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 [RP] Feuille perdue au gré du vent Sujet suivant
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Noloben Materatsu
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MessagePosté le: Lun 24 Nov 2014 - 20:30 Répondre en citantRevenir en haut

Début Flarmyaku 918





Les dernières traces de sang s'effaçaient de la peau brune du Torhill au contact de l'eau. La plaie était superficielle, étendue mais peu profonde ; La marque ordinaire des armes de mauvaises factures que pouvaient employer les gobelins. Noloben plongea une dernière fois son linge dans le bol d'eau tiède dans lequel il avait prit soin de rajouter quelques feuilles de Valoris Mekala, pour éviter que la plaie ne s'infecte. Le sang séché et coagulé avait complètement disparu de la blessure, ne restait plus que cette ouverture dans la chaire qu'il s'employa à recouvrir patiemment d'une pommade d'un blanc laiteux. Ses gestes étaient légers, lents mais marqués par une assurance que certains gardiens voyaient d'un mauvais œil. Noloben était silencieux, il n'expliquait jamais ce qu'il faisait, ne demandait jamais si la personne avait mal ou non : il s'activait silencieusement, par ce qu'il fallait le faire, et qu'il savait comment le faire. Sans les traitements qu'il donnait la plaie pouvait s’infecter, empirer, et que serait un gardien avec un bras invalide ?
Après qu'il eut finit de faire son bandage, il signifia à son patient qu'il en avait finit par un simple signe de tête avant de s'activer à son tour afin de remettre le dispensaire en ordre. Ils n'avaient pas eux à soigner beaucoup de blessés, Airion et lui, les escarmouches contre les gobelins étaient courantes, et ces tribus n'étaient pas les plus douées pour se défendre. Un groupe de quinze hommes cette après midi avait suffit à mettre en déroute toute un groupe, sans avoir un seul mort dans leur camps. Les torhills étaient des êtres puissants, ils avaient l'avantage de la force...

L'après midi touchait à sa fin lorsque enfin toute la pièce fut en ordre. Airion vint constater par lui même que tout avait été remis en place sans qu'il n'eut à le demander, que les pommades utilisés avaient été renouvelées, et l'eau changée. Mais il n'eut pas l'occasion de trouver son assistant Neishaan pour le remercier – celui ci avait déjà filé. Ce n'était pas rare, en général, lorsque leur stock diminuait, Noloben s'absentait sans prévenir pour revenir quelques heures plus tard sa besace chargée de plantes médicinales. Airion n'avait jamais rien à lui dire, son assistant s’exécutait en silence, sans qu'aucun ordre ne lui aient été donné. On pouvait bien lui reprocher d'être taciturne et peu engageant, on ne pouvait nier qu'il était efficace.

Les pieds nus du Neishaan foulaient le tapis de feuilles mortes que les arbres avaient déposé sur le sol de la forêt. Discret, il évoluait dans la sylve avec une aisance naturelle, son corps gracile se fondant parmi ces êtres aux fines branches en une symbiose presque parfaite. Ses pas le portaient sans hésitation dans ce territoire qu'il connaissait si bien. Sa besace pendait sur sa hanche, déjà gonflée d'herbes variées, de feuilles argentées, de baies somnifères... Lorsqu'il le fallait, il grimpait le long des troncs pour cueillir ce dont il avait besoin. Et quand au sommet des arbres il se trouvait, il aimait s'y attarder quelques secondes pour y respirer l'air qui lui fouettait le visage.

Il était heureux de pouvoir de nouveau parcourir ce territoire en dehors de Sylvarilien. Cela faisait près de dix jours que les gardiens avaient repéré cette troupe de gobelins un peu plus à l'est. Ils s'étaient installés dans une anfractuosité rocheuse, près de l'un de ses nombreux cours d'eau qui pouvaient parcourir la forêt. Bien que la menace soit écarté, Noloben n'en était pas tellement plus heureux. Depuis qu'il avait vu la troupe quitter la retraite au petit matin, il n'avait cessé de repenser à ces créatures à la peau verte qui seraient passées par le fil de l'épée... Cruel destin pour cette tribu qui ne cherchait qu'un refuge où s'établir. Certes, les gobelins n'étaient pas connu pour leur profond sens de la diplomatie, mais Noloben ne cessait de croire qu'une forme de cohabitation était viable... La scène qu'il se faisait de l'éradication presque totale d'une tribu ne cessait de le hanter. Il ne pouvait s'empêcher de prendre ces créatures en pitié, de cette même pitié avec laquelle il considérait les gardiens de cette forêt réduits à des actes si meurtrier par peur de perdre leur foyer... Il aurait aimé que les choses se passent autrement, malheureusement il n'en avait pas le pouvoir. Ce monde n'était que guerres et conflits qui jamais ne cesseraient, il pouvait tout au plus apporter ses soins aux blessés.

Et alors qu'il continuait d'arpenter les sous bois, il prit conscience qu'il prenait justement la direction de la cave de laquelle les gobelins avaient été délogés ce matin même. Il stoppa ses pas. Cela devait faire deux heures maintenant qu'il marchait. Le soleil commençait à décliner sous la ligne de l'horizon, et l'air du soir commençait à fraîchir. Peut être lui fallait il rentrer à présent ? Aller plus loin pouvait être synonyme de danger. Les derniers gobelins s'étaient dispersés, avaient raconté les gardes, mais ils pouvaient très bien roder encore dans les environs, et lui... Et bien il n'avait ni arc ni épée... Pas même l'ombre d'un couteau. Il n'avait pas peur, la mort ne lui faisait plus peur depuis longtemps. Une autre idée avait germé dans son esprit à la place.

Après tout si son rôle était de soigner, il n'avait qu'à soigner. Le mal était fait à présent, il ne pouvait pas ressusciter les morts, mais peut être pourrait il réussir à soigner les gobelins blessés qui avaient fuis ? Ne serait ce que les mères et leur petits... ? Après tout il n'était ni un Torhill ni un gardien. Peut être les choses auraient elles été différentes si cela avait été le cas, peut être se serait il fait tuer à vue. Mais en l’occurrence il ne représentait aucun danger pour eux, alors peut être le laisseraient ils s'approcher. Cela faisait beaucoup de suppositions, mais tourner les talons maintenant lui semblait être la pire des ignominies.

Il reprit la route qui le menait droit vers l'ancien lieux d'établissement des gobelins.

Une plaine herbeuse s'étendait à l'orée des bois. Une clairière qui menait jusqu'à cette anfractuosité dans la roche. Non loin de là un torrent qui lors des jours d'été se réduisait à un mince filet d'eau bondissait encore paisiblement. Le soleil rasant la cime des arbres venait baigner par endroit les restes de corps armées de cuirs et de fer de ces petites créatures au faciès ingrat. Un petit groupe de rapaces occupait déjà les lieux et ne parut prêter aucune attention à Noloben. Guidant son pas léger à travers les corps, il gagna enfin la caverne ouverte dans la roche espérant y trouver quelques réfugiés. Les lieux étaient plongés dans la pénombre, mais il pouvait encore y distinguer des toiles tendues entre les couchages de pailles pour le moins rudimentaires. D'ici quelques jours les animaux de la forêt auraient déjà reprit leur droit sur ces lieux et toutes traces de ce qu'il venait de se passer ici auraient disparut.

Sans qu'il s'en soit rendu compte, le Neishaan s'était mis à verser ses larmes pour ces êtres dont il ne connaissait rien. Pourquoi fallait il que le monde soit toujours si cruel ? Les hommes avaient peur, et la peur leur faisait commettre des actes irréparables. Lui il n'avait plus peur maintenant...
Les minutes s'écoulaient tandis qu'il longeait les parois de cette roche brune, mais rien n'indiquait qu'il y est encore quelqu'un ici. Évidemment... Eux aussi ils devaient avoir peur. Peur de se faire chasser de nouveau, peur de subir le même sort que leur congénères. Il aurait tant aimé pouvoir les réconforter le temps d'un instant, mais que pouvait il faire si eux ne venaient pas ?

Au désespoir de ne pouvoir agir, il finit par faire demi tour pour rejoindre la clairière. Une minute plus tard, il retrouvait l'air de ce soir de printemps, plongé dans la douceur du jour déclinant. Son regard se posa sur une troupe de petits êtres à la peau verdâtre qui surgissaient des bois. Oh... Il y en avait donc qui avaient échappé à la mort. Du revers de la main il essuya le reste de larmes qui baignaient encore ses yeux, il se mit à genoux pour se mettre à leur hauteur, attendant qu'ils viennent le rejoindre. Il posa sa sacoche au sol, tendant la main devant lui pour les inviter à s'approcher.

« Je suis ici pour vous aider. Approchez ! Venez, je peux vous soigner si vous avez des blessés. Vous comprenez ce que je dis ? »

Visiblement non, car les gobelins n'avaient fleuré que son odeur de torhill. La petite troupe de créatures se précipita désordonnée sur le neishaan, certains encore désarmés saisissant au sol les armes de leur congénères morts le marin même. Arrivé à sa porté, ils saisirent sa main tendue pour le tirer au sol. Certains bondirent sur lui pour mieux le déséquilibrer. La position à genoux n'aidant pas, Noloben se retrouva vite submerger par le petit nombre qui mettait tant d'ardeur à vouloir le violenter.

