vaendark ? Peut-être. D'ailleurs, maintenant qu'iel y repensait, iel regrettait de n'avoir été à certains endroits de Vaendark, maintenant qu'iel ignorait quand est-ce qu'iel pourrait y retourner…

Tout cela pour dire que Meccaya avait bien l'envie de retourner sur le continent, si l'occasion se présentait. Et l'occasion se présenta, sous la forme de la dragonne qui lui offrait les voyages entre le Kaerl et le continent. Tout juste après un cours, iel la croisa. L'après-midi était avancée, mais il restait du temps. Iel demanda donc gentiment pour un voyage, et l'obtint.
La forêt qui longeait le village ne semblait pas si hostile. Iel s'y aventura relativement confiant. Pas question d'aller trop loin, non, bien sûr ! À l'orée du village, les bêtes ne devaient oser s'approcher, et iel gardait espoir d'avoir un aperçu de ce que la flore produisait ici. Timidement, le Neishaan s'avança entre les troncs d'arbres, profitant de l'espace entre eux, appréciant le couvert pour l'instant peu épais de leur feuillage, maudissant l'épaisseur de l'humus, du tapis de racines et ronces, de petits buissons et fougères qui parfois l'obligeaient à faire des détours pour ne point abîmer ses jolis habits. Parce que oui, du coup, iel était toujours vêtu comme après un cours théorique sur les dragons: sa jolie tunique presque neuve, sombre, le couvrait. Du reste… On devinait aisément qu'iel n'était pas enfant de la forêt. On devait même pouvoir imaginer sans souci son ascendance bourgeoise, si ce n'était noble. Ce n'était pas vraiment une question d'habits, cette fois, mais plutôt une question d'aisance en forêt, et de peau sans trace de cicatrices, de labeur, d'exposition au soleil ou aux éléments. Ses yeux noisette portaient sur la sylve un regard tout plein de curiosité, teinté d'admiration. Une admiration que ne pouvaient avoir que les grands rêveurs, ceux pour qui la forêt était un conte, et non pas une réalité. S'iel s'inquiétait du bruissement des feuilles au-dessus de sa tête et sous ses pieds ? Absolument pas. S'iel percevait les traces subtiles du passage des bêtes ? Pas mieux. Iel percevait les diverses plantes, c'était déjà bien.
D'ailleurs iel était sagement occupé à placer quelques beaux spécimens dans la besace qui battait son flanc lorsqu'enfin iel pu percevoir un bruit. Un bruissement Cela venait de… Derrière lui. Subtilement, iel jeta un coup d'oeil. Et s'immobilisa. Des espèces de cornes blanches dépassaient d'un amoncellement de ronces. Deux yeux luisaient le fixaient. Iel ignorait ce que c'était, mais ce n'était pas un cerf. L'animal ne se serait pas ainsi tapi pour l'observer. Non. Peu importait ce qu'était cette bête, Meccaya était désormais sûr d'une chose: c'était un prédateur.
Et lui, iel était la proie.

Tout d'abord, iel avait fait mine de n'avoir rien vu, feignant le calme, quand son coeur battait la chamade. Iel n'était pas armé ("à quoi bon ?" se disait-iel lorsqu'on lui proposait), aussi n'avait-iel d'autre choix que la fuite. Iel pensa esquisser un large cercle dans la forêt pour pouvoir revenir subtilement sur ses pas, espérant que le prédateur cesserait de faire obstacle entre le monde des Hommes et lui. Après un moment de marche qui lui parut une éternité, un grondement l'alarma. La bête… Se rapprochait. Le souffle du jeune neishaan s'accéléra. Ie ne pouvait plus faire semblant. Activement, iel commença à chercher autour de lui quelque chose, n'importe quoi. Un caillou. Ah, mais c'était parfait un caillou ! Iel s'en saisi. Se retournant, iel le jeta en direction de la bête.
C'était, à peu de choses près, la meilleure idée qu'iel ait eu de sa vie, bien qu'à son sens ce fut la pire.
Car au moment où le caillou était projeté, la bête bondissait sur lui. Le caillou l'atteignit dans l'oeil. La bête atterit tout de même sur Meccaya, lequel tomba lourdement au sol. Mais la douleur de la bête, le rugissement qu'elle poussa, l'écart qu'elle fit, permirent à Meccaya de se remettre sur ses pieds et, surtout, se carapater. Le soir tombait. Jamais iel ne serait de retour à temps. Erebus allait finir par l'imaginer plus turbulent qu'iel ne l'était.
De toutes la force de ses jambes iel s'élança au milieu de ces bois, lesquels lui semblaient de plus en plus épais, et sombres. Son endurance physique misérable lui offrit d'avoir à souffrir assez vite de sa course pour la vie, sa maladresse lui offrit des chutes, au milieu des plantes et, à un moment, dans une sorte de… Mare. D'eau, sans doute, un peu boueuse. Autant dans un moment lambda cela l'aurait poussé à maugréer de longues heures durant, autant à cet instant précis c'était le dernier de ses soucis. Il lui semblait entendre la bête derrière lui, encore. Plus que jamais iel se rappelait que sa vie était unique, et fragile. Iel ne voulait pas la voir se briser, pas ainsi, pas maintenant ! Iel avait un Lié qui l'attendait !

Essoufflé, terrorisé, iel avait l'impression d'avoir couru depuis des heures, lorsqu'iel arriva non-loin du chêne. La bête le suivait encore, iel entendait distinctement ce mélange de grognement et de respiration derrière lui. Pourtant, il fallait se rendre à l'évidence: iel ne pourrait pas tenir le rythme plus longtemps. Il fallait faire face, ou ruser, mais enfin donner un vainqueur à cette bataille. Et si possible, un vainqueur bipède, à la crinière pâle, détenteur du Don. Un éclair de génie dut traverser l'esprit de mon neishaan. En se ruant de l'autre côté du chêne, jusqu'à s'aplatir contre son tronc, iel commença à chanter, malgré le souffle qui lui manquait:

"- Ne me vois pas, résident de ces bois, ne me vois pas. Je ne suis pas là, je suis l'ombre d'une feuille, je suis la lueur du soleil en deuil."

Enfin appuyé, enfin posé, iel voulut se forcer à retrouver son souffle. Sa voix tremblait, sa voix était malhabile.

"- Rien ici n'est bon pour toi, rien ne te soignera. Rien ici n'apaisera ta faim, il faut revenir sur ton chemin. Crains que ton sang éveille le chêne, crains que sa colère te malmène. Soigne-toi en des lieux sains, retrouve l'affection des tiens…"

Iel était résolument immobile, ses mains contre son coeur. Mais de gros tremblements l'agitaient, témoins de son appréhension. Iel n'avait absolument pas confiance en son don racial. Iel répéta les mêmes paroles, encore et encore. Paradoxalement, le rythme semblait ralentir, alors que son souffle revenait. Tendant l'oreille, il lui apparu de plus en plus que la bête n'était plus là. Iel avait froid, se sentait humide de sueur et d'eau, sale, épuisé. Et éventuellement, seul et perdu en forêt. De nuit. Cette situation lui arrivait définitivement trop souvent, il allait falloir qu'Erebus lui apprenne à survivre en milieu sylvestre… S'iel revoyait Erebus.
Meccaya se laissa glisser le long du tronc, et ses jambes lui parurent se vider de leur lancinante douleur en un instant. Sa gorge lui paraissait nouée. Ses doigts s'y posèrent, cherchèrent un moment à l'étreindre, à la griffer. Mais iel cessa assez vite et, avec une sorte de petit cri étranglé se recroquevilla, agité de sanglots qui n'étaient sans doute pas dû qu'à un soudain lest de pression et d'angoisses. D'autant plus que des angoisses, il lui en restait assez pour l'alimenter plusieurs nuits.
Astère Jan Neihya
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Lun 15 Déc 2014 - 16:22 Répondre en citantRevenir en haut

} Far over the misty mountains cold
The dungeons deep and caverns old
We must away ere break of day
To seek the pale enchanted gold {


    Astère avait suivi avec intérêt la course poursuite entre la bête et le neishaan, dès le moment où il avait aperçu les premières mèches blondes. La bête était énorme. Un animal gigantesque et magnifique qui devait bien faire la même taille que sa pauvre proie ! Sa fourrure claire se détachait nettement, comme un éclair blanc dans la nuit. Le garçon quant à lui était de petite taille et d’apparence frêle et, s’il n’avait pas possédé le don des siens, le demi n’aurait pas donné cher pour sa peau. Mais les choses étant ce qu’elles étaient, le blond avait fini par se coller au chêne – celui-là même qu’il avait choisi pour dormir, bien évidemment ! – et par chanter quelque chose qui devait sans doute être de son cru vue la qualité des paroles.
    Mais le brun ne pouvait nier trouver la voix belle et il se laissa lui-même envouter par le chant, finissant par oublier le petit être, se calant contre son arbre. Et il aurait sans doute fini par s’endormir sans se soucier de lui s’il ne s’était pas soudainement mis à sangloter bruyamment. Astère soupira et descendit souplement de son perchoir, se laissant tomber de la branche la plus basse, juste devant le neishaan, vérifiant les alentours.

    « Debout. Tu vas finir par rameuter tous les prédateurs du coin en faisant autant de bruit ! »

    Sa voix n’était qu’un murmure et on pouvait sentir un soupçon d’agacement résonner au fond de ses paroles. Il avait l’impression d’avoir affaire à un enfant perdu – ce que Meccaya devait plus ou moins être d’ailleurs – incapable de se débrouiller seul sans sa mère. Un bruissement détourna son attention un instant, non loin d’eux, dans la direction qu’avait prit le monstre pour arriver et pour repartir. Il aurait été étonnant qu’une bête de sa trempe, aussi majestueuse ne s’arrête là dans sa chasse. Il était des prédateurs qui n’abandonnaient pas tant que leur proie ne finissait pas engluées dans leur système digestif !
    Préférant ne pas prendre de risque, et pour ne pas avoir à assister au spectacle macabre du fauve mangeant le pauvre neishaan au pied de son arbre, il l’attrapa par le bras pour l’aider à se remettre debout plus vite et plongea ses yeux d’azur dans les siens brouillés par les larmes.

