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 [RP] Rencontre de forces opposées Sujet suivant
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Sayuri Yaru-Nosta
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MessagePosté le: Lun 20 Oct 2014 - 17:09 Répondre en citantRevenir en haut

Fin Flarmyaku 918





*C’est hors de question. On en a déjà parlé et je refuse. Je ne suis pas là pour jouer les nourrices.* cingla-t-elle.
*Mais tu n’as pas le choix, petite demi-sang !* gronda la reine. *Tu t’es liée à une future mère du Màr Tàralöm ! Et en tant que mère, je veille au bien-être de mes petits et au bon fonctionnement de ma maison !*
*Mais tu n’as PAS de petit ! Tu te prends pour la reine que tu n’es pas encore !*
*Pas encore, JUSTEMENT! Mais tu crois que mes petits se lieront à QUI, UNE FOIS SORTIS DE LEUR COQUILLE?! AU PREMIER IMBECILE VENU ?!*



Le fond de sa gorge commençait à s’éclaircir de colère, laissant poindre les prémices d’un incendie, mais Sayuri n’y prit pas garde, persuadée que le moment n’était pas encore venu pour la saurienne de cracher ne serait-ce que des flamichettes.


*Ce n’est pas à moi de m’occuper des aspirants !* cria-t-elle autant oralement que télépathiquement. *Il y a d’autres façons de s’occuper du Màr Tàralöm ! Et tu sais que je me fais un point d’honneur à gravir les échelons !*
*Pour TON ambition personnelle ! Je refuse d’être la liée d’une petite égoïste vaniteuse si ça n’est pas pour notre Màr.*



La fumée sortait des coins de sa gueule entrouverte, ses yeux incandescents rougeoyaient de colère.


*Eh bien peut-être aurais-je alors dû te laisser à ta coquille vide, le jour de ta naissance ! Elle aurait eu l’air de quoi, ta reine de mère alors ? Impuissante face au « bien-être de son petit » !*


C’en fut trop pour l’incarnate. Sa colère outrepassa les limites qu’elle lui avait fixées. Un jet de flammes liquides gicla au pied de la demi-sang, à quelques centimètres de sa tunique, tandis que cette dernière, surprise mais loin d’être effrayée et sachant qu’elle ne pourrait pas mourir sous les coups de sa liée, serra les poings et hurla de toutes ses forces vers la saurienne. Ce n’est que lorsque les vêtements de la prêtresse commencèrent à prendre feu accidentellement que leurs cris stoppèrent de concert. De rage et de peur mêlées, l’incarnate plaqua la bipède au sol de ses antérieurs, avec une brusquerie intentionnelle, puis la roula violemment dans le tapis pour étouffer les flammes. La pauvre Sayuri, réduite à absorber les forces à l’œuvre à l’instar d’une poupée de chiffon, s’en sortirait avec quelques hématomes, ainsi qu’un ego fracturé. Mais sa structure osseuse ainsi que la continuité de sa peau n’en seraient nullement affectées.

Le tapis fumant ayant rempli son rôle, Akemiko s’écarta et laissa Sayuri sortir des lourds replis de tissus sans lui apporter son aide. Elle se tenait debout, toisant la demi-sang de toute sa hauteur. C’était la toute première fois qu’elles se querellaient de la sorte. Depuis leur retour de Vaendark, après avoir passé quelques mois ensemble, elles avaient semblées plus proches que jamais. Ni l’une ni l’autre ne savait comment réagir, partagée entre son ego et son amour pour l’autre. Toutes deux se contentèrent de grogner et de changer de pièce, chacune dans son coin telles des enfants. Akemiko savait qu’elle avait gagné. Elle sentait dans le cœur de son âme sœur percer pour la toute première fois l’âcre douceur de la résignation. Elle n’insista pas, laissant à la Haute Prêtresse le temps de faire le deuil de son ego. Désormais, elles étaient deux dans une même âme et il leur faudrait composer avec l’autre. Il fallait qu’elle s’y fasse, elle qui avait toujours évolué seule. D’autant plus qu’il fallait le reconnaître : Akemiko avait raison. Mais ça, hors de question de l’admettre publiquement !



**********




Quelques jours après cette mésaventure, c’est une Akemiko particulièrement fière qui pénétra avec fracas dans le weyr après s’être dégourdi les ailes. Nullement besoin d’en dire plus, la geisha devina rapidement la raison de l’attitude de sa liée. L’incarnate s’ébroua, reflétant le soleil en milliers de petites étoiles rouges sur les murs, à l’instar d’un bijou.


*Aujourd’hui est un grand jour, ma liée. Je nous ai trouvé un aspirant.*
« Et pas n’importe lequel. »
se garda-t-elle de continuer.


Sayuri lui répondit par un grognement étouffé, la bouche pleine du pain qu’elle avait dans la bouche. Elle terminait son petit déjeuner pendant que deux serviteurs quittaient la pièce avec le tapis carbonisé fraîchement remplacé sous le bras. Dédaigneuse, la jeune femme qui ne les avait pas honorés d’un seul regard, pointa ses yeux vers le sol : les couleurs de ce nouvel élément tranchaient un peu avec celles, vieillies et un peu passées, des tapis voisins. Mais elle balaya cette pensée d’une main, réfrénant son envie de rappeler un des serviteurs pour lui faire part de sa… désaprobation. « Peu importe. Vivre avec un dragon – plus particulièrement une reine – provoque des désagréments, et ça ne serait sûrement pas le dernier. »


*Très bien. Je fais mes exercices, je me rafraîchis et on y va.*
*Je l’ai fait mander au Mahalma pour onze heures. Sois prête un peu avant que le soleil ne soit au zénith.*



La bipède émit un claquement de langue agacé. Elle ne pourrait probablement pas se rendre au Val aujourd’hui. Elle avait prit goût à sa participation à l’élan de solidarité qui sévissait dans le kaerl en reconstruction. La jeune femme aidait à refaire les stocks d’herbes pour l’herboriste, demandait un coup de main à sa petite reine prétentieuse pour relever la poutre écroulée d’un commerçant en difficulté,… Il fallait bien avouer que ça n’était ni dans sa nature ni dans ses habitudes, mais le lien qui l’unissait à la saurienne avait l’air de commencer à faire son effet. Qui remettrait le Màr Tàralöm en état si ça n’étaient pas les chevaliers ? Et puis le travail lui paraissait d’autant plus facile que cela lui rendait de l’importance aux yeux des membres ardents de ce kaerl, après sa longue absence.

Après avoir médité jusqu’à ce que son esprit se soit totalement apaisé, la kunoichi s’était entraînée avec ses éventails sur sa large terrasse gorgée de soleil. Il ne fallait pas que son teint s’assombrisse, mais quelques rayons de l’Astre de Solyae lui faisaient du bien et lui redonnaient de l’énergie. Une fois satisfaite, elle se prépara à accueillir son futur élève : elle cacha ses quelques fioles de poison et sa dague sous les replis de ses vêtements. La Haute Prêtresse ne comptait pas l’épargner. On lui imposait de se rabaisser à éduquer un futur chevalier ? Eh bien soit. Mais elle ne lui pardonnerait aucune erreur.






La petite Yaru-Nosta pénétra dans le Mahalma et prit le temps de saluer le Seigneur qui se trouvait très affairé, avant de rejoindre une pièce voisine. Celle-ci, plus petite, n’en était pas moins richement décorée. En haut des murs et des colonnes de marbre noir se trouvait un dôme rendant quelques rayons de la lumière du soleil, faisant miroiter les sculptures de dragons incrustées de pierreries qui veillaient telles des sentinelles. Au fond, une immense fenêtre donnait sur le Màr et se trouvait être assez grande pour laisser passer une reine. Elle s’installa à la place maîtresse de la pièce et attendit son aspirant. Le regard neutre, le port hautain, elle n’affichait qu’un masque imperturbable face à la porte qui s’ouvrit sur un colosse. La reine, du haut de ses quatre mètres, toisait également le nouvel arrivant.