« Non... Vous ne comprenez pas, je suis ici pour vous aider.. Je peux vous soigner. »

Il n'était pas révolté. Il essayait de se débattre, car ils allaient tuer leur seul moyen de sauver leurs blessés si il ne le faisait pas. Il comprenait leur réaction mais ils faisaient une erreur en le tuant lui. Si ils y arrivaient, leur frères allaient mourir de leur blessure. D'un mouvement de bras il essaya de se dégager. Un peu trop vivement car sans le vouloir il mit un coup à l'une de ces bêtes qui tentait de le paralyser.

« Désolé ! »
ne put il s'empêcher de s'exclamer tandis qu'il voyait le gobelin tomber sur les fesses.

Mais d'excuses il n'en avait cure. Réussissant à faire jouer le nombre contre la stature fluette du neishaan, ils l'immobilisèrent en une minute, à grand renfort de coup de poings et de pieds. Le plus gros de la bande arrivait maintenant, armé d'un gourdin de bois rudimentaire qu'il lui abattit sur l'épaule. Il avait mal visé.. Il leva de nouveau son arme s'apprêtant à l'écraser sur le crâne de son ennemi.
Oh non... quelle erreur faisait il là...
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MessagePosté le: Lun 24 Nov 2014 - 20:30 Revenir en haut

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Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Sam 6 Déc 2014 - 17:38 Répondre en citantRevenir en haut

Les gobelins semblaient fermement décidés à se débarrasser de cet intrus. Son odeur corporelle le trahissait. Elle ressemblait à leurs tourmenteurs ! Il méritait de mourir. Mais c’était sans compter une aide inespérée venue du ciel.

La créature fendit les airs, jaillissant d’entre les arbres, broyant branchages et roches sous ses puissantes pattes. D’un ample mouvement de queue, elle balaya le sol, envoyant valser au loin quelques gobelins trop téméraires. Un maigre tronc d’arbre séché s’abattit dans le sillage de la queue serpentine. Tandis que la créature s’aplatissait sur le sol tel un fauve prêt à bondir, ses épines dorsales se hérissèrent de plus belle. Ses ailes de soie bleutée s’ouvrirent à la verticale sur toute leur extraordinaire longueur, la faisant paraître encore plus grande qu’elle ne l’était déjà. Ses naseaux fumants se tournèrent vers les gobelins assaillant le jeune homme à terre. Ses babines écailleuses se relevèrent, en un rictus menaçant, sur de longs crocs effilés comme des lames de poignards. Les petites créatures verdâtres et brunâtres la regardèrent avec stupeur. L’étonnement ne tarda pas à céder à la peur panique. Un terrible rugissement mit les gobelins en fuite. Ils abandonnèrent le Neishaan et détalèrent comme des lapins terrifiés. Le silence retomba comme les cris désarticulés des gobelins s’éloignaient. La clairière résonnait à nouveau du chant des oiseaux, ainsi que de la profonde respiration du dragon bleu.

Vraël ne pouvait pas passer inaperçue dans un tel paysage. Sa robe d’écailles s’avérait bien trop lumineuse et d’une couleur trop insolite pour seulement être confondue avec le milieu naturel. Elle avait agis sur l’impulsion du moment, sans trop y réfléchir à deux fois. Saisissant l’opportunité en plein vol – au sens figuré comme au sens propre -, la dragonne s’était précipitée à la rescousse du jeune homme en espérant être récompensée par son aide. Ce n’était sans doute pas une question de vie ou de mort… Mais la peur avait pris le pas sur la prudence chez Vraël à cet instant.

La Bleue replia sagement ses ailes le long de son corps fuselé. Ses yeux adoptèrent une teinte opalescente tirant légèrement sur un ocre anxieux. Dissimulant ses piquants et ses dents aiguisées, elle tâcha de se rendre aussi petite que possible en restant tapie sur le sol moussu. Elle ne voulait pas effrayer davantage le Neishaan blessé. Elle espérait avoir agis à temps. Il lui fallait un soigneur en état de travailler au plus vite. Les connaissances de la dragonne en matière d’anatomie bipède s’avéraient on ne peut plus lacunaires. Ce jeune Neishaan pouvait l’aider. Il devait l’aider. Vraël émit un couinement plaintif en ramassant ses pattes griffues sous elle. Elle baissa le museau jusqu’au ras du sol pour se mettre à la hauteur de l’inconnu. Elle espérait ainsi se faire comprendre de lui. Elle lui effacerait la mémoire dès que sa Liée serait de nouveau sur pieds. Elle n’avait pas même pris la peine de vérifier s’il possédait le Don !

° Faites qu’il comprenne que j’ai besoin d’aide ! Persée est blessée, et je ne sais pas quoi faire… °

Son manque de concentration envoyait ses pensées dans toutes les directions comme une brise de vent. Elle poussa un nouveau gémissement. Son souffle fit s’envoler un tas de feuilles mortes. Comment un dragon, encore jamais réellement vu dans les environs, pouvait-il ne pas paraître effrayant ?



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Noloben Materatsu
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MessagePosté le: Dim 21 Déc 2014 - 22:01 Répondre en citantRevenir en haut

Comme une violente bourrasque d'automne qui aurait fait s'envoler les gobelins telles des feuilles mortes au delà des branchages maigries auxquelles elles essayaient de s'accrocher en vain... Les ailes puissantes d'une créature de mythe. Un crie rageur et des crocs aiguisées. Noloben ne sentit pas la peur, pensant simplement que le moment était venu. Il avait fermé les yeux. Mais rien n'était venu. Il avait entendu les gobelins fuirent. Pauvres créatures... Il était venu pour les aider. A présent leur blessés allaient mourir, et lui ne pouvait plus rien faire car il allait mourir à son tour. Sa dernière pensée fut pour Gamilwë, pour son père et sa mère...

Puis la violence des paroles qui se répercutèrent au creux de son esprit le tirèrent de sa léthargie. Une plainte violente, de la tristesse et du désespoir se disputèrent tour à tour le contrôle de ses émotions. Ses yeux se rouvrirent sur le ciel aux teintes crépusculaires qui étendait sa pâle lueur au dessus de de lui. Il n'y avait plus de bruit dans la clairière, sinon celui de l'eau qui continuait de couler un peu plus loin, imperturbable. Les gobelins avaient disparu. Ô pauvres créatures... Un autre bruit, régulier, tremblotant, vibrait à coté de lui. Il se redressa sur ses frêles jambes, et observa le dragon terrait sur lui même face à lui. L'improbable idée que ce put être lui qui ai prononcé ses mots lui traversa l'esprit. C'était stupide évidemment et pourtant...

La créature était belle, d'un bleu qui rappelait celui des ciels d'étés. Son port était fier, ses muscles puissants, son visage avait quelque chose de doux, et d'aimant, mais ses yeux semblaient traduire une puissante mélancolie dans laquelle il crut se reconnaître.
D'aucun disait que les dragons existaient à Sylvarilien... A vrai dire, peu de Torhills ici avaient eu l'occasion de traverser les frontières de leur forêt, et nul n'avait quitté Oren parmi tous ceux qu'il connaissait. Aussi du monde qui s'étendait au delà, les noms presque surréalistes de Undomë, Vaendark ou encore Ssyl'Shar raisonnaient à ses oreilles comme autant de contrés fantastiques à propos desquelles chacun était libres d'imaginer les plus folles fantaisies. Fort de son ignorance, il ne fut pas surpris de voir un dragon se mouvoir face à lui, car au même titre que d'autres créatures qu'il n'avait jamais vu jusqu'alors, il ne doutait pas vraiment de leur existence. Tout au plus était il impressionné par la masse imposante de la bleue qui s'offrait à lui. Mais le désarroi que la créature semblait porter en elle, fit naitre en lui un tel sentiment de pitié, sincère et vrai, qu'il ne put s'empêcher de l'approcher.

Cette créature là lui avait probablement sauvé la vie, aussi fou que cela puisse paraître. Et peut être l'avait elle vraiment appelé à l'aide. Dans ce cas... Que pouvait il faire sinon tenter de l'aider à son tour. Son cœur saignait de n'avoir pût aider ces gobelins, et il ne tenta même pas de retenir les larmes qu'il pouvait verser pour eux, mais il ne pouvait plus rien faire... Aussi se résigna-t-il, comme à son habitude, car la vie était parfois cruelle... Il laissa cet échec s'envoler, car il était encore temps pour ce dragon là, tout en sachant qu'il n'oublierai jamais vraiment qu'il avait échoué.

Doucement, il mit un pas devant l'autre, tendant une main en avant en signe d'apaisement vers la créature.

« Shuut... Doucement... Doucement... Je ne veux pas te faire de mal... Il y a, je crois quelqu'un qui a besoin d'aide, d'accord ? Tu ne me comprends pas bien sur, mais tu es beau mon grand. Je ne suis pas armé, je suis là... Il n'y a pas de raison de paniquer... Tout doux... Tout doux... »

Il continuait d'avancer, aucunement mue par la peur. C'était une étrange sensation que celle d'avancer – peut être - droit vers sa mort, pour apporter une aide surement inutile. Il venait à peine d'y échapper que déjà il risquait nouveau sa vie. C'était stupide, il le savait, mais le monde avait parfois besoin de gentils garçons stupides tel que lui.