    « Si tu restes là, tu vas finir à l’état de cadavre avant la fin de la nuit. Choisi-toi un arbre et grimpe ! »


    Il faillit ajouter « avant qu’il ne soit trop tard » mais vu l’état de tremblement dans lequel était déjà plongé le jeune homme il préféra s’abstenir. Il le lâcha et s’apprêta à attraper à nouveau la plus basse des branches du chêne pour retrouver son abri quand il s’arrêta et posa son regard à nouveau sur son pâle vis-à-vis. Il prit quelques secondes pour le détailler et comprit rapidement que même avec la meilleure volonté du monde, le blond ne parviendrait pas à monter dans l’un des arbres à proximité. Il était trop petit, trop chétif. Et les premières branches à sa taille seraient trop fines pour supporter son poids, bien qu’il ne semblait pas très lourd au yeux du demi et de ses quatre-vingt-quinze kilos. (ce qui d’ailleurs n’était pas énorme non plus au regard de sa taille et de ses origines.)
    Un nouveau craquement, plus proche, et un peu plus sur sa gauche lui fit savoir qu’il n’avait pas le temps de réfléchir plus. La bête était belle et il n’avait aucune envie de l’affronter, même avec son couteau de fortune. Elle était peut-être même une sorte d’esprit protecteur de la forêt ou quelque chose comme ça. Astère avait déjà entendu parler de telles légendes et la magie qui se dégageait de la forêt pouvait sans doute confirmer cette hypothèse.
    Il ne réfléchit pas plus et s’adressa à Meccaya à nouveau.

    « Je vais t’aider à monter dans ce chêne. Et ne te méprends pas, ce n’est pas un geste gratuit, je n’ai simplement pas envie de voir les restes de ton cadavre pourrir et dégager des senteurs nauséabondes au pied de ce chêne ! Mais si tu ne te dépêche pas, je pourrai très bien changer d’avis. »

    Il l’aida donc à grimper sur la première branche et lui fit signe de continuer son ascension avant de se hisser à son tour dans l’arbre à la seule force de ses bras. Ce n’était pas la première fois et sans doute pas la dernière qu’il aurait à faire ce geste dans les jours à venir. Mais il fallait voir le bon côté des choses, ça le maintiendrait en forme.
    Il retourna sur la branche qu’il avait initialement choisie sans plus se préoccuper de Meccaya, sans même chercher à faire connaissance. Ca ne l’intéressait pas et son apparence frêle n’endormait pas vraiment sa méfiance.
    D’autant plus qu’il n’avait pas envisagé d’avoir de la compagnie. Il aurait préféré rester seul mais il avait été honnête avec le blond : son aide n’avait pas été motivée par de bonnes intentions, mais simplement pas la logique. Il savait qu’il passerait les jours suivants à parcourir les environs mais il allait s’arranger pour revenir à ce chêne à chaque tombée du jour. Il n’avait pas envie de devoir se trouver un autre arbre pour dormir sereinement.
    D’ailleurs, à présent qu’il n’était plus seul, il n’avait plus envie de dormir. Il avait à présent hâte que l’aube se montre et que le neishaan s’en reparte d’où il était venu. Il n’avait pas envie de partager ce que la forêt avait à lui montrer. Il n’avait pas envie de laisser cet être d’apparence innocent pouvoir le surprendre dans son sommeil.
    Pour prendre son mal en patience, et parce que la nuit était à présent troublée et ne lui paraissait plus paisible, il sortit une première pomme de sa poche et croqua dedans, s’appliquant à remplir son estomac en toute quiétude, gardant un œil méfiant sur son invité.

    Il espérait au moins que Meccaya se tiendrait tranquille sans sangloter. Il n’avait pas envie de devoir supporter un tel comportement. Si la situation finissait par devenir trop agaçante, il avait toujours la solution de le forcer à dormir, en utilisant à son tour, le pouvoir des neishaans.
Meccaya Im'Awhël
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Lun 15 Déc 2014 - 23:12 Répondre en citantRevenir en haut

Plus ou moins assis sur sa branche, dans une position qu'iel trouvait de plus en plus inconfortable, le neishaan n'osait néanmoins pas bouger. Iel avait grimpé dans trop peu d'arbres pour s'y sentir véritablement à l'aise. Mais si son corps souffrait, son esprit, lui, s'apaisait peu à peu. Quelques instants plus tôt, la chute de l'homme-des-arbres face à lui, sa grande silhouette noire, avaient ranimé ses peurs. Iel avait un instant cru tomber de Charybde en Scylla, avant que les mots de l'Autre ne l'informent de ses intentions pacifiques. Cependant, son ton et ses reproches n'étaient pas pour apaiser l'androgyne. Il restait donc un potentiel danger. Potentiel allié également mais, dans ces circonstances, Meccaya voyait surtout le verre à moitié vide, donc l'Autre qu'il fallait prendre avec des pincettes, s'iel voulait espérer obtenir ses faveurs et, éventuellement, s'en sortir vivant face à ce monde hostile.
Iel n'osait toujours pas respirer, lorsqu'iel comprit que le mouvement de tête de celui qui lui faisait face cherchait un son qu'il avait entendu. Meccaya n'avait rien perçu, mais iel le croyait sur parole et, par Flarmya ! Il n'aurait nul besoin de le prier pour obtenir de lui qu'iel fasse de son mieux pour rester en vie. Relevé, iel chercha des yeux un arbre. Qu'Eurylia et Iolya soient louées, on y voyait assez clair, en ces lieux ! Ces conditions ne suffirent néanmoins pas à créer l'arbre adéquat, celui sur lequel Meccaya pourrait se hisser. Mais à vrai dire, si cet arbre existait, les prédateurs devaient également pouvoir y grimper, ce n'était donc que moyennement intéressant. Son regard revint vers l'Autre, pour voir vers quel arbre ce dernier avait dirigé son jugement. Il était grand, cet homme des bois. Pour ne pas dire immense. Meccaya n'aurait su préjuger de sa race, et c'était pour le moment le cadet de ses soucis. L'autre trouverait sans souci une branche à sa portée, mais lui, non… Iel l'avait laissé lui faire la courte échelle, partagé entre une reconnaissance infinie et un agacement naissant, face aux paroles de l'Autre…

Et maintenant qu'iel était assis là, iel ne ressentait que l'apaisement de la sécurité. Enfin, "que"… C'était déjà beaucoup. Son rythme cardiaque et respiratoire revenaient doucement à la normale, quelques-uns de ses muscles trouvaient le repos. Sa tête, lourde, penchait sur le côté. Iel était à califourchon sur une branche, un de ses pieds sur une branche plus basse pour maintenir un équilibre sécuritaire. Iel se rongeait les sangs à l'idée de la dragonne à qui iel avait faussé compagnie, se sentant coupable, mais également à l'idée d'arriver trop tard à sa leçon du lendemain -et dans quel état ! De plus, ils avaient beau être en Flarmyaku, les habits trempés et le très léger vent le transissaient. Jamais iel ne parviendrait à dormir… Combien de temps devrait-iel tenir ainsi ? Dans cette position ? Ses muscles abandonneraient sans doute avant sa volonté… Son regard chercha la silhouette de son sauveur, espérant tirer quelques leçons de ce dernier. Il… Mangeait. Gaïa, cela lui rappelait qu'iel avait un estomac, également ! Mais pas question d'en faire part à l'Autre. Iel lui devait déjà plus que ce qu'iel pouvait offrir.
Ses larmes avaient séché. Sa gorge lui paraissait toujours douloureuse, et pour parler franchement, iel n'avait pas envie de parler. Néanmoins, iel allait devoir le faire, à un moment ou un autre. Iel rompit donc le silence de la nuit, couvrit les craquements de pommes:

"- Justifier de m'aider était inutile. Je vous suis tout de même reconnaissant." Sa voix était plus ou moins des milliers de fois plus assurée que celle qui avait chanté. Ce qui ne l'empêchait pas d'avoir des notes de timidité camouflée. Iel observait la silhouette qu'était l'Autre, tâchant de discerner un peu mieux ses traits. "Je… Vais avoir besoin de retourner à Lòmëanor. Vous vivez non-loin d'ici, n'est-ce pas ? Peut-être pourriez-vous me dire par où je dois me diriger.." Lentement, avec une grimace de douleur sous la sensation des muscles qui se réveillaient, iel remua, pour changer lentement et prudemment de branche. Iel se rapprochait ainsi d'Astère, mais surtout, testait le confort d'une nouvelle position.
Astère Jan Neihya
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mar 16 Déc 2014 - 10:09 Répondre en citantRevenir en haut

} You'll burn this time
Seeing the violence
It's speeding my mind
No one is saving you
How can you find
A heaven in this hell? {