Le Torhil s’avança jusqu’à la petite femme et la salua. Bien qu’il la dépassait de plusieurs têtes, le Maître Dragon ne se départit pas de son masque hautain et lui répondit par un lent hochement de tête (une habitude qu’elle n’avait pas perdue depuis son départ pour le Màr Tàralöm et son aspiranat).


« Bien, alors comme ça voilà mon nouvel aspirant ? J’ai pris le soin de me renseigner sur toi. Tu as donné du fil à retordre à certains gardes, lors de ton arrivée et par la suite. Je juge à ton physique que je n’aurai pas à t’entraîner au maniement des armes. Bien. Combien de temps as-tu passé à l’observatoire ? Quelle a été la nature de tes enseignements ? »


*Tu aurais tout de même pu me prévenir que cet homme était presque aussi grand que toi.*
*Non. Je savais que tu refuserais. Et je savais aussi que tu refuserais si je te parlais plus tôt de son comportement… têtu, disons, de ses débuts.*
*Tu n’aurais pas pu me trouver un docile, un dominé ? ça m’aurait donné moins de travail et j’aurais pu le laisser pourrir au fond d’un livre pendant que je m’occupe de choses plus… dignes.*
*Non, je n’aime pas les dominés. Lui c’est un battant, il me convient. Je serai fière de le présenter à une couvée ardente, une fois formé et un peu dompté. Et puis je suis certaine que tu n’aurais pas aimé ternir ton image en te promenant en compagnie d’un aspirant docile, faible et incapable.*



Le Maître Dragon ne répondit pas, se sachant en faute. Elle se contenta d’écouter la réponse d’Aby Myr Torgan, avant de poursuivre :


« Et qu’as-tu appris à propos des dragons ? Sache que je n’ai pas de temps à perdre concernant ton éducation théorique. Les livres font cela très bien. Mon rôle est de t’apprendre à vivre avec un dragon, à voler et évoluer avec lui. Je suis également là pour te guider parmi les membres de notre kaerl, te présenter à eux en quelques sortes – bien que je ne pense pas avoir que cela à faire – et t’introduire dans les subtilités de notre monde. Car sache, aspirant, qu’ici il n’est pas question de couper la tête du premier imbécile qui se comportera mal avec toi. »
« Et tu auras affaire à moi si tu oses tuer ne serait-ce qu’un seul Doué. »
ajouta dans un grondement sourd la petite reine.


Sayuri la laissa l’interrompre, sachant à quel point cela lui tenait à cœur, puis poursuivit :


« Parle-moi de ton passé. Que sais-tu faire, au juste ? En quoi pourrais-tu être utile au Màr Tàralöm ? J’espère au moins que tu as d’autres qualités qu’un vulgaire découpeur de têtes… ? »


Dernière édition par Sayuri Yaru-Nosta le Mer 29 Oct 2014 - 20:57; édité 1 fois
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MessagePosté le: Lun 20 Oct 2014 - 17:09 Revenir en haut

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Aby Myr Torgan
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MessagePosté le: Mar 21 Oct 2014 - 09:31 Répondre en citantRevenir en haut

« Réveillez-vous, Torgan. » Aby ouvrit les yeux en grand, papillonnant du regard vers un homme à la tenue fière et altière. L’homme venait le réveiller pour ses cours du matin à peine l’aube levée et, chaque jour que les Dieux faisaient, lui donnait ses premières leçons. Le Torgan répugnait à parler à cet être étrange à la chevelure aussi blanche que la neige et à la peau semblant aussi fragile que la plus fine des soies, se demandant s’il paraissait là une curiosité faite d’un homme et d’un Neishaan. Ses habits étaient dans un tissu qu’il n’avait jamais vu nulle part ailleurs dans les réserves de Preffyn Legrand, d’une qualité autrement supérieur. Et alors qu’il s’extirpait des draps, entièrement nu comme il en avait l’habitude, l’homme aux cheveux de blizzard détournait le regard avec un léger rosissement des pommettes. « Prude… » songeait le Torhil à chaque fois, s’étendant de toute sa masse dans un étirement lent et plus gracieux qu’il ne l’aurait songé. Enfilant les mêmes habits que dans lesquelles il était arrivé à Tol Orea il y a de cela une saison alors, il tiqua en observant le tas de vêtements bien pliés qui l’attendait comme toujours sur une chaise de l’observatoire, non loin du lit ou il dormait. Il avait toujours refusé de prendre ces vêtements, les considérant comme inutile à cause de leurs finesse. Il était un guerrier, non quelque godelureau avide du regard d’une donzelle.

Mais contrairement aux autres matins, alors qu’il s’occupait d’enfiler son pantalon avec la gaucherie du réveil difficile, Peyr –car tel était le nom de l’homme qui lui faisait face- lui tendit une feuille de parchemin au cœur légèrement plissés et aux lettres penchées. « Qu’est-ce dont là ? » Demanda le Torgan avec une légère aversion, comme si toucher quelque chose apportée par le demi-sang l’eut pu faire vomir sur le champ. Peyr répondit avec calme, comme si aucun dégout ne pouvait plus jamais le toucher : « Votre convocation par votre maître. » Aby lu alors sans plus de manières le bout de papier taché d’encres. Ainsi donc il avait un maître, dont il ne savait rien, qui avait décidé de prendre pour aspirant la nouvelle recrue qu’il était. Malgré les regards qui lui étaient portés comme une insulte, comme si tous songeait en le voyant qu’il était rare de voir pareil barbare se faire passer pour civilisé. Le Torgan en était presque amusé, désabusé qu’il était de la honte qui s’était abattu sur lui lors de son enlèvement. L’honneur familial lui dictait la mort par suicide plutôt que d’endurer ainsi la honte. Mais bien plus intéressé par la vie, le Torhil avait décidé durant son enfermement dans les geôles de celui qu’il connaissait maintenant comme membre de la famille Zenghwei que la mort n’était pas plus intéressante que le fait de survivre et de regagner son honneur perdu.

Ainsi donc on le mandait au Mahalma –édifice dont il ignorait tout en dehors de la description succincte des lieux qu’on lui avait servi durant son apprentissage au sein du noir observatoire- afin d’y rencontrer son maître, et donc par extension : son dragon. Un frisson lui parcourut l’échine alors qu’il essayait de contenir sa peur devant le regard du fameux Peyr, toujours planté là à attendre que le Torgan soit prêt à prendre sa dernière leçon. La peur de rencontrer à nouveau un dragon, créature certes splendide mais également terrifiante pour le non-initié, lui donnait un regard affolé sur le bout de papier pourtant inoffensif. Mais il avait déjà largement fuit devant le premier, se couvrant de honte avant même que celui-ci ne l’arrache à son contrat. Il se devait de se montrer fort et courageux comme un bon Torgan –qu’il était, à n’en point douter. C’est ainsi qu’il termina de se préparer, enfilant pour la première fois depuis qu’il était enfermé à l’observatoire son armure de cuir et de métal par-dessus sa tunique pâle. La matinée s’en fut sans trop de soucis alors que Peyr lui expliquait ce qui allait suivre et ce qui dépendrait de son maître. Aby n’écouta qu’à moitié, ne donnant de crédit au demi-sang que par quelques rares instants durant lesquels il posait son regard dur sur le visage trop fragile à son gout de l’un de ses précepteurs.

