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 [RP] Atque in perpetuum, frater, ave atque vale. Sujet suivant
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Helge Solringen
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MessagePosté le: Mar 9 Déc 2014 - 13:43 Répondre en citantRevenir en haut

Asinien, Gaïaku 918


Dans le silence poudreux de la bibliothèque, rien ne bougeait. Les milliers d'opuscules, alignés avec soin le long des rayonnages, distillaient leur poussière fine dans le mutisme impénétrable du lieu où rien de ce qui vivait et se mouvait ne pouvait réellement paraître à sa place, exceptée peut-être la longue silhouette revêtue de noir qui se dessina, l’espace d’un instant, entre deux murs de livres avant de se fondre à nouveau dans la pénombre grise du jour. Les hautes fenêtres garnies de vitraux verdâtres laissaient filtrer une lumière uniforme, trahissant l’averse lourde et drue qui avait noyé le ciel depuis plusieurs heures ; tout semblait si paisible, alors, et l’on n’entendait qu’à peine le son très doux de la pluie qui ruisselait gaiement sur les toits, réveillant parfois quelques échos fugaces sous le plafond immense.

Merryn exhala un soupir léger, leva la tête dans une prière muette et quitta le seuil de la bibliothèque pour s’avancer, laissant à dessein le bruit de ses pas troubler le silence pour se manifester à l’attention vagabonde de son apprenti. Du regard, elle fouilla l’ombre, plissant légèrement les paupières pour mieux distinguer enfin où était Helge. Aperçu de loin, il ressemblait à l’un de ces insectes que l’on voit s’affairer avec une obstination lente et inébranlable, absorbé dans une tâche incompréhensible dont il était le seul à connaître les tenants et les aboutissants. Il était dans son monde, au point de ne pas vérifier où il marchait, les bras chargés de livres, en déposant certains sur le bord des étagères, laissant d’autres sur un petit bureau coincé dans l’embrasure d’une fenêtre, soufflant parfois la poussière sur une couverture et inspectant quelques pages d’un œil avisé. Ses pas semblaient savoir d’eux-mêmes où aller, ses mains où se poser, comme s’il eut pu accomplir son travail les yeux fermés et il paraissait même être la seule chose vraiment à sa place ici. Merryn l’observa encore un moment, sans que Helge ne se rende compte qu’elle était présente ; cela arrivait fréquemment et car il pouvait demeurer là pendant des heures à ignorer totalement ce qui pouvait se produire autour de lui tant son intérêt pour le monde extérieur était inexistant tant qu’il lui restait quelque chose à faire.

Elle émit un toussotement léger qui n’obtint pas de réponse, et éleva doucement la voix.

— Helge ?

Le jeune homme se figea sur place quand il entendit son nom et leva un regard lunaire sur sa maîtresse. Il papillonna des paupières pour ajuster sa vue rendue incertaine par la pénombre qui régnait dans la bibliothèque et esquissa un sourire, puis salua poliment. Une pensée vagabonde fila dans son esprit encore tout occupé à réfléchir à ce qu’il faisait : pourquoi était-elle là ? D’ordinaire, elle prenait la peine de ne pas le déranger dans son travail, et le laissait achever avant de lui rendre visite, ce qu’elle faisait régulièrement. Cette fois était différente, et il y avait quelque chose dans l’expression de son visage qui n’était pas habituelle. Était-ce de l’inquiétude ? Helge n’aurait su dire ; cela était pour lui un langage obscur auquel il n’entendait pas grand-chose.

— Qu’y a-t-il, maîtresse ? s’enquit-il en déposant délicatement son chargement sur le bureau.

Il la vit hésiter, l’espace d’un instant, avant qu’elle ne lui explique qu’un visiteur désirait le rencontrer, sur l’heure. Il devait la suivre, toutes affaires cessantes, et ceci étant annoncé, elle se détourna bien vite pour s’éloigner. Le jeune homme, troublé, remit un peu d’ordre dans ce qu’il avait laissé sur place, se promettant d’y revenir une fois que cela serait réglé, et se hâta sur ses pas.

Merryn évita clairement le regard de Helge durant le temps qui fut nécessaire pour atteindre la pièce où on recevait d’ordinaire les invités. Le malaise devint vite palpable, même pour ce dernier, qui sentit un étrange pressentiment lui saisir le ventre dans un étau de glace. Était-ce encore une manœuvre de son père ? Cela ne pouvait être guère que cela pour perturber à ce point son impavide maîtresse qui avait su jusque là le protéger des obstacles qui avaient pu se dresser sur sa route et qui l’avait toujours gardé sous son aile. Il ralentit le pas sans même s’en rendre compte, guettant l’expression de Merryn qui allait obstinément droit devant elle, sans rien dire de plus, ne cherchant pas à apaiser les craintes du jeune homme qui suivit à contrecœur, n’éprouvant que la furieuse envie de disparaître, de s’enfuir et de retourner à son étude.

En arrivant au vestibule, la première chose qu’il remarqua était que ses affaires étaient déjà préparées : sa harpe, son écritoire et l’essentiel de ses effets personnels, ceux qu’il ne quittait jamais, étaient soigneusement enveloppés de toile et sanglés comme pour un long voyage. Il leva un regard d’incompréhension paniquée vers Merryn, mais celle-ci se contenta de désigner la femme qui se tenait à l’autre bout de la pièce. Helge fronça le nez en la voyant, mais salua avec toute la politesse guindée dont il pouvait faire preuve lorsqu’il était contrarié et inquiet. La peur lui glaçait les entrailles, lente, rampante, mordante comme la bise d’hiver, et ses paumes tremblaient quand il les enfouit dans les longues manches de son manteau poussiéreux.

— Maîtresse ? lança-t-il d’un ton presque implorant en se tournant vers Merryn. Que se passe-t-il ? Dois-je partir ?

Sa voix, d’ordinaire si suave, vacillait et se nouait dans gorge.

— Je suis navrée, mon garçon,répondit celle-ci en glissant doucement sa main à sa joue. Je suis toute aussi surprise que toi, mais ni toi ni moi n’y pouvons rien : ta place n’est plus ici, désormais. Et pour toujours, mon frère, adieu et porte-toi bien.

Ces derniers mots, les vers d’un poème que Helge affectionnait particulièrement, amenèrent un sourire tremblant aux lèvres du jeune homme qui ne trouva que dire, sinon contempler le regard si triste de la vieille femme et cet éclat de fierté qu’il s’étonnait d’y déceler. Il serra entre les siennes la main qu’elle avait portée à son visage et s’inclina, baisant le bout de ses doigts, avant de se détourner lorsque Merryn se racla discrètement la gorge pour s’adresser à leur mystérieuse invitée :

— J’en ai terminé, dame Gowart. Il est à vous, à présent.

Et puis, ce fut tout. La vieille magicienne s’en fut sans se retourner, allant d’un pas vif comme on abandonne derrière soi une tombe, alors que Helge demeurait là, pris dans l’étau d’un douloureux effroi. Pourtant, il y eut quelque chose, chez la celle avec qui on le laissa seul, qui lui plut : elle dégageait quelque chose, un charisme brutal et glacial qui trouvait dans l’esprit figé du jeune homme une étrange résonnance. Elle n’avait rien de commun avec Merryn, avec sa grâce altière de reine vénérable qui portait la dignité comme un joyau, remplie d’une douceur pudique, mais face à cette froide aura qui émanait de cette femme, Helge n’éprouva nulle crainte, seulement un profond respect. Elle semblait façonnée du même fer tranchant, de la même substance forgée et martelée que celle que l’on coule pour en faire les plus meurtrières des armes, implacable, inébranlable et sans faille.

À elle, à présent ? Qu’est-ce qu’une guerrière de sa sorte pouvait bien faire d’un rat de bibliothèque comme lui ? Au-delà du choc de découvrir en quelques instants que sa vie ici était terminée, Helge était curieux. Son esprit fourmillant s’élançait déjà, échafaudait les hypothèses. Merryn avait dû apprendre assez tôt ce qu’il allait advenir de lui, sans quoi elle n’aurait pas eu le temps de faire préparer ses affaires pour le départ, et n’en avait rien dit, retardant le moment fatidique des adieux, quitte à le surprendre au milieu du jour comme elle l’avait fait. Helge ne savait que penser. C'était comme si tout s’était mué en un rêve éveillé, où il évoluait, hagard, comme si les minutes ne s’écoulaient plus de la même façon et qu’il refusait de croire ce qui se passait, ces paroles qu’elle avait prononcées.

Il semblait à présent que son existence soit tombée entre les mains de cette dame. Ne restait plus qu’à découvrir de quoi son futur serait fait.
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MessagePosté le: Mar 9 Déc 2014 - 13:43 Revenir en haut

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Gueralt Deux-Chiens
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MessagePosté le: Dim 14 Déc 2014 - 21:35 Répondre en citantRevenir en haut

(Ce poste sera corrigé dans la semaine)



Yeesha, et la verte Kinarith


Le regard d'acier de Yeesha venait tout juste se poser sur Helge que déjà son faciès se mue en une moue dubitative. Maigre et maladif voilà les premières impressions qui avaient fusé dans son esprit alors que l'humain venait de passer le pas de la porte. Quel triste aspirant cela allait donc faire... Enfin, les plus faibles étaient certainement ceux qui avaient le plus besoin d'une maitresse de sa trampe. Une fois que la vielle Meryn eut quitté la pièce, la maitresse verte prit d'uatorité un siège qui se trouvait là, ses mains vif glissant le long des acoudoirs, le dos parfaitement appuyé dans le dos du siège, alors qu'elle analysait ce doué avec la plus grande patience, sans pour autant lui décrocher un seul mot.

Depuis que l'interstice s'était rouvert, depuis la chute de Drazahir, Yeesha n'avait cessé d'arpenter le monde de Rhaëg, à la recherche tout à la fois de nouvels armes, de nouveau talent et de surtout de nouveau doué pour redonner vie à son Kaerl. Le Màr avait eut à déplorer beaucoup de perte, et l'elfe laissait un point d'honneur à ramener dans son giron tout les doués dont elle pourrait croiser la route. Finalement c'était au détour d'Asinien, ici, dans les froides terre de Vaendrak que sa chère liée, Kinarith, avait trouvé la trace du don. Une trace faible, discrète presque... peureuse, à coté de laquelle elles avaient faillit passer. Mais l'occasion était trop belle et toutes les deux s'étaient aussitôt arrêter. Yeesha s'était rendu d'elle même à la guilde des érudits, aidée par les informations de sa liée qui avait tenue à l'accompagnait.

Ici, son autorité naturel, ses allures de femmes d'importance, et quelques pièces d'or bien disposé lui avait permit d'obtenir d'investir les lieux. Prétendant être venu chercher un éleve au nom d'une affaire qui ne regardait qu'elle et ses supérieurs, elle avait réussi à obtenir par le billet de cette vieille archiviste qui visiblement lui servait de maitresse, le nom de celui qu'elle était venu chercher.
Il avait suffit à sa dragonne d'utiliser quelques ressorts magique propre à sa race pour la convaincre, et voilà qu'elle lui amenait son protégé sur un plateau d'argent.

Bien sur tout cela aurait été plus simple si elle était entré de force dans la guilde pour s'emparer de lui, mais bien sur, en ville, entre la milice citoyenne, et le nombre d'habitant, agir ainsi devenait plus problèmatique et avoir recours à son dragon devenait tout de suite moins aisé. Mais en un peu plus de deux heures, Yeesha était finalement parvenu à ses fins.

Tout ces efforts pour finalement obtenir un aspirant chétif, pâle et maigrelet. Enfin, chacun ses talents. Pour avoir obtenu un poste au sein de la guilde des érudits, il devait au moins y avoir l'esprit à défaut de la forme physique. Et l'un comme l'autre se devait d'être perfectionné pour servir son Kaerl.

Prenant une large inspiration, sa première phrase tomba sèche et sans appel dans la petite pièce dans laquelle tout les deux se tenait.

