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 [RP] Que se mêlent les flammes du destin... Sujet suivant
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Asshai Anara
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MessagePosté le: Lun 21 Juil 2014 - 14:21 Répondre en citantRevenir en haut



« C'est une convocation ! Pas une invitation ! C'est une catastrophe, je vais me couvrir de ridicule ! »

Une fois de plus sa maîtresse était dans tout ses états. Il n'avait fallut qu'une simple invitation de la part de l'émir d'Arsuh, il y a de cela une lune, pour que la femme entre dans l'une de ses crises de confiances dont Asshai n'avait que trop l'habitude. Oh, bien sur, elle ne s'en plaignait pas, cela était bien plus qu'une aubaine pour elle. Et ce soir comme à chaque fois, elle saurait lui redonner le sourire de par sa simple présence.
Venant entourer de ses bras les épaules de sa maîtresse, la fëalocë en profita pour lui glisser un doux baiser dans le creux du cou.

« Allons ma Dame... Vous êtes la perle de la capitale, tous ne regarderont que vous. Une fois de plus vous allez savoir briller comme nulle autre. Allez, séchez moi ces larmes, vous allez devoir vous préparer. »


Entre deux reniflements la jeune maîtresse réussit à miauler à sa servante ;

« Oui, vas y, occupes toi de mes cheveux si il le faut. Après files te préparer, je ne souhaites pas mettre mon époux dans l'embarras.

« Évidemment ma Dame. »


Essuyant les dernières larmes qui coulaient le long de la joue de la jeune épouse, Asshai entreprit de la coiffer avec sa dextérité habituelle. Les artifices de la beauté voilà bien longtemps qu'elle avait apprit à les connaître.

« La femme de l'émir sera présent. »

Elle connaissait ce ton plaintif. Lorsque sa maîtresse ne craignait pas de faillir par l'intellect, c'était par la beauté. Une concurrente trop avenante suffisait autrefois à la déstabiliser et à lui donner envie de quitter les lieux au plus vite. Depuis sa servante était arrivé dans sa vie, et lui avait apprit à tenir tête à toutes ces concurrentes potentielles. Après tout attirer le regard d'un homme n'était pas qu'affaires de physique, elle en savait quelque chose.

« Runa Salv, la fille de Sadden Salv, émir de l'oasis d'Har-lu. J'en ai entendue parler. L'une des plus belles femmes des neuf oasis parait il. Quelle dommage que vous ne vous montriez pas plus souvent aux yeux du monde pour faire taire ces rumeurs ma Dame.


Les rumeurs... Asshai se faisait un malin plaisir à les recueillir et à les colporter. En tant que servante, elle avait tout loisir de se joindre aux autres domestiques, aux cuisiniers, aux caméristes... Toutes ces petites mains qui s'agitaient dans l'ombre et par qui les plus traîtres histoires pouvaient se répandre. A en croire ce qu'il se disait Runa Salv commençait à être déprécié de son mari. Sa maison toute entière croulerai sous des dépenses inutiles, et elle serait stérile. Si ce dernier point était vrai, alors elle plaignait cette pauvre jeune fille, l'une de celle qui avait choisit la lumière au risque de chuter dans des ténèbres bien plus obscures...

***


L'air de la musique enchantait ces lieux de plaisirs autant que le doux parfum que rependaient les plats disposés le long des hautes tables. Les salles de réceptions se succédaient, immenses, peuplés des membres les plus notables d'Arsuh qui s'abandonnaient au creux de lits et de coussins entremêlés. Le vent frais de la nuit pénétrait par les hautes arcades, faisant voler les voiles aux couleurs chatoyantes qui semblaient répondre au rythme lancinant des danseuses qui évoluaient au centre de chaque Triclinium. Tout cet étalage de luxe tapageur aurait put tourner la tête à n'importe lequel des hommes du peuples, mais ici nul n'oubliait que sous les voiles et les parfums, se dissimulait le relent nauséabond des jeux de la politique.

Cela faisait près de deux heures qu'Asshai se tenait là, droite et inébranlable derrière sa maîtresse. A la voir au premier coup d'oeil nul n'aurait put imaginer son statue de servante. Sa mise était simple certes, mais trahissait une certaine aisance. Une robe d'un rouge cramoisie courrait le long de ses formes discrètes, à son cou brillait une imposant torque de bronze ornée de verre soufflé, et le long de ses bras se rependaient d'étranges arabesques dessiné au henné. Dans l'entourage du conseiller Telm, il était bien connu que son épouse s'avérait d'une grande générosité avec sa petite protégé. Cela lui valait auprès de bien des domestiques une image de maîtresse juste, bonne et protectrice. Image qu'Asshaï s'était empressé de faire valoir.

Deux heures que cette servante épaulait sa maîtresse dans ce véritable champs de bataille politique, lui évitant d'un simple murmure à l'oreille tout les chausse-trapes qui se tenaient sur sa route. Chaque fois que débutait ce genre de banquet, elle savait que Sybille, impressionnée, était plus susceptible de commettre des erreurs. A présent elle était lancée dans le jeu formidable de la conversation et des salutations. D'un œil serein la fëalocë observait sa maîtresse évoluait parmi les convives, aussi à l'aise que si il s'était agit de la maîtresse des lieux. Forte de son statue d'épouse du troisième conseiller du sultan, elle voyait des femmes tant que des hommes de moindre extraction venir flatter sa beauté, la solliciter ou lui soutirait quelque conseils.

Jugeant que son travail avait été accomplie comme il se devait, Asshai disparut dans l'ombre avant que sa maîtresse n'est put s'en rendre compte. Elle savait quelle était sa place, et la tenir était pour elle le meilleur moyen de resserrer son emprise autour des Telm.

Filant discrètement derrière les voilages qui dissimulaient aux yeux des convives trop curieux les alcôves qui pullulaient le long des murs et des vestibules, Asshai cherchait sa prochaine victime. Ce genre de réception était propice aux enquêtes. Tout ce qui pouvait servir les Telm dans leur accession au pouvoir était toujours bon à prendre. L'alcool déliait les langues, et entre les danses et le vin, un homme s'abandonnait beaucoup plus facilement à la confidences de quelque noir secret.

Mais peut être le destin en eut il voulu autrement car ce fut sur une toute autre personne que son regard s'arrêta.

Une femme au cheveux de feux et aux yeux d'or liquide. Ces yeux là elle en avait entendu parler. Les yeux de l'avidité. Serait ce possible que ce soit... ?

D'un coup d'oeil circulaire Asshai avisa une servante qu'elle fit venir à elle par un simple signe de la main. Peut être la prenait elle pour une convive d'importance.

« Excusez moi, pourrais tu me dire le nom de la femme qui se tient là bas ? »


« Runa Salv ma Dame. »

Runa Salv... Alors c'était donc elle. Flamboyante, splendide, couverte des parures les plus coûteuses... Oui bien sur, ça ne pouvait être qu'elle.

« Je te remercie. »


S'emparrant de deux verres de nectar posés sur le plateau de la servante, Asshai s'écarta de derrière les voilages pour fendre la foule, esquivant habillement les mains trop baladeuses, et venir à la rencontre de cette beauté du couchant dont elle avait si souvent entendu parler, tant en propos élogieux qu'au travers de sombres satyres. A présent elle allait pouvoir se faire un avis par elle même.

Se glissant à ses cotés, elle préféra ne pas hausser le ton et d'un simple murmure engagea la conversation.

« J'ai entendu bien des gens venter la beauté de la femme de l'émir. Force m'est d'admettre que pour une fois les rumeurs se trouvent être bien en dessous de la vérité. »


Ayant attiré l'attention de son hôte la fëalocë s'inclina en une profonde révérence, gardant les yeux rivés au sol tout en lui tendant l'un des verres qu'elle tenait là.

« Asshai Belga, pour vous servir... »
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MessagePosté le: Lun 21 Juil 2014 - 14:21 Revenir en haut

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Runa Salv
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MessagePosté le: Sam 2 Aoû 2014 - 00:20 Répondre en citantRevenir en haut



A l'occasion du solstice d'été 916, l'Emir d'Arsuh avait organisé un somptueux banquet où l'intégralité de la noblesse et de la bourgeoisie Ssyl'Shari avait été conviée, au coeur même de son palais qui faisait sa fierté. L'autre version de l'histoire ne dit pas qu'il s'agissait aussi, à quelques jours près, des 21 ans de la jeune et resplendissante Runa. De sombres rumeurs courraient sur la relation entre elle et son époux : après cinq années d'union, toujours pas d'héritier en vue, aucun écho de grossesse. Runa était la cinquième épouse d'Ajdan, et aucune des quatre autres n'était parvenue à lui offrir de progéniture. Bien évidemment, dans ce monde machiste et où la puissance de l'Homme n'est plus à prouver, il était hors de question d'avouer que c'était l'Emir qui était la cause de tous ces mariages infructueux. Bien qu'Ajdan fut toujours profondément envoûté par la beauté de sa jeune épouse - tout comme les quatre autres, d'ailleurs - il n'en demeurait pas moins miné par cet échec. Et l'idée de prendre une nouvelle épouse l'obsédait déjà depuis quelques temps.

La jeune fëalocë, elle, se réjouissait de ne pas être en mesure de porter le demi-sang de ce gros pourceau d'humain. Si elle feignait sourires et regards doux en observant l'Emir, ses yeux trahissaient une lueur carnassière de haine profonde à son encontre. Mais qu'importe. Ce genre de réception avait au moins le mérite de faire s'ouvrir les portes de sa cage dorée, et comme elle n'avait pas l'autorisation de quitter cette dernière, le fait de voir de nouveaux visages lui apportait un semblant de joie dans cet univers hypocrite. La vérité c'est qu'elle rêvait de mettre le feu à la moindre créature de cette assemblée.

Il faisait encore doux en cette soirée, malgré l'heure avancée de la sorgue. Dans une danse légère et presque radieuse, les voilures tissées d'or se soulevaient doucement pour parfois laisser apparaître une ombre furtive, la riche silhouette d'un noble ou un ciel aux teintes indigo et piqué d'étoiles d'argent, paisiblement couché sur le désert plongé dans le calme de la nuit.
Il émanait des lieux une certaine convivialité. Les joueurs de cithare, de flûte, de percussions et de vielle à roue s'accordaient à interpréter des mélopées variées afin que les convives, en traversant les différentes salles de festoiement, puissent en quelque sorte voyager. Ainsi, on pouvait commencer par l'aile Est et déguster des mets aux épices étranges, le tout ponctué du rythme endiablé des danses populaires du reste de Rhaëg, et arriver doucement à l'aile Ouest pour savourer les douceurs sucrées du Ssyl'Shar, au pas lancinant de musiques traditionnelles et envoutantes.
Les appliques murales, les lampes à huiles et les bougies offraient un clair-obscur tamisé à ces lieux déjà presque magiques. Les servantes allaient et venaient au service de tout ce beau monde, à mesure que les danseuses agitaient hanches et poignets dans un rituel quasi érotique. Elles étaient belles et soigneusement choisies pour ravir ces messieurs, mais elles n'égalaient pas la princesse embrasée qu'était Runa.