L’heure de la rencontre vint enfin et, accompagné du même demi-sang qui ne lui arrivait pas plus haut que sous le sein, il se rendit au fameux Mahalma avec une pointe d’appréhension qui lui parcourait la nuque. Le dos droit dans son armure, on lui avait retiré ses armes afin d’être certain qu’il ne ferait pas d’autres morts. Il marchait avec aisance, se mouvant comme si en lieux et place d’un prisonnier –ce qu’il pensait être- se trouvait un véritable seigneur de ses propres terres. Ne montrant nullement l’étonnement éprouvé par des constructions si colossales, il marchait dans le val en suivant les pas du petit homme sans vraiment réussir à ne pas ouvrir la bouche de par l’architecture herculéenne offerte à son regard. Lorsque les deux pénétrèrent l’endroit visé, Aby ne se rendit même pas compte qu’ils passaient une porte gigantesque tant il était concentré à regarder les cheveux blancs de son guide afin de ne pas montrer sa faiblesse. « Torgan, votre maître attends dans la pièce attenante. Hâtez-vous. » sa mâchoire se raidit légèrement et, s’il n’avait pas été emplit de crainte pour les dragons et de respect pour le lieu abritant le seigneur local, il se serait fait un malin plaisir de séparer cette tête hautaine de ses épaules tout aussi hautaines. « A quoi peut bien ressembler mon maitre… ? » se demanda-t-il une fois son guide loin de lui.

Ce n’est qu’en entrant dans la fameuse pièce qu’il y découvrit un dragon immense et majestueux semblant perché sur le rebord d’une fenêtre. Son écaille incarnate lui rappela quelques leçons rapides et il sut qu’il était en présence d’une de ces fameuses reines dragon. Son cœur se resserra : « Les reines sont bien plus susceptibles que les autres, chez les hommes. Veillons à ne pas vérifier s’il en est de même pour les dragons. » songea-t-il dans le silence de son crâne. Il exerça un salut avant que son regard ne soit attiré par la voix fluette de la jeune femme à ses côtés. S’il n’était pas de ceux qui sous-estiment les femmes, de par son éducation, il était étonné d’avoir un maitre si petit en taille et si peu épaisse. Alors qu’elle eut posé ses premières questions, décontenancé il répondit d’un air ballot : « Voilà un mois que j’y suis enfermé, abreuvé de leçons incessantes et privé d’un entrainement adéquat. » Il était amer, se refusant de croire qu’une si frêle jeune fille puisse être au-dessus de lui dans la hiérarchie. Sa mâchoire, emprisonnée dans une contraction qui n’en finissait plus, ne se délia que pour répondre à ses suivantes questions. « J’ai appris leurs différences, leurs mœurs et leurs naissances. » Il n’en dit pas plus, se gardant de parler du lien dont on lui avait parlé. Ayant connaissance qu’en tuant le lié, le dragon en mourrait sans doute. Il frémit cependant à la menace du dragon, ses épaules se redressant sans qu’il n’eut pu le maitriser, en l’entendant parler dans son crâne.

« Parle-moi de ton passé. Que sais-tu faire, au juste ? En quoi pourrais-tu être utile au Màr Tàralöm ? J’espère au moins que tu as d’autres qualités qu’un vulgaire découpeur de têtes… ? » Lui dit-elle alors. Effaçant ainsi la crainte du dragon, le guerrier l’observa d’un regard peu amen en serrant la mâchoire avant de répondre. « Que me parlez-vous là d’être utile ? Je n’ai rien décidé, on ne m’a rien demandé et on m’a simplement enlevé. Pourquoi devrais-je être utile à mes ravisseurs ? Et pourquoi devrais-je vous parler de mon passé ? » Il marqua une pause, reculant d’un pas face au dragon qui semblait soudain plus animé, avant de reprendre : « Qui diable êtes-vous ? Pourquoi devrais-je accepter d’être votre aspirant ? » Il n'y avait aucun honneur à suivre les apprentissage d'une personne faible. Et il devrait bien s'assurer que celle-ci, malgré les apparences, était digne de la prendre sous son aile.
Sayuri Yaru-Nosta
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MessagePosté le: Jeu 23 Oct 2014 - 14:03 Répondre en citantRevenir en haut

Lorsque le torhil évoqua son enlèvement, la geisha jeta un coup d’œil vers sa liée, gardant son masque impassible face à son aspirant.


*A moi non-plus, on ne m’a pas demandé mon avis.* siffla-t-elle.


La saurienne ne répondit ni ne la regarda. Sayuri n’en attendait pas moins d’elle. L’homme qui se tenait devant elle ne voulait pas parler de son passé. Soit. Il en allait de même pour elle et c’était compréhensible. L’ancienne prêtresse avait en horreur le fait de se dévoiler ainsi, surtout devant un parfait inconnu. Elle ne releva donc pas cette partie de sa diatribe.


« Sache, Torhil, que celui qui a détecté le Don chez toi a agit seul, bien que pour notre kaerl. Je ne suis pas ton ravisseur. Mais tu es là et c'est ainsi. Et je ne te permets pas d... »


Mais le colosse ne la laissa pas terminer. Il commençait à s’emporter, le ton se faisait de plus en plus fort et agressif. Akemiko se rapprocha du duo, prête à souffler la colère du géant d’un coup de dents bien placé. Sayuri, de son côté, ressentait une sorte de jouissance dans le mal-être de son aspirant. Il n’avait pas eu le choix ? Pauvre enfant. Elle non plus. Et il allait le payer. Il n’y avait pas de raison pour le ménager. Il était la cause de sa situation et, ne pouvant passer ses nerfs sur l’incarnate, elle comptait bien les passer sur lui. Physiquement, cela lui serait difficile. Mais mentalement, une femme a tout pouvoir sur un homme, elle en avait fait l’expérience lors de ses missions pour l’Ordre de l’Apocalypse.


« Qui diable êtes-vous ? Pourquoi devrais-je accepter d’être votre aspirant ? »

Sayuri soupira, affichant une moue désespérée et éleva les yeux au ciel.

« Je me nomme Sayuri Yaru-Nosta Naethrandir, ancienne Haute Prêtresse d’Ordre de l’Apocalypse et Maîtresse Incarnate. Je vois que tu n’as rien compris à tes leçons à l’observatoire. Mais qu’y as-tu donc fait, au juste ? Mis à part y traîner ta carcasse et te tourner les pouces ? Je me fiche de savoir si cela te plaît d’être ici. Si tu possèdes le Don, c’est qu’un dragon naîtra pour toi un jour. Si ce jour arrive et que tu n’es pas là, le petit mourra. C’est aussi simple que ça. Et cela est impossible. Les dragons sont les gardiens de notre monde, de notre mémoire. Ce sont des êtres quasi-divins et il est hors de question d’en tuer un seul sous prétexte que sa Seigneurie Myr Torgan n’est pas d’humeur ! C’est un honneur de pouvoir un jour partager l’âme et la vie de ces créatures, tu devrais en être fier, imbécile ! »


*Mais qui m’a enchaînée à un tel boulet ?! Têtu, ça tu peux le dire !*
*Du calme, bipède. Il sera un bon aspirant, une fois qu’il aura adhéré à nos concepts.
Tout ce dont il a besoin pour l’instant, c’est d’une confrontation. Matte-le, laisse-le s’épuiser jusqu’à ce qu’il se résigne. Ensuite, nous pourrons commencer son éducation. Les principes sont les même que pour les chevaux sauvages ou n’importe quel autre animal.*

*De toute façon, as-tu constaté notre différence de gabarit ? Un coup de toute ma force ne lui fera l’effet que d’une piqûre de moustique !*
*Tu oublies notre Lien, Sayuri. Il te donne plus de force et de célérité.*
*Il faut quand même bien qu’il y ait quelques avantages.*



La saurienne renâcla et laissa échapper quelques volutes de fumée. De son côté, Aby continuait de s’énerver. Il avait reculé, plaçant un pied légèrement en avant de l’autre, ses poings étaient serrés et à hauteur de sa taille. Sayuri y reconnut-là une garde passive… Et saisit l’occasion au pied levé.


