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 [RP] Un rêve un peu étrange Sujet suivant
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Ruri Ravin
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MessagePosté le: Jeu 7 Aoû 2014 - 15:27 Répondre en citantRevenir en haut

Ruri déambulait sur une route pavé. Pourquoi ? Elle n’en savait rien. C’était bien le but des rêves d’ailleurs : ne rien y comprendre et se lever le matin sans même sans souvenir. Le temps était frais. Elle empruntait un chemin en partie enneigé. Elle sentait en elle l’irrésistible envie de continuer, comme si quelqu’un ou quelque chose la motivait, sans pour autant parvenir à mettre le doigt dessus. La neishaane était vêtue d’une écharpe qui lui couvrait la bouche, d’un pantalon et d’un bustier noir ainsi que de bottes de cuir. La neige tombait mais lorsqu’elle touchait le corps de la fille aux cheveux d’albâtres, ils fondaient sans procurer de sensation de froid. D’ailleurs, elle n’avait pas froid. Ses pas s’enfonçaient dans la neige comme s’il s’agissait d’une mousse onctueuse. Il devait s’agir d’une montagne mais pourtant, elle ne voyait pas ce qu’il y avait aux alentours. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle grimpait avec une vision à cinq mètre devant elle.

Après ce qui sembla être une marche infiniment longue, elle arriva à un croisement. Quatre chemins : revenir en arrière, tout droit, à droite ou à gauche. Un panneau enneigé indiquait les directions. Ruri entreprit d’enlever la neige, mais rien à y faire. Sa main s’enfonçait dans le panneau et la neige lui enveloppait la main. Le panneau n’était pas palpable. Mais alors, comment connaître son chemin ? C’était un lieu familier, étrangement familier. Un carrefour où il n’y avait que de la neige, pas d’arbre, pas de vision à plus de cinq mètres et quatre panneaux impossibles à lire et à toucher. Elle s’assit, comme si le temps allait déneiger les panneaux et révéler les directions.

° C’est tout droit ° lui souffla une voix rauque à l’intérieur d’elle-même.

- Oui, je sais, je soufflais, c’est tout, répondit Ruri en maugréant.

Elle savait pourtant bien que la voix n’était que son imagination. L’avait-elle d’ailleurs vraiment inventée ? Ce n’était pas sûr. Toujours est-il que la neishaane se leva et prit la direction de gauche. De gauche ? Elle fit demi-tour et retourna au carrefour qui avait disparu. Comment était-ce possible ? Cela ne sembla pas la dérange outre mesure car elle reprit son chemin. Le chemin montait en pente douce, de manière continue. Elle savait où elle allait sans connaître la destination. Elle avançait toujours et encore. Elle s’arrêta une nouvelle fois. Le chemin avait disparu ! Elle regardait tout autour d’elle mais il n’y avait plus rien. Seule la neige sur laquelle elle marchait depuis tout ce temps s’étalait en une couche d’argent étincelante. Elle haussait les épaules et poursuivait son chemin.

Elle arrivait enfin à destination. Une grotte de glace. Devant elle, une paroi était apparue. Sa hauteur était telle qu’elle se perdait dans les nuages. Elle pénétrait dans l’édifice d’un bleu éclatant. Les murs étaient veinés d’une sorte de liquide argenté qui diffusait une douce lueur. Le tunnel serpentait de manière totalement aléatoire. Quand elle se retournait, elle ne reconnaissait pas d’où elle était venue. A plusieurs reprises, le chemin avait changé de sens brusquement. Elle avait l’impression de monter et de descendre, parfois la tête en bas. Et puis, comme par miracle, elle poussa un mur et la grotte disparue. Elle était sur une plaine enneigée, une nouvelle fois, et observait de grands blocs de glace.

° Je sais. Si je sculpte des dragons, ils prendront vie et ce seront mes liés à jamais ° pensait Ruri.

Elle se mit donc à l’ouvrage en frottant les blocs avec ses mains. Par Flarmya, qu’ils étaient froids ! Un coutelas tomba à ses pieds. Depuis quand était-il là ? Sans chercher de réponse, la neishaane se mit à l’ouvrage une nouvelle fois, en commençant par dessiner les pattes, les griffes, les ailes, la gueule. Bien que joli, son œuvre était trop fade. Elle se mit alors à sculpter les écailles, les yeux, les membranes des ailes, les dents. Lorsqu’elle eut finit, elle souffla et jeta le coutelas au loin. Pourquoi le jeter si elle voulait continuer ? Et, par un heureux hasard, la lumière s’installa dans les yeux du dragon de givre. Etait-il devenu vivant ?

Comme si tout était normal, Ruri s’adressait à lui.

° Bonjour, Dragon de glace. Je t’ai mise au monde. Veux-tu te lier avec moi ? °

Pas de réponse.

° Bonjour, Dragon de Glace. Je suis Ruri et je t’ai mise au monde. Veux-tu te lier avec moi ?°

Toujours rien.

- Je vois que tu es difficile. Dragon de glace, réponds moi !

Une voix surgit alors, sans prévenir. Ce n’était pas le dragon de glace, mais certainement une personne étonnée de voir quelqu’un parler à une statue … qui avait fondu alors que Ruri posait sa main dessus.

- Bonjour Madame. J’ai fabriqué un dragon, mais il ne veut pas se lier avec moi. Voyez comme il a fondu alors que je l’ai a peine touché. C’est pénible, il va falloir que je souffle dessus pour qu’il revienne à la normal !

De manière naturelle, Ruri se mit à quatre pattes devant la flaque d’eau et se mit à souffler dessus. Rien ne se passait, bien évidemment. Son souffle ne pourrait même pas raviver une flamme. La neishaane désespérait, tentant de souffler de plus en plus fort. Et puis, comme par magie, l’eau redevint un bloc de glace.

- Oh non, j’ai soufflé trop fort. Je vais devoir tout recommencer ! gémit la neishaane.

Ruri reprit le coutelas et se remit à l’ouvrage, sculptant à nouveau le dragon, à l’identique de la première version. Cette fois, elle ne souffla pas et aucune lumière ne vint allumer le dragon. Ce n’était qu’une statue de givre.

- Vous voulez essayer vous aussi ? demanda-t-elle à l’inconnue.
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MessagePosté le: Jeu 7 Aoû 2014 - 15:27 Revenir en haut

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Alyin
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MessagePosté le: Ven 8 Aoû 2014 - 15:11 Répondre en citantRevenir en haut

Parmi les anciens de Vaendark, il s'en trouvait pour dire que les rêves vous donnaient des leçons de vie, transcrivaient les dilemmes du monde réel. A les en croire, celui qui obtenait satisfaction dans les dédales oniriques se verraient indéniablement récompensé dans le vrai monde.

Alyin ne pouvait que s'étonner de découvrir une Neishaane sculptant un dragon de glace, lequel n'était pas sans lui rappeler le dragon de nacre de ses rêves d'antan. Elle frémit néanmoins en découvrant la silhouette à la chevelure neigeuse de la Neishaane qui lui tournait le dos. Celle-ci se tourna accaparée par son ouvrage et anéantie par la destruction de celui-ci. Alyin fut soulagée de ne point la reconnaître. Elle avait connu peu de ses pairs depuis son arrivée à Tol Orëa, et ceux qu'elle avait connu en Vaendark arboraient dans ses souvenirs des mines moqueuses, la singeaient dans son dos, et n'éprouvaient qu'une jalousie avide à l'égard de ses talents. Sur le continent des dragons, elle avait bien rencontré une Neishaane arrogante, n'étant que son reflet déformé par un miroir fallacieux. L'intéressée ne lui ressemblait en rien, sinon physiquement, elle prônait la violence, évoquait la mort avec légèreté, n'appréciait nul autre chant que celui des lames tirées au clair.

La Neishaane sculptant ses dragons de glace suscitait en elle moins de répulsion. D'une part, elle avais à cœur de créer et ne tolérait pas que ses œuvres pussent être en deçà de ses espérances. D'autre part, elle sculptait la neige, ce qui montrait qu'elle n'avait pas reniée sa nature profonde et le calme de l'hiver. Alyin n'avait que peu de patience pour d'autres chimères que les siennes, mais c'était un songe, et dans celui-ci, elle semblait avoir à cœur que l'autre Neishaane acheva sa quête insensée.

« Les dragons, pas plus que les bipèdes ne choisissent de se lier. Sinon qui renoncerait à sa liberté ? Qui aliénerait son existence de la sorte ? »


Dans le rêve, Alyin portait les habits solennels des aspirants du Màr Luimë, blancheur immaculée rehaussée de rares broderies. L'unique fois où elle les avait porté, Dealra avait bondi de l'Interstice pour l'enlever à sa suite, et Dragon s'était cramponnée à elle... La Neishaane repoussa sans peine le souvenir, c'était un rêve, et celui-ci avait d'autres desseins que de ressasser le passé.

Pendant ce temps, un nouveau bloc de classe avait jalli des fragments du précédents, et l'autre Neishaane avait repris son inlassable ouvrage. La créature était semblable en tout point à la précédente, sauf que celle-ci n'avait pas d'âme, privée qu'elle avait été d'un souffle de vie.

Alyin n'avait jamais rien créé sinon par les illusions de son chant, mais par la logique des rêves, elle acquiesça sans broncher à la requête de l'inconnue. Un autre bloc de glace l'attendait. Elle emprunta le coutelas de l'inconnue avant de le reposer aussitôt. Cela ressemblait bien trop à une arme entre ses doigts tremblants. Au lieu de quoi elle posa un doigt hésitant sur le bloc de glace, lequel se fissura pour s'effondrer en morceaux, pour révéler la silhouette recroqueviller d'un dragonneau taillé dans la glace, lequel tendait le cou, avide et plein d'espoir, vers Alyin, en une réplique fidèle de la supplique de Dealra, jadis, sur d'autres sables.

Si elle réveillait la créature assoupie, ses yeux se teinterait de sang, et ses pensées de reproches, Alyin en avait la certitude absconse que seuls offrent les rêves. Elle ne la réveilla pas. Elle préféra se tourner vers la Neishaane.

« Vous ne devriez pas sculpter un dragon adulte. Si votre lié était adulte sans que vous l'ayez jamais croisé, il serait probablement déjà mort. » l'avisa Alyin.

Elle se détourna de son dragon de glace, et ainsi qu'elle l'avait pressenti, la jeune Dealra prit vie, son corps de glace se teintant d'un éclat doré tel un reflet de miel. Ses yeux n'arboraient rien de plus que la même teinte ambrée, reflétant sa triste incompréhension. Elle se traîna tant bien que mal jusqu'à choir sur les pieds d'Alyin, qui l'ignora.

« Ne créez pas un dragon. Pas même votre dragon. Créez le dragon qui vous correspond. » précisa Alyin.