« Prenez vos affaires. Nous partons. Nous allons traverser la ville à pieds. »


Elle attendit un instant la réaction du jeune homme. Allait il se renfrogner, se soumettre sans oser piper mot, ou encore refuser tout bonnement ? Les premières réactions étaient souvent celles qui en disaient le plus long. De ce premier échange allait peut être dépendre l'ensemble des rapports qu'elle établierai avec ce futur aspirant. Comme tout les autres il ne tarderait pas à la détester avant de se rendre compte qu'il lui devait beaucoup. Cela était écrit dans le marbre, et même après toutes ces années aucun n'avait fait exception à cette régle. Aucun non plus ne semblait aussi... Aussi transparent que lui. Peut être que ce rat de bibliothèque allait réussir à le surprendre... Qui sait ?

Se levant d'un bond, elle ouvrit la porte à la volé et s'engagea dans le vestibule qui devait mener à la sortie, lui lançant par dessus son épaule :

« En avant Solringen. Il n'y pas une minute à perdre. »


Dernière édition par Gueralt Deux-Chiens le Mar 17 Fév 2015 - 20:16; édité 1 fois
Helge Solringen
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MessagePosté le: Lun 15 Déc 2014 - 09:51 Répondre en citantRevenir en haut

Helge scruta longuement le visage de la femme qui venait l’arracher à sa vie. Elle était belle, d’une certaine façon : comme les sont les armes, les armures, les objets que l’on use. En la voyant, on se prenait à retenir son souffle, comme devant le vol d’une flèche qui s’élance pour tuer. Mais, hélas, chez le jeune homme comme chez un autre, chassez le naturel et il revient au galop. Dès que son esprit eut assimilé le fait que Merryn n’était à présent plus qu’un lointain souvenir — et il le fit avec sa promptitude coutumière, aussitôt il se dit qu’il n’avait plus à obéir aux commandements de l’ancienne maîtresse ni à faire autant d’efforts avec sa nouvelle tutrice qu’avec la précédente. Et, de fait, si le visage du jouvenceau avait pu faire montre de quelque douceur, de quelque tendresse, quoiqu’effrayée devant la vieille magicienne, l’on vit peu à peu ses traits se figer, se durcir, son chef se redresser et affecter une dignité vide, absente, alors que son regard vacant fixait Yeesha sans la voir. Il n’avait plus à feindre, à se forcer à être vivant : du moins, pas pour l’heure.

Il courba sèchement la tête en réponse à l’ordre qui lui fut donné, et, sans âme, sans affection, sans regret, il saisit les affaires que Merryn avait amoureusement préparées pour lui, s’en chargea, et se tint comme au garde à vous devant Yeesha.

Ses yeux bleus, profonds et sombres comme des fosses marines, ne reflétaient plus rien, pas plus que les traits de son visage et c’en était presque à se demander s’il y avait de la vie, là-dedans. En vérité, il n’y avait plus rien, ou peut s’en fallait. Helge s’était retranché loin, loin derrière les murs et le secret, l’ombre, le vide, là, dans son sein. Il avait peur, encore ; une peur d’enfant, instinctive, viscérale, celle qui vient comme un vertige, quand on comprendre qu’il n’y a plus de sol sous les pas et qu’il faut pourtant continuer. Le monde s’était dérobé sous les pieds du jeune homme, quand Merryn avait fait ses adieux. Pour échapper à la souffrance, pour ne rien ressentir, il était revenu à cet état de stase, semi-vivant, semi-parlant, tout juste bon à exécuter ce qu’on lui demande avec un automatisme froid parfaitement dénué de tout sentiment.

La harpe, les livres, l’écritoire... Seul un élan de sagesse empêcha Helge de tout abandonner sur le champ : quitte à perdre le reste, autant tout perdre, à quoi bon. Mais c’étaient ses biens les plus précieux et même ses pérégrinations depuis la maison de son père n’avaient pu le forcer à s’en séparer. Il serait bien aise de les avoir, quand il verrait enfin de quoi son nouveau monde serait fait.

— Est-ce Havelorn qui vous envoie ?

La question, fugitive, prononcée d’une voix sans timbre, avait voleté dans la pièce alors qu’ils la quittaient.

Il avait usé à dessein du prénom de son père, comme un test. Il doutait fort que la dame daigne répondre : il doutait même qu’elle daigne ouvrir la bouche pour quoi que ce fut d’autre que donner des ordres. La question était idiote, dans un sens : jamais Merryn n’aurait laissé son père remettre la main sur lui, il le savait, mais il ne pouvait cependant concevoir qu’un autre puisse vouloir de lui. Il était si insignifiant, inexistant, il avait tant veillé à l’être que nul en dehors de quelques collègues de la guilde et de rares fréquentations dans le quartier n’était capable de retenir son nom et de l’associer à son visage. Alors comment se faisait-il qu’une elfe soit venue jusqu’ici en ce jour, juste pour lui ?

Comme toujours, même s’il s’enfermait avec soin dans sa forteresse de néant et verrouillait la moindre ouverture avec un soin maniaque, son esprit ne pouvait s’empêcher de se répandre en conjectures, en questions, en hypothèses, alors que Helge détaillait sa nouvelle maîtresse avec un regard aussi précis et inquisiteur que le scalpel d’un chirurgien. Il la suivit, néanmoins, et sans effort avec ça : on s’étonnait toujours de l’endurance tenace du jeune homme, qui, malgré sa maigreur et son allure éthérée, parvenait à mobiliser l’entièreté de ses capacités avec une obstination tout à fait typique. Des vestiges solides des exercices que Merryn l’avait forcé à prendre, manifestement, et ces leçons amères avaient porté leurs fruits. Malgré tout, il était manifeste que cela faisait très longtemps qu’il n’était pas sorti de sa tour d’ivoire ; une vague angoisse flottait sur son visage alors qu’il serrait son manteau contre lui comme pour mieux s’y dissimuler. Un souffle pénible sifflait dans sa gorge, mais il ne semblait pas résolu à demander de s’arrêter ou même de ralentir.
Gueralt Deux-Chiens
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MessagePosté le: Dim 21 Déc 2014 - 14:11 Répondre en citantRevenir en haut


Yeesha, et la verte Kinarith

Alors que son pas rythmé la menait au détour des couloirs de cette guilde poussiéreuse, Yeesha guettait à chaque détour d'un couloir la présence de l'un de ces maitres érudits. Kinarith avait prit les devants sous sa forme humaine, prête à envoyer hors de leur chemin le premier d'entre eux qui viendrait les surprendre. Il Faudrait sortir d'ici et vite, avant que le sceau mental sous lequel elles avaient placé l'ancienne maitresse d'Helge ne se rompe. D'ici là ils seraient déjà en dehors de la ville, prêts à décoller pour la terre de l'aube, loin de cette ville polaire.

Grâce à sa poigne habituelle, l'aspirant n'avait émis aucune plainte. Il avait déjà dut comprendre qui était le réel maitre ici. Son autorité savait faire des miracles dans ce genre de situations, et elle ne cessait de s'en féliciter. Toutefois elle ne put s'empêcher de remarquer le fond de docilité naturelle qui pointait dans le caractère du jeune homme, alors que celui ci s'était levé pour la suivre sans même lui adresser un mot, sans même lui accorder un regard. Il avait l'air étonnement dénué de tout sentiment. Peut être était ce le choc de se voir ainsi arracher à sa misérable vie ? Ou peut être était ce simplement là sa façon d'être. Si telle était le cas, son éducation n'en serait que plus facile. Il n'y avait pas meilleure base à travailler que celle d'un homme réfléchi et peu enclin aux émotions. Son admiration allait souvent chez elle aux êtres de la race ondine ou elfique, si calmes et posés... En revanche, le peu de Fëalocë à qui elle avait eut à faire lui avait donner bien trop de fil à retordre. Heureusement là aussi sa poigne d'acier avait finalement réussit à dompter leur feux.

*Yeesha, deux maîtres dans le couloir à ta prochaine gauche.*

*Occupes les. Je veux les voir repartir dans la direction opposée.*


*Cela risque d'affaiblir le sceau de Meryn. Je ne pourrais pas la maintenir éternellement.*

*Prenons le risque. Je ne veux pas avoir à perdre de temps.*


*Fort bien, mais hâtez vous. Cette forme humaine commence à me peser.*


La discussion mentale qui occupait toute entière l'esprit de Yeesha fut interrompu par cette petite voix feutrée derrière son épaule.

Évidemment... Il ne pouvait pas ainsi se soumettre sans poser la moindre question, il était humain après tout, et cette race avait avant tout la curiosité pour atout. Mais pauvre petit qu'il était, il ne se rendait même pas compte de son importance à ce moment précis. Il croyait encore n'être qu'un pauvre homme contraint à éplucher ces mètres de parchemins jusqu'à la fin de ses jours entre quatre murs de pierres grisâtres. Il ignorait tout du destin qui l’amènerait à servir un Kaerl autrement plus grandiose que cette ville de profanes sans intérêt. Loin de lui faire éprouver la moindre compassion pour son protégé, Yeesha n'en ressentit qu'un agacement plus profond. Tous les aspirants n'étaient au final que des petits gamins ignorants, qui s'attendaient à ce qu'on ne leur lâche jamais la main. La réponse fut sans appel.

« Personne ne m'envoie. »


*Il faudrait presser le pas.*


La magie de la verte commençait à fléchir, elle pouvait le sentir par elle même sans que sa liée n'ai besoin de lui dire. Il allait falloir sortir autrement que par la grande porte. Bifurquant soudainement à droite et montant une volée de marche, Yeesha accéléra un peu plus la marche, avant de comprendre qu'il faudrait bien plus que cela pour leur permettre de sortir à temps. Faisant volte face, elle marcha droit sur Helge pour lui arracher ce qu'il s’évertuait à porter.

« Vous êtes trop lent Solringen. A ce rythme là nous ne serons pas sortis d'ici avant ce soir. »

Évidemment, son aspirant présentait une constitution qui n'était pas si mauvaise, pour un homme de sa condition. Mais aux yeux de l'elfe, tous ceux qui ne l'égalait pas n'était pas digne de recevoir la moindre parcelle d'encouragement.

« Vous allez mener la marche. »


Elle posa un instant son regard sur l'extérieur. Au dehors, d'épais nuage gris commençaient à s’amasser au dessus de la cité, laissant pénétrer à l'intérieur de la tour une lumière grisâtre et blafarde. Le temps se suspendit un cour moment alors que la lumière du jour se reflétait dans ses pupilles couleur d'émeraude. La chance était de leur coté. Si l'orage éclatait à temps, il pourrait possiblement s'enfuir par la voix des airs. Quand la pluie battait votre cape, vous ne pensiez qu'à rejoindre votre maison, sans même lever les yeux au ciel.

« Conduisez moi aux plus hauts appartements de cette tour. Nous avons quelqu'un qui doit nous y rejoindre. »
Helge Solringen
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MessagePosté le: Jeu 25 Déc 2014 - 23:09 Répondre en citantRevenir en haut

Tandis qu’il emboîtait le pas à la dame elfe, Helge sentit très vite que quelque chose n’allait pas : elle était bien trop vigilante, bien trop méfiante, aussi, pour quelqu’un qui vient en visite de façon tout à fait légale et autorisée. Cela ne fit que grandir ses craintes, et il se prit à la fixer d’un regard si perçant qu’il semblait que le jeune homme cherchât à percer à jour les pensées de la guerrière. Malheureusement, bien qu’il fut comblé de nombreux dons, Mère Nature s’était abstenue de lui offrir celui de lire l’esprit de son prochain, ce qui lui aurait été bien utile en cet instant. Il ne put que se taire, se borner à d’innombrables conjectures.

Sa réponse, sèche, l’intimant implicitement au silence, ne le surprit pas.

— Maîtresse Merryn ne m’aurait pas laissé partir sans une excellente raison, dit-il sans espérer la moindre réponse.