Elle se tenait là, au milieu d'une pièce aux effluves d'encens et de pâtisseries sucrées, dans sa droiture de noble que rien ne devait faire défaillir. Qui ne remarquerait pas la beauté froide de cette jeune femme dont les invités se pressaient pour converser avec elle ? Réputée pour être un pilier de caprices et de rage, la cinquième épouse était aussi reconnue pour sa culture et sa perspicacité, et on racontait que débats et réflexions prenaient une toute autre ampleur lorsqu'elle y ajoutait sa pensée. Si elle n'avait pas été tout à fait détestable, sans doute aurait elle été d'autant plus appréciée.

Elle était parée d'or sur sa robe grenat, ses longs cheveux incarnats coiffés de tresses et de perles d'ambre et recouverts d'un voile richement tissé, le visage peaufiné à l'aide de fard à paupière sombre et de poudre dorée. Le doute n'était pas permis : elle était bien LA princesse de ces lieux, et tous ces nobliaux avides de se faire connaître n'atteindraient jamais sa beauté et sa force. Elle acceptait de converser avec certains membres reconnus de hautes maisons ou affiliés au Sultanat, tout comme elle refusait la compagnie d'autres personnes d'un geste méprisant de la main. A cette époque, Runa avait le pouvoir, mais sa gloire s'étiolait. Dans les cuisines, dans les couloirs, lorsqu'elle avait le dos tourné, les esclaves parlaient déjà de sa chute.

Elle jugea qu'il était tard et qu'il était temps qu'elle gagne ses appartements. Le bruit commençait à la peser, tout autant que ces gens qui tournaient autour d'elle comme des vautours affamés de politique et de prestige. Alors qu'elle allait quitter les lieux, une ombre féline se glissa à côté d'elle sans y avoir été invitée.

- J'ai entendu bien des gens vanter la beauté de la femme de l'émir. Force m'est d'admettre que pour une fois les rumeurs se trouvent être bien en dessous de la vérité.

La princesse ne cilla pas. Elle était évidemment magnifique, et tout le monde le lui répétait jour après jour depuis sa naissance. Ce genre de compliment n'avait rien d'exceptionnel, il était même plutôt fade. Runa s'apprêta à congédier cette femme d'une parfaite impolitesse malgré sa révérence exagérée mais la petite osa parler d'avantage. Asshai Belga ? Sans doute une pseudo-bourgeoise qui voulait se faire passer pour quelqu'un de la Haute sans y parvenir.
Dans un silence glacial, la jeune épouse détailla l'inconnue avec tout le dédain du monde et la considération qu'on accorde aux petites gens. Il suffisait de la regarder, cette Asshai : une tenue de servante et quelques apparats de basse fortune dénichés au marché noir, sans doute. Son seul avantage était incontestablement sa race. Runa sentait la pureté de son sang fëalocë bouillir dans ses veines, trahi par la fureur de sa chevelure de rubis et le teint de sa peau baignée de soleil.
La princesse toisa cependant Asshai de ses opales d'ambre et de miel, ignorant superbement la coupe de nectar qu'elle lui tendait poliment.

* Alors petite chienne, tu as perdu ton maître ? *


- J'ai bien assez d'esclaves.


D'une main frêle et pâle, la furie repoussa la coupe proposée sans douceur. Le ton avait été dur, à l'image de son expression. Elle poursuivit, plus ironique :

- Que me vaut le déplaisir de cette conversation au combien inintéressante, jeune impudente ?
Faites vite, j'ai autre chose à faire que converser avec la raclure des bas quartiers commerçants. Ah et, comment êtes-vous entrée ici d'ailleurs ? Votre place n'est-elle pas dans un taudis ou un quelconque bordel ?


Runa se tenait droite, méprisante. Peut-être ces quelques piques allaient faire fuir l'étrange et intrigante Asshai ?



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
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Asshai Anara
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MessagePosté le: Lun 4 Aoû 2014 - 17:41 Répondre en citantRevenir en haut



Encore l'une de ces affreuses petites poisons que la noblesse avait l'habitude d'engendrer. Elle les connaissait bien celles-là pour avoir passé toute son enfance à leur cotés. L'épouse de l'émir ne devait sûrement avoir connu de sa vie que l’opulence, la chaleur d'un toit et le bon plaisir de pouvoir manger à sa faim chaque jour que les dieux faisaient. Ce genre de personne Asshai les méprisait autant qu'elle les enviait - elle, jeune fille de basse extraction qui aurait put s'élever bien au dessus d'eux par son seul esprit. Le destin en avait voulu autrement, et finalement elle se trouvait ici, s’interdisant de laisser paraître la moindre trace de ce que recelait réellement son esprit. Peut être était ce mieux ainsi...

Cette jeune fille ne valait probablement pas grand chose, et il serait aisé pour elle d'en obtenir les renseignements qu'elle désirait.

Ce premier échange l'avait déjà convaincu que sa beauté n'était pas la seule rumeur justifiée courant à son propos. D'une femme aussi désagréable et aussi dédaigneuse, il n'y avait qu'un pas pour en arriver à Runa Salv, l'épouse stérile, dépensière et capricieuse. Les voix du peuple pouvaient parfois s'avérer d'une redoutable efficacité lorsqu'il s'agissait d'avaliser ou de discréditer une personnalité publique, et cela la jeune princesse semblait l'ignorer - pas Asshai.

Si Runa était une femme aussi détestable qu'elle pouvait le laisser paraître, elle se ferait un plaisir d'aller l'indiquer à ses maîtres. Par la suite quelques rumeurs bien choisis à son propos, deux ou trois scandales purement fantaisistes à laisser courir à travers les tavernes et les bordels, et en l’espace de quelques mois il en serait fait de la réputation de la femme de l'émir
A ce dernier il reviendrait de choisir entre répudier sa femme pour se concilier le peuple au risque de s'attirer l'ire de l'émir d'Har'lu, ou de la conserver et de subir toute la violence de la colère du peuple. En manœuvrant efficacement, quitte à s'appuyer sur l'influence de Sadden Salv, le sultan pourrait réussir à le remplacer par un émir bien plus docile pour renforcer son propre pouvoir, et peut être même - si le sort souriait à la fëalocë - réussirait elle à y propulser Anadred Telm.
Un tel poste serait une véritable consécration suite aux mois de labeur que la Anara avait passé au service de ses maîtres. Un moyen de reprendre les rennes de sa vie en main, dut-ce cela se faire par l’intermédiaire de quelques hommes ambitieux. A l'origine de chaque monuments aussi haut soit il, il y avait toujours un esprit audacieux, et aujourd'hui ce pouvait bien être elle.
Alors il lui faudrait en apprendre le plus possible sur cette jeune femme., découvrir quelles étaient les failles de son armure de charme, et les exploiter au mieux pour la mettre à terre.

Asshai ne bougea pas un seul muscle alors que son hôtesse lui crachait tout son mépris au visage. Tout les mots glissèrent sur elle comme la pluie pouvait glisser sur la montagne sans parvenir à la vaincre. Véritable sanctuaire de calme et de mesure au coeur de cette tempête, tout son être semblait s'être figé en une expression convenable et agréable. Son masque était de glace, mais au fond de ses yeux, une lueur de rage sourde grondait. En elle brûlait le feu de sa race, mais la simple idée d'imaginer cette femme si arrogante chuter un jour grâce à tout le venin qu'elle même pourrait répandre à son sujet suffisait à la contenir dans son rôle de servante dévouée et agréable.

« Il arrive que l'éclat de certaines étoiles en dissimulent d'autres. »


Penchant la tête comme pour mieux observer la jeune femme, Asshai s'avança lentement pour venir lui faire face. D'un geste, elle tendit l'autre coupe sur sa droite, attendant qu'une autre servante vienne l'en débarrasser.

« Navré... Je réside à la cour du Sultan. »

Par cette simple phrase, elle répondait à toutes les questions qui lui avait été posé sans avoir (du moins l'espérait elle) à se justifier d'avantage. Chaque fois qu'elle était ainsi amenée à fréquenter les hautes sphères, elle préférait rester flou quant à son extraction. Bien souvent son assurance réussissait à flouer les personnes trop soucieuse de savoir à qui elles avaient à faire. Ces dernières préféraient bien souvent feindre de connaître son nom plutôt que d'avouer ne pas connaître l'une des nouvelles têtes montantes du paysage politique d'Arsuh.

Comme pour donner plus de crédits à ses propos, Asshai laissa son expression adopter quelques relents de douceur maternelle, et se contenta d'ajouter dans un murmure caressant :

« La fatigue sans doute... De toutes les femmes présentes ce soir, vous devez sans doute être la plus sollicitée. L'épouse de l'émir se voit consulter pour la sagesse de ses conseils, tant par son mari que par son entourage. »


Tout en discutant, Asshai observait Runa du coin de l’œil. Oui elle était belle, de ces beautés tapageuses et flamboyantes.
Exception faite de la chevelure ardente de leur race, l'une et l'autre étaient en tout point différentes. Les yeux d'or liquide de la princesse d'Arsuh semblaient éclipser par leur lueur les pâles prunelles lunaires d'Asshai ; au visage si jeune et d'une grâce séduisante de la première s'opposait celui de la seconde, mature et anguleux.

Asshai aurait put la jalouser mais ce n'était pas le cas. Extrêmement lucide sur ce qu'elle pouvait rêver d'être ou de ne pas être, elle était consciente qu'elle n'était pas et ne serait jamais l'une de ces déesses des neuf oasis dont parlaient tant les contes.
Mais elle savait aussi qu'aussitôt après avoir goutté leur fruit, l'homme faible finissait par s'en détourner, intéressé par une autre croupe plus appétissante. Certes, bien souvent Asshai passait inaperçue, que ce soit dans la foule ou en comité réduit, mais lorsque l'envie lui prenait d’attirer un homme, ou même une femme auprès d'elle, elle se savait être une séductrice hors pair. Et contrairement à beaucoup d'autres, elle était capable de les garder aussi longtemps qu'elle le désirait sans jamais que la lumière présente au fond de leurs yeux ne s’éteignent.
Finalement la vivacité de son esprit et le charme de sa langue s'avéraient être des armes autrement plus efficace qu'un simple minois, qui de toute manière finirait par se flétrir tôt ou tard...

Reportant son attention sur son homologue, Asshai reprit.

