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Amaélis Yodera
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MessagePosté le: Lun 28 Avr 2014 - 16:20 Répondre en citantRevenir en haut

Gaïaku 918


° Tu es sûre qu'ils arriveront à nous retrouver ? °

Soufflant une bourrasque d'air chaud par ses naseaux, la Dragonne Airain scruta sa Liée d'un œil moqueur. Toutes deux lovées sur ce qu'il restait d'une coulée de lave désormais sombre et froide, elles évoquaient plus une Reine protégeant sa descendance qu'une Chevalière du Màr Luimë et son Âme Sœur. Se détachant du flanc vibrant d'Ithildin, Amaélis se mit à arpenter leur périmètre de tranquillité. L'Airain ne venait que rarement dans les Combes de l'Aube, leur préférant la chaleur et l'obscurité du Nogrod Nie Sereg, et la Neishaane appréciait qu'elle fît exception pour cette fois. Elle leva les yeux, attirée par les éclats d'écailles qui flambaient par moments dans le ciel factice, tentant de discerner les silhouettes entières des Dragons à travers le rideau végétal qui recouvrait leur modeste havre. Sous ses pieds nus, elle sentait la dureté de la pierre, petite île de lave abandonnée au milieu d'une mer d'herbes folles.
C'était l'Airain qui s'était chargée de prévenir Galaad de leur retour, Amaélis s'étant endormie sitôt ses appartements retrouvés. L'accueil que leur avait réservé le Chevalier Gueralt l'avait en effet laissée tout bonnement épuisée. Maintenant, elle débordait d'énergie à l'idée de revoir son ami – qui n'était absolument pas un Spectre, lui avait assuré Ithildin. Et c'était tant mieux.

Perturbée par la température plus élevée que la normale, la Neishaane retourna s'asseoir aux côtés de sa Liée et entreprit de s'attacher les cheveux. C'était une opération délicate et périlleuse, qui nécessitait toute son attention, car, disons-le clairement, l'Engloutie était aussi douée pour ce genre de choses que l'aurait été un phoque. Au terme d'une redoutable bataille, sa nuque était enfin exposée à la caresse de l'air, et un soupir de contentement s'échappa d'entre ses lèvres.

° Des crabes. °

Amaélis haussa un sourcil devant l'incongruité de cette affirmation.

° Le Kaerl a été attaqué par des crabes géants d'Enneth. Rhaëg a vraiment du mal à tourner rond, ces derniers temps. °
° Crois-tu qu'ils ont remarqué notre absence ? °
° Amaélis, ton insignifiance est probablement la seule chose remarquable chez toi. Ces braves Chevaliers n'auraient même pas remarqué ta présence. °


La Neishaane se rembrunit, mais ne trouva rien à répondre à la Dragonne. Celle-ci avait probablement raison. Jouant avec un brin d'herbe, elle continua néanmoins :

° Et toi ? Tu aurais pu te battre. °
° Tu n'étais pas en danger, je n'avais aucune raison de le faire. °
° Quand le Màr est en danger, je le suis aussi. Non ? °
° Non. °


Une vague d'agacement accompagnait cette dernière réponse, aussi Amaélis jugea-t-elle bon de ne pas poursuivre davantage la conversation. Ce sujet irritait toujours autant l'Airain.

Les minutes passaient, et l'Engloutie avait désormais à ses pieds bon nombre de brins d'herbe auxquels elle avait fait des nœuds. L'Airain avait fermé les paupières, et son souffle venait régulièrement balayer les épaules d'Amaélis. En temps normal, elle se serait sûrement laissée bercer, mais l'impatience était trop forte. Remarquant que la Dragonne, elle, semblait sur le point de s'endormir, la Neishaane s'appliqua à l'en empêcher.

° Ne t'endors pas ! Ils vont arriver d'un moment à l'autre ! °

Sans même daigner ouvrir les yeux, Ithildin fit claquer sa queue près des brins d'herbe, en faisant s'envoler certains. La Neishaane poussa un petit cri courroucé et s'empressa d'aller les ramasser pour reformer le tas à ses pieds.



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MessagePosté le: Lun 28 Avr 2014 - 16:20 Revenir en haut

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Galaad Lucis
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MessagePosté le: Lun 28 Avr 2014 - 23:12 Répondre en citantRevenir en haut

- Où est-elle, par les sept enfers gelés ?! Où est cette fichue… ? Ah, la voilà.

Je m’emparai de la chaussette égarée pour l’enfiler le plus vite possible. Mes doigts maladroits ne m’aidèrent pas beaucoup. Je traversai la chambre à cloche-pied et manquai m’étaler par terre. Je n’étais plus qu’à un mètre de mes bottes. Les enfiler me prit moins de temps que pour les chaussettes. Verrouillant ma chambre des Tours Joyaux sitôt dehors, je m’élançai dans l’escalier, dégringolant les marches telle une comète en perdition. Je bondis au-dessus des quatre dernières marches et filai vers la sortie, ne me retournant pas sur les gens que je pouvais bousculer au passage. Oh, bon sang ! C’est loin ! Je pouvais apercevoir, au-delà des toits et des tourelles, les lointaines cavernes nimbées d’argent du Cìrban Telemna. Le Havre des Dragons du Màr Luimë. Cette fois, ce n’était dans l’espoir de retrouver Elérion, ce maudit Bronze qui ruminait sa colère dans un coin de mon esprit sans oser se montrer. Non. C’était mieux que ça. Et totalement inattendu et inespéré. Cette fois, je retrouvai une amie. Ma meilleure amie. Ma sœur de cœur. La seule réelle amie que j’avais ici, à bien y réfléchir.

Elle était revenue au Kaerl, enfin ! Depuis combien de temps avait-elles disparues, elle et sa Liée ? Depuis combien de temps n’avais-je pas pensé à elles, seules et isolées quelque part dans le monde, à la merci des méchants ? Je n’étais le chevalier servant de personne. Il n’y avait que Dame Al’Ysiria qui méritait tant d’admiration et de dévotion. Elle m’avait sauvé la vie. Pour le reste, tant que le Kaerl était debout… Mais elles ! Elles excitaient ma sympathie et mon désir de les protéger au-delà de tout ce que j’avais connu. Elles étaient ma famille. Je m’en voulais de n’avoir pas engagé plus de recherches après leur disparition. Je les avais ramenées de l’horrible Lande d’Eru pour mieux les abandonner à notre retour… Qu’étaient-elles devenues ensuite, pendant tout ce temps ? Avec les troubles récents au Kaerl, j’avais eu du mal à penser à autre chose. Maintenant, elles étaient vraiment de retour. Alors tout irait bien !

J’escaladai malhabilement une paroi rocheuse des Combes de l’Aube, endroit le plus lumineux et végétal du Cìrban Telemna. Je glissai souvent, à cause de mes gants. Accroupis sur une hauteur, je finis enfin par les repérer. Amaélis était telle que dans mon souvenir. Seule Ithildin paraissait plus grande qu’avant. Souriant de ma bêtise, je décidai de leur faire une petite farce…

Un long frisson parcourut ma peau. Mon image, et même mon reflet dans l’eau, commença à s’estomper. Je disparaissais. M’approchant le plus silencieusement possible, je finis par me jeter sur la blanche Neishaane pour la serrer dans mes bras de toutes mes forces. Fier de ma nouvelle maîtrise – encore un peu aléatoire – de mon pouvoir, je choisis cet instant pour redevenir visible. Je soulevai Amaélis jusqu’à ce que ses pieds ne touchent plus le sol, la faisant tournoyer dans mes bras.

- Tu es revenue ! Tu es vivante ! Si tu savais comme tu m’as manqué !



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Amaélis Yodera
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MessagePosté le: Mer 30 Avr 2014 - 13:47 Répondre en citantRevenir en haut

Engluée dans une agréable torpeur, Ithildin n'avait pas senti la présence de Galaad se rapprocher subrepticement de leur îlot de lave. Quant à Amaélis, elle se trouvait trop occupée à vérifier qu'elle n'avait oublié aucun brin d'herbe pour se douter de quoi que ce fût.

