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Amaélis Yodera
Chevalière Errante
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MessagePosté le: Ven 1 Aoû 2014 - 00:46 Répondre en citantRevenir en haut

Petite sœur. Les mots la heurtèrent plus profondément et plus étrangement que son visage n'était capable de le laisser apercevoir. Seule l'Airain, dont l'âme s'enroulait étroitement autour du ruban irisé qu'était celle de la Neishaane, put ressentir la peur et les vagues effluves d'une colère gelée par de longues années d'hiver. De manière tout à fait inattendue, le hasard offrait à la Dragonne une meilleure compréhension du Lien qui les reliait. Quelque part dans les tréfonds nocturnes et oubliés d'Amaélis infusait calmement, cachée au regard du réel, une fureur inconsciente d'elle-même. Si Ithildin, parce qu'elle n'était pas de la même espèce, n'avait pas tardé à sentir le chaos qui agitait son âme, la Neishaane n'avait sûrement pas la capacité de concevoir une telle chose prisonnière au fond de son être. C'était impensable.
Le regard de l'Airain erra de Galaad à sa Liée, curieuse de voir comment la Chevalière Engloutie allait réagir – même si une partie d'elle-même le savait déjà. L'expression de la Neishaane était aussi indescriptible que ce qu'elle ressentait, figée à un instant où tout pouvait être imaginé par son interlocuteur sans que rien ne se concrétise. Puis, finalement, un rire presque inaudible s'échappa de ses lèvres. Elle avait vécu cette scène tant de fois qu'elle n'avait pas à adopter une telle attitude choquée ! À force d'en avoir rêvé, elle aurait dû être capable de ne plus rien ressentir, n'est-ce pas ? C'était aussi pour cela qu'elle rêvait. Elle s'arracha un sourire, laissant la sincérité de Galaad prendre la place de celle qu'elle n'avait pas. Qu'il était décidément cruel de n'avoir aucun contrôle sur le monde comme elle en avait sur ses rêves ! Elle aurait pu faire que la vérité ne devienne jamais mensonge, mais elle n'était rien d'autre qu'une goutte de pluie allant du ciel vers la terre, sans possibilité d'aller en sens inverse.

° Arrête, je vais pleurer. °

La remarque d'Ithildin s'adressait aux deux Neishaans, et Amaélis dirigea son attention retrouvée vers son ami, désormais allongé sur le sol. L'hilarité de l'Airain était moins teintée de menace qu'à l'ordinaire, comme si elle ne prenait pas tout à fait au sérieux la remarque de Galaad. Ou bien était-ce simplement que lui ne clamait pas haut et fort qu'elle appartenait au Màr Luimë.

À son tour absorbée par les troublants jeux de lumières et de textures aquatiques au-dessus de leur tête, Amaélis prit son temps pour répondre aux interrogations du Chevalier Bronze. Ithildin et elle n'avaient pas abordé ce sujet, sachant très bien comment la conversation allait s'achever – ou plutôt, comment elle allait ne jamais se terminer.

Je m'y suis réinstallée, oui. Je veux juste qu'Ithildin reste avec moi quand je dors, je supporte plus de me réveiller la nuit et de voir des choses qui n'existent pas. Un frisson la parcourut à l'idée des illusions se baladant librement à côté de son lit ou recluses dans les recoins de sa chambre. Je suis mieux ici, honnêtement, mais le sol est dur et il fait vraiment trop chaud et trop sombre dans les Nogrod Nie Sereg. Alors, on alterne : quelques nuits ici, quelques nuits aux Tours.

° On entend ton voisin ronfler, aux Tours ! Vous faites des sons terrifiants la nuit, les bipèdes. °

Amaélis balaya la complainte d'un haussement d'épaules. Elle préférait entendre parler de brioches que de ronflements.

Oh, vraiment ? Ils n'ont pas trop eu de problèmes, alors, avec les crabes. Puis, après un instant de réflexion : Tu penses qu'on peut en manger ? S'il y en avait vraiment autant qu'on le dit...

Elle posait cette question plus par curiosité que par réelle envie, certes, mais la Dragonne lui affirma qu'ils avaient une chair fine. De toute façon, la Neishaane n'avait aucune de ce que cela voulait dire.

° Je te dis qu'ils ont la chair fine ! Et je suis sûre qu'Elérion ne dira pas le contraire, n'est-ce pas ? °

L'Airain fit obliquer son cou en direction du Bronze impassible, laissant transparaître dans ses yeux le délicieux sentiment de jouer avec le feu. Imitant sa Liée, une paire d'yeux supplémentaire se posa sur le Dragon, plus naïvement.



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MessagePosté le: Ven 1 Aoû 2014 - 00:46 Revenir en haut

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Galaad Lucis
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MessagePosté le: Mar 26 Aoû 2014 - 22:48 Répondre en citantRevenir en haut

Il y eut un instant de flottement. Ni Amaélis ni Ithildin ne dirent un mot. Je décidai de ne pas les regarder et de les laisser dans leur bulle de silence. Par lâcheté, car je ne voulais pas briser ce moment de sérénité et de joie avec de mauvaises impressions. C’était égoïste, une preuve que j’avais peur – encore – mais je ne pouvais pas me résoudre à casser ce moment. C’était tout ce que j’avais.

J’éclatai néanmoins de rire à la remarque d’Ithildin sur les ronflements. Il est vrai que certains hommes ont parfois le sommeil perturbé. La remarque de la dragonne semblait si triviale qu’elle me fit l’effet d’une superbe plaisanterie. Le principal était qu’Amaélis se sente chez elle au Màr. Elle paraissait relativement bien se réaccoutumer au confort et aux lieux. Le Kaerl Englouti était sa patrie, après tout. Il faudrait bien qu’un jour que l’Airain se fasse à l’idée que le Màr Luimë était le foyer de sa Liée. Et qu’elle-même en serait quitte pour le considérer comme tel.

- Euh… Ceux qui moisissaient dans les rues autour de l’Agora ont été évacués. Ils n’étaient pas bons à manger, ceux-là ! Faudra poser la question à un cuisinier…

Je me redressai sur les coudes pour apercevoir l’Airain, vautrée sur le rocher tel un chat géant guettant une souris fort appétissante. Celle-là, quand il lui prendra l’envie d’effectuer un Vol Nuptial – si jamais sa particularité ne l’avait pas rendue stérile -, ses ailes brillantes feraient des ravages dans le cœur et l’imagination des mâles du Kaerl. A n’en pas douter ! Ces pensées étaient si claires que je doutais soudain de ce qu’elles m’appartiennent. Je jetai un regard soupçonneux à Elérion, dont les hormones de Bronze restaient toujours en éveil.

Mon Lié sembla s’éveiller de sa torpeur furieuse. Il redressa le museau pour dévisager Ithildin. Il ne se départissait pas de son expression impénétrable. Ses flancs écailleux exhalèrent brusquement de l’air chaud, faisant tourbillonner des feuilles mortes sur le vaste rocher. Il répondit après un bref silence, alors que trois paires d’yeux s’étaient braquées sur lui, avec beaucoup d’attention. Sa voix, grave et chaude comme surgie des entrailles d’un volcan, résonna dans nos esprits.

° Je préfère l’espadon sauvage, aux crabes géants. Trop de carapace, trop de pattes, qui empêchent d’atteindre la partie tendre. °

Elérion avait parlé sur un ton neutre, presque chirurgicale. Son explication ressemblait à une citation dénuée de chaleur humaine, prise dans un quelconque livre de recettes de cuisine. Aucune émotion. Mon dragon serait-il mort de l’intérieur ?

° Ithildin, te plairait-il de voler en ma compagnie ? Partager ton vol, celui d’une amie, serait chose appréciable et amusante. °

Ce gros balourd de lézard volant dénigrerait-il ma compagnie, maintenant ?



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Amaélis Yodera
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MessagePosté le: Lun 13 Oct 2014 - 11:59 Répondre en citantRevenir en haut

Une moue de dégoût tordit les lèvres de la Neishaane à la mention des crabes moisis, tandis que la désapprobation submergeait l'Airain. Comment ces idiots de bipèdes avaient-ils osé les laisser pourrir ? Sans réellement se douter qu'il ne s'agissait pas de ses propres pensées, Amaélis se retrouva à exprimer tout haut la déception de la Dragonne, pestant contre la stupidité humaine et contre l'improbable gâchis qui avait été fait. Ithildin la fit taire en la frôlant de le pointe de sa queue, le regard toujours fixé sur le Bronze. Sans prendre le temps de terminer sa phrase, Amaélis reporta son attention sur Elérion.

° L'espadon sauvage ! J'ai plus l'impression de boire que de manger lorsque je plante mes crocs dedans, ça coule de partout ! Au moins, la chair de crabe ressemble à quelque chose. °

Un frisson parcourut l'Airain, qui se propagea jusqu'à Amaélis – laquelle se serait bien passée d'imaginer la texture d'un espadon cru.

Tu n'as qu'à le faire griller, non ?
° Oui, évidemment, puis préparer de quoi l'assaisonner convenablement. Rappelle-moi, pourquoi donc ai-je des écailles, des crocs et des griffes ? °
Arrête de te moquer de moi ! Je fais que proposer.
° Puis-je moi aussi te proposer quelque chose ? Tais-toi donc quand tu n'es pas capable de comprendre le sujet. °

La Chevalière Neutre fronça les sourcils mais s'avoua tout de même vaincue, arrachant un nouveau brin d'herbe pour y faire des nœuds. La Dragonne eut un grondement agacé – il n'était décidément pas toujours aisé de composer avec une Liée dont l'âge mental n'excédait que très rarement une dizaine d'années ! – avant d'orienter son cou en direction d'Elérion.
La proposition du Bronze la tentait, bien entendu. Il y avait longtemps qu'elle n'avait plus eu l'occasion de discuter avec un autre Dragon – ami, qui plus est. Non, Laszlo, le Lié de Gueralt, ne comptait sûrement pas : aux yeux de l'Airain, ce Brun-là se rapprochait plus du compagnon canin que du saurien véritable. Cependant, elle craignait de laisser Amaélis seule. Elle faisait confiance à Galaad, mais savait également que les sentiments pouvaient mener à un désir d'honnêteté parfois mal avisé. Elle redoutait aussi sa propre curiosité, qui s'était rapidement réveillée à l'idée d'un vol en compagnie d'Elérion. Après quelques instants de réflexion où Ithildin avait fait claquer sa queue près du tas d'herbe de la Neishaane pour profiter de ses piaillements courroucés, elle s'étira finalement. Ses iris étaient désormais semblables à ceux de sa Liée, un triste et serein mélange de bleu et de gris.

° C'est avec grand plaisir que je partagerai ton vol, Elérion. Fais tout de même attention, en pleine digestion tu pourrais t'écraser sans crier garde ! ° Puis, s'adressant plus à Galaad : ° Quant à toi, surveille bien ton langage. Je n'hésiterai pas à te briser les jambes si tu effraies ma Liée. °

Un rire draconique fit vibrer ses flancs lorsqu'elle surprit le regard absolument terrifié d'Amaélis, et, poussant de toutes ses forces sur ses postérieures, s'envola sans rien ajouter.

L'Engloutie resta un long moment les yeux écarquillés, silencieuse, puis, baissant les yeux, chuchota sur un ton d'excuse :

Ithildin est sérieuse. En plus, elle pourrait aussi me briser les jambes si je dis quelque chose de travers.

[HRP : la machine est rouillée, mais ça va revenir !]



Galaad Lucis
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MessagePosté le: Sam 18 Oct 2014 - 22:33 Répondre en citantRevenir en haut

Tandis qu’Amaélis et sa Liée débattaient de la cuisson du poisson, je coulai un regard que je voulais discret vers ma propre Âme Sœur. Ce fut pour rencontrer le regard rougeoyant du dragon, qui me fixait sans relâche, m’accusant silencieusement de quelque méfait connu de lui-seul. Quoique, à la réflexion, je pensais bien savoir de quoi il s’agissait…

Âme Sœur. Quel étrange terme ! Pour désigner la créature géante qui mêlait son âme à la mienne par-delà les âges et les rêves. Il me vint soudain cette question. Comment la déesse Flarmya faisait-elle pour choisir les pairs d’âmes à entremêler ? Comment faisait-elle pour façonner le lien d’Empreinte, tandis que naissaient un dragon et un homme de par le monde ? Sur quels critères se basait-elle ? Mais à quoi bon se poser ce genre de question ! On ne discute pas les choix d’une déité. Spécialement ceux qui concernent l’avenir d’une race millénaire et d’une île renfermant de dangereux secrets. Erreur ou pas, j’étais lié à ce Bronze pour la vie, jusqu’à la mort. Et j’en étais conscient comme jamais auparavant.