« Soyez rassurée, mon intention n'était pas de venir vous importuner en vous réclamant quelques faveurs. Je ne cherche qu'à profiter des menus plaisirs que peut nous apporter la vie. Et à ce propos... La compagnie de l'épouse de l'émir est dit on un ravissement pour les sens de ses hôtes. »


Inclinant légèrement la tête, elle leva son verre comme pour porter un toast à la première concernée avant d'y tremper le plus délicatement du monde ses lèvres.
Runa Salv
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MessagePosté le: Mer 6 Aoû 2014 - 15:42 Répondre en citantRevenir en haut



Runa accorda à Asshai ce genre de regards qu'elle connaissait si bien et gérait à la perfection : l'incarnation même de tout le dédain qu'on puisse offrir à moins important que soi ou la basse considération qu'elle offrait d'ordinaire à ses servantes. Elle avait le menton légèrement relevé et les lèvres serrées pour ne donner à son interlocutrice aucun désir particulier de poursuivre cette conversation. Pourtant, derrière ses remparts de fierté, la jeune épousée ressentait une forme d'intrigue à l'encontre de cette femme à l'aura douce sous ses traits durs. Au hasard d'une envie curieuse, Runa croisa le métal froid des opales d'Asshai avant de parcourir le reste de son corps plutôt harmonieux malgré une tenue de moindre facture. Doucement, elle remonta le long de ses doigts, détaillant les fines arabesques brunies de henné sur ses mains, puis remonta son bras et atterrit à nouveau sur le minois dérangeant de cette femme. Asshai Belga était dérangeante sous sa beauté étrange, il était impossible de lui donner un âge, comme si le temps s'était figé autour d'elle et n'avait plus la moindre emprise sur sa décrépitude.

En revanche, elle avait beau s'exprimer avec les métaphores et les belles phrases de la noblesse, elle n'en n'était pas une. Runa ne parvenait même pas à voir en elle une petite bourgeoise enrichie par une union arrangée avec un riche commerçant du continent. Il n'y avait là qu'un joli petit bout de femme mystérieuse, peut-être une ancienne courtisane aux vues des traits avantageux qu'elle cachait sous sa robe d'un rouge éteint.

Mecontente à l'idée d'apparaître bien proche d'une créature de cette condition si simple, Runa fit un petit pas de recul alors que son interlocutrice s'approcha d'elle. Sous ses attraits embrasés, la princesse était bien sauvage et n'avait pas besoin de jouer à un jeu pour le rappeler à autrui. Son visage fermé par la méfiance s'ouvrit avec surprise lorsqu'Asshai lui énonca qu'elle résidait au palais du Sultan : pouvait-on mentir plus éhontément ? Sans doute résidait-elle dans le quartier des servantes, ou parfois elle se faufilerait dans les couloirs pour satisfaire les caprices charnels de sa Majesté. Peut-être même était-elle parvenue à se sortir du harem royal dans le but d'assister à cette petite soirée. Si c'était le cas, Runa n'aurait qu'à claquer des doigts pour faire exécuter cette femme.

Mais quelque chose lui faisait penser que ce n'était rien de tout ça. Sans doute accompagnait-elle quelqu'un de plus haute stature, comme une dame de compagnie pour noble, peut-être ? Ce genre de métier était répandu, surtout en Ssyl'Shar, car il fallait vivre vite et bien et mourir jeune : les bourgeoises et les nobles étaient souvent propulsées au plus tôt dans la cruauté d'un milieu mondain et hypocrite, comme on offre en pâture une souris à un serpent dans une arène d'or. Asshai était probablement la conseillère de l'épouse d'un homme d'importance. Runa était persuadée de l'avoir percée à jour, et elle détestait ce genre de personnes : futées, peu crédules, difficile à convaincre, trouvant toujours un moyen d'éviter une question.. Des personnes plus difficiles à manipuler. Mais après tout, il y avait une part de défi à interagir avec eux..

- Soyez rassurée, mon intention n'était pas de venir vous importuner en vous réclamant quelques faveurs. Je ne cherche qu'à profiter des menus plaisirs que peut nous apporter la vie. Et à ce propos... La compagnie de l'épouse de l'émir est dit on un ravissement pour les sens de ses hôtes.


Runa manqua de hurler à l'idée qu'on parle d'elle en des termes si peu élogieux. Il y avait une signification franchement péjorative dans les propos d'Asshai. Elle cracha, froide et dure :

- Pardon ?
Je vous interdis de parler de moi ainsi, petite sotte !



Ajdir 1er - Emir d'Arsuh


- Allons allons, ma douce furie, laisse la parler..

Une large main rugueuse et usée par le temps et l'âge se posa sur la nuque nue d'Asshai. Elle sentirait la poigne de l'Emir descendre tendrement le long de son dos jusqu'à atteindre ses hanches et ses courbes de femme, impunément. L'homme, gros et gras à qui rien n'avait jamais manqué, tenait la belle servante contre lui, l'enserrant d'un bras comme un trophée. De sa main libre, il tenait une coupe de vin, et à mesure qu'il s'exprimait une haleine alcoolisée faisait froncer le nez de la jeune Runa, dégoûtée. Les yeux d'un gris sombre d'Ajdir déshabillaient Asshai d'une lubricité somme toute tout à fait vulgaire. Il était ivre, mais ça ne changeait rien, ce n'était pas la première fois qu'il fricotait avec les accompagnatrices de ses invités lors de ses petites soirées.
Il déposa un premier baiser imprégné de vin dans le cou d'Asshai. Son pouce caressa les lèvres de cette dernière, avec une certaine tendresse.

- Une bouche si succulente..
Si la compagnie de ma cinquième épouse t'ennuie, tu pourras me retrouver une fois qu'elle aura fini avec toi. Une sucrerie comme toi mérite d'être dégustée..


Il déposa un second baiser, plus doux encore, dans le creux de l'oreille de la fëalocë en effleurant son bas dos du bout des doigts, le tout avant d'embrasser amoureusement la main de Runa. Runa tira violemment cette dernière de sous les lèvres de son époux, dégoûtée par son attitude. Asshai n'était pas sa première conquête de la soirée et ne serait pas la dernière.. Le plus attristant était que l'Emir tenait sincèrement à sa jeune épouse car elle était d'une beauté rare, mais la compagnie des autres lui était tout aussi nécessaire.
Elle jeta un regard plein de mépris et presque de haine à l'encontre de demoiselle Belga.

- Félicitations, vous avez obtenu ce pourquoi vous étiez là ce soir : les faveurs de mon mari. Vous pourrez vous vanter auprès de sa Majesté le Sultan d'avoir connu la couche de l'Emir d'Arsuh.

Profondément blessée mais aussi enragée, elle claqua des doigt, et une servante accourut avec un plateaux de coupes aux boissons alcoolisées et d'autres non. Bien que l'alcool lui fut interdit, Runa prit un verre de vin et y trempa ses lèvres avant d'ajouter :

- Buvez. Vous en aurez besoin pour supporter une seule heure de son souffle chaud sur votre peau, sa sueur et sa salive.

Elle avait le visage de quelqu'un de peiné et prêt à tuer tout ce qui bougerait, d'un seul ensemble. Runa avait presque les larmes aux yeux, mais elle ne pleurerait pas. Elle n'avait jamais pleuré. Elle ne pouvait pas pleurer sur une relation qui s'était révélée inconcevable depuis le premier jour. Cinq ans plus tôt elle venait de se marier à un être qui la dégoûtait par dessus tout et qu'elle n'avait jamais aimé. Enfin, la fëalocë arrivait à saturation. Ses plans de tuer l'Emir se confirmaient déjà dans son esprit.
Froidement, elle conclua ceci - et grâce aux dieux ces paroles furent étouffées par le brouhaha de la musique et des conversations alentours - :

- Parfois, je rêve que mes fauves le dévore lui et ses putains.



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Asshai Anara
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MessagePosté le: Jeu 7 Aoû 2014 - 01:11 Répondre en citantRevenir en haut


L'émir Ajdir Ier en personne... Il aurait certainement mieux valut pour Asshai que celui là ne vienne pas l’importuner de la sorte. Elle s'était retrouvé ainsi, entre le mari et l'épouse, objet de désire de l'un, et de haine de l'autre. Étrange trio qui c'était ainsi formé... La dame, le seigneur et la putain.

Oui elle était le charme même, et pour des hommes tels que celui là, elle n'avait rien d'autre à faire que de rester ainsi, sans ciller, objet de désire inaccessible, d'une froide distance. Sa simple présence suffisait parfois à briser les esprits les plus faibles, qui se traînaient à ses pieds pour se voir accorder ne serait ce qu'un regard.
Le contact de la peau tannée et sèche de l'humain ne la fit pas sursauter, pas plus que les baisers qu'il semblait vouloir lui arracher. Elle avait connu des clients autrement plus vieux et lubriques que celui ci. Même si il n'y avait eut le regard rageur et flamboyant de Runa Salv posé sur eux, Asshai n'aurait pas réagit différemment. Sans un soupire elle resta ainsi entre les mains de ce maître, fixant au loin un point inexistant et sans lui accorder un seul regard. Elle se laissait toucher sans broncher, mais refusait de lui rendre la moindre caresse. Qu'il la sente, qu'il l'admire, qu'il l'aime, et tôt ou tard il finirait par tomber à ses pieds. Il en allait toujours ainsi. Alors que les lèvres aux relents avinés se posait dans le creux de son cou, elle put voir en elle grandir une chaleur qu'elle connaissait bien. Pendant l'espace d'une seconde, elle sentait le désir de cet homme pesait sur elle, et elle, le lui rendait par milles promesses silencieuses. Elle jubilait de se voir si belle dans les yeux de celui ci, de se savoir toute puissante face à lui. Maintenant c'était elle le maître.

L'homme aurait put finir par se jeter à terre si une autre main, à la peau autrement plus douce, mais à la poigne mainte fois plus rude ne l'avait arraché à cette étreinte. L'illusion s'envola entre les volutes de parfum que charriait l'embrasée. Un instant le monde s'était suspendu au delà des musiques et des rires qui ponctuaient cette soirée, et maintenant tout était rentré dans l'ordre. Sans un mot elle se laissa entraîner par Runa. Son sourire n'avait pas un seul instant quitté ses lèvres, et elle restait encore un instant perdu dans le souvenir de ce qu'il venait de se passer. Voilà qui ferait une belle leçon d'humilité pour la petite princesse du désert qu'elle était. Sa beauté n'avait d'égale certes, mais le jour où elle se fanerait et que son mari l'abandonnerait à son triste sort, Asshai elle serait toujours une femme libre, toute proche, à s'agiter dans l'ombre, obtenant des puissants les plus belles faveurs de par son simple charme.

Un plateau ne tarda pas à apparaître porté par une servante aux allures terrorisées. En voilà une qui devait avoir l'habitude des colères de sa maîtresse. Asshai s'en amusa... Pauvre petite créature fort maladroite, comme elle la plaignait. Par la grâce d'Osmael, elle même avait eut la chance d'être mené auprès d'une maîtresse ô combien moins délicate que celle là. Le destin faisait bien les choses... Alors que la jeune femme fuyait plus qu'elle ne se retirait, Asshai lui murmura un merci et laissa Runa se saisir la première de l'un de ces verres de vins avant de s’exécuter à son tour, suivant l'ordre qui lui était donné. Sans mot dire elle observa celle qui lui faisait face.