Dans sa jeunesse, la Neishaane avait appris à démontrer un certain nombre de réflexes : se baisser et protéger sa tête au moindre mouvement brusque, se faire toute petite en la présence des autres... Se soustraire violemment de tout contact physique faisait partie de ces réflexes – malheureusement pour le taquin Neishaan, qui ne pensait évidemment pas mal faire en choisissant ce moyen de partager son enthousiasme. Un cri perçant s'échappa de la gorge de la Neishaane, pourtant déjà serrée par la panique, et la pauvre âme crut au commencement d'une crise quand le monde se mit à tournoyer devant ses yeux. Il fallut à l'Airain toute la volonté du monde pour percer les murailles nébuleuses et mouvantes que la peur avait dressées autour de l'esprit d'Amaélis, la laissant tremblante et pour le moins amorphe, reposant comme une poupée de chiffons entre les bras de Galaad. Elle resta ainsi un certain temps, le regard levé vers son ami, et, doucement, la réalisation vit le jour dans ses yeux. Un éclat de rire impromptu vint alors secouer son corps.

Bonjour.

Amaélis tenta de se soustraire à l'étreinte du Neishaan sans paraître trop impatiente – elle était capable d'un minimum de décence lorsqu'il s'agissait de personnes chères à son cœur. Son visage était déchiré par un large sourire qui dévoilait son diastème tandis qu'elle semblait dévorer la vision qui s'offrait à elle. Il y avait si longtemps qu'elle n'avait plus contemplé une face amicale ! L'euphorie qui étreignait son cœur était un étrange mélange de douceur et de violence. Incapable de trouver les mots et ne sachant pas quelle attitude adopter pour traduire cette émotion, elle avança sa main jusqu'à ce que ses doigts effleurent celle de Galaad. C'était peut-être la plus insignifiante des pressions, et le contact ne dura sûrement pas plus de quelques secondes, mais la Neishaane était contente d'avoir pu faire un geste. Après un nouveau silence, elle reprit la parole.

Tu as l'air changé.

Ithildin profita que l'émotion soit un peu retombée pour abaisser sa tête au niveau du Chevalier, le gratifiant d'un regard aux nuances de turquoise.

° Je suis heureuse de te revoir, Galaad. Ma Liée dépérit sans ta présence. °

Les sourcils de la Neishaane se froncèrent à cette dernière remarque, mais elle se retint bien de faire remarquer à la Dragonne que c'était elle qui la traînait en permanence en-dehors du Kaerl.

Elérion n'est pas avec toi ?

Fixant les airs avec insistance, Amaélis ne put s'empêcher de regretter l'absence du Bronze et de son aura à la fois impressionnante et apaisante. Poser les bonnes questions au bon moment n'était définitivement pas le fort de l'Engloutie.



Galaad Lucis
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MessagePosté le: Jeu 1 Mai 2014 - 10:44 Répondre en citantRevenir en haut

Les premiers mots d’Amaélis, après que je l’eu reposée à terre, furent pour me rappeler le temps qui passe. Oui, j’avais changé. Mais elle aussi. C’était comme de revoir sa sœur après des mois d’absence, comme si elle revenait d’une simple retraite méditative, juste pour me voir. Le bref contact de ses doigts sur les miens me rappela que la compagnie d’autres Neishaans me manquait. Ce mélange de silences et de gestes anodins, qui en disaient tellement plus sur ce que l’on ressentait que de vaines paroles, ça m’avait manqué. Amaélis possédait toujours cette apparence diaphane et éthérée de nymphe perdue au milieu de la civilisation. Mais il y avait quelque chose de plus sûr, de plus dur même, dans ses yeux.

Les paroles d’Ithildin m’auraient d’ordinaire glacées l’échine. Cette dragonne avait le don de me faire sentir misérable et pourtant apprécié, quoique je fasse. Un simple frisson me parcouru lorsque l’Airain, désormais de belle taille, m’envoya ses salutations. Au fond, elle m’avait manqué, elle aussi. Que serait Amaélis sans sa terrible Liée, la redoutable Ithildin, à la couleur surprenante et au caractère digne d’une irascible Reine Argentée ?

° Je te salue aussi, Ithildin. Tu es en grande forme, à ce que je vois ! °

Ce n’est qu’à la dernière question d’Amaélis que je réalisai que je souriais comme un benêt, de toutes mes dents, car mon sourire se fana derechef. Je repoussai maladroitement Amaélis, lui laissant tout le loisir de respirer à nouveau. Où est Elérion, hein ? Mouais… Je détournai le regard, essayant vainement de masquer ma gêne. Je n’étais pas très doué pour mentir. Mieux vaut se tard, généralement, que de dire n’importe quoi pour sauver sa peau. Mes joues me trahirent en rougissant légèrement. Quand j’étais gosse, on me disait souvent que j’étais un livre ouvert. Toutes mes émotions se lisaient sur mon visage. Ah, si seulement c’était faux…

- Il est parti chasser. Loin. A cause de la fermeture de l’Interstice, il doit aller chasser plus loin que d’habitude pour trouver du gibier. Il ne devrait pas tarder à revenir…

Il valait mieux changer de sujet et tout de suite ! Je regardai de nouveau Amaélis dans les yeux.

- Mais toi, où étais-tu passée ? Tu as disparu pendant si longtemps !... Sans vouloir t’offenser, Ithildin. Je suis sûr que tu as bien pris soin de ta Liée… Tu as du entendre parler du siège du Kaerl et des morts-qui-marchent, je parie. C'était épouvantable !

Mes gants noirs pouvaient attester de la véracité de mes propos. Pas question d'inquiéter Amaélis avec laMarque Noire maintenant, alors que je venais tout juste de la retrouver...



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Amaélis Yodera
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MessagePosté le: Ven 2 Mai 2014 - 00:54 Répondre en citantRevenir en haut

Un grondement de satisfaction émana de la gorge de l'Airain, laquelle se redressa en agitant ses ailes comme pour confirmer les dires du Neishaan. Voir un sourire éclore sur le visage de son Âme Sœur était sans aucune doute l'une des causes de ce soudain regain d'énergie – le Vaendark, la fermeture de l'Interstice et la confrontation avec le Brun Laszlo ne l'avaient certes pas aidée à retrouver sa bonne humeur, ces derniers jours. Son regard piqueté de pousses vertes passa de Galaad à Amaélis, et, de sa hauteur de Dragonne, elle put constater à quel point les deux Neishaans avaient grandi. Passée la douceur des premiers frimas et des premières neiges, ils reflétaient maintenant ce que l'Hiver avait de plus dur et de plus glacial. Ithildin était fière de la façon dont le froid et la peur avaient façonné à leur image le visage d'Amaélis – après tout, c'était pour l'Airain une preuve que la catastrophe avait été évitée, et que la frêle Chevalière désirait rester en vie.

À la mention du nom d'Elérion, le sourire de Galaad abandonna ses lèvres, remplacé par une expression que la Neishaane ne sût vraiment interpréter. Si le Bronze était simplement parti chasser, pourquoi ce regard fuyant ? Amaélis fronça légèrement les sourcils, incapable de parvenir à trouver une explication, puis décida d'abandonner. Même si elle était déçue de savoir qu'il ne viendrait pas tout de suite, elle sourit à l'idée de le revoir. Ithildin, elle, avait bien évidemment compris que le Neishaan cachait quelque chose, mais il avait sûrement ses raisons. La curiosité la taraudait, cependant, et elle ne put s'empêcher de se jouer un peu du Chevalier.

° Comme cela est regrettable ! Et quelque peu décevant... Loin, dis-tu ? Au moins, je le suis reconnaissante. Je n'aurais pas apprécié qu'il engloutisse à lui seul tous les sangliers aux abords de la Baie. °

Abaissant son cou damasquiné, elle vrilla Galaad de ses deux tourbillons d'émeraude.