    Le neishaan semblait se tenir tranquille sur sa branche, un ou deux étages plus bas. Si bien qu’il finit par ne plus lui prêter la moindre attention. Son corps resta tendu et une partie de son esprit était sur le qui-vive au cas où le blond tenterait quelque chose mais l’autre partie était tournée vers la nuit et la vie nocturne de la forêt. Il laissait la brise légère franchir les barrières végétales et caresser la peau de son visage. Il s’enivrait des senteurs que dégageaient les fruits et les fleurs de nuit. Il contemplait la voute étoilée qu’il apercevait par intermittence entre les feuilles du chêne. La lune était au trois-quarts pleine et les myriades de soleils lointains scintillaient à ses côtés, illuminant la nuit sombre de leur lumière ténue.
    Un pas, léger, infime perception de son oreille, lui fit baisser la tête. Quelque chose, sur l’autre berge, se mouvait entre les arbres. Quelque chose de prudent qui prenait son temps pour s’approcher de l’onde. Ce quelque chose ne tarda pas à sortir du couvert des arbres, les naseaux frémissants et les oreilles mobiles. La biche était alerte et surveillait les environs avec beaucoup d’attention. Elle était suitée d’un jeune faon qui ne devait pas avoir plus d’un mois. Mise-bas tardive ? Astère n’aurait su juger, il n’était pas un spécialiste de cette espèce quand bien même il avait voulu être zoologue à une période de son enfance.
    Après un dernier instant d’hésitation, elle se laissa aller à la vulnérabilité et plongea son nez soyeux dans l’eau fraiche. Mais cet instant, plein d’une magie toute naturelle, n’eut pas le temps de l’emmener avec lui plus avant car Meccaya s’agita sur sa branche, et entama une discussion.
    La biche, surprise par ce bruit inconnu ne suivit que son instinct et s’enfuit dans les bois, son faon à ses côtés, sans demander son reste. Le charme était brisé et Astère fut bien obligé de reporter son attention sur le jeune homme qui tentait de manière malhabile de le rejoindre. Il était évident qu’il n’était pas coutumier des exercices physiques, encore moins quand il s’agissait de grimper aux arbres. Pourtant son corps fin aurait pu être leste et sa petite taille lui apporter la souplesse nécessaire à cet art.
    A contrario, le demi avec son grand corps à la musculature développée aurait dû manquer de souplesse. Tous deux à leur manière démontaient des clichés bien trop souvent usités. Et c’est avec une certaine curiosité qu’il regarda le neishaan parvenir jusqu’à sa branche sans rien répondre. Il l’observait sans détour, sans même se cacher, ses yeux clairs le fixant dans l’ombre de la nuit. Il y avait quelque chose de beau et de touchant dans sa maladresse, dans sa détresse. Mais Astère y resta insensible, préférant se cacher de ce genre de pensée, de ce genre de sentiment. Il n’était pas de ceux que l’on découvre aisément, malgré l’agacement qu’avait pu ressentir Mecca un peu plus tôt.
    A présent, ce géant brun ne semblait montrer aucun ressenti, aucune émotion. Son visage avait quelque chose de lisse qui aurait pu paraître inhumain à ceux habitué à des personnes normales, plus « vivantes. Il passait sa vie à se cacher des autres, muré en lui-même, incapable de tisser des liens familiers. Il était, par bien des côtés, comme cette biche craintive aperçue un peu plus tôt : un animal méfiant. Il était ardu de chercher à l’apprivoiser. Bien plus encore de réussir. Et pour cela, une infinie patience n’était pas la seule qualité requise…

    Il laissa l’une de ses jambes pendre dans le vide alors qu’il se calait un peu plus confortablement contre le tronc du chêne. D’aucun aurait sans doute trouvé la position et la couche des plus inconfortables mais ce n’était pas son cas. Lui se sentait bien dans cette ambiance boisée, sur cette branche large et solide appartenant à un chêne plusieurs fois centenaire. Elle supporterait sans peine le poids du blond en plus du sien.
    Une fois que ce dernier fut installé en face de lui, Astère put le détailler de plus prêt. Dans l’urgence de la situation quelques temps plus tôt il n’avait pas eu tout le loisir de le faire, et quelque part, ces détails lui manquaient. Il aimait observer, apprendre et comprendre. Mais aussi retenir. Car le demi n’oubliait jamais un visage. Les noms finissaient bien par disparaître. Mais les visages restaient. Les visages des morts. Les visages des vivants. Il n’avait jamais oublié personne. Car Astère se souvenait. Et il se forçait à se souvenir. Pour ne rien oublier. Ni les émotions, ni les faits. Même ses propres morts étaient gravés, là, quelque part, sous ses boucles rebelles.
    Pour autant il n’avait ni regret ni remord. Il faisait ce qui lui semblait juste ou tout simplement ce qui lui plaisait. C’est parce qu’il ne se sentait jamais peiné, jamais blessé par ce qu’il était capable de faire qu’il pouvait si aisément prendre la décision de tuer. Mais Meccaya n’aurait pas la chance – ou la malchance ? – de passer par le fil de sa lame. Ou plutôt devrais-je dire, sur la lame de son couteau de fortune.
    Car le demi avait décidé de le tolérer. Il lui accordait une chance. Une seule et unique chance de se montrer intellectuellement intéressant. Et à présent qu’il était là, en face de lui, visiblement bien décidé à lui faire la conversation, le brun se disait qu’après tout, ça ferait passer le temps. Alors il l’accepta, si prêt de lui, si faible et vulnérable et il décida de se montrer loquace et courtois.

    « Pour commencer, je vais me présenter, c’est la moindre des politesses. Je me nomme Astère. Et je crains fort de vous décevoir en vous disant qu’il ne m’est pas possible de vous conduire à Loméanor. Je ne suis pas coutumier des lieux, contrairement à ce que vous sembler croire. J’ai assez de connaissances pour survivre dans cette forêt mais je suis pourtant un étranger en son sein. Si vous voulez trouver le chemin de la ville, je crains fort qu’il faille vous débrouillez sans moi. »

    Il marqua une pause pour laisser le temps au jeune homme d’appréhender ses paroles, de les comprendre mais surtout de réfléchir à sa situation. Serait-il seulement capable de retrouver sa route dans ce bois dense, tout seul ? C’était une question dont Astère ne voulait pas la réponse. Le sort de Meccaya ne l’intéressait pas assez pour qu’il s’inquiète de l’avenir du neishaan.
    Il était possible de le penser cruel mais ce n’était que la résultante d’un profond désintérêt pour autrui. Si l’être en face de lui avait été un cheval ou n’importe quel autre animal de prix, celui-ci aurait mérité tous son intérêt, toute sa patience et sa douceur. Mais ce n’était visiblement pas le cas, songer en ces termes ne résoudrait aucun de leurs problèmes.
    Il laissa donc là ses pensées, fluctuante marée de mots et d’émotions, et se décida à reprendre la parole, histoire de s’occuper en apprenant, ma foi peut-être, des choses utiles.

    « Vous ne me semblez pas être habitué à la survie en forêt. Qu’est-ce donc qui, dans ces bois, a agité votre curiosité au point de vous mettre en danger de la sorte ? Je suis curieux mais, puisque nous sommes obligés de partager le même arbre toute la nuit durant, autant se faire la conversation pour passer le temps. Et quand l’aube teintera le ciel de rose et que la première rosée du matin rendra humide toutes les plantes, vous n’aurez qu’à aller pour chercher votre route. »

    Mais que le neishaan ne s’y trompe pas, il n’y avait ici ni bonté, ni compassion. Tout n’était qu’intérêt et curiosité. Un moyen de tromper l’ennui, rien d’autre ! Car une nuit sans dormir ne pouvait se passer qu’en maintenant son esprit éveillé. Et vu que le blond ne semblait pas plus enclin à dormir que le brun, ils avaient tout autant intérêt à partager un peu de temps ensemble.
    Et ainsi forcer Astère à se sociabiliser et à apprendre que tous dans ce monde, n’étaient pas les mêmes être viles et véreux qu’il avait l’habitude de côtoyer.
Meccaya Im'Awhël
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mer 17 Déc 2014 - 00:42 Répondre en citantRevenir en haut

Par un miracle sans nom, ou parce que sa patience et sa prudence furent récompensées, iel parvint à se hisser une branche face à l'Autre. Une branche à l'apparence bien plus solide que son dernier support, et qui offrait des embranchements fort appréciable pour caler ses pieds, moins appréciable pour ses mains, car rugueuse. Bon, cela impliquait d'être face à un autre être vivant bipède à l'encéphale développé et aux pouces opposables, mais tôt ou tard ce dernier finirait par s'endormir, et iel pourrait l'imiter. Oh, ce n'était pas qu'iel ne lui fasse pas confiance, loin de là. La confiance qu'iel lui offrait était totalement instinctive, injustifiée, et imprudente. Ce n'était pas dans ses habitudes. Sans doute était-ce là un jeu de son esprit, qui voulait le protéger, et savait que s'il se rajoutait la peur de son sauveur en sus des peurs liées à son environnement et sa situation, iel risquait de se mettre en danger plus encore. Mais s'iel l'attendait pour pouvoir s'endormir, c'était plutôt parce qu'iel était bien conditionné. Ses parents lui ayant toujours appris à attendre que les invités fassent en premier par de leurs intentions de sortir de table pour les imiter. Oui, c'est bête. En attendant, iel gardait les marques de cette éducation-là. Uniquement les marques gênantes, étrangement.
Installé, Meccaya fit mine de grandement s'intéresser au feuillage, aux branches qui l'entouraient, n'osant encore toujours son regard vers l'homme-ombre. C'est qu'iel se sentait observé, et n'avait pas envie de croiser son regard. Iel l'aurait sans doute fait en journée, les convenance voulant que l'on regarde son interlocuteur. Là, iel n'avait ni l'envie, ni la force, ni le courage de se pousser à cet effort. Iel se sentit mal à l'aise sous ce regard, un peu par habitude. Les gens qui le fixaient cherchaient toujours quelque chose.

Sans l'interrompre, et sans seulement manifester l'envie de prendre la parole, iel écouta Astère. Joli nom, mais qui ne l'éclairait pas sur les origines de son interlocuteur. Iel maintint le silence un court instant après que ce dernier se soit tu. Un court instant qui ne vit passer que le vent dans les feuilles, le murmure de la forêt et de l'eau.