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Ruri Ravin
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MessagePosté le: Lun 11 Aoû 2014 - 09:28 Répondre en citantRevenir en haut

Il est des rêves étranges où ceux qui les font n’en comprennent ni la signification, les tenants et aboutissants. C’était le cas de Ruri qui dormait actuellement dans une roulotte à poings fermés. Le voyage et la rencontre onirique qu’elle faisait actuellement ne serait plus qu’un souvenir lointain presque oublié à son réveil. La neishaane était persuadée du bien-fondé de son action. Après tout, quoi de plus normal que de sculpter des dragons dans la glace et de leur donner vie en leur soufflant dessus ? A croire que son souffle était magique. Pour autant, la neishaane faisait preuve d’un étrange acharnement, elle qui se sentait souvent si lasse et doutait d’elle-même. La voix d’Alyin la fit sursauter. Elle ne s’attendait pas vraiment à avoir de la compagnie dans cette plaine enneigée. Toutefois, sa présence semblait normale. Elle était là, point. C’était également une neishaane. Quel plaisir de faire une rencontre en cet instant précis mais il lui fallait terminer son dragon. Elle prit le temps de répondre à la question que lui posait la jeune femme, caressant son œuvre achevée.

- On ne choisit jamais de renoncer à sa liberté, mais d’autres ne se privent pas de nous l’ôter.

A quoi pensait-elle à ce moment ? A son passé d’esclave ? Au moment où elle avait été vendue pour une poignée de pièces sonnantes et trébuchantes ? Elle-même n’aurait su répondre à cette question car elle avait prononcé ses mots sans arrières pensées. Ruri s’était déjà attablé à sculpter un deuxième dragon quand celui d’Alyin prit forme. Un magnifique dragonneau dans une posture qui l’attristait légèrement. Elle était douée, une véritable artiste ! Ruri n’arrivait qu’à sculpter des dragons adultes, parfois de grande taille quand les blocs de glace le permettaient. La phrase que prononça Alyin ne trouva pas d’écho chez la neishaane qui haussa un sourcil. Visiblement, elle ne comprenait pas la relation entre la création d’un dragon adulte et sa mort. Le dragonneau prit vie. Ah, c’était donc ça, il fallait faire des bébés dragons pour être liée ? Quelle idiote.

- Si celui-ci est votre lié, pourquoi l’ignorez-vous ?

La question serait peut-être brutale mais elle paraissait logique aux yeux de Ruri. Elle qui rêvait tant d’être liée mais qui était trop loin pour ce faire. La remarque n’était point teinté de reproche, mais c’était naturelle pour Ruri de poser la question. Etait-ce là un dragon qui lui correspondait ? Un dragon qui la suppliait de l’entendre mais qu’elle refusait d’elle-même ? Soudainement, un bruit de craquement se faisait entendre. Tous les blocs de glaces avaient été sculptés en dragons adultes. Tous luisaient d’une étrange lumière après que Ruri ait tout de même décidé de braver l’interdit et leur ait soufflé dessus. Leurs ailes s’étendirent brusquement et ils prirent leur envol.

- ATTENDEZ ! cria Ruri, désespérée tandis que le dragonneau restait au pied d’Alyin.

° TU NE NOUS MERITES PAS, ÔRACLE DECHUE ° lancèrent à l’unisson les dragons qui faisaient demi-tour dans le ciel pour se diriger vers le couple de neishaanes.

Sans hésiter une seule seconde, Ruri saisit le poignet d’Alyin et se mit à courir. C’était trop dangereux, les dragons allaient les attaquer. D’étranges stalagmites poussaient par endroit, comme pour les empaler. Le couple les évitait naturellement, comme si leurs positions étaient déterminées à l’avance. Elles bifurquaient tantôt à droite, tantôt à gauche. Le dragonneau peinait à les suivre, évitant de justesse les pics de glace. D’un coup d’un seul, Ruri lâcha le poignet d’Alyin, se retourna pour prendre maladroitement le dragonneau dans ses bras et le fourra sans ménagement dans ceux de la neishaane.

- Si c’est ton lié, ne veux-tu pas le sauver ?

Et la course folle reprit. Les dragons crachaient des lances de glace qui se fichaient profondément dans la neige Ruri aperçut une caverne dans un mur de glace et indiqua le lieu à sa comparse. En traversant la muraille de glace, le dragonneau avait fondu. Pour Ruri, c’est comme s’il n’avait jamais existé, comme si cette course folle était normale. Mais quelque chose la gênait.

- Tu es mouillée … dit Ruri à Alyin. Tu vas t’enrhumer.

Et sans plus de fioriture, elle se mit en marche pour chercher la sortie. L’endroit était comme un labyrinthe de glace, veinée d’une étrange lumière bleutée. Tout en marchant, Ruri se mit à poser des questions sur sa nouvelle amie – qui n’était pas à en douter une amie de longue date dont elle ne savait rien dans son esprit – pour en savoir un peu plus.

- Comment tu t’appelles ? Moi c’est Ruri ! Je suis l’Oracle de glace. Enfin plutôt j’étais jusqu’à ce que les dragons me rejettent. Je ne comprends pas pourquoi. Etait-ce des erreurs de la nature ? Pourtant, les dragons ont bien vécus sans nous. Ah, que dit l’Histoire déjà ? Que pour préserver cette race, Flarmya les a obligés à se lier aux valherus ? Enfin, on s’en fiche. Sortons d’ici.

Si tu veux, tu peux nous trouver un autre lieu bizarre à la sortie du labyrinthe (selon ton inspiration Clin d'Oeil)
Alyin
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MessagePosté le: Mar 12 Aoû 2014 - 16:40 Répondre en citantRevenir en haut

Alyin n'aimait ni ne haïssait les rêves. Elle les traitait ainsi que toute chose négligeable à ses yeux, par le mépris, avec un soupçon d'insolence. Les songes n'étaient que l'improbable repaire de chimères inconcevables dans des dédales erratiques, lesquelles faisait bien pâles figures comparées aux spectres que la Neishaane concevait par le chant dans ses rêves éveillés.

« Mon lié ne saurait être un dragon de glace. »

Le lien... A en croire les maîtres dragons, le lien ne se choisissait pas. Il s'imposait comme une évidence, comme le premier contact de deux âmes de tout temps tendues l'une vers l'autre. Ce que l'autre Neishaane devait comprendre, c'était qu'il n'était donné à d'aucuns de créer son lié. Aussi, Alyin fut-elle enfant des neiges, des glaces et des blizzards, son lié ne pouvait être forgé des griefs de l'hiver, car c'était là l'apanage de ses propres créations.

Alyin n'eut pas le temps d'expliciter ce point, si tant est qu'elle n'en eut jamais le dessein, car, dès lors, les grands dragons de glace s'agitèrent, étendant sur ce monde figé des ailes translucides, rugissant le vindicte des cristaux contrariés crissant en cadence et bien vite, s'envolant pour hanter le sol neigeux de leurs ombres moirées. Effrayé, le petit dragonneau s'était rapproché d'Alyin, sans qu'aucune des deux Neishaanes ne remarque que celui-ci troquait peu à peu sa transparence glaciaire pour une curieuse lactescence.

L'autre Neishaane happa Alyin, et celle-ci ne la suivit que par la force des songes, laquelle pousse les protagonistes à se suivre ou à disparaître dans les limbes. Alyin n'avait pas peur des dragons. La glace était son élément, et d'autre part, les rêves étaient moins forts que son chant, même si l'autre Neishaane y croyait, même si l'un des dragons pouvait fendre l'air et et la broyer de ses griffes effilées, elle n'en ressortirait nullement blessé. Ce n'était qu'un rêve après tout, songeait Alyin, avec la mélancolie des enfants nés dans un monde trop adulte.

Les deux Neishaans fuyaient l'ire des dragons. Des pics de glace percèrent le sol. Il semblait que l'autre Neishaane savait les éviter d'instinct, aussi Alyin la suivait. Si elle avait été ce qu'elle était, la fragile femme-enfant qui blâmait sa destinée, elle aurait sans doute été essoufflée par leur course. Au lieu de quoi, elle était plus hébétée que fatiguée lorsque sa compagne d'infortune lui fourra le petit dragon dans les bras. Celui-ci avait pris davantage de consistance. Il n'avait pas l'âpreté de la glace au contact, bien que ses écailles fussent aussi froides que l'eau d'un torrent de montagne. L'or discret qui scintillait sur les écailles de Dealra au jour de l'Empreinte avait déserté les siennes, tout comme il l'avait fait des écailles de sa liée, suite au rituel.

Le petit dragon n'avait en vérité plus la moindre ressemblance avec la liée d'Alyin, sinon la taille et la couleur, pour peu qu'on accepta les mille différences pouvant séparer deux dragons d'une même teinte fussent-ils frères d'Empreinte. Il bougeait et tremblait, mais dans ses yeux jadis saisissant d'émotion ne subsistait que la désolation qui suit la tempête.

Alyin n'eut pas le temps de s'interroger plus avant. Déjà les dragons se rapprochaient, crachant à leur suite des tirs glacés qui hérissait le sol d'autant de dards étincelants. Les deux fuyardes se réfugièrent dans une caverne, la seule issue imaginable à leur périple, et les dragons de glace s'évaporèrent du rêve.

Alyin haussa les épaules à la remarque de l'autre Neishaane. Vaendark avait plus que son lot de froids hivers, de pluies furieuses et de bourrasques et elle n'avait pas été plus malade qu'une autre. Elle ne sentait pas le froid, non qu'elle y fut insensible par son ascendance, mais parce que le rêve n'en faisait qu'un détail sans substance, dont elle n'avait pris conscience qu'au moment où l'autre l'avait mentionné.

Celle-ci se mit alors à parler comme si elle avait avant cela fait voeu de silence, en un flot de paroles intarissables. Plus surprenant encore fut pour Alyin d'entendre le son de sa propre voix lui répondre comme si la chose eut été normale et naturelle.

« Alyin. Je m'appelle Alyin. »

Elle n'étouffa pas un soupir, comme elle l'eut fait d'ordinaire.

« Si les dragons étaient de glace, ils n'auraient pas besoin de nous. Ils seraient les liés des tempêtes et comprendraient le langage du vent. »

La caverne rappelait à Alyin le marbre riche aux veines bleutées des corridors du Màr Luimë. Sauf que la caverne n'avait été ni taillée, ni polie sinon par le temps et des éléments facétieux. De par son expérience dans le labyrinthe céleste, Alyin aurait du être prompte à s'en extraire, suivant pour ce faire toujours la même direction. Le rêve avait sa propre logique et Alyin n'en fit rien sans même s'en étonner.

« Que vois-tu de l'avenir ? » s'enquit Alyin.