Ah, oui, l'Interstice. Le Chevalier et son Dragon nous en ont parlé. Je n'aime pas ce genre de choses, ça se finit toujours mal.

Avec un frisson, le souvenir de Darweel s'imposa dans l'esprit d'Amaélis. Ils avaient été capables de sauver Rhaëg mais pas la Maîtresse Noire, et cela n'était pas normal. « Qui peut le plus, peut le moins. » lui avait un jour dit son Demi-Elfe de frère, alors qu'il essayait de lui expliquer que si elle avait réussi à supporter un environnement hostile, elle n'aurait aucun mal à survivre en sa seule présence – qui était loin d'être mal intentionnée. Encore une certitude qui n'avait pas éclairé longtemps ses pas.

Galaad la sortit de ses pensées, et un sourire triste étira ses lèvres à ses paroles. Cherchant d'un coup d’œil l'approbation de sa Liée, Amaélis prit une profonde inspiration et se lança dans la version édulcorée qui avait été convenue au préalable au cas où le Conseil aurait aimé connaître les raisons de leur disparition.

Nous étions... nous étions en Vaendark. Je pensais arriver à retrouver mon village, qu'il y aurait bien quelqu'un qui aurait connu des Yodera. Au bout de quelques semaines, en suivant une piste qui nous semblait à peu près sûre, nous nous sommes perdues. La terre, le ciel et la mer étaient mélangés. Nous étions à l'extrême nord, je pense. Ça n'a pas été facile, mais nous avons réussi à nous en sortir.

La Neishaane se gratta l'avant-bras avec nervosité. Ithildin et elle n'avaient encore jamais parlé de ce qu'il s'était réellement passé là-bas, dans ce refuge abandonné où la neige engourdissait les jours et les nuits. Elle aurait aimé avoir la possibilité de présenter à Galaad autre chose que cet étrange mensonge qui ne cachait rien que l'absence de vérité. Recroisant le regard du Neishaan, elle se gratta un peu plus fort.

Oui, les crabes. Et Lòmëanor aussi. Tu y étais ?

Une lueur d'inquiétude vint troubler le regard de la Chevalière, soudain emplie par la peur des risques que la vie pouvait réserver à son ami – de ceux qu'il saurait éviter comme des autres.



Galaad Lucis
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MessagePosté le: Dim 4 Mai 2014 - 20:47 Répondre en citantRevenir en haut

Je me sentais mal. Je détestais mentir, au fond, sauf quand il s’agissait d’une question de vie ou de mort. Mentir à ma sœur de cœur était encore pire. Mais comment aurais-je pu dire la vérité ? Elle était déjà assez compliquée et difficile à vivre. Elle revêtait même un caractère inexplicable. La proférer à voix haute ne l’aurait rendue que plus tangible. Et douloureuse. Je ne savais pas ce qu’il se passait chez mon Lié… Je n’en avais, de fait, aucune idée. Elérion se refermait sur lui-même, devenait agressif et était constamment habité par la colère. Etait-ce la peur de voir notre nouveau foyer détruit ? Etait-ce la crainte d’un rejet de la part des Engloutis ou d’un refus de combattre de leur part ? Etait-ce parce que la magie de la Gardienne, bien qu’affaiblie, vienne soudain le hanter, en lui rappelant être né sur des sables étrangers du Màr Luimë ? Je ne comprenais rien et Elérion semblait m’éviter. Je ne parvenais même plus à lui parler. Une forteresse mentale entourait son esprit, m’empêchant d’y accéder. Il était toujours là, notre lien pulsant comme un second cœur en moi et je pouvais sentir sa présence en me concentrant assez. Mais nous ne nous parlions plus. Avions-nous inversé les rôles, maintenant ? Moi qui serais le guide et le réconfort d’un être esseulé qui cherche sa place ? Comment pouvais-je espérer le faire comprendre à quelqu’un d’autre, dans ces conditions ?

° Tu le connais. S’il est aussi gros et costaud, c’est parce qu’il mange son poids en gibier ! °

Creuse tentative de plaisanterie. Si Amaélis exprima sa déception, celle-ci laissa vite place à l’inquiétude. Elle ne se doutait de rien, pour l’instant. En revanche, les grands yeux sagaces d’Ithildin ne pouvaient pas être trompés. Elle savait qu’il y avait quelque chose d’anormal dans l’absence d’Elérion à mes côtés. J’espérais seulement que l’Airain se taise…

- En Vaendark ? Cela fait si longtemps que je n’y ai moi-même pas mis les pieds…

Amaélis, à baisser le nez et à avoir brièvement croisé le regard de sa Liée, cachait elle aussi quelque chose. Elle se grattait, sans que je sache pourquoi. Cela voulait assurément dire qu’elle mentait. Oh, par les démons de l’orage ! Pourquoi fallait-il que des mensonges viennent obscurcir nos retrouvailles ? Etait-ce vraiment nécessaire ? Pourtant, je ne me sentais pas l’envie de lui en faire le reproche. Car, pour cela, il aurait aussi fallu que j’avoue mon propre mensonge. Quelle plaie !

Et quand une inquiétude sincère ternit ses yeux gris, j’eus comme un vertige. D’ordinaire, cela m’arrivait si j’utilisais trop mon pouvoir. Or, je n’en avais rien fait. Etait-ce la Marque Noire qui me parasitait davantage. Une migraine commençait insidieusement à bourdonner à l’arrière de mon crâne. Je tâchai de garder l’esprit clair pour rassurer mon amie.

- Ne t’en fais, je ne suis pas blessé… (Nouveau mensonge, ma gorge se souvenait encore trop bien des doigts de l’Ondin fou !) Mais oui, j’y étais. En fait, j’étais à l’infirmerie du Kaerl quand ça s’est produit. Oui, encore à l’infirmerie, j’ai un don inné pour m’attirer des ennuis… Je n’ai pas vu la bataille principale. Il y avait cet Ondin complètement taré qui menaçait la Gardienne de lui donner je-sais-plus-quoi… Bref, on est venu à son secours et il a pu être neutralisé. Rien de bien glorieux.

Je haussai les épaules, comme si cela ne l’avait pas touché plus que cela. Grossière erreur. J’avais commencé à perdre Elérion après ça. La pression commençait à se faire plus forte. Je me frottai discrètement la tempe droite, attendant que ça passe. Quelque chose ne tournait pas rond, à la lisière de mon esprit. Quelque chose de colossal et d’hostile se rapprochait de ma conscience, peut-être en même des Combes de l’Aube… Je regardais brièvement à l’horizon. Je ne distinguai rien. Timidement, j’effleurais notre lien, n’espérant pas vraiment de réponse :

° … Elérion ? °



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MessagePosté le: Jeu 8 Mai 2014 - 16:23 Répondre en citantRevenir en haut

Quand bien même Amaélis ne soupçonnait pas un seul instant Galaad de mentir, elle ne put s'empêcher de l'observer en détail – à l'affût du moindre indice qui aurait pu témoigner que le Neishaan s'était retrouvé en danger. Son examen achevé, elle en vint à la seule conclusion qu'il semblait beaucoup trop couvert au vu de la chaleur qui régnait au Cìrban Telemna. Ce qui, en soi, ne démontrait rien du tout. Un soupir fluet s'échappa d'entre ses lèvres, et elle offrit à son ami un sourire à la fois soulagé mais pas tout à fait rassuré.

Tant mieux. Je ne l'aurais jamais pardonné au monde s'il t'était arrivé quoi que ce soit.