"- Je me nomme Meccaya." murmura-t-iel, comme s'iel craignait brusquement de réveiller la sylve. "Si vous n'êtes ni de Lòmëanor ni de cette forêt, vous devez être d'un des Kaerls, n'est-ce pas ?" Quelque part, le parler d'Astère avait eu tôt fait d'éliminer l'hypothèse qu'il soit enfant de ces lieux. Il devait avoir des attaches marquées avec la société humaine. "Je viens du Màr Menel. Que vous soyez issus de Tàralöm ou Luimë ne fera pas de vous mon ennemi, néanmoins. Je venais pour des plantes, lorsque cet… Animal m'a pris en chasse. Je n'en ai jamais vu de tel." Iel se tordit un peu pour appuyer sa tête contre une branche. Épuisé. La moindre économie d'énergie devenait jouissive. "Je ne suis pas un combattant, et j'exècre l'idée de porter atteinte à des êtres vivants. J'ai tout de même dû le blesser, ce n'est pas pour me plaire. J'essayais de le fuir, et reprendre si possible le chemin vers la civilisation…" Ses yeux se fermaient tous seuls. La reconnaissance qu'iel avait envers cet Astère était grande, mais iel ne se sentait pas de lui en faire part à nouveau. Etait-ce la froideur dont il avait fait preuve un peu plus tôt qui le retenait ? La pudeur, peut-être ? Les deux cas n'étaient pas impossibles. "Me permettriez-vous de vous retourner la question ? Qu'est-ce donc qui vous amène ici ?" Iel demandait la permission. Comme un enfant à un adulte. Iel s'imaginait l'Autre plus âgé, plus expérimenté, et… Et étant donné qu'il l'avait sauvé, iel lui offrait son respect, et, avouons-le, une pointe d'admiration. Un instant iel oublia son amour des livres et de la médecine pour reconnaitre qu'iel aurait aimé ressembler à Astère. Cet espèce de héros de roman, avec son aura de mystère, pour qui le monde ne devait être qu'un terrain de jeu enfantin. N'avait-il pas bondit sur cette branche-là sans souci ? Meccaya le savait: il devait être capable d'affronter la bête à mains nues ! Oh, jamais iel n'aurait ces capacités-là, jamais. Et pour cela, iel le jalousait.

Iel avait entr'ouvert ses yeux. Son regard avait dévié peu à peu vers Astère, sans qu'iel s'en aperçoive. Désormais c'était à son tour de le dévisager, essayer de deviner sa silhouette et les traits de son visage. Iel lui trouvait de la noblesse. Lui-même devait avoir bien peu d'allure, occupé qu'iel était à économiser le peu de forces qu'il lui restait. Iel laissa échapper ses pensées, avant de pouvoir le réaliser: "Vous semblez être ici comme chez vous. Ces branches... J'ai l'impression qu'elles vous sont aussi simples d'accès que pour moi des escaliers. Ce monde... Vous offre-t-il seulement une résistance ?"
Astère Jan Neihya
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Dim 21 Déc 2014 - 15:57 Répondre en citantRevenir en haut

} The dark reaper led the cowboy ahead into his final sunset
The dawn soon to come a cold wind will blow
He's on his way home
My love never will we be apart
And we'll feel the sadness peeling from our fate {


    Astère se sentait bien sur sa branche, dans ce chêne plusieurs fois centenaire. Il était habitué à la rudesse des caresses du bois et à la solidité de ses nombreux bras. Il n’avait ni mal aux fesses ni mal au dos, ainsi assis et adossé contre l’entité naturelle. Il avait eu ses jours de solitudes où, dans la douceur de l’enfance ou la rébellion de l’adolescence il s’était pris à rêver qu’il n’était plus homme, qu’il n’était plus ni torhil ni neishaan mais quelque chose d’autres. Quelque chose de plus indomptable, quelque chose de plus sauvage, quelque chose à l’intelligence différente. Il avait été tour à tour cheval, lion des montagnes, loup des bois, écureuil agile ou encore aigle royal. Il avait eu l’impression de vivre toutes ces vies, de ne pas être né dans le bon corps. Il possédait l’âme d’un étalon sauvage, de ceux que le mors, la selle et les éperons ne savent briser. De ceux qui n’ont pour vie que la liberté.
    Et aujourd’hui encore, il pensait parfois qu’il aurait dû être l’un des fiers fils du vent. Et pas ce qu’il était actuellement : un être de sexe masculin, aux origines confuses, à la peau claire et aux yeux d’azur. Il n’aurait pas dû se trouver là, dans cette forêt, sur cette branche, coincé dans cette carcasse souple mais inélégante. Et pourtant, le sort en avait décidé autrement et les dieux avait fait de lui un être pensant possesseur du Don. Et ils s’étaient arrangés pour qu’il ne puisse pas non plus jouir de la solitude en lui mettant dans les pattes un jeune neishaan fragile et incapable, visiblement curieux et pleins d’une reconnaissance qui avait de quoi dépiter le demi
    Ses propos étaient polis mais quelque chose dans sa voix relevait de la timidité. A sa manière de se tenir, bien que gauche et maladroite dans cet arbre, Astère pouvait deviner la grâce et l’élégance propres aux enfants de bonne famille. Mais ce n’était pas ce détail qui faisait pétiller sa curiosité. Il y avait autre chose. Il ne comprenait pas vraiment, simple impression fugace, mais le dénommé Meccaya avait quelque chose d’attirant.
    Pas dans le sens sexuel du terme – on pouvait presque le croire asexué quand on regardait cette part de ces activités (inexistante) – mais plutôt dans le sens sentimental du terme. Il ne savait pourquoi, mais le neishaan avait éveillé son intérêt. Son innocence et sa naïveté face à la vie peut-être ? Au fond, la raison de cet intérêt soudain avait-elle la moindre importance ? Non. Il délaissa donc ce point pour se concentrer sur les paroles de son vis-à-vis, le fixant d’un regard insondable et intense. Le genre de regard qui pouvait faire naitre la crainte ou la passion dans le cœur d’un Homme, ou encore qui pouvait conduire à un questionnement silencieux : pourquoi ?

    Il décida de ne pas l’interrompre jusqu’à ce qu’il est fini avec ses interrogations. Il ne savait pas encore quelles questions allaient être éludées ou non, mais certaines étaient personnelles et il n’était pas sûr d’avoir envie de se dévoiler. Malgré l’apparente fragilité du neishaan et son appartenance au Kaerl céleste, il n’était sans doute pas judicieux de lui donner assez de matière pour qu’il puisse avoir une quelconque emprise sur son être.
    Il n’avait pas pour habitude de disserter de sa vie ou de son passé avec les autres, bien trop méfiant pour leur confier ne serait-ce qu’un soupçon de son existence. Et même s’il n’était pas du genre à laisser un ennemi vivant au risque de se voir traqué, il connaissait assez bien le monde de l’ombre pour savoir que les gens malintentionnés pullulaient dans les villes et les campagnes.
    Néanmoins, la poésie qui se détachait dans ses dernières paroles et son attitude rêveuse et confiante finirent par le décider pour la stricte vérité. Mais aussi pour lui rappeler que le monde était loin d’être une sinécure… Bien sûr il fallait des gens positifs et des gens négatifs, quand bien même tout un chacun possédait sa part d’ombre et de lumière.
    Mais la liberté de penser et d’expression faisait sans cesse basculer les êtres d’un côté ou de l’autre de la balance. Personne n’était jamais vraiment en équilibre parfait entre ces deux notions, il y avait toujours quelque chose pour les obliger à se trouver un peu plus d’un côté ou de l’autre. Et pour le moment, Meccaya apparaissait plus blanc que noir à Astère mais il était bien décidé à réveiller le côté sombre du neishaan pour voir à quel point ce dernier était dans l’erreur.

    « Je suis en effet apprenti du Kaerl Ardent, laissé ici par le maître dragon qui s’occupe de mon apprentissage pour une mission de survie. Ainsi donc votre présence ici est le fruit de votre curiosité ? Seriez-vous botaniste à la recherche de nouvelles espèces à étudier ? »

    Il marqua une courte pause, se rappelant des termes employés par le neishaan et pesant les mots qu’il allait lui-même utiliser en réponse à ces propos. Le fait d’être de toute manière bloqué dans cet arbre, la bête ne se trouvant sans doute pas loin, ne lui donnait pas l’envie d’effaroucher le neishaan. Pas trop vite du moins. Et cet moment de silence était aussi là pour lui permettre de répondre à sa question immédiatement ou de choisir d’attendre comme il avait lui-même préféré faire auparavant.

    « Par contre je ne sais si je dois prendre votre confiance à mon égard comme de la sottise ou simplement comme de la naïveté. Je pourrai être un assassin assoiffé de sang, après tout. Et il n’y a nul besoin d’arme pour tuer…»

    Quant à l’animal, le neishaan avait quand même un instinct de survie visiblement, à défaut d’avoir le sens de l’orientation. Il avait cependant du mal à comprendre sa vision des choses ; pour lui c’était dans l’ordre des choses de lutter pour vivre ou survivre. Au risque de blesser celles et ceux qui se trouvaient aux alentours. A chaque acte sa conséquence. Et si la pierre jetée par le neishaan avait sans doute participé à ralentir le majestueux animal dans sa course, elle avait aussi dû jouer dans son énervement et son entêtement à chasser cette proie.
    Mais il savait que l’instinct et les réflexes étaient plus rapides que la réflexion et la prise de décision. Il ne pouvait donc que saluer l’initiative du jeune homme quand bien même il aurait préféré rester seul dans son arbre.

    « Vous ne devriez pas vous sentir coupable de votre acte. Vous en êtes responsables mais c’est sans doute lui qui vous a sauvé la vie. Si vous n’aviez pas blessé cette bête, vous seriez peut-être mort à l’heure où nous parlons. Trouvez-vous cette voie préférable ? »

    Une personne saine d’esprit ne pouvait répondre oui. Même lui, qui avait toujours aimé les bêtes et les avait traitées avec le respect qui leur était dû, n’avait jamais hésité à se défendre ou à chasser pour se nourrir. C’était la loi de la nature, la loi du plus fort. Et la seule loi qui lui semblait valoir la peine d’être respectée. Les autres lois, inventions des gens des différents peuples, n’étaient que des directives pour éviter le débordement du plus grand nombre. Mais, en esprit libre qu’il était, il ne s’était jamais vraiment appliqué à les respecter. A part peut-être quand il n’avait pas besoin d’aller à leur encontre.

    « Vous pourriez aussi être à l’aise ici. Il vous suffit d’accepter ce monde, ces richesses et d’en admirer toute la beauté. Il vous suffit de vous fondre dans ce Tout. De faire partie de lui. Ne le combattez pas, ne vous sentez pas étranger. Faites partie de l’harmonie et de l’équilibre qui règne ici. Vous avez été proie ce soir, mais demain vous pourriez aussi être prédateur. Il ne tient qu’à vous d’apprivoiser cette nature sauvage, d’en faire partie. Pour vous y sentir à l’aise sans rompre l’équilibre naturellement installé ici. »

    Il lui laissa un peu de temps pour comprendre et analyser ces paroles. Pour y voir les différents sens cachés derrière ses mots et se faire sa propre interprétation. Puis, après un temps de silence qu’il jugea suffisant il reprit.