Il esquissa un sourire glacial et faillit trébucher sur le coin d’un tapis quand la femme bifurqua soudainement et se dirigea vers un escalier qui revenait vers l’intérieur de la tour. Il ne comprenait guère ce qui était en train de se passer et plus les secondes s’écoulaient, plus la méfiance et l’anxiété resserraient leur collet autour de sa gorge. Il refusa cependant de se laisser submerger, releva le nez et serra les dents quand elle lui arracha des bras le paquetage qu’il gardait précieusement. Il faillit protester quand il vit avec quel manque de soin elle traitait ses affaires, mais comprit très vite que c’était inutile de chercher à discuter avec elle. Quelle misère que de réussir à échapper à son père pour se retrouver entre les griffes de quelqu’un qui semblait encore plus autoritaire que lui...

Raide et les poings contractés dans un élan de colère effrayée, il passa devant elle, cachant son essoufflement derrière une fausse prudence qui lui fit ralentir un peu la cadence dans les escaliers trop raides.

— Comme vous voudrez, dit-il avec un hochement de tête. L’observatoire est désert, à cette heure.

Quelqu’un qui devait les y rejoindre ? Au sommet de l’édifice ? Soit elle se moquait de lui, soit il y avait là quelqu’étrange chose à l’œuvre dont il ne pouvait rien saisir pour le moment. Alors qu’il s’en allait vers les étages, il ne put s’empêcher de laisser tomber quelques mots, d’un ton presque anodin.

— Vous semblez bien pressée.

Une hésitation grandissante faisait fléchir son esprit qui vacillait entre deux solutions. Il connaissait par cœur les moindres couloirs, les passages dérobés, les escaliers, les couloirs de cette tour, les endroits où circuler sans être ni vu ni dérangé ; son goût pour la solitude et la discrétion lui avait donné une excellente connaissance de ces voies d’accès, et il pouvait tout à fait s’en servir pour mener la dame elfe à bon port très rapidement et sans qu’ils ne soient vus. Mais son comportement sa hâte, et son brusque changement d’avis lorsqu’ils étaient parvenus vers la sortie laissaient présager que tout ne se déroulait pas exactement comme prévu et que Helge n’était pas vraiment sensé partir avec elle.

Franchissant rapidement un seuil éclairé par la pâle lueur du jour pluvieux, il fut toutefois saisi par un élan de curiosité irrépressible. Elle était bien armée, avec une cuirasse brillante et des vêtements qu’il n’avait pas l’habitude de voir. Quelque chose d’étrange, quelque chose d’étranger. Et si elle avait réussi à avoir des arguments suffisants pour faire lâcher prise à Merryn, c’était qu’il y avait là-dessous quelque chose de grand, quelque chose d’important. Sans doute s’en voudrait-il toute sa vie de passer à côté de cela...

Il soupira, leva les yeux au ciel pour s’adresser à tous les Dieux que son âme ait pu prier un jour, et fit signe à la dame de le suivre vers l’un de ces passages à demi dissimulés que les domestiques et les apprentis utilisaient quand ils voulaient rester hors de vue de leurs maîtres. Il ne dit rien de plus, silencieux comme un spectre, passant sans bruit sous les voûtes de pierre et par les escaliers escarpés, évitant tous les bruits de pas, les murmures et les chuchotements qui trahissaient la présence de quelqu’un. Une certaine agitation devint palpable, mais ils étaient déjà presque parvenus au sommet. Les prémisses d’une averse drue s’abattaient déjà sur les toits et par les rares lucarnes, ont pouvait voir le ciel noir et lourd peser sur la ville. D’ici peu, il ferait un temps de chien, et Helge grimaça à l’idée de devoir affronter les éléments déchaînés sur la terrasse de l’observatoire qui était exposée à tous les vents.

S’effaçant dans une courbette, il poussa la porte qui donnait sur le dernier étage et laissa la dame elfe y entrer la première, sans même se douter de ce qu’il allait y trouver.
Gueralt Deux-Chiens
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MessagePosté le: Ven 26 Déc 2014 - 21:50 Répondre en citantRevenir en haut


Yeesha, et la verte Kinarith



Si il y a bien une chose que Yeesha ne supportait pas c'était bien que l'on puisse remettre sa parole en doute. Qu'il s'agisse d'un aspirant, d'un maitre ou de son seigneur ; tous étaient logés à la même enseigne. Consciente qu'elle avait pour elle la raison et le bon droit, consciente aussi de son autorité, elle prenait toute forme de doute pour une insulte à sa personne, pour une marque de faiblesse de sa part, que les autres se faisaient un plaisir d'exploiter pour tenter de la faire flêchir ou de la rallier à leur cause. Plus qu'à eux, c'était aussi à elle qu'elle s'en voulait alors, de ne pas avoir sut être suffisamment forte pour imposer son avis. Toutefois les remontrances personnelles ne venaient qu'après, bien plus tard, seulement lorsqu'elle se retrouvait seule. Dans le feu de l'action, l'oprobre retombait inévitablement sur celui qui avait osé s'élever contre sa voix.

« Votre maîtresse avait d'excellent raison de vous laisser partir. Il ne vous appartient pas de gâcher vos talents en vous renfermant entre ses quatre murs. »


Et la discussion lui sembla être close. Mais Solringen semblait autrement moins paisible qu'en apparence. Si il se soumettait à chacun de ses ordres, ses questions et ses remarques incessantes commençaient réellement à irriter la maitresse verte, et seule l'urgence de la situation l'empêcha de lui faire passer l'envie de parler à coup de bâton. L'impertinence était un défaut qu'elle ne savait tolérer, et un coup bien placé était la méthode la plus efficace qu'elle avait sût trouver pour apprendre l'humilité à ses aspirants.

« Solringen, combien de vos remarques évidentes devrais-je encore essuyer ? Non ! Ne vous abaissez pas à répondre il ne s'agissait que d'une formule rhétorique. Je ne veux plus entendre un mot avant d'être arrivée à la tour. »

Et le garçon eut le bon sens de ne pas insister. Du moins pour un temps.

Le trajet se poursuivait en silence à travers les couloirs déserts et les alcôves dissimulées derrière les murs de cette guilde grisâtre. Solringen ne semblait pas le moins pressé du monde d'en sortir. Comme il menait la marche, et que Yeesha savait qu'ils ne pourraient pas rejoindre la sortie sans son aide, elle dut se faire violence pour ne pas le presser. Mais les plaintes incessantes de sa lié ne faisaient que redoubler tandis que leur pas trainait à travers le sombre dédales de corridors.

*Je ne pourrais plus maintenir le sceau très longtemps encore... L'esprit de Meryn résiste... Il se fragmente... Ma forme humain devient insoutenable.


*Très bien, si cela devient trop dur lors tant pis. J'abandonnerai celui là pour l'heure, nous reviendrons plus tard pour le chercher. A ma manière.*


Il leur suffirait de s'introduire ici de nuit, par une nuit sombre et sans lune, et de l'enlever discrètement. Ce n'était pas la méthode la plus courtoise mais au moins était elle efficace, et moins risquée pour sa liée.

Forte heureusement pour cette dernière, il lui fut plus aisé de retrouver le chemin qui menait au sommet de la guilde. Suivant d'instinct la position de sa liée, elle parvint par les couloirs les plus grands à l’observatoire une minute avant même l'arrivé de l'elfe et de l'humain. En arrivant là bas le premier réflexe de Kinarith avait été de se rendre sur la terrasse qui bordait l'extérieur de la pièce. Ce devait être les lieux ou les érudits étudiaient le ciel lors des nuits claires. Au Kaerl l'eau empêchait la tenue de tels exercices.
Ses forces l'avaient complétement abandonné. Les sceaux plus ou moins puissant qu'elle avait fait peser sur les différentes personnes de la guilde était trop lourds pour être maintenue si longtemps par une seule dragonne, en plus de sa forme humaine. A peine eut elle sentit l'air froid et les goutes de pluie lui fouettaient le visage que dans un soupire de soulagement, elle libéra de son étreinte tous ceux qu'elle avait marqué.

*Yeesha... Meryn... je viens de la libérer. Elle ne se souviendra plus de rien, mais elle saura qu'il lui est arrivé quelque chose. *

*Ne t'effraies pas, nous arrivons.*


A peine Helge avait il à son tour poussé la porte de l’observatoire, que la poigne puissant de Yeesha le traina à sa suite. Devant eux les attendait Kinarith, sous les traits d'une elfe tout de vert vêtue, au visage aussi dure que celui de sa liée mais d'une beauté autrement plus éclatante, draconnique. Ses yeux, d'un vert brillant eux aussi se posèrent sur l'ombre qui se tenait dans l’encadreur de la porte, perçant jusqu'à l'enveloppe même du jeune érudit.

*Helge... Tant d'effort pour toi.*


La voix mental de Kinarith n'avait rien à envier à celle de sa liée. Froide, cassante, et toujours teintée d'une pointe de dégout bien palpable.

*Allons ne trainons pas.*


Et comme si la météo n'avait attendu qu'un ordre de la part de la dragonne, la fine pluie se transforma en l'espace d'une seconde en un torrentiel déluge qui ne tarda pas à tremper jusqu'aux os le petit groupe qui s'était rassemblé là.

Profitant de la confusion qu'apporter la tempête, la verte eut tôt fait de reprendre sa forme draconnique, étalant ses vertes ailes au travers des nuages noirs qui s’amassaient au dessus de la ville. Sans prendre le temps d'expliquer la situation à Helge, le trainant plus que le guidant, Yeesha lui fit prendre place sur le dos de la verte, tout devant elle, le retenant d'un bras autour de la taille, et se retenant elle même de l'autre à l'un des éperons dorsales de la verte.

« Fermez là Solringen. »


En l'espace d'un instant, Kinarith fendit l'air, et en quelques battements d'ailes, la terrasse de la guilde disparut à travers le vent et la pluie. Elles l'avaient. Enfin. Leur nouvel aspirant.


Dernière édition par Gueralt Deux-Chiens le Lun 29 Déc 2014 - 22:43; édité 1 fois
Helge Solringen
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MessagePosté le: Sam 27 Déc 2014 - 00:17 Répondre en citantRevenir en haut

Si la dame Yeesha avait pu inspirer un respect immédiat à Helge, cela s’effaça très vite derrière une franche détestation qui n’avait d’égale que celle qu’il entretenait depuis toujours à l’égard de son père. Elle lui ressemblait, par bien des aspects, à commencer par cette sécheresse glacée et cette façon d’imposer ses ordres sans la moindre discussion. Sa volonté faisait loi, envers et contre tout. Seule la curiosité dévorante le poussait à présent à continuer, jusqu’à ce qu’ils atteignent leur but. Il fut surpris de voir qu’une autre femme les attendait sur la terrasse déjà balayée par les prémisses de l’orage, et réprima un frisson de dégoût lorsque la guerrière le prit par le bras pour l’entraîner fermement avec elle, comme pour l’empêcher de reculer et de changer d’avis. Il y eut d’abord cela, ce sentiment d’irrépressible malaise qui lui venait toujours lorsqu’un étranger le touchait, puis la voix qui résonna dans son esprit, livide, gelée, aussi belle et dérangeante que le son du cristal frotté. Elle semblait presque déçue, comme si elle regrettait déjà les « efforts » fournis pour lui, bien qu’il ignorât encore tout ce qui avait été mis en place pour l’arracher à sa tutrice. Il serra les dents sur cette seconde intrusion, pressentant qu’il n’y aurait aucune muraille, aucune barrière assez solide pour empêcher l’une et l’autre de tout profaner à leur guise.

Helge suffoqua lorsque l’averse, drue, glacée, implacable, se déversa soudainement sur eux, mais ce ne fut rien comparé à ce qui lui broya le ventre, le cœur, la respiration, ce qui le figea sur place lorsque, relevant les yeux, il les posa sur la majestueuse silhouette serpentine qui déployait ses ailes sous les nuées grondantes. Sous le ruissellement de la pluie, dans la lumière grise et morne du jour, quelques éclairs filèrent, brefs, violents, jetant des reflets immenses sur le vert profond des écailles qui brillaient d’un éclat féroce. C’était une vision terrible et sublime à la fois, comme si l’orage avait prit corps, et tout bascula alors dans l’irréel. Rien de ce qu’il voyait ne semblait vraiment là, comme si son esprit refusait à admettre toutes les sensations qu’il recevait. Tout alla très vite, et la vision magnifique du dragon dressé vers le ciel lui resta gravée dans la rétine et dans la mémoire comme une marque au fer rouge. Hagard, il obéit sans broncher, et l’eut-il voulu qu’il n’aurait pu émettre le moindre son tant il demeurait figé par la stupéfaction et cet effroi respectueux qu’ont les humains face à leurs dieux.