Étrangement, plus il se rapprochait de la dragonne, plus les sensations qui avaient put le traverser quelques secondes plus tôt semblait lui revenir, comme des pulsations saccadées, comme si celles ci suivaient le propre battement de son cœur. Il lui semblait qu'il remontait le courant d'un fleuve, se fiant à ce que son instinct profond lui dictait, cherchant un fil invisible qui le menait droit vers l'imposant saurien. Et alors qu'enfin il se trouva face à lui, ses mains effleurèrent la pointe de son museau, espérant au plus profondément de lui que ce geste contribuerai à le calmer. Ce qu'il faisait là il n'en avait aucune idée...
Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Mar 23 Déc 2014 - 00:26 Répondre en citantRevenir en haut

Sous les yeux de topaze de la dragonne, près de ses naseaux encore chauds, s’avançait cette petite main pâle. Une main secourable, qui voulait aider, même au péril de sa vie. Les paroles du neishaan venaient du cœur. Un cœur pur, vrai et sincère. Quelque chose résonnait en lui, qui faisait écho aux valeurs en lesquelles elle croyait depuis sa naissance. Quelque chose s’élevait de cette jeune âme, jusqu’à éveiller des souvenirs et des émotions, comme si cette rencontre avait déjà été définie par le destin bien avant le commencement du monde.

Vraël ne croyait guère en la destinée. Si elle respectait les dieux pour ce qu’ils étaient – des êtres supérieurs, gouvernant l’univers à leur guise, récompensant les méritants et les plus offrants -, elle se refusait à attacher de l’importance à une quelconque forme de fatalité. Persée lui avait appris tout cela. Aujourd’hui, il était de son devoir de sauver son Âme Sœur. Elle devait sauver la Sans-Destin. Et ce jeune homme l’y aiderait.

La Bleue avança doucement son museau, franchissant le peu de distance qui subsistait avec cette paume tendue. Lorsque la peau entra en contact avec les fraiches et lisses écailles turquoises, la dragonne retint un long frisson. D’ordinaire, elle n’appréciait pas les contacts étrangers. Elle ne laissait personne s’approcher d’elle, exceptée sa Liée. Leur lien s’était forgé dans les épreuves. Elles n’avaient confiance qu’en l’autre moitié de leur âme. Leur relation fusionnelle s’était construite au-delà du temps et des destinées. Vraël se montrait, par nature, douce, bienveillante, malicieuse et sage – sans compter une grande férocité au combat -. Elle aimait ses frères et sœurs du Màr Menel, respectait l’autorité des descendants des Valherus sur la citadelle volante et défendait les valeurs du Kaerl de ses pairs avec ardeur. Mais elle n’éprouvait que peu d’attraits pour les contacts charnels de toutes sortes. La liaison de Persée avec Zackheim de Galastden avait changé la donne. La Bleue avait mêlé son vol au Brun Sarevok, donnant trois dragonneaux au Màr par la suite. Ce n’avait été qu’une exception. Vraël ne se laissait toucher, réellement, que par sa Liée.

° Je ne te veux pas de mal non plus, petit homme. °

Vraël continuait d’émettre ses pensées, tout en maîtrisant sa confusion passée. Remettant de l’ordre dans son esprit, elle chassa la peur dans un recoin de son cœur. Elle contempla un instant ce neishaan peu farouche, peut-être inconscient des risques, qui lui caressait ainsi le museau. Il l’intriguait, sans qu’elle ne sache comment ni pourquoi.

° Je craignais qu’il ne me comprenne pas mais il est plus intelligent que je ne le pensais. Errer seul sur le territoire des gobelins aurait pu lui être fatal. Il a fallu que je sois là pour le sauver. Me rendra-t-il la pareille ? °

Le soleil commençait à baisser en intensité. Le temps ne jouait pas en sa faveur. Tout en évitant de dévoiler ses crocs, Vraël émit une faible plainte. Elle poussa gentiment du museau cette main tendue. L’espoir chevillé au cœur, elle se coucha – ou plutôt se laissa tomber – dans l’herbe humide et étala ses ailes sur toute leur longueur. Il fallait que le neishaan monte sur son dos. Qu’il prenne le risque de la chevaucher, sans savoir où elle l’emmènerait. Est-ce qu’il comprendrait ? Était-il prêt à le faire ?

° Si seulement tu pouvais me comprendre, comme moi je te comprends !... °

Qu’il était triste de se dire que ce sans-don allait ensuite perdre le souvenir de ce sauvetage !



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Noloben Materatsu
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MessagePosté le: Mar 30 Déc 2014 - 03:39 Répondre en citantRevenir en haut

Plus encore qu'en la voyant, il avait suffit à Noloben d'effleurer du bout des doigts le museau du dragon pour sentir tout son corps frémir, et ressentir de nouveau la peur, l'amour et l'espoir qui ne lui semblaient par être siens. Il comprenait bien que cette créature ne lui voulait aucun mal, il le sentait... Il le sentait dans l'air. Il l'entendait aussi. La même voix que celle qu'il avait entendu un peu plus tôt.
Il tacha d'en déterminer la provenance, mais... sans succès. Oui vraiment la voix semblait parvenir de sa tête... Le début de la folie qui accompagnait souvent le chagrin et la solitude sans doute. Et ce constat ne l'effrayait pas. Tant qu'il ne devenait pas dangereux...

Un instant il cligna des yeux. Il aurait juré que c'était ce dragon qui venait de lui parler. Mais non cela ne se pouvait. Il laissa son regard errer tout autour d'eux, à la recherche de la femme qui s'adressait à lui, mais il ne trouva que la forêt qui peu à peu s’éteignait dans les lueurs du soir, et la terre recouverte de feuille sous ses pieds. S'était elle cachée dans un arbre ? Ils étaient trop loin pour que cette voix lui parvienne si clairement... C'était comme si... Comme si elle habitait sa propre tête. C'était étrange mais alors qu'il s'apprêtait à répondre, de nouveau elle se fit entendre.
Et comme pour faire écho à ces paroles, le dragon se rétracta, se fit tout petit face à lui, s'affaissant sur le sol.

Et ce fut à son tour de comprendre. C'était fou. Peut être un peu trop fou pour être vrai mais qui sait ? Les Torhills de Sylvarilien parlaient sans cesse des anciens, des hommes qui par le passé pouvaient communiquer avec les esprits de la forêt, avec les fragments de Gaïa, avec les arbres et les animaux. Il ne devenait pas fou non, il lui semblait réellement que cette voix venait de ce dragon. Ou plutôt de cette dragonne ? La créature semblait tout entière se mouvoir au fil des mots, comme si son attitude visait à se confondre avec ces phrases qui lui paraissaient surgir dans e sa tête. Non il n'y croyait pas. Mais que croire d'autre sinon cela ? Les mots eux même ne trompaient pas.

Doucement il continua à se rapprocher, et posa une main sur l'encolure de la bête, la laissant glisser tout le long de son cou. Visiblement elle n'allait pas bien, les animaux ne se couchaient pas sans y être obligé. Son gémissement faisait écho à ses propres sentiments. Il se sentait perdu face à l'animal, il ne soignait que les hommes. Mais encore, que pouvait il faire lui sinon rester auprès d'elle ?

« Que t'arrive-t-il mon grand ? Pourquoi te terres-tu ainsi ? As tu peur ? C'est cette voix que tu as entendu toi aussi ? Ou bien serait ce toi que j'entends ? C'est toi qui m'aurait sauvé des gobelins ? Je sais que tu ne me veux pas de mal, mais essaye de me montrer... »

Et comme si ses simples mots avaient été entendus, le dragon lui sembla se recroqueviller un peu plus. Il en comprenait pas... Cette posture n'était pas naturelle, même pour une bête blessée... Peut être était ce cela la clef ? Il chercha à se rappeler ce qu'il avait entendu. Quelqu'un avait besoin d'aide. Quelqu'un qu'il fallait aider... Et si … Non, c'était fou... Mais si ce dragon avait bien prononcé ces mots, alors il savait qui était cette personne qui avait besoin d'aide.

Il apposa son autre main le long du corps de la créature, tachant d'y déceler une blessure, une trace de coup, n'importe quoi... Et au plus il s'en rapprochait, au plus le contact devenait intime, au plus il en venait à croire que tout cela n'était pas le fruit de son esprit. Il savait reconnaître la peur lorsqu'il la voyait, l'amour, et le chagrin aussi, et il pouvait sentir tout cela auprès du dragon.

Mue par un instinct étrange, il continuait de murmurer auprès d'elle, avant de passer son bras tout entier autour de son cou, et sans comprendre, son autre jambe à son tour. Collé tout contre son corps, il lui semblait que tout ses émotions, devenaient plus réelles encore. Il ferma les yeux un instant, tachant de se concentrer sur l'animal... Mais la suite fut tout autre.
Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Mar 30 Déc 2014 - 17:33 Répondre en citantRevenir en haut



La main glissait le long de son encolure dans un geste apaisant, telle l’eau sur un rocher. Le neishaan semblait chercher des yeux une blessure, un mal quelconque, sur le corps de la dragonne. Il était vain d’y chercher autre chose que des vieilles cicatrices. Ce n’était pas Vraël qui nécessitait assistance. Mais sa Liée.

La Bleue avait étendu ses ailes, prenant l’apparence d’un papillon cloué au sol. Elle ne pouvait pas mieux exprimer sa détresse. Il fallait que le garçon l’enfourche. Qu’il lui fasse confiance. Communiquer avec les Sans-Dons n’avait jamais été facile pour les dragons. Toutefois, au vu du peu de prudence et de la compassion que manifestait celui-ci, elle se félicitait de ses bons efforts. Le message semblait être passé. Non, ce n’était pas elle qui avait besoin d’aide. Mais elle pouvait l’y conduire.