Était elle réellement blessée par ce qu'il venait d'arriver ? A voir son simple regard qui aurait put pétrifier à lui seul une armée en pleine course, cela ne faisait aucun doute. Mais qui pouvait seulement être amoureux d'un homme aussi vieux et aussi décadent que le vieil émir ? Assurément pas une jeune fille aussi belle et aussi caractérielle. Non … Asshai soupçonnait plutôt que cette tristesse soit d'avantage motivé par une question d’orgueil personnel. A voir comment la jeune femme avait réagit depuis le début de leur rencontre, elle se voyait comme une reine, et aspirait à être traité comme telle. Y avait il seulement de la fierté à voir son mari dédaigner une beauté si parfaite, une femme de la noblesse qui plus est, pour la première catin -car au fond c'était bien là ce qu'elle était n'est ce pas ? - venue ?

La conclusion qu'apporta Runa à sa tirade ne faisait que confirmer ce qu'elle pensait.

« Parfois, je rêve que mes fauves le dévore lui et ses putains. »


Cette simple phrase fit à Asshai l'effet d'une lame glacée tant elle semblait empreinte de cruauté, mais elle ne put s'empêcher d'en éprouver une vive satisfaction ! Enfin elle touchait au but... Runa Salv s’apprêtait à dévoiler son véritable visage.

Posant son doigt sur sa bouche, elle tenta de lui faire comprendre que point ne devait être trop dit.

« Ma dame... Les mots volent plus loin que le sable pris dans la tempêtes. »

Fixant cette fois ci Runa droit dans les yeux, elle laissa glissait sur ses lèvres l'un de ses sourires indescriptibles. S’emparant d'une coupe de vin elle en but une longue gorgée. Elle avait prit l’habitude de boire lors de sa carrière écourtée de prostitué. Cela donnait du courage, et le client n'aimait pas boire seule. Avec le temps elle avait apprit à s'y accoutumer et à y prendre goût. De tels plaisirs n'étaient pas donnés tout les jours dans la maisonnée Telm aussi saisit elle l'occasion.
D'une autre façon, peut être que cela endormirait la méfiance de sa compagne. Si celle ci la voyait boire autant qu'elle, peut être accepterait elle de se livrer plus facilement sous couvert de l'ivresse...

« Vous pouvez toujours le livrer à vos animaux de compagnie, le voir mourir égorgé dans une marre de sang, mais à quoi bon si vous pourrissez pour le restant de vos jours dans une cellule humide... ? Le prix à payer n'en serait il pas trop élevé... ? »


Avisant un amas de coussins qui n'attendait qu'elles, déposés là au fond d'une alcôve discrète, Asshai en profita pour s'y laisser sournoisement glisser dans un soupire d'aise, avant de ramener quelques voiles auprès d'elles pour les dissimuler aux yeux des autres convives. Son attitude si légère contrastait étonnement avec le haine palpable qui semblait émaner de Runa.

« Le temps s'écoule... Laissez le faire son œuvre... Et en attendant, faites vous de cet homme un allié plutôt qu'un ennemi. Vous ne souhaitez pas qu'il vous touche n'est ce pas ? Alors pourquoi m'avoir arraché de ses bras ? A cet instant il court déjà d'autres jupons. Vous pouvez enrager, cela ne sert à rien. Je ne doute pas que vous ayez autant de force et de courage qu'un homme, mais la vie en a voulu autrement pour vous. Appliquez vous à lui complaire, et il vous mangera dans la main en moins d'une lune... Le pouvoir vous a-t-il déjà tenté Runa Salv ? »


Se lovant un peu plus sur la confortable couche, Asshai fit légèrement tourner sa coupe entre ses doigts tout en examinant l'insatiable princesse de son regard de pierre.

« Peut être vous serait il reconnaissant si vous veniez à lui présenter d'autres femmes susceptibles d'être à son goût ? Il verrez en vous une épouse attentionnée et sensible à ses désires... Et vous pourriez vous mêmes vaquer à quelques... occupations... »

Haussant un sourcil mutin elle lui faisait bien comprendre qu'elle pourrait tout à son loisir prendre un amant discret si elle réussissait à attirer son mari vers d'autres couches que la sienne. Libre à l'autre fëalocë de l’interpréter selon son envie à présent.
Mais quelle scandale formidable cela ferait si l'on venait à apprendre que la femme de l'émir avait été découverte partageant sa couche avec un autre homme.
Runa Salv
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MessagePosté le: Sam 9 Aoû 2014 - 15:08 Répondre en citantRevenir en haut



La fëalocë haussa un sourcil désapprobateur lorsqu'Asshai lui signifia de baisser le ton. Voilà que la racaille donnait des ordres à la royauté.. Son envie de lui rétorquer qu'elle n'avait que faire de ses pseudos-conseils lui brûlait la gorge, mais elle se retint et darda plutôt avec méfiance celle de qui elle partageait la race. Elle ne savait toujours pas comment considérer cette femme, pas moins qu'une rivale puisque, sans bouger, son époux l'Emir s'était jeté dans les bras d'une demoiselle avec le désir ardent d'en faire sa compagne pour la nuit. Il émanait d'elle cette indescriptible aura qui vous faisait vous demander si le plus judicieux était de l'étreindre ou de l'égorger.. Et pour tout avouer, Runa avait clairement plus envie de lui arracher la tête que de s'en faire une compagne.
Elle vit Asshai boire du vin de qualité comme s'il ne s'agissait que d'une eau tiède, à grandes lampées indistinguées comme on rassasie sa soif à la fin d'une journée de labeur. Ses manières grossières trahissaient une engeance dépourvue de noblesse malgré son maintien assez élégant. Mais qui était-t-elle ? Qui servait-t-elle ? Etait-ce une espionne du Sultan ? Plus elle toisait l'inconnue à la chevelure alizarine, plus elle devenait suspicieuse..

Elle n'eut qu'à tendre la main enserrant la coupe de vin à moitié pleine pour qu'une servante ne vienne auprès d'elle avec un plateau. Runa ne voulait plus boire, d'autant qu'elle n'avait pas la permission de goûter aux plaisirs alcoolisés, quand bien même son pourceau de mari ne dirait rien ou ne pourrait l'en empêcher. Elle voulait rester lucide afin d'affronter les paroles de son homologue fëalocë avec tous les atouts qu'elle détenait.
Elle resta droite en écoutant les marmonneries d'Asshai, sans pour autant y attacher le moindre intérêt. Peu à peu, la rage provoquée par la simple vision de son mari complètement ivre se dissipa sous les mots mélodieux et tissés de la jeune femme en face d'elle. Mais Runa était fière, égoïste. Quelle importance pouvait-elle bien accorder à telle interlocutrice ?
Parce que ce qui trottait dans l'esprit de la princesse était déjà bien achalandé. Elle savait comment supprimer l'Emir et en ressortir en martyre. Elle n'aurait pas à l'endurer jusqu'à ce que la vieillesse et l'excès l'emporte, comme le suggérait Asshai. Cette simple idée de devoir supporter un an de plus ses embrassades avinées et humides lui retournait le coeur. Runa savait déjà comment tuer son époux, mais elle n'en dirait pas un mot à cette femme.

Elle vit cette dernière s'éloigner d'elle pour mieux l'inviter à s'étendre sur les coussins d'une alcôve discrète, dissimulée par de longs rideaux azuréens à moitié opaques, ne laissant suggérer que leurs silhouettes. Elle hésita un instant à la suivre, plutôt séduite à l'idée de la laisser finir la soirée seule comme une moins que rien. Mais au regard de toutes les conversations qu'elle avait pu avoir au cours des festivités de cette nuit, Asshai suscitait une certaine appétence chez la fëalocë princière qui la poussait à vouloir la connaître d'avantage. Avec une certaine dignité, Runa finit par s'asseoir gracilement aux côtés de l'étrange femme aux yeux de l'apparat de l'argent.
Alors qu'elle lui jeta un regard empli de mépris et de condescendance, cette dernière lui souffla - à bien en croire ses mots - de prendre un amant. Mais pour qui se prenait-elle ?! La furie avait besoin de tout sauf de ça. Ce n'était pas la compagnie des hommes dont elle avait besoin, ni même celle de qui que ce soit. Plus son époux lui rappelait qu'elle demeurait stérile plus elle se persuadait de l'être, songeant que le nom de sa lignée ne perdurerait pas par les fécondations qu'elle était incapable d'assumer. Alors à quoi bon vouloir procréer ? Et l'amour n'existait pas, ni plus que son plaisir à tenir la couche avec un homme si séduisant soit-il.. Non, jamais d'amourette pour la princesse.

C'était surtout le ton employé avec lequel Asshai formulait ses conseils qui déplaisait à sa Grâce. Déjà, l'idée de recevoir des morales de la part d'une donzelle à la petite semaine avait de quoi lui bouillir l'humeur. Il en faudrait peu à Runa pour céder à son impulsivité..

- Le pouvoir vous a-t-il déjà tenté Runa Salv ?

Cette familiarité avec laquelle elle s'adressait à sa supérieure déclara la guerre. Le visage de la princesse se serra d'hostilité et de froideur. Elle ne dit pas un mot à Asshai, utilisant la force de sa voix pour seulement donner cet ordre :

- GARDES.


Ils étaient trois et arrivèrent rapidement, c'était peu mais bien suffisant pour le coup d'éclat qu'avait prévu Runa. Avec une certaine nonchalance, toujours confortablement installée dans l'amas de coussins sous l'alcôve, c'est d'un signe vague de la main qu'elle invectiva aux hommes armés :

- Saisissez la, tranchez lui la gorge.

Les gardes s'exécutèrent, et pendant que deux hommes tenaient la belle inconnue d'un bras chacun, le troisième sorti une dague de son fourreau, avant d'être stoppé dans son élan.

- Ah non, attendez. J'ai changé d'avis, vous pouvez la relâcher. Partez.


Sur ses lèvres se dessina un sourire assassin, pleinement offert à Asshai comme pour lui montrer qui était la dirigeante et qui était la soumise. Alors que les soldats quittèrent leur petit nid de soie et de plumes, Runa ajouta, sarcastique :

- Le Pouvoir, je le possède déjà, ma chère.
A force de vous jouer de l'intellect d'une noblesse bien stupide, vous êtes venue à moi en pensant que j'en faisais partie et que je livrerai à vous comme la plus crédule des faibles. Persuadée que vous pourriez vous placer au dessus de moi par vos conseils faussement avisés.
Je n'ai qu'à claquer des doigts pour vous faire exécuter et le Sultan lui même ne pourrait vous venir en aide ni me punir pour mon acte, quel qu'en soit le rang que vous occupez auprès de sa Cour.
Quel dommage que vous soyez à la botte d'une bourgeoise de petite condition, vous seriez allée loin dans cet univers de politique et de mensonges..


La moindre de ses paroles fut sincère, même le compliment camouflé qui conclut sa phrase..