Il battit des paupières, se sentit soulevé, alors que son séant trouvait difficilement sa place sur le dos puissant de l’animal. Il eut à peine la présence d’esprit de s’accrocher où il le pouvait, chavirant de panique et d’émerveillement mêlés lorsqu’il vit les ailes se déployer encore et battre, presque sans efforts, martelées par l’eau ruisselante, pour les arracher au sommet de la tour. Tout passa, comme dans un rêve. La pluie se déversait sans pitié, fouettait son visage tandis qu’il étreignait avec peine son paquetage pour protéger ce qui pouvait l’être. Il peinait à y voir tant l’eau lui brouillait la vue, et ne put distinguer que des images fugaces, les toits et les ruelles familières qu’il peinait à reconnaître vues de si haut, la ville grise et ses toits luisants, les rideaux de pluie qui ondoyaient dans les rafales, quelques édifices connus, quelques évocations déjà appartenant au passé, et, alors que le dragon les emmenait au loin, il jeta un dernier regard à tout ce qu’il laissait derrière lui. Il aurait pleuré, peut-être, s’il en avait eu la force, mais à cet instant, ce qu’il ressentait était bien au-delà de la parole et des larmes, au-delà de tout ce qu’il n’avait jamais connu. Même l’effroi viscéral qui l’avait saisi à la gorge lorsque Merryn l’avait arraché à la maison de son père, bien des années auparavant, était incomparable.

Le vent sifflait, les gouttes serrées et épaisses lui cinglaient le visage, comme si le ciel s’était décidé à verser les sanglots qu’il était incapable de laisser s’épancher. Helge se recroquevilla, lentement, péniblement, et derrière le voile de ses yeux clos, il essaya d’échapper à ces émotions écrasantes qui l’empêchaient de respirer, de penser, d’agir, à tout ce qu’il fuyait d’ordinaire et revenait en ce jour le submerger jusqu’à la noyade. C’était douloureux, à en mourir, incompréhensible, et soudain, il était perdu. Loin de Merryn, loin de tout ce qu’il connaissait, aux mains de cette femme qu’il haïssait déjà, porté par cet être pour lequel il n’avait pas plus d’affection.

Alors, tout doucement, Helge tâcha de se souvenir. C’était si simple, autrefois ; la voie en était connue, aisée, balisée, comme une route familière un million de fois emprunté. Le vide, c’était la solution, n’est-ce pas ? Le vide. Tout laisser sombrer, s’éteindre, s’étioler, tout oublier, mourir un peu dans le néant jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. Rien. Là, c’était bien. Là, il avait la force de continuer, parce qu’il ne se rendait même plus compte de ce qui se passait. Ne plus rien ressentir, ne plus rien penser, se laisser engloutir.

Là, il ne pouvait plus souffrir.
Gueralt Deux-Chiens
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MessagePosté le: Lun 29 Déc 2014 - 23:06 Répondre en citantRevenir en haut


Yeesha, et la verte Kinarith



Les minutes se prolongeaient, longues et humides sous cette pluie battante de printemps. Les températures pouvaient bien être clémentes pour la saison, elles ne restaient pas moins froides - nous étions en Vaendark. A priori, ni Yeesha, ni Helge, ne semblaient préparés pour ce genre de climat et la maitresse verte ne tarda pas à grelotter de tous ses membres sous les ondes torrentielles. A cela s'ajoutaient de violentes bourrasques d'un vent glacial qui ne cessaient de déstabiliser le vol de Kinarith, forcée de rétablir son altitude par de grandes envolées, risquant à tout moment de faire passer leur jeune aspirant, peu accoutumé aux tumultes des vols par dessus bord.

*Je ne pourrais pas utiliser l'interstice dans l'immédiat... C'est trop dangereux, je suis restée trop longtemps sous forme bipède, je n'y suis pas habituée.*


*Tachons de trouver un endroit où nous pourrons nous reposer. Je ne tiendrais pas non plus en vol jusqu'à la fin de la journée.*

Son bras s'engourdissait déjà – Solringen pesait un certain poids pour un homme de sa carrure, et elle, était d'avantage habituait au maniement des fines épées, courtes et rapides, qu'à celui des lourdes masses d'armes. Peu à peu le froid gagnait ses muscles, la tétanisant lentement. Encore quelques dizaines de minutes de vol, et bientôt elle ne pourrait plus le retenir. D'un mouvement de bras, elle tacha de réassurer son emprise autour de lui avant que la dragonne n'entame sa descente.

*Accrochez vous tout les deux. Nous allons bientôt descendre ! Il y a une auberge là bas, cela vaudra toujours mieux que rien pour la nuit.*


Et sans plus attendre Kinarith changea brusquement de cap, rabattant ses ailes le long de son corps écailleux, plongeant en une vertigineuse descente vers l'étendue vert sombre des pins qui s'étendaient à perte de vue. Peu avant d'atteindre la canopée de la forêt, elle rouvrit ses ailes pour stopper leur chute, et les guida au travers des branches, entre les épines et les ronces jusque sous le couvert des arbres, atterrissant d'un pas lourd de fatigue et d'épuisement.

Aussitôt Yeesha glissa au bas de sa liée, dégainant son épée. Elle connaissait trop bien la violence qui pouvait parfois agiter un aspirant suite à la découverte d'un dragon pour ne pas se méfier.

« Eh bien, eh bien, mon jeune ami... Voilà une entrée en matière qui n'a pas dut vous déplaire.


La verte à son tour tourna son regard vers l'humain qui se tenait face à elle.

*Tout ça pour ça. Il aurait mieux fait d'aller chez les célestes celui ci.*


« J'en jugerai par moi même. Celui ci au moins ne s'est pas évanoui en te voyant. »


*Libre à toi de t'enticher d'un pareil humain.*


L'elfe ne lui répondit que par un silence glacé, rendant l'atmosphère qui régnait dans le sous bois un peu plus pesante. Ici, la tempête semblait bien loin. Plus aucun bruit ne leur parvenait. Les branches épaisses des épineux protégeaient de la pluie, mais finissaient de filtrer le peu de lumière qui réussissait encore à passer au travers des nuages. L'humidité dans l'air était palpable, mais aux pieds des troncs, le sol était encore sec. Seules quelques goutes réussissaient à percer la ramure des arbres, pour alimenteer quelques pauvres flaques boueuses.

« Solringen, voilà Kinarith, ma liée. Une dragonne. Vous allez être surpris un moment mais vous allez vous y faire. Il le faudra. Je suis l'une des rares représentantes des chevaliers et maîtres dragons de Rhaëg. Et tu en feras partie plus tard, tout comme moi.
Vois tu, mon jeune ami, tes livres d'histoire ont certainement oublié de te conter les origines du monde lorsque celui ci se trouvait sous la coupe des Valherus. Tu as probablement entendu parler de quelques héros qui en des temps mythiques chevauchaient des dragons, ou encore les soumettaient, ou les combattaient. Des tueurs de chimères, des défenseurs d'empire, des héros ! En vérité ils n'étaient rien de tout cela ! Les Valherus étaient de puissant maitre dragons, semblable à moi, semblable à ce que tu pourrais être plus tard.
Leur héritage a disparu depuis longtemps de la surface de la terre, mais s'est perpétué de manière quelque peu abâtardie dans le sang des autres races qui se sont vu offrir cette « bénédiction ». Tu es porteur d'une partie de cet héritage, au travers de ce que nous appelons le « don » : la capacité de communiquer avec les dragons, et de trouver parmi leurs frères ton « lié ».
Mon rôle en tant que maitresse est alors de te former pour cela et de te donner l'ensemble des clefs pour y arriver, ce qui fait de toi mon aspirant. »


Une sorte de rictus parcouru les lèvres de Yeesha tendit qu'elle déballait l'ensemble de ces informations au petit érudit. Il n'y avait rien pour elle de plus beau que de révéler à un homme qu'il était destiné à plus grand ! Oh, bien sur, cela s'accompagnait aussi de ses peines, et Helge allait bien vite le découvrir, mais il contribuerai comme tout le reste de ses anciens aspirants à la grandeur et à la force de son Kaerl. Et suite à l'attaque de Drazahir, ces nouveaux esprits représentaient la reconstruction, l'espoir et le renouveau, les outils d'une nouvelle ère de puissance pour les engloutis, à laquelle elle même comptait contribuer !


Dernière édition par Gueralt Deux-Chiens le Mar 30 Déc 2014 - 03:38; édité 1 fois
Helge Solringen
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MessagePosté le: Mar 30 Déc 2014 - 00:22 Répondre en citantRevenir en haut

Eut-il cherché à rester conscient de ce qui se passait autour de lui, Helge n’y serait sans doute pas arrivé. Tout s’emballait, tout allait trop vite, au propre comme au figuré. Il s’accrochait où il le pouvait, retenu par la poigne ferme de Yeesha, mais les rafales violentes, la pluie torrentielle et les cabrioles du dragon pour se faufiler et garder un cap au milieu des bourrasques ne faisaient que le désorienter un peu plus, jusqu’à ce qu’il ne parvienne plus à distinguer quoi que ce fut, ne sachant qu’à peine où il se trouvait, noyé dans un brouillard où toutes choses s’évanouissaient. Il ferma les yeux, longuement, ses paupières crispées, ruisselantes, alors qu’un froid familier lui pénétrait les membres. Il était natif de ses terres, accoutumé aux frimas, mais certainement pas à être exposé à la fureur des éléments dont il observait souvent le déchaînement depuis le calme de sa bibliothèque. Les températures glaciales des hautes salles étaient une chose, mais le vent l’orage en étaient une autre.

La voix du dragon résonna de nouveau dans sa tête, mais l’annonce de la descente ne le rassura aucunement et de fait, ce fut infernal. Lorsqu’elle plongea vers le sol, une désagréable sensation, comme de semer ses entrailles derrière lui, fit ramper une nausée violence jusque dans sa gorge ; il se retint de crier quand il se sentit presque choir, serra comme il le pouvait ses jambes autour de la selle et de tous les appuis qu’il trouvait, n’osant certainement pas ouvrir les yeux. Le bruit de l’air qui sifflait à ses oreilles et des branchages qui se rompaient sous eux était suffisant pour lui laisser entendre qu’il regretterait amèrement toute vision superflue.

Helge dégringola plus qu’il ne descendit du dos de la bête fabuleuse, et resta un instant pétrifié au sol, trempé et grelottant, pressant encore éperdument contre lui son paquetage imprégné d’eau. Un chuintement attira son attention et lorsqu’il se redressa, assis sur son séant au milieu des fougères entre sèches sous les frondaisons épaisses, il vit d’abord un reflet fugace courir sur le fil d’une épée. Son esprit s’affola de nouveau, et il ressemblait bien plus à présent à quelque animal terrifié qu’au pâle et élégant jeune érudit que la dame elfe avait cueilli dans la tour. Ses longs cheveux collés à son front trempé retombaient mollement sur ses épaules, laissant de fins ruisseaux d’eau froide couler dans le col de son manteau. Il était livide, comme mort, et ouvrait de grands yeux qui ne semblaient pas croire ce qui se passait devant lui. Il recula, rampant à demi, sans comprendre ; pourquoi tirait-elle son arme ? Était-ce pour le tuer qu’elle l’avait arraché à la garde de Merryn ?