Ses murmures caressèrent son esprit, réveillant mille échos. Vraël demeura parfaitement immobile tandis qu’il passait ses bras puis une jambe autour de son cou, entre ses omoplates, là où son corps formait une selle naturelle. Elle se surprit même à retenir sa respiration. L’âme de ce bipède vibrait avec encore plus de force à présent. Un éclat doré, comme une percée de soleil à travers les nuages. Mieux encore : il paraissait la comprendre. Il aurait entendu une voix ? La sienne ? Comment cela se pouvait-il… ? Un éclair de compréhension travers les grands yeux intelligents du dragon bleu qu’elle représentait.

Il détenait le Don. Voilà qui faciliterait les choses à l’avenir.

° N’aie pas peur. °

Une fois certaine qu’il soit bien stabilisé entre ses épaules, Vraël ne perdit pas une seconde de plus. Soulevant ses ailes de terre, elle se propulsa d’un bon dans les airs. En une poussée, elle franchit la limite imposée par la cime des arbres et s’élança à l’assaut du ciel. La Bleue ne perdait pas de vue son objectif. La forêt défilait à vive allure sous ses battements d’ailes. Elle avait gardé en mémoire l’emplacement de leur campement. Elle saurait le retrouver. Il lui avait fallu plusieurs heures avant de trouver une créature intelligible dans les environs, susceptible de guérir Persée. Il fallait maintenant rentrer au plus vite.

Le bruit d’un écoulement d’eau continu et régulier lui parvint. Ses yeux de chasseurs repèrent la petite clairière. La Bleue entama aussitôt sa descente, plongeant vers le sol, se faufilant entre les arbres. Une fois à terre, elle secoua ses ailes pour les débarrasser des feuilles tombées sur elles. Elle stabilisa son assise et se baissa de nouveau jusqu’à toucher terre, pour permettre au neishaan de descendre sans risques. A quelques pas de là, près d’une tente improvisée avec des branchages, était étendue une sang-mêlée dont la tunique était maculée de sang du côté gauche. Les yeux clos, un bandage de fortune enserrant le haut de son bras, Persée respirait. Son cœur n’avait pas été touché. Le coup d’épée lui avait transpercé l’épaule gauche juste entre les os. La douleur avait été d’abord été vive. Ce ne fut que de retour au campement qu’elle s’évanouit.

° C’est Persée. Elle a été blessée. Elle a perdu beaucoup de sang. Je ne peux pas la soigner. Peux-tu faire quelque chose ? °

Vraël contemplait sa Liée comme une lionne veillant jalousement sur sa progéniture. Ses prunelles se nimbaient d’un jaune orangé. Sa voix avait beau être douce, son ton avait perdu en détresse ce qu’il avait gagné en détermination. Un ordre impérieux se logeait dans ses mots. Persée devait vivre. Même si pour cela, elle devait embraser la moitié de cette forêt, ou menacer la vie de ce neishaan pour ce faire. Cette idée lui répugnait. Elle n’aimait guère la violence gratuite ou l’usage des menaces pour obtenir quelque chose. Il s’agissait de méthodes indignes, barbares, de celles qu’une Céleste comme elle attribuait volontiers aux Ardents. Cependant, la peur de perdre Persée pouvait rendre la dragonne imprévisible.

° Dis-moi ce dont tu as besoin et j’irais le chercher pour toi. Guéris-là. C’est tout ce que je te demande. °


Sans doute, ensuite, faudrait-il aborder la question d’un séjour prolongé au Màr Menel en tant qu’Aspirant. Les choses se complexifiaient. Même à deux griffes d’étriper le premier daim venu dans l’espoir de voir Persée debout, Vraël ne pouvait nier ce qu’elle ressentait. Le jeune homme était fait pour l’Ordre de Lumière. Le Don se manifestait chez lui. Lui effacer la mémoire était exclu. Ce serait gâcher une vie dans l’ignorance et condamner un dragon à la mort. Même si le choix appartenait au neishaan de décider de son propre sort, la Bleue était convaincue qu’il saurait faire le bon choix. Celui de les suivre au Kaerl Céleste. Car là-bas se trouvait sa place.

° Puisque tu peux m’entendre et me comprendre, je dois me présenter. Je suis Vraël. °





Dernière édition par Persée Garaldhorf le Mer 7 Jan 2015 - 17:03; édité 1 fois
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MessagePosté le: Mer 31 Déc 2014 - 15:30 Répondre en citantRevenir en haut



*N'aie pas peur *

Mais il n'avait pas peur. Voilà bien longtemps qu'il n'avait plus peur. Qu'importait sa vie ? Plus grand chose. Parfois il lui arrivait encore de penser qu'il serait plus simple de fermer les yeux, de laisser l'hiver prendre possession de son être, et de plonger vers les rêves d'où l'on ne revient jamais. Mais d'autres étaient morts pour lui... Il ne pouvait laisser ces vies perdues pour rien. Si il l'avait put il aurait aimé leur donner la sienne, ils le méritaient plus que lui, mais il ne le pouvait. Son père, sa mère... Si ils avait put être vivant aujourd'hui, et lui mort. La vie en avait décidé autrement, sans qu'il ne sache pourquoi. Il ne valait pas plus qu'eux, et pourtant c'était lui qu'on avait sauvé, faute à son jeune âge.

En regardant là en contre bas, il voyait la forêt sous ses pieds s'étalait en minces rubans vert et or. Le soleil du soir déclinait sous l'horizon, plongeant le ciel en des teintes mauves, rosés, et bleues nuit. Il pouvait sentir l'air partout autour de lui, s'engouffrer dans ses cheveux, courir sur sa peau. Il prit une longue inspiration. L'air frais du soir, emplie d'une douce humidité, du parfum des fleurs et des arbres. Il aimait l'odeur de cet air là. Et l'idée lui vint qu'il lui suffisait de se laisser glisser, d'abandonner ce dragon, et de partir au loin, dans les airs. Alors tout s’arrêterait. Alors tout serait beau, et calme. L'air lui donnait ce sentiment de liberté qu'il aimait tant, et lui donnait envie de fuir toujours plus loin, comme pour échapper à ses propres démons. Mais il ne pouvait pas voler. Il rejoindrai le sol de la forêt et ce serait finit.

Mais il y avait Persée. Persée qu'il ne connaissait pas. Persée qui était blessé. Cette vie là n'était plus la sienne, il avait bien vécu. Maintenant c'était aux autres de vivre. Tout comme ses parents avaient sacrifiés leurs vies pour lui offrir ces quelques années de bonheur, c'était à son tour de sacrifier la sienne pour que les autres puissent vivre eux aussi. Il se laisserai guider. Il irai soigner Persée.

Ils avançaient ainsi tout les deux dans l'air du soir. Le jeune neishaan sur le dos d'un dragon qu'il ne connaissait même pas. Était ce vraiment elle qui lui avait parlé ? Il ne s'était même plus posé la question depuis qu'il se trouvait en vol. Le paysage qu'elle lui offrait le grisait. Il avait arpenté des années durant toute la forêt de Stalérion, et voilà qu'en quelques battements d'ailes ils en avaient franchis la frontière, toujours plus loin vers l'est. Combien de temps durerai ce voyage là ? Il l'ignorait...

Il ferma les yeux un instant, tachant de trouver l'air autour de lui. Il le sentait qui rougissait ses joues et engourdissait ses membres. Ici, il s'y sentait mieux qu'il ne l'avait été durant tous ces derniers mois. La chose ne durerai pas car déjà le dragon piquait vers la forêt. Il regagnait les bois. C'était finit.

Il descendit promptement du dos de Vraël à peine eurent ils atteints le sol. Il n'y avait pas besoin de mot pour lui présenter la situation : étendue à terre, une femme aux cheveux d'un blond flamboyant, semblait inconsciente, l'épaule blessée entourée d'un pansement de fortune. D'un pas léger, sans précipitation il se dirigea vers elle. Il n'écoutait plus la dragonne bleue, et en oublia même de constater que celle ci s'exprimait bien à travers son esprit.

Silencieux, il apposa une main sur son front. La fièvre n'était pas encore trop intense, il n'aurait pas besoin de trop d'eau. D'un mouvement de l'épaule il se défit de sa besace, emplie d'herbes en tout genre, de fioles et de flacons, tous destinés aux soins des gobelins. A défaut d'avoir put les aider, il pouvait toujours l'utiliser sur la jeune femme. En premier lieu, il défit son bandage pour constater la blessure. Fine et profonde, les plus dangereuses.
Mécaniquement, il entreprit de la nettoyer à l'aide d'eau et d'huiles. Ses gestes étaient lents, précis, emprunts d'une certaine grâce aérienne qui lui était propre. Il se trouvait concentrer tout entier sur sa tâche, et semblait avoir disparu de ce monde.

Il constatait les dégâts un par un, et choisissait minutieusement chaque onguent à appliquer. Parfois il prenait dans sa bouche une herbe qu'il mâchait, avant de la recracher sur la blessure et de l'y étaler. Ses méthodes, au vu de la situation, étaient rudimentaire mais efficace. Le soin avait toujours était son domaine de prédilection. Il n'était fait ni pour les arts oratoires, ni pour le combat, ni pour briller par l'esprit, mais au moins excellait il dans ce domaine. Il ne sentait pas même le regard de la dragonne pesait sur lui dans son dos.