Si Ruri avait un quelconque don de voyance, peut-être celui-ci pouvait-il les aiguiller dans la bonne direction. Les deux Neishaanes bifurquèrent à plusieurs reprises dans des directions contraires, avant de déboucher dans une vaste salle circulaire. Au centre de celle-ci trônait une statue – de glace elle aussi – représentant Flarmya telle qu'Alyin se l'imaginait, et telle qu'une de ses illusions en avait, un jour, pris l'apparence. Cette mère des dragons était aussi fausse que ses enfants bien-aimés et, placée dans un puits de lumière comme elle l'était, il était vain d'imaginer la faire passer pour pierre.

Autour de la statue, il y avait des œufs de dragons, de toutes tailles et de toute teinte, bien que tous enduits d'une fine couche de givre. Alyin s'approcha d'un pas précautionneux du plus gros des œufs, et tendis la main vers celui-ci, attirée par un curieux motif à sa surface. L'oeuf se brisa avant même que la Neishaane n'en eut touchée la surface. Un fragment de coquilles tomba, puis un autre, mais ce n'était pas une naissance. Un dragon-mort né dégoulina sur le sol, dans un mélange de liquide visqueux, de sang et de chair. Par endroit, il avait des plaques de peau rosâtres et translucides, et là où ses écailles s'étaient formées, elles brillaient d'un or singulier, envoûtant et précieux.

« Nous ferions mieux de partir » suggéra Alyin et dès qu'elle eut prononcé ces mots, une porte qui n'existait pas jusqu'alors tomba comme un couperet pour fermer dans leur dos la seule issue de la salle.



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Ruri Ravin
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MessagePosté le: Mar 12 Aoû 2014 - 17:31 Répondre en citantRevenir en haut

Ruri se trouvait dans un rêve étrange où les fantasmes semblaient la dépasser. Etait-ce seulement son rêve ou bien était-elle entrée dans une transe quelconque ? Toujours est-il que l’horreur la saisit lorsque l’œuf de dragon au pied de la statue de Flarmya s’effondra, ne laissant la qu’un cadavre de dragonneau inerte. Instinctivement, la neishaane recula d’un pas, les yeux écarquillés par la peur. Et le son de la porte qui se refermait derrière elle la fit sursauter. Dans cette pièce circulaire où un puits de lumière éclairait la scène aux teintes translucides. S’approchant à son tour d’un œuf, Ruri le caressa lentement. Sa coquille écailleuse était sombre, zébré par endroit de circatrices blanchâtres. De la même manière que celui touché par Alyin, l’œuf se brisa mais ne laissa qu’une coquille vide de toute âme. Rien. Il ne contenait absolument rien. A l’évidence, elles étaient piégées dans ce labyrinthe.

- Pour répondre à ta question de tout à l’heure, l’avenir m’apparaît qu’au dernier moment. Si jamais le danger pointe son nez, je le saurais. Mais je ne suis pas l’Oracle qu’auraient voulu les dragons de glace … malheureusement.

Elle ponctua sa phrase d’un soupir qui en disait long. L’exaspération de ne pas avoir été reconnu à sa juste valeur mais également la mélancolie d’un passé plus heureux transparaissait dans ses propos. Ne sachant que faire, Ruri s’assit contre un pan du mur circulaire.

- Je crains que nous ne soyons piégées ici. Que faut-il faire ? Attendre que la porte s’ouvre ?

En dévisageant la pièce, Ruri constata que ladite porte avait disparue, ne laissant à sa place qu’un mur à proprement parler. Non, plus d’échappatoire. Comment fuir alors ? Comment quitter cette salle ? La statue de Flarmya sembla bouger, comme si ses yeux dardaient d’un regard accusateur les deux neishaanes emprisonnées. Et la statue parla, d’une voix cristalline comme on peut imaginer celle des déesses, à la fois douce, claire mais aussi ténébreuse et froide.

- Maudites que vous êtes. Crois-tu, Alyin, que tu auras une seconde chance ? Vois ce que ton entêtement provoque ! Et toi, Ruri, te crois-tu si forte que tu te vantes d’un pouvoir qui n’est que phantasme ? Vous ne méritez pas de côtoyer mes enfants.

Cette phrase raisonna longtemps dans l’esprit de Ruri. Son regard hagard trahissait son hébétude. Le choc de l’accusation était trop fort pour elle et elle accusait le coup. La neishaane ne savait pas vraiment comment réagir. Les mots venaient dans sa tête mais aucun ne trouvait échos à ce qu’elle ressentait. Une immense tristesse d’être ainsi flouée par Flarmya elle-même. Alors qu’elle redressait son regard vers la Déesse, celle-ci semblait s’être de nouveau figée. Des larmes coulaient le long de ses joues. Elle les chassait d’un revers de la main et se levait d’un bond. Elle prit la main d’Alyin et l’entraina à l’autre bout de la pièce. Ruri posa une main sur la paroi et celle-ci s’enfonça. Une illusion qu’elles traversèrent toutes les deux. Derrière elles, un mur de pierre.

Ce n’était plus la glace mais la terre. Un long tunnel était creusé dans la roche. On pouvait y voir des pioches au sol et des chaines. Ruri haussa des épaules et se dirigea dans le couloir dans l’unique sens possible. L’illusion derrière les neishaanes s’étaient évaporée, la glace ayant laissé place à un mur. Il sembla à Ruri que le temps était long. Elle marchait sans vraiment se fatiguer, dans le silence absolu. Et le silence se brisa.

- Pourquoi j’ai eu un œuf vide et toi un dragonneau mort ? Je comprends mal à quoi jouent les Dieux des fois …

Ruri parlait tout en poursuivant sa marche. Après avoir effectué quelques mètres – semble-t-il – des bruits de pioches se firent entendre. Cling, cling, cling. Des gens excavaient de la pierre, les fers aux pieds, aux mains et au cou. Des esclaves ? Ces gens avaient l’air de travailler dur. Ruri s’approcha de l’un d’eux qui lui semblait familier mais elle constata qu’il n’avait pas de visage, ou plutôt que celui-ci était lisse, sans yeux ni nez ni bouche. Elle ne put retenir un petit hoquet de surprise. Des bruits de pas résonnèrent au fond du couloir. Ruri prit Alyin par le poignet et l’entraina dans une alcôve sombre. Elle se plaqua contre le mur et fit signe à sa comparse de faire de même.

- Il y a quelqu’un, un garde.

Un bruit strident se faisait entendre. Ce n’était pas vraiment un garde. Cela s’approchait plus d’une créature étrange. Son visage était comme fondu. Ses bras pendaient le long de son corps et il titubait étrangement. Il avait dans le ventre une épée qui le transperçait. C’était le bruit de la lame frottant sur le sol qui produisait ce bruit strident absolument désagréable. Ruri mit les mains sur ses oreilles mais cela n’y fit rien. Il s’arrêta à côté de l’alcôve. Il produisait un étrange bruit de reniflement et de déglutition. Il se retourna dans un grincement aigu et reprit sa marche dans l’autre sens.

- Passer ne va pas être simple. On ne peut pas revenir en arrière, le passage est bouché. On a pas l’air d’avoir trop le choix. On pourrait essayer de passer chacune d’un côté de lui, qu’en penses-tu ?

Elle n’eut qu’à entendre la réponse d’Alyin pour se mettre à courir comme une dératée et passer à toute vitesse à côté du garde qui ne broncha même pas. Il ne semblait même pas les voir. Elle suivait le chemin, jetant quelques regards à Alyin pour vérifier qu’elle était toujours là. Enfin, la sortie, un escalier. Elle gravit l’escalier et se retrouva dans une prairie d’herbes vertes. Le soleil pointait le bout de son nez et l’air était frais. Ce devait être le matin. Lorsque Ruri se retourna, elle ne vit plus l’escalier. Seule une prairie s’étendait à l’infinie autour d’elle et d’Alyin.
Alyin
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MessagePosté le: Jeu 14 Aoû 2014 - 15:05 Répondre en citantRevenir en haut

Etait-ce réellement un don que de voir apparaître les catastrophes juste avant qu'elles ne se décident à poindre le bout de leur nez ? Et quand bien même, elle l'aurait pu, Ruri n'avait pas prédit l'ire des dragons de glace, pas plus qu'elle n'avait pressenti que la porte se refermerait derrière elles.

« Ton don n'est pas très utile. »
fit remarquer Alyin, avec cette absence de tact machinale qui lui avait valu tant d'ennemis.

« Est-ce pour cela que les dragons t'ont rejeté ? Ou parce que tu préférais sculpter des dragons ? Ou parce qu'ils ne voulaient pas que tu te lies à l'un d'entre eux ? »


La Flarmya des glaces devait partager cette dernière idée, car, l'oeuf qu'avait approché Ruri n'était qu'une enveloppe vide, un œuf clair dont on eut pu faire une omelette mais en rien célébré l'ode à la vie. Curieusement, la salle allait s'assombrissant, le mur circulaire avait englouti la porte, et n'offrait plus à la vue qu'une glace sombre veinée d'un bleu métallique.

Alyin ne répondit pas à la question de Ruri. Elle l'avait entendu, mais ne voyait pas davantage d'issue à la grotte, sinon par la fente si haute qu'elle en devenait dérisoire, tel un leurre insolent. Alors que la Neishaane envisageait sérieusement de grimper à la statue, celle-ci s'anima pour les accabler de reproches. Alyin ne cilla même pas. Elle affrontait presque quotidiennement les regrets de sa liée, qu'elle les formula clairement ou que ceux-ci se lisent dans ses yeux fabuleux. Que lui importait la complainte d'une statue, fut-elle créée selon sa conception de la Mère des Dragons ?

Ruri semblait anéantie par l'accusation. Dans quel monde avait-elle vécu pour accepter pour argent comptant les paroles d'un inconnu ? Ne lui avait-on jamais appris à ne pas parler aux statues qu'elle ne connaissait pas ? La fuite semblait être la réponse à tous ses dilemmes, car une fois de plus, elle entraîna Alyin à sa suite. Les deux Neishaans fuyèrent en traversant un mur, ce qui ne perturba pas Alyin le moins du monde. Ce qui l'inquiéta davantage fut la disparition du monde de glace. Elle lança un regard en arrière, mais n'y trouva que l'extrémité d'un boyau de terre qu'on s'était lassé de creuser plus avant.

Alyin suivit Ruri, les bras serrés contre le corps, comme si elle redoutait le froid maintenant qu'il n'était plus natif de la teinte hivernale qui lui était chère, mais la marque des rigueurs sèches du monde. Il n'y avait pas de saison dans les entrailles de la terre.

Alyin la secoua par le bras, comme si elle espérait faire choir du cerveau de Ruri les idées absurdes qui l'habitaient.