À nouveau, l’ombre d’Havelorn se faufila dans son esprit. Son père était retors, mais pas au point de se décider à le supprimer puisqu’il ne pouvait garder son fils sous son emprise... Du moins, c’était ce que Helge espéra. Peut-être que le seigneur de Solringen avait plus d’avantages à tirer d’un rejeton mort que vivant, peut-être cela lui serait utile dans ses manœuvres, qui pouvait le savoir ? Mais soudain, Yeesha parla, et il peina à simplement saisir où elle voulait en venir. Une fois de plus, il entendit le dragon qui s’adressait à lui, et le mépris qu’elle exprimait sans même se cacher lui faisait l’effet d’une gifle. C’était une chose de subir cela de quelqu’un, c’en était une autre de le ressentir dans sa tête, comme un écho à ses propres démons qui ne cessaient de lui rappeler son insignifiance et de lui reprocher sa fâcheuse propension à continuer d’exister. Rien de très nouveau, somme toute, car cela, il l’avait déjà cent fois écouté ; il ne faisait que retrouver des sensations familières, une lassitude ancienne.

Helge n’eut guère le loisir de s’appesantir sur cela, car très vite, la curiosité prit le pas sur tout le reste. Son regard s’éclaira, alors que Yeesha parlait ; il hochait vivement la tête à certaines de ses paroles, de cet acquiescement qu’ont les savants lorsqu’on leur expose des choses connues. Il s’était passionné pour l’Histoire, et de découvrir soudain qu’il lui manquait des pans entiers de celle-ci, encore des mystères, des secrets, des recherches à venir, tout cela surpassa bien assez la souffrance et la perte, et toutes ses peurs furent balayées. Il se raccrocha à cela, désespérément, pour oublier tout le reste. Ses yeux étincelaient, à présent ; l’océan bleu sombre était envahi d’une lumière brûlante, dévorante, captivé qu’il était par les paroles de la guerrière. Tout son être s’enflammait d’un élan qu’il n’avait jamais connu, cela lui courant dans les os et dans les veines, éclipsait tout et rejetait tout ce qu’il pouvait craindre ou redouter à l’arrière-plan. Il s’était passionné pour certaines de ces épopées, traquant l’indice, la vérité qu’il pensait cachés sous les légendes, mais avait fini par se faire à l’idée qu’il n’y avait rien de plus à savoir que ces récits grandioses qui dépeignaient des héros magnifiques aux destinées tragiques et fabuleuses.

Et tout à coup, cette histoire, c’était la sienne. Son futur. Jamais, dans aucun de ses rêves les plus fous, il n’aurait pu se figurer cela. C’était cauchemardesque, comme un vertige, comme s'il se rendait compte que son monde étriqué tombait en poussière et qu’il était immense, infini, plein de possibilités, d’un avenir inimaginable, et que lui incombait une responsabilité nouvelle. C’était merveilleusement effrayant, en réalité. Quelque chose, quelque chose qu’il avait cru mort et endormi se réveilla brièvement au fond de lui, comme un éclat, une graine en stase qui s’élance vers le ciel et fait naître une pousse fragile ; après tant d’années d’inertie, passées à vouloir disparaître, voilà qu’il souhaitait vivre, soudain. Exister et agir, faire partie du monde qu’il avait regardé courir, s’agiter et vaciller depuis ses ombres familières.

Pendant qu’elle parlait, il étendit ses mains au-devant de lui pour les observer d’un air incrédule, comme si elles eussent pu sur l’instant produire un miracle. Dans son sang ? Alors, depuis tout ce temps, il avait eu cela en lui, et dire que Havelorn se plaignait de ne rien pouvoir faire de lui... Il avait cru avoir un destin, une existence tracée, là-bas, entre les rayonnages poussiéreux de la tour, mais ça n’était rien, non, c’était insignifiant et sans valeur à côté de ce qu’elle promettait.

Lentement, encore pantelant et mal assuré sur ses jambes, il se releva. Il épousseta avec soin la boue collée à son vêtement, tâchant de retrouver autant de dignité qu'il le put dans l’état lamentable où il se trouvait, et s’inclina révérencieusement devant la dragonne et devant celle qui était désormais sa maîtresse. Que l’une et l’autre lui inspirassent une antipathie profonde ne changeait rien à l’admiration qu’il eut soudain pour elles. Il savait par avance, rien qu’à regarder l’expression sur le visage de Yeesha, rien qu’à la façon dont elle s’était adressée à lui, qu’il était impossible pour eux de s’entendre et qu’il n’y aurait jamais le moindre brin d’affection ni de chaleur entre eux. Cela lui convenait, et c’était comme de tirer un trait sur Merryn et tout ce qu’elle lui avait apporté, sa paisible et tendre manière de ramener Helge à la vie, de l’entraîner avec douceur et fermeté vers la lumière. La perspective d’avoir tout un monde à découvrir et encore tant et tant à apprendre suffisait à rendre insignifiantes toutes les difficultés qu’il pourrait rencontrer. Depuis toujours, cela avait été l’une des seules choses qui lui avaient donné l’envie de vivre, et cela ne pouvait être plus vrai qu’en ce jour où il avait tout délaissé derrière lui.

La froideur et la brutalité dont Yeesha semblait faire preuve en toutes circonstances seraient le moyen le plus efficace pour qu’il ne se laisse jamais distraire par quoi que ce soit, et qu’il ne dévie pas de la voie qui lui était destinée. Il ne s’égarerait pas, c’était certain, pas plus qu’il perdrait son temps en émotions inutiles. Et si pour cela il devait regarder mourir tout ce que Merryn avait pu faire croître d’humain en lui à force de patience, eh bien soit ! Ce n’était que broutilles, il avait tellement mieux à accomplir que de s'abandonner à ces aberrations futiles... Rien de ce qu’il avait pu faire, croire ou penser jusque là ne semblait en vérité avoir la moindre importance, à présent.

— Dame Gowart, dame Kinrath, c’est un honneur. Et, si cela peut avoir avoir une quelconque valeur pour vous, je jure ici que les efforts que vous avez fournis ne seront pas inutiles. Je place ma vie entre vos mains, puissiez-vous en disposer à votre guise si je ne me montre pas digne.

Sans doute l’une ou l’autre se moqueraient elle de lui, de ce serment imbécile d’un jeune écervelé, mais il pensait chaque mot, et il tenait à ce que cela soit clairement exprimé, une fois pour toutes.
Gueralt Deux-Chiens
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MessagePosté le: Mar 30 Déc 2014 - 14:34 Répondre en citantRevenir en haut


Yeesha, et la verte Kinarith



Yeesha resta un instant pantoise face à la déclaration qui venait de lui être faite. Il était rare qu'un jeune aspirant fasse preuve d'un tel sang froid ou d'un tel dévouement. Elles étaient plus accoutumées aux coups, aux cries, aux fuites et débordements en tout genre. La vision d'un dragon avait bien souvent de quoi choquer, sinon traumatiser dans un premier temps. Mais Solringen lui, venait simplement de leur prêter serment. Peut être espérait il pouvoir leur fausser compagnie plus facilement ainsi. Elle garderait un œil sur lui jusqu'à ce qu'ils soient tous arrivés au Kaerl. L'homme trop peu enclin à résister ne lui inspirait pas confiance de manière générale.

Rengainant toutefois son épée, l'elfe vint se planter là, devant lui. Ses yeux s'étaient réduis à deux anfractuosité sur ce visage déjà fort peu aimable. Elle cherchait à saisir le moindre signe de roublardise chez l'humain, mais force était d’admettre que son physique n'avait rien de vivant. Ce visage là n'exprimait aucune émotion, restait figé dans sa pâleur fantomatique, comme mort.

« Pas de questions ? Vous ne souhaitez pas en apprendre d'avantage ? Fort bien. Peut être est ce mieux ainsi, nous avons toute la journée pour en parler. Kinarith, quand pense tu pouvoir nous ramener au Kaerl ? »

*Pas avant cette nuit. J'ai besoin de repos. Et de manger.*


« Bien. Nous irons à l'auberge pour y passer la soirée. Un repas chaud et un lit ne devraient pas faire de mal à notre jeune aspirant. Solringen, je suis heureux de vous entendre dire tout cela, car votre enseignement a déjà commencé. »

Elle resta un instant encore à le scruter de pied en cap, avant de lui indiquer ses affaires restées aux pieds de la dragonne du bout du menton.

« Ramassez ceci et en route. Vous allez comprendre ce que j'attends de vous. Votre vie est bien trop précieuse pour être gâchée, comprenez le bien. Aussi, je n'en ferais rien, même si vous échouez lamentablement. De votre vie dépend celle d'un dragon, et les dragons sont l'essence même de la puissance des Kaerls. Un dragon qui n'obtient pas son lié lors d'une empreinte finit par mourir. L'empreinte marque la naissance d'un dragon, sa sortie de l'oeuf. Cette naissance doit se faire entourée de bipèdes tel que vous, et parmi eux, le dragon devra trouver son lié, son âme sœur. Si il ne la trouve pas, il meurt. Vous ne pourrez vous permettre de mettre votre vie inutilement en danger jusqu'à votre empreinte.
En tant qu'aspirant vous vous trouvez sous mon autorité, vos échecs et vos réussites seront tous sous ma responsabilité. Une fois lié, vous retrouverez votre « majorité », et vous serez fait chevalier dragon. Seuls les chevaliers les plus expérimentés et les plus talentueux peuvent passer maitre, et prendre à leur charge un nouvel aspirant, comme je le fais. Mon but est bien sur que vous y parveniez. La hiérarchie se décompose ainsi entre aspirant, chevalier et maître. Cet ensemble forme la population du Kaerl. »


Ils continuaient à marcher tout les deux à travers la sombre futaie et déjà Kinarith avait disparu derrière eux. Elle ne le quittait pas des yeux de peur de le voir s'enfuir à travers les bois au premier moment d'inattention. Si il semblait si prompt à déclarer qu'il remettait sa vie entre ses mains, l'elfe estimait qu'il serait peut être beaucoup moins pressé de voir cette réalité s'appliquer dans les faits, et se tenait prête à parer à toutes les éventualités. La discussion n'en continuait pas moins.

« Les Kaerls sont les cités qui abritent respectivement chacun des trois ordres draconniques. J'appartiens au Kaerl engloutit, et vous en ferez partie à votre tour, lorsque je vous y aurais amené. Il deviendra votre nouvelle demeure, et vos engagements y seront liés.
Notre Kaerl a la réputation d'être neutre. En vérité nous sommes ceux qui avons perpétué de la manière la plus sensible la voie des anciens, en protégeant sous les eaux les secrets du passé. Le second Kaerl porte le nom de Kaerl céleste : un ramassis de pleutres et d'idéalistes. Aveuglés par leur philosophie de lumière, ils ne peuvent porter leur regard sur le monde qu'en des termes de bien et de mal, s'opposant bien souvent à tout ce qui n'est pas leur. Le troisième porte le nom de Kaerl ardent, et ne vaut pas mieux que le second. Les ardents sont des êtres avides de pouvoir, corrompus jusqu'à la moelle, décadents et insatiables. Le règne de leur seigneur s'achève toujours dans le sang. »

Aucune question sur sa vie personnelle. Elle n'en avait cure, il devait comprendre que son passé était bien derrière lui. Sa vie appartenait au Kaerl désormais.
Yeesh n'avait pas l'intention de lui épargner plus longtemps les tristes réalités politiques de son monde. Certains maîtres chuchotaient dans son dos, la trouvaient trop extrême dans ses jugements de valeurs, ou prétendaient qu'un jeune aspirant était encore trop vert pour comprendre les subtilités de la diplomatie inter-Kaerlique. D'aucun disait qu'elle cherchait absolument à alimenter le conflit entre les trois ordres et qu'elle formait des bataillons de petits soldats. Elle déniait tout cela en bloque. Pour elle, Helge devait comprendre qu'il n'avait d'autre choix que de jurer fidélité au Kaerl neutre. Son rôle en tant que maîtresse était de l'y lier, de lui faire comprendre que c'était en son sein que se trouvait la vérité. Une vérité, un savoir et un héritage qu'il fallait protéger, parfois au prix du sang. Ardents et célestes cherchaient toujours à se battre, à faire triompher leurs idéaux,au détriment des autres. Pour préserver un équilibre fragile entre les trois Kaerls, pour préserver l'intégrité du Kaerl engloutit, Yeesha était prête à prendre les armes, et à inciter n'importe lequel de ses aspirants à en faire de même.