Rien n'était plus vrai, et une ombre vagabonde vint furtivement couvrir son regard quand le souvenir des Pics de Cendres s'insinua dans son esprit. La Neishaane n'eut cependant pas le temps de s'attarder sur cette idée, car l'Airain balaya ses pensées d'un souffle affolé. Aucune d'entre elles ne possédait encore assez de recul pour revenir sur ces derniers évènements, ou même la force de le faire. Cette chose, cette folie – qu'importe son nom – pesait encore lourdement sur l'esprit fragile d'Amaélis, le pliant à sa guise comme une simple brindille. Tantôt une euphorie violente qui la dépassait, tantôt une terreur poisseuse, tantôt la mélancolie légère des brises nocturnes, tantôt le vide – la Dragonne ne savait jamais de quoi les secondes suivantes seraient faites. Certes, elles partageaient désormais un caractère imprévisible, mais la Neishaane elle-même ignorait les raisons de ses sautes d'humeur. Ithildin doutait qu'elle en eût réellement conscience, d'ailleurs.

Serrant les poings, Amaélis reporta son attention sur Galaad.

Entre les crabes, les Morts-qui-marchent et cette histoire d'Ondin, je commence à croire que j'étais mieux en Vaendark.

Puis, comme elle se souvenait de la courte intervention du Neishaan un peu plus tôt, elle ajouta :

C'était la première fois que j'y allais. Les paysages là-bas sont comme ceux de mes rêves, j'ai eu peur de m'être égarée dans mon sommeil et puis... J'aurais aimé retrouver mon village. Je ne sais même pas s'il y a encore quelqu'un là-bas, mais j'aurais été contente d'au moins connaître son emplacement. Par curiosité.

Même si ce genre d'idées était le plus souvent instigué par Ithildin, cette dernière finissait toujours par vouloir dissuader sa Liée une fois que celle-ci daignait s'impliquer. Le Vaendark n'avait pas été une exception, et l'Airain, qui avait tant insisté sur l'importance de partir à la rencontre de ses origines, s'était vite retrouvée à convaincre Amaélis que sa véritable famille se trouvait sur Tol Orëa – puis, un peu plus tard, qu'elle était sa seule et unique famille.

Tandis que la Neishaane retournait s'asseoir près de son tas de brins d'herbe noués, la redoutable Dragonne laissa l'ombre de son regard inquisiteur planer sur Galaad. Il y avait quelque chose qui semblait le troubler, et il n'en parlait pas. Ithildin avait beau posséder un savoir-vivre supérieur à celui d'Amaélis, il était hors de question de laisser l'humeur du Neishaan être obscurcie en ce moment de retrouvailles ! Les deux orbes opalescentes s'écartèrent enfin du Chevalier, se portant à leur tour vers l'horizon.

° Si tu crains que la mort ne tombe du ciel à tout moment, je puis t'assurer que je la ferai rôtir sous tes yeux ébahis. Apaise ton cœur. °

Et avec ça, elle se mit à raconter en détails comment elle avait tenté de chasser une baleine au large du Vaendark, et le combat épique qui avait suivi.



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MessagePosté le: Jeu 8 Mai 2014 - 19:03 Répondre en citantRevenir en haut



- Tant mieux. Je ne l'aurais jamais pardonné au monde s'il t'était arrivé quoi que ce soit.
- T’inquiètes pas, je suis coriace !


Je souris. Amaélis était ainsi. Lointaine et solitaire, si bien qu’il devenait difficile de savoir si elle vous appréciait ou non. Mais dès que vous étiez en danger, elle se montrait si douce et affectueuse que vous ne pouviez que fondre devant elle. J’ignorais, en fait, si elle avait d’autres amis que moi. Etais-je le seul ? Ce serait bien triste. Mais moi, avais-je également beaucoup d’autres amis à part elle ? Ce constat me rendit maussade et je retins un grognement de dépit.

Et cette migraine qui ne me délaissait pas !...

- Je comprends, soufflai-je néanmoins avec sympathie, lorsqu’Amaélis évoqua son désir de découvrir son ancien village.

J’allais m’assoir près de mon amie lorsque l’irritable dragonne sembla soudain s’intéresser à mon cas. Je reportai un regard méfiant sur Ithildin. Cette dragonne possédait une intelligence aussi affûtée qu’une lame de couteau. Aurait-elle deviné mon trouble ? Je ne pouvais pas mentir à l’Airain. Ses yeux me donnaient l’impression qu’elle lisait en moi aussi facilement que dans sa propre Liée. A quoi bon jouer la comédie devant elle ? Je vérifiai rapidement qu’Amaélis ne regardait pas, je ne voulais pas l’inquiéter. Puis je m’adressai de nouveau à Ithildin, le visage grave.

° Je n’ai pas peur de la mort. Il y a bien pire que la mort… °

Tu as beau être dragon, une des filles de la déesse Flarmya, tu restes mortelle. Même les dragons ont leurs faiblesses…

Cette réflexion-là, je la gardais pour moi. J’espérais sincèrement que la dragonne ne pouvait pas sentir la présence de la Marque Noire. D’une main distraite, je rajustai ma manche gauche pour éviter que ma peau n’apparaisse entre le vêtement et le gant. Je portais déjà sur moi – et en moi – la marque de ma finitude. Je savais que j’étais condamné. A quoi bon craindre la mort, si je sais déjà ce qu’il va se passer ?

La migraine s’amplifiait sans que je puisse faire quoi que ce soit. Je clignai des yeux pour m’éclaircir les idées. Ma vue se brouillait légèrement à force de me concentrer. Je ne pouvais pas croire que ce soit Elérion le responsable. Il ne me parlait plus et ne semblait plus vouloir me voir. Qu’avais-je encore fait ? Ou pas fait, pour le mécontenter autant ? La douleur devenait si présente que je ne parvenais plus à sourire correctement. Je ne pus que grimacer vaguement en m’approchant du tas d’herbes tendres qu’avait ramassé Amaélis. Je m’installai près d’elle, pensant avec soulagement qu’être assis allait m’aider à m’apaiser. Il n’en fut rien. Je portai vivement les mains à mes tempes. C’était comme si quelqu’un, ou quelque chose, hurlait dans ma tête sur une note suraiguë. Telle une bouilloire géante qui ne cesse de siffler. La douleur devenait insoutenable. La tête allait exploser. Pitié, faites que ça s’arrête !

Alors que j’étais prêt à m’évanouir, une ombre gigantesque nous survola. La douleur s’estompa aussitôt. Le sentiment d’être en danger, cependant, était toujours là. Je levai les yeux. Un choc sourd plus tard, Elérion se posai non loin, nous observant de ses grands yeux rouges.

- Salut, Elérion ! Tu… Tu viens nous rejoindre ?

La grande classe, vraiment. J’étais prêt à me pisser dessus. Mon Bronze resta sans bouger ni répondre pendant une interminable minute, nous fixant de ses prunelles encolérées, les ailes à demi déployées. Il s’avança de quelques pas hésitants vers nous. S’arrêta. Et, finalement, donna un petit coup de museau contre celui d’Ithildin.

° Bon retour au Màr. °

Et moi ? Il m’avait à peine regardé ! Maudit lézard !



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MessagePosté le: Ven 9 Mai 2014 - 00:58 Répondre en citantRevenir en haut

Les mots du Chevalier trouvèrent un étrange écho au cœur de l'âme de la Dragonne, dont les yeux d'opale tranquille se trouvèrent remplis du liquide gris de la tristesse. Bien sûr, il y avait pire que la mort. Entendre cela d'une bouche si jeune au regard du savoir ancestral de son espèce ne fit que la rendre un peu plus morose, alors que la silhouette hivernale d'Amaélis semblait grandir dans un coin de son champ de vision. La main inconnue qui faisait danser au bout de ses fils la raison de la Neishaane comme on l'aurait fait d'une marionnette était, aux yeux de l'Airain, bien plus effrayante que la faux décisive de la mort. Mais, le Neishaan, qui était-il pour déclarer qu'il n'en avait pas peur ? Chaque seconde de sa vie était employée à rester vivant, chaque respiration un coup de plus porté à la mort. Celui qui n'avait plus peur était celui qui ne luttait plus, qui ne vivait plus. Devait-il se sentir condamné pour oser affirmer une telle chose !
Ithildin fut à peine capable d'émettre un grognement, troublée, et laissa son regard dériver de nouveau vers l'horizon lumineux.