« Je ne me suis pas liée à une dragonne morte. Cela doit avoir un autre sens. Peut-être n'as-tu simplement jamais vu naître un dragon. »

Cela paraissait à Alyin l'explication la plus plausible. Ruri ne sculptait que des dragons adultes et s'attendait à pouvoir créer le lien. Ou alors elle avait échoué à l'Empreinte et les oeufs ne lui avaient rien offert. Mais Alyin ne désirait pas trop creuser la question et expliquer qu'elle avait déjà vu périr la Dorée sous les cieux fabuleux du Màr Menel. Si Ruri le savait, elle se détournerait d'elle, comme les autres, et seule Ruri semblait savoir où aller. Il ne fallait pas la décevoir.

« Je suis sûre que tu trouveras ta liée très bientôt. »

Par chance, la Neishaane n'eut pas à poursuivre cette conversation, sauvée par l'apparition incongrue - Alyin avait toujours vécu dans le monde édulcoré de ses propres songes - d'esclaves liés par des chaînes, creusant dans un silence pesant, éraflé seulement par le bruit des outils. Leur absence de visage perturbait moins Alyin - comment eurent-ils pu être plus que des présences anonymes ? - que l'atmosphère de la mine. Le ciel lui manquait. L'air. La pureté de la neige.

Elle serait restée là, pantoise, si Ruri ne l'avait pas tiré hors du chemin pour l'attirer dans un renfoncement naturel. Ce fut elle aussi qui donna le signal de leur fuite. Les deux Neishaans n'eurent pas la moindre pitié pour le garde transpercée, pas plus qu'elles n'avaient eu de regards pour les esclaves enchaînés.

Les deux Neishaanes avaient émergé de la mine pour se retrouver dans une prairie d'un vert irréel. Alyin n'eut-elle pas fait trois pas, qu'un dragon-fée vert aux ailes multicolores vint se percher sur son épaule. Dans le flot d'images qu'il lui adressait, elle se voyait chanter pour lui. Il l'invitait à la suivre, comme avant, quand elle était enfant.

« Je ne peux pas venir avec toi, petit dragon. Je dois rester avec Ruri. » lui répondit gentiment Alyin.

Mais ce disant, elle avançait d'un pas mécanique, un grand pas après l'autre, comme prise au jeu. Le dragon-fée papillonnait autour d'elle. Il l'entrainait à travers la prairie, jusqu'à en atteindre le bord. L'herbe s'arrêtait brutalement. A défaut de se fondre dans l'orée d'un bois ou de céder place aux pierres d'un chemin, elle se contentait de disparaître. Là où s'arrêtait la prairie plongeait une falaise prodigieuse, s'ouvrant sur le vide, sur des nuages placides et au loin sur une forêt hospitalière. La même vue qu'on pouvait avoir des chutes de Nightfall depuis le kaërl céleste.

« Ruri a besoin de moi. Des dragons et des êtres sans visage la pourchassent. » insista Alyin auprès du petit reptile.

Elle n'en pousuivait pas moins sa marche insouciante en direction du vide, ensorcelée par les images du dragon-fée.



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MessagePosté le: Ven 15 Aoû 2014 - 12:53 Répondre en citantRevenir en haut

Les paroles d’Alyin lui avaient paru assez déplacées sur le moment. Comment pouvait-elle dire que son don ne servait à rien ? Certes, Ruri n’avait pas prédit l’attaque des dragons. Et alors ? Une moue boudeuse assombrit son visage. Elle croisait les bras sur son torse en signe de désapprobation. Cette Alyin, savait-elle seulement de quoi elle parlait ? Etait-elle douée d’un don quelconque pour se permettre ce genre de réflexion ? La neishaane en doutait fortement et elle lança un regard gris plein de révoltes avant de se murer dans le silence. Elle ne répondrait pas, nah ! Et puis, c’était quoi cette manie de demander si Ruri avait déjà vu la naissance d’un dragon ? Bien sûr que oui ! Ses dragons de glace n’étaient pas nés avant de s’envoler ! La naissance n’était que le fruit de la création. Mais la désinvolture de la neishaane la poussa à garder le silence, une nouvelle fois. Toutefois, les encouragements de sa comparse la calmèrent et elle afficha de nouveau un franc sourire, sourire qu’elle conserva jusqu’à l’arrivée sur la verte plaine. La neishaane jalousa Alyin qui s’était vue approchée par un dragon-fée.

° Pourquoi elle et pas moi ! ° tentait-elle de dire à la créature qui ne semblait pas l’entendre.

Alyin était absorbé par le dragon-fée. Même si elle répétait qu’elle devait « rester avec Ruri », rien n’y faisait. Ses pas la guidaient inexorablement vers le précipice. Ne le vois-tu donc pas ? Tu vas tomber ! Ruri avait envie de lui crier dessus, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Elle était pétrifiée, ne sachant pas quoi faire. Et elle continuait d’avancer, encore et toujours. La neishaane tendait une main en avant, les larmes roulaient sur ses joues.

- Ne t’en va pas … pitié … Ne me laisses pas seule …

Elle pensait que la neishaane ne l’écoutait pas sans chercher plus loin. Il lui était difficilement concevable que son amie d’un rêve ne puisse l’entendre. Le dragon-fée était donc bien plus intéressant qu’elle. Non, ce n’était pas possible. Alyin avait forcément un problème. Elle était son amie depuis longtemps déjà, une éternité même ! Ruri sentit comme un coup de fouet. Voyant le pied de la neishaane dans le vide, elle se mit à courir en criant son nom. Ne l’entendait-elle donc toujours pas ? Et Alyin tombait. C’était tout naturellement que Ruri la suivait en sautant à son tour dans le précipice, fustigeant au passage le dragon d’un regard noir. Elle tendait sa main en avant, essayant d’attraper celle d’Alyin.

- Attrape ma main !

Comme si cela pouvait les sauver. Mais Alyin ne réagissait toujours pas. Non, vraiment pas. Ruri ne put retenir un hoquet de terreur quand elle découvrit que le vide sans fin avait finalement une fin. Un œil rouge, immense. Tout autour, de gigantesques écailles noires comme la nuit. Au fur et à mesure de leurs chutes, l’œil semblait grandir pour devenir véritablement gigantesque. Elles atterrirent en douceur, les écailles amortissant le choc comme l’aurait fait un matelas moelleux. Lorsqu’elles se relevèrent, un grondement sourd résonna, comme si les entrailles du monde criaient. C’était comme si la terre tremblait. Et, soudain, une gigantesque aile se dressa à côtés des neishaanes. Ruri perdit l’équilibre et tomba en avant. Elle se blessa à l’abdomen avec une écaille.

- Ce n’est rien, précisa Ruri pour Alyin. J’en ai vu d’autres … je crois.

Elle prit la main de son amie et se mit à courir comme si sa vie en dépendait. Parfois, ses pieds butaient contre les écailles dures du dragon. Souvent, elle parvenait à les éviter. Lorsque le dragon noir battit une première fois des ailes pour s’envoler, Ruri en fut déséquilibré et tomba en arrière. Ni une ni deux, elle se releva et reprit sa course folle qui n’avait aucun sens. Il fallait parvenir coûte que coûte jusqu’à la queue du dragon. Là était la solution. Se déplacer sur ce corps écailleux était difficile. C’était comme courir pendant un tremblement de terre : l’équilibre était plus que précaire.

- Alyin, as-tu recouvré tes esprits ? demanda Ruri sans trop y croire.

Un changement brusque de direction fit perdre l’équilibre à la neishaane qui lâcha le poignet de son amie et tomba sur le côté. Le vide, encore. Cette fois-ci, elle s’accrocha in extremis à une écaille. Ses doigts en saignaient. Peu importait la douleur, elle devait remonter. Ce qu’elle fit avec difficulté. Elle reprit sa course originelle, toujours prenant la main d’Alyin dans la sienne. Elle lui tâcherait sans doute la main mais qu’importait le sang, l’important était de partir.

La queue du dragon se déplaçait irrégulièrement de droite à gauche et était surmonté de nombreuses protubérances osseuses. De quoi s’accrocher à l’une pour se glisser à l’autre et ainsi, arriver à l’extrémité de l’appendice draconique. Ruri passa en première, rapidement imitée par Alyin. Le bout de la queue, il était là. Elle prit la main d’Alyin et sauta sans réfléchir. En fait, elles n’avaient pas sauté de très haut. Le dragon avait déjà disparu, comme s’il n’était qu’un fantasme de plus dans ce rêve sans queue ni tête. Elles étaient dans un champ. Le sol était recouvert d’une poussière grise comme celle d’un volcan. L’odeur était âcre. Quelques fleurs étranges produisaient une lumière violacée.

Ruri prit la tête de la marche et se dirigeait vers un plan d’eau. Celle-ci était noire, éclairée par les multitudes de petites fleurs-lumière. Ruri s’y rafraichit le visage avant de jeter un regard inquiet à Alyin.

- Je crois que nous sommes perdues …

Lorsque la neishaane se retourna, il y avait devant elle un champ de sable à trois couleurs. Un tiers de la surface contenait un sable dorée, un autre tiers un sable bleuté et un dernier tiers un sable gris, identique à celui sur lequel elles avaient marchés tout ce temps. Sur l’étendue sablière, le champ n’était pas composé de fleurs ou quoique ce soit. Il y avait des œufs, par milliers qui s’étendaient à pertes de vue. Ruri tournait sur elle-même. Des œufs, encore et encore. Elle était au milieu du cercle.

- NON ! hurla Ruri.

Puis le monde sembla tourner tout autour d’elle à une vitesse vertigineuse. Sa vue se brouillait progressivement. Elle dû fermer les yeux. Lorsqu’elle les rouvrit, elle était dans la salle circulaire de glace. La statue de la Déesse était toujours-là. Ses yeux s’étaient révulsés l’espace d’une demi-seconde, juste après que la Déesse n’ait parlé.

- Il ne faut pas prendre le passage dans le mur. Il y a trop de choses horribles. Non, il faut fuir par le trou là-haut ! s’exclama Ruri en désignant le seul puits de lumière de la pièce.

Naturellement, Ruri se dirigea vers la statue. Elle grimpa sans difficulté sur son socle avant d’attraper un bras en sautant. Elle se hissa dessus à la manière d’un singe et grimpa sur sa tête. La sortie était encore trop haute.
Alyin
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MessagePosté le: Ven 15 Aoû 2014 - 15:28 Répondre en citantRevenir en haut

Alyin n'avait rien perçu de la jalousie de Ruri. Quand le dragon-fée était présent, la réalité s'étiolait autour de lui et d'Alyin. Il en avait toujours été ainsi. Ils étaient deux fragiles créatures incomprises dans un monde hostile. Peut-être était-ce pour cela qu'Alyin se laissait guider, confiante, insouciante, perdue.