    « Pourquoi exécrez-vous le fait de porter atteinte à quelqu’un ? Nous sommes tous nés et un jour nous mourrons tous. Demain peut-être ou dans dix ans. Qu’importe le temps ? Et en sachant ça, à quoi bon s’empêcher de vivre comme nous le devons ? La vie est trop courte pour ne pas en profiter pleinement chaque jour. Même si, pour cela, il faut soi-même ôter la vie d’un autre. Il ne tient qu’à nous de décider de ce que nous voulons faire de notre vie. Voulez-vous vivre dans la peur sans vous défendre ? Sans lutter pour votre vie ? N’avez-vous ni rêves ni espoirs ?... Ne laissez pas d’autres les briser et vous plonger dans le désespoir. »

    Il prit une nouvelle pose, sa respiration était lente et profonde comme celle d’un dormeur. Mais il ne dormait pas, il était même plus qu’éveillé. Bien sûr tout ceci n’était que ses propres théories et Meccaya n’était pas obligé de les croire ou de les suivre. Mais pouvait-il seulement avoir l’affront de nier les évidences dissimulées dans ses propos ?

    « La vie est une succession de voie plus ou moins tortueuses, plus ou moins sinueuses. Mais nous sommes libres de choisir. Nous avons tous à faire nos propres choix. Quels seront les vôtres, Meccaya ? Qui déciderez-vous d’être ? Vous contenterez-vous de vous complaire dans les codes de vôtre éducation ou bien prendrez-vous votre vie en main ? Personne n’a le droit de choisir pour vous à moins que vous-même ne les laissiez faire… »

    Il aurait pu continuer de disserter sur la liberté de choix jusqu’à l’aube et il n’hésiterait pas à se répéter si le neishaan lui demandait. Mais il ne voulait pas noyez son interlocuteur sous le poids de ses théories et dans le flot houleux de ses nombreuses questions. Il avait là déjà bien assez de matière pour s’interroger et se remettre en cause.
    Et puis le demi pouvait bien lui bourrer le crâne avec ses paroles, le choix restait tout de même sien. Il ne le choisirait pas pour lui, il n’en avait ni la volonté ni le désir. Il ne pouvait que lui donner les clés de ses libertés et le laisser accepter d’ouvrir les portes ou bien encore tout rejeter et continuer sur la voie de la facilité, celle, seule, qu’il connaissait.
    Quoique la décision de Meccaya puisse être, le demi ne le blâmerait pas. Et, d’une patience infinie, il se contenta d’un soupir satisfait en plongeant son regard abyssal dans les yeux noisette du jeune homme. De biens jolis yeux, il allait sans dire, mais surtout témoins de l’agitation que devait à présent ressentir leur propriétaire...
Meccaya Im'Awhël
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Lun 5 Jan 2015 - 17:18 Répondre en citantRevenir en haut

"- Je suis en apprenti guérisseur. La botanique est une partie de mes attributions."

Murmura le neishaan, machinalement. Ses pensées étaient bien ailleurs. Iel dévisageait Astère avec une attention multipliée par le mot "Ardent". Ce n'était sans doute pas le premier qu'iel voyait, mais c'était bien le premier face auquel iel tombait ainsi, nez-à-nez, avec la possibilité de parler entre quatre yeux. Loin des Kaerls et de leurs envies de guerres, loin des regards des autres… Bon, la situation n'était tout de même pas idéale, avec le Céleste complètement lessivé, le danger autour, l'inconfort de leur environnement… L'Ardent paraissait chez lui. Un avantage, peut-être. En tout cas, Meccaya reconnut que son maitre avait bel et bien eu raison: les Ardents n'étaient pas ces espèces de bestiaux assoiffés de sang et de plaisirs charnels que décrivaient certains textes. Celui-là ressemblait à un bipède absolument normal, vivant, capable de penser… Bref, il flattait l'humanisme de Meccaya et de son maitre. Mais en l'observant, le neishaan espérait découvrir ce qui, dans ce cas, faisait la différence entre eux deux. Ce qui faisait qu'Astère ne pouvait rejoindre son aérien Màr, ce qui empêchait l'androgyne de s'aventurer au sein du Màr Tàralöm. Iel allait le savoir bien tôt…

Un fantôme de sourire amusé s'insinua un court instant sur les lèvres de Meccaya. À ses yeux, naïveté et sottise se confondaient. Mais iel estimait n'être ni sot ni naïf. Bien sûr, iel savait qu'Astère pouvait être dangereux. Mais la confiance qu'iel lui offrait, iel avait choisi de la lui offrir. En partie parce qu'iel n'avait pas le choix, en partie parce que quelque chose lui soufflait que c'était ce qu'iel devait faire…
Une de ses mains partit mollement attraper une branche. Ou plutôt, la caresser, avant de se laisser tomber. Dommage, iel aurait apprécié de pouvoir se donner un peu de contenance. Ce que disait Astère ne lui plaisait pas. Enfin, ça avait au moins l'avantage de l'éclairer un peu sur les différence entre eux. Finalement, iel ne voulait pas savoir. Ils n'allaient pas être d'accord, et cette idée ne lui plaisait pas. Iel n'avait pas peur de la réaction d'Astère, non, mais disons qu'iel espérait juste ne pas se fâcher avec lui. Iel aurait aimé prouver qu'Ardents et Célestes pouvaient se croiser sans s'égorger…
Faire partie de l'harmonie ! Il en avait de bonnes ! Croyait-il vraiment que Meccaya s'efforçait de ne pas s'intégrer en ces lieux ? Iel avait voulu y mettre du sien, s'y fondre, mais… Quelque chose n'était pas passé. Iel ignorait quoi. La volonté n'avait pourtant pas manqué… Iel aurait aimé y parvenir, pourtant. Les livres vantaient si bien cet état… Mais la forêt restait une étrangère, une surface qu'iel caressait du bout des doigts sans parvenir à l'intégrer. Il avait de la chance, Astère. Iel aurait vraiment voulu lui ressembler sur ces points…

Avec attention et dans un silence qui ne manifestait pas même l'envie d'intervenir iel écouta encore Astère parler. Jusqu'au moment où ce fut à lui de répondre. Alors, bizarrement, iel parut gêné.
"- Vous rirez de moi." avoua-t-iel à mi-voix, remuant sur sa branche, à la recherche d'une nouvelle position plus confortable... Ou propice à se fondre avec les ombres. "Être en vie est la plus belle chose qui me soit arrivé." Astère pouvait peut-être le deviner: un enfant tel que lui n'aurait pas survécu, à l'état sauvage, ou issu de famille moins aisée. Iel était redevable à ses parents pour lui avoir offert une chance de faire cette expérience. "La vie est alors pour moi la valeur première. Je veux consacrer ma vie à permettre à d'autres de connaitre cela, et d'en profiter." Iel fit de son mieux pour se recroqueviller un peu sur lui-même. Iel n'aimait pas parler ainsi. C'étaient là des choses intimes. Mais iel ne pouvait pas envoyer Astère paitre. Ce n'était pas socialement correct, d'une part. L'ambiance dans cet arbre serait vraiment trop étrange dans ce cas. D'une autre part, Astère lui avait sauvé la vie. Alors iel pouvait bien au moins lui offrir cela.
"- Partant de cela, le plus grand crime à mes yeux est le meurtre. Donner la mort volontairement. Blesser n'est qu'une version adoucie de ce crime." Un coup d'oeil alentour. Comme s'iel craignait qu'on l'entende. À vrai dre, iel craignait qu'Astère l'entende, quand bien même iel parlait pour lui. Iel se rapprocha donc, presque à contrecoeur, pour pouvoir continuer à parler aussi bas, et être entendu: "Nous avons tous les deux réussi à sauver ma vie sans avoir à attenter à la sienne. Sans doute pouvais-je lui épargner cette blessure, si j'avais plutôt accepté… De me servir de ma voix." Le peu d'affection qu'iel avait pour cette voix, et la hantise qu'iel avait à s'en servir se lisaient très clairement dans cette dernière proposition. Son regard avait fui celui d'Astère. Iel s'était doucement mordu les lèvres. "Il y a toujours des moyens de vivre et laisser vivre. La mort est trop souvent une solution de facilité. Pour cela, je ne vois aucune faiblesse à n'être pas prédateur. Cela n'implique pas d'être une proie…" Non, le fait qu'iel soit proie, c'était uniquement dû au fait qu'iel était relativement mauvais dès qu'il s'agissait de survivre ou se défendre. Ou juste se comporter face à d'autres êtres vivants. "Aucune mort n'est légitime pour moi." Son charmant minois revint timidement guetter les émotions d'Astère, sur son visage. "Peut-être que c'est ce qui fait que vous êtes enfant de ces lieux, et moi non..."