Quant à Amaélis, elle accueillit son ami à ses côtés avec un sourire d'enfant. Considérant à tour de rôle les herbes à ses pieds et Galaad, ses joues se piquèrent de rose.

Tu serais arrivé plus tard, j'aurais sûrement arraché toute l'herbe d'ici ! Et Ithildin se serait moquée de moi...

Le sourire de la Neishaane disparut aussi soudainement qu'une chandelle que l'on mouche quand elle réalisa que Galaad semblait en souffrance. Il se tenait la tête entre les mains, le visage tordu par une expression que la Chevalière avait du mal à accepter. Elle eut un mouvement de recul, les yeux écarquillés, et ses pensées affolées s'envolèrent aussitôt vers Ithildin.

° Galaad ! Il est en train de... je ne sais pas ! Ithildin ! °

Le silence de la Dragonne aggrava le sentiment de panique qui se répandait en elle comme un poison insidieux. La jeune femme craignait la douleur physique, et voir l'un de ses seuls amis l'arborer en guise de masque amena les larmes à ses yeux, sans qu'elle puisse y faire quoi que ce soit.

° Calme-toi. Elérion arrive. °

Arrachant avec difficulté son regard du Neishaan, Amaélis put en effet distinguer la silhouette grandissante du Bronze, dont les écailles se mirent bientôt à jeter des éclairs flamboyants dans l'air au-dessus d'eux. Ses griffes rencontrèrent le sol à quelques mètres de leur îlot de lave, immobile, iris sanglants tournés dans leur direction. La voix de Galaad fit sursauter la Neishaane, qui se retourna brutalement vers lui, les yeux toujours écarquillés. Que s'était-il passé, par Flarmya ? Elle ouvrit enfin la bouche pour exprimer cette interrogation, quand elle entendit le grondement familier du Dragon Elérion résonner dans son esprit.
Tandis qu'Ithildin faisait claquer sa queue et balançait son cou en guise de salutation, une sorte de raclement amusé s'échappant ses flancs, Amaélis se leva pour aller enlacer l'une des pattes antérieures du Bronze, plus à l'aise avec les écailles qu'avec les chairs.

Merci ! Maintenant que Galaad et toi êtes là, j'ai vraiment l'impression d'être rentrée !

° Je ne peux qu'approuver ma Liée, pour une fois. °


Le cœur à peine allégé, la Neishaane retourna auprès de Galaad et ne chercha pas le moins du monde à dissimuler l'inquiétude sur son visage. Peut-être était-il souffrant ? Cela expliquerait pourquoi il était aussi couvert.

Tu es malade ?

Et Ithildin de sonder le Chevalier d'un regard aussi aiguisé qu'une lame.



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MessagePosté le: Sam 24 Mai 2014 - 19:18 Répondre en citantRevenir en haut

° C'est bon de vous retrouver. Le Màr Luimë perdait de son éclat sans vous, quoique tu en dises, Ithildin. Votre cœur est Englouti. Et nous sommes heureux de voir notre famille réunie. °

Elérion se rapprocha encore de nous, allant jusqu’à s’assoir en position du sphinx près d’Ithildin, sur le petit îlot de lave. Il m’accorda à peine un regard. J’avais la désagréable sensation d’être invisible, sans pour autant avoir déclenché mon pouvoir. Il réagit néanmoins lorsqu’Amaélis vint entourer sa patte antérieure de ses petits bras pour un câlin. J’en aurais souris si je ne m’étais pas senti aussi mal à l’aise. La douleur avait beau avoir cessé dans ma tête, il émanait toujours une impression de danger du Bronze. Le gigantesque reptile qui repliait ses ailes et enroulait sa longue queue achevée en lourde masse d’armes me paraissait étranger. D’habitude, la seule vue d’Elérion suffisait à m’apporter un sentiment de sécurité. A cet instant, tandis que je contemplai le dragon qui s’était lié à moi, je n’éprouvais rien d’autre que de la peur.

- Non, c’est rien, c’est passé. Ne t’en fais pas, m’entendis-je rassurer Amaélis sans la regarder, les yeux toujours accrochés au Bronze.

Elérion ne voulait pas me regarder. Son regard me fuyait, même s’il était certain que cela se voyait à peine. Il était tellement haut que ce n’était guère étonnant. Il lui état facile de refuser le contact visuel. Pas pour moi, qui me dévissais le cou en tentant de capter son attention.

° Tu comptes m’adresser la parole ou faire comme je n’existais pas ? °

Pas de réponse. Je grinçai des dents en retenant un juron. Dès que je détournai les yeux de mon Lié, je tombai sur les grands yeux sagaces d’Ithildin. Fichue Airain ! Elle ne pouvait pas me laissez tranquille, celle-là ? Maudites dragonnes, toutes les mêmes, à vouloir se mêler de ce qui les regarde pas !

° Quoi, qu’est-ce qu’il y a encore ?! Je ne suis pas le seul à mentir ici aussi ! Je suis un Neishaan. Je me suis entraîné avec le temps à reconnaître les intonations dans la voix des gens. Et si Amaélis ment très mal, toi, en revanche, tu es une déesse dans ce domaine ! °

Comme s’il avait capté une pensée volage venant de mon esprit, ou si mes paroles avaient eues une trop grande portée télépathique, Elérion darda soudain ses vastes prunelles sanguines sur moi. Je déglutis mais décidai de le défier du regard, les sourcils froncés. Hors de question que je baisse les yeux le premier. Ce n’était pas moi le fautif dans l'histoire.

° Malade ? Non, tu n’es pas malade. Tu es mourant ! °

Les mots volèrent en éclats jusque dans les esprits de l'Airain et de mon amie, j'en étais sûr. Et le Bronze de se dresser sur ses pattes postérieures, les ailes largement écartées et les naseaux fumants. Cette fois, j’eus l’impression de me recroqueviller sous le poids de son regard. J’étais littéralement écrasé sous sa rage impuissante et la rancune qu’il me vouait. Qu’avais-je donc fait ? Puis je compris, avec un temps de retard. Ma main droite vint serrer machinalement mon bras gauche. La Marque Noire. Je n’osai pas même jeter un regard à Amaélis ou à sa Liée, de peur de me trahir. Je n’avais pas non plus la force de mentir. Elérion avait crevé le silence entre nous et Ithildin m’avait percé à jour. Fichus lézards !



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MessagePosté le: Dim 25 Mai 2014 - 11:32 Répondre en citantRevenir en haut

Si les iris de l'Airain s'étaient transformés en un tourbillon de couleurs indécis, elle n'eut toutefois pas la volonté nécessaire pour lâcher une réplique qui aurait pu briser la sérénité de ces retrouvailles. Enfin, il s'agissait de toute évidence d'une sérénité relative, mais cela, Amaélis ne semblait pas le remarquer pleinement – et Ithildin ne se sentait pas la force d'ouvrir les yeux de la Neishaane, si heureuse de retrouver le Bronze et son Lié qu'elle n'avait pas réalisé le climat pour le moins instable de la situation. Quelque chose de violent et de douloureux entourait leurs deux corps, une odeur de peur et de rancune qui s'attardait dans l'air et se mêlait à la nature même de leur Lien. Ithildin abaissa son long cou damasquiné et vint poser sa tête sur ses pattes, vrillant toujours Galaad de ce terrible regard qu'ont ceux qui comprennent ce qui parfois vous échappe et vous donne l'impression d'en savoir plus que vous.