- Hein ?!

J’écarquillai des yeux démesurés tandis que je contemplais l’envol hilare de l’Airain. Cette dragonne possédait décidemment un humour dérangeant. Je n’étais pas certain de pouvoir m’y habituer un jour. Toutefois, si féroce et irascible se montrait-elle, Ithildin restait l’une des dragonnes que je connaissais le mieux. J’avais un minimum de confiance en elle, surtout en ce qui concernait la protection de sa Liée. Elle aimait Amaélis. Et – du moins me plaisais-je à le penser -, je savais qu’elle nous appréciait, Elérion et moi. Un peu. Quand même. N’est-ce pas ?... Sous la cuirasse de bronze et d’argent battait le cœur sauvage d’une amie et d’une sœur. A l’instar du petit cœur palpitant sous le verglas de la princesse éthérée que j’avais, en face de moi en cet instant, pour seule véritable amie.

Le sol trembla tandis qu’Elérion se jetait à son tour dans les airs.

° Je te déteste, Ithildin ! Tu trouves toujours le moyen de gâcher l’instant ! Mais t’inquiètes pas, le message est bien reçu, m’dame des cieux ! °

J’esquissai une révérence feinte. Je grimaçai, ironique et regardai s’éloigner les deux dragons côtes à côtes avec un léger pincement au cœur.

- Tu ne devrais pas prendre tout ce qu’elle dit au pied de la lettre. Je suis sûr qu’elle plaisante, en fait !

Peut-être. J’espère…

Plutôt que de m’embourber à nouveau, comme je savais si bien le faire, dans des explications sans queue ni tête sur le comportement des gens et des dragons, je préférais me taire. Et m’asseoir en tailleur sur le rocher, dans une position plus confortable. Avant d’aviser une fleur solitaire, poussant sur le flanc du vaste rocher, là où lumière et humidité profitaient à une mousse verdâtre. Je me saisis de la tige d’un geste brusque. J’hésitai, conscient qu’un geste déplacé pouvait tout aussi facilement effrayer Amaélis que ne l’aurait été une biche ou un chat sauvage. Puis je lui tendis ladite fleur. Elle avait piètre allure et allongeait de longs pétales d’un blanc nacré veiné de nuances violines.

- Ne bouge pas… Et voilà !

Je venais de piquer le plus délicatement possible – c’est-à-dire avec maladresse – la fleur dans les cheveux neigeux de mon amie, derrière son oreille. Je souris, ravi de l’effet produit. Quand surgit soudain devant mes yeux une bestiole piaillant. Des ailes de soie colorée dansaient devant mon visage sans que je ne puisse rien faire. J’attrapai finalement à l’aveugle la fameuse bestiole. Qui se révéla être un dragon-fée aux ailes irisées et aux écailles d’un vert joyeux. Une petite femelle, lointaine cousine des dragons, qui ne me paraissait pas étrangère…

- Encore toi ? Arrête de me suivre ! Tu me dérange !

C’était le même dragon-fée qui m’avait harcelé – ou tenu compagnie, cela dépendait du point de vue – dans l’Allée des Idoles pendant les semaines où j’y vivais caché, lors de mon premier séjour au Màr Luimë. Le même dragon-fée qui avait suscité la curiosité d’Amaélis, lors de notre première rencontre, avant que nous n’allions inaugurer de notre présence la Taverne des Trois Tortues. Etablissement qui devait encore se souvenir de notre passage, surtout de moi, en tant que mauvais client doublé d’une catastrophe ambulante.

Face à mon indignation, la petite créature crut de bon ton de piailler en redoublant de volume. Elle semblait très contente d’avoir retrouvé ma trace, celle-là ! Il fallait avouer que je l’avais nourrie avec des restes de nourriture pendant plusieurs semaines. Elle devait être habituée à moi, à présent. Mon agacement s’effaça au profit de l’attendrissement.

- Si tu continues à me suivre, faut que j’t’ trouve un nom. Une idée, Amaélis ? Si tu veux, je te l’offre !

Et d’agiter le dragon-fée vert sous ses yeux ébahis, pour la plus grande joie de la bestiole qui croyait à un nouveau jeu.

***

Elérion ne tarda pas à rattraper Ithildin. D’une taille et d’une morphologie semblables à celle d’une Bleue, l’Airain pouvait se targuer d’être rapide, vive et plus souple que lui. Mais le Bronze avait d’autres ressources, pour éviter de se faire distancer. Ses larges ailes et la puissance cachée dans les muscles de ses épaules lui permettaient de gagner rapidement de la distance en peu de mouvements.

° Je suis flatté que tu te préoccupes de ma digestion, ma sœur. Sache que je me porte comme un charme. Et que, même affamé, je suis certain de toujours te rattraper ! °

Le Bronze fanfaronnait sans vergogne. Il croyait peu à ses propres vantardises. Son orgueil le poussait à tenir n’importe quelle cadence jusqu’au bout, avec n’importe quel dragon. Et surtout avec cette femelle-là. Si elle ne possédait pas de lien du sang direct avec lui, ni la fabuleuse robe d’écailles argentées des Reines, Elérion ne l’en appréciait pas moins. De plus, s’éloigner un temps de moi allégeait quelque peu son esprit. Des nuances bleu-vert apparurent discrètement dans ses grandes prunelles. Signe qu’il profitait de ce vol pour se détendre.

Elérion effectua une rotation sur lui-même, tournoyant avec les ailes à demi-repliées. Il passa sous l’Airain, avant de remonter brusquement, à quelques mètres seulement devant elle. Il lui lança, taquin :

° Qu’as-tu donc appris en Vaendark ? Montre-moi ce dont tu es capable, reine sauvage ! °



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Amaélis Yodera
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MessagePosté le: Dim 19 Oct 2014 - 02:47 Répondre en citantRevenir en haut

Amaélis se résigna à lever timidement les yeux vers son ami, puis scruta naïvement le ciel factice à la recherche de sa Liée, comme pour s'assurer qu'elle était désormais hors de portée de voix. Elle s'autorisa alors un sourire. Pouvait-on dire que l'impitoyable Airain plaisantait ? Sûrement pas. La Neishaane pouvait bien être crédule, elle connaissait suffisamment l'être qui occupait la moindre parcelle de ses pensées pour savoir que ses mots jouissaient rarement du confort de la bouffonnerie. Après tout, c'était bien là la même Dragonne qui n'avait pas hésité une seule seconde à poser ses griffes sur le cou innocent d'une Aspirante Céleste – tout cela pour s'attirer l'attention d'Amaélis. Si ses humeurs capricieuses et son tempérament violent pouvaient être pris à la légère, tout ce qui touchait de près ou de loin à sa précieuse Liée avait le don de lui faire perdre tout discernement. Elle s'en vantait même, du haut de son trône mêlé d'argent et de bronze, persuadé que nul sur cette terre ne saurait s'opposer à sa solide et sacrée solitude d'Airain.

Elle fut bousculée dans ses égarements pensifs par l'effleurement des doigts de Galaad près de son oreille. Un instant, son regard s'attarda sur le gant qui dissimulait cette main amie. La Neishaane, cependant, aurait été bien en peine de trancher entre la simple lubie vestimentaire et le désir de soustraire quelque chose – n'importe quoi – à la vue. Un rire flétri s'échappa de ses lèvres pâles quand elle comprit que le Neishaan venait d'offrir une nouvelle demeure à la fleur, blottie entre quelques mèches éparses qu'elle n'avait pas su nouer avec leurs compagnes. C'était simple, et doux – une sensation qu'elle n'expérimentait pas beaucoup au quotidien. Les rares fois où Ithildin, faisant soudain d'elle une idole à vénérer, cherchait à la recouvrir de fleurs, elle choisissait toujours celles dont les épines déchireraient le plus soigneusement sa chair. Amaélis ne s'en plaignait pas, s'accommodait à mesure que le temps passait de l'amour dangereux de l'Airain – toujours plus appréciable que sa haine.

Elle allait remercier Galaad de sa charmante attention florale, quand le visage de celui-ci fut recouvert par une tempête irisée et bruyante. Son expression s'éclaira, reconnaissant le dragon-fée joueur qui embêtait déjà le Neishaan au jour de leur première rencontre. Ainsi donc, comme prédit, elle l'aimait vraiment ! Elle ne put s'empêcher d'en faire la remarque, sa voix vibrant sous un rire qui, autrement, aurait été inaudible.

Je t'avais dit qu'elle t'aimait bien ! Elle te suit même à la trace, maintenant. C'est Elérion qui va être jaloux !

Puis Galaad brandit la petite créature devant son visage, provoquant un léger mouvement de recul chez la Neishaane. Elle était certes charmante, mais un peu trop excitée pour en faire une compagnie agréable. Du moins pour Amaélis.

Un nom ? Eh bien... J'ai lu quelque part que la « soie », ça se disait « silki » dans certains endroits de Vaendark. Ça pourrait lui convenir, même si elle vient pas de là-bas. Elle a de jolies ailes.

Approchant avec précaution son visage de la petite gueule qui happait joyeusement l'air autour d'elle, elle répéta plusieurs fois « Silki ? » d'un ton interrogatif, comme pour demander son approbation.

~°~


Au désarroi mineur de l'Airain, Elérion l'avait rattrapée sans mal, poussant le vice jusqu'à aller tâter de la pointe de quelques mots provocateurs l'ego royal de la Dragonne. Celle-ci accéléra la cadence sans même s'en rendre compte.

° Si ce ne sont les sangliers qui alourdissent ton ventre, c'est ta vantardise qui aura tôt fait de garnir d'un peu trop de lest ton cerveau ! °

Son rire résonna longtemps dans les confins de son esprit et celui du Bronze, tandis qu'elle faisait mine de ralentir pour ne pas trop fatiguer son compagnon, arborant des iris verdoyants comme sourire goguenard. Elérion effectua alors quelque excentricité acrobatique, pour finalement surgir devant elle, un peu trop près pour qu'éviter la collision fût tache aisée. Elle chassa au loin les souvenirs assez désastreux de son affrontement contre la Verte Belareth. D'humeur joueuse, elle décida d'aller à l'encontre des attentes du Bronze, et se contenta de copier ses mouvements. Elle découvrit ainsi, douloureusement, qu'elle se situait juste à la lisière entre « trop de masse » et « pas assez de muscles ». Avec un grognement, elle réussit à se propulser vers le haut.

° J'y ai chassé une baleine, et l'eau est un terrain de chasse nettement moins conciliant que l'air. °

Cela étant, Elérion ne lui présenterait pas son dos pour longtemps, et elle n'avait pas envie de se retrouver nez à nez avec lui. Son honneur était en jeu ! Alors, elle se retourna le plus rapidement possible et prit la fuite, non sans avoir effleuré les écailles du bout de sa queue.

° Touché. Est-ce donc la maladie de ton Lié qui te ralentit de la sorte ? °

Présentée de telle façon, la discussion lui paraissait plus agréable. Un simple jeu du chat et de la souris, où le perdant se devait de répondre aux interrogations du gagnant. La dangerosité de ce terrain faisait naître en elle des frissons de délice, inconsciente et indifférente à ce que le Bronze pouvait bien ressentir.



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MessagePosté le: Lun 20 Oct 2014 - 01:45 Répondre en citantRevenir en haut

Amaélis se souvenait aussi très bien de cette petite créature, visiblement. J’en fus d’abord surpris. Mon amie semblait si souvent peu ancrée dans la réalité que je me demandais, parfois, si ses souvenirs ne s’estompaient pas. Et si, un jour ou l’autre, elle m’oublierait. Ce qui, peut-être, la poussait à régulièrement disparaître du Kaerl, pour une raison ou pour une autre. J’avais été une de ces raisons. De fait, je ne me le pardonnais toujours pas. Je voyais maintenant Ithildin sous un autre angle. A bien y réfléchir, seule la dragonne d’airain pouvait réellement protéger et à la fois être son ancre, dans la vie d’Amaélis Yodera. Tant qu’elle se souviendrait de moi, du Màr Luimë et de nos aventures, j’avais une chance de pouvoir encore profiter un peu de sa compagnie. De l’amitié de cette fleur sauvage.