Inexorablement, elle progressait vers le vide, incapable de répondre aux suppliques de son amie. Etait-ce vraiment son amie ? Le dragon-fée insinuait le contraire. Si elle était son amie, elle aurait fait demi-tour, aurait mis un point d'honneur à effacer les larmes dans les yeux de Ruri. Elle ne l'aurait pas laissé seule au milieu de la plaine. Ce n'était donc pas son amie. Alyin n'avait pas d'amie. Seulement le petit dragon-fée.

Alyin avait confiance en lui. Aussi ne prit-elle pas la main de Ruri lorsqu'elle bascula dans le vide. Preuve criante de la fiabilité du dragon-fée : le dragon noir qui cueillit les Neishaanes au vol avait des écailles en mousse. Pas une seule seconde, Alyin ne douta du dragon-fée, à tel point qu'elle ne releva pas les yeux pour l'apercevoir au loin les toiser d'un œil mauvais teinté d'un rouge sanglant.

Alyin progressait toujours comme envoutée, un pas après l'autre et ce faisant, ne semblait pas affectée par les mouvements du dragon noir comme si ceux-ci n'avaient pas plus de prise sur le monde d'Alyin que n'en avaient eu les appels désespérés de Ruri. Lorsque celle-ci lui attrapait la main pour la tirer vers l'avant, Alyin se laissait faire et hâtait le pas. Mais quand celle-ci dérapait, s'entaillant sur les écailles acérées et manquait de sombrer dans le vide, elle n'avait pas un regard pour elle.

L'influence du dragon-fée se dissipait progressivement. Alyin ne s'inquiéta pas davantage des plaies de Ruri. Celle-ci avait dit que ce n'était pas grave. Qui mentirait à son amie ?

« Quand les aurais-je perdus ? »
répondit Alyin d'une voix rêveuse lorsque l'autre Neishaane lui demanda si elle avait retrouvé ses esprits.

Alors qu'elle parvenait à la queue du dragon, Ruri agrippa pour l'entraîner dans sa chute. Alyin eut un hoquet de stupeur et tenta à en vain de se débattre. Ce n'était pas le saut qui l'effrayait mais le sang, lequel n'avait pas sa place dans l'univers d'Alyin. Dans son monde, la mort était propre, sournoise et glacée. Les gens disparaissaient happés par la tempête. Les bêtes des bois ne laissaient jamais que leurs os blanchis, qu'on découvrait au printemps ou qu'on ne retrouvait jamais.

Alyin se meurtri les pieds dans la poussière. Elle essaya de se laver du sang, mais là où elle frottait avec la cendre, le sang ne faisait que s'étaler davantage, plus vif et plus tranchant que jamais. La Neishaane cilla sans comprendre lorsque sa comparse lui fit part de ses doutes. Elles ne pouvaient pas être perdues. Ruri savait où aller. Elle devait le savoir. C'était elle, la prophétesse. Alyin, elle, n'était bonne qu'à se laisser porter.

Le paysage s'ouvrit alors sur des sables triplement familiers. Alyin voulu s'avancer vers Ruri, lui dire de ne pas avoir peur, lui expliquer que c'était là et ainsi que les dragons naissaient -puisqu'elle semblait irrémédiablement inculte sur ce point - sur ces sables en accord avec leur nature.

Mais avant qu'elle ait pu l'atteindre. Ruri s'était mise à tourner en criant, et les sables s'étaient évanouis. Les deux Neishaanes étaient de retour dans la grotte circulaire laquelle contenait toujours les débris de l'oeuf vide et le corps du dragonneau mort à l’œil terni.

« Nous ne pouvons pas partir, protesta Alyin, soudainement mue par une détresse indicible, Nous avons oublié Dragon ! »

« Dragon ! Dragon ! » cria Alyin.

Et des larmes naquirent dans ses yeux. En vain, elle chercha à travers la grotte trace du dragon brun et n'en trouva aucune. A chaque fois qu'une de ses larmes touchait un oeuf, il se fendait pour donner la vie. Du premier jaillit un poussin multicolore, du second la mine hostile d'un crocodile, du troisième un cygne noir, du suivant un ornithorynque. Aucun d'eux ne donnait de dragon, comme s'ils se méprenaient sur l'appel d'Alyin ou prenaient un malin plaisir à la voir insatisfaite.

« Si on le laisse sur les sables, Dragon ne retrouvera jamais son Màr. » se lamentait Alyin.

Désespérée, la Neishaane s'était jetée contre le mur et le grattait de ses ongles, sans réussir à passer au travers. Dans son désespoir, Alyin s'était laissée choir au sol. S'aidant d'un des œufs pour se relever, celui-là se mit à éclore pour donner un plant de haricot trapu, lequel se mit à grandir et grossir à vue d'oeil, pour s'orienter vers le puis de lumière et le franchir le plus naturellement du monde.

« Nous devons retrouver Dragon. » répétait Alyin, entamant l'ascension du haricot géant.

La manoeuvre ne plut guère à la statue, qui brandit vers Alyin un doigt accusateur.
«Vous avez beau être Liée désormais, vous ne serez jamais Chevalier Dragon que de nom, ne méritant pas les honneurs qui découlent de ce rangs, tant que vous n'aurez pas mis de côté votre orgueil. Vous ne *la* méritez pas non plus. Au Kaerl Ardent, je suis certaine qu'on n'aurait pas hésiter à vous faire fouetter jusqu'au sang pour votre insolence envers une Dame du Kaerl. »
Et ce disant, la statue se métamorphosait peu à peu, elle n'était plus la Mère des dragons, mais une Fëalocë plus commune, à la chevelure rousse et non moins richement vêtue.

Alyin l'ignora, se contentant de grimper plus vite, suivie dans son périple par un caneton qui la prenait visiblement pour sa mère.

« Par ici, Ruri ! » cria Alyin à sa comparse.

« Coin Coin. » précisa le caneton.

Alyin s'extirpa de la grotte sans trop de difficultés, pour s'apercevoir qu'elle débouchait sur le Màr Tàralöm. Le haricot géant se muait en s’épaississant pour donner le grand arbre du Val aux feuilles flamboyantes. Alyin fut déçue de comprendre qu'il s'agissait d'une plante annuelle et que les ardents dussent le replanter tous les ans. C'était sûrement cette vexation première qui leur donnait si mauvais caractère.

« Dragon ! Dragon ! » appelait en vain Alyin.

Quelques dragons s'arrêtaient bien à sa hauteur, mais elle les ignorait, ce qui lui valait des regards fulminants.



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Ruri Ravin
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MessagePosté le: Dim 17 Aoû 2014 - 13:22 Répondre en citantRevenir en haut

Illusion. Tout n’était qu’illusion aux yeux de Ruri. La neishaane n’était pas bien vieille. Du haut de ses quinze printemps, elle paraissait naïve et douce. Il fallait toutefois ce méfier de l’eau qui dort. L’adolescente pouvait dévoiler des ressources inespérées dans les pires des situations. Elle l’avait démontré lors de l’attaque du Màr Tàralöm par Drazahir. Drazahir … pourquoi pensait-elle à lui en cet instant ? Une once de regret pointait dans son cœur lorsqu’elle rouvrit les yeux. Elle était tombée de la statueAlyin troubla le silence. On aurait oublié un dragon ?

- Mais enfin, Alyin, les dragons ne sont que chimères. A moins que Dragon désigne ce tas de chair puant, répondit Ruri en désignant le dragonneau mort.

Dragon. Qui était-ce ? Et voilà qu’elle le hélait, encore et encore. Vraiment, Ruri ne comprenait rien. Etait-ce un de ses compagnons habituels ? Un chat peut-être ? Mais il n’y avait pas d’animaux ici, mis à part les deux œufs étranges, fendus en d’innombrables morceaux. La peine d’Alyin faisait ressortir des émotions contraires chez Ruri. D’un côté, elle était attristée de la perte d’un être cher pour son amie. D’un autre, cela n’était que faiblesse. Comment pouvait-on se permettre de pleurer une perte ? Et l’image de Ruri pleurant le départ de la neishaane lui revint en tête. Non, elle n’était pas mieux qu’elle.

Lorsque les larmes d’Alyin touchèrent les œufs, d’étranges créatures en sortirent. Quatre créatures avaient fait leur apparition. La mine goguenarde de l’alligator ne lui plaisait guère et Ruri se plaqua contre la paroi de glace. L’ornithorynque ne lui inspirait pas confiance non plus, son gros bec plat la dégoutait. Le cygne noir était magnifique et son plumage charbonneux mat était agréable au regard. Le poussin multicolore, lui, fit éclater la neishaane de rire. Il était ridicule mais tellement amusant. Mais Alyin la sortir de ses rêveries, une fois de plus. Comment ça Dragon était aux sables ? Mais il n’y avait pas de sable ? Ruri ferma les yeux lorsque les ongles de son amie s’acharnèrent sur le mur. La folie l’aurait-elle touchée ? Sa surprise n’en fut que plus grande lorsque le haricot grandit pour offrir une sortie vers le puits de lumière. . Depuis quand la Déesse s’était-elle métamorphosée en une femme banale – quoique fort jolie ? Elle adressait un mot accusateur à la neishaane. Ruri se mordillait la lèvre inférieure.

- Non mais de quel droit tu te permets de lui parler comme ça ! C’est toi que je ferais fouetter au Kaërl ardent si tu continues ainsi !

Alors Ruri commença son ascension d’un pas rageur. La statue l’avait mise hors d’elle.

- Louée sois-tu, Alyin, pour nous avoir fait sortir de ce mauvais pétrin, disait Ruri, foulant le sol d’une terre qu’elle reconnaissait peu à peu.

Le Màr Tàralöm. Non, comment était-ce possible ? Elle reconnaissait le Val, l’Observatoire, le chemin menant vers les Dôl Nàrë. Tout, elle connaissait tout. Mais elle ne reconnaissait pas les dragons qui s’arrêtait à la hauteur d’Alyin tandis qu’elles cherchaient Dragon, enfin qu’Elle cherchait Dragon. Ruri n’avait aucune idée de qui ou de quoi il s’agissait. La question pointait sur ses lèvres quand une nuée de dragons frôla leur tête. Instinctivement, la neishaane baissa la sienne. Ce n’était que des dragons rieurs qui s’amusaient à faire peur aux passants.

- Qui est Dragon ? demanda Ruri en se recoiffant.

Ses pas la menèrent vers les Dôl Nàrë. Le soleil était au Zenith et plongeait les créatures présentes dans un véritable bain de soleil. D’ailleurs, il y avait là de nombreuses créatures identiques : des Lézards de Feu, des Dragons-fées. Tous étaient identiques. Ruri n’y prêta pas plus attention que cela et se plongea dans la foule qui piaillait de bonheur.

° Ah, mais avec ce bruit, je n’entends plus mon amie ! ° pensait Ruri.