Une longue heure s'était écoulée silencieuse, sans que Noloben ne prononce un mot, s'agitant calmement autour de la blessure, tel le spectre argenté qu'il semblait paraitre désormais, alors que la nuit avait commencé à étendre son étreinte sur les bois. Lorsqu'enfin il se releva, son expression ne transmettait ni joie, ni soulagement. Il n'y avait aucune satisfaction à tiré d'une personne blessée, ce monde était trop violent... Mais il avait fait tout son possible et Persée était sauvée, il avait au moins réussi cela. Elle vivrait à présent, et c'était le plus important.
Un sourire fatigué passa sur son visage en voyant la dragonne qui se dressait toujours face à lui. Les animaux restait toujours auprès de leur maître. C'était un amour sans borne.

« Elle est sauve. Ne t'inquiètes pas ma grande... La blessure va se refermer assez vite, elle ne devrait plus tarder à se réveiller. »

Il se rassit à terre et entreprit de ranger l'ensemble de son matériel. Cette histoire de voix lui paraissait bien lointaine maintenant. Il était certain d'avoir rêvé d'une façon ou d'une autre. Les animaux ne pouvait pas parler. A présent il lui faudrait rentrer à Sylvarilien, Airion devait s’inquiéter de ne pas le voir revenir, il ne voulait pas lui causer de tord.
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MessagePosté le: Jeu 22 Jan 2015 - 13:47 Répondre en citantRevenir en haut

Les ocres de la dragonne ne cillèrent pas. Ses yeux suivirent chacun des gestes du neishaan sans jamais s’en lasser. Couchée sous les arbres, un peu à l’écart, elle s’était enroulée dans ses ailes et sa queue serpentine, lovée tel un fauve blessé. Elle déploya des efforts incroyables pour ne pas interrompre le neishaan dans sa tâche. Une multitude de questions emplissaient son esprit. A chaque mouvement, chaque ingrédient, elle se retenait de questionner le guérisseur, mue par la crainte que la situation n’empire. L’attente sembla durer une éternité.

Lorsque le jeune homme s’éloigna, Vraël se redressa aussitôt. Elle dévisagea son sauveur, qui paraissait soudain las et épuisé. Il perdait de son aura lorsqu’il n’effectuait pas sa fonction. Il passa devant elle sans réellement la voir. Vraël le suivit du regard, avant de bondir en avant et de rejoindre sa Liée. La respiration de Persée s’était apaisée. La Bleue poussa doucement son coude du museau. Persée ne s’éveilla pas pour autant. Rassérénée par l’odeur florale qui émanait du bandage propre, la dragonne reporta son attention sur le neishaan. Celui-ci rangeait ses affaires, sans plus se préoccuper d’elle et de sa moitié d’âme. Elle comprit soudain qu’il voulait repartir. Comment pouvait-il penser cela ? Croyait-il qu’il était possible de tout oublier de ce sauvetage et du dragon qui parle dans sa tête ? Avait-il seulement songé à ce que cette rencontre pouvait représenter d’extraordinaire ?

° Où vas-tu ? Tu ne peux pas partir, pas maintenant ! °

Consciente que ses paroles pourraient être mal interprétées, elle s’obligea à réfréner le flot de pensées qu’elle dirigeait vers l’apprenti guérisseur. Ses ailes de cuir claquèrent comme pour rappeler à l’ordre le neishaan. Son regard pesait sur la nuque de ce dernier avec toute l’intensité dont elle était capable.

° Tu as sauvé Persée et je t’en remercie. Mais tu ne peux pas ignorer l’appel de ton sang. Je sais que tu peux m’entendre. Tu ne t’en rends peut-être pas compte mais cette capacité est très rare. Au moins l’un de tes ancêtres la possédait. Elle a traversé les générations pour t’être transmise. °

Persée remua faiblement. Elle s’extirpait lentement des limbes de l’inconscience. Vraël la couva d’un regard maternel, avant de renchérir :

° Tu as le Don. Réponds-moi, neishaan ! °



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MessagePosté le: Lun 26 Jan 2015 - 18:27 Répondre en citantRevenir en haut


Le souffle de la dragonne dans son esprit retentit comme un bruissement lourd et impérieux. Là dans l'air du soir, en compagnie de cette seule créature, il ne sentait pas plus solitaire que d'ordinaire... pas moins non plus. Ses yeux mordorés se posèrent sur la bleue -ce dieu des cieux venu le saisir dans sa perte, lui qui était si proche de cette mort certaine, de cette délivrance à laquelle il aurait tant aimer pouvoir se donner- et il ne comprenait pas.

C'était absurde, seuls les esprits de la forêt pouvaient communiquer avec les animaux. Les gardiens de Gaïa, la mère des arbres et des rivières. Non il ne comprenait pas. Et pourtant il l'avait bien entendu cette voix. Il ne pouvait l'ignorer. Ce n'était pas un rêve. Ce n'était pas les échos oubliés de sa défunte mère. Mais si elle lui parlait... Pouvait il vraiment être aussi singulier que cette voix semblait le prétendre ? Et si tel était le cas, qu'est ce que cela changeait ? Que ferait elle de lui ?
Elle ne pouvait l'emmener, cette forêt était pour lui son seul repaire, la dernière chose qu'il lui restait, ce qui ressemblait le plus à un « chez lui ». Il y avait trop de souvenirs en ses lieux. Tant et plus... Des images, des sons auxquels il rattachait toute son existence, petite âme en peine qu'il était, fuyant vers le passé, remontant le courant vers ces souvenirs qui jamais plus ne seraient présent...

L'ordre de la dragonne ne le fit pas frémir. Le grondement qui raisonnait encore à l'intérieur de sa tête ne l’impressionnait pas d'avantage que le souffle du vent. Il se retourna simplement, leva les yeux vers les siens et n'y vit aucune colère. Elle avait peur voilà tout. Peur pour cette jeune femme blessé. Peur de la perdre. Peur de se retrouver seule elle aussi. A ses yeux la clef était là... La colère, les ordres, la brusquerie : telles étaient les multiple identités de la peur.

Il ne cherchait pas d'avantage à comprendre, car de toute évidence il en était incapable. Quand bien même était il doué de ce pouvoir qu'elle lui prêtait, cela n'avait plus à ses yeux aucune importance. Il voyait simplement un être désemparé à présent. Il ne voyait que cela, et pouvait comprendre ce qu'elle ressentait. La crainte de perdre un être cher, ce sentiment d'impuissance face à la mort, ce froid grandissant et ces ombres qui vous hantaient l'esprit chaque fois que vos yeux se fermaient. Il ne connaissait cela que trop bien.

Il s'avança vers elle. Et s’assit. Là. Sans aucune autre forme de manière. Ses grands yeux humides l'observaient dans la semi pénombre de la nuit naissante.

« Elle vivra tu sais. Elle vivra je te le promets. Je vais rester avec toi. Viens auprès de moi, nous allons attendre qu'elle se réveille. Je me nome Noloben. »

Il esquissa l'ombre d'un sourire, et resserra autour de lui sa cape de forestier comme pour se protéger du froid qui se faisait un peu plus mordant. Ses pieds nus s'enfoncèrent dans le mélange de brindilles et de feuilles qui jonchait le sol, comme un enfant penaud que l'on aurait pris en flagrant délie. Il continuait de fixer la dragonne, sans ciller, comme si il attendait une quelconque réponse de sa part. Mais de réponse il n’attendait. Il la regardait simplement, persuadé qu'une simple présence, le voile d'un regard, ou un sourire naissant pouvait valoir autrement plus que les mots.
Puis chuchotant à voix basse comme pour lui même, il reprit :

« Tu sais, tu ne devrais pas avoir à me remercier... Je veux dire... Ce que j'ai fait était normal... simplement normal... »
Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Mar 3 Fév 2015 - 01:27 Répondre en citantRevenir en haut

L’acuité visuelle des dragons étant exceptionnelle, comme la plupart de leurs autres sens, Vraël distinguait encore très nettement les contours de la mince silhouette du neishaan. Elle le suivit du regard comme il se rapprochait d’elle, sans crainte et vint s’assoir près d’elle. Comme il resserrait sa cape autour de lui, la Bleue réalisa la baisse significative de température. Avec la nuit tombante, le froid s’insinuait dans le sous-bois. La dragonne étendit ses ailes et se lova en arc de cercle autour des deux bipèdes. Par là-même, elle espérait les protéger du vent et leur communiquer un peu de sa chaleur corporelle. Ses grandes opales ne quittaient pas le neishaan du regard.

° Je ne suis pas un animal °, crut-elle bon de préciser.

Vraël ne se l’avouait pas mais elle se sentait froissée. Presque vexée par le désintérêt évident du jeune guérisseur pour son extraordinaire héritage. Avait-il seulement saisis de quoi elle venait de l’informer ? Parler à un dragon ne lui suffisait donc pas pour croire en nature exceptionnelle ? La fille de Kiruna n’aimait guère parader et se donner en spectacle, même si sa fierté le réclamait parfois. Impressionner les Aspirants n’était guère compliqué au Kaerl, surtout si ceux-ci étaient originaires de l’extérieur de Tol Orëa. Celui-ci, qui pouvait légitimement prétendre au titre d’Aspirant, se révélait bien peu impressionnable. Que fallait-il faire pour attiser sa curiosité ? Devait-elle lui rappeler son caractère sacré ?