- Silki ?

Je fronçai les sourcils, dubitatif. Avant d’observer plus attentivement le dragon-fée. Il n’avait pas l’air mécontent de ce nouveau nom. J’en testai la sonorité en faisant écho avec Amaélis. Le dragon-fée pépia avec enthousiasme. Ce fut sa seule réponse à peu près intelligible. Je haussai les épaules et souris.

- D’accord ! Va pour Silki. Ça te va, la bestiole ?

La nouvellement nommée Silki fut relâchée et vint se blottir dans mes bras avant que je ne puisse esquisser un nouveau geste. Ronronnant tel un chat, je la contemplai un moment, ce petit corps chaud et lisse, qui m’en rappela un autre… A une époque pas si lointaine, c’était Elérion qui se blottissait ainsi tout contre moi pour dormir. Peu après sa naissance, j’entends. Un Bronze, ça grossit vite.

- Je pourrais te la prêter de temps en temps, si tu veux. J’pense pas que ça la dérangerait, hein, Silki ?

Le dragon-fée ne répondit pas, se contentant de poser des yeux bleus sur les deux Neishaans que nous étions. E il se rendormit, dans l’étreinte sécurisée de mes bras.

- Tu vas faire quoi, maintenant que tu es de retour ? J’pourrais te montrer plein de nouveaux trucs ! J’apprends à lire, figure-toi. C’est pas si facile ! C’est même pire que ce que je croyais… Mais je peux te faire visiter des coins que t’as jamais vu au Kaerl !

Je commençai à soupçonner que l’enthousiasme exacerbé de Silki soit contagieux… J’avalai péniblement ma salive. Mon sourire ne se fana pas. Et je retins vaillamment figé sur mes lèvres. Pourtant, une énorme pierre venait de rouler dans mon cœur, pour ensuite mieux s’écraser dans mon estomac. Il me restait peu de temps à vivre, merci la magie noire de l’Ennemi. Une quête se profilait à l’horizon, à laquelle participeraient des volontaires, guerriers ou érudits, pour se jeter dans l’ultime bataille contre l’Ombremage. En attendant, le sort des Marqués – mon sort – demeurait des plus incertains. J’étais condamné et je l’acceptai. Mais ignorer combien de temps il me restait… Je voulais profiter de mes derniers jours, plus encore maintenant que ma sœur de cœur rentrait enfin chez elle. Je ne pouvais pas m’empêcher, hélas, de penser à l’instant fatal où tout cela cesserait. Je détestais jouer la tragédie. Mais j’avais terriblement besoin de savoir combien de temps je respirerais l’air du Màr Luimë.

***

Elérion préférait la compagnie de dragons à l’esprit acéré mais clément, fier mais facétieux. Comme celui de l’Airain. Côtes à côtes, mêlant leur vol au-dessus du Havre d’Argent, les deux dragons entraient dans une danse nonchalante et complice. Avec pour seule règle à ce jeu : ne s’en imposer aucune. La manœuvre de la jeune dragonne ne le déstabilisa pas. A dire vrai, connaissant son formidable ego, il s’en était même douté. A l’éclat vert de ses prunelles répondirent les siennes. De toute leur majesté, ils étiraient leurs ailes d’une même cadence, sous le dôme de leur foyer d’adoption.

° Ton corps manque peut-être d’entraînement mais pas ta langue ! Je suis content de voir que les jours passés loin du Kaerl n’ont pas affaiblis ton sens de la répartie. °

Il aurait pu renchérir, titiller à nouveau son orgueil… Si elle n’avait pas eu ces malheureuses paroles. D’instinct, sans réfléchir, ses pensées volèrent vers moi. Parvenu à la lisière de mon esprit, il se rétracta. Comme d’habitude. N’opposant qu’un silence froid et hostile. Il préféra reporter son attention sur sa compagne de vol. Elérion était né sur les sables noirs des Cavernes Flamboyantes, d’un œuf couvé par une Incarnate - qui l’avait certes renié – dont il possédait la mémoire ancestrale. Si le temps, les épreuves et le destin assagissaient ses mœurs, le façonnant tel un digne Englouti, il ne fallait pas escompter que la nature se laisserait si facilement dompter. Elérion possédait encore quelques désagréables réflexes, qu’il appelait ses travers, en tant que fils du Màr Tàralöm.

Il feula à l’adresse d’Ithildin. Elle ne pensait sans doute pas à mal. Mais le coup avait porté. Douloureusement. Alors qu’il aurait voulu, juste une fois, oublier le sort que me réservait la Marque Noire imprégnée dans ma chair. Il perdit un peu plus de son humeur joueuse tandis qu’il prenait de l’avance en quelques rapides battements d’ailes.

° Ne parle pas de ce que tu ignores. °

Etait-elle seulement au courant de ce qui se tramait sur Tol Orëa ces derniers mois ? Il comprenait son silence face à Amaélis. Elle était sa Liée et il était normal qu’elle veille la protéger. Même s’il fallait lu mentir pour lui éviter de souffrir. A bien des égards, la jeune Neishaane paraissait aussi fragile que du verre soufflé. Il s’accorda un bref répit, en silence avant de nouveau tendre ses pensées, avec moins de violence, vers l’Airain.

° Tu m’as très bien entendu tout à l’heure, ne fais pas l’innocente. Galaad n’est pas malade. Que serais-tu prête à faire, pour protéger ton Âme Sœur ? Que serais-tu prête à risquer pour sauver sa vie, même si elle ne veut pas de ton aide ? °

Ces questions le hantaient. Il lui semblait avoir passé toute sa vie, depuis la sortie de sa coquille, à essayer de me protéger. Contre le monde, contre les autres, contre moi-même parfois. Il rêvait secrètement du jour où, enfin, nous serions sur un pied d’égalité. Quand il aurait pris conscience que j’étais prêt. Que je savais me défendre et que je pouvais le protéger, lui, à mon tour. Ce jour lui paraissait de plus en plus lointain. Il avait cru la réussite acquise, dès lors que nous étions acceptés au Màr Luimë et que la vie y était plus douce. Il avait fallu l’intervention du Maître des Ombres et ses machinations perverses pour le ramener brutalement à la réalité. Je n’étais pas encore prêt à ses yeux.



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MessagePosté le: Lun 3 Nov 2014 - 18:36 Répondre en citantRevenir en haut

Comme si tout son enthousiasme avait été consommé, la créature s'était blottie dans les bras de Galaad, ses paupières aux fines écailles dissimulant l'azur clair de ses yeux. Le regard d'Amaélis ne se détachait plus de cette scène, dont toute la bizarrerie ordinaire qu'elle inspirait à la Neishaane semblait lui apparaître pour la première fois. Pourquoi donc la petite cousine des Dragons, libre de tout lien, recherchait-elle la compagnie des humains ? C'était quelque chose que la Chevalière ne comprendrait jamais, et, devant l'air si satisfait de la dénommée Silki, elle décida qu'aujourd'hui – tout comme hier – n'était pas jour à penser.

Galaad insista une nouvelle fois pour lui prêter le dragon-fée, et Amaélis se retrouva à agiter la tête, lèvres pincées et joues empourprées par l'embarras que lui causait son refus.

Non, non. Tu peux la garder ! De toute façon, je pense pas qu'elle reste avec toi. Enfin, je veux dire, c'est pas comme si vous aviez passé une Empreinte ou quoi !

Ithildin risquait de manger l'infortunée créature, en plus, si elle surprenait celle-ci en compagnie de sa Liée – quand bien même il ne s'agissait que d'une petite chose aux ailes fragiles. Elle poussa un soupir, suivant le mouvement des flancs verts que gonflait la respiration rapide du dragon-fée assoupi.

L'enjouement de Galaad peinait à être communicatif. Tout en l'observant divaguer à haute voix, Amaélis se surprit à comparer ses souvenirs au Neishaan qui se tenait à présent devant elle. Elle s'était tellement éloignée, et les mois avaient fondu, se mêlant en une masse insécable et poisseuse. Il était difficile de trancher entre ce qu'elle avait rêvé et le reste – elle s'en rendait compte, maintenant. Galaad existait en-dehors de ses pensées, et sa réalité faisait soudain l'effet d'une pointe de flèche profondément plantée dans le confort cotonneux de la vie si irréelle de la Chevalière Neutre. Elle avait pourtant œuvré pour se détacher de tout, s'était enroulée dans ses rêves et ne foulait qu'un sol d'espoirs brisés, les yeux résolument levés vers le ciel pour n'en voir que la chute et non la mort. Malgré cela, elle ne marchait pas seule – et son esprit n'avait jamais réussi à créer une illusion plus réussie qu'une ombre quand il s'agissait de Galaad.
Elle mit un certain temps à se tirer de ses réflexions, laissant le silence tourbillonner au fond de ses iris nuageux.

Je ne sais pas.

Ce qu'elle allait faire plus tard était une question qu'elle ne se posait pas, et Amaélis n'avait d'autres buts que ceux fixés par l'Airain. Cette dernière songeait qu'il était temps d'abandonner le statut de Chevalière pour embrasser celui de Maîtresse Dragon, car elle pensait ainsi être capable d'insuffler son désir de chaos dans l'âme des Aspirants. La Neishaane suivrait sans discuter, les poings liés par la peur de s'opposer, et sans comprendre les desseins de son Âme Sœur. Après tout, cela lui passerait sans doute.

Ithildin veut que je devienne Maîtresse Dragon. Je sais pas trop quoi en penser. Mais... comment ça, tu ne savais pas lire ? Moi j'ai pas eu le choix : c'était ça, ou devenir folle !

N'importe qui aurait ri de l'ironie acide de ces paroles, et c'est ce que fit Amaélis, rejetant la tête en arrière, des éclats de verre entaillant le son clair et douloureux de sa voix.

~°~


La réaction offensée du Bronze ne fit qu'exciter un peu plus l'Airain, qui sentit son sang bouillir sous ses écailles damasquinées. Elle ne le laissa pas s'échapper, s'élançant à sa poursuite tandis qu'il tentait de s'éloigner. Ithildin ne put se soustraire à la satisfaction d'avoir visé juste, malgré tout le respect qu'elle portait à Elérion. Son âme lui soufflait que, plus encore que la plupart de ses frères, ils étaient semblables. Semblables dans leur fureur silencieuse, leur violence domptée – et elle ne souhaitait que mettre à nu les dangereuses ténèbres du Bronze, pensant que se baigner dedans serait une expérience délectable.
De toute évidence, Ithildin n'était pas encore allée assez loin. Tant pis, elle pouvait bien répondre aux interrogations de son compagnon de vol ! Elle inclina son cou dans sa direction, les iris traversés d'éclairs sanguinolents en pensant à sa précieuse fleur de givre.

° Tout, absolument tout. Amaélis est mienne. J'ai brisé ses ailes pour qu'elle ne puisse s'envoler que par moi ; ai arraché ses yeux pour qu'elle ne puisse voir que par moi. Sa volonté ne peut s'opposer à la mienne – si elle refuse mon aide, je la lui impose. Comment pourrait-elle s'en rendre compte, de toute façon ? J'ai sauvé sa vie en la lui volant, et je ne laisserai personne me juger pour ma cruauté. Mon sort a été scellé avant même ma naissance, je n'avais aucun autre choix pour la sauver et me préserver. °

Les Dieux avaient cru bon de lier bipèdes et Dragons, elle avait donc le droit de s'approprier la vie d'Amaélis. Ainsi, le contrat était équitable ! Avec un grondement moqueur, elle s'éleva au-dessus du Bronze.