« Nous reviendrons sur toutes ces notions au cours de votre enseignement, mais il est important pour moi que vous ayez acquis au plus vite les connaissances fondamentales que tout aspirant se doit de maîtriser. Quelles sont vos questions ? Je vous écoute. »
Helge Solringen
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MessagePosté le: Mar 30 Déc 2014 - 19:40 Répondre en citantRevenir en haut

Pas de question ? Bien sûr qu’il en avait, et des milliers, mais il avait le pressentiment que beaucoup de réponses viendraient en leur temps. Helge était patient et il sentait bien que brusquer sa maîtresse ou s’attirer son ire par trop d’impatience serait malvenu. Elle semblait encline à lui délivrer de son propre chef les informations dont il avait besoin, et dès qu’elle lui signifia que son apprentissage avait déjà commencé, il eut une sorte de petit sursaut qui le fit se tenir très droit, comme si une dignité quelconque avait besoin d’être affichée dans la circonstance. Dans son visage morne, ses yeux étincelaient encore d’un regard décidé. Il affronta sans ciller les soupçons de Yeesha, ponctuant ses phrases de nouveaux hochements de tête alors que l’on voyait très nettement se dessiner sur ses traits une concentration aiguë, vive et curieuse qui trahissait sans peine que son esprit était tout occupé à enregistrer chaque mot qu’elle prononçait. Il regrettait de n’avoir rien pour noter sous la main, mais il se doutait que cela ne tarderait pas. Pour l’heure, il apprenait.

Il s’empressa de prendre son paquetage avec lui, et suivit Yeesha avec beaucoup moins de réticences qu’il ne l’avait fait dans la tour. Elle ne semblait guère prêter crédit à ses paroles ; peut-être pensait-elle qu’il ne s’agissait que de fanfaronnades de jeune homme, mais il était toutefois loin de se douter qu’elle le pensait capable de s’enfuir par surprise ou quelque chose de cette sorte. Malgré l’épuisement causé par le choc et les diverses péripéties qui avaient précédé leur atterrissage dans la forêt, gelé jusqu’aux os et encore trébuchant sur des jambes qui rechignaient à le porter, Helge fit preuve de son entêtement naturel et tâcha de n’en rien montrer parce qu’il était évidemment hors de question qu’elle tolère ce genre de faiblesses de sa part, il le sentait bien.

Quelques expressions, faiblardes, passagères, froissèrent à peine ses traits immobiles quand la dame elfe lui relata ce qui l’attendait, ainsi que quelques éléments de politique. Levant les yeux au ciel, Helge réfléchit, sourit un peu et se dit que cela lui convenait bien. Secrets, passé, c’étaient des mots qui avaient à ses yeux un irrésistible pouvoir d’attraction. Mais en vérité, il aurait prêté allégeance à n’importe qui, n’importe quoi, pourvu que cela lui permette d’accéder à ce que Yeesha avait promis. Ce n’était pas tant la perspective de devenir chevalier dragon que tous les savoirs, les sciences et les arts qui y étaient rattachés qui l’attiraient ; pour tout dire, être à ce point lié à un autre être vivant, qui plus était le plus merveilleux d’entre eux, cela lui semblait dangereusement déraisonnable. Effrayant, pour tout dire, car Helge n’avait jamais de sa vie expérimenté cela, s’efforçant de demeurer neutre et effacé, fut-ce avec Merryn. Soudain, on lui disait que sa vie, son existence, sa présence avaient de la valeur ; c’était un sentiment rarement éprouvé, et sans doute s’y ferait-il... Pour l’heure, il ne savait qu’en penser. Il aurait sans doute tout le temps de réfléchir à cela et décida de ne plus s’en soucier, se hâtant sur les pas de sa maîtresse qui semblait décidée à lui faire rentrer de force dans le crâne l’essentiel des savoirs d’un aspirant, fut-ce en quelques minutes.

— Je vois, dit-il d’un ton très neutre, comme si on venait de lui soumettre une équation particulière. Ma vie a donc de l’importance parce que d’elle dépend celle d’un dragon. Je ne l’oublierai pas. De quelle façon ce lien a-t-il été hérité des Vaelhrus ? Quelle est la filiation entre eux et les Kaerls ? Pourquoi se sont-ils cachés ? Pourquoi ce secret ? Est-ce à cause du pouvoir que possèdent les dragons ?

Une pause, un froncement de sourcils, puis il reprit.

— Le Kaerl Englouti est alors le dépositaire et le gardien de la tradition ? En quoi êtes-vous, ou plutôt, sommes-nous réellement les plus proches de la voie des anciens ? Et qu’entendez-vous par « englouti » ? Dois-je en déduire qu’il se trouve effectivement sous les eaux ?

Sa voix paisible, mélodieuse quoiqu’un peu monocorde, débitait les mots avec le soin maniaque d’une machinerie à l’œuvre. Son esprit déjà à l’œuvre triait, découpait, classait, rangeait, nouait des liens, débusquait des indices, de nouvelles questions qui se formaient déjà sous sans langue, prêtes à s’élancer. Il lui faudrait tout reprendre à zéro, une fois arrivé à bon port. Des origines, jusqu’à ce jour, ou peut s’en fallait, car Helge répugnait mettre les pieds dans un lieu dont il ne connaissait pas le moindre détail historique. Les mœurs des différents kaerls étaient également une chose sur laquelle il aurait à se pencher, mais cela viendrait en temps voulu, car Yeesha avait, en quelques phrases, déjà soulevé assez d’informations pour l’occuper pendant des jours.
Gueralt Deux-Chiens
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MessagePosté le: Mer 31 Déc 2014 - 12:51 Répondre en citantRevenir en haut


Yeesha, et la verte Kinarith



Enfin son aspirant semblait se dégourdir l'esprit, et cela n'était pas pour lui déplaire. À défaut d'être taillé pour le combat, il avait au moins sut aiguiser son esprit au sein de cette guilde d'érudits. Ses questions étaient pour certaines beaucoup plus pointilleuses et pertinentes que beaucoup de celles auxquelles elle avait été habitué par le passé. Son éducation littéraire et politique se déroulerait surement sans soucis, car il possédait déjà un raisonnement et une curiosité qu'il était parfois nécessaire de développer chez d'autres. Un bon chevalier dragon devait savoir autant se battre avec les lames qu'avec les mots, elle n'en doutait pas. Au moins avait il un talent requis sur les deux.

« Vous avez l'esprit agile Solringen. Tant mieux. Je pensais réserver ces chapitre pour plus tard, mais je ne souhaite pas vous retarder. »


Elle ne ménagea pas pour autant sa marche, gardant une allure soutenue, se frayant un chemin, agile en son corps d'elfe à travers les bois. Il fallait qu'il apprenne à marcher, non pas comme un vieillard, mais comme un soldat. L'auberge ne devait pas se trouver très loin en avant, là bas ils auraient tout le loisir de discuter du Kaerl. Mais chaque minute était précieuse, et plus vite son aspirant se trouverait prêt à endosser son rôle de chevalier, mieux cela vaudrait pour l'avenir du Kaerl. Elle plaçait une confiance aveugle envers tout ceux qu'elle s'était usée à former. Toujours ils ressortaient de leur aspiranat solide comme la roche, agile et malin, rejoignant pour partie les rangs des partisans de Javerth, son ancien maître.
Mais tous étaient différents. Chacun dotés d'atouts particuliers, qu'il était aussi bon de développer. Helge ne semblait pas plus émotifs qu'un morceau de roche. Jusqu'alors il s'était montré docile, réfléchi et posé. Voilà des points qu'elle ne pouvait qu'encourager. Cependant, l'humain n'avait en rien l'étoffe d'un meneur d'hommes, ni celle d'un orateur publique. A le voir comme ça, il semblait plus prêt à se fondre dans la masse des ombres et de la foule pour finalement y disparaître, qu'à mener un combat toutes armes dehors. Et peut être serait ce là le plus gros défis que Yeesha aurait à surmonter : lui faire comprendre qu'il n'était pas qu'un homme de l'ombre, mais aussi un potentiel futur chevalier! Un homme qui devrait s'exprimer ! Cela viendrait en son temps, pour le moment, elle observait, patiente comme toujours.

« Les Valherus ne se sont pas cachés. Ils ont dominés le monde lors des temps anciens. Elfes, humains, ondins et tout les autres étaient leurs esclaves, et formèrent les races inférieures. Les Valherus avaient réussi à établir leur domination depuis les quatre anciens Kaerls qui se trouvaient sur Tol Orea. Vous avez surement entendu parler de la terre de l'aube je présume. Elle était l'ancienne île où ils demeuraient. Ils avaient tant gagné en puissance qu'ils décidèrent de se mesurer aux dieux, et furent pour cela punit, condamnés à l'extinction. Quelques uns laissèrent derrière eux des descendants, fruit d'une passion éphémère entre eux et leurs esclaves. Voilà comment de génération en génération le don s'est perpétué. Aujourd'hui la terre de l'aube reste caché pour nous préserver des misères du monde, des princes voleurs, de la vermine, des bandits et des famines. C'est un sujet que certains jugent tabou au sein des Kaerls. Nous autres descendants des Valherus aurions été maintenus en vie par la volonté de la déesse Flarmya à la seule condition que nous ne rétablissions pas une nouvelle domination sur le monde. Seuls quelques fous s'accrochent encore à ces rêves... chez les ardents. Ils se trompent en vérité. S'ouvrir sur le monde ne ferait que nous mettre en danger. En vivant reclus nous nous protégeons, car oui, le pouvoir des dragons pourraient attirer bien des convoitises malveillantes. »

Voilà du moins la version que chacun s'appliquait à conter en terre de l'aube. Peu subversive, chaque enseignant la transmettait à ses aspirants en chacun des Kaerls - ou presque - il s'agissait là d'une vérité admise. Plus délicate était la seconde question que Helge lui avait posé. D'autres maîtres lui auraient surement dit de trouver la réponse par lui même, mais pas Yeesha. De sa poigne de fer habituelle elle comptait bien lui montrer la voie à suivre, et lui dévoiler au grand jour la vérité du Kaerl engloutit – sa vérité.

« Lors de la chute des Valherus, trois clans furent formés. Les ardents décidèrent de perpétuer la loi des Valherus, prônant la loi du plus fort, et trouvant en la force que leur apportait les dragons un moyen d'augmenter leur propre puissance. Aujourd'hui les ardents prônent toujours cette philosophie. Je suppose que tu comprends aisément ou cette folie peut bien mener.
Les célestes eux, décidèrent de reconstruire un monde de paix et de bien. Aujourd'hui, ils vivent sous la forme d'une "république", ils jugent leurs membres avec équité, mais certains cherchent avant tout à imposer leur propre vue aux autres Kaerls. »


Yeesha s'arrêta subitement. Son regard se tourna vers son jeune aspirant, scrutant avec attention ce pâle masque, figé dans la fraicheur de cette fin d'après midi. Il devait comprendre cela de lui même. Oui la voie du bien était tentante, tapie de bonnes intentions. Mais les intentions ne construisaient pas un monde. Ce monde là était parfois dur et violent, tout sauf bon, et imaginer qu'il puisse en être autrement était pour elle signe d'une grande naïveté. Ici, elle allait lui donner sa première vrai leçon, elle ne pouvait pas passer sur ce point aussi rapidement que les autres. Il fallait qu'il comprenne, c'était là l'essence même de son attachement au Kaerl.

« Peux tu me dire, Solringen, qui est le plus égoïste ? Celui qui utilise la puissance que son sang lui a offert pour œuvrer pour son propre compte ou pour le bien des autres ? Qui a tord ? Qui a raison ? Doit on protéger les faibles, ou chercher à les faire devenir plus fort ? »
Helge Solringen
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MessagePosté le: Jeu 1 Jan 2015 - 00:17 Répondre en citantRevenir en haut

Un brin d’étonnement fila sur le visage de Helge lorsque sa maîtresse lui signifia sa satisfaction devant sa curiosité et son intérêt pour les questions qui étaient soulevées. Il esquissa à peine un sourire hésitant avant que ses traits ne reviennent à leur sempiternel masque figé, comme s’il n’osait se permettre pareils élans ou qu’il était tout bonnement incapable de montrer plus d’entrain. Seuls ses yeux semblaient réellement vivants, et leur éclat ne faiblissait pas, dévoré par une curiosité et une inconcevable soif d’apprendre.