« EST-CE LA UN COMBAT, QUE TU ES VENU CHERCHER, ASPIRANT ? »

Puis son regard et le ton de sa voix s’adoucirent et elle lui lança un regard mutin.

« Eh bien alors viens, qu’attends-tu donc ? Essaye de me toucher. »


Mais Sayuri ne s’était pas attendu à une réponse si véloce et dut esquiver le premier coup au dernier moment. S’ensuivit une danse pour le moins peu conventionnelle. Dans des cris et grognements de rage, Aby lançait avec force poings, coudes, genoux et autres pieds, bien décidé à passer sa colère sur la frêle petite femme. Mais cette dernière en avait vu d’autres, elle ne ressentait plus la Peur, cette peur qui vous paralyse et vous fait savoir au fond de vous-même que la déesse Isashani s’approche à grands pas. Non. Cette peur-là s’apparentait plus à de l’excitation, exacerbée par la jouissance que lui procurait la détresse du nouvel arrivant. Ses vocalises de rage en disaient long sur sa douleur. Sayuri ricana.


« Eh bien alors, aspirant ? Je t’ai dit de me toucher ! »


La jeune femme esquiva un violent crochet du gauche qui arrivait tel un boulet de canon et fut tentée de passer entre les jambes du colosse… Ce qu’elle fit, ne manquant pas au passage de cogner les parties les plus sensibles du torhil, touchant sa virilité au point de jonction de son armure. Non pas peu fière de son coup qu’il accusait, elle se releva derrière lui et se déconcentra.


*Son pied droit, Sayuri !*


Trop tard. La petite femme prit le coup de pied retourné dans le plexus, mais fort heureusement pour elle, elle s’était placée à bonne distance, quasi hors de portée des jambes d’Aby, et prit son talon en fin de course. Bien que de force moindre pour lui, elle n’en ressentit pas moins une violente douleur qui l’empêcha de respirer un instant. Mais elle reprit rapidement ses esprits et se releva deux mètre plus loin, puis afficha une agilité qui laissait croire qu’il ne s’était rien passé. La danse put donc reprendre. La kunoichi déhanchait, se contorsionnait, ne se laissait plus toucher. De temps en temps, lorsque les amplitudes de mouvements de l’assaillant laissaient entrevoir suffisamment d’espace entre les différents éléments de son armure, Sayuri pouvait y glisser la pointe de sa dague. Rien de plus qu’une petite griffe d’un mouvement vif et précis, mais ainsi son adversaire savait qu’elle avait su profiter de ses défauts. Elle cherchait à exacerber sa colère, cela lui plaisait beaucoup.
Aby Myr Torgan
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MessagePosté le: Ven 24 Oct 2014 - 17:53 Répondre en citantRevenir en haut

La mâchoire du colosse n’était plus que contraction à mesure que sa maitresse parlait. « Une prêtresse… » songeât-il avec animation alors que son regard se faisait toujours plus dur envers la femme qui lui faisait face. « Comment pourrais-je retrouver mon honneur avec une femme pareil ? Il n’y a aucune gloire à servir une femme qui se croit en dessous des Dieux. » Son visage s’animait, à mesure qu’elle parlait, d’une colère contenue et d’une humeur menaçante. Le Torgan fit rouler ses doigts dans sa paume, faisant craquer ses phalanges avec lenteur, pendant qu’elle lui rappelait ses responsabilités forcés auprès des dragons. Le guerrier fit la grimace, il n’en avait que faire des dragons, tout ce qui lui importait était de recouvrer son honneur bafouer. Et si pour ça, il devait devenir une sorte de dragonnier, alors soit. Mais qu’au moins sa maitresse se montre à la hauteur de son aspirant. L’iris flamboyant de rage, son regard se porta à la silhouette saurienne qui recouvrait presque entièrement Sayuri. S’il voulait éprouver les techniques de combats de la belle, il devrait se défaire de la bête également. Et c’est sans quitter de l’œil la dragonne que celui-ci releva avec lenteur ses deux poings en écartant ses jambes afin d’assurer un minimum ses points d’appuis.

« EST-CE LA UN COMBAT, QUE TU ES VENU CHERCHER, ASPIRANT ? Eh bien alors viens, qu’attends-tu donc ? Essaye de me toucher. » Le Torgan ne se fit pas prier et envoya son poing en direction de son visage avec force: « Vous parlez trop, tous. »

Elle avait esquivé le coup en se baissant et c’est donc tout naturellement que son genou vint à la rencontre de son menton, mais celle-ci avait de la ressource –et Aby manquait d’entrainement. Aby hasarda un coup d’œil rapide vers la dragonne qui ne semblait pas vouloir se mêler à leur affrontement. « Voilà une bonne chose. » Pensa le Torhil en se courbant davantage avant d’envoyer à nouveau son poing vers son visage. Elle évita d’un pas sur le côté et Aby fit pivoter son bras pour que son coude cueille sa joue, mais échoua à nouveau. Malgré le manque d’entrainement, le Torhil avait conscience qu’il ne pouvait pas avoir perdu à ce point en agilité. Elle devait être assez débrouillarde et rapide pour tuer un homme avec des armes adaptées. Mais la démonstration était loin d’être terminée et, malgré les quelques entailles de-ci de-là infligés par la belle lors de ses pas de danses, le Torgan ne se démontait pas. Au contraire, il bouillait de plus en plus de rage. Une rage contrôlée, qui lui faisait bouger les membres plus vite et avec plus de virulence. Comme s’il s’était trouvé au cœur d’un champ de bataille, avec la fièvre de l’affrontement qui lui prenait l’esprit et lui faisait tout oublier sauf l’art de se battre.

« Eh bien alors, aspirant ? Je t’ai dit de me toucher ! » Elle ne manquait pas d’air, la donzelle. Aby, agissant comme par réflexe, lui offrit un crochet du droit bien trop puissant et lent. Bien entendu, elle esquiva avec souplesse avant de se glisser entre ses jambes et d’y frapper pour le ridiculiser davantage. Voilà qui était trop. « ASSEZ, L’ANGUILLE ! » hurla le colosse en fronçant encore les sourcils en faisant volte-face. Son pieds redressé, il tourna sur lui-même afin d’envoyer son tibia directement dans la poitrine de la prêtresse. Celle-ci tenta d’esquiver, mais trop tard. Et c’est accompagné d’un sourire malicieux que le pied du Torgan se ficha dans son plexus. Il s’attendait à la voir s’envoler, au vue de sa corpulence sommes toutes ridicule. Mais non, celle-ci se contenta de reculer de quelques pas en portant la main à sa cage thoracique pour reprendre sa respiration. « Voilà une saison que je ne me suis pas dégourdis les jambes. » Dit-il avec un large sourire. L’amusement l’emportait amplement sur une quelconque tactique et ça se ressentais grandement dans les mouvements légèrement trop désordonnés du Torhil. Ainsi il laissait la lame l’égratigner à plusieurs reprises, selon les endroits laissés libre par le métal et le cuir de son armure. La danse continua, et parfois se reproduisait cette même scène ou pleine d’orgueil elle baissait sa garde et devait essuyer un coup du Torgan.