° Peut-être est-ce là ta faiblesse ? Si tu avais eu la force de protéger ton Lié avant qu'il ne se damne, tu n'en serais pas là aujourd'hui. °

C'était là une accusation insensée, et la Dragonne le savait bien. Elérion avait raison : elle n'était qu'ignorance en ce moment donné, mais venait d'être assurée que sa vie ne pouvait être sauvée que si elle dévorait celle de sa Liée. Sans quoi, ce serait Amaélis qui la dévorerait. L'anticipation raidit ses membres, à mesure que ses pensées s'affolaient en attendant la réponse du Bronze.



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MessagePosté le: Ven 14 Nov 2014 - 12:01 Répondre en citantRevenir en haut

Dire que les paroles d’Amaélis me surprirent serait un piètre euphémisme. Je me figeai, me contentant d’observer mon amie Neishaane en fronçant légèrement les sourcils. Elle, une Maîtresse Dragon ? Cette vision emplit mon imagination. Mon hivernale amie enseignant à des Aspirants récalcitrants ou trop curieux, qui l’assaillent de questions. Et dans son dos bruissent les vastes ailes pâles d’Ithildin, l’orgueil incarné, tandis qu’elle assoit sa suprématie sur l’esprit malléable des apprentis de sa Liée. C’était un spectacle déroutant. Je me détournai d’une telle vision pour mieux me concentrer sur le présent. Amaélis disait se plier aux choix de sa dragonne. Je connaissais d’instinct l’Airain et son désir de plaire. Créature cynique, fière, impitoyable et jalousement protectrice envers sa Liée. Je m’étonnais parfois qu’elle puisse nous apprécier, Elérion et moi. Etait-ce parce qu’Amaélis elle-même nous appréciait et qu’elle devait ployer devant le fait ? Ou parce que l’Airain voyait en nous des moyens de parvenir à ses fins ?

Je chassai ces pensées trop noires à mon goût. Mon regard glissa les deux reptiles qui arpentaient le ciel très loin au-dessus de nous. La lumière irradiant des écailles d’Ithildin ne pouvaient pas cacher une telle noirceur d’âme. J’en étais convaincu. Mon séjour chez les Ardents, les épreuves qui m’avaient forgés depuis, tout cela me permettait à présent de faire la part des choses. Du moins, le croyais-je. Ithildin se révélait aussi ambitieuse et féroce qu’elle pouvait être tendre et malicieuse. C’est ce que je voulais croire… Sinon, comment Amaélis aurait-elle pu se lier à si étrange créature ? Les dieux adoraient jouer des tours aux mortels, c’était bien connu.

- Toi ? Tu veux vraiment accéder à ce rang ? C’pas juste un titre pompeux, ça te donne aussi des responsabilités, tu sais. Tu vas devoir t’occuper d’Aspirants, rendre des comptes au Sénat et d’autres choses dont je n’ai aucune idée… Mais si Ithildin te juge prête, tu devrais lui faire confiance.

Une partie de moi, encore insignifiante, craignait de jeter mon amie dans la gueule d’une dragonne à l’ambition dévastatrice. Mais je ne pouvais pas y croire. Je devais respecter leur choix.

- Moi, ça ne me donne pas du tout envie ! Et Elérion, ça… hem, ça l’indiffère, pour le moment. Nous avons beaucoup voyagé, nous aussi et je ne pense pas… Que nous soyons prêts pour ça. Ce n’est pas le bon moment. Pas encore.

Je me voyais très mal devenir un Maître Dragon tout en sachant que, quoiqu’il se passe, j’étais condamné. Si l’Ombremage n’était pas vaincu, la finalité de tout ceci ne ferait que faire souffrir davantage les gens autour de moi. A quoi bon apprendre à des Aspirants comment mourir ? La Marque Noire ne me laisserait pas en paix, tant que la situation de Tol Orëa ne serait pas débloquée. Mais je ne me faisais pas beaucoup d’illusions à ce sujet…

Mes mains se frottaient l’une contre l’autre avec gêne. Je remarquais à peine la portée de mon geste. Mes doigts suaient à grosse gouttes sous les gants noirs qui les recouvraient. Une désagréable démangeaison me brûlait soudain le bras gauche. Je fixai les yeux clairs d’Amaélis dans l’espoir que cette sensation s’en irait toute seule. Je commençai à m’inquiéter de l’absence d’Elérion. Qu’allait-il dire à cette bavarde d’Ithildin qu’il ne me disait pas à moi, son propre Lié ? Mon esprit se lança timidement à la recherche du sien, alors que je savais parfaitement qu’il me fermait son esprit avec toute l’apparence d’une forteresse imprenable.

~¤¤¤~

Le raisonnement d’Ithildin se tenait. Elérion aurait fait preuve de beaucoup d’étroitesse d’esprit et de mauvaise foi s’il avait affirmé le contraire. Que savait-il réellement des circonstances de la naissance d’Ithildin, de ses deux frères et de sa sœur ? Marquée par la Conjonction des Deux Lunes, marqués par les Dieux de Rhaëg. Les Airains bénissaient l’union des aventuriers qui avaient si vaillamment combattus pendant la quête. Ces dragons esseulés, solitaires et stériles, en revanche, qu’y gagnaient-ils dans l’affaire ? La vie ? Sans Kaerl, ni foyer, autre que celui que revendiquerait leur Âme Sœur ? Pas de mère qui légua sa mémoire ancestrale, ni d’illustres noms d’ancêtres dont chanter les louanges ?

Ithildin lui était semblable en de nombreux points, Elérion en était parfaitement conscient. Parce qu’elle ne serait jamais totalement intégrée à la pensée des Engloutis, parce qu’elle maîtrisait à peine un caractère plus sauvage et parce que le Màr de sa mère ne pouvait pas être le sien à ce jour…

Le Bronze fit un nouvel écart, persuadé que l’Airain le suivrait malgré tout. Un énième mouvement de colère fit rougeoyer ses grandes prunelles jusqu’à prendre l’aspect d’un incendie indomptable. Sa compagne de vol visait juste. Sa jeunesse n’excluait pas le venin des plus amers et vieux dragons du Havre d’Argent. Il se sentait l’envie de justifier son attitude face à elle – comme moi je voulais me justifier de mes choix, certes très discutables, auprès de mon propre Lié -.

° Connais-tu les rumeurs du Màr Luimë, sœur de la nuit ? Sais-tu que l’Ombremage n’a pas seulement poussé à la folie les paisibles voisins de la citadelle et menacé de détruire cette dernière ? Il a aussi gangréner les rangs des chevaliers-dragons. Certains portent la Marque Noire, un présage de mort. Ce maléfice dévore les porteurs lentement, jusqu’au glas final où le Maître des Ombres décidera de sceller leur destin. Cette échéance s’approche. Galaad a choisis de se laisser mourir et refuse de se battre. Bientôt partira un groupe de volontaires pour se jeter dans l’ultime bataille contre l’Ombremage. Mais lui préfère mourir pour éviter à d’autres de le faire… Et il ose appeler ça du courage ! °

Les mots, tant ravalés, si douloureux, avaient enfin franchis son esprit. Ils frappèrent l’Airain avec la dureté du métal encore chaud, sortant tout juste de la forge. Le Bronze se déporta subitement sur la droite et prit un peu plus d’altitude. Dans un geste mêlant colère et désir, ses immenses ailes brunes enserrèrent le corps profilé de la dragonne le temps de quelques battements de cœur. Ses crocs glissèrent, sans écorcher la moindre écaille, sur l’encolure de son amie. Son regard plongea tout entier dans le sien.

° J’aime le Màr Luimë, ses valeurs, sa beauté sous-marine et ses habitants si prompts à débattre de tout. Je me battrais jusqu’à la mort pour le protéger, s’il le faut. Galaad est l’un des leurs : c’est un Englouti et il m’a fallu tant d’efforts pour l’en convaincre ! Il est ici chez lui. Quant à moi, même si j’aime ce Kaerl comme s’il était le mien et que je m’y sens chez moi, je ne serais jamais un véritable Englouti. Je suis Elérion, fils de Lye’Den, né du ventre d’une Incarnate sur les sables noirs du Màr Tàralöm. J’ai trahis ma patrie de naissance, j’ai sauvé mon Lié du désespoir et j’ai juré allégeance au Màr Luimë. Mais je ne saurais jamais l’un des leurs. °

La vérité apparaissait enfin dans sa plénitude. Jusqu’à présent, seuls le Sénat, Dame Al’Ysiria et Maîtresse Valendil avaient été au courant de notre changement d’allégeance. Les Engloutis se montraient généralement moins prompts à un jugement que leurs confrères Célestes ou Ardents. Mais un incident pouvait toujours arrivé. Elérion haïssait le mensonge, quel qu’il soit. La vérité était une arme. Et il venait d’en user contre Ithildin.

° Tu n’es pas la seule à redouter la solitude et la déchéance. °

Le colosse cuivré s’écarta pour reprendre un vol plus stable. Mais son regard piqueté d’éclairs restait rivé à celui de la belle Airain.





Dernière édition par Galaad Lucis le Mar 29 Sep 2015 - 18:09; édité 1 fois
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MessagePosté le: Mar 18 Nov 2014 - 20:28 Répondre en citantRevenir en haut

Amaélis inclina légèrement la tête, clignant des yeux étonnés. Si elle le voulait ? L'idée de faire les choses selon sa volonté avait totalement disparu de son esprit. Depuis que ses jours s'étaient liés à l'Airain, elle avait complètement oublié ce que cela faisait de réfléchir par et pour soi-même. Cette notion qui lui était si chère avait été effacée, balayée par deux larges ailes opaques qui ne laissaient filtrer la lumière qu'à contrecœur. Autrefois, ses choix n'étaient guidés que par sa volonté, sans aucune considération pour les autres ou pour ce monde qu'elle imaginait tourner, de toute façon, sans elle. Et aujourd'hui ? Qu'était-elle sinon une marionnette dont les fils étaient l'objet d'une lutte féroce entre Ithildin et la folie ? Un sourire aux allures de grimace déchira son visage pâle.

Je... Je ne fais qu'obéir à ma Liée. Peut-être que cette idée lui passera. Elle parle beaucoup, tu sais. Sinon, eh ben, ça va pas changer grand chose. C'est elle qui s'en occupera, moi je ne sais pas. Elle a juste besoin de moi pour le faire.

Dans un geste vaguement réconfortant, elle caressa son bras gauche. Assurer que la Neishaane n'était pas effrayée par la perspective d'avoir des Aspirants à sa charge aurait été un mensonge, mais elle savait que, quoi qu'il advienne, Ithildin serait là pour la rabaisser et prendre la relève. Un soutien comme un autre, et surtout le meilleur qu'elle pouvait obtenir de l'Airain, peu encline à la compassion.

Galaad semblait soudain agité. Ses mains étaient comme prises de frénésie, et ses yeux, qui s'étaient plongés dans ceux de l'autre Neishaane, donnèrent à celle-ci la désagréable impression de contempler deux billes de sang coagulé. Elle remua, mal à l'aise. Le sentiment d'être passée à côté de quelque chose afflua à nouveau dans sa poitrine, mais quoi ? De quoi pouvait-il bien s'agir ? Une puissante vague d'émotions brisa les digues de sa conscience, et l'esprit de l'Airain déborda dans le sien, lui arrachant un petit cri étranglé. Son cerveau n'était pas capable de traiter autant d'éléments en même temps, et la détresse faillit la submerger – unique remède face au cataclysme qui se déchaînait derrière ses yeux gris. Elle se mordit rageusement la lèvre pour ravaler sa peur, et, bondissant sur ses jambes, se saisit avec force des poignets de Galaad, ses doigts comme des serres, pour le faire se lever à son tour. Sa voix fluette se mua sans prévenir en crécelle perçante.

Aha ! Mais qu'est-ce qu'on en a à faire, aussi ! Qui a dit qu'ils voudraient de nous, ces seigneurs dans leurs étendards d'argent ? Deux incapables, deux faibles, deux flocons perdus malmenés par l'Hiver même ! Ce n'est rien que le vent qui nous a poussés jusque là !

Et elle se mit à le faire danser, répétant des « Qu'est-ce qu'on en a à faire ? » entrecoupés de grands éclats de rire, comme si elle venait de raconter la blague la plus absurde et la plus drôle de tout le Rhaëg.