Quelques mots du Neishaan et l'appréhension s'envola du cœur d'Amaélis. L'Airain, elle, sentit l'inquiétude déposer sa lourde chape sur le sien : maintenant qu'elle avait été rassurée, Amaélis risquait de perdre son calme si elle se rendait compte de ce qui se tramait en réalité derrière la barrière de son inconscience. Ithildin ne voulait en aucun cas exposer à tel point la fragilité d'esprit de la Neishaane – de peur, peut-être, qu'on lui rejette la faute dessus ou que d'autres tentent de la soigner à sa place.

° Tu vois, je t'avais dit qu'il était inutile de t'inquiéter, Alma. °
° Oui, tu avais raison, Étoile-Lune ! Tout va aller bien, maintenant. °


Amaélis ponctua cette phrase d'un sourire aussi frais et clair que l'aurore, la luminosité des Combes plongeant sa peau et ses cheveux dans leur or chaleureux. La Dragonne ne parvint pas à partager la joie bien trop légère de son Âme Sœur, ses prunelles chargées de questions pesant de tout leur poids sur la silhouette de Galaad.

Si le soudain éclat de colère qui fusa du Chevalier la déstabilisa quelque peu, elle n'en laissa rien paraître. Seules ses griffes crissèrent contre la roche, tandis que l'agacement faisait éclore des fleurs de sang dans ses yeux.

° La seule raison pour laquelle nous avons menti est que nous ne possédons pas la vérité, Galaad. Mais toi, tu sembles en revanche l'avoir plantée dans ton âme comme une pointe de flèche – et il n'a jamais été aisé à personne d'empêcher le sang de s'écouler. °

Son ton oscillait entre le reproche, la défense et l'anxiété véritable. La Dragonne percevait l'obscurité scellée quelque part au fond du Neishaan – et il n'était jamais bon de cacher l'Ombre, quelque forme qu'elle ait choisi d'adopter.

° Malade ? Non, tu n’es pas malade. Tu es mourant ! °

Sous la violence de cette accusation, Ithildin oublia presque comment respirer. Toutes ses pensées volèrent instinctivement vers Amaélis sur les ailes d'une frayeur sans nom. Si la Neishaane avait entendu cela... Son regard, qui avait viré au jaune, trouva cependant Amaélis plongée dans la contemplation d'un ballet aérien entre un Blanc et une Noire. Perturbée par ce qu'elle percevait de sa Liée, l'Engloutie ouvrit de grands yeux interrogateurs. Puis, laissant son attention dériver vers Galaad et le Bronze, elle comprit alors que quelque chose n'allait pas.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Sentant la panique la gagner peu à peu, l'Airain tenta tant bien que mal d'attirer la Neishaane à elle, étendant une aile comme pour la soustraire au regard de ses deux amis. Elle ne pouvait pas, elle ne devait pas comprendre, sinon tout allait de nouveau voler en éclats. Les deux tristes fanaux d'Ithildin orientèrent leur désespoir vers Galaad et Elérion, tour à tour. Elle espérait qu'ils comprendraient. Même si elle-même désirait comprendre quel était le sens de tout cela, elle doutait férocement que sa Liée était capable de l'entendre. Celle-ci passa sa tête sous l'aile qui lui faisait soudainement office de prison, perplexe.

° Ithildin ? °



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MessagePosté le: Mer 28 Mai 2014 - 23:27 Répondre en citantRevenir en haut

Les retrouvailles tournaient au drame. J’aurais dû paniquer. Mais comme si ma vie se déroulait au ralenti sous mes yeux, je ne comprenais pas très bien ce qu’il se passait. Tout était allé trop vite pour moi. Elérion se dressait de toute sa hauteur, soufflant comme une forge, les yeux plus rouges que des rubis. Amaélis se retrouvait prisonnière de l’aile de sa Liée et semblait encore moins comprendre ce qu’elle faisait là, que moi. Ithildin me jeta un regard qui me glaça. Le désespoir s’y lisait. Si même Ithildin se laissait envahir par la peur et le montrait, alors le monde déviait de son axe ! Je dirigeai mon regard vers mon Lié. Qu’avions-nous encore fait ?

- Euh, je… Je… Ah, merde.

Après cette magnifique éloquence, je me relevai en ayant aussi décontracté que possible. J’ignorai encore par quoi était réellement passée Amaélis pendant son voyage en Vaendark. Peut-être était-elle fragilisée parce qu’elle y avait vu. Vaendark n’est pas un continent de tout repos. Et elle avait toujours été fragile, au fond. N’avait-elle pas fuis dans la Lande d’Eru lorsque nous avions été présumé morts, Elérion et moi ? Ce souvenir me glaçait rien que d’y songer à nouveau. Les paroles de la Gardienne Maudite tournaient dans mon esprit. Amaélis était liée d’une manière ou d’une autre à cette horrible plaine et à ses fantômes. Je l’avais sauvée… Voulais-je encore la perdre, maintenant que nous étions enfin réunis et de retour au Kaerl ?

En sachant que j’allais probablement mourir dans très peu de temps ?

° Elérion, s’il-te plait, écoute-moi. Pour Amaélis et Ithildin, je t’en prie, remettons cette discussion à plus tard ! Tu veux bien ? Répond-moi ! °

J’avais beau connaître enfin la vraie raison de l’hostilité croissante d’Elérion à mon égard… Je n’avais pas le temps de me réjouir. Un constat à la fois las et rassurant me sauta aux yeux. Il fallait protéger Amaélis. J’avais l’impression d’avoir fait ça toute ma vie…

- Non, c’est rien ! C’est euh… Un moustique ! Un énorme moustique qui vient de piquer Elérion à un endroit sensible… C’est pas beau à voir pour les demoiselles.

Je me permis un clin d’œil et un sourire goguenard. En espérant que ma piètre ruse fonctionne. L’envie de me frapper la tête contre un mur me démangeait. Un moustique… Je ne pouvais vraiment pas trouver mieux que ça ? Quel abruti ! Flarmya devait me haïr en ce moment. Tandis que je rapprochai de l’aile pâle étendue par Ithildin pour masquer la vue de sa Liée, je jetai un rapide coup d’œil par-dessus mon épaule. Les grandes prunelles rougeoyant toujours tels des incendies, le Bronze replia sa voilure et se remit en position du sphinx. Il n’avait pas répondu mais il ne me quittait pas des yeux. Je ne percevais toujours rien à travers le lien. C’était comme d’être amputé d’une partie de ses membres ou de ses sens. Mais je pouvais au moins sentir sa présence. Je savais qu’Elérion était là, je pouvais le voir et même le toucher si jamais il me laissait approcher… En revanche, j’ignorais la plus petite de ses pensées. Et ses émotions n’étaient trahies que par ses yeux.

° Elérion. °

Une barrière s’élevait entre nous. Un fossé que j’avais contribué à creuser et que le dragon maintenait en place coûte que coûte. A peine avais-je finis de creuser ma tombe, que le gigantesque reptile ailé que m’avait donné la déesse allait sauter sur mon cadavre pour le maudire. Cette vision me paraissait on ne peut plus claire. Ne pouvait-il pas comprendre… ? Non, sans doute pas. Et je ne pouvais pas en parler ici, avec Amaélis et Ithildin désemparées à côté de nous.

- C’est bon, Ithildin ! Tout va bien. La vue d’Amaélis ne sera pas offensée !





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MessagePosté le: Dim 1 Juin 2014 - 12:08 Répondre en citantRevenir en haut

Un souffle de reconnaissance balaya le paysage rocailleux dans les yeux de l'Airain. Certes, l'excuse était aussi solide que du papier mâché, mais elle était suffisante pour Amaélis. Le drame s'arrêtait là, laissant l'appréhension de la Dragonne pendre au bord du gouffre brumeux de l'incertitude. Le temps des réponses viendrait plus tard – si tant est qu'il vienne un jour. Ithildin était curieuse, mais surtout inquiète de tout ce qui pouvait avoir une incidence sur la santé de sa précieuse fleur de givre, et sa sagesse balançait entre l'ignorance salvatrice et la connaissance prévoyante. Elérion s'était réfugié derrière une muraille de silence, et la Dragonne songea qu'il était peut-être plus sain de choisir la route de l'ignorance. C'était une question de survie, après tout. Un grognement lui échappa à force de sentir la Neishaane se débattre sous le couvert de l'aile et la titiller de ses mains impuissantes.