Son regard s’éclaira d’un intérêt nouveau lorsqu’elle parla plus amplement des Valherus et de la manière dont leur sang s’était propagé jusqu’à eux. C’était étrange de se dire qu’ils coulait dans ses veines, ces vestiges d’un monde ancien et d’une puissance qui avait su défier les Dieux eux-mêmes dans leurs célestes demeures. Il hocha pensivement la tête et quelque chose qui aurait pu ressembler à un rictus étira brièvement sa bouche ; le secret était nécessaire, il le concevait fort bien, ayant déjà pu goûter à sa très faible mesure quelle fâcheuse tendance les humains — et sans nul doute les autres races — avaient à s’emparer de tout pouvoir à leur portée pour desservir leurs propres intérêts quitte à provoquer des catastrophes dont ils mesuraient à peine les implications.

— Le monde a déjà trouvé un équilibre, l’irruption des chevaliers dragons ne ferait que le mettre à bas et précipiter un chaos dont vous ne seriez pas certains de ressortir vainqueurs, je devine ; dit-il d’un ton prudent, les yeux dans le vague, plongé dans une intense réflexion. Je prendrai soin de me retirer des affaires du monde, si j’avais pareil pouvoir entre les mains.

Helge ne doutait pas un instant que la version de l’histoire qu’on lui livrait était plutôt partiale et orientée de façon à ce qu’il ne puisse en aucun cas discuter du bien-fondé de l’idéologie qui gouvernait son futur kaerl, mais si cela ne le dérangeait pas, au fond, son application maniaque à faire preuve de justesse et de précision en toutes choses le pousserait de toute façon à s’interroger sur ce qu’en diraient les ardents et les célestes, de tout cela. Sans doute les premiers parleraient de la nécessité pour les descendants de si glorieux ancêtres et dépositaires de savoirs aussi fabuleux de reprendre la place qui leur était due, et avanceraient pour cela une foule d’arguments nouveaux qu’il était curieux d’entendre. Du simple point de vue de la théorie, les célestes semblaient bien mieux disposés, mais il était le premier à reconnaître qu’en pratique, de pareilles idées ne mèneraient jamais qu’à l’erreur et à l’injustice, fût-ce en voulant bien faire. Il se promit de se renseigner autant que possible sur le sujet, dès son arrivée, et si bien sûr cela lui était permis. Il ne doutait pas que beaucoup de choses lui demeureraient cachées et qu’il lui faudrait attendre de longues années avant de parvenir à une connaissance pleine et entière qui pût combler sa curiosité. Cela n’était qu’un simple contretemps et Helge savait se montrer patient en cela comme en toute chose.

Ce que Yeesha raconta ensuite confirma ses doutes, et il visualisa fort aisément cette espèce de spectre dont ardents et célestes formaient deux pôles opposés, et où les... engloutis, à défaut d’autre terme, formaient la voie médiane. Cela lui plaisait, et il eut le sentiment d’être tout à fait à sa place, pour ce qu’il savait, par déduction plus que par certitude, de ceux qui allaient être sa nouvelle famille. En vérité, il s’aperçut que Yeesha ne disait pas grand-chose de concret de leur kaerl, et semblait plutôt qualifier ce qu’il n’était pas en s’appuyant sur les défauts des uns et des autres, laissant entendre que les leurs en étaient exempts.

Il s’arrêta sur ses pas lorsqu’elle stoppa sa marche rapide, le souffle court du jeune homme goûtant sa vergogne cette petite pause impromptue. Son esprit pour sa part se fichait bien des souffrances et des lassitudes du reste de son être et tâchait de faire taire l’essoufflement qui lui rendait la parole difficile et lui faisait tourner la tête d’épuisement. Il sentit bien que cela était important, rien qu’à observer l’expression du visage de Yeesha, cette façon qu’elle eut soudain de le détailler comme si elle attendait de lui une réponse cruciale. Helge réfléchit longuement, car la question n’était pas simple, et il devinait des implications profondes à tout ce qui avait été et serait dit alors.

— Il me semble que l’égoïste utilise son pouvoir pour lui-même et non pour son prochain. Toutefois, il me semble essentiel de se pencher autant sur les actes en eux-mêmes que sur les motivations qui les animent : celui qui fait le bien pour en tirer du profit ne vaut pas mieux que celui qui agit ouvertement pour lui-même.

Il fit une pause, levant un regard songeur. Il parlait lentement, et sa voix avait retrouvé sa fluidité chantante qu'elle avait au naturel, à peine plus élevée que le murmure des bois aux alentours comme si même cela tâchait d'affecter la plus grande discrétion et de ne pas s'imposer à son environnement.

— Quant à savoir ce qui est préférable, j’avoue l’ignorer. Cela dépend de beaucoup de choses, il me semble. Je répugne à prétendre qu’il n’est pas bon de secourir les plus faibles ou de s’abstenir de leur apprendre à devenir plus forts, car cette indifférence ne me sied guère. Pour autant, je ne dirais pas qu’il faut agir à l’excès et rendre justice à tous en tout temps et tous lieux — ainsi que les gens du kaerl céleste semblent le faire, si j’en crois ce que vous avez évoqué. L’équilibre me semble être la voie la meilleure : agir avec mesure, juste ce qu’il faut pour conserver une certaine équité.

Helge posa sur sa maîtresse un regard soudain absent, voilé, comme s’il s’était égaré à l’intérieur de sa tête dans les méandres de ses réflexions. Il ignorait si c’était la bonne réponse, si tant était qu’il y en eût une, mais il tâchait d’exprimer son avis avec le plus de justesse possible. Ces paroles pouvaient peut-être passer pour des rêveries d’idéalistes, mais si cela était en partie vrai, il était surtout manifeste qu’il n’y avait pas un mot qui avait été prononcé à la légère, pas une idée avancée qui ne fut le fruit d’une longue et lente maturation.
Gueralt Deux-Chiens
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MessagePosté le: Ven 2 Jan 2015 - 17:47 Répondre en citantRevenir en haut


Yeesha, et la verte Kinarith



Un regard acéré se posa sur Helge alors qu'il parlait. Devant sa réponse Yeesha resta silencieuse. L'homme était désireux de faire ses preuves face à elle. Chaque mot était soigneusement pesé et utilisé pour ne point commettre d'impair. Il était l'image même de la modération, jamais trop excessif que ce soit dans sa manière de réagir, dans son ton, ou dans ses idées. Neutre. Voilà ce qu'il était, d'une neutralité de pierre, tranquille et immobile. Au moins n'était il pas aussi céleste que sa chère liée avait put le prétendre. Ses convictions n'en paraissaient pas pour autant plus superficielles, il semblait profondément attaché à cette tendance qui le laissait pencher vers la troisième voix : celle de l'équilibre. Mais encore, ses réponses, même si elles étaient une fois de plus teintes d'une certaine pertinence, ne convenaient pas à Yeesha. Il n'était pas le premier, et ne serait pas le dernier. Il fallait parfois dans les jeux politiques savoir s’accommoder avec les sensibilités de chacun. Mais son tempérament intransigeant ne lui laissait qu'en de bien rares occasions, le plaisir de se rallier aux pensées d'autruit.

« La puissance des dragons n'est pas notre. C'est un don précieux qu'il nous a été accordé. Il ne nous revient pas de droit de l'utiliser comme d'une arme pour satisfaire la réussite de nos idées : que ce soit pour faire le bien des autres, ou pour assouvir notre soif de puissance. Voilà en quoi le Kaerl neutre diffère de tout les autres, voilà en quoi nous restons les plus proche des antiques voix et de la tradition. Notre don nous rend... spécials Solringen, et l'ensemble des traditions qui s'y rattachent nous permet de le protéger, lui et notre cité. La conquête pour le bien, ou pour la puissance ne figure pas parmi nos attributions. Voilà en quoi certains pourront nous qualifier de neutres. »


Déjà l'elfe avait reprit la route tandis que sa voix sec comme le battement du vent dans les branches raisonnait à travers les bois. De ce qu'elle avait vu depuis le dos de Kinraith, ils seraient bientôt parvenu près de cette auberge qu'ils avaient vu. Dans cette partie du monde, et encore à ce moment de l'année, le soleil déclinait tôt, et bien qu'elle ne redoutait pas de croiser quelque bandit de grands chemins sillonnant ces bois, elle préférait passer la nuit dans un intérieur chaud avant que sa cape trempée ne gèle sur ses épaules.

Au delà des cimes le gris ardoises des nuages semblait s'assombrir d'autant plus alors que la pluie se calmait. Encore, ici le sol de la forêt était exempt de toutes ronces ou de buissons pouvant entraver la marche. Seul un tapis d'épines accueillait leur pas, en amortissant le bruit au point de rendre leur marche presque silencieuse.

« Vous comprendrez cela au fil des ans. »

*Comment pourrait il en être autrement ? Tu ne connais même pas ce Kaerl dont je te parle.*


« Tachez de garder tout cela dans un coin de votre esprit pour le moment. Pour en revenir à votre dernière question : Oui. Le Kaerl engloutit se trouve bien sous les eaux. L'ancienne magie des Valherus habite chacun de ses murs, et nous protège des flots. La magie a trouvé son dernier refuge en terre de l'aube. Peut être vous découvrirez vous quelques dons pour cette matière, qui sait ? Il n'est pas rare de voir un aspirant développer des pouvoirs surprenant une fois son don révélé. »


La magie... A son évocation la mine de Yeesha s'assombrit. Les derniers événements qui avaient frappé le Kaerl étaient encore bien trop frais dans sa mémoire pour que le souvenir qu'ils y avaient laissé ne soient pour elle qu'un autre sujet d'indifférence. Il allait falloir lui en parler à lui aussi. Il faudrait bien qu'il comprenne ce monde dans lequel il mettrait bientôt les pieds. Si il voulait devenir citoyen du Kaerl, il devait s'en approprier l'histoire, tant ancienne que récente. Et ce triste épisode en faisait partie, au même titre que n'importe quel autre. Pis, il était même l'un des événements majeure qui avait put ébranler le Kaerl depuis la guerre des trois ordres. Elle lui en parlerai avant qu'il n'arrive, mais pas ici. Pas maintenant. Il fallait qu'elle aie toute son attention. Tout à l'heure, dans l'auberge.

« Un peu de nerf Solringen. Nous y sommes presque. Vous êtes trop lent. »

Et déjà devant eux les arbres semblaient s'écarter d'eux même, laissant poindre à la lisière une petite étendue herbeuse. Là au centre, une maison longue, qui ne devait pas s'élever sur plus d'un étage sous les longues pentes de son toit de chaume. Aucune lumière ne leur parvenait depuis leur position Ce n'était qu'une petite bicoque perdue au bord d'une route qui ne devait pas voir passé plus d'un voyageur par jour. A l'extérieur le bois grossier des murs de rondins était encore assombri par l'averse qui avait finalement laissé place à une bruine autrement plus glaçante. A
lors qu'elle avançait droit vers le bâtiment, ses bottes s'enlisèrent dans la boue qui stagnait dans l'espace qui devait être en d'autres saisons être réservé aux chevaux. Un juron franchit ses lèvres, mais elle n'en continua pas moins son chemin jusque sous une enseigne grinçante qui annonçait « Auberge de l'Ours ».

« Je vous déconseillerai d'entrer seul dans ce genre de lieu Solringen. Une femme seule, et une moitié d'homme... Il risque d'y avoir du raffut avec ça ! »
déclara-t-elle en faisant sauter de sa ceinture une bourse visiblement dodue.

Elle en extirpa deux pièces et fit disparaît le reste sous sa cape avant de se tourner de nouveau vers son aspirant.