~°~


Aussi tenace qu'une piqûre d'insecte, la Dragonne continuait de suivre les moindres mouvements de son compagnon Bronze. Elle capta son regard, qui s'était transformé en un violent brasier, et laissa la satisfaction courir dans ses veines. Les paroles tant attendues s'écoulèrent enfin, comme de la poix, obstruant chaque interstice de son esprit pour que celui-ci ne puisse plus accueillir la lumière. Toute la frustration et la colère la heurtèrent de plein fouet, mais elle les connaissait trop bien pour se laisser impressionner. Alors qu'ils tranchaient l'air et l'azur, créatures antiques au pouvoir majestueux, ils n'étaient en réalité que les esclaves d'une fatalité contre laquelle rien ne servait de se rebeller. Elle laissa les mots d'Elérion s'imprimer dans son esprit, et imagina ce qu'il se serait produit si Amaélis s'était retrouvée à la place de Galaad. Probablement aurait-elle fait le même choix – pour d'autres raisons, certes, mais la finalité restait la même. Et qu'aurait-elle fait, elle, la Dragonne ? Elle l'aurait tuée. Oui, elle l'aurait tuée, car personne d'autre qu'elle n'avait le droit de prendre la vie de sa Liée. Personne, qu'il soit Homme ou Dieu.

Elle ne trouva cependant rien à répondre au Bronze, qui, alors qu'elle s'était perdue dans ses pensées, en avait profité pour s'écarter. Sa rage faisait écho à la sienne, et quand les vastes ailes d'Elérion l'encerclèrent, son regard avait prit la couleur des Enfers. Un rugissement féroce s'échappa des profondeurs de sa gorge quand elle sentit la faible pression des crocs du Bronze contre ses écailles. Elle réprima son envie de combattre, car une fois de plus la voix de son ami ébranla les parois de son esprit. La déclaration d'amour envers le Màr Luimë, qui l'irrita quelque peu, laissa soudain place à une révélation dont la violence envoya voler au loin toutes ses défenses. Un Ardent ? Un fils d'Incarnate ? La rage s'était muée en surprise, qui se changea à son tour en excitation. La colère, l'amusement, et bien d'autres choses encore tourbillonnaient au fond des entrailles de l'Airain.
Jusqu'où était-il allé pour le bien de son Lié, c'en était presque pathétique ! Pourtant, elle comprenait – à sa façon. Car Ithildin, sans mère et sans Kaerl, n'aurait pas hésité à promener sa Liée de Kaerl en Kaerl, mais lui...

° Ne sois pas si prompt à nous juger semblables. Tu as creusé ton trou de solitude en servant la cause de ton Lié et en trahissant ton propre sang. Je n'ai aucune attache à renier ni personne à tromper pour me proclamer libre. °

Elle vira dans l'autre direction, sa hargne bien plus terne que quelques minutes avant, et visiblement forcée. Fallait-il qu'elle soit troublée pour en être réduite à mordre un acte qu'elle aurait été la première à acclamer, n'était cette histoire de véritable Englouti. Laissant le temps aux flammes de retomber, elle enchaîna, toujours à distance respectable du Bronze.

° Quelle importance cela peut-il bien avoir ? Tu ne seras jamais un Englouti car tu es d'abord un Dragon. Je ne peux pas comprendre vos attaches futiles à des forteresses créées par des créatures qui n'ont jamais été nos frères. Qu'ai-je à faire de leurs querelles d'idéaux et de valeurs quand le ciel étend ses plaines infinies sous mes ailes ? Qu'as-tu à faire de cela, toi ? Je me le demande. °

Sa curiosité était sincère, la Dragonne n'était pas bornée au point de ne jamais se poser de questions.



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MessagePosté le: Dim 12 Avr 2015 - 23:01 Répondre en citantRevenir en haut



Surpris, je clignai des yeux. Emporté dans la danse enfantine d’Amaélis, je me sentais tout étourdi devant ce brusque regain de vitalité. Elle avait un véritable don pour me faire oublier le reste du monde. Etre près d’elle, c’était comme entrer dans le cœur d’une tempête de neige, là où tout est calme et où le rugissement du vent - faisant écho à celui du monde – se rapprochait d’un bruit de fond. Ses ongles pointus s’enfonçaient dans la paume de mes mains. Cette douleur infime, je l’acceptais volontiers. Tout plutôt que de ressentir à nouveau cette brûlure infernale que me communiquait parfois la Marque Noire pour se rappeler à mon bon souvenir ! Cette souffrance-là, donnée par un être vivant auquel je tenais, me paraissait bien plus bénéfique. Elle me raccrochait encore, pour un temps, à la vie et aux sensations qui y vont de pair.

Je souris. Oui, Amaélis avait changé. En bien ou en mal, je n’aurais su le dire. Je me révélais un mauvais juge dans ces affaires-là. Mais nous aussi, Elérion et moi, avions changé. Et peut-être que nos aspirations le révélaient mieux qu’autre chose.

- Ithildin est ambitieuse ! C’est parce qu’elle rêve de terroriser les futurs Aspirants, c’est ça ?

Hilare, oubliant un instant la menace de mort qui planait au-dessus de ma tête depuis des semaines, je me contentai de rendre son étreinte à mon amie. Je haussai finalement les épaules et repris :

- Moi, je voudrais être un Croc d’Argent ! Un Chevalier d’élite du Màr ! Il faudrait d’abord que j’apprenne à tenir une épée correctement mais j’ai le droit de rêver, non ? Pour ce qu’on en a à faire…

Un clin d’œil malicieux ponctua cette dernière phrase. J’étais un condamné ambulant et pourtant, quelque part, je pensais encore à ce projet fou de devenir un guerrier pour le Kaerl Englouti. Du grand n’importe quoi ! Une entreprise téméraire et stupide que, évidemment, Elérion avait soutenu jusqu’au bout, jusqu’à ce que la Marque Noire n’apparaisse.

- Qui sait ce que l’avenir nous réserve demain ? Tu seras peut-être Maîtresse et moi un Croc d’Argent, ou l’inverse ! Ithildin ne devrait pas décider à ta place. Mais je pense que… Ce n’est pas forcément une mauvaise chose, d’avoir de l’ambition. Si tu deviens Maîtresse Dragon et que tu éduques des Aspirants… Peut-être que ça te plaira, en fait. T’en sais rien avant d’avoir essayé !

~¤¤¤~

La tempête qui hurlait sous le crâne d’Elérion commença lentement à décliner en puissance. Peu à peu, il laissa son esprit se défaire de ses attaches émotionnelles trop fortes – envers moi, envers le Màr, envers Ithildin – pour mieux se concentrer sur le vol. Les paroles de la jeune Airain l’enveloppaient comme un courant ascendant, alors que les deux dragons poursuivaient des chimères par la voie des airs, sans plus se préoccuper d’avoir un public en contrebas. Débarrassé de cette contrainte sentimentale, le colosse de cuivre reprenait un chemin de pensées logiques et pragmatiques. Son flegme légendaire refaisait surface, lui permettant alors d’enfouir sa colère et sa douleur au plus profond de son âme.

En parler avec Ithildin n’avait pas apaisé sa fureur, au contraire, cela n’avait fait que raviver la plaie. Pourtant, il ne regrettait pas ses paroles. Au fond, il n’avait pas voulu blesser la dragonne, ni même la pousser à se ranger à son avis. Des avis divergents s’avéraient bien plus intéressants. Il comprenait le questionnement d’Ithildin, sans toutefois y adhérer complètement.

° En y réfléchissant bien, je pourrais être du même avis. Les Kaerls ne sont que des amas de pierres, bâtis par des hommes et des femmes pour vivre aux côtés des dragons dans un certain confort. Leurs valeurs ont été forgées sur les modèles anciens des Valherus, ceux-là mêmes que, par hypocrisie, ils rejettent pour leur folie. °

Un éclair vert, fugitif, traversa les larges prunelles du Bronze.

° De fait, un Màr en vaut bien un autre. °

Elérion orienta son vol pour suivre la trajectoire de l’Airain. La colère de la jeune dragonne moirée semblait s’essouffler. Prudent, il se rapprocha suffisamment pour partager le même sillage, brassant l’air de leurs ailes presque au même rythme. La lumière bleue du dôme central faisait danser mille et un reflets argentés sur ses écailles de bronze terni, telle une œuvre d’artiste.

° Que le veuille ou non, Galaad est mon Lié. Si je ne recherchais pas son bonheur, cela signifierait que le mien également ne compte pas. Galaad est un Englouti de cœur autant que d’esprit – même s’il a encore beaucoup à apprendre. Je l’ai poussé à en prendre conscience. Il est ici chez lui. Pour vivre pleinement et heureux, il doit se sentir en sécurité. Cette forteresse sous-marine doit être en accord avec sa nature. C’est pourquoi j’ai choisi de défendre le Màr Luimë et de m’y attacher. S’il cessait d’être le foyer que je veux pour mon Lié, alors je ferais en sorte qu’il le reste, coûte que coûte. Quitte à forcer un peu le destin. °

Le Bronze n’en était pas à son premier sacrifice. Et il n’éprouvait aucun remords à cette pensée. Il était né pour se battre, pour protéger, pour prendre des décisions difficiles. Il le savait depuis longtemps : j’étais son unique et plus grande faiblesse.

° Ta propre Liée semble se plaire ici. Si son choix est de demeurer au Màr Luimë, que feras-tu, toi qui te prétends libre de toute entrave ? La suivras-tu ? Ou l’enlèveras-tu vers l’inconnu ? Amaélis t’appartient autant que tu es sienne. Tôt ou tard, tout dragon est confronté à ce type de choix. Y compris toi, reine sauvage. °

Car aux yeux d’Elérion, Ithildin n’était pas seulement l’Âme Sœur de la petite sœur de cœur de son propre Lié. Elle n’était pas qu’une amie écailleuse dont il prenait plaisir à partager la chasse, le vol et la conversation. Il voyait plus en elle. Il s’en rendait compte aujourd’hui. Par son essence même, par sa naissance inédite, pour son esprit acéré et son cœur fier, l’Airain était aussi reine que les immenses dragonnes d’or, d’argent et de rubis qui régnaient dans les Màrs de Tol Orëa. Elle était la reine – sauvage et unique – qu’il ne pourrait jamais posséder. Et dont il souhaitait que jamais aucun mâle ne puisse l’atteindre. Ithildin était la reine solitaire de Rhaëg.



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MessagePosté le: Ven 17 Avr 2015 - 14:10 Répondre en citantRevenir en haut

Le sourire de Galaad était rassurant. Il l'avait toujours été, même quand les ténèbres rongeaient le monde. La poitrine d'Amaélis s'allégea, et elle libéra les mains de son ami.

C'est probablement le cas. Je ne lui suffis plus, alors elle doit bien trouver d'autres souffre-douleurs !

Un rire vint ponctuer cette déclaration, peu proche de la réalité. La Neishaane ne savait pas ce que recherchait la Dragonne. En réalité, elle avait conscience que l'Airain doutait de sa loyauté. Peut-être désirait-elle la mettre au défi ? Ithildin avait cette façon particulière d'affronter ses peurs en les faisant devenir réalité. Sûrement était-elle curieuse de voir comment Amaélis réagirait si elle était forcée de prendre la défense des Aspirants face à la terrifiante Dragonne. Eh bien, ça lui était égal ! Elle les protégerait, et Ithildin comprendrait enfin qu'elle ne pouvait pas toujours être de son côté !

Un Croc d'Argent ? Un Chevalier d'élite ?

Perplexe, la Neishaane fixait son ami avec deux grands yeux éberlués. Galaad ? Des images de leur fameux combat à la Taverne des Trois Tortues fusèrent dans son esprit, et, eût-elle été capable de se moquer, la jeune Chevalière aurait éclaté de rire. Galaad ne s'était pas démarqué par son courage hors du commun, il fallait l'avouer. Néanmoins, elle non plus n'était pas le modèle parfait d'une Maîtresse en devenir.

J'aime pas les épées. Il y a quelques semaines, j'ai été obligée de m'entraîner avec Alkhytis parce qu'Ithildin voulait absolument que j'apprenne à me défendre. C'était terrible ! En plus, elle s'est écrasée par terre et s'est faite mal.

Avec une moue désapprobatrice, Amaélis retrouva sa place assise.