Mais laisse-moi sortir ! Galaad a dit que c'était bon !


Presque à contrecœur, l'Airain libéra sa Liée et rabattit ses ailes contre son corps. La Chevalière soupira ostensiblement, dardant sur la Dragonne un regard agacé.

Tu dis toi-même que je ne dois plus me comporter en enfant, mais tu passes ton temps à me couvrir comme si j'en étais une ! Je n'ai pas besoin qu'on me protège.

Ithildin sentit une pointe glacée s'immiscer dans son esprit, et ses yeux encore parcourus de flocons de cendres s'abaissèrent vers la Neishaane à l'air boudeur. Il y avait tant de choses qu'elle ignorait, tant de blessures potentielles qui chatoyaient d'un éclat mortel dans l'air sombre du réel. Cependant, aucune des deux Âmes Sœurs ne pouvait se le cacher : Amaélis possédait probablement l'une des meilleures défenses possibles, bien que la plus cruelle. Elle possédait le pouvoir du déni et du mensonge, la capacité à s'enfermer dans un monde d'illusions au point d'en oublier son propre nom. Cependant, les séquelles étaient inévitables – en témoignait l'étrange folie qui rampait devant sa raison comme un nuage de tempête devant le soleil. Ithildin dut faire l'effort d'adopter un ton moqueur.

° Crois-moi, il t'aurait fallu vivre plus d'une vie pour être capable d'affronter cette vision, ma Liée. °

Elle jeta un coup d’œil à son frère draconique qui se tenait impassible. Il était inutile de chercher du soutien de son côté, cloîtré qu'il était dans son linceul silencieux. Amaélis aussi le regardait, mais elle semblait le plaindre, ses grands yeux d'hiver plongeant sans modération dans l'océan sanglant de ses iris. Un instant, l'Airain se demanda si, quelque part au fond de la Neishaane, celle-ci avait conscience de la détresse sourde et enragée qui émanait du Bronze – ou bien si elle n'avait réellement que le moustique en tête. Il était encore trop tôt pour le dire car, même si Amaélis n'était pas douée en dissimulation, la méconnaissance de ses propres sentiments empêchait souvent la Dragonne de la comprendre pleinement.

Ah, au fait ! Je crois que je n'ai pas eu l'occasion de vous le dire, mais je voulais vous remercier d'être venus nous chercher dans la Lande. Et peut-être m'excuser, aussi. Je ne voulais causer de souci à personne.

Le visage de l'Engloutie ne trahissait aucune autre émotion qu'une vague interrogation. Sa mémoire aimait lui jouer des tours, et elle avait mis un certain temps à accepter les explications de l'Airain. Une partie d'elle-même refusait férocement l'idée que le Neishaan et son Lié aient bravé la Lande d'Eru pour venir la récupérer, cette même partie qui était incapable de concevoir la notion d'entraide désintéressée. C'était plus facile, depuis que son âme s'était Liée à celle de l'Airain, mais il y avait encore des comportements qui ne lui semblaient simplement pas naturels. Un sourire aux frémissements tristes vint éclairer son visage.

Tout va bien maintenant ! Alors, dis-moi, as-tu détruit d'autres auberges pendant tout ce temps ?



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MessagePosté le: Mar 10 Juin 2014 - 20:57 Répondre en citantRevenir en haut



Avec le temps, j’avais l’impression désagréable d’avoir endurcis mon cœur. Me donnant le pouvoir de rester indifférent, de masquer une partie de mes émotions, de masquer même la vérité. Tout n’était que mensonges derrière cette gangue de glace qui entourait mon cœur. Cette glace mensongère était à l’égale mesure celle de cette conversation. Depuis le début de nos retrouvailles, Amaélis et moi ne cessions de nous mentir l’un à l’autre. Était-ce vraiment ce genre de relations que je souhaitais avec ma sœur de cœur, ma seule véritable amie ? Était-ce cela, cette maturité tant vantée par les autres Chevaliers et les Maîtres, cette propension à taire l’empathie au profit de la raison, quitte à devoir mentir ? J’avais appris de mon séjour chez les Ardents que la vérité est une chose malléable et facilement corruptible, qu’elle ne sert jamais que celui qui la dicte et qu’elle est fragile car très précieuse pour forger l’avenir. Je pouvais mentir au monde entier. Mais devant Amaélis, la culpabilité me dévorait tout cru. Je me haïssais. Amaélis semblait si innocente, par certains côtés, que je comprenais pourquoi Ithildin la protégeait avec autant de soins, quitte à être étouffante. J’étais allé sauver une Neishaane esseulée jusque dans la Lande d’Eru. Je devais maintenant la protéger à tout prix. Elle était aussi Engloutie que moi, après tout.

- De rien, ce fut un plaisir, lâchai-je du bout des lèvres avec un sourire crispé.

Je coulai un regard entendu vers l’Airain. Que la dragonne panique parce que l’esprit de sa Liée était trop fragile, je pouvais le concevoir. Mais on ne pouvait pas mentir éternellement à Amaélis. C’était à Ithildin de se débrouiller avec ça. C’était son devoir d’Âme Sœur. Mais j’espérais avoir rapidement des informations sur ce qu’il s’était réellement passé en Vaendark, en temps voulu.

- Tu es partie parce que tu m’as cru mort et que tu ne te sentais plus à ta place au Màr Luimë. C’est très simple à comprendre.

Je regrettai ces mots à l’instant précis où je les prononçais. Ils sonnaient vrais mais j’ignorais d’où je les sortais. J’avais l’impression d’avoir volé un morceau de sagesse à Elérion. Le Bronze avait beau se taire et braver mon esprit avec son orgueil blessé, il pouvait encore communiquer à travers moi par notre lien d’Empreinte. Ces mots étaient vrais mais j’aurais voulus ne pas les penser. J’avais sauvé Amaélis parce qu’elle ne méritait pas de mourir parmi les spectres et les monstres. Mais je l’avais aussi sauvé pour ne plus être seul. Depuis mon arrivée au Màr Luimë, la première fois, elle était restée ma seule amie, la seule personne en qui j’avais une totale confiance car je la connaissais. Je savais comment elle fonctionnait. Il m’était facile de deviner ses émotions dans sa jolie voix, de lire dans ses yeux… Et même son agaçante dragonne m’avait manqué. C’était une préoccupation égoïste qui avait primé dans leur recherche… Jusqu’à leur découverte dans la Lande d’Eru, où j’avais tout tenté pour les tirer d’affaire, parce que je ne pouvais pas imaginer des Engloutis mourir aux mains des Maudits. Mais ça restait un désir égoïste de garder près de moi mes amis et ma nouvelle famille. Et je n’en avais pas honte.

Je me rassis, un sourire - plus lumineux et naturel que le précédent - aux lèvres. Mon sourire ne pouvait durer que si j’évitais de poser les yeux sur Elérion. Mon Bronze, semblable à un étranger hostile, restait immobile, drapé dans ses immenses ailes, ses yeux incarnats tournés vers moi. Si je ne le regardais pas… Tout allait bien.

- Non, je n’ai pas détruit d’auberge ! En revanche, j’ai participé à la semi-destruction de l’infirmerie. Est-ce que ça compte ? Tu aurais vu la bataille !... Moi-même, je ne l’ai pas réellement vue mais les histoires parlent de crabes géants, de trombes d’eaux noires et de… Euh, d’autres trucs. Désolé. Dit comme ça, ça n’a pas l’air très merveilleux.