Non, ce n’était pas grave. Elles se retrouveraient bien à un moment ou à un autre. Le soleil … ses rayons étaient si agréables sur sa peau que la neishaane s’allongea à côté d’un groupe de lézards de feu. Ceux-ci s’étaient alors empressés de monter sur le dos de la neishaane pour s’allonger dessus. Malgré leur faible poids à l’unité, leur nombre menaçait de faire craquer la colonne vertébrale de la neishaane. Elle ne pouvait plus bouger et étouffait. C’est alors que des dragons-fées la prirent par les mains et les épaules pour la soulever. Ses pieds ne touchaient plus terre.

° Merci Dragons-fées, je vais pouvoir chercher Alyin d’ici ! °

Les lézards de feu étaient bien restés accrochés. Les dragons-fées avaient du mal à maintenir la hauteur et lorsqu’elle désigna un endroit où elle croyait avoir vue son amie, Ruri tomba lourdement car les dragons-fées s’étaient volatilisées. Elle s’était blessée au genou. Cependant, avec ces dragons lézard, elle ne pouvait plus bouger.

- J’étouffe, à l’aide ! criait faiblement la neishaane.

Un œuf roula dans sa direction. Ce n’était pas un œuf ordinaire. Il était gigantesque et mesurait au moins un mètre cinquante d’envergure. Il roulait, encore et encore. Sa course avait transformée sa forme ovale en une forme ronde et lisse. Elle roulait à toute vitesse vers la neishaane, incapable de bouger à cause des lézards de feu qui s’étaient endormis. Mais que faisait donc Alyin ?
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MessagePosté le: Mar 26 Aoû 2014 - 08:30 Répondre en citantRevenir en haut

Alyin aurait ri sans l'urgence de la situation. Dragon n'était pas un dragon mort-né. Bien plus quelconque que la fierté à naître de Nyssath, il n'en était pas moins précieux à ses yeux, comme le sont toutes ces choses qu'on voit sans voir et dont on n'admet la valeur que lorsqu'on les a perdues.

« Dragon ! »


La Neishaane ressentait en l'appelant un vague sentiment de perplexité. Elle avait l'impression de l'avoir souvent perdu mais cherché jamais, comme si elle avait jadis moyen de le retrouveer aisément, comme elle aurait pu siffler un chien. Mais elle n'était qu'une enfant au chant envoûtant et cela n'avait pas suffi à amadouer Dragon. Après tout, il n'avait jamais voulu lui dire son nom.

Dans son dos, elle entendait le canard cancaner et la voix claire de Ruri qui se disputer avec la statue. Alyin se retourna vivement, alarmée.

« Ne lui parle pas ! Ou tu resteras aspirante à tout jamais. »

Le canard partageait manifestement sa terreur et lançait à Ruri des coincoins inquiets, il dérapa de la feuille de haricot et fut happé par l'alligator. Alyin n'avait rien vu. Son amie neishanne la suivait, elle devait retrouver Dragon. Et dans son village, les canards n'avaient jamais eu d'autre destinée que celle de finir à la casserole ou à la broche.

Le Val leur ouvrait les bras. Comme autrefois. C'était une offre à ne pas refuser. A bien y réfléchir, le Màr Tàralöm lui avait causé bien moins d'ennui que la citadelle céleste. Les habitants du kaërl ardent étaient assez peu regardant sur les mœurs de ses habitants. Ils ne regardaient pas de trop près le jus de tomate, peu désireux de lui trouver la saveur métallique du sang. Et ils n'avaient que faire du sort d'un dragon lunatique marqué de teintes étranges. Ils n'avaient jamais chassé Dragon. Dragon devait donc se trouver ici. Alyin se raccrochait à cette certitude. Elle lui donnait la force d'avancer au grand jour.

« Dragon est... »


Alyin chercha ses mots. Dans son esprit, elle voyait clairement l'image du dragon Brun, sa mosaïque de couleurs improbables apposée sur son cou. Elle sentait la chaleur de ses pensées chantantes. Si elle avait été un dragon-fée, elle aurait pu lui communiquer tout cela. Elle aurait aussi pu le recréer par le chant, mais le rêve ne lui offrait que des phrases difficiles aux mots hachés, et rien de la beauté de son chant cristallin.

Si elle avait été dragon-fée... Et à mesure qu'elle y songeait, son corps s'était métamorphosé. Elle appela Ruri, mais ce fut un glapissement étranglé qui sortit de sa gorge. Elle cria, mais le pépiement aigu qu'elle poussa ne ressemblait en rien à sa voix ordinaire. Elle se précipita sur la Neishaane, époustouflée par l'efficacité de ses fragiles ailes de papillon.

Malheureusement, elle n'était pas la seule à avoir eu cette idée. Une foule compacte de lézards de feu et de dragons-fées entourait la Neishaane et celle-ci n'avait plus un regard pour son ancienne amie.

Je suis là ! Voulut crier Alyin, mais ses pensées ne filtraient pas au delà de son esprit. Elle tenta d'atteindre Ruri, se persuadant que si elle l'approchait, si elle la touchait, celle-ci la reconnaîtrait. De ce qu'elle voyait d'elle-même, ses écailles étaient d'un blanc délicat orné d'un faible reflet d'or, tandis que ses ailes arboraient mille teintes, du rouge furieux des Incarnates au bleu limpide de la Baie d'Eau Claire. Une grosse lézarde bleue la dévia d'un coup de queue puissant et Alyin dut battre des ailes à tout rompre pour ne pas se faire distancer.

Ruri, ensevelie sous les lézards de feu commença à décoller, emportée par les dragons-fées. Alyin essaya bien de se mêler à eux, proposant par des images enthousiastes de les aider mais ceux-ci se moquèrent de sa proposition. Une petite Blanche ne leur serait d'aucune utilité.

Impuissante, Alyin les vit arracher Ruri au sol pour la lâcher sans crier gare. Elle perçut l'amusement de ses pairs et se rembrunit. Stupides reptiles sans cervelle. Que pouvait-il bien y avoir de drôle à regarder quelqu'un tomber ? Le kaërl ardent avait des meurs cruelles, mais malignité ne rimait pas nécessairement avec stupidité.

Pis que cela, les lézards de feu ne voulait pas quitter Ruri, confortablement installé qu'ils étaient, quand bien même un œuf monumentale roulait vers eux dans un vacarme de tous les diables. Furieuse, Alyin bombarda les lézards d'images de blizzard et de tempêtes, de neige amoncelée et de crevasses furibondes. Dérangée dans la tiédeur de leur sieste, ils ne tardèrent pas à s'éveiller et à abandonner leur perchoir comme des rats fuyant un navire prenant l'eau.

Ruri était passablement écrabouillée mais apparemment indemne, mais cela n'avait pas freiné l’œuf qui les menaçait à quelques mètres à peine. S'il s'agissait du lié de Ruri, l’œuf éclorait-il avant de l'atteindre ? Pouvait-on mourir ratatiner par sa propre moitié d'âme ? N'en déplaise à Flarmya, c'était absurde.

Alyin se posa sur l'épaule de Ruri, y planta fermement ses griffes et l'arracha au sol à la force de ses ailes, surprise d'en être capable. Une autre qu'Alyin aurait sans doute pu emmener la Neishaane en lieu sûr, mais ses griffes acérées avaient éraflé l'épaule de sa compagne d'infortune. Manquant de défaillir à la vue du sang, Alyin avait lâché son précieux butin et perdu l'équilibre de son vol gracile.

Neishaane et dragonne miniature avaient tous deux chu sur l'oeuf géant, lequel s'était arrêté précisément à l'emplacement qu'elles occupaient précédemment. Alyin avait bien failli rompre ses os minuscule sur la surface rugueuse de l'oeuf géant, mais ce dernier semblait pas n'avoir souffert le moins du monde de cette agression, pas plus qu'il n'accusait le coup de la chute de Ruri.

Un calme soudain avait envahi les Dôl Narë. Alyin essaya de communiquer avec Ruri. Elle lui adressa tour à tour plusieurs images tourbillonnantes. La première la représentait elle, Alyin, la Neishaane aux cheveux d'un blond clair et aux yeux d'un vert profond. La seconde était Dragon. Dragon, le dragon brun au cou marqué de rouge et d'or, de vert et de bleu, en témoignage d'une naissance singulière sur des sables argentés. La troisième représentait l’œuf géant et sonnait comme une question. La quatrième représentait le glyphe du Màr Tàralöm tel qu'il brillait sous les frondaisons de l'arbre rougeoyant du Màr plongé dans son éternel automne. La cinquième la représentait elle Ruri, devant l’œuf géant comme elle s'était tenu il y a une vie de cela devant ses dragons sculptés.

Pouvait-elle se lier au dragon que contenait cet œuf monumental ? Alyin l'ignorait. Elle connaissait assez peu Ruri en vérité, mais cette dernière n'avait pas vraiment démenti le fait qu'elle n'avait jamais vu naître un dragon. Elle s'était vexée, mais Alyin était trop bien placée pour savoir qu'une vexation pouvait cacher un mensonge inavoué.

Alyin se posa précautionneusement sur l'autre épaule de Ruri, celle qui n'affichait pas une discrète fleur de sang et lui adressa une dernière image. Celle d'un œuf géant brisé sur le dessus, dans lequel trempaient des mouillettes de la taille d'une baguette entière.

Comme sensible à la provocation, des grains de sables noirs et gros comme le poing ne tardèrent pas à jaillir de sous l'oeuf. Surgis de nulle part, ils grouillaient, intarissables, remplissaient les corniches des Dôl Narë jusqu'à ce que l'aire de repos des dragons ne fut plus qu'une vaste plage noire où l’œuf monumental attendait son heure. Il y eut alors un rugissement terrible, probablement le cri de l'Incarnate qui avait pondu la chose.



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MessagePosté le: Mer 27 Aoû 2014 - 18:59 Répondre en citantRevenir en haut

Ruri ne pouvait pas bouger. Les dragons de feu étaient trop bien allongés sur son dos pour partir, quand bien même l’œuf géant roulait dans sa direction. Puis elle sentit leurs pattes s’activer et elle ferma les yeux de douleurs. Qu’ils étaient lourds ! Mais s’il n’y avait eu qu’eux ! Un dragon-fée s’était mis dans la tête de la griffer ! Avec étonnement, elle décollé du sol. Elle hurla de terreur, se demandant ce qui se passait avant d’être lâchée de nouveau sur l’œuf. La prenaient-ils pour un jouet ? Ruri n’appréciait pas trop ce jeu et commençait à avoir mal. Puis plus rien. Le silence. Même le vent semblait s’être arrêté et ni dragons-fées hormis la lanceuse-de-Ruri-sur-l’œuf, ni les lézards de feu ne semblaient être dans le coin. Non, tout était vide en fait.