Tu veux devenir un Croc d'Argent à cause de ce qu'il s'est passé ? Tu veux défendre le Màr ?

Puis, après une pause où son regard s'était perdu dans le vide, elle ajouta, d'une voix qui trahissait parfaitement son incompréhension :

Pourquoi ?

~°~


La réponse du Bronze était, en grande partie, satisfaisante. Cependant, peut-être l'Airain était-elle encore trop jeune, ou bien trop égoïste pour se reconnaître dans ces paroles. Peu importait où se trouvait Amaélis, Ithildin espérait – non, savait – que sa compagnie était suffisante. Pourquoi aurait-elle besoin d'un Màr puisqu'elle avait le Lien ? N'était-ce pas la seule chose sensée ? La Dragonne avait essayé de rendre la Neishaane heureuse, elle s'était efforcée de comprendre, avait fait de son mieux pour lui ouvrir les yeux. Elle avait même abandonné l'espoir. Malgré cela, elle s'en rendait compte, leurs aspirations étaient trop différentes, et jamais l'Airain ne se plierait à la volonté de son Âme Sœur. Le calme que celle-ci avait trouvé, le statut de Maîtresse qui l'attendait – tout cela n'était qu'un écran de fumée. Ce n'était que partie remise, et, un jour, la Dragonne lui arracherait chaque chose qui lui était chère pour enfin répondre à ses propres désirs. À la fin, ce serait elle, la victorieuse.

° Quelle belle preuve d'amour. ° siffla-t-elle doucement, ni tout à fait sarcastique ni tout à fait admirative.

Elle, était trop remplie de haine et de rancœur. Elle, ne sacrifierait rien. Si les circonstances de sa naissance avaient été différentes, sûrement aurait-elle accepté de simplement vivre aux côtés d'Amaélis. Il était toujours trop tard pour changer le passé, et il lui faudrait bien une vie pour faire de la Neishaane le martyr d'un destin qui n'était même pas le sien. Depuis que la Chevalière s'était laissée dépérir dans la Lande d'Eru, les choses n'étaient plus les mêmes. Bien plus qu'elle ne l'avait montré, Ithildin était blessée, bafouée. Toute sa compassion envers Amaélis s'était envolée, balayée par le souffle ardent et sec des ruines du Màr Maudit. Aujourd'hui, plus rien comptait en-dehors d'elle-même.

Son regard, encore rougi par les braises de sa colère, longea la silhouette imposante du Bronze. Lui aussi était à l'article de la mort à cause de la résignation de son Lié. Comment pouvait-il encore penser ainsi ? Amère, elle accéléra le mouvement de ses ailes.

° Ce que je ferai ? Que crois-tu que je ferai à celle qui n'a pas hésité un seul instant avant de me condamner et de m'entraîner dans sa chute ? Je ne la laisserai pas gagner. °

Lentement, inexorablement, elle sentit la douleur et la tristesse remonter du fond de son ventre, sourdes et acides – quelque chose qu'elle ne pouvait pas endiguer, et qui brûlait, tordait, hurlait. Elle haïssait cette faiblesse, où se réfugiaient la peine et la peur. Aussi froides que les rayons du soleil, qui plongeaient dans la mer pour leur offrir l'illusion d'un ciel, ses pensées effleurèrent l'esprit du Bronze.

° Je ne suis pas une reine. Mes souvenirs et ma haine mourront avec moi. °

Et c'était probablement mieux ainsi.



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MessagePosté le: Ven 26 Juin 2015 - 16:32 Répondre en citantRevenir en haut

J’observais mon amie tandis qu’elle me décrivait son atypique séance d’entraînement. Je me retins de rire. Amaélis n’aurait sans doute pas compris les raisons de cette subite hilarité. Il était facile de deviner entre les mots ce qu’il avait pu se passer. Ithildin, gonflée d’orgueil, avait cru réussir du premier coup et défié plus expérimenté qu’elle ! D’un autre côté, j’avais tellement de mal à l’imaginer, cette délicate fleur de givre, tenir une arme et s’en servir. En revanche, j’imaginais sans peine la féroce Ithildin, tous crocs et toutes griffes dehors, les doigts acérés de ses ailes formant comme des fourches, prête à déchiqueter son adversaire. L’Airain semblait être une créature apte à défier n’importe qui, pour peu qu’on lui fasse attention. Je ne devais pas oublier une chose. Si Flarmya avait réunis Amaélis et cette étrange dragonne, ce n’était pas par hasard. Mon amie, si trompeusement fragile, vibrait sans doute avec la même intensité que l’Airain – bien que l’effet paraisse moins dévastateur. On m’avait vite appris que les apparences étaient trompeuses en Tol Orëa.

En revanche, sa question était parfaitement légitime. Mon sourire se fana et mon expectative dut se peindre sur ma figure. Décidemment, je n’arriverais jamais réellement à cacher mes émotions ! Je grimaçai, à la fois surpris et las à l’entente de cette question. Mais elle avait le droit de la poser. Même si tout ça paraissait absurde puisque… Je… J’allais mourir de toute façon. Je retins un soupir. Ce qu’Amaélis ignorait ne pouvait pas lui faire de mal.

- Bah, j’sais pas. Intégrer les Crocs d’Argent, c’est un objectif comme un autre. Je suppose que je cherchais un modèle à suivre, en arrivant ici. Quelque chose qui puisse me faire ressembler à n’importe quel Englouti. Je ne me suis jamais vraiment senti chez moi nulle part. Alors qu’ici… C’est bien, c’est différent.

Les difficultés que j’avais à m’expliquer me paraissaient insurmontables. Et elle ne venait pas seulement de mon manque d’éducation.

- Je suppose que j’ai reporté sur eux une forme d’idéal à atteindre. Je voulais leur ressembler, être comme eux, être aussi fort et brave qu’un Croc d’Argent pour être admiré !...

Hélas, oui, les dragons ne possédaient pas le monopole de la vanité. J’en étais également un parfait spécimen dans mes mauvais jours.

- Aujourd’hui, après la bataille et tout c’est qui s’est passé, j’suis plus aussi sûr de ce que je veux. (Haussement d’épaules.) Je veux toujours défendre ce Kaerl mais… J’sais pas comment. Par contre, je sais pourquoi ! Tu me diras : pourquoi défendre ce Kaerl plutôt qu’un autre ? C’est chez moi, ici, maintenant. Le Màr Luimë est ma maison : j’y ai ma place, on me l’a fait comprendre en m’acceptant et en me protégeant même si j’suis certainement pas un Chevalier exemplaire ! Le Màr Luimë m’a sauvé déjà deux fois, parce qu’il était là, prêt à m’accueillir à chaque fois que j’étais perdu ou qu’Elérion était blessé… J’me sens libre de partir à tout moment ! Et je sais que, quand je reviendrais, le Màr Luimë sera toujours là. C’est le seul endroit au monde où je me sens utile et en sécurité.

Et c’était vrai. Tout était vrai. J’en fus le premier étonné. Le Màr Luimë m’avait accueilli à plusieurs reprises alors que rien ne l’y obligeait. Et dans ce monde, j’avais vite compris qu’on a rien sans offrir quoique ce soit en échange. J’avais une dette formidable envers ce tas de pierres caché sous la mer. Il fallait que je la paye, un jour ou l’autre. Après cela, Elérion et moi serions les seuls à décider de notre avenir… Si toutefois, il existait encore un futur possible avec cette maudite Marque Noire.

***

Ithildin n’avait pas tort et cela le contrariait. Un peu. Elérion comprenait ses motifs. Il imaginait sans peine les souffrances endurées par la jeune Airain, tandis que sa Liée se laissait dépérir de chagrin dans une contrée hostile, livrée à elle-même et à sa folie. Il ne fallait pas se leurrer, cette situation ressemblait beaucoup à la nôtre présentement. C’était un fait qui se vérifiait chaque jour : les neishaans s’avéraient être très fragiles sur le plan émotionnel, à tel point que cela pouvait en devenir fatiguant d’être toujours obligé de les sauver. Les sauver du reste du monde mais aussi - voire surtout – d’eux-mêmes.

Il tenta un léger trait d’humour.

° J’ignorais que deux Âmes Sœurs pouvaient entrer en compétition. °

Peine perdue. Il était pratiquement certain que cela n’aiderait pas à désamorcer la situation. Il avait entendu les arguments d’Ithildin et les comprenait. Il en vint même à s’interroger sur un aspect de son propre avenir. Qu’adviendrait-il s’il prétendait participer au Vol Nuptial d’une reine du Màr Luimë ? Accepterait-elle seulement sa présence ? Son sang charriait les vapeurs chaudes et soufrées du Màr Tàralöm, en dépit de son esprit de contradiction et des élans de son cœur. Il n’était pas un Englouti de sang, seulement de cœur. Comment savoir si une Argentée accepterait de se faire courtiser par un dragon d’origine étrangère ? Les reines s’avéraient plus difficile à charmer que les autres dragonnes, concernant ce point. Il chassa ces pensées malvenues.

° Puisqu’aucune descendance ne te naîtra pour perpétuer ta mémoire, tu as toute liberté, tous les droits, de mener des actions d’éclat pour rester dans les mémoires. Frapper les esprits. Défais-toi de l’ombre glorieuse du passé, tu n’es pas seulement une Airain des Deux Lunes. Tu es avant tout Ithildin, fille de Flarmya, qui mérite de vivre pleinement et de marquer l’Histoire. Comme chacun d'entre nous. Ainsi, tu resteras dans la mémoire collective. °

Tandis qu’il se laissait porter par un courant d’air artificiel, d’un vol lourd et lent, paisible, vers les hauteurs du dôme, le Bronze se surprit à regretter – du moins en partie – ses paroles. Au fond, il pressentait la folle ambition de son amie. Cependant, il ne saurait l’empêcher d’avoir des rêves quand lui-même ne pouvait plus en avoir…



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MessagePosté le: Mar 30 Juin 2015 - 21:25 Répondre en citantRevenir en haut

Les paroles de Galaad soufflèrent comme un vent glacé, faisant naître dans leur sillage de désagréables frissons – autant sur la peau que dans l'esprit de la Neishaane. Ce n'était pas un froid familier, c'était une morsure douloureuse qui ravivait les plaies du passé. Protéger ce qui lui était cher, hein ? Elle ne pouvait pas blâmer son ami pour les sentiments qui le liaient au Màr Luimë. Elle était même capable de le comprendre : après tout, elle aussi avait vécu sa vie à la manière d'une vagabonde – sans endroit où revenir quand le monde et l'avenir devenaient trop effrayants, sans mur et sans toit quand la tempête se déchaînait tout autour. Ce Kaerl, jusqu'à la venue d'Ithildin, avait été tout ce qu'elle possédait, et, cependant, Amaélis refusait encore et toujours d'accepter son attachement à la forteresse sous-marine. C'était chez elle, mais rien de plus.
Elle voulait se réclamer, à la manière de son Âme Sœur, d'une liberté sans faille. Si c'était là de l'orgueil ou de la peur, elle était dans l'impossibilité de le dire. Probablement les deux, car, souvent, la Neishaane trouvait un certain réconfort en imaginant ce que serait la chute du Màr, les pleurs et les cris, tandis qu'elle survolerait les cadavres et les naufragés vomis par la mer, sans un seul regard en arrière. Après tout, il était si aisé de se mentir à soi-même.

Elle se contenta d'un sourire affable, incapable de révéler les pensées obscures qui fourmillaient sous son regard clair – incapable aussi d'exprimer la jalousie qui étreignait son cœur. ° Et si le Màr me condamnait, qui choisirais-tu, lui ou moi ? ° La question lui brûlait les lèvres, les menaces de Gueralt et de son Lié gravées au fer rouge dans sa mémoire. Amaélis choisit de garder ses peurs pour elle-même. Ce qu'avait bien pu dire le Chevalier Brun n'était que des paroles en l'air, prononcées parce que cette garce d'Airain avait trouvé amusant de le provoquer et de s'exhiber en parjure. De plus, Galaad ne lui devait rien (combien de fois l'avait-il déjà sauvée ?) et même si une part d'elle, aveuglée par la douleur de blessures passées, lui criait de le mettre aux fers, elle ne trouvait plus aucune satisfaction dans les vicissitudes de son égoïsme.