Puis, agacé par le ballet qui devenait beaucoup trop long à ses yeux, Aby affaiblit encore un peu son niveau. Il la laissa le toucher à plusieurs reprises, parfois d’affilés, afin d’endormir son attention et de la laisser gagner en confiance. Et alors qu’elle baissait à nouveau sa garde, Aby se mit à agir plus vite qu’il ne l’avait fait jusqu’alors. Attrapant à bout de bras sa taille de sa main gauche et son épaule de sa main droite, le Torgan effectua un demi-cercle sur lui-même en soulevant son adversaire du sol. Son sourire s’agrandit à nouveau et, dans une poussée finale, voilà qu’il lance de toutes ses forces la poupée de chiffon au travers de la fenêtre. Bien entendu tout se passa excessivement vite : Le dragon prit son envol afin de rattraper sa maitresse dès que possible et revint en émettant des bruits et des grognements tels qu’ils filèrent des frissons pendant plusieurs secondes au colosse. « Tu devrais éviter de sous-estimer ton adversaire, même dans un duel à l’amiable. » Dit-il à sa maitresse en insistant légèrement sur le tutoiement. Même si la manière de le dire ne lui plaisait pas, il venait de prouver à sa maitresse plusieurs choses : Qu’il n’était pas qu’un boulet et, d’autre part, qu’il acceptait de devenir son aspirant. Mais n’allez pas croire qu’il avait changé d’avis face aux techniques de sa maitresse, ça non. Il venait de prendre conscience qu’il avait besoin d’entrainement avant de pouvoir extraire le cœur de celui qui l’avait enlevé quelques mois plus tôt. Alors, et seulement alors, sa quête d’honneur pourrait effectivement commencer. « Bien, je t’écoutes donc. » Dit-il en prenant un air droit, fort et le regard brûlant.
Sayuri Yaru-Nosta
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MessagePosté le: Mer 29 Oct 2014 - 19:22 Répondre en citantRevenir en haut

Sayuri qui, quelques secondes encore avant, affichait un sourire moqueur et riait ouvertement, se vit défenestrée plus vite qu’elle ne put prononcer ce mot. La jeune femme n’avait jamais été faite pour le combat. Maîtriser les Arts, endormir la vigilance, séduire, assassiner, oui, mais le combat en lui-même, jamais. Elle ne s’attendait pas à sortir indemne d’un tête à tête avec un tel colosse… mais non plus de se faire lancer par la fenêtre à l’instar d’une poupée de chiffon.
Le cœur d’Akemiko ne fit qu’un bond dans sa large poitrine. Aucun mot ne fut échangé, aucun cri. De tout son poids, la saurienne se propulsa avec force vers le sol en contrebas. L’air sifflait sa vitesse entre ses écailles. Grâce à son poids couplé à la pesanteur, son âme sœur ne fut guère difficile à rattraper. La jeune femme pouvait à présent remercier leurs nombreux entraînements au bord de la falaise en Vaendark : en chute libre, elle put sans encombre s’accrocher aux écailles dorsales puis au cou de sa liée, et ce malgré leur différence de vitesse. Une fois en sécurité, elle put reprendre son souffle pendant que son taux d’adrénaline recouvrait une valeur s’approchant de la norme. Ne pouvant évacuer par l’activité physique ce surplus hormonal, ses muscles se mirent à trembler. L’amour propre du Maître Dragon s’en trouvait piétiné et la colère monta sournoisement en elle. Mais cette dernière était ridicule et insignifiante en comparaison de celle qui habitait le corps tout entier de la reine. Non seulement ce moins que rien avait attenté à la vie d’un Doué, mais il s’agissait de SA liée. L’incarnate battait, frappait, violentait l’air de ses larges ailes avec fracas pour reprendre de l’altitude. Elle rejoignit la fenêtre avec célérité et se posa lourdement au bord du précipice, puis se dirigea droit vers le bipède, prête à en découdre.


*Du calme, Akemiko.*


La saurienne écouta contre toute attente sa liée qui en fut toute surprise. Elle ne pouvait cependant plus respirer normalement. Un grognement sourd qui semblait provenir directement de sa cage thoracique faisait écho à la coloration incarnate de ses yeux flambant de colère. Une pointe de peur émergea des entrailles de la prêtresse. Elle n’aurait pas été contre une petite torture pour dresser cet aspirant récalcitrant. Mais dans son état, la reine ne se serait certainement pas contentée de quelques griffes. Et pour l’avoir vue à l’œuvre, elle savait qu’une fois lancée, rien n’arrêtait plus la saurienne. Il allait lui falloir ruser pour se venger de cet homme sans déclencher la folie meurtrière de l’incarnate. La chose ne serait pas aisée. D’autant plus qu’il ne lui facilita guère la tâche.


« Tu devrais éviter de sous-estimer ton adversaire, même dans un duel à l’amiable. »


La colère jaillit dans les cœurs jumeaux à l’instar d’une explosion volcanique. Sayuri allait remettre l’importun à sa place d’aspirant. Mais elle eut à peine le temps d’ouvrir la bouche et de prendre l’inspiration qui allait lui permettre quelque verve bien placée qu’Akemiko avait rejoint le torhil d’un bon de ses puissants membres. Elle atterrit les antérieurs sur le torse du colosse, le faisant basculer et chuter lourdement au sol dans une expiration forcée émettant un son rauque. Dans un même temps, Aby heurta le sol avec violence et les crocs de la reine se refermèrent sur le bras gauche de sa proie à hauteur de l’épaule. C’est alors qu’avec une violence semblant hors de contrôle, elle arracha avec force le bras de l’aspirant. Mais heureusement, Sayuri hurla à temps pour arrêter son geste à peine entamé.


« ARRÊTE ! »


La traction exercée sur le bras s’arrêta net dans un claquement ligamentaire et les yeux d’Akemiko s’orientèrent vers son âme sœur. Elle cligna de sa double paupière puis, après s’être rendue compte que son geste entraînerait certainement la mort d’un Doué, reporta ses pupilles fendues vers le concerné. Ne pouvant aller plus loin et malgré tout incapable de desserrer ses mâchoires, elle laissa poindre au fond de sa gorge le feu de sa colère qui vint brûler le contenu de sa gueule. Ses dents enfoncées dans la chair chauffèrent à leur tour et brûlèrent le torhil de l’intérieur. Satisfaite de la douleur infligée ainsi que de sa cautérisation, la petite reine lâcha prise. Vu le bruit qu’avait fait l’articulation, il s’en sortirait avec une belle entorse et une épaule brûlée tout au plus.
Un long silence suivit la scène. Dans la frayeur du spectacle, la colère de la jeune femme s’était évaporée en un claquement de doigts. Celle de l’aspirant semblait avoir disparue également, pour laisser place à la peur. Sayuri se rendit compte qu’elle avait arrêté de respirer et expira son soulagement, essoufflée. Elle avait trop souvent vu cette scène lors de leur séjour en Vaendark. Le bain de sang qui s’en suivait et l’appétit vorace dont faisait preuve la saurienne lui réchauffait le cœur. Mais pas aujourd’hui. Pas sur un Doué. Pas sur son aspirant.