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
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MessagePosté le: Mar 19 Aoû 2014 - 10:26 Répondre en citantRevenir en haut

Asshai avait cru pouvoir balayer tout ces hommes d'un regard ! Les voir comme les misérables petits rats savant qu'ils étaient se prosterner devant elle avant d'aller de nouveau se dissimuler dans les jupes de leur maîtresse ! Oui ! Personne ne pouvait lui tenir tête de cette manière, tous devaient ployer le genoux devant elle !

Mais en une fraction de seconde elle perdit ses moyens. Sentir leur poigne violente sur elle, et entendre siffler sa condamnation à mort la plongea dans un océan de confusion et de ténèbres où se disputaient des idées contradictoires. Elle ne vit que l'éclat d'une lame briller dans la demi pénombre qui semblait s'être levée autour d'elle. Quelques visages défilèrent dans son esprit... Non elle ne pouvait pas mourir ici aussi stupidement alors que ceux là étaient encore vivant ! Sa vie ne pouvait pas s’effondrer sous les coups des caprices d'une demi démente ! Elle ne chercha même pas à se débattre, tout son être s'était vidé de sa substance et elle ressemblait d'avantage à une poupée de chiffon qu'à une femme prête à se faire passer par le fil de l'épée.
Lorsque l'homme la lâcha, elle ne s'en rendit même pas compte... La voix de Runa ne lui parvint pas d'avantage. Elle restait là, ses yeux fixant un point inexistant, son visage ayant prit une teinte fort pâle pour la fëalocë qu'elle était, et sa bouche formant un rictus figé dans les traits tendus de son visage.Son cœur s'était probablement éteint sous le choc, ou du moins voilà ce qu'elle pensait. Elle n'arrivait plus à sentir la vie palpitait en elle. La mort... Une fois de plus elle venait de la frôler.

De la frôler... Était elle donc encore vivant ? De longues secondes s'étaient écoulés avant qu'elle ne retrouve un peu plus ses esprits. Son corps donna l'impression de se libérer d'un curieux maléfice qui l'avait figé tout ce temps durant. Deux iris à l'éclat ardent se posèrent de nouveaux sur Runa. Runa la sorcière, l'insatiable... Quelle genre de femme était ce là ? En y repensant, elle aurait put déclencher par cet acte de mise à mort tout le plan qu'Asshai avait conçu … Anadred Telm n'aurait certainement pas toléré que sa maisonnée se fasse exécuter de la sorte. En l'offensant, la femme de l'émir, aurait offensé le sultan lui même. Sa mort aurait put provoquer la chute d'Ajdir. Visiblement la demoiselle Salv avait oublié qu'elle était hôtesse en ces lieux, et que cette soirée n'était pas donné pour satisfaire ses bons plaisirs.

Crédule petit sotte qui s'imaginait posséder le pouvoir alors qu'elle ne l'exerçait qu'au nom de son époux. Elle qui s'imaginait pouvoir tenir tête au Sultan... Aveuglée voilà ce qu'elle était ! Mais Asshai se garda bien de lui faire savoir. La sagesse aurait voulu qu'elle s’éclipse et qu'elle aille rapporter tout cela à sa maîtresse. Elle en savait suffisamment à présent pour faire tomber cette femme dans la honte et entraîner l'émir avec elle.
Mais en y repensant... Au vu de la manière dont elle se comportait, elle doutait soudain que l'émir puisse hésiter à se débarrasser d'elle. Certes il se mettrait peut être l'émir d'Har'lu à dos, mais il n'en restait pas moins le premier émir des neuf oasis, et la chose serait alors plus délicate pour le sultan. Sadden Salv exigerait réparation... Ne serait ce que pour l'honneur. Ajdir, lui, aurait de son coté la puissance militaire, et le démettre de ses fonctions exigerait une alliance entre Salv et le sultanat ce qui obligerait le conseil à devoir composer pour désigner par la suite le nouvel émir de l'oasis d'Arsuh.



Il y avait sûrement plus intelligent à faire se dit elle, maintenant qu'elle observait Runa. Mais à la simple idée que la femme soit suffisamment fière et stupide pour la faire exécuter d'un claquement de doigt suffisait à faire cavaler son cœur. Elle allait devoir jouer serré si elle ne voulait pas se retrouver avec une lame en travers de la gorge avant la fin de la soirée. Et à cette pensée le vin qu'elle avait bu un instant plus tôt lui fit l'effet d'un torrent acide lui dévorant les entrailles.

Prenant une longue aspiration, elle rassembla les mots qui voguaient à travers son esprit et se lança. Sa voix n'avait rien des graves élans mystiques et séducteurs d'il y a quelques instants. Il ne s'agissait de rien de plus que d'un maigre filet de murmure plus marmonné que prononcé.

« Vous et votre époux jouez à un jeux dangereux. Vous savez tout comme moi que cette fête n'est qu'une excuse. »

L'émir ne cherchait qu'à faire étalage de sa puissance et de son pouvoir afin de débaucher les fidèles du sultan et pouvoir paralyser son influence de l'intérieur, ou tout du moins de le priver de ses oreilles et de ses petites mains qui s'agitaient dans l'ombre en son nom.
Le sultan aurait put faire exécuter Ajdir d'un simple ordre : un assassin grassement payé, et il aurait fait le travail proprement. Mais les rivalités entre le sultan et l'émir n'échappaient à personne... Et cet assassinat aurait détérioré l'image du sultanat au profit de celle d'Ajdir qui serait devenu une sorte de martyre. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, le peuple aimait cet homme, proche d'eux à sa manière. Le peuple n'avait pas faim, ni soif. Il vivait dans la paix pour le moment et cela lui suffisait.
En revanche si la femme de l'émir venait à le tuer, et que le Sultan répondait au peuple en rendant justice alors... Alors le Sultan en ressortait grandit et libre à lui de nommer qui bon lui semblait pour remplacer Ajdir, sans avoir à compter sur le soutient de la famille Salv.

A elle maintenant de jouer suffisamment finement pour indiquer la voix à suivre à Runa. Si elle réussissait à apaiser cette furie, peut être qu'Anadred pourrait entrer en contact avec elle pour réussir à planifier l'assassinat de son époux. Ils avaient un ennemi commun, fallait il encore l'exploiter. Ensuite... Et bien en montant de fausses preuves et de faux témoignage accusant Runa, sa culpabilité serait prouvée. L'ire populaire à l’égard de cette poison ferait le reste.

« Le sultan n'attend qu'une chose de votre part : un faux pas. Exécuter sous votre toit ne serait ce qu'une « simple servante » serait amplement suffisant pour lui. En le conviant ici, lui et sa maison ce soir, votre mari a commis une grande offense. Le Sultan ne se déplace pas.
Toutefois, le sultan n'a pas à cœur de rompre avec votre famille Et il serait, j'en suis sur, ravie de vous offrir ce que vous désirez pour vous êtes agréables.
Sa majesté est juste, et sait remercier ses amis »
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MessagePosté le: Dim 21 Sep 2014 - 22:09 Répondre en citantRevenir en haut



Autant dire qu'aucune relation de confiance ne s'était instaurée entre ces deux femmes à la silhouette vermeille d'un commun accord. Ne dit-on pas que deux feux ardents, en s'unissant, consument ensemble toute chose à leur portée dans un brasier infernal ? Jusqu'où les mèneraient leurs discussions ?

Runa leva les yeux au plafond tout en soupirant. Quelque chose l'exaspérait profondément dans le comportement de cette inconnue aux yeux d'argent brut. Elle venait tout juste d'échapper à une exécution sommaire mais cette mécréante continuait sa sérénade.. Il faudrait qu'elle sache bien que la princesse d'Arsuh n'avait pas totalement feint en exigeant la décapitation immédiate de cette étrange servante : une pensée profonde avait même déjà jubilé d'avance de voir le sang versé et se répandre à terre. Elle ne se rendait certainement pas compte de sa chance. Mais qu'importe, Runa saurait lui rappeler sa place en temps et en heure.
Assez impatiemment, et non sans démontrer son envie furieuse de faire taire la manante, l'épouse de l'Emir attendit que son interlocutrice eut fini de parler pour à son tour s'exprimer. Son ton était sec mais non sans l'élégant timbre et la fausse suffisance qu'on apprend aux jeunes filles de la noblesse.

- Vous pensez m'éclairer par votre sagesse illusoire, usant de ma jeunesse et de mon inexpérience dans le monde cruel et infâme qu'est la Cour de sa Majesté le Sultan.


Runa laissa échapper, presque malgré elle, un rire bref et ironique avant de poursuivre, acerbe.

- Voilà cinq années que j'arpente les couloirs de ma prison de joyaux, à l'affût du moindre bruissement qui s'y faufile. Croyez-vous réellement que vous m'apprenez quoi que ce soit sur cet art perfide qu'est la Politique ? Je sais que ce dont on s'empare par la force, on lutte toute sa vie pour le garder entre ses mains. Vous dites que sa Majesté n'a pas pour projet de rompre tout lien avec ma famille.. Mais je sais quelles rivalités opposent mon époux au Sultan, je sais quelles familles prolifèreront et lesquelles seront anéanties pour la seule protection de la réputation de son Altesse. Je sais que ceux qui trahissent sont trahis à leur tour, et que tout n'est qu'une question d'opportunités pour permettre sa propre survie, je sais que tout a un prix. Je sais quels noms sont prononcés en secret ici entre ces murs, comme j'ai connaissance de ceux qu'on murmure chez sa Grâce. Ne pensez pas m'apprendre quoi que ce soit, je vous prie.

De toute la défiance de son regard d'ambre et d'or en ébullition, la jeune fëalocë toisait Asshai. Plus elle parlait, plus elle se sentait devenir L'Impulsive imposée par la force de son sang pur. Elle n'allait pas s'arrêter là.

- Je ne suis pas aussi stupide que vous le pensez, petite orpheline qui tente de s'élever au dessus de la plèbe en léchant le moindre grain de sable qui souille les chausses de ses maîtres. Et par pitié ne me dites pas que je me méprends, votre petit jeu manque encore d'artifices pour ne pas être découvert, pas même par une pauvre péronnelle telle que moi.


Bien que cette déclaration aurait pu la soulager, il n'en fut rien. Runa brûlait encore de cracher au visage de l'impudente qui lui faisait face, comme le cobra le faisait si bien avec son venin. Elle n'était pas encline à s'avérer clémente ou d'aimable compagnie ce soir et elle tenait à le faire savoir. Asshai était une charmeuse de serpent qui tentait de faire danser la princesse Ssyl'Sharienne sous la mélopée de sa flûte.. mais elle avait joué une fausse note, s'affublant ainsi la moindre rétribution qu'on mérite à trop énerver un reptile venimeux.
Et après tout, Runa n'avait-elle pas le droit de se sentir offusquée ? Pour qui se prenait cette inconnue de qui elle partageait la race ? Elle qui osait s'exprimer au nom du Sultan de façon toute officieuse.. Peut-être aurait-elle dû réellement exiger sa tête, la brandir en traîtresse et l'offrir à sa Seigneurie. Un acte déloyal pour feindre la loyauté.. C'était tout à fait dans ses cordes.
Runa s'éloigna de leur alcôve pour se rendre sur un balcon plus calme encore. C'était une époque où elle tentait encore de réprimer sa rage embrasée de fëalocë et se sentant bouillonner comme le ferait un torrent de lave, elle préféra s'éloigner un instant. La paume de ses mains s'appuya sur le rebord sans trop de pression, et elle inspira profondément de cet air froid du désert assoupi qui savait si bien l'apaiser. Une fois qu'elle sentit à nouveau Asshai non loin d'elle, elle conclut :

- Vous irez loin, Asshai Belga. Mais pas en ces lieux, pas en ce continent. Votre Destin est ailleurs.