La Neishaane vint déloger la fleur de derrière son oreille, et tout en la faisant doucement tourner entre ses doigts, décida de se noyer dans la contemplation des pétales.

Si tu n'es pas doué avec une épée, je suis sûre qu'il existe d'autres moyens de défendre le Màr puisque tu y tiens tant. La franchise, tout comme la naïveté, avait deux tranchants – et il était parfois difficile de savoir de quel côté usait la jeune Chevalière. Enfin, je dis pas que tu vas pas y arriver ! C'est juste que... c'est dangereux, de se battre. Elle se fendit d'un demi-sourire. Je serais plus rassurée de te savoir derrière les étagères du Cadastre, mais a-t-on déjà vu Archiviste sachant à peine lire ?

Quand elle releva enfin les yeux vers Galaad, elle crut avoir réalisé quelque chose.

C'est pour ça qu'Elérion ne te parle plus ?

~°~


La plaisanterie du Bronze la fit gronder, et sa queue claqua dans l'air comme un fouet. C'était une compétition, car Dragon et Homme ne pourraient jamais être égaux. C'était une compétition, car tant que Lien subsisterait il faudrait définir qui était le maître et qui l'esclave. Ithildin n'avait pas hérité de crocs et de griffes pour qu'une Neishaane à l'existence futile lui dicte comment elle devait vivre.

° Ne joue pas les ignorants. Nos vies et nos morts sont liées. Dès lors, la domination est la seule manière de déterminer si nous resterons maîtres de nos destins, ou non. C'est ainsi, il n'y aura jamais de conciliation. °


Il fut un temps où l'Airain aurait pu laisser Amaélis s'épanouir pleinement, où elle aurait pu tenter de donner plus de valeur à sa vie que celle d'un simple moyen pour la sienne. Quelle splendide naïveté ! Accepter de reconnaître la légitimité des désirs de la Neishaane, c'était dénigrer la légitimité des siens – en quelque sorte. Plus l'une prenait conscience d'elle-même et décidait de s'assumer, plus elle grignotait la place et l'espace accordés à l'autre dans son esprit, et donc, réduisait son existence. La Dragonne ne se réjouissait pas de ce constat, mais elle n'avait aucun autre choix.

Du bout des ailes, elle vint érafler les écailles cuivrées d'Elérion. Frapper les esprits, voilà un discours qui lui plaisait mieux ! Des braises folles voletaient dans son regard ardent ; un jour, elle en était sûre, elle volerait tellement haut qu'elle s'en brûlerait les ailes – mais au moins ne mourrait-elle pas sans avoir éclipsé un instant l'éclat du soleil.

° Oh, n'aie crainte pour cela, mon ami. Rhaëg lui-même gardera sur sa joue le sillon de mes griffes marqué en traits de sang. °

Son ambition dépassait Tol Orëa. Avec le ciel pour seule limite, le monde entier pouvait bien être son terrain de jeux. Et des jeux, l'Airain en avait des dizaines dans la tête, qui avaient germé à l'ombre confortable de la haine et dans le terreau fertile de la folie. Comme pour appuyer ses dires, elle poussa un rugissement féroce et fusa vers le dôme, des lances de bronze et d'argent jaillissant de ses écailles damasquinées. Ithildin volta et laissa ses griffes glisser le long de l'étrange matière dans un crissement dérangeant. L'euphorie la submergea, et elle rugit à nouveau, virevoltant dans les airs – insolente et insensée.



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MessagePosté le: Mer 15 Juil 2015 - 00:40 Répondre en citantRevenir en haut

Amaélis baissa les yeux sur les pétales délicats de la fleur. Et la lumière s’éteignit tout autour de moi. J’étais de nouveau seul, perdu dans les ténèbres, en proie au doute dévorant. D’avoir tort, d’avoir raison, de n’être qu’un idiot arrogant, pire : de n’être rien de plus que le réceptacle des ambitions des autres. De n’être, au final, que le reflet des désirs et des rêves des autres, du Màr Luimë et même d’Elérion. Lorsqu’Amaélis détournait le regard, j’imaginais sans peine les méandres tortueux de son esprit, de ses pensées aussi fragiles que le cristal mais aussi dures que la glace et je ne pouvais rien faire pour la soulager de sa douleur. Car j’étais condamné, comme elle, dès que ses yeux me quittaient, à n’être qu’un imbécile conscient de sa maigre valeur pour autrui. Je n’étais rien. Pourquoi toute cette ardeur à vouloir devenir quelque chose ? Ne pouvais-je pas me contenter de ce que je possédais déjà, ici et maintenant ? Dès que les prunelles claires d’Amaélis ne se posaient plus sur moi, le masque se fendait et je découvrais que je me mentais à moi-même.

Je n’avais rien d’un chevalier servant, ni d’un Croc d’Argent, encore moins d’un érudit. A peine capable de lire, dénué de talent pour les armes, je survivais malgré tout, en dépit de toutes les vicissitudes possibles et imaginables. Que savais-je faire d’autre, d’ailleurs, à part survivre envers et contre-tout ? J’avais besoin de lire la reconnaissance dans les yeux d’autrui… Non, mieux : j’avais besoin, pour exister, du regard des personnes qui comptaient pour moi. Mes parents adoptifs, Isabeau, Dame Al’Ysiria, Elérion… Si même Amaélis se détournait de moi, tout-à-coup, que me resterait-il ?

Elérion parlait parfois de « dépendance affective », sans que je comprenne véritablement ce que cela signifiait. La plupart du temps, je ne comprenais pas la moitié de ce qu’il disait…

- De quoi tu parles ?

Lorsque mon amie releva enfin les yeux, je commençais déjà à sombrer. Sa question avait beau être simple, logique, la réponse n’était pas aisée pour autant. Ma voix n’avait pas tremblé. Si je comprenais mal la question, j’en saisissais toutes les implications. Je ne pourrais pas éternellement duper Amaélis – tout comme Elérion ne savait pas mentir correctement. Elle sentait que quelque chose n’allait pas.

- J’apprends à lire, figure-toi ! Et j’compte bien apprendre à me battre aussi !... Un jour… Bientôt !

Un demi-sourire étira ma face, alors que je feignais maladroitement la vexation. Je ne pouvais pas mentir face à cette neishaane. Elle était comme une sœur pour moi.

Un pantin, un idiot, modelé par les ambitions des autres.

Je secouai la tête pour chasser ces horribles pensées. Je levai brièvement les yeux vers le sommet du dôme. Nos dragons avaient disparus de notre champ de vision mais je sentais le cœur puissant d’Elérion battre à travers moi. Je devinais sa rancœur, sa douleur ; tout ce que je lui inspirais semblait exciter sa colère ces derniers temps. Elérion se refusait à le penser, pas moi : j’avais quelques fois l’impression que le destin l’avait enchaîné à ma personne pour mieux le retenir à terre et le priver de sa liberté. Il m’avait sauvé à de nombreuses reprises. J’étais en vie grâce à lui. Je n’étais jamais seul. Mais à quel prix ?

- Il m’en veut, repris-je précipitamment en croisant le regard d’Amaélis. Parce qu’il croit que je ne sais pas ce que je fais, à part des trucs stupides et que je ne peux pas prendre soin de moi tout seul. Il me couve trop. Ecoutes, n’en parle à personne, d’accord ? Mais j’m’suis pas lié ici. Pas au Màr Luimë, je veux dire. Elérion est né au Màr Tàralöm. On s’est enfuis il y a un an, avant de trouver refuge ici. Depuis, il a tendance à me surprotéger. A chaque fois que je fais une bêtise, il le prend pour lui, il croit que c’est de sa faute.

Au moment où je prononçai ces mots, je sus qu’ils contenaient une part de vérité. Quelque chose que le Bronze, pourtant sage et réfléchis, n’admettrait sans doute qu’à contrecœur. A nouveau, la Marque Noire me démangeait. Elle me grattait, à la lisière de ma conscience, tout comme elle me brûlait la peau sous mon gant.

***

Elérion ne s’était pas trompé, à son grand regret. Pour une dragonne née d’un cataclysme manqué, charriant le sang du renouveau, Ithildin avait le cœur empli d’amertume et de haine. Il n’en comprenait que trop bien les raisons. Combien de fois avait-il rêvé me voir lié à un dragon plus complaisant, forgé à mon image, sur les sables blancs du Kaerl sous-marin ? En revanche, il ne lui était jamais venu à l’esprit que lui-même ait pu être destiné à quelqu’un d’autre. Il n’imaginait pas son existence sans me voir à ses côtés. Il ne pensait pas à moi, ni à notre lien, comme à des chaînes. Notre Empreinte avait scellé le destin de l’un comme de l’autre, sans pour autant s’apparenter à une forme d’aliénation. Jamais encore cette pensée ne nous avait effleurés.

Et si Ithildin avait raison ? Et si c’était là la cause de nos incessants désaccords ? Comment pouvions-nous être aussi différents l’un de l’autre et pourtant être des Âmes Sœurs ? Muet de stupéfaction, Elérion laissa passer la pique assassine de l’Airain, fléchissant son vol pour seulement la suivre.

° Tu es née libre de toutes attaches et de toutes entraves : toi-seule peut décider de ton avenir... °

A peine ces pensées avaient-elles atteint l’esprit de la dragonne que le Bronze vit celle-ci prendre d’assaut les plus hauts sommets. Elle érafla le dôme de ses serres en une provocation bruyante et orgueilleuse. Il la laissa faire, incapable qu’il était de la retenir ou de lui donner tort. Ithildin, soudain, l’effrayait. Non parce qu’elle était mauvaise – aucun être vivant ne l’était par essence -, ni parce qu’elle ne voyait que faiblesse outrageante dans le lien des Âmes Sœurs mais par ses choix. Elle aspirait à la grandeur, au chaos, à la liberté. Des choses dont rêvaient peu de mortels et bien moins encore les dragons. Ithildin possédait le cœur d’une reine dans le corps d’une dragonne esseulée.

Elérion resta sans voix quelques secondes avant de rejoindre l’Airain dans les hauteurs. Il éclipsa un instant son éclat par sa masse plus importante puis imita son geste, bien que d’une manière plus douce. Ses ailes effleurèrent la paroi, faisant fuir un banc de poissons au-dehors. Il ne rugit pas. Il n’en avait pas besoin. Il ne faisait entendre sa voix que pour instruire autrui de ses intentions, et non par défi.

° Tous les chemins vers la gloire ne sont pas tracés dans le sang et l'or, Ithildin. °



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MessagePosté le: Mer 22 Juil 2015 - 20:35 Répondre en citantRevenir en haut

La révélation de Galaad pouvait bien faire plier les épaules du Neishaan et menacer de les briser, elle se posa sans un seul bruit sur l'esprit d'Amaélis – aussi légère et insignifiante qu'une poussière. La jeune Chevalière haussa les épaules, une étincelle de curiosité virevoltant vaguement au fond de ses yeux. Aux côtés d'Ithildin, elle avait vu son indifférence envers les Kaerls croître. Les querelles humaines étaient totalement dénuées de sens, et cette méfiance plusieurs fois centenaire n'était qu'hypocrisie et orgueil. Céleste, Englouti, Ardent... n'étaient que des noms pour dissimuler la véritable nature des hommes. Ceux-là se cachaient derrière de belles valeurs pour ne pas contempler leur égoïsme ; ceux-ci avançaient avec la liberté comme étendard mais pourrissaient de l'intérieur, trop imbus pour réaliser qu'ils se mettaient eux-mêmes en cage ; les autres faisaient naître la crainte afin de ne pas être jugés pour leurs faiblesses. Il n'y avait pourtant rien à défendre, au fond, une fois gratté le joli vernis d'or, d'argent ou de pourpre.

Amaélis accorda à Galaad un sourire, frémissant d'une moquerie à peine masquée. Qu'ils se soient liés d'amitié n'avait rien d'étonnant – tous deux étaient de cette espèce bien répandue de parasites, qui s'accrochait aux grands Kaerls car elle n'avait pas d'autre choix pour vivre. Le Neishaan finirait peut-être par le comprendre, un jour.