« Ne t’avise plus JAMAIS de manquer de respect à ton Maître, l’aspirant. » se contenta-t-elle de grogner. « Ou tu auras de quoi t’en souvenir, la prochaine fois, je t’en fais la promesse. »


Sayuri soupira. Bon. Ils avaient pris un mauvais départ. Et en commençant leur association en se défenestrant, ils avaient déjà mis la barre haute. Trop haute. Impossible pour eux de continuer sur cette voie sans que cela ne se termine par un mort… et donc par deux morts. Après tout ils n’étaient pas obligés de s’apprécier, seulement de se respecter. Et il venait de lui prouver qu’il était un aspirant qui en valait la peine. Naethrandir prit sur elle et se rapprocha de son aspirant. Elle lui tendit sa main droite pour l’aider à se relever – geste plus symbolique qu’utile, au fond.


« Bien. Je te propose notre partenariat comme un contrat. Ton paiement – ou ta récompense, vois-le comme tu l’entends – sera ton Empreinte. Le jour où ton âme se liera avec celle d’un dragon, tu verras que le jeu en valait la chandelle. En attendant, je ne peux rien te dire de plus. Aucun mot ne peut décrire ce que l’on vit avec un dragon. En revanche, te montrer, cela est plus dans mes cordes. Que dirais-tu d’un peu de pratique ? »


Akemiko gronda de nouveau, voyant où Sayuri voulait en venir. Mais cette dernière lança un regard glacial à son encontre.


*Tu voulais qu’on éduque un aspirant ? Assume à présent !*


Puis elle reporta sur Aby ses yeux aux pupilles contrastant avec son teint. Son regard intense se voulait franc, pour une fois. Elle soutenait celui du mercenaire sans ciller. De nouveau, le Maître tendit la main vers son aspirant, cette fois pour conclure leur pacte. Bien que la petite délicate disparaissait dans l’immense poing du colosse, elle lui offrit une poigne franche, dans la mesure de sa force. Dès que leur pacte fut scellé, elle recouvra son faciès neutre et se retourna vivement vers Akemiko.


« Bien. Suis-moi. » lui dit-elle en grimpant sur son dos. Le dragon laissa l’homme prendre place derrière la jeune femme. « Il n’y a rien de tel pour vaincre une peur que d’y être confronté directement. » Sans ménager la pudeur qu’il pouvait ressentir, elle prit ses mains, les passa autour de sa taille et lui expliqua qu’il lui fallait se tenir à l’épine dorsale de la dernière cervicale, la plus grosse, juste là, devant Sayuri.


La Yaru-Nosta avait choisi de faire fi de sa haine, du moins pour l’instant, à la faveur de l’éducation qu’il devrait recevoir d’elle. La liée qu’elle était avait pris conscience trop tard de la gravité de leur situation. Cela avait manqué de coûter la vie à cet homme, à ce Doué. S’il avait été un simple homme comme elle en avait vu tant sur son continent, elle se serait contentée de sourire et de laisser la saurienne manger et déchiqueter la chair avec force colère. Mais quelque part, elle avait également accepté de prendre Aby comme aspirant. Elle aussi devait assumer les conséquences de tels choix.
Les pas de leur monture propageaient leurs ondes dans leurs bassins qui se déhanchaient au rythme de la marche du quadrupède, tandis que les cliquètements des griffes résonnaient sur les murs et dans leurs oreilles comme une promesse de vol. La jeune femme sentait la raideur des hanches du mercenaire. Elle le sentait se crisper au fur et à mesure que le précipice se rapprochait. Il serrait les cuisses, les mains, et ses bras se tendaient en écrasant légèrement ses côtes… ce qui lui permis de se rendre compte qu’en cet endroit se trouvait un hématome auquel elle n’avait pas prêté attention jusque là. Un de ses nombreux hématomes.



Dans une inspiration générale, le dragon bondit puissamment en l’air et étendit ses ailes.
Aby Myr Torgan
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MessagePosté le: Mer 29 Oct 2014 - 20:16 Répondre en citantRevenir en haut

La crainte du saurien était quelque peu raisonnée par son esprit qui marchait à la vitesse de la lumière. Il n’avait pas le droit d’attenter à sa vie, il ne le tuerait donc pas sans être menacé de mort par la suite… Mais rien ne l’empêchait de lui faire mal pour autant. Aby serra les poings à nouveau, tirant sa dague de son fourreau afin de se rassurer plus que pour être menaçant. Les grondements de la reine lui firent l’effet d’un froid mordant, bien plus intense que ceux de Vaendark. C’est alors qu’elle bondit sur lui sans crier gare. Bien entendu, le Torgan ne put rien faire de plus que se réceptionner du mieux qu’il put. Sa crainte du monstre grandissait encore, mais il serra les dents afin de ne pas le montrer, il était déterminé à affronter la bête qui ne savait visiblement pas conserver son sang-froid. Son regard se posa sur sa maitresse au travers des pattes de l’immense incarnate et la jaugea. N’était-elle donc pas capable de contenir son dragon face à un peu d’arrogance ? Aby n’eut pas la possibilité de faire la moindre remarque que des crocs se refermèrent sur son bras gauche.

« Gnnnnpfffh » fut le seul son qu’émit le colosse en serrant d’autant plus les dents alors qu’il sentait que le monstre tentait de tirer sur son bras. Il allait le perdre, à coup sûr, si sa maitresse ne faisait rien. Ce qu’elle ne fit pas. Son hurlement sec et pourtant bien plus fort qu’il ne l’aurait cru d’une si chétive créature retentit dans toute la pièce et même au-delà. Mais déjà quelques personnes s’étaient agglutinées à la porte d’entrée pour observer le spectacle dont les bruits les avaient attirés. C’est alors que les choses prirent une tournure assez sale. La bête sembla relâcher sa pression sur son autre épaule, mais en échange elle cracha une gerbe de feu sur son bras gauche qui le raidit de douleur et lui fit lâcher un simple juron en fermant les yeux : « Putain vérolée ! »

Lorsque la monstruosité regagna sa place près de sa maitresse, Aby roula sur lui-même en se tenant l’épaule. Sa fureur était intense, il était prêt à la tuer. Lui qui, quelques instants plus tôt acceptait presque son aspiranat, il était prêt à la tuer sans remords ni regrets. Même s’il savait qu’en dehors de la fosse, tout meurtre était passible de la peine de mort, il avait vraiment envie d’écraser cette jolie petite boite crânienne pour en faire un vase. Sa mâchoire ne cessant ses convulsions, il vit Sayuri le rejoindre d’un pas calme et décidée. Cette petite poupée maquillée comme une scène de crime le lui paierait un jour, à n’en point douter.

« Ne t’avise plus JAMAIS de manquer de respect à ton Maître, l’aspirant. » Lui dit-elle en serrant, elle aussi, la mâchoire. « Ou tu auras de quoi t’en souvenir, la prochaine fois, je t’en fais la promesse. » Et Aby de rétorquer d’une voix légèrement éprouvée par la douleur : « Vous m’avez provoqué en combat, vous m’avez demandé de vous toucher. Je n’ai fait qu’obéir, maitresse . » Et sur ces mots, il se redressa sans prendre la main de celle qui serait son nouveau précepteur. Avec amertume, il passa une main dans sa barbe avant de la reposer sur son épaule et de tirer un grand coup dessus. Le claquement singulier de ses os fut surprenant, tout autant que son mutisme et l’absence de grimace de son visage. Il venait de remettre son épaule en place.