° Enchantée, Noloben. Je suis Vraël °, lui rappela-t-elle en inclinant la tête à son intention.

Ce fut cet instant, légèrement gênant, que choisit Persée pour s’éveiller. Ses yeux papillonnèrent pour s’habituer à la faible clarté des lunes. Elle porta d’abord une main hésitante à son crâne. Une migraine, empirée par la fatigue et la perte de sang, sourdait sous son crâne. Son esprit s’étendit derechef, en un parfait mouvement naturel, vers celui de sa Liée. Vraël reporta tous les feux de son regard sur la sang-mêlée tatouée.

° Evite de trop remuer. °

Persée ne répondit pas. Le tiraillement dans son épaule gauche lui coupa le souffle, l’empêchant de protester. Sa douloureuse grimace fut une réponse suffisante. Elle essaya de se redresser en bougeant le moins possible. Elle n’y parvint pas. Elle retomba sur sa couche de feuilles avec un soupir résigné. Sa main chercha à tâtons sur le sol. Peut-être dans un réflexe pour vérifier que ses armes étaient toujours là. Peut-être parce qu’elle avait soif et cherchait sa gourde. Ses doigts rencontrèrent à la place le museau écailleux de la Bleue. Vraël avait glissé sa tête vers la paume tendue de sa Liée. Persée cessa de bouger inutilement. Ce simple contact lui rappelait où elle se trouvait et ce qu’il lui était arrivé quelques heures plus tôt. La colère explosa dans son cœur. Avec un peu de honte, aussi.

° Le salaud ! Si j’attrape ce fils de chacal, Haskèl m’en soit témoin, il regrettera d’avoir quitté les jupons de sa mère !
Persée… Cela peut t’attendre. °


L’attention de la jeune femme se porta sur le neishaan assis près d’elle. Elle tourna la tête pour mieux étudier ses traits. Ses yeux enténébrés luisaient de méfiance.

- Qui es-tu ? demanda-t-elle de son ton le plus neutre possible.
° Voici Noloben. C’est un guérisseur des environs. Il t’a sauvé. °
- Oh… Merci. Pour m’avoir soignée.

Persée posa un regard neuf sur le jeune homme. Il méritait toute sa gratitude. Il faudrait qu’elle le paye à sa juste valeur lorsque l’heure de partir serait venue… Attendez une seconde. Ce gringalet voyait Vraël. Et la dragonne ne paraissait pas s’en inquiéter outre mesure. Aurait-elle manqué quelque chose d’important pendant son évanouissement ?

° Vraël, dis-moi que tu n’as pas fait ce que je pense…
Quoi donc ? J’ai fait ce que je devais faire pour t’aider.
C’est un Sans-Don ! Tu as dévoilé ton existence à un Sans-Don ! Il va falloir effacer sa mémoire sitôt que je l’aurais payé. Ah, vraiment, c’est malin !
Il a le Don. Mais il ignore ce que c’est.
… °


La plus jeune Ancalikon connue dans l’Histoire du Mar Menel en perdit ses mots. Elle fixa Noloben en silence pendant un long moment, le temps d’assimiler tout ce que cette phrase impliquait de non-dits. L’enjeu devenait tout autre. Noloben représentait l’espoir d’un dragonneau à naître. Mieux encore, il avait la chance de pouvoir connaître son héritage et de prendre en main sa destinée.

Pire encore, il faudrait également l’arracher à son ancienne vie. Pour avoir rapatrié au Kaerl un certain nombre de potentiels Aspirants, Persée détestait cette partie du recrutement. La plus douloureuse, qui ne s’effaçait difficilement qu’avec le temps.

- Je me nomme Persée-Morian Garaldhorf. Je viens d’une île lointaine, située à l’extrême orient de Rhaëg. Je vois que tu as déjà fait connaissance avec Vraël. Je m’excuse en nos noms pour la… brusquerie avec laquelle tu as été enlevé mais il y avait urgence ! Merci encore. J’ai cru comprendre que tu pouvais entendre Vraël te parler ? renchérit-elle après une légère hésitation.



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MessagePosté le: Ven 6 Fév 2015 - 11:33 Répondre en citantRevenir en haut

Il avait senti les puissantes ailes de la dragonne se déployer derrière son dos. Une épaisse barrière de cuir bleu se dressait entre le vent et ce corps frêle et pâle qui était le siens. Les assauts de la fraicheur nocturne se firent plus doux, et il ne tarda pas à ressentir au voisinage de la créature une tiédeur qui était la bienvenue. Sous cette ombre, il se sentait en sécurité. Elle était immense, puissante, et pourtant si douce... Une force tranquille de la nature auprès de laquelle il avait cette sensation qu'il n'avait plus ressenti depuis fort longtemps : celle d'être protégé. Fort étrange pour un homme qui pensait ne plus rien craindre. En vérité ce n'était pas tant la peur ou le froid que Vraël éloignait, ni même la solitude ou la mélancolie. C'était autre chose. C'était un sentiment tout autre...

Il l’observait à présent, dans la semi pénombre qu'offrait cette claire nuit. Il observait sa peau qui se confondait en tant de gris à la manière des feuillages qui les surplombaient, sa musculature puissante, son regard qui laissait transparaitre chacune de ses émotions à la manière d'un miroir reflétant ses états d'âme, ses ailes immenses qui l'entouraient plus sûrement que les murs de Sylvarilien. Deux grands yeux ronds se posèrent sur ce visage saurien alors qu'elle se présentait de nouveau. Il n'ajouta pas un mot. Il se contentait de l'observer car il la trouvait belle, et d'espérer que sa protégée émerge sous peu sans trop de souffrances.

Celle ci eut elle à peine remué, que Noloben s'avança pour l'obliger à rester allonger encore un moment et la rassurer du mieux qu'il pouvait. Mais la dragonne se montra plus prompte à réagir, se portant aussitôt auprès d'elle ; aussi préféra-t-il ne pas immiscer dans cette complicité si puissante qui semblait les unir. Il resta ainsi, encore à genoux parmi les feuilles à les observer, presque gêné d'être présent, persuadé que la jeune femme ne souhaitait en rien faire sa rencontre à la suite du douloureux réveil que devait lui infliger ses blessures.

La question fusant des lèvres de la demi elfe le laissa sans réponse. Il n'osai prononcer un mot, persuadé qu'il aurait déjà dut prendre ses affaires et quitter les lieux, attristé d'infliger des questions supplémentaires à cette blessée, culpabilisant de s'être ainsi imposer à son chevet, lui dont le rôle ne devait être que de soigner. Il ne savait quoi faire et resta simplement là, immobile, craignant de froisser d'avantage la dragonne en essayant de les quitter, et craignant tout autant de leur imposer sa présence.

La présentation et les remerciements qui suivirent ne l'engagèrent pas d'avantage. Il comprenait bien que l'ayant soigné, Persée -puisque telle était son nom- cherchait à se montrer aimable à son égard et à lui exprimer sa gratitude, mais à ses yeux il n'avait fait que remplir son rôle de soigneur. Elle souffrait encore, elle était épuisée, et comment pouvait elle penser à le remercier pour cela ? Il lui avait évité la mort, mais qui ne l'aurait pas fait ? Ses connaissances des soins n'était finalement qu'un heureux hasard pour elles, mais en aucun cas une action consciente de sa part...

Elle aurait dut se reposer, boire, manger, dormir, au lieu de quoi elle s’évertuait à tenir un propos cohérent, s'épuisant dans de veines politesses dont il n'aurait pas dût être l'objet. Ce devait être l'une de ses femmes emplies du sens de la bonté et de la justice, une femme d'honneur aussi, et en cela elle avait toute son admiration, mais il aurait aimé lui dire de se taire, de se reposer et d'économiser son énergie. Il aurait aimé pouvoir faire tout cela, mais il ne souhaitait pas l’importuner, aussi se contenta-t-il de hocher la tête lorsqu'elle le questionna, et de bredouiller :

« Non... Ne vous excusez pas... Enfin... Vous alliez mourir, il fallait trouver quelqu'un... Et oui je peux l'entendre. Mais... Je... »

Il ne savait pas quoi lui répondre. Oui il pouvait cette dragonne. Etait ce mal ? Cette capacité était rare lui avait dit Vrael, mais qu'en savait il lui ? Le pouvait elle, elle aussi ? Et en quoi cela devait il le concerner ? Il ne comprenait pas... Son esprit était surement trop lent... Il était perdu. Il aurait voulu connaître la bonne réponse, celle qui aurait put soulager la demi elfe, qu'elle puisse se renformir paisiblement, mais il n'y connaissait rien. Rien du tout. Il était bête, bête comme un saule, planté là à ne savoir quoi dire, fixant ses mains sans oser croiser son regard.

« Je... Désolé... »

Il n'avait pas peur d'elle, tout cela n'était pas une question de courage. Désolé il l'était, sincèrement, pas pour lui, mais pour elle. Désolé de devoir lui infliger tout cela, désolé de ne pas savoir ce qu'il devait faire, désolé d'être encore un poids supplémentaire. La seule chose qu'il pouvait faire c'était encore lui offrir à manger, et de quoi se tenir au chaud. Oui, ça au moins, ce serait utile. Aussi joint il le geste à la pensée, dégrafant sa cape pour venir la déposer tout près d'elle, sans la forcer à accepter.