Ruri observait le dragon-fée. Il était joli avec ses ailes multicolores. C’était la première fois qu’elle en voyait un de si près. Elle tendit le doigt pour le toucher mais des images firent leur apparition dans sa tête. Etait-ce la gentille créature qui l’avait soulevé du sol pour la jeter sur l’œuf ? L’image d’Alyin lui apparut clairement. Elle se rappelait bien d’elle. Et après, il y eut l’image d’un dragon bizarre au cou multicolore. Quelque chose clochait chez lui. La troisième image la déroutait. Elle haussa un sourcil et ne répondit rien. La quatrième image montrait la glyphe du Màr. Enfin, une image de la neishaane devant l’œuf. Décidément, ce dragon était bizarre.

- Je n’ai pas tout compris mais, euh, tu feras un « piou » pour oui et un « piou piou » pour non !

Elle n’attendit pas vraiment la réponse du dragon-fée pour se mettre à parler. Après tout, il n’avait pas besoin de son pour s’exprimer. Ruri espérait qu’il avait des oreilles pour entendre.

- Alors, pour la première image : Toi aussi tu cherches Alyin ? Je l’ai perdu et je ne sais pas où elle est. Donc, ce serait peut-être toi Dragon ! Ok, j’ai compris ça. Ensuite, le dragon multicolore … c’est ton copain ? Pour l’œuf, je ne sais pas ce que c’est. S’il y a un dragon dedans, il doit avoir un sacré tourni ! Euh .. après c’était quoi ?! Ah oui, le Màr. Bah, je vois de quoi tu parles. Tu veux aller au Val, c’est ça ? Et en dernier … tu veux que je demande à l’œuf de se lier avec moi ?

Ruri se laissa glisser sur la coquille géante et tomba sur les genoux. Elle ne s’était pas fait mal, fort heureusement pour elle. Le dragon fée sur son épaule intacte lui envoyait une dernière image. Il devait avoir faim !

- Je ne sais pas si l’œuf est comestible, mais on peut essayer.

Alors qu’elle prononçait ses mots, le dessus de l’œuf se fissura et s’entrouvrit. Ruri s’apprêta à y voir un museau d’une créature quelconque. Mais rien ne se passait. Un bruit de bouillonnement en émanait. Curieuse, elle demanda au dragon fée de lui montrer ce que c’était. Pas de doute, c’était l’œuf du dragon-fée. Il allait pouvoir se régaler. Mais faire des mouillettes allait se trouver compliquer. Où trouver du pain comme cela ? Et elle eut une idée ! Ruri se précipita vers les bains céruléens. Oui, il devait y avoir une cachette pour le pain en cas de guerre ! C’était obligé ! A la place des bains, de nombreux fours étaient posés sur le sol et des êtres sans visages fabriquaient du pain.

- Faites moi des mouillettes géantes et je vous remercierai ! lança Ruri d’une voix guillerette.

Un grognement sourd se fit entendre et les fours commencèrent à briller de mille feu. Ils se rapprochaient rapidement pour fusionner et ne faire plus qu’un immense four. D’ailleurs, les êtres sans visages firent de même et se transformèrent en un gigantesque boulanger tout sale. La chaleur augmentait rapidement. Après une attente qui parut interminable, une gigantesque mouillette sortit du four. Ruri courut - sans remercier le géant - avec sa mouillette dans les mains. Elle était chaude mais pas brûlante. En plus, elle était très légère. Lorsque Ruri lança avec succès la mouillette dans l’œuf, le cri de l’incarnate s’était fait encore plus proche.

- Ah non, petit dragon fée ! Elle va venir manger ta mouillette. Vite, trempes-là et régales-toi avant elle. Je suis sûre qu’elle va vouloir avaler l’œuf d’un seul coup !

Alors qu’elle disait ça, Ruri se mit à courir vers le Val. C’était l’une des images que lui avait envoyé son petit compagnon d’infortune. Ceci dit, Alyin n’avait toujours pas montré le bout de son nez ! Ruri n’était pas très contente. Son amie s’était volatilisée sans rien dire ! Et elle l’avait laissé se faire écrabouiller par des dragons lézards. Elle entendit au loin le bruit de l’œuf qui se cassait. Avait-il tout de même éclot ? D’ailleurs, à y repenser, l’apparition du sable noir était plus qu’étrange. La neishaane se détourna alors de sa première destination avant de retourner vers l’œuf qui était intact. La mouillette avait disparue. Par contre, une gigantesque incarnate se tenait juste derrière, une aile le protégeant.

- Je ne te veux pas de mal, Reine Dragonne. Je veux caresser l’œuf car cela est ma destinée. Je veux le serrer dans mes bras. Peut-être veux-tu que je te serre moi aussi dans mes bras pour que tu ne sois pas jalouse ?

Ruri n’avait aucune honte. Elle s’approcha en courant de l’œuf et tomba dans la poussière noire. Ses cheveux s’étaient teints de cette couleur, si bien qu’elle avait perdu ses attributs de neishaane. Son visage était tout noir aussi. Elle se mit à pleurer et ses larmes devinrent des rivières qui emportèrent l’œuf et la Reine loin d’elle. Seul subsistait le dragon-fée.
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MessagePosté le: Mer 3 Sep 2014 - 15:38 Répondre en citantRevenir en haut

L'existence des dragons-fées n'est pas drôle. L'interprétation d'une image est propre à chacun. Aussi est-il vain d'espérer faire passer un message clair et concis à l'aide d'images. Alyin, si elle avait de son vivant éveillé des qualités indéniables pour déchiffrer le langage des images, était, à son état de rêveuse draconique aussi mauvaise que possible dans la transmission des dites images.

Sa proposition l'irrita profondément. Piou pour oui, pioupiou pour non ! Autant résumer la poésie du langage par des gestes obscènes ! A bien y réfléchir, le caractère facétieux voire narquois des dragons-fées leur venait peut-être par vengeance vis-à-vis de la platitude du monde qui les entourait.

Mais il fallait que Ruri la comprenne.

Alyin ne cherchait pas Alyin. Elle s'était peut-être perdue par le passé et ce jour, mais n'en avait jamais pris conscience. Elle répondit donc par la négative.

Non ! Elle ne pouvait pas être Dragon ! Comment Ruri pouvait-elle se méprendre à ce point ! Elle n'avait rien de multicolore - Alyin avait du mal à admettre que ces ailes de papillon faisaient vraiment partie d'elle - et elle n'était pas Dragon. Dragon était un dragon brun. Dragon était Dragon. Elle répondit encore par la négative. Puis hésita. Dragon était-il son ami ? Elle n'en savait rien en vérité. Elle se souvenait simplement qu'il serait perdu si elle ne le secourait pas.

Elle glapit encore "non" à la mention du Val. Non, elle ne voulait pas se rendre au Val. Enfin, elle évoqua l'empreinte et Alyin marqua son assentiment par une trille joyeuse. Si Ruri se liait à un dragon géant, voilà assurément qui les tireraient d'affaire. (On a toujours besoin d'un plus grand que soi, surtout quand on voit sa taille drastiquement réduite à une trentaine de centimètres).

Ruri descendit de l'oeuf et Alyin vint se poser sur son épaule. Elle était enthousiaste à l'idée de manger l'oeuf. Celui-ci se fissura. Alyin décolla, craintive à l'idée de ce qui pourrait bien en sortir. Rien n'en sortit. Volant plus haut pour voir l'intérieur de l'oeuf, Alyin vit le dessus de la coquille s'en détacher comme un opercule pour laisser voir un oeuf à la coque géant au jaune fluide et coulant.

Alyin était presque déçue. Ce n'était qu'un oeuf clair bon à manger. Pourquoi donc avait-il voulu les écrabouiller ? Alyin l'aurait cru doué d'une volonté propre et donc, habité. Une petite voix mesquine à la lisière de sa conscience arguait du fait qu'il était évident que Ruri, qui ignorait comment naissaient et se liaient les dragons, ne pouvait pas se lier aussi simplement.

La Neishaane se mit alors à courir, comme saisie d'une idée de génie, et Alyin eut grand peine à se maintenir à sa hauteur. Le sable noir laissa place à du marbre clair veiné de bleu, il y avait des bassins à l'eau parfumée et miroitante, mais Ruri n'en avait cure. Il y avait aussi des fours monstrueux capable de s'engluer en un plus gros. Alyin cligna des yeux.

Elle aurait juré que la seconde d'avant elle avait vu le marbre si typique du Màr Luimë et le reflet chatoyant des fours dans l'eau du bassin. Il n'y avait plus qu'un immense géant sans visage ni expression occupé à faire cuire la mouillette géante réclamée par Ruri.

Alyin ne pouvait rien faire de mieux qu'attendre. De toute façon, elle ne s'était pas engagée à remercier qui que ce soit et n'en avait pas le moins du monde l'intention.

Les petites ailes magiques d'Alyin avaient leur limite. Elle souleva la mouillette avec l'aisance d'une mouche fuyant avec une poutre, et la laissa choir maladroitement dans l’œuf brisé. Aussi étrange que la chose put être, la mouillette rebondit sans dégât sur un oeuf intact.

C'était à n'y rien comprendre et les dragons-fées ne sont pas connus pour leurs capacités de déduction. Sans quoi, Alyin aurait sûrement compris que le rugissement grandissant d'une Incarnate furieuse était rarement de bon augure. Une flamme avide carbonisa le petit dragon-fée qui par une improbable magie se mua en une petite lézarde de feu noire.

Alyin s'enfuit alors, rampant à même le sable -qui paraissait moins noir face à la teinte d'onyx de ses écailles - et se faufilant entre les pattes et ailes de l'Incarnate. Elle entendit l'oeuf craquer derrière elle, mais elle ne put voir ce qui en sortir, masqué qu'il était par l'une des trop vastes ailes de la reine dragon.

Ruri se perdait dans la plus lamentable plaidoirie qu'un bipède ait jamais adressé à un dragon. En soi, les Incarnates ayant réputation de dévorer quiconque s'approchait de trop près de leur œufs au moment non voulu de l'Empreinte, elle pouvait bien dire ce qu'elle voulait. Alyin se demanda soudain comment agissaient les autres reines dragons. Une Dorée aurait-elle accepté le câlin de Ruri avant de la dévorer ? Une Argentée aurait peut-être joué sa vie sur une énigme tel le sphinx des temps anciens. "Que fais tu là ? aurait-elle rugi. Si tu dis la vérité je te dévore, si tu mens je te brûle."

La confrontation n'eut jamais lieu. Ruri chuta et ses larmes emportèrent toutes choses, charriant dans leurs crues la noirceur de ce monde pour n'en tolérer que celle d'une Neishaane qui ne l'était plus trop, et son curieux lézard de feu aux noires écailles.

° Je suis Alyin ! °
se lamenta le dragon miniature.