Dernière édition par Meccaya Im'Awhël le Ven 30 Jan 2015 - 19:59; édité 1 fois
Astère Jan Neihya
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Lun 26 Jan 2015 - 23:32 Répondre en citantRevenir en haut

} C'est l'heure où les esprits dansent le pogo nuptial
L'heure où mes vieux kapos changent ma pile corticale
C'est l'heure où les morts pleurent sous leurs dalles de granit
Lorsque leur double astral percute un satellite

Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête {


    Astère ne quittait pas le neishaan des yeux. Un regard limpide et insondable de ceux qui ne laissent rien paraître des pensées et des sentiments. De ceux qui peuvent vous mettre aussi bien mal à l’aise qu’à l’aise. Enfin, de ceux qui suscite surprise ou indifférence. Ainsi était le regard d’azur d’Astère : impénétrable.
    Il écoutait le neishaan sans plus de commentaire, le laissant aller au bout de ses pensées, le laissant mettre à nu ses idées et, dans le même temps, lui dévoiler ce qui faisait qu’il était lui. Ainsi il était guérisseur et c’était son amour pour les plantes qui l’avait guidé jusque dans cette forêt. Le demi aimait les plantes, éléments de la nature si malléable et adaptable ; mais il aimait encore plus les animaux, tout aussi capables de merveilles lorsqu’il s’agissait d’adaptation. Il délaissa ses pensées, exposant ses propres pensées, avant de laisser Meccaya ne prendre la parole pour y répondre. Ils étaient si semblables et pourtant si différents. Astère se demanda un instant s’il aurait évolué différemment avec une mère dans sa vie pour participer à son éducation. Sans aucun doute. Peut-être regretterait-il plus amèrement de ne pas pouvoir rentrer chez lui. Peut-être ne serait-il même pas parti, qui sait ?
    Alors, il n’aurait pas eu à laisser de cadavres dans son sillage. Peut-être même que son mode de pensée serait différent. Après tout il n’avait intégré les théories sur l’équilibre que lors de son périple dans les îles d’Ys. Et peut-être serait-il actuellement dans un autre kaerl.
    Peut-être. Mais toutes ces absurdités n’avaient pas lieu d’être. Elles n’étaient que vaines suppositions d’un passé, d’un présent et d’un avenir qui n’avaient aucune existences. Elles n’étaient rien d’autres que des horizons sans substances. Une vie qui n’était pas la sienne. Un homme qui n’était pas lui.

    Il écoutait le jeune homme parler, lui confier ses espoirs, son point de vue, ses idées. Parler de choses intimes et parfois peut-être amères. Deux enfances opposées, deux visions de la vie différentes. Tout semblait les opposer s’il s’arrêtait aux premiers faits. Mais il y avait quelque chose chez Meccaya qui lui renvoyait sa propre image. Une souffrance dissimulée. La souffrance d’être différent. Et de ce fait, difficilement acceptée.
    Le commun des mortels n’aimaient pas ceux qui étaient différents. S’ils étaient assez courageux – ou assez vils – ils s’en débarrassaient pour ne pas les voir proliférer. Et d’autres étaient assez altruistes – ou faibles – pour garder contre eux ces êtres différents et les élever, les éduquer. Ah moins que ce soit par égoïsme ou par sadisme. D’aucun dirait aussi par amour, parfois. Après tout il était l’exemple même de l’amour. Un amour qui avait coûté une vie. Pouvait-il dire que sa mère avait été son premier meurtre ? Son père ne l’avait jamais tenu responsable de ce décès. Après tout, il n’avait pas choisi de naitre dans la douleur et le sang, ni d’être éduqué dans l’absence d’une présence féminine rassurante qu’il aurait pu appeler mère.
    Le neishaan souffrait visiblement d’une peine semblable, la douleur de la différence. Mais Astère ne savait laquelle et ne comptait pas demander. Il se contentait de l’écouter parler en le fixant, sans ciller.
    De temps à autres il lui arrivait de porter la main à sa joue et de gratter sa barbe naissante qui bleuissait sa peau claire. C’était un geste qui ne signifiait rien à part peut-être le gène occasionné par la repousse. Il n’aimait pas ces poils qui poussaient irrégulièrement sur son visage. Elle lui donnait l’occasion de ressembler un peu plus à son torhil de père. Et de rappeler les souvenirs et l’absence à sa mémoire.

    Il regarda le neishaan se rapprocher de lui, parlant d’une voix basse mais claire et compréhensible. Il avait visiblement peur que d’autres puissent l’entendre mais le demi doutait fortement que quelqu’un d’autre puisse être dans les parages. Ca n’avait pas d’importance, il le laissa faire sans se sentir agressé par cette proximité. Il ne craignait pas le jeune céleste et saurait agir avant même d’y penser si quoique ce soit arrivait. Mais que pouvait-il bien arriver de mal ? Le céleste encensait la vie et aimait permettre à d’autres d’en profiter. Faire du mal semblait au-delà de ses forces.
    Et pourtant Astère savait qu’il était impossible pour Meccaya d’être aussi pur qu’il le pensait, comme s’il était la perfection ou la bonté incarnée. Car tout un chacun possédait sa part d’ombre. Parce qu’ils étaient tous mortels, tous imparfaits. Car il n’y avait pas de lumière sans ombre, de bien sans mal. Et maintenant que le silence s’était à nouveau installé entre eux, le regard du neishaan le fuir pour s’accrocher à nouveaux à ses perles d’azur, il pouvait lui faire part de ses propres pensées, de ses propres questions.

    « Peut-être bien oui. Je suis les lois de la forêt là où vous tentez de contourner celles qui vous déplaisent. La nature est à la fois belle et cruelle. Elle ne connait pas la pitié, elle se contente de se développer et tente de survivre aux agressions auxquelles elle est confrontée. Il n’y avait nulle cruauté, nulle mal en cette majestueuse bête à vouloir vous manger. Elle suivait simplement son instinct, celui qui la pousse à se nourrir pour être forte et survivre. C’est la loi du plus fort. La seule loi que la nature connaisse. »

    Il marqua une courte pause pour reprendre sa respiration, rééquilibrer ses pensées et continuer de manière à arriver logiquement aux questions qu’ils voulaient lui poser.

    « Vous qui ne souhaitez prendre aucune vie mais permettre à tous de vivre vous allez contre cette loi. De ce fait vos chances de vous fondre dans la forêt s’amenuisent. Vous m’avez dit être guérisseur et votre intérêt pour les plantes me laisse penser que vous en user pour vos décoctions et vos soins. Mais qui vous dit que les plantes ne souffrent pas de ce que vous leur prenez ? Que ce soit leur feuille ou leur racine, n’est-ce pas là les abimer et les amputer d’une partie d’elle-même qui, alors, les rendront plus faibles et les empêcheront de survivre comme elles auraient dû ?... »

    Cette théorie pouvait être saugrenue. Après tout, pouvait-on dire que les plantes étaient des êtres vivants, capables d’éprouver de la douleur ? C’était une question difficile et aucun spécialiste ne s’était encore intéressé à la question visiblement. Il ne laissa pas le silence s’installer plus longtemps et entra dans le vif du sujet. Son regard se fit plus intense alors qu’il disait.

    « Il n’y a pas besoin d’arme ou de faire couler le sang pour faire du mal. Parfois il suffit d’un geste, d’un regard ou d’un mot. Vous ne pouvez savoir ce qui peut blesser les autres autour de vous. Peut-être savez-vous de quoi je parle. Je suis persuadée que vous avez déjà fait du mal à quelqu’un par le passé. Peut-être de manière involontaire, certes. Mais cela prouve que vous n’êtes pas l’être parfaitement pur que vous semblez penser être. »

    Ces mots étaient peut-être durs mais Astère n’était pas du genre à prendre des chemins de traverse pour s’exprimer et parlait sans ménager le neishaan, aussi désagréable que cela puisse être.

    « Nous sommes tous bons et mauvais en même temps. Certains penchent plus d’un côté que de l’autre mais même chez le pire criminel vous trouverez des qualités. Et, à l’opposé, vous trouverez des défauts chez l’être le plus gentil que vous puissiez connaître. Et peut-être qu’il vous arrivera de sauver des vies qui n’en valent pas la peine… Des vies qui alors en prendront d’autres. »
Meccaya Im'Awhël
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Sam 31 Jan 2015 - 15:37 Répondre en citantRevenir en haut

Meccaya s'était tu, écoutant son camarade d'arbre. Iel avait détourné l regard, comme s'iel était en train de se faire réprimander. La différence étant, iel l'espérait, que contrairement à ses parents, Astère n'irait pas lui demander de le regarder dans les yeux. Ce n'était pas tant qu'iel se sentait écrasé par ce qu'il lui disait, comme une vérité à laquelle iel venait d'être exposée et qui aurait fait de sa vie entière une erreur, une bêtise aux conséquences honteuses. C'était plutôt qu'iel n'aimait pas aborder une conversation ainsi. Iel aurait dû s'en douter, iel aurait dû se rappeler que, s'iel n'aimait pas parler ainsi de ce qui lui tenait à coeur, c'était en partie parce qu'iel savait que c'était prendre le risque d'entendre des voix contraires. Oh, iel n'avait rien contre cela, chacun avait son avis, sa façon de voir les choses mêmes les plus élémentaires de ce monde, apprécier à sa façon les grandes questions qui le composaient et trouver les valeurs et idées qu'ils suivraient. Mais lui, iel n'avait pas envie d'argumenter pour expliquer ce qu'iel pensait, iel n'avait pas envie de défendre son point de vue auprès de quelqu'un d'autres, et pas envie d'effleurer l'idée d'éventuellement changer.

Alors au fur et à mesure qu'Astère parlait, le mien cherchait un échappatoire, un sujet ébauché sur lequel il aurait pu se jeter. Iel avait un peu froid, regretait de ne pas s'être vêtu plus chaudement, se recroquevillait un peu sur lui-même. La loi du plus fort… Une loi qui n'avait aucune valeur à ses yeux. S'ils voulaient vivre dans une société évoluée, alors il fallait oublier cette loi. C'était là le lot et la force des hominidés. Ils étaient différents des autres bêtes, par l'impact que pouvaient avoir leurs actes. C'étaient à eux de s'adapter à cette nouvelle force pour ne pas en faire quelque chose de destructeur.
Nerveusement, iel jouait avec l'écorce de l'arbre, cherchant quoi dire, quand Astère lui épargna cette peine à coups de cris de la carotte. Bien que la théorie soit, disons, particulière, elle n'était pas exclue de l'esprit de l'androgyne. Que croyait donc cet homme-là ? Que cela lui faisait plaisir de n'avoir pas le soin dans son sang, de n'avoir pas à utiliser son énergie pour soigner, plus simplement ? Iel était le premier à déplorer l'absence de toxine au bout de ses doigts. Sans qu'iel se soit aperçu du regard d'Astère, un léger frisson parcourut sa nuque. Iel était occupé à observer ses propres doigts, traitres doigts de neishaan.