Je ne dirai rien. Ce genre de détails je m'en fiche de toute manière. Puis, elle ajouta, après un temps d'hésitation : Tu sais, tu ne leur dois rien, ici. Tu dois penser que tu as une dette envers ce Màr, mais, en fait, c'est eux qui ont une dette envers toi. Avec toutes leurs histoires, ils nous empêchent de vivre à notre guise – ceux qui n'acceptent aucune allégeance ne font pas long feu, dehors.

La Neishaane observait attentivement le visage de son ami, et derrière les douceurs hivernales de son regard clair se cachait l'ombre d'une résignation haineuse, nourrie par les idées de sa Liée.

Elérion est un Dragon, il ne devrait pas se compliquer la vie avec ça. S'il n'a fait que ce qui était bon pour toi, alors pourquoi est-ce qu'il se remet en question ? C'est ton Lié, il saura toujours ces choses-là mieux que personne. Amaélis jeta un coup d’œil vers le ciel avant d'esquisser un sourire triste, le cœur un peu serré quand elle pensa à Ithildin.
Sa vie tourne autour de la tienne. Tout ce qu'il fait, il le fait pour toi. Mais s'il a pas confiance, rien de bon n'en sortira – ni pour toi, ni pour lui.

Elle eut un moment d'immobilité, les yeux écarquillés, comme si elle venait seulement de réaliser tout ce qu'elle venait de dire. La Chevalière éclata de rire.

Désolée, je sais même pas de quoi je parle ! Comme si j'y connaissais quoi que ce soit, au caractère des Dragons !

Amaélis venait simplement de réciter les beaux paragraphes de ses leçons d'Aspirante, auxquels elle continuait de s'accrocher avec force, malgré ce bonheur promis qui glissait entre ses doigts et lui échappait depuis le jour de l'Empreinte.

~°~


Un rire mauvais secoua l'Airain quand les pensées du Bronze l'atteignirent. Elle n'aimait pas recevoir de leçons, et, bien évidemment, sa seule réponse fut encore une fois la provocation. D'un ton agressif qui ne laissait que trop peu de place à la plaisanterie, ses mots s'envolèrent, violents.

° Je n'ai que faire de l'or ; leur sang me suffira. °


Sous ses yeux, par-delà les falaises, la Dragonne voyait la silhouette de la forteresse sous-marine et les centaines de vies humaines qui s'y agitaient. Elle s'imagina un instant les réduire en poussière, réclamant enfin son dû, mais elle ne pouvait pas se mentir : cela ne serait pas assez – jamais assez – pour se venger de l'humiliation qu'était son existence. Frustrée et en proie à un tumulte d'émotions, l'Airain ne tarda cependant pas à trouver moyen de faire passer ses humeurs. Elle ralentit son vol, permettant à Elérion de prendre de nouveau place à ses côtés.

° Cela m'attriste néanmoins de penser que tu seras mort quand j'avais pour rêve de t'offrir un ciel dénué de toute entrave. Toi et ton Lié étiez les seuls qui pouviez vous targuer de trouver grâce à mes yeux. Quel gâchis ! °

Malgré ses efforts pour le dissimuler, la même colère que le jour où Amaélis avait titubé sur les bords d'Ombrelune enflait dans tout son être, ruisselait plus noire que la nuit dans ses veines brûlantes. Elle ne voulait pas les perdre – elle avait peur pour la Neishaane – mais, aussi, elle ne voulait vraiment pas les perdre. Engoncée dans sa fierté comme dans un cercueil de pierre et de solitude, ses paroles résonnaient, malheureusement, moqueuses et acides – uniquement destinées à blesser. Avec un sifflement résigné, elle se laissa effleurer par l'idée de ne pas être si différente d'Amaélis, au final.



Galaad Lucis
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MessagePosté le: Mar 9 Jan 2018 - 18:09 Répondre en citantRevenir en haut



Je regardais Amaélis réciter sa tirade comme pour mieux s’en convaincre – nous convaincre tous les deux. Je sentis l’ébauche d’un sourire relever le coin de mes lèvres. J’aimais beaucoup cette leçon. Je pouvais presque voir une Maîtresse Dragon les réciter devant moi. Sans que j’y prête vraiment attention, je retrouvais un peu de véracité dans ces affirmations.
Depuis l’Empreinte – depuis toujours me semblait-il -, Elérion avait été là pour moi. Il avait su faire les bons choix quand j’hésitais, m’avait protégé quand j’en étais incapable, m’avait soutenu pas à pas quand j’avais perdu courage. Sans lui, ma vie se serait achevée bien plus vite. Sans lui, je ne ferais déjà plus parti de ce monde. Jamais je ne pourrai lui rendre la pareille. Je savais bien que je lui devais tout et il aurait été facile de s’accrocher à lui et de fermer les yeux, le laissant prendre toutes les décisions, le laisser me guider là où il le voudrait… Mais j’étais incapable de fermer définitivement les yeux. Un feu, étrange et dangereux, brûlait en moi que rien ne pouvait apaiser. Un feu qui me disait d’avancer dans la tempête, coûte que coûte, de braver les édits d’un monde qui ne me réservait qu’une longue suite d’échecs, sans pour autant réussir à m’arrêter.
C’était peut-être cela : notre malédiction. Ni Elérion ni moi n’étions capables de faire coïncider nos existences de manière harmonieuse, sans pour autant pouvoir vivre séparément.

Je regardais Amaélis et cette flamme intérieure se reflétait dans ses yeux de verre. Son rire éclot dans le Havre d’Argent tel un chant. Je ris avec elle. Amaélis, cette fleur de givre, aussi éthérée qu’au premier jour de notre rencontre et pourtant plus proche, plus réelle, que n’importe qui dans ce Kaerl et ailleurs. Elle était mon rayon de soleil, la sœur que je n’avais jamais eue, ma première – et peut-être la seule véritable – amie. J’aurai voulu la garder hors de tout danger, de tout souci et la laisser danser sur les ruines fumantes des entraves que le reste du monde choisissait pour elle. Pour nous deux. J’aurai souhaité qu’elle puisse demeurer libre, de ses rêves à la réalité et que rien ne l’atteigne…

Un vœu pieux qui n’avait d’existence que dans mon cœur. La vie m’avait vite fait comprendre qu’on ne pouvait pas épargner ses proches. J’avais été incapable de protéger Isabeau et ma famille, ni de garantir le bien-être de ma propre Âme Sœur alors comment le pourrais-je avec mon amie ? Qu'est-ce qui me faisais croire que je pourrais réussir rien qu'une fois ?

- Moi non plus, j’y connais rien ! S’il était là, Elérion te dirait que ça dépend de tes choix. Ardent, Englouti, Céleste… Au fond, c’est du pareil au même. Ce sont juste des étiquettes, hein ? Si le climat se gâte, je pourrais toujours partir, je suppose... J’ai déjà changé de Kaerl une fois. Je pourrais recommencer ! Elérion saura quoi faire. Il le sait toujours, affirmai-je en haussant les épaules, ce soupçon de dérision présent encore sur mon visage.

Nous étions des flocons de neige perdus dans la tourmente. Dans l’œil du cyclone, au beau milieu d’un calme plat alors que rugissaient les guerres, les passions, les désirs de toute une civilisation autour de nous. Amarrés ensemble le temps d’une conversation.
Comme j’aimais la voir sourire ! Mon cœur se serra. Les mots tant retenus me brûlèrent la gorge. Je craignais que mes yeux me trahissent mais ma langue, au moins, ne faiblirait pas. Quelque chose que je devais bien au Màr Tàralöm – et auquel mon nouveau foyer ne semblait pas étranger non plus – demeurait cette facilité au mensonge par omission.

Tu vas tellement me manquer.

- Je vous emmènerai, un jour. Toi et Ithildin. On voyagera aux confins de cette terre, loin des Kaerls, n'importe où. Où tu veux ! Là où on sera libre le temps d’un aller-retour. Il n’y a rien qui nous soit impossible si on le décide.

« Si tu es faible, tu ne survivras pas ; alors fais croire que tu es plus fort qu’on ne le pense et tais ta faiblesse. » Une belle leçon de Maître Garaldhorf. Aujourd’hui, je me sentais la force de le remercier sans avoir envie de l’envoyer rôtir chez Kaziel.

Peut-être mentais-je à Amaélis avec cette promesse ; ou peut-être pas. La Marque Noire allait-elle me laisser un répit pour entamer ce voyage avec elle ? Je gardai cet espoir en moi. Je voulais lui forger de beaux souvenirs avec lesquels elle souffrirait moins en pensant à moi.

J’allais mourir. C’était mon choix. Ainsi, plus rien ne pourrait m’atteindre. A moins d’un miracle et d’une victoire conjointe des trois Kaerls sur l’Ombremage, j’allais disparaître comme j’étais né : dans l’anonymat. J’avais conscience de mentir à tous. Ce qu’ils prenaient pour de la bravoure et de l’abnégation n’était que pur égoïsme. Je voulais partir. Les lauriers de la gloire ne seraient guère seyants sur ma tête, je n’en avais pas besoin pour disparaître. J’avais l’intention de couler des jours paisibles en attendant mon heure. Plus de questions, plus d’inquiétudes et le feu dévorant dans mon âme s’étoufferait de lui-même. C’était un plan parfait. Plus personne ne pourrait me faire du mal.

Je condamnais également Elérion. Lui n’acceptait pas cette reddition, comme il l’appelait. Cette capitulation sans combattre, ce fatalisme puéril lui apparaissait telle une injure insupportable. Lui qui s’était tant battu pour notre liberté et notre bonheur. Il n’aurait plus jamais à mettre sa vie n danger pour moi. Il ne se tourmenterait plus à propos de ses origines. Si je pouvais sauver quelqu’un dans ma chute, ce serait lui. Avec le temps, il comprendrait que je faisais aussi cela pour le protéger. Je l’espérais.

Je souhaitais que cette journée dure l’éternité.

***

L’ire avait reflué, ne laissant sur le rivage urbain du Màr Luimë que résignation et tristesse. Des deux côtés.

Elérion contemplait peut-être pour la dernière fois ce monde. Il ne pouvait pas éternellement me sauver de moi-même. J’avais fait mon choix. Il ne pouvait que s’incliner face à ma décision. Cette fois, il le sentait, les chaînes du destin se resserraient autour de lui jusqu’à le museler. Flarmya avait voulu notre union et il en payait les conséquences, même celles qui ne lui plaisaient pas et qui lui semblaient aller à l’encontre de tout ce en quoi il croyait.

Nul part, que ce soit dans sa mémoire ancestrale ou dans les récits qu’il avait récolté au cours de son errance en Rhaëg, il n’avait entendu dire que le lien devait être une prison. Pourtant, c’était ainsi qu’il le ressentait ces derniers temps. Il ruait contre les barreaux d'une geôle faite sur mesure depuis sa naissance. Il comprenait d’autant mieux le sentiment d’Ithildin. Elle et lui se ressemblaient bien plus qu’ils ne l’admettraient jamais.

° Tu vas me manquer aussi, ma sœur. °

Une once d’amusement éclaira ses vastes opales. La tendresse d’un aîné pour la turbulente jeunesse. Il réprima sa première impulsion qui consistait à aller vers l’Airain et l’envelopper de ses ailes, pour mêler son souffle au sien. Il sentait confusément que toute marque trop prononcée d’affection risquait de la braquer. Ithildin, si violente et flamboyante, ne pouvait que réagir excessivement dans ses humeurs. Elle représentait les épines sur le corps floral de sa Liée. Elle était le feu qui animait les forges spirituelles d’Amaélis. Il l’acceptait toute entière.

° Je te fais confiance pour bâtir cet avenir. Je verrai ce nouveau monde avec toi. Que cela soit de mon vivant ou depuis le royaume d’Isashani. Sois-en sûre. °

L’horizon sous le dôme s’offrait au vol majestueux des dragons. Cette promesse n’était pas un adieu.


Ce post peut être considéré comme une clôture. Parce que ma bonne résolution de l'année c'est de bien faire/finir les choses ! Mille fois pardon pour avoir laissé prendre la poussière ce superbe RP. J'avais les larmes aux yeux en le relisant. J'adore nos RPs ! On ferme une page de l'amitié Galaad/Amaélis mais on pourra en ouvrir une autre quand tu le voudras ^^ ♥



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