« Si il venait à y avoir du grabuge je ne veux pas vous voir tenter quoi que ce soit de stupide, vous resterez derrière moi et n'interviendrez sous aucun, je dis bien aucun, prétexte. Me suis je bien fait comprendre ? »

Helge Solringen
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MessagePosté le: Mar 20 Jan 2015 - 00:45 Répondre en citantRevenir en haut

Cette conversation fructueuse et ô combien instructive était une aubaine, un véritable miracle pour Helge qui pouvait ainsi se concentrer sur quelque chose et mettre à profit ses excellentes capacités à faire abstraction de son propre corps lorsqu’il y avait du savoir à récolter. Il ne sentait qu’à peine le poids de ses vêtements trempés sur ses épaules, le froid mordant du soir qui lui rongeait les doigts et la chair, la fatigue et la crainte. Il savait fort bien que tout cela lui reviendrait en quelques secondes dès qu’il aurait une seconde de repos, mais pour l’heure, il était bien aise de pouvoir continuer ainsi, quitte à s’épuiser à suivre le pas implacable de sa maîtresse.

Il hocha vivement la tête aux paroles de Yeesha. C’était l’évidence même, et il se sentit soudain un peu idiot de n’y avoir pas pensé de cette façon, certaines choses étaient même tellement évidentes pour lui qu’il n’avait même pas songé à les préciser en parlant. Comme toujours, il enregistra avec soin son erreur, et avec autant de précision que s’il le couchait sur papier, Helge prit bien note de tout ce qu’elle dit. Il y avait dans ce qu’elle disait une vérité profondément en accord avec ce qu’il pensait, voire même avec ce qu’il était, profondément. Quelque chose au fond de lui s’élançait pour cueillir ces idées et les embrasser, les faire siennes et les enfouir en lui pour qu’en croissent bientôt de profondes certitudes qui, si elle n’étaient pas uniquement guidées par la raison tant qu’il ne pouvait comparer attentivement les faits, n’en demeuraient pas moins présentes et guidées par un instinct qui s’exprima avec force.

— Cela me convient, je crois, lança Helge sans même se soucier d’avoir été entendu, ou même écouté.

Il opina de nouveau du chef en hâtant le pas, pressant une main sur son côté pour calmer la pointe de douleur qui s’insinuait jusqu’à ses neurones affairés et perturbait le train bien huilé de ses réflexions.

— Je crois bien avoir compris ce que vous avez expliqué. Je l’espère, du moins, je tâcherai d’en savoir plus à notre arrivée.

Ces quelques phrases furent lâchées sur le ton mécanique d’une machinerie qui confirme ses ordres. Il était déjà ailleurs, en vérité, comme si sa bouche se faisait que confirmer ce qui se passait dans sa tête, quelque chose d’automatique et même la situation inédite dans laquelle il se trouvait n’avait pu le forcer à garder les pieds sur terre suffisamment longtemps.

Un sourire grimaçant se peignit un instant sur le visage de Helge quand la dragonnière fit mention de la magie. Son don prendrait peut-être encore plus d’ampleur, là-bas... Dans un sens, c’était un soulagement, un espoir de pouvoir consolider cette muraille qui le gardait des autres et leurs intrusions malvenues, mais quelque chose au fond de lui, quelque chose de minuscule lui susurrait que sa vie ne faisait que commencer, en vérité, et que tout ce qu’il avait connu autrefois n’était plus qu’un lointain souvenir. Il avait tout à découvrir, à reconstruire, à rebâtir et à édifier. Il était vaguement terrifié à l’idée de devoir recommencer depuis le départ le long processus qui l’avait amené à accepter Merryn comme quelqu’un de proche ; encore, se laisser approcher, approcher soi-même, nouer des relations, encore ressentir... Une part de lui refusait cela tout net, mais autre chose, comme une graine en stase au fond de lui qui ne réclamait qu’à s’étendre réclamait plus et plus encore, réclamait de prendre une place dans un monde qu’il avait toujours craint et fui.

Tant et tant de choses... Des espoirs, des peurs, des craintes, des attentes. C’était donc ça, de vivre ?

Tout s’en fut, au fond de lui. Trop tôt pour cela, c’était soudain comme s’il ne se sentait pas prêt. Mieux valait tout taire, tout enterrer, tout étouffer, retourner à l’indifférencié, avant d’oser émerger un peu.

Il hâta encore le pas, obéissant machinalement au reproche de Yeesha. Les arbres devenaient plus clairsemés, laissant entrevoir le ciel uniforme et lourd, bleui par le crépuscule lourd et pluvieux qui tombait comme une chape de lumière plombée et d’eau lourde sur la forêt. L’établissement ne faisait pas bonne figure dans sa clairière boueuse, mais pour quelqu’un qui a passé des heures à affronter l’orage, ses murs bancals et les lueurs qui se déversaient par ses étroites fenêtres transformaient l’endroit en un véritable palais tant cela laissait présager de bonnes choses comme de la chaleur et une atmosphère un peu plus sèche.

Helge rit sinistrement à la réflexion de Yeesha et se contenta de la suivre, restant soigneusement derrière elle.

— Quand bien même y aurait-il du grabuge, de quelles prouesses me croyez-vous capable ? Je ferais selon vos ordres, maîtresse, quoi qu’il arrive.

« Aucune » était une réponse convenable. Se terrer dans un coin sûr et ne pas se faire remarquer était également une option envisageable. De fait, à peine eurent-ils franchi le seuil de la taverne que Helge tâcha de se concentrer le plus possible pour faire oublier sa présence, d’une part parce que rien ni personne dans cet endroit ne lui inspirait ni confiance ni sécurité et d’autre part parce que la présence d’inconnus le mettait toujours dans cet état de vigilance presque paniquée. A fortiori quand il avait à faire avec de telles personnes.
Gueralt Deux-Chiens
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MessagePosté le: Jeu 22 Jan 2015 - 22:29 Répondre en citantRevenir en haut


Yeesha, et la verte Kinarith



La main gantée se stoppa nette sous l'impulsion des mots de l'humain. Les longs doigts de l'elfe semblaient vouloir ressentir la surface brut et raide du bois qui constituait cette porte, comme si elle pouvait lire au travers. Il n'en était rien. Ils se refermèrent en un poing crispé et rageur, qu'elle aurait volontiers fait voler au visage de son aspirant.

« J'espère qu'il s’agit bien là des mots d'un esprit réaliste et rationnelle et non pas de jérémiades. »

Elle ne se retourna même pas, ne souhaitant pas même lui accorder l'ombre d'une attention. Ce genre de paroles la hérissait. Oui, Helge n'avait rien d'un combattant. Il n'était même pas sûr qu'il fasse un bon fuyard. Ses membres étaient osseux, son teint laiteux, ses yeux ravagés par l'ombre de la morosité. Il n'émanait de lui aucune vie, pas la moindre trace de vivacité. Un être faible, elle l'avait sût rien qu'en le voyant, et sa liée partageait son avis. Mais elle était la seule à pouvoir le juger ainsi, car c'était son rôle.

En entendant ces paroles dans sa bouche, elle n'entendait qu'un petit adolescent qui se plaignait, se résignait face à son statut de proie ; si peureux qu'il en venait à se dissimuler sous l'ombre protectrice de sa maitresse. Certes, il en devenait obéissant, mais cela lui apparaissait pour elle comme un non-choix, une lâcheté face à la réelle prise de décision. C'était ce genre d'engeance qui venait à fuir face à l'adversité, le genre d'homme qui se complaisait à se baigner dans sa propre médiocrité... Ce genre de personnalité qu'elle avait toujours détesté. Ce genre de neutre qui se refusait à prendre la moindre décision pour leur Kaerl, qui se réfugiait derrière une inaction irresponsable. De cela elle ne voulait pas et ne voudrait jamais.

Chaque chose viendrait à son heure, et celle de Solringen viendrait tôt ou tard.

Aucun autre mot ne sortit de sa bouche. Elle poussa la porte, et un relent de graisse rance, de graillon, et de sueur s’échappa de la pièce pour venir les prendre au visage. Gardant un œil sur son aspirant qu'elle tenait à garder à porter de main, Yeesha s'avança sans prendre garde à la populace qui trainait ici, comme oubliée sous une couche de poussières, tout noircie et gondolée par le temps. La plus part des hommes présents ici n'étaient que des vieillards – ou en avait tout du moins l'apparence - vermoulus par les travaux que leur offraient l'exploitation de la forêt, penchés sur leur choppe et leurs écuelles, agrippés pour certains sur leurs pipes. D'une seule main à l'épée elle se savait capable de les battre. A vrai dire elle n'avait jamais craint aucun homme -encore moins lorsqu'il n'était pas combattant. Ses inquiétudes allaient plus vers son aspirant. Tout faible d'esprit qu'il puisse supposément être, il n'en restait pas moins un doué qui était tombé sous sa protection. Elle était la garante de sa protection et de sa vie, si le temps d'une minute d'inattention il venait à lui arriver malheur, elle savait que jamais elle ne pourrait se le pardonner. Son rôle était de lui offrir toutes les armes dont il aurait besoin dans sa vie pour l'amener à survivre, et non pas de l'amener vers sa mort.

Son regard d'acier ne pouvait se détacher de lui alors qu'elle s'avançait vers ce qui devait être le comptoir du maître des lieux. L'homme avait une mine patibulaire, chafouine, et ne semblait accepter leur présence en ces lieux que de mauvaise grâce. Comme pour pallier à toute tentatives d'agression envers son protégé, elle n'hésita pas à placer négligemment sa main à la garde de son épée portée de coté.

« Une chambre. Un lit. Deux repas pour ce soir. Vous avez ça ? »


Le ton n'était pas d'avantage aimable qu'il ne l'avait été auparavant. Exigeant, impérieux, sec, qui n'aurait pas eut envie d'envoyer cette elfe un peu trop fière du coté de chez Kaziel ? A voir la mine de l'homme, l'idée lui était visiblement passé par la tête, mais personne n'esquissa le moindre geste. Seule sdeux écuelles d'un gruaux au contenu douteux leur furent amenés de mauvaise grâce, sans qu'un seul mot ne fut prononcer. Sans s'encombrer d'une quelconque règle de bienséance, Yeesha s'en empara et monta les escaliers, poussant Helge devant elle jusqu'à la chambre.

Celle ci n'était pas bien grande, mais qu'importait l'espace, elle souhaitait simplement être au calme et s'assurer que personne ne puisse les entendre. Elle déposa les deux bols sur une table branlante, et tira le seul tabouret pour le tendre à Helge alors qu'elle même prenait place sur le rebord du lit.

« Je monterais la garde pour la nuit. Vous pourrez dormir quand vous le voudrez. Il n'est pas encore tard mais nous devrons partir tôt demain. Même avant l'aube. Plus vite nous arriverons au Kaerl plus vite nous pourrons commencer ton entrainement. »

Par dessus son bol elle avisa sa jeune recrue. Quitte à parler d'entrainement, mieux valait pour elle savoir de quoi il serait fait. Elle savait que chacun avait ses forces, mais aussi ses faiblesses. Son rôle en tant que maîtresse était d'apprendre à magnifier les premières tout en comblant les deuxièmes. Depuis le début de leur rencontre, Helge n'avait cessé de montrer sous un jour docile. Intelligent, probablement fin et rusé, elle ne doutait pas que l'esprit était son arme la plus pratique. Grand bien lui fasse, rendre un homme bête un peu moins bête était autrement plus difficile que de réussir à rendre ce tas d'os un peu plus véloce.
Cependant la facilité avec laquelle il s'était rendu, et avait accepté de la suivre jusqu'alors ne cessait de l'étonner. Elle soupçonnait bien sur, d'y voir de la couardise, mais la peur ne pouvait pas être l'unique moteur qui avait put pousser Solringen à quitter sa tour, ou sinon il ne se serait jamais aventuré à la suivre...

« Nous allons nous y préparer dès à présent. Je vais pour cela avoir besoin de vous Solringen, et de toute votre attention. »

Deux yeux verts s'incrustèrent au fond des iris éteints de l'érudit. Deux yeux aussi durs que glaciales.

« Pourquoi m'avoir suivi ? »
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