Lesdits doigts vinrent se crisper sur sa tunique, au niveau de son bras, alors qu'iel écoutait encore Astère. Le sommeil l'attirait, et iel regrettait avec amertume de ne pouvoir dormir cette nuit. Et Astère, il l'embêtait. Le croyait-il vraiment bête au point d'en vouloir à la bête qui s'était attaqué à lui ? Le croyait-il prétentieux au point de s'estimer blanc comme neige ? Certes, il ne le connaissait pas, mais tout de même, c'était marqué sur son front ! Quand son interlocuteur eut achevé de parler, Meccaya eut l'esquisse d'un soupir, avant de murmurer, assez doux:

"- Estimer si une vie n'en vaut pas la peine, ce n'est pas mon travail. Que ces vies en prennent d'autres est un risque. Si je voulais minimiser ce risque, je ne soignerais personne. Ce n'est pas le cas."

Iel crut entendre un craquement, au-dessus d'eux. Levant le nez vers les feuillages, iel ne vit que des ombres indistinctes qui lui parurent inertes. Froncement de sourcils, mais il continua:

"- Je vous parlais d'un idéal. Nul ne peut être totalement bon, mais nous pouvons tendre vers quelque chose. Chercher ce à quoi nous voulons ressembler pour nous améliorer, exprimer notre potentiel. C'est ainsi que nous pouvons construire un monde mieux encore. Un monde qui permet aux enfants tels que moi de survivre." Iel haussa les épaules. "C'est mon avis. Mais je comprendrais très bien que vous estimiez que je n'ai pas ma place en ce monde." De toutes façons, l'avis d'Astère, iel s'en moquait pas mal. Il n'était pas le premier, il ne serait pas le dernier à se dire que les enfants de sa nature ne valaient pas qu'on peine à les maintenir en vie. Mais un dragon estimait qu'iel devait vivre, c'était suffisant. "Les animaux doivent être pour vous une sorte d'idéal, non ?"
Astère Jan Neihya
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Dim 1 Fév 2015 - 23:11 Répondre en citantRevenir en haut

} Blow a kiss, I run through air
Leave the past, find nowhere
Floating forests in the air
Clowns all around you {


    Il imposait son regard impénétrable au neishaan, qui lui, avait choisit de tout faire pour ne pas le regarder. Ses yeux semblaient tour à tour fixer sur ses pensées et sur ses doigts. Il devait l’écouter parler et son agitation, sa manière d’échapper à l’emprise de ses opales, ses petits tics dont il ne semblait pas se rendre compte étaient autant de signent lui montrant son trouble. Visiblement ses pensées antagonistes ne lui plaisaient pas et son discours non plus. Ils étaient deux opposés que les dieux, dans leur mystère infini, avaient choisi de réunir dans cette nature sauvage et magnifique. Quelle était le but de cette manœuvre ? Astère ne voulait pas le savoir, il préférait se dire que le hasard et la destinée guidaient ses pas.
    Cette rencontre n’était pas anodine, elle devait lui apporter quelque chose, il en était certain. Pourtant, pour l’instant, il ne ressentait rien. Il était comme une coquille vide, la toile blanche que l’artiste n’avait pas encore peinte. Son âme était noircie par son vécue et il savait qu’il n’y avait pas de retour en arrière pour lui. Il était condamné à être l’assassin qu’il était jusqu’à la fin de sa vie. Etrangement, cette vérité, pourtant cruelle, ne le rendait pas triste. Il n’admirait pas la pureté et l’innocence de Meccaya. Car il pouvait commencer à voir transparaitre dans ses gestes et ses paroles son côté sombre. Et ça rendait leur confrontation un peu plus intéressante.
    S’il avait un jour l’opportunité de tout recommencer, il ne changerait rien. Sa personnalité s’était construite sur ses rencontres et ses actes. Et il n’y avait aucun détail qui lui semblait primordial qu’il change. Il ne détestait pas ce qu’il était devenu, en déplaise à des personnes comme le neishaan en face de lui qui semblait vouer une importance capitale à la vie de tout un chacun. Le demi ne pouvait envier une telle candeur mais il admirait sa conviction à penser ainsi et, têtu, à ne pas en démordre.
    Au fond, Astère savait que la vie apprendrait tôt ou tard à Meccaya qu’il se trompait. Et qu’il y avait des vies qui ne valaient pas la peine d’être sauvée. Qu’il y avait des vies si salies qu’il était même plus salutaire pour leurs races respectives de les laisser s’éteindre. La nature commettait parfois des erreurs, comme pour tous, elle était imparfaite.

    Doucement, il commençait à se rendre compte que pour maintenir cette conversation, le jeune homme luttait contre le sommeil. Il y avait des signes qui ne trompaient pas, comme son appui contre la branche, et certains de ses changements de position. Il écouta le bruissement des feuilles au-dessus de leur tête sans y prêter plus attention. Ce son lui semblait trop léger pour avoir été produit par un animal pouvant leur être nuisible. De toute manière, il ne dormirait pas cette nuit, il était près à lutter si la moindre attaque survenait.
    Meccaya n’avait pas totalement tort, qui était-il pour juger qu’une vie valait mieux qu’une autre ? Mais Astère ne jugeait pas. Il l’avait rarement fait. Il avait été l’exécutant, la marionnette jusqu’à sa rébellion. Il avait choisi de ne pas penser. Et ne le regrettait pas non. Il n’avait pas de remord après avoir pris son lot de vie. Et il n’en aurait pas plus à tuer encore. Son dernier assassinat n’était du reste, pas très vieux.
    Quelqu’un comme Meccaya serait sans doute ébranlé d’avoir du sang sur les mains. Mais quelqu’un comme lui n’avait pas assez foi en ses semblables pour se sentir coupable de ses crimes et chercher à se repentir. Les soigner ne lui avait d’ailleurs jamais traversé l’esprit alors qu’il prenait soin de livres et d’animaux comme de la prunelle de ses yeux.
    Il laissa le neishaan aller au bout de sa réflexion sans le couper, parler de son idéal, de comment l’humanité pourrait œuvrer pour être meilleure. Astère pensa amèrement que la cupidité de ses pairs étaient bien trop fortes et que dans le cas où une majorité choisirait d’œuvre pour la paix, une minorité se chargerait de leur rappeler qu’ils étaient tous différents et que leur idéal n’était pas tous la paix.
    Il avait lui-même par exemple, choisi la liberté. Au prix de celle d’autrui s’il le fallait. Mais il ne permettrait jamais à qui que ce soit d’entraver sa liberté. Ses libertés. Même si pour cela il fallait payer le prix du sang. Et Mecca n’avait pas totalement raison, les animaux n’étaient pas pour lui une sorte d’idéale. Ils pouvaient être un exemple dans leur manière de vivre, dans leur hiérarchie, dans leur respect des anciens mais aussi dans leur acceptation de la mort et sa reconnaissance. Mais ils n’étaient pas idéaux, eux aussi possédaient leurs failles et leurs faiblesses.

    « Pour moi, il n’y a pas d’idéal en ce monde. Et je ne cherche ni à l’imaginer ni à le chercher. Nous sommes faits de qualités et de défauts et votre idéal est factice, j’en ai bien peur. Vous pouvez, à votre niveau, tenter d’améliorer la société viciée dans laquelle nous évoluons. Mais il y aura toujours une part plus ou moins importante de personnes qui n’adhèreront pas à votre vision des choses. Pire même, certains feront en sorte de vous montrer à quel point votre vision est idéaliste et n’est rien de plus qu’un rêve… »

    Il soupira, ne sachant pas comment convaincre le neishaan de consentir à accepter cet état de fait. Il esquissa un haussement d’épaule et finit par répondre à sa dernière question.

    « Je crains fort que non. Il y a des choses que j’admire dans le monde animal et que je déplore dans notre civilisation. Mais comme toute chose, ils possèdent leurs propres faiblesses. Il ne sont pas des êtres parfaits, leur instinct sera toujours plus fort que d’éventuelles sentiments ou ressentis. Il n’ont pas la capacité d’agir après une longue réflexion comme nous le pouvons. Mais ce dernier point est aussi l’une de leur force principale force : il n’y a rien en ce monde qui prime sur la survie de leur espèce, ni la cupidité, ni le pouvoir, ni l’envie…. »

    Il laissa là son explication puis choisit de revenir sur un détail qui l’avait frappé par deux fois dans leur conversation.

    « Vous parlez des êtres comme vous, mais je crains de ne pas comprendre, que sous-entendez-vous ? Quelle différence fait qu’il a été, est, et sera parfois difficile pour vous d’évoluer dans ce monde ? Et je crains de faire un bien piètre juge à savoir si vous devez vivre ou mourir. Ma propre condition fait que j’ai pris pour habitude d’accepter tout un chacun sans le juger…»
Meccaya Im'Awhël
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mer 4 Fév 2015 - 19:56 Répondre en citantRevenir en haut

Theme song

Meccaya ferma les yeux, un peu las. À travers son échange avec Astère, la façon dont le cheminement de leurs pensées différaient, iel avait l'impression de frôler du doigt la soi-disant distance entre Célestes et Ardents. Plus que les idées, c'était une façon de concevoir et percevoir le monde qui les séparaient tous. Un bref instant Meccaya se demanda à quoi pouvaient bien ressembler les guérisseurs ardents. Ce Màr qu'on lui avait décrit, était-il vraiment aussi sombre dans les faits que dans les yeux des Célestes ? Ou était-il différent, de même qu'Astère, mais qui avait pris sa teinte sombre en passant dans les yeux et l'esprit de Célestes ?
L'androgyne, lui, n'avait rien contre Astère, et était loin de le trouver sombre, mauvais. En cela, d'ailleurs, iel songeait que l'homme de la forêt et lui n'avaient pas la même notion d'idéal. Meccaya se moquait éperdument que d'autres n'aient pas le même idéal que lui, ne cherchait nullement à l'imposer le sien. Astère n'avait pas le même avis que lui ? C'était une chose des plus normales, iel ne saurait l'en empêcher. De même, iel aurait fort peu apprécié qu'Astère cherche à lui imposer sa vision des choses. Malgré la distance de leurs mots, leurs définitions qui différaient et la difficulté manifeste qu'ils avaient à se comprendre, ils devaient avoir des points communs. Au moins un, dans leur façon d'agir vis-à-vis des idées d'autrui. Et ce point commun là était un des meilleures atouts d'Astère, du point de vue du neishaan.
Ce qui le lassait, alors ? Iel avait envie de briser cette distance, iel avait envie de continuer, de briser la pseudo-distance entre eux, prouver au monde que c'étaient là des foutaises, et en apprendre plus sur cet autre Kaerl. Iel aurait aimé amener Astère sur un terrain où tous deux auraient pu mêler leurs pensées ou les fusionner, au lieu de les laisser parallèles. Mais la fatigue ralentissait ses efforts, l'inconfort parasitait ses pensées. De plus, iel avait la désagréable impression qu'ils s'étaient avancés sur un terrain où ils ne pourraient trouver d'entente.