« Prenez au moins cela si vous avez froid. »


Et il se tût.
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MessagePosté le: Jeu 5 Mar 2015 - 00:14 Répondre en citantRevenir en haut

- Je n’ai pas froid.

Persée se mordit aussitôt la langue. Elle avait répondu par automatisme et d’un ton plus abrupte qu’elle ne l’avait voulu. Le neishaan ne devait pas être tenu responsable de sa mauvaise humeur. Lasse, endolorie et en proie à une rancune tenace – à l’égard de celui qui lui avait transpercé l’épaule -, la jeune femme parvenait difficilement à faire la part des choses à son réveil. Elle ne put que contempler, les lèvres scellées, l’inconnu se confondre en excuses pour quelque chose qui le dépassait certainement, pour finir par lui offrir sa cape.

° Ne te déleste pas de ta cape, Noloben, sinon c’est toi qui prendras froid. Je vais m’occuper d’elle. °

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le corps fin et racé de la dragonne, qui paraissait extraordinairement massif et musclé pour quiconque n‘avait jamais vu de dragon de sa vie et ne connaissait donc rien à la morphologie de ces créatures, se déplaça donc de manière à totalement couper le vent. Vraël étendit l’une de ses grandes ailes au-dessus de sa Liée. Sa tête se reposa sur le sol, tout près de la main qui 1cherchait son contact. Ainsi lovée étroitement tout autour de Persée, elle lui communiquait le maximum de sa chaleur corporelle. Jetant un regard hésitant au jeune guérisseur, elle souleva son autre aile à son intention.

° Tu peux te rapprocher, si tu le souhaites. Il y a bien assez de place pour deux. °

Quelque chose chez le fameux Noloben dérangeait Persée. Elle n’aurait su dire quoi au premier abord. Elle ne parvenait pas à mettre des mots dessus. Cette impression persistait pourtant. Elle ne pouvait pas s’empêcher de l’observer, comme si elle craignait qu’il se brise de lui-même en mille morceaux, ou qu’il disparaisse, emporté par le vent. Elle rassembla ses pensées pour lui répondre :

- Ne t’excuse pas ! Tu as beau n’avoir fait que ton travail de guérisseur, à tes yeux mais cela ne signifie pas que tu ne puisses pas mériter des remerciements. Tu as ma gratitude. Et celle de Vraël aussi.

La dragonne bleue cligna lentement des yeux pour marquer son assentiment à l’adresse de Noloben. Sans les gobelins et ce neishaan solitaire, il aurait fallu un miracle pour qu’elle trouve de quoi soigner sa Liée dans les environs. La transporter via l’Interstice jusqu’au Kaerl aurait pu se révéler périlleux. Si Persée, inconsciente, avait glissé de la selle durant le bref voyage dans l’espace-temps, elle aurait été perdue à jamais… Une perspective qui avait de quoi effrayer n’importe quel dragon lié.

- Tu as sans doute des questions. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous réellement ? Quelle sorte de créature légendaire est Vraël ? Pourquoi peux-tu l’entendre te parler ? Et peut-être d’autres ! Je peux y répondre.

Persée se rendait compte qu’elle bousculait un peu le processus tout en manquant de scrupules. En vérité, elle mourait d’envie de prendre un bon bain chaud au Kaerl. Retrouver le confort du Màr Menel la tenaillait autant que la fatigue. Elle avait perdu beaucoup de sang, sommeillé dans un état léthargique pendant plusieurs heures et son corps épuisé réclamait maintenant un repos fortifiant. Cet état de faiblesse, face à ce qui semblait être un probable futur Aspirant, ne lui seyait guère. Il lui déplaisait énormément de paraître aussi vulnérable face à un inconnu.

- Est-ce que ta vie actuelle te plait ? s’enquit-elle sur un ton presque anodin. N’as-tu jamais rêvé de découvrir le monde, de voyager aux quatre coins de Rhaëg ? N’as-tu jamais eu envie de plus, de quelque chose de plus grand, dans ta vie ? N’as-tu jamais eu l’impression que tu méritais autre chose, qu’il te manquait quelque chose pour que tu sois vraiment heureux, entier, vivant ?

Peut-être se trompait-elle. Peut-être n’était-il pas destiné à devenir un membre de l’Ordre Draconique de Lumière. Mais Vraël insistait doucement, à la lisière de sa conscience. Et si Noloben n’était pas prêt à accepter son destin, ou ne répondait pas aux critères Célestes, qu’importait ? Elle lui devait des explications. Elle lui devait une chance d’essayer de comprendre son monde, son univers de dragons, de magie et de politique : un monde auquel il appartenait sans le savoir, grâce à l’héritage de son sang. Pour lui avoir bravement sauvé la vie, sans traiter Vraël de monstre hideux ou même d’idole païenne, il méritait qu’elle lui offre cette chance.

- C’est l’appel du Don.

Son esprit commençait à dériver. Elle avait du mal à garder les yeux ouverts. La tête lui tournait.

- Celui d’entendre les dragons. Comme Vraël. Comme beaucoup d’autres, sur l’île où nous vivons. C’est un héritage très précieux.
° Repose-toi. Je prends la suite. °

Persée acquiesça mollement, se laissant rapidement happée par le sommeil. Vraël ajusta légèrement l’inclinaison de ses ailes et reprit le récit. Elle darda ses grands yeux opalescents, devenus luminescents dans la nuit tombante, sur le jeune Noloben.

° Laissons ma Liée se reposer… Une légende, un conte si tu préfères, se cache derrière cet héritage. Tu aimes les contes ? Te plairait-il de l’entendre ? Ou peut-être le connais-tu déjà… °



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Noloben Materatsu
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MessagePosté le: Dim 8 Mar 2015 - 23:39 Répondre en citantRevenir en haut



Malgré les indications de Persée, le jeune neishaan ne reprit pas pour autant sa cape, préférant l'abandonner là, auprès de cette blessée qui – qui sait ? - pourrait bien en avoir plus besoin que lui le moment venu. En ce début de printemps, l'air pouvait bien être encore frais, les frissons qui le parcouraient n'étaient déjà plus de nature à mettre ses jours en danger. Voilà bien longtemps que le voile fin de la neige avait laissé place à ces petits bourgeons florissant, à ces minuscules feuilles d'un vert tendre qui s'épanouissaient au bout de ces branches comme autant de cadeaux fragiles que la nature laissaient entrevoir. Levant les yeux au ciel, il les aperçut qui se découpaient là, graciles et élégants membres d'un danseur muet, se balançant paresseusement au grès du vent de la nuit, fines ombres noires sur la trame étoilée de ce ciel nocturne.
Depuis plusieurs semaines il avait laissé de coté les lourdes et encombrantes bottes d'hivers pour laisser cour à ses fantaisies, préférant fouler le sol de ces bois nus pieds – pieds qui par ailleurs étaient déjà tout engourdie par le froid. Ses mains n'allaient pas tarder à suivre le même sort, mais il n'en avait cure, cela le plongeait dans un état second qu'il appréciait: l'anéantissement du ressentis. L'oublie de son corps, semblait il, lui offrait aussi l'apaisement de l'esprit. Mais ce soir il n'était pas seul.

La dragonne sembla s'élever encore un peu, resserrant son étreinte autour de sa protégée, et lui tendant, une fois de plus, une aile protectrice. Il l'observa un instant, sans réellement savoir si il devait accepter cette offre, ou partir. Mais l'idée de quitter cette Fëalocë lui semblait de plus en plus mal avisée; elle qui mettait tant d'ardeur à vouloir le retenir, il ne souhaitait pas lui causer d'avantages de tord. Aussi ramassa-t-il sa cape, pour venir la déposer sur les puissantes épaules de la jeune femme, avant de se laisser choir dans le creux de l'aile de l'imposant saurien.

Ici, le froid semblait avoir complétement disparu, à peine ressentait il la vague humidité qui remontait du sol en cette heure si tardive. Dans le silence de cette soirée, venait se briser les questions toujours plus pressante de la blessée, qui, à la manière du craquement sinistre du bois lorsque vient l'orage, ne cessait de le tourmenter. Chaque seconde, il espérait qu'elle se tairait pour sombrer dans un sommeil réparateur, mais elle s’évertuait à garder la parole, à être forte. C'était bête, pensa-t-il, car forte elle ne l'était pas à l'instant même. Elle était blessée, ne le voyait elle donc pas ? Fallait il qu'il le lui dise ?

« Peut être... Pourrais je y répondre demain... ? Ne devriez vous pas vous reposer pensez vous ? »

Et comme si par cette simple réponse elle prenait conscience de son état, la jeune femme acquiesça faiblement et ne tarda pas à sombrer dans un nouveau sommeil, que Noloben accueillit avec un vague sourire de soulagement. Ce n'était qu'à présent que le sens des questions qu'elle lui avait posé fit lumière dans son âme.
Avait il lui même des questions les concernant ? Aucune. La curiosité ne le tenaillait pas, l'intimité devait rester un jardin secret, une terre tranquille que seuls quelques privilégiés pouvaient être amené à effleurer du bout des doigts, jamais il ne se serait permis d'oser en prétendre l'entrée. Aujourd'hui ce que le monde portait d’intérêts n'avait plus de valeurs à ses yeux. La vie s'écoulait, lentement, telle une douce rivière de plaine. Il n'avait plus envie de débordements, d'affluents et de rapides. Son unique destin était de rejoindre la mer, paisiblement, sans que plus rien d'autres ne l’attendent. Il ne voulait plus d'un autre destin, plus maintenant.
Sa vie lui plaisait elle ? Que pouvait il espérer de mieux ? Il avait un toit, il ne souffrait ni de la soif, ni de la faim, ni de la violence... qu'était il en droit de revendiquer ? Combien de personnes auraient put rêver de cette vie là. Elle était sienne, comment aurait elle put ne pas lui plaire ? Et pourtant, il en était prisonnier, s'en accommodant tant bien que mal, laissant les jours fondre encore sur lui. Cette question là, il la laissa s'envoler, une feuille au grès du vent.