Comme une prêtresse ou un Oracle annonce sa prophétie, la Furie n'ajouta rien de plus. Il y avait eu quelque chose de solennel dans ses propos, quelque chose qui laissait planer une énigme autour de cette simple déclaration : s'agissait-il là des sarcasmes d'une femme aux humeurs amères où les prémonitions de la sorcière déguisée ?

[HRP : je m'excuse platement pour le délai de réponse.]



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MessagePosté le: Ven 3 Oct 2014 - 22:01 Répondre en citantRevenir en haut



Une confiance qui frôlait l'ubris à bien des égards... Elle avait beau être toute d'or de par ses atours et son regard, Runa Salv était en vérité tel le fer : impossible à faire plier. Asshai l'avait approché sous tout les angles possibles : le charme, la sage voix, la complicité, mais rien n'y faisait. Son homologue fëalocë restait sourde à toute supplique, se cloîtrant dans une fierté hors de porté, inaccessible aux mortels. Elle se sentait supérieur à ce petit monde qui grouillait à ses pieds, se croyait reine et déesse en ses lieux, implacable et invincible. De sa race elle avait hérité du caractère aussi flamboyant que sa beauté.
Le feux finissait toujours par se détruire lui même par son embrasement. Lorsqu'il dévorait la forêt, il venait mourir à son orée après l'avoir consumé tout entière. La femme de l'émir fonctionnait de la même façon... Elle s'accaparait de tout le pouvoir dont elle était capable, et restait focalisée sur une route unique sans même accorder un regard à toutes celles qui pouvaient s'ouvrir à elle.
Voilà le rapport qu'elle ferait à sa maîtresse. Elle venait d'en apprendre suffisamment, et aurait tout aussi bien put disparaître une nouvelle fois parmi la foule, s'oubliant dans la masse, petit esprit de l'ombre sans importance.

Pourquoi alors eut elle envie de la suivre lorsque celle ci l'abandonna ici, sous l'ombre bienfaisante de cette alcôve... ? Elle n'aurait sut le dire... Sans se presser, elle se releva de ce tapis de coussins, observant du regard cette œuvre d'art vivante, cette femme d'apparat quitter les lieux. Glissant parmi les convives, elle se fraya un passage en dehors de la salle bondée, suivant sa cible par l’effluve de parfums capiteux qui ne cessait de la poursuivre. Ces couloirs là, elle ne les connaissait pas, mais il lui suffit d'avancer de quelques pas encore pour rejoindre la femme de l'émir. Silencieusement, elle se glissa derrière elle comme elle l'avait fait quelques minutes auparavant...

Mais Fëalocë de par la race, la jeune fille en avait aussi l'instinct. Ses mots parvinrent à Asshai comme une douce mélodie dont elle ne comprenait pas le sens. Pourquoi ce changement si radicale ? Désormais, elle paraissait presque... douce. Un compliment semblait aussi incongrue dans sa bouche qu'un lion dans un sérail.

Elle commençait à comprendre face à ces mots la raison pour laquelle elle lui avait emboîté le pas. Une jeune péronnelle, voilà comment elle s'était qualifiée... Certes , par la même , elle lui signifiait ô combien elle même était encore plus sotte, mais ce mot avait dut raviver sa curiosité. Sous la divine armure de beauté qu'elle arborait, pouvait elle dissimuler une faille autrement plus profonde ? C'était évident, tout le monde en avait une, tout le monde...
Elle ne pourrait pas en jouer avec elle bien sur, elle croyait bien trop en sa supériorité pour se laisser conseiller. C'était elle la reine, et nul en sa présence n'était permis de lui faire partager son avis, car elle savait. Typique de ces êtres qui n'avaient pas appris à apprivoiser les pouvoirs qui leur étaient donnés. Que restait il donc à Asshai ? Rien, absolument rien...

S'approchant, doucement, embrassant l'air du soir, elle vint se poster suffisamment loin de Runa pour ne pas l'offenser. Ici elles étaient seules... Une seule poussée dans le vide et la femme de l'émir pouvait se débarrasser discrètement d'elle. On dirait alors qu'elle avait refusé les avances d'un homme, peut être même celles de l'émir, et qu'au final il ne s'agissait rien de plus que d'une servante mal disciplinée. Cette pensée la fit frémir, plus que le vent frais de la nuit.
Sans précipitation, elle s'écarta quelque peu, du bord, son corps tout entier tendu comme un arc, prête à se glisser à nouveau parmi les convives si jamais la situation venait à s'envenimer.

Sous ce balcon les jardins s'étendaient à leur pieds, oasis secret de palmiers, d'herbes hautes, de bassins parfumés et de fleurs arc en ciel... Et derrière ce haut mur là bas, la ville, les quartiers les plus raffinés d'abord, lieux de résidence des plus riches, et des plus racés. Là bas sur la colline, le palais du sultan, joyau des neuf oasis, paradis de douceurs et enfer de complots. Plus loin ? Ces quartiers d'artisans où elle vivait encore il y a peu, son ancienne maison où jamais elle n'avait remis les pieds, les entrepôts Anara emplis des marchandises d'autres marchands aujourd'hui. Plus loin encore ? Les quartiers des miséreux, des mendiants, des sans le sous... Eux aussi elle les avait fréquentée. Et elle, elle se trouvait au milieux de tout ça. Pierre Angulaire ayant connu la fièvre des affaires, le froid de la rue, et désormais la moiteur malsaine de cette politique... Mais n'avait elle jamais donc quitté cette ville ? N'avait elle donc jamais prit d'autres routes ? Aurait elle dut ? Sa place était elle vraiment ailleurs ?Les mots de Runa l'avaient touché plus qu'elle n'aurait voulu l'admettre... Aujourd'hui, elle servait une grande famille, mais lorsqu'elle se retournait, elle voyait les ombres qu'elle avait abandonné derrière elle. Était ce donc vivre comme cela, dans cette vallée de larmes et de sang qu'elle désirait si ardemment ? Depuis qu'elle s'était retrouvé destituée, à la rue, ces questions là ne l'avait jamais vraiment quitté, mais plus le temps s'écoulait, moins elles se faisaient entendre. Tout s'estompait peu à peu, remplaçant ses anciens rêves pas des désirs plus ardents. Peu à peu la lumière de son enfance vacillait, engloutit sous les ombres de son propre cynisme. Non, elle n'était pas cynique : réaliste. Pouvait elle encore changer de vie à présent ? N'avait elle pas fait trop de chemin sur la voix de la vérité... ?

Pourquoi n'arrivait elle pas à se détacher de Runa ? Pourquoi la poursuivre ainsi si ce n'était pour une raison ? Les dieux l'avaient ils mis ainsi sur son chemin pour lui faire entendre ses simples mots : pars, au delà des frontières de cette ville, loin d'ici, là ou ton véritable destin t'attend.
Mais plus que l'idée de voyage et le rêve que l'enfant qui sommeillait en elle avait longtemps projeté, elle voyait désormais se dessiner dans son esprit une idée toute autre...
Des terres lointaines qu'elle se représentait comme les tapisseries d'Ören pouvaient les représenter. Des champs vert et frais et des bois. Des cités aux hautes murailles, et sa personne trônant au milieux d'une foule de courtisans s'affairant aux affaires. Elle voyait des pierreries, des soieries, des salues, des révérences faites à sa personne. Elle voyait le pouvoir, la puissance, la connaissance et la vérité.
Mince petite lueur, rêves d'enfance creux et vains, ils disparurent sous la tentation du pouvoir. C'était un fruit qui – lorsqu'on y avait goutté ne pouvait plus vous quitter, mais Asshai savait à quelle point il pouvait être empoisonné. La survie... Seule importait la survie de son être, et quoi de mieux que les ombres pour cela ?
Tapie au sein de la nuit, elle osa se rapprocher de Runa, fixant l'horizon comme pour espérer y voir les vastes dunes du désert se découper au delà de l'Oasis d'Arsuh.

Qui était donc réellement Runa Salve... ? Le destin avait il vraiment voulu la mettre en travers son chemin ? Détenait elle un message dont elle devait se souvenir pour accéder à ses rêves les plus fous... ? Non elle n'avait plus de rêves, plus que des désillusions... Elle ne savait pas quoi répondre à cela. Que répondre ? Il n'y avait rien à faire. Uniquement chercher ses réponses, cette vérité poisseuse, dissimulée là, quelque part, entre deux éclats de miroir disposés par les dieux.

« Puisse les dieux inspirer vos paroles... Mais qui sommes nous mortels aussi nobles puissions nous être nés, pour ainsi dévoiler les sombres brumes de cet avenir incertain. »


Étrangement ses demi mots prononcés dans le souffle de la nuit décelaient une partie de vérité. Elle attendait ici, que l'avenir puisse se dévoiler à elle mais elle savait que toutes prévisions étaient bercés d'incertitude. Le manque de contrôle... Cette simple idée la répugnait, mais elle avait apprit à l'admettre. L'essentiel était pour elle de ne pas s'y retrouver directement confronter.
Sans accorder un regard à la femme qui était à ses cotés, Asshai continua sur sa lancé, de sa voix grave et monocorde, annonçant une sentence qui planait sur elles deux ce soir.

« Demain je serais peut être morte. Ce destin nous est volé. »
Runa Salv
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MessagePosté le: Dim 26 Oct 2014 - 12:34 Répondre en citantRevenir en haut



Le regard de la princesse s'était perdu dans l'encre marine d'un minuit estival. Là, sur ce balcon et en cette heure tardive, elle aurait donné beaucoup pour pouvoir admirer les étoiles ne serait-ce que quelques instants, dans le calme, le froid et le silence d'une solitude complète au milieu des dunes. Mais le palais, situé au centre de la plus grande oasis du Ssyl'Shar, irradiait les cieux par ses cours et ses alcôves éclairées, masquant un horizon trop lointain et des astres qui fuyaient l'agitation de la ville. Plus loin sur les hauteurs d'Arsuh, s'imposait le palais du Sultan qui faisait concurrence à celui de l'Emir. Les deux édifices étaient là, leur marbre couvert d'or étincelant sous les flammes des braseros et des appliques murales, comme deux gardiens qui veillaient. Comme deux tyrans prêts à s'entretuer dans une fureur prédatrice de dominer l'autre.