Cette même fatigue était peut-être ce qui l'empêchait, d'ailleurs, de chercher à argumenter ses points de vue. Faire l'éloge de la réflexion sur l'instinct, et entendre Astère réagir à cela. Mhpf, cette branche était définitivement trop peu confortable. Et son interlocuteur, lui, semblait si bien installé ! Comme dans un fauteuil ! À geste lents, prudents et pourtant malhabile, Meccaya bougea pour se hisser sur une branche presque adjacente, quoi que légèrement plus haute. Certes, iel serait ainsi un peu plus loin d'Astère. Mais au moins, son dos serait appuyé. Et s'iel tombait ? Eh bien… En toute logique, iel aurait mal. Quoi, que voulez-vous que je vous dise ? Au point où iel en était, le risque valait la peine !
De plus, ce mouvement lui permettait de ne pas répondre tout de suite à la question d'Astère.
Gênante question. Bon sang, et dire qu'iel avait fait tant de sous-entendus ! Lui qui était si prudent ! Rien n'allait plus. C'était de la faute de cet homme des bois, aussi ! Il avait une façon de parler qui faisait penser à Meccaya qu'il ne lui ferait aucun mal. C'était oublier que les mots pouvaient blesser également. Malgré la remarque d'Astère disait qu'il ne le jugerait pas, Meccaya ne pouvait s'empêcher de regretter de les avoir amenés à parler de cela. Iel ne pouvait plus reculer. Seuls, sur le territoire d'Astère… C'aurait été fort peu délicat, et habile. De plus, ç'aurait été insulter l'intelligence de son camarade. Iel ne voulait pas le faire. Astère valait mieux que cela. Mais valait-il de savoir quelque chose qu'iel n'offrait qu'à une poignée de personnes proches ?
Peut-être bien. Iel voulait croire en cet Ardent-là.

"- J'étais un enfant de faible constitution. Et très tôt, on a su je ne pourrai donner d'enfants. Si ma famille avait été moins aisée, je n'aurais sans doute pas survécu."

Injustice de la nature, mais justice recrée par les Hommes. Iel caressait l'espoir qu'un jour les familles les plus pauvres pourraient garder leurs enfants en vie. Peut-être que l'un d'eux deviendrait soigneur, sauveur de monde, peut-être que l'un d'eux avait dès la naissance un dragon qui l'attendait en Tol'Orëa. Ces enfants-là devaient être protégés, comme lui l'avait été. Iel était plus que reconnaissant envers le destin et envers sa famille, bien qu'iel conçut que son sort puisse paraitre inique.
Installé, plus ou moins en équilibre, le neishaan craignait autant qu'iel attendait la réaction d'Astère, et son regard faisait des allers-retours entre lui et les ombres, passant de "je veux voir ce à quoi tu penses" à "par les dieux, je ne veux pas voir à quoi tu penses". Mieux valait changer de sujet. Mais le seul qu'iel trouva fut bien plus pragmatique:

"- Vous parvenez à dormir, sur ces branches ?"

Tant une véritable question qu'une demande de conseils. Car lui, iel ignorait totalement comment cela était possible.
Astère Jan Neihya
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Jeu 5 Fév 2015 - 12:08 Répondre en citantRevenir en haut

} Now the day has come
We are forsaken this time
We lived our lives
In our paradise
As Gods we shaped the world around {


    Il était vrai que pour quelqu’un né avec une cuillère en argent dans la bouche la branche et dans le même temps, l’arbre, ne devait pas être des plus confortables. Mais pour un homme tel qu’Astère qui était né dans une famille modeste mais surtout qui avait voyagé parfois sans beaucoup d’argent, cette branche, et bien cette branche pouvait presque être un luxe. Il lui était arrivé de dormir à même le sol chez des hôtes chaleureux mais pauvre. Il lui était aussi arrivé de dormir dehors l’hiver avec pour seule chaleur et compagnie sa jument. Le pire avait sans doute été d’être obligé de dormir à la belle étoile par temps venteux et pluvieux. Car même avec la construction d’un abri, le vent changeant ramenait la pluie froide à l’intérieur.
    Alors ma foi, cette branche, par cette nuit chaude et magnifique, c’était du confort. Peut-être pas royal, mais du confort quand même pour le demi. Il laissa Meccaya réfléchir, hésiter puis choisir de gagner un peu de temps en se déplaçant. Le neishaan avait choisi de changer de branche pour, comme lui, s’installer contre le tronc. Il était un peu plus loin et Astère ne le voyait plus que du coin de l’œil mais ça n’avait aucune sorte d’importance pour lui : il ne craignait rien en sa compagnie et pouvait donc se permettre de le perdre de vue quelques instants.

    Il savait que ce serait court à présent car la fatigue était clairement visible sur les traits de son visage et Astère se rendait compte qu’il luttait pour ne pas dormir. Il ne comprenait pas ses motivations – qui étaient forcément différentes des siennes, au vu de leurs pensées et agissements – mais au fond il n’en avait cure.
    Meccaya n’avait pas encore répondu à sa question mais il n’était pas impatient. Après tout, à sa place, il aurait peut-être choisi de ne pas répondre. Peut-être le neishaan était-il comme lui, un peu secret. Peut-être n’aimait-il pas dévoiler ce qui appartenait au passé. Le passé avait encore un impact important sur lui et pourtant il n’aimait pas en faire mention. Alors il prit son mal en patience, laissant le temps au jeune humanoide frêle de s’installer un peu plus confortablement. Et la révélation finit par arriver et avec elle une certaine compréhension.
    Ainsi il était le fils d’une famille aisée et était de faible constitution à la naissance. Dans l’esprit d’Astère, le « faible constitution » appartenait toujours au présent, il ne trouvait pas le jeune homme très épais. De plus il avait été facile de le faire monter dans l’arbre, preuve flagrante de sa légèreté. Par contre, le demi ne compris pas vraiment en quoi cette faiblesse l’empêchait de procréer s’il en avait envie. Après tout, ce n’était pas à lui de porter de de mettre au monde l’enfant.
    Ainsi était la réflexion d’Astère qui, malgré les traits doux du neishaan, le voyait comme un membre à part entière de la gente masculine. Pour autant il décida qu’il était temps d’arrêter le jeu des questions réponses ici. Il pourrait toujours lui demander une autre fois s’ils se croisaient à nouveau et s’il en avait envie.

    Comme Astère ne pouvait plus vraiment voir Meccaya, assit presque parallèlement, il ne vit pas le doute et la crainte qui le tiraillaient. Du reste, le pauvre neishaan n’apprit pas ce qu’il voulait savoir (ou ne voulait pas savoir, au vu de sa contradiction), puisque le demi décida de répondre à sa nouvelle question sans plus s’attarder sur ses considérations physiques. Et il comprit que cette petite question innocente ne l’était pas totalement. Il pouvait deviner au son de sa voix et dans la formulation que la question attendait une autre réponse que simplement « oui » ou « non ». Ca ne le dérangeait pas outre-mesure, ainsi le neishaan irait dormir et il retrouverait la paix et la solitude qu’il affectionnait tant.
    Il répondit donc de manière un peu plus complète que ce qu’il aurait habituellement fait.

    « Oui, mais je doute que, quoique vous tentiez, vous parveniez à trouver une position réellement confortable pour vous. J’ai connu bien pire, pour moi cette branche, cette arbre même, relève d’un luxe que j’ai très peu connu. »

    Il marqua une légère pause puis reprit.

    « Personnellement, tout dépend de l’arbre. Mais pour les rares heures de sommeil qui vous restent avant l’aube, contentez-vous de rester appuyé contre le tronc, fermer les yeux, et partez au Tel’Aran’Rhiod. Et, surtout, évitez de trop bouger dans votre sommeil. »

    Il savait que son imagination ferait le reste et que la fatigue l’emporterait sur l’inconfort. Il ne rajouta pas que, de toute façon, il se lèverait avec des courbatures et des douleurs répandues dans tout son petit corps. Ca n’avait pas d’importance et il le découvrirait bien assez tôt. Les nuits n’étaient ni longues ni courtes mais ils avaient passé un petit moment à discuter. Astère leva la tête et regarda la lune et les étoiles dans le ciel.
    Oui, quelques heures et le soleil colorerait le ciel de pourpre et de rose. La rosée se formerait sur les feuilles des plantes environnantes. Il se sentirait vivant et frais comme aux premiers jours de sa vie.

    Et quand l’aube arriva enfin, il descendit de l’arbre et bu l’eau fraiche de la rivière pour calmer sa soif. Puis, laissant le neishaan se débrouiller pour retrouver son chemin et rentrer chez lui, il alla vérifier ses pièges à lapin et cueillir de nouveaux fruits pour son petit déjeuner. Il avait ainsi le temps d’explorer un peu plus la Sylve et ses paysages enchanteurs.
Contenu Sponsorisé





MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:22 Revenir en haut

Montrer les messages depuis:      
Poster un nouveau sujetRépondre au sujet


 Sauter vers:   



Sujet suivant
Sujet précédent

Index | forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001/3 phpBB Group :: Dgf GuildWars :: Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Traduction par : phpBB-fr.com
Create by dagonfield genesis :: by nerevare

Anneau des JpC par TourDeJeu