Et comme pour l'empêcher de trop s’attarder sur cet égoïste pensée, Vraël, de nouveau s'introduisit dans son esprit. Contes et légendes ? Il en avait connu, son père les chantait par le passé. Un pincement au cœur le saisit à ce souvenir. Combien en connaissait il cet homme là, avant sa mort ? Des centaines il s'en souvenait, et lui... et bien il n'avait put en apprendre qu'une vingtaine, à peine. Ses yeux mordorés croisèrent de nouveau le regard de la dragonne, et ainsi assis dans son giron, il se sentait comme un enfant prisonnier des bras de sa mère.
Conte... Légende... Don... Dragon... Tout cela était lié. Il tenta de se rappeler. Dragon... il avait connu un chant sur les dragons. Une jeune fille tombée amoureuse d'un cerf, qui avait dut la libérer des griffes d'un dragon ? Non ce ne devait pas être celui là... Le don... L'appel... Il ferma les yeux un instant.

« Le don... »


Un murmure auquel sembla s'adjoindre celui des feuilles. Il se mit à fredonner un air, quelques notes qui se perdirent dans le fil de sa pensée. Il y avait une histoire de don. De Don et de Dragons. Il tenta de se concentrer, d'oublier la nuit, d'oublier Vraël dans son esprit, et de se plonger un peu plus dans ses souvenirs, posant ses mains sur ses oreilles pour se couper du reste du monde. Il fallait qu'il se rappel. Trois notes... Et après ? Ou était la quatrième ?
Cela faisait un air comme cela... Non, plus aigue. Et les paroles ?
Quelques instant durant, il resta silencieux, prostré dans un monde passé, depuis longtemps oublié, éteint comme pour ne pas trop en souffrir. Et puis l'image se fit plus distincte. Cette histoire là il l'avait entendu, il y a fort longtemps, lors de l'une de ces soirées d'hivers. Il était comme ce soir, dans les bras de sa mère, le protégeant du froid, et tout autour, dans la grande hutte, trois ou quatre familles étaient venues écouter son père. Et l'air était long, et triste. C'était une complainte.

« Je me souviens d'un chant. Mon père y parlait de dragons, sur une terre loin au sud, qui vivaient dans de grands palais sous les eaux et dans les airs ! Il disait que c'était là des créatures magiques et puissantes, que quelques hommes seulement pouvait apprivoiser ! Que les autres périssaient par leur flammes.... C'est tout ce dont je me souviens. Ce n'était qu'un chant, une histoire pour enfant. Ici, les hommes disent que les dragons vivent loin dans le sud, comme les griffons, dans les pays où il ne pleut pas, par delà... Un « grand lac », qu'il faut des jours pour traverser. »


A vrai dire si il n'avait jamais crû aux chants de son père, qui traitait tour à tour de palais dans le ciel, de magicienne capable de soulever des montagnes entières, ou encore d'homme combattant le feu, il avait toujours cru ce que les Torhill de Sylvarilien pouvaient rapporter comme propos. Il n'avait jamais douté que les dragons, au même titre que les griffons d'ailleurs, puissent exister. Après tout, il y avait bien, disait-on, des terres de poussières où les arbres ne pouvaient pousser, ou encore, des hommes vivant sur d'étranges morceaux de pierre accrochés dans un lac sans fin. Un lac sans fin... Quel autre mot aurait il put choisir, lui qui n'avait jamais vu la mer ? Lui qui n'avait jamais connu autre chose que cette forêt ? Si des lacs sans fin pouvaient exister, si des voyageurs revenant de ces contrés assuraient qu'il existait aussi des villages grands comme cent fois Stalérion, pourquoi n'aurait il pas crû au dragon ?

« Mais je ne comprends pas ce que cela peut avoir à faire avec... moi ? »

Sur ses dernières paroles, il leva à nouveau ses pupilles mordorées vers le visage de la bleue. Dans la pénombre environnante, deux taches brillantes semblaient se détacher, comme deux perles de lunes barrés par le rideau fin de sa chevelure argenté.
Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Lun 6 Avr 2015 - 00:07 Répondre en citantRevenir en haut

Avec toute la patience d’une mère et l’attention d’un maître envers son élève, Vraël écouta le conte dont la gratifia Noloben après quelques hésitations. L’entendre s’exprimer sur des notions parfois abstraites – avait-il seulement déjà vu la mer ou senti l’air marin emplir ses poumons ? – ne le rendait que plus attendrissant. Ainsi qu’un brin déstabilisant. Sa candeur ne semblait avoir aucune limite. Il répétait le conte, appris et sans doute récité maintes et maintes fois dans sa région, avec cet air rêveur de qui sait mais ne sait que faire de ce savoir. N’avait-il donc pas deviné ce qui amenait la dragonne à insister avec tant d’ardeur après de lui ? N’avait-il pas saisi le sous-entendu, pourtant évident, du Don transmis de générations en générations ? Il ne s’agissait, au fond, que d’une histoire de lignée et d’héritage, tels certains mortels jouissaient puis léguaient des biens fonciers ou leur vaisselle familiale.

Vraël, cependant, ne saurait se contenter d’une réponse aussi évasive. Elle n’avait pas risqué l’existence secrète de Tol Orëa pour un benêt du village, ni se voir refluer aux portes du conte de fées. Ici, sous les yeux encore innocents de Noloben, s’incarnait la légende des Seigneurs Dragons. Vraël ne se considérait pas comme une créature mythique, servant à la fois d’objet de vénération ou de terreur. Elle avait beaucoup mieux à faire que d’impressionner les futurs Aspirants de sa moitié d’âme. Si certains de ses frères et sœurs se complaisaient dans leur image de déité prédatrice des cieux, grand bien leur fasse ! Mais Vraël n’était pas de ceux-là. Et elle ne voulait pas le devenir. Elle ne voulait pas être reléguée au rang d’histoire pour enfants ; elle craignait alors de perdre en substance et tout ce qui participait à la réalité de son existence. Il n’y avait pas pire fardeau que l’oubli.

Penchant sa longue tête cornue vers le neishaan, d’un mouvement suffisamment doux pour ne pas l’effrayer, elle demanda :

° De quoi crois-tu qu’il s’agisse, Noloben le soigneur ? Il ne s’agit, ni plus ni moins, que de ton avenir. Et de ce que tu décideras d’en faire. Le Don est rare et précieux, car il met en jeu un héritage qui va bien au-delà des possessions terrestres ou de valeurs sentimentales. Il concerne la pérennité d’une espèce toute entière : la mienne. Celle des dragons, enfants de la déesse Flarmya. Ce Don se manifeste tout d’abord par la faculté d’entendre les pensées des dragons. C’est un premier pas vers de plus grands exploits. Ce Don, tu le possèdes, Noloben, sinon tu ne pourrais ni me parler ni même me comprendre. °

Le regard de la Bleue glissa sur sa Liée endormie. Sa respiration, lente et profonde, s’était calmée. Une bonne nuit de sommeil redonnerait un peu de couleurs à ces joues pâles. Persée ne pouvait ni voir ni entendre la conversation. Elle ne se déroulait qu’entre le neishaan et la dragonne. Dans ce décor presque féérique, illuminé par la nuit, un nouveau chapitre de la légende des chevaliers-dragons prenait place. Il ne tenait qu’à Noloben d’égrener de nouvelles notes et de participer à la chanson de geste qui se jouait sous ses yeux.

° Je vis sur une île très loin d’ici, avec mes sœurs et mes frères, parmi les bipèdes comme toi, dans de grandes et belles cités qui furent jadis bâties par tes ancêtres. Cela remonte à plusieurs centaines d’années mais les dragons s’en souviennent encore. Cette île, que tu décris dans ce conte, se nomme Tol Orëa. Par-delà la mer orientale – ce que tu appelles le grand lac -, vivent les descendants des légendaires Seigneurs Dragons. Ce sont des hommes et des femmes – comme toi, comme Persée – qui peuvent comprendre les dragons et partager leur vie avec eux. Tu es de ceux-là, toi aussi. Pose toutes les questions qui te viendraient à l’esprit. J’espère pouvoir y répondre. Car aujourd’hui, le temps des contes à la veillée est fini pour toi. Je ne suis pas une légende. Je suis une dragonne. Et je viens te révéler ta destinée. °

Vraël aurait pu s’épargner ces derniers mots. Ils sonnaient avec la grandiloquence qui sied davantage à des orateurs Engloutis. Si elle devait, malgré tout, impressionner le jeune Noloben pour mieux lui expliquer la situation, et bien soit. Que Flarmya l’inspire ! Elle n’en demandait pas plus.



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