En contrebas, dans les quartiers les plus riches, l'effervescence des soirées mondaines rivalisait avec le tumulte des bagarres de tavernes des ghettos plus à l'écart de la cité. La musique s'élevait dans les airs avec la fumée de l'opium et les effluves de vin étouffaient les murs de terre et d'adobe. C'était l'heure des paris, de l'ivresse, des complots, des ragots, des jeux d'argent et des conquêtes d'une nuit dans les maisons de passe.

La fëalocë laissa s'échapper un long soupir de lassitude. Bras croisés sous sa poitrine, droite dans sa parure de lin aux teintes andrinoples, elle sembla ignorer la présence d'Asshai pendant un temps qui parut long et figé dans le brouhaha de la fête. Runa était ailleurs, perdue dans ses rêves de liberté entremêlés de désir ardent de tout diriger. Cependant, alerte de par son sang, elle sentait se profiler la silhouette envoûtante de sa consoeur dans son dos. Sans un regard à son égard, elle considéra cependant les propos de la servante racée avec un certain intérêt masqué sous son inconditionnel dédain. Le sentiment d'écouter les conseils prodigués par une basse-sang la répugnait mais il fallait bien avouer que l'inconnu aux yeux de grège n'avait pas tort.

Prisonnière de sa cage de chrysocale, Runa se laissa peut-être charmer par les mots d'Asshai, l'espace d'une minute. Enfin, ses paroles étaient sincères et non tissées de mensonge ou de jeu politique. Il était temps pour Runa de jouer la mystique.

D'un ton qui se voulut similaire à celui d'un oracle annonçant une prophétie, elle questionna solennellement :

- Que souhaite celui dont les rêves ont été réduits en cendres ?


Elle décroisa les bras et posa ses mains sur la rambarde du balcon avant d'asséner, froide comme la brise nocturne :

- Que brûle à son tour le monde entier.


A bien l'écouter, Runa annonçait sa propre destinée. Avec le recul des années sur ces évènements, qui aurait pu croire que la jeune princesse sorcière serait aussi juste dans ses propos ?
Elle médita quelques instants avant de poursuivre, toujours avec autant de sérieux et de rudesse :

- Les Dieux ne sont là qu'en qualité d'observateur, ils parient sur nos actions. Ils se plairont parfois à diriger la vie de ceux qui croient en leur plein pouvoir mais ce n'est pas mon cas. Voulez vous vraiment que toute votre existence, si complexe puisse-t-elle être, ne soit que les prédéfinitions des Divins ? Croyez-vous vraiment que le Destin ne laisse aucune place au hasard ?

Quelque chose lui faisait de la peine et échauffait sa rage sanguine : rien de sa vie ne la satisfaisait pleinement et elle se retrouvait dans les définitions qu'elle offrait à cette inconnue de qui elle partageait la race. Sous des abords éloignés, Asshai et Runa avaient nombres de points communs. D'un geste qui se voulut partagé entre la fermeté et la délicatesse de sa peau de satin, la princesse saisit la main droite de son interlocutrice sans un mot. Alors que son pouce effleurait les fines lignes de la paume de la servante aux cheveux alizarines, le doux halo des deux lunes se reflétait dans l'ambre de ses iris perçantes. Runa fixa un bref instant Asshai dans ses opales d'acier gelé puis ferma les paupières.

- Je vois une traversée, je vois un voyage. Je vois un océan déchaîné.. Et je vois un navire sombrer dans les flots battus par la tempête. Je vois la Mort.. Et je vois la Renaissance. Je vois une flamme danser sous une ombre de jade aux teintes impériales.


Elle ouvrit à nouveau les paupières et transcenda son interlocutrice.

- Rien ne t'attend ici. Pars.



Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent..
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MessagePosté le: Sam 8 Nov 2014 - 17:04 Répondre en citantRevenir en haut



Partir. Elle aurait put le faire. Peut être même après toutes ces années aurait elle dut... Mais une chose la poussait à rester.
Une étrange fascination l'habitait, tandis que les lumières de la ville reflétaient leur accent d'or sur la chevelure ardente de celle qui lui faisait face. Elle attendait. D'autres réponses sûrement. D'autres signes. Car tout cela ne pouvaient être que des signes. On l'avait fait venir ici car on avait des choses à lui dire. Oui... partir elle en avait rêvé depuis qu'elle était enfant. Mais ces rêves là s'étaient bel et bien transformés en cendre le temps passant. Elle n'y repensait qu'à présent à la jeune fille qu'elle avait été. Elle ne l'était plus.

Et l'espace d'un instant l'espoir fou, comme le galop d'une flamme qui serait restée patiemment à couver sous les braises, resurgit du passé ce rêve là. Cet homme là qu'elle avait pourtant tant haït. Se pouvait il seulement qu'il l'ai amené ici pour lui transmettre ce message, pour la convaincre de partir et lui permettre de quitter ce monde là... ?
Ce court instant, la nuit lui sembla plus douce, le vent plus chaud, la lumière plus belle. Elle avait cette sottise juvénile, cet esprit naïf de sa prime jeunesse qu'elle ne pouvait contenir, qui s'échappait de ses carcans dans lesquels il était contenu depuis trop d'années.

Asshai la belle aurait volontiers laissé place à Asshai la jeune. Que n'aurait elle pas donné pour sauter au cou de Runa à cet instant, elle qui faisait renaître en son âme tant de rêves fantasmés, tant de petites lumières qu'elle gardait bien enfouit au plus profond de son cœur, et qu'elle ne laissait sortir que le soir venu, lorsque l'heure du loup lui assurait toute la sécurité dont elle avait besoin.
Mais une falaise se dressait en travers de son cœur. Construite des roches de la rancœur et d'une peur qui s'était distillée dans son esprit depuis trop d'années. Le flot de cette amour débordant ne pourrait jamais briser cette muraille spirituelle qui fractionnait ainsi de part et d'autre ce pauvre esprit en perdition.

Les traits d'Asshai n'avaient pas prononcé la moindre émotion tandis qu'en son for intérieur se déchaînaient ainsi ce trop plein d'émotion qui risquait de la submerger à tout instant. Elle tenait bon, laissant son regard se perdre dans les ténèbres qui se dressaient face à elle.
Lentement, comme la marée se retire des côtes, toutes ses émotions refluèrent. Il lui fallait du temps... Du temps pour que désormais ne subsiste plus en elle que la certitude que tout cela n'était qu'idiotie. Qu'elle prenne la parole trop tôt, et c'est toutes les fissures de son âme qui risquaient de provoquer sa chute. Aussi laissa-t-elle cette marée reculer, pour ne laisser derrière elle qu'une étendue de sable fin, gris et plane. Une perfection triste et morne, où les flammes brillantes des émotions de sa race n'avaient plus leur place.
Les chiffres reprirent la place qui leur était dut. Les idées reprirent le dessus sur les émotions. Le pouvoir, voilà pourquoi elle était ici. Elle avait changé, s'en était finit de la petite fille qu'elle était.

« Je n'attends rien en retour. Ma place est là où l'on m’appelle. Quel genre d'êtres serais je pour ainsi tourner le dos sans me retourner... ? »

Elle resta ainsi face à Runa, lui offrant le plus beau sourire dont elle était capable, à la fois tout empreint d’empathie et de compréhension... feinte évidemment. Que n'aurait elle pas donné pour voir ainsi cette petite peste tomber ici par dessus cette balustrade, elle qui la berçait de faux espoirs et d'illusions, elle qui semblait la plus apte à pénétrer son cœur.
Ô comme cela lui paraissait insupportable... Elle aurait tant aimé lui prouver qu'elle était une femme plus puissante que la femme de l’émir ne le serait jamais. Ce soir, Asshai était la maîtresse des lieux et de ce jeu, personne ne pouvait lui retirer cela... C'était tout ce qui lui restait. Qui était elle, QUI ! pour ainsi oser la conseiller et retourner si habilement la trame de cette conversation. Une insolente petite noble dont le corps pendrait bientôt au bout d'une corde... Oui...
Traîtresse à son sang, femme d'un émir humain, comploteuse, avide de pouvoir... Les maux qui accableraient bientôt Runa Salv auraient raison d'elle, Asshai s'en fit la promesse. La lumière était aveuglante, et cette petite peste de fëalocë ne pourrait vaincre un ennemi tapis dans l'ombre... la rumeur... sauvage et sombre rumeur, poisseuse et immortelle, elle finirait par l'avaler tout entière.

« Je ne suis pas la seule à rester. Certains restent aussi... Longtemps... Trop longtemps. Mais plus rien ne les attends non plus. Il ne tient qu'à nous de choisir. »


*Oui, petite sotte sans famille...*


Princesse de cette imbécile populace d'Arsuh... Voilà tout ce que Runa avait pour elle, mais elle ne pouvait plus se bercer ni d'espoir, ni de rêves, ni de joies... Asshai et elle jouaient finalement dans le même sérail clôt et sombre qu'était leur vie. Seule. Cynique réalité que celle ci, mais l'ancienne prostitué se félicita intérieurement d'être aussi lucide quant à sa situation. Tout les hommes n'étaient que les esclaves d'un destin qui les dépassait, fallait il seulement l'admettre pour ainsi voir plus loin que sa propre condition. Un jour elle, toucherait le divin du bout des doigts, elle le savait. Mais elle était l'exception, la seule à voir la vérité par delà cette illusion veine qu'était la liberté.
Runa Salv
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MessagePosté le: Lun 24 Nov 2014 - 22:19 Répondre en citantRevenir en haut



Entendant Asshai sans réellement l'écouter, Runa regardait ses mains posées sur la rambarde du balcon de marbre, l'esprit éloigné, divaguant. Silencieusement, ses doigts fins et fragiles rêvaient d'enlacer la gorge de la jeune femme qui psalmodiait à son côté. L'enlacer jusqu'à en rompre les os qui formaient sa nuque délicieuse et dont nombres de lèvres avaient du parcourir la peau avec envie et désir, descendant sournoisement la courbe suave de son dos. Asshai était fort belle mais sous la douceur de sa chair se terrait un spectre de métal, d'une froideur et d'une fermeté difficiles à cerner pour qui n'avait pas l'oeil. Sans pour autant prétendre qu'elle l'avait comprise et mise à nue, Runa parvenait à entrevoir certaines des ficelles que se jouait à tirer la jeune femme. Et quelque part, elle en fut déçue..

La princesse aurait pu apprécier celle de qui elle partageait la race. Sous son jour de vipère du Sultan et de sa Cour, il y avait quelque chose d'attrayant en elle. Une part d'intrigue et de mystère. Ces mêmes adjectifs propres aux filles née du Ssyl'Shar. Aucune autre femme issue du reste du monde n'aurait pu se vanter de mériter tels prédicats. Mais qu'importait, Asshai était comme toutes les autres. Comme tous les hypocrites et les langues de catin que la cinquième épouse de l'Emir croisait chaque jour que les dieux faisaient depuis cinq ans, désormais. Lassée, elle fut incapable de retenir un soupir, redressant le visage pour fixer sa petite cité éclairée de mille feux, dardant au loin le palais du Sultan, posé sur les hauteurs de la vallée. Elle demeura ainsi muette, de longs instants, prêtant parfois un regard condescendant à l'égard de son interlocutrice.