° Je suis une Neishaane, comme toi ! °
ajouta Alyin, qui sur une échelle de la Neishaanitude de 1 à 10 approchait sur l'instant du 2.

La petite lézarde noire parcourut les environs des yeux. Elle reconnaissait ces plate-formes épurées et ces corniches scintillantes sous le soleil. Sans nul doute il s'agissait du Valarëa, l'équivalent céleste des Dôl Narë. Pourtant, l'ambiance générale semblait à Alyin moins lumineuse que dans son souvenir, pourtant, les nuages étaient rares au Màr Menel.

° Ici, aucun lézard de feu ne t'embêtera. ° assura Alyin.

L'ancienne Neishaane préférait ne pas se prononcer concernant les dragons-fées. Ceux du Màr Menel n'étaient ni meilleurs ni pires que d'autres.

L'ombre se fit grandissante. La nuit tombait, s'intensifiait, alors que le soleil brillait l'instant d'avant. Alyin n'avait pas souvenir d'une éclipse au Màr Menel... Levant les yeux, elle vit foncer vers elle une casserole monumentale, et se retrouva aplatie au sol.

° JE N'AI PAS ETE REMERCIE ! ° hurla un géant sans visage. De son autre casserole, il défonçait les corniches du Valarëa.

° Au secours ! ° gémit la lézarde Alyin coincée sous la casserole géante.



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Ruri Ravin
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MessagePosté le: Mer 24 Sep 2014 - 12:04 Répondre en citantRevenir en haut

Tout était si étrange. Le monde changeait du tout au tout en si peu de temps. Et du Màr Tàralöm au Màr Ménel, il n’y avait apparemment qu’une larme. Mais la colère était toujours présente, surtout lorsque l’énorme casserole vint se ficher au-dessus de la neishalézarde. Visiblement, le géant cuistot était en colère, et pas qu’un peu. Il saisit deux grosses cuillères et se mit à frapper la casserole. Le son était infernal. Ruri se bouchait les oreilles. Même penser devenait difficile. Elle ne pouvait pas communiquer avec le petit lézard de feu aux écailles d’Onyx tant le bruit était assourdissant.

- JE N’AI PAS ETE REMERCIE, J’AI DIT, criait le géant d’une colère non feinte.

- ARRÊTEZ TOUT DE SUITE CE BRUIT, répondit Ruri mais sa voix ne couvrait pas le fond sonore.

L’un des coups de cuillère transperça la casserole et le jour pouvait le traverser. Par Flarmya, dans quel état était le pauvre petit lézard de feu ? Alyin ! Elle devait souffrir atrocement. Sans savoir pourquoi, un œuf se mit à rouler. Le même qu’au Màr Tàralöm, poursuivit par la reine qui n’était plus incarnate mais dorée. Voulait-elle le manger ? L’œuf percuta lourdement le géant qui s’envola sans demander son reste. La casserole demeurait intact fort heureusement pour la neishalézarde.
Le museau aux écailles dorées prit le manche de l’ustensile dans sa gueule et l’envoya valdinguer des dizaines de mètres plus loin. Il retomba comme un couvre-chef sur l’une des Spires. Le petit lézard de feu était sauvé. Ruri se précipita vers lui et le serra dans ses bras. Oui, elle était contente de voir Alyin en vie. Elle remercia la dragonne avant de s’approcher de l’œuf. Vraiment, il ressemblait à celui du Màr Tàralöm. Des bruits étranges en sortaient, comme si une créature cherchait à sortir. Une fissure se créa sur un côté et se dissémina sur toute la surface avant que la coquille ne s’effondre sur elle-même. A l’intérieur, il y avait un dragonneau noir. C’était un rêve très étrange car elle semblait ne plus le voir mais se voir elle-même. Elle était devenue le dragonneau.

Ruridragon fixait la neishalézarde de ses yeux opalescents. Sa démarche était un peu pataude. Les muscles pesaient lourds. Elle étira ses ailes. Pouvait-elle voler ? Ruri se mit à déambuler vers son corps neishaan qui recula, visiblement affolé. Ruridragon s’adressa alors à Alyinlézarde en pensées.

° Je suis Ruri. Je suis emprisonnée dans le corps du Dragon noir. Rejoins-moi, j’ai peur que la fausse neishaane ne cherche à te faire du mal °

La dragonne dorée donna un coup de museau dans l’arrière-train de Ruri dragon pour le faire avancer. Devait-elle se lier avec cette femme ? Non, son corps entier la rejetait. Son âme était mauvaise, empreinte d’une noirceur cachée qu’elle ne dévoilerait peut-être jamais. Ne pas se lier, c’était se suicider.

° C’est l’ordre normal des choses ° disait la dragonne dorée pour rassurer sa progéniture.

° Jamais !°

Un coup de tambour sonna. Le corps de la neishaane s’effondra sur elle-même, comme si elle n’était plus. L’ordre des choses s’était inversé. C’était les êtres humains qui mourraient s’ils ne se liaient pas ! C’était une bonne nouvelle pour elle. Oui, elle était un dragon ! Elle était faite pour vivre au Màr Ménel, pas au Màr Tàralöm. Mais ce n’était qu’une illusion. Bien vite, l’odeur de la poussière lui monta aux naseaux. Le ciel magnifique du Màr laissa place à un plafond de marbre couvert de toiles d’araignées. Des esprits voletaient tout autour d’eux. Et devant le couple dragon/lézard se trouvait une gigantesque dragonne d’une couleur jamais vu auparavant : une Reine améthyste.

° Vous avez tué ma liée ! Je la vengerai !° vociférait-elle en lançant un jet de flammes bleues dans leur direction.
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MessagePosté le: Mar 4 Nov 2014 - 22:51 Répondre en citantRevenir en haut

De par l'envoutement de son chant entêtant, Alyin était habitué à la mouvance du monde, et lui était vendue corps et âme. Aucune des chimères présentes en ces lieux ne pouvait à elle seule espérer l'attirer vers l'éveil. Toutes trouvaient un écho ou un reflet scintillant dans les contes colorés de son enfance, ou tout du moins, la Neishaane était plus qu'assez buté pour s'en convaincre.

La petite lézarde noire n'entendit pas Ruri argumenter avec le géant. Elle perçut le vrombissement sourd du géant et la plainte de Ruri, aussi légère que les lamentations du vent dans les lourdes portes closes de son village dans les montagnes.

Il y eut un coup plus violent que les autres, et non moins tonitruant, comme on eut frappé un gong et la petite lézarde, bien que délivrée de sa prison s'en trouva pis que sonnée.

A la lisière de son champ de vision, elle aperçu l'oeuf roulé, tel un sort funeste en suspens ou un bonheur hors d'attente. Narquois, mystérieux, insaisissable. Et tout à fait à même de résister aux géants embusqués sur son terrain. Alyin se trouva brusquement délivrée par la Dorée, elle fêta sa libération par l'esquisse de quelques pas titubants, tenta tant bien que mal de se maintenir par quelques battements d'ailes maladroits et s'effondra sans plus de cérémonie.

C'est alors qu'elle vit la dragonne dorée. Impuissante, elle lança une trille inquiète à l'intention de Ruri. Une Dorée. Voilà qui ne leur attirerait que des ennuis. Comment donc sa comparse d'infortune pouvait-elle se réjouir ? Elles étaient en danger, à n'en point douter ! La petite lézarde fit profil bas. Ruri avait remercié la Dorée. Il s'agissait probablement d'un stratagème élaboré visant à apaiser sa méfiance pour leur permettre de fuir.

L'oeuf menaçait d'éclore et Alyin en frémit. D'un instant à l'autre, le dragonneau mort-né pouvait s'en extraire, et la reine les menacer de ses crocs effilés... Mais la créature sommeillant dans l'écrin nacrée semblait plus que décidée à vivre. Alyin s'envola par précaution quand le dragonneau s'extirpa de sa coquille. Ses écailles étaient noir, forgée du même monceau de nuit insondable que celle d'Alyin.

Ruri aussi avait perçu la menace représentée par le nouveau venu, car elle eut elle aussi un mouvement de recul. La créature avait beau être risible, des membres bien trop épais pour sa carrure, des ailes de trop grande envergure, elle n'en demeurait pas moins un dragon, redoutable par essence, ou appelé à le devenir.

Le dragon lui parla. Cela n'avait rien d'époustouflant en soi. Alyin était dotée du Don. Et les lézards de feu n'avaient jamais eu peine à se faire comprendre de leurs pairs. Mais Ruri n'était pas un dragon. Cela n'évais pas de sens. Ruri était une Neishaane comme elle ! Elle aurait froncé les sourcils, si elle en avait eu.

° Si tu es Ruri, qui est-elle ? °
demanda alors Alyin, suspicieuse.

Ne disait-on pas que les dragons mentaient, et qu'ils avaient à cœur de vous égarer l'esprit ? Et ce dragon là de bien sombre allure n'était-il pas un curieux augure ? Mais à cette pensée, son âme saignait, ses écailles arboraient la même noirceur, et pourtant, elle n'avait pas eu le désir de se jouer de Ruri.

Et finalement, la reine dorée poussa le dragon noir qui se disait être Ruri vers l'autre Ruri. Celui-ci chercha à se dérober, comme conscient de la malice de la Dorée. Il n'en fallut pas plus pour Alyin. C'était la Dorée. Elle se vengeait, elle avait capturé l'âme de Ruri.

Avant qu'Alyin ne put venir en aide à son amie - si tant est qu'elle l'ait réellement pu - le monde se transfigura encore pour n'être plus que cendres et poussières.

° Je n'ai pas tué ta liée. ° protesta Alyin, avant de tourner vers Ruri un regard inquiet lequel demandait innocemment « et toi ? » .

La petite lézarde noire posa sur la reine améthyste un regard empreint de pitié. La dragonne avait goûté la chute de son Màr et la perte de sa liée. Qu'elle soit encore en vie relevait du miracle. C'était probablement sa rage qui la maintenait en vie.

° Je ne peux pas avoir tué ta liée, je ne suis qu'un lézard de feu.° argumenta Alyin.

Au lieu de se laisser attendrit, la dragonne s'emporta.

° Tu mens ! ° rugit-elle.

Et dans l'eau sournoise stagnant entre les reliefs usés des dalles, l'on pouvait voir miroiter l'image d'Alyin, son reflet prisonnier d'une autre réalité. La dragonne menaça de fondre sur elle, et Alyin se réfugia entre les pattes de Ruri-dragon.

° Toi qui es un grand dragon, dis-lui !°


Et à mesure qu'Alyin disait ces mots, le corps de Ruri-dragon s'allongeait jusqu'à atteindre la taille d'une Impératrice noire, assez pour pouvoir regarder yeux dans les yeux la reine vociférante, assez pour sentir quelques toiles d'araignées éparses s'emmêler dans ses piquants.



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