« Bien. Je te propose notre partenariat comme un contrat. Ton paiement – ou ta récompense, vois-le comme tu l’entends – sera ton Empreinte. Le jour où ton âme se liera avec celle d’un dragon, tu verras que le jeu en valait la chandelle. En attendant, je ne peux rien te dire de plus. Aucun mot ne peut décrire ce que l’on vit avec un dragon. En revanche, te montrer, cela est plus dans mes cordes. Que dirais-tu d’un peu de pratique ? » Aby se mit alors à pâlir. Non seulement il devrait monter un dragon en plein vol, mais en prime ce serait celui qui venait de lui perforer le bras de ses longs crocs !? Quelqu’un lui en voulait assurément. Et ce quelqu’un avait beaucoup de pouvoir. Mais les gens étaient encore présents et Aby devait récupérer son honneur bafoué par son enlèvement. Ainsi donc il offrit sa main à la jeune femme, serrant avec précaution pour ne pas la briser. Le dos droit, la posture princière, il avança vers le dragon alors que sa maitresse était déjà dessus. Il fut obligé d’user de quelques connaissances d’escalade afin de grimper à son tour, devant l’absence de bonne volonté de la dragonne.

Lorsqu’il fut assis derrière la petite femme, celle-ci se mit à débiter quelques conseils que le Torgan n’écoutait que d’une oreille. Il était tétanisé à l’idée de prendre son envol sur pareil furie, et blessé de surcroit. Mais il était certain que sa blessure ne ferait pas de différence aux yeux de ses professeurs. Ainsi, ne disant rien, il obéit avec attention aux conseils donnés. Mais lorsque le vide s’approcha des pattes de la saurienne, la peur commença à nouveau à s’emparer du colosse. Ses bras se resserrèrent, ses jambes également, jusqu’à sentir les côtes de la petite femme ainsi que ses hanches. Sa mâchoire se figea dans une énième crispation alors que le dragon s’élançait dans le vide sans battre des ailes. Pas de hurlement, pas de cris, simplement le mutisme et le souffle coupé du Torhil.

La dragonne consentit enfin à battre des ailes afin de reprendre de l’altitude. Aby n’avait pas peur du vide. Il s’était déjà battu au bord d’une falaise sans que cela ne le tétanise plus que ça. En revanche, un dragon… Son souffle était revenu, mais il restait court et bien souvent coincé dans sa gorge. La dragonne semblait épouser un plan de vol plein de risque dans le seul but de terroriser d’avantage le barbu qui ne cessait de raffermir sa poigne sur l’épine dorsale, jusqu’à ce que ses phalanges soient plus blanches encore que la peau de sa maitresse. A nombre de reprises, Aby ferma les yeux afin de recouvrer son calme et de se positionner correctement sur le dos de la reine.

Etonnamment, jamais il ne tomba, malgré les flagrants essais de la dragonne qui ne s’épargnait pas quelques fantaisies de vol, allant parfois jusqu’au rouler-bouler. Mais en dehors de la nausée que provoquait la peur dans l’estomac du Trohil, il ne montra aucun signe de faiblesse malgré sa blessure. Collé à la petite femme, dont la tête reposait contre son torse, sa mâchoire était restée coincée dans une grimace de crainte qu’il n’arrivait pas à contrôler. A plusieurs moments, Aby se demanda même s’il n’allait pas tomber inconscient dans le vide. Mais soudain, il ouvrit les yeux et regarda bien au-delà du dragon.

Malgré le chaos de l’envol de celle-ci, Aby fut soufflé de voir à nouveau le Mar Taralom de cette manière. Il n’avait pas fait attention à quel point l’architecture en était éléphantesque et grandiloquente. Tout semblait être fait à la mesure des dragons. Tout avait une ampleur incroyable. Et c’est alors qu’il s’adressa pour la première fois à la dragonne. « C’est donc ça de voler. Comme tu es chanceuse ! »
Sayuri Yaru-Nosta
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MessagePosté le: Sam 8 Nov 2014 - 21:00 Répondre en citantRevenir en haut

Après un piquet plus long que nécessaire, Akemiko redressa et battit frénétiquement des ailes pour reprendre de l’altitude. L’air s’engouffrait dans ses membranes en un claquement grave pendant que les muscles à l’effort faisaient basculer les bassins des passagers, obligés de s’accoutumer à ces balancements. S’en suivit alors une série de torpilles, de chutes libres et autres loopings. Sayuri s’amusait beaucoup, devenue particulièrement friande de sensations fortes à dos de dragon, avec le temps. Mais à la crispation du torhil, il n’en allait visiblement pas de même pour lui… Ce qui rendait l’exercice d’autant plus plaisant ! Finalement, après moult cabrioles et après avoir manqué de faire régurgiter leur petit aspirant, la saurienne commença à se calmer, rassasiée. Aby grimpait doucement dans l’estime de la maîtresse incarnate.


*Alors, ma douce ? Incapable de le faire choir ? Pas même un petit peu ?*
*Il semblerait que tu sois forcée d’admettre qu’il s’en sort bien.*
lui renvoya la saurienne, quelque peu essoufflée.

Sayuri sourit à son tour.

« Eh bien Aby, il semblerait que tu sois vraiment fait pour ça, finalement. »


Alors que la petite reine planait doucement en se laissant dévier par les courants, la kunoichi put souffler un peu. Ce vol n’avait pas été de tout repos pour elle non-plus. Aby desserra quelque peu son emprise sur l’épine dorsale du dragon et réajusta sa position. Ce bref mouvement attira le regard de Sayuri qui parcourut les larges mains et les bras musculeux du colosse. Elle sentait son torse contre son dos, sa tête reposant contre lui, et la force tranquille qui en émanait. Un instant, elle se serait crue dans les bras d’Orathor et aurait éprouvé une envie irrésistible de s’y lover. Mais elle effaça l’image du disparu dans un soupir nostalgique. Jamais plus on ne la reprendrait à telle faiblesse. Jamais.
Aby embrassait du regard l’horizon et tout ce qui défilait sous leurs pieds. Il se détendait et prenait inconsciemment confiance, petit à petit.


« C’est donc ça de voler. Comme tu es chanceuse ! »

La saurienne tourna légèrement la tête et lui jeta un regard qui commençait à changer de couleur, quittant l’orange flamboyant pour tirer vers un bleu plus serein.

« Et encore, cela n’a rien à voir avec ce que tu éprouveras lorsque tu seras lié à ton âme sœur, jeune torhil. Tu seras à même de ressentir toutes les sensations physique qu’il ressent. L’ampleur du vent qui s’engouffre sous ses ailes, la résistance de l’air sur ses membranes, la puissance de ses membres, l’appel du vide,… Tu apprendras à voir le monde à travers ses yeux, tu auras une idée de l’univers en trois dimensions, tu pourras évoluer entre tous les niveaux. C’est une réelle liberté que d’être lié à l’un des nôtres. Mais cela, tu le comprendras et en percevra toute l’ampleur une fois que la coquille qui vous aura séparés se brisera pour toujours. »
« Tout cela sans compter l’éventail d’émotions et de sensations physiques que peut éprouver ton dragon en dehors du vol. Tu ressentiras le feu couver dans sa poitrine, la brûlante chaleur se déverser de sa gueule, l’excitation de la chasse, la vie gorgée de sang se répandre dans son gosier, le repas chaud se mouvant encore quelques instants avant qu’il ne trépasse pour de bon. C’est une sensation très étrange. »



Akemiko se perdit encore quelques temps entre les courants, laissant leur aspirant savourer ces instants de calme qui ne se feraient que trop rares durant le reste de son apprentissage. Elle évoluait lentement, laissant au torhil le soin de s’adapter, se repositionner, s’habituer à la danse lente et irrégulière des battements de ses larges ailes. Elle virait de bord de ci de là, sans chercher à le surprendre. Une fois satisfaite de l’assiette du jeune homme, elle mit fin à cette petite initiation.