La bienséance lui interdisait de s'emporter, quand bien même les pulsions imposées par sa race lui mordaient les lèvres avec violence. Plus Asshai s'exprimait, plus elle répandait de l'amertume dans la bouche de la petite princesse. Ce qui pouvait passer pour de la flatterie dissimulée quelques minutes plutôt n'avait désormais plus que la saveur âpre du simulacre à semi fardé. Néanmoins, après une brève hésitation, Runa frappa rudement la servante de ces mots :

- Celle qui se retourne est celle qui doute. Il n'y a pas de place pour les regrets dans ce monde. Vous dites que j'ai encore nombre de leçons à apprendre mais vous devriez appliquer ce conseil à votre propre sujet.


Ses instincts accordés par le sixième sens propre à son sang dictait à la jeune épouse de rester méfiante. Celle qui alléguait de s'être rendue en ces lieux en toute modicité était prête à bondir comme un fauve. Finalement, Runa détestait Asshai. Elle n'avait rien à lui apporter de plus que ce qu'un cabotin était digne d'offrir : de la méfiance, de la traitrise et de la déception. La princesse avait déjà bien assez de ces gentes dans son entourage : des amies.
Elle fronça les sourcils en acceptant difficilement les propos de sa compagne de la soirée. Se pouvait-il que la servante d'une petite maîtresse bourgeoise daigne lui répondre avec autant de cynisme ? Ce qu'elle faisait passer pour de la légèreté contenait bien plus d'hostilité qu'une boutade. Dans un premier temps, Runa afficha un sourire digne de la plus éduquée des nobles :

- Oh croyez bien que je ne resterai pas, le choix est déjà fait. J'ai saisi l'opportunité, il ne me manque plus que le moyen de l'attirer vers moi..

* Djar'n sizi aktir r'sul.. *


Si vous ne comprenez pas le Ssyl'Sharien, il s'agissait d'une insulte plutôt salée. A l'instant même où elle l'avait pensé, ses mâchoires se crispèrent, dents serrées pour s'efforcer de ne pas dire tout haut ce qu'elle pensait avec autant d'hardiesse. Ses poings se crispèrent alors qu'elle révoqua son envie profonde de faire basculer la jeune femme par dessus la balustrade. Il fallait que tout cela cesse avant qu'elle ne commette une erreur..

- Ma douce amie, je crois qu'il est temps que vous repartiez dans votre palais. Votre maîtresse doit s'inquiéter de votre absence, à la merci de mes convives fort carnassiers et avides de répandre le sang d'autrui.. Allez rêver à des jours plus glorieux pour la putain révolue que vous êtes, haletant de servir la petite bourgeoisie dans l'espoir de s'élever vers de plus hautes sphères. Votre conversation fut des plus "agréables", cependant, et je dois avouer que vous parlez mieux que la plupart de ceux qui se revendiquent de haute naissance.

Elle appuya ses propos d'un signe de la main qui signifiait "Allez vous-en", mais avec élégance. Elle avait parlé avec ironie et sécheresse à la fois, avide de chercher la provocation chez celle qui cachait trop mal un jeu auquel elle s'acharnait à vouloir orchestrer.



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MessagePosté le: Mar 30 Déc 2014 - 18:33 Répondre en citantRevenir en haut



A la voix de Runa faisait écho cette douce brise du désert, soulevant les accents chauds et violent de cette étendue de sable sans fin. Asshai l'observait, sans l'entendre. Elle l'écoutait sans comprendre. D'autres idées occupaient déjà sa tête... Des idées sombres, emplies de mort, de sang et de revanche. Personne ne s'adressait ainsi à elle, les gens se soumettaient ainsi fallait il que les choses se fassent. C'était décidé : Runa tomberai. Et la toute jeune femme qu'était encore la Anara, restait grisée face à ce constat macabre. Runa tomberai et par sa faute. Cette simple pensée suffisait à la réconforter et à la baigner dans un sentiment de toute puissance qu'elle ne connaissait que trop bien. Rien ne pouvait se faire sans qu'elle ne le sache, c'était elle qui avait le pouvoir de faire chuter les rois, et de couronner les princes. Était elle folle pour croire ainsi à de tels rêves ? Sans doute... Mais le pire était encore que ses désirs là renfermaient une part de vérité.

Ses yeux pâles fixèrent une dernière fois son interlocutrice, sa beauté ô combien enviable, son visage si lisse, son corps chaleureux, et ses courbes de femme qu'elle aurait put tant désirer que jalouser. Elle était belle... D'une de ces beautés rares. Rare mais trop voyante...
En la regardant Asshai pensa que c'était peut être la première et la dernière fois que se tiendrait la femme de l’émir vivante devant elle. La prochaine fois qu'elle la verrai, elle serait morte, froide et pâle, salie au plus profond de sa réputation. Et à cette pensée un nouveau sourire naquit sur ce visage impassible. Il ne s'agissait plus de simples moqueries, ni de charmes. Ce sourire là était synonyme de promesses, image même de la cruauté, de cette délectation qu'elle éprouverait à voir un nouveau de ses pions tomber face à elle, sans même qu'il ne sache d'où le coup avait été tiré.

Elle pouvait sentir la violence des émotions la transperçaient de toute part, une violence contenue qui n'en devenait que plus dangereuse. Son visage s'était entièrement fermé à présent, et seuls ses yeux pouvaient encore trahir toute l'animosité qui se déchainait en elle. Son sang de fëalocë recelait les mêmes ardeurs que celui de sa consœur, et si toutes les deux auraient put à l'instant même en venir aux mains, elles se contentaient de se toiser mutuellement, saturant l'air d'une tension que le silence qui commençait à s'établir ne faisait que renforcer.

Asshai ne contrôlait pas ce qu'elle ressentait à ce moment précis. C'était un aspect de son être qu'elle ignorait encore, une facette sombre et effrayante qu'elle refusait de voir, une séduction terrible qui l'épuisait toute entière... Elle se sentait exclue de son propre corps, soumise à un instinct qu'elle redoutait... Terrible et dévastateur. L'air se faisait plus chaud, presque suffoquant ; la lumière vacillait autour d'elle, engloutie dans les ombres de la nuit, et ne subsistait plus face à elle que Runa; qui émergeait de ces ténèbres, telle une flamme - trop rutilante à son goût ! Elle la transformerait en cendres, elle périrai de son propre feu,oui... Un malaise grandissait tout autour d'elles, d'abord fourbe et sournois, tapis dans l'ombre, puis de plus en plus fort, de plus en plus présent. On pouvait le sentir dans chaque particule d'air à présent, dans le parfum même du vent, il était là... Palpable. Ce malaise elle en était la cause...

Des fourmis commençaient à lui engourdir les bras et les jambes, son environnement disparaissait derrière un voile sourd, ses sensations déclinaient au profit de cette rage flamboyante. Elle déclinait. Il fallait que ça cesse, elle le savait, ou sinon elle était perdue. Les ombres l'engloutissaient alors tout entière, tout comme la lumière l'avait baigné quelques instant plus tôt face à l'émir. Il fallait que cette folie s'arrête. Elle en avait assez entendu pour une nuit. Rien ne servait de rester ici par fierté. Bientôt le moment viendrait. Bientôt.
Et ses yeux se détachèrent finalement de Runa. Le charme se rompit. Les bruits des musiciens, les rires et la cité revinrent à ses oreilles. Ses sensations lui revenaient doucement. Cela n'avait duré qu'un instant et pourtant...

En croisant de nouveau ces pupilles d'or incandescent, Asshai comprit. Elles savaient toutes les deux que l'une et l'autre se détestaient cordialement à présent. Peut être se ressemblaient elles par bien trop d'aspects à la manière de l'homme et du loup qui se nourrissent du même gibier ? Ou peut être était ce simplement là que l'extension de ce conflit étouffé qui opposait l’émir et le sultan ? Trop d’interrogation pesaient ici sur la cause, mais le fait, lui, était avéré. Bientôt Asshai s'en retournerait dans l'ombre de ses maîtres et Runa dans la lumière de ses fonctions. Mais si la seconde oublierai certainement la première parmi ses esclaves et ses bijoux, la première elle, se ressasserai sans cesse cette échange jusqu'à la chute qu'elle se faisait la promesse d'orchestrer.

« Je ne saurais vous importuner plus longtemps. Ces réceptions sont des réjouissances sans fin, vous devez être trop harassée, et vos bonnes gens d'Arsuh savent toute l'ardeur que vous dévouez à vos fonctions. Prenez du repos douce maîtresse. Ce fût pour moi un réel plaisir de discuter auprès de vous, votre sagesse illumine notre chemin. »

*Et votre bêtise tracera le miens.*


Un autre serviteur n'aurait pas répliqué autrement. La maîtresse des lieux, jamais n'avait tord. Et si Runa la congédiait d'une animosité à peine dissimulé, Asshai savait comment rebondir à cette suite. Elle ne mentait pas, son regard vide ne pouvait la trahir. Bouleverser tout à la fois par la haine et l'excitation, elle savait qu'elle avait bien joué ce soir. Un nouvel objectif, de nouvelles informations, une autre tête à faire tomber pour rapprocher ses maîtres un peu plus du pouvoir. Déjà les plans s'étaient édifiés dans son esprit. Tout était en place à présent, elle n'avait plut qu'à sortir de ces lieux, et venir chuchoter auprès de sa maîtresse.

« Puisse Solyae vous bénir de sa lumière, et votre nuit vous être agréable. »


Et d'une profonde révérence Asshai s'inclina, prenant soin de ne plus croiser ce regard, baissant docilement ses yeux vers le sol, avant de tourner les talons.

Au détour des corridors, elle se rappela que l'Insatiable n'avait que faire des conséquences de ces actes selon la rumeur. Peut être ne la libérait elle de sa présence que pour mieux la condamner par la suite ? Il serait fort dommage que son assassinat ou celui de ses maîtres ne devienne la cause d'un bouleversement politique auquel elle ne pourrait même pas assister...
Discrètement Asshai ne rejoignit donc pas la salle de réception, ni les jupes de sa maitresse. Au détour des couloirs, elle disparu, prenant le chemin des cuisines. Si un meurtre se déclarait ce soir au palais de l'émir, elle n'en serait pas la cause. Si ces maitres venaient à disparaître sous les coups de la Furie, elle préférait se tenir loin du sang, loin du feu, dans l'ombre, prêt à resurgir. Ainsi détala la Anara, par cette chaude nuit d'été. Nul ne s’apercevrait de son absence, et demain peut être l'aube serait elle sanglante, en partie de sa faute, mais cela elle préférait l'oublier.
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