« Bien. Il est temps de rentrer, à présent. Tes vraies leçons de vol débuteront la prochaine fois. Pour l’heure, il est temps de soigner ton épaule… qui, je dois l’avouer, a plutôt bon goût. »


Un étrange son s’échappa de la gueule du prédateur, mi-grondement mi-ricannement, qui s’accentua lorsqu’elle vit la tête que faisait le torhil. Etait-ce ainsi que les dragons gloussaient ?
Ils atteignirent finalement le Weyr et se posèrent lourdement sur la large terrasse. La reine ne le montrait pas, mais elle était peu habituée à transporter un tel poids, et fut soulagée de le sentir lui échapper. Elle s’ébroua de légèreté pendant que Sayuri faisait entrer son aspirant dans ses appartements.

Ils pénétrèrent dans une large pièce au sol recouvert de quelques tapis rougeoyants, dont un aux couleurs moins ternes que les autres. En son centre se trouvait une table autour de laquelle se côtoyaient quatre chaises confortables et moelleuses. Tout de suite à droite, une porte menait à la chambre de Sayuri. Puis, sur le même mur, une cheminée faisait face à des canapés qui auraient donné envie de s’y perdre au gobelin le plus sauvage. En face d’eux, une seconde porte menait aux couloirs des Weyrs. Sayuri se dirigea vers le mur de gauche pour atteindre, bordant une lourde armoire, la dernière porte qui menait à une autre chambre.


« Voici l’endroit où tu dormiras durant ton aspiranat. Puisqu’il te faut apprendre à vivre avec un dragon, tu vivras quotidiennement avec un dragon. Tu apprendras à subir ses humeurs également, cela ne te fera pas de mal. »


Puis, elle regagna le salon, pointant sa main ouverte vers un des canapés.


« Allonge-toi là, et retire cette armure, je vais vérifier si j’ai bien en ma possession quelques herbes pour panser ta blessure. C’est assez profond et la salive de dragon a suffisamment de bactéries pour tuer un bœuf qui fait deux fois ta taille. Sinon, j’irai quérir Esthen Frâlan, notre Maître Guérisseur. »

La saurienne étala son corps au pied la baie vitrée qui donnait sur la terrasse en soupirant, tandis que la petite Haute Prêtresse disparaissait dans sa chambre, à la recherche du bon flacon.
Sayuri Yaru-Nosta
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MessagePosté le: Mar 31 Mar 2015 - 11:15 Répondre en citantRevenir en haut

En ce dernier jour de Flarmyaku 918


Ce jour-là, Aby apprit que son maître était un Demi-sang. Ce jour-là, Aby entra dans une colère noire. Pourtant, le trio formé semblait en bonne voie pour plus de respect, à défaut de réels sentiments agréables.



La porte du Weyr s’ouvrit à la volée, découvrant un Aby fou de rage, l’arme à la main, et surprenant Sayuri dans la préparation d’une décoction aux douces senteurs voluptueusement traitresses. Dans un sursaut, la maîtresse incarnate se tourna vers le colosse, captant tout de suite l’aura de haine que propulsait l’aspirant. Jouant la prudence, Sayuri ne l’appela par aucun acronyme réducteur, pour une fois.


« Eh bien Aby, que t’arrive-t-il ? »
« Une demi-sang. Une demi-sang ! »
se contenta-t-il de répondre.
« Oui, eh bien ? » s’irrita-t-elle, comprenant à qui il faisait allusion.


Le Torgan supportait déjà mal d’être formé par plus petit et physiquement plus faible que lui, mais il était visiblement très attaché à la notion de pureté du sang… Le torhil, qui venait d’apprendre les méfaits, n’argumenta que très peu. Tout ce que Sayuri comprit, c’était qu’il refusait d’être plus longtemps formé par un « reliquat de sang souillé », selon ses mots. Après avoir longtemps tenté de le calmer en vain, après avoir senti monter en elle les prémices de la colère, Naethrandir finit par sortir de ses gonds.


« Qui te permet de m’insulter, misérable chien ! Tu n’es qu’un vulgaire aspirant, je suis maîtresse incarnate ! Tu n’es rien ici jusqu’à ton Empreinte ! Et mon sang souillé comme tu dis me permet d’éviter la consanguinité dont toi et tes semblables êtes victimes ! Regarde-toi ! Tu me dois respect et obéissance jusqu’à ce que tu sois assez grand pour devenir chevalier ! Mais à en juger par ton attitude ridicule, cela n’est pas près de t’arriver ! »


Il n’en fallut pas plus au colosse. Peut-être était-ce ce qu’il cherchait depuis le début. Peut-être le déshonneur de son enlèvement ne pouvait-il que se terminer ainsi. Quoi qu’il en fut, il se rua sur la frêle geisha, brandissant sa lourde épée de toute sa colère et de toute sa force. La kunoichi, bien que sentant poindre la peur quant à l’issue d’un tel combat, se résigna à engager une nouvelle danse. Avec la différence de gabarit, la jeune femme était réduite à esquiver les coups jusqu’à ce que fatigue s’en suive.

Ayant senti la détresse de sa liée, Akemiko quitta les Dôl Nàrë pour accourir auprès d’elle. A force de reculer, Sayuri s’était retrouvée sur sa large terrasse lorsque sa liée arriva, glissant entre les jambes du torhil, esquivant une taille, sautant de côté devant un coup d’estoc. La saurienne ne sut que faire devant ce combat. Elle voulait les stopper mais craignait de tuer l’énergumène… Mais elle ne pouvait pas non plus laisser faire au risque de voir son âme sœur périr. La décision qu’elle répugnait à prendre s’imposa d’elle-même. Un coup finit par atteindre la demi-sang. Elle valsa à plusieurs mètres contre le mur – son crâne cognant violemment contre le marbre – et perdit connaissance. Aby tourna le dos à la saurienne (peut-être ne l’avait-il pas aperçue dans sa folie ?) et brandit avec conviction sa lame au-dessus du corps inanimé. C’en était fini, il ne reviendrait pas en arrière. Il irait jusqu’au bout. Sans même se rendre compte de ses gestes guidés par ses instincts, la reine se rua sur l’homme, la gueule grande ouverte, et referma ses crocs sur la nuque découverte. Elle sentit les cervicales craquer avant que le flot régulier de la veine jugulaire ne fasse pulser le sang dans sa gorge. La dragonne ne put voir la peur, la panique, puis le voile laiteux de la mort dans les yeux de son aspirant. Jusqu’à ce qu’il ait touché le sol et que son arme ne se soit lourdement écrasée avec lui, elle ne desserra pas sa prise. Dans un geste machinal, elle secoua le cou du guerrier comme un chien secoue un vulgaire jouet. Les cervicales cédèrent pour de bon et les muscles de l’agresseur se relâchèrent définitivement dans un râle signifiant à tous que le combat était terminé. Ses instincts de prédateur avaient pris le dessus pour ce petit bout de femme. La saurienne, bien consciente que l’esprit de sa liée ne s’en était pas encore allé, s’approcha du petit corps sans le toucher, puis appela mentalement le maître guérisseur du Màr, sans tenter de dissimuler la panique dans sa voix. Il leur faudrait se débarrasser de ce lourd corps encombrant et nettoyer la mare de sang qui continuait de se répandre sur la terrasse.


*Ma douce…* appela-t-elle doucement. *Ma douce… ? Tu avais raison, finalement. Il était peut-être un peu trop têtu pour être dompté…*


Une larme glissa sur la joue de la future reine. Une larme de peur pour la vie de sa liée, une larme de tristesse pour leur échec avec leur premier aspirant, une larme de profonde douleur pour la vie d’un futur dragon qui ne trouverait pas d’âme à laquelle se lier…

Désolée que tu quittes le navire, Aby. Je te souhaite bon vent. Ciao
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