Je levai des yeux emplis de tendresse sur elle, d’une affection que je réservais uniquement à Amaélis Yodera. Auparavant, ce genre de sentiment m’aurait terrifié. Car je ne voulais pas m’attacher de peur que les gens qui comptaient réellement pour moi disparaissent. Plus maintenant. C’était même le phénomène inverse. Et si cela me terrifiait tout autant, ce sentiment se révélait nécessaire.

- Tu vois ? Rien n’a vraiment changé. Bon retour chez toi, Amaélis.





Dernière édition par Galaad Lucis le Dim 13 Juil 2014 - 14:55; édité 1 fois
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MessagePosté le: Jeu 3 Juil 2014 - 19:33 Répondre en citantRevenir en haut

Amaélis avait imité son presque-frère Neishaan et avait récupéré sa place à ses côtés, assise, son regard se trouvant rapidement prisonnier d'une toile d'araignée tissée à la hâte entre les brins d'herbe qui entouraient ses pieds. Elle pouvait sentir le sourire dans les intonations de la voix de Galaad, mais l'air glacé et obscur qui émanait d'Elérion la perturbait plus qu'elle ne parvenait à le concevoir. Le Bronze avait toujours possédé cette pesante aura de nuits d'hiver, alors, qu'était-ce donc qui avait changé ? Elle tourna ses interrogations vers Ithildin, mais celle-ci n'avait guère plus d'explications à fournir que sa Liée.

° Tu es une Dragonne et tu n'arrives pas à le comprendre ? °
° Alma, si je devais te blâmer à chaque fois que le comportement de tes semblables échappe à ton entendement, il y a longtemps que tu aurais fui la civilisation. °
° Hm. °


La Neishaane était loin d'être satisfaite de cette réponse, et se surprit à penser que l'Airain devait probablement lui cacher quelque chose. Bah, cela n'avait pas de réelle importance ! Ce n'était qu'une chose de plus à ajouter à la liste de ce qu'elle ne comprendrait pas de si tôt. Elle remonta ses genoux contre sa poitrine et tendit la main vers l'araignée qui arpentait sa toile, tentant de la faire grimper sur ses doigts. Malgré son intérêt pour la discussion, sa voix demeura distraite quand elle s'éleva enfin.

Vous avez détruit l'infirmerie ? Je suppose que ça compte, oui.

Les souvenirs de la Taverne des Trois Tortues étaient encore bien imprimés dans sa mémoire, et elle ne put s'empêcher de sourire en transposant la scène qui s'était jouée ce jour-là dans le décor des Bains Céruléens – elle-même n'y avait jamais les pieds que parce que son état de santé au retour de la Lande d'Eru n'était pas des plus appréciables, mais elle parvenait à peu près à s'en rappeler. Amaélis s'apprêtait à demander ce que l'autre Neishaan avait fait pour se retrouver au mauvais endroit au moment, mais une tornade d'émotions agitées l'en détourna. Elle leva des yeux emplis d'incompréhension vers sa Liée, qui, impassible et le regard fixé sur Galaad, ne la remarqua même pas. Un peu désarçonnée, la Chevalière reporta son attention sur lui.

Euh, en effet. Je suis plutôt contente de ne pas avoir vu ça... Même si les trombes d'eaux noires devaient être jolies !

Elle pencha la tête en arrière, une main levée, et regarda d'un air absent l'araignée se balancer au bout de son fil, des images cataclysmiques occupant son esprit. Les choses dangereuses l'avaient toujours effrayée, mais elle ne pouvait simplement pas nier leur valeur esthétique.

Aux paroles de Galaad, elle reprit une position plus naturelle et son visage resta un instant figé entre la peur et la joie.

Chez moi... ? Tu vois, Ithildin ? Le Màr Luimë, c'est chez moi.

La Dragonne daigna enfin s'arracher à la contemplation de leur ami, et tourna très lentement ses yeux opalescents vers son Âme Sœur. Celle-ci chercha dans les profondeurs irisées le reflet sanglant auquel elle s'était habituée quand l'une d'elles évoquait le statut d'Englouti, mais elle ne vit que l'indifférence.

° Tu peux bien le répéter autant de fois qu'il te plaira, qu'est-ce que ça peut me faire ? °

Ithildin refuse qu'on reste ici. Elle dit que ce n'est pas véritablement chez moi. Pourtant, on n'a pas retrouvé mon village au Vaendark. Je n'ai pas d'autre maison.

Amaélis avait laissé l'indignation et le regret percer dans sa voix plaintive. Certes, ce n'était pas tout à fait comme ça que l'Airain présentait ordinairement les choses, mais, au final, c'était ainsi que le ressentait la Neishaane.



Galaad Lucis
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MessagePosté le: Mar 29 Juil 2014 - 21:37 Répondre en citantRevenir en haut



Je retournai des yeux ronds, éberlués, à entendre Amaélis vanter la beauté de milliers de cube d’eau froide et bouillonne prêts à se déverser sur le Kaerl jusqu’à sa destruction. Avait-elle perdu la tête ? Non, pas plus que d’habitude, apparemment. Il est vrai que les Neishaans ont un esprit affûté pour ce concerne l’art sous toutes ses formes. Ceux que j’ai pu croisés ici en faisaient démonstration tous les jours, à leur manière. Ce qui n’était clairement pas mon cas. Je ressemblais davantage à un Fëalocë dans mon comportement. Bien que physiquement, rien ne me différencia de mes semblables albinos. Amaélis ne m’avait jamais parue totalement en phase avec la réalité. Une catastrophe naturelle devait posséder, à ses yeux, la beauté inappréciable d’un tableau de maître. Tiens, une expression volée à mon ancien Maître Ardent. Au fond, c’était ce que j’aimais le plus chez elle. Sa capacité à s’affranchir de la réalité et à rêver en toute occasion.

Je sentis mes lèvres s’étirer en un sourire malgré moi. Mon expression ahurie me quitta au profit d’un amusement sincère, spontané et léger. J’avais soudain envie de faire n’importe quoi. De courir, de sauter, de faire des plaisanteries aux gens en devenant invisible. De parler. De profiter de la vie. Nous étions deux êtres façonnés par l’hiver, pour toujours, et chacun à notre manière. Réunis, j’éprouvais la sensation d’avoir réellement trouvé une famille au Màr Luimë, une maison à protéger, un devoir à accomplir envers quelque chose autre que ma petite personne. C’était grisant, comme sensation et totalement nouveau. J’étais à ma place ici. J’étais chez moi. Et j’aurais voulu que cela dure toujours.

Elérion, à cet instant, m’aurait enjoins à profiter des opportunités qui se présentent, plutôt que d’espérer vainement retenir le bonheur dans mes mains. Ces instants de félicité volés au destin ne pouvaient pas durer éternellement. Il fallait les chérir, les favoriser et les provoquer. Mais Elérion restait muet. Mon dragon, à l’égal d’un étranger hostile et muet, se taisait. Le connaissant, il ne me reparlerait pas avant longtemps. Pas avant qu’il ne l’ait lui-même décidé. Je ne pouvais pas faire grand-chose pour améliorer nos relations, pour l’heure. Et il y avait Amaélis et Ithildin à portée de main pour me réjouir.

- Tu es chez toi, dès lors que tu veux que ce soit ici, ta maison. C’est toi qui choisis où tu veux vivre. Ce n’est pas la maison qui dit : « Hey ho, toi là-bas ! Tu m’appartiens ! Reste là ! ». Si tu veux considérer le Màr Luimë comme chez toi… Sache qu’aussi longtemps que je vivrais, et peu importe le chemin que prendront nos vies, j’ouvrirais les portes du Kaerl pour toi. Petite sœur.

Je jetai un coup d’œil moqueur à l’Airain. Drapée dans ses ailes telle une petite reine sauvage, elle me semblait issue d’un conte devenu réalité sous la lumière du dôme. Un rêve issu des songes éveillés d’Amaélis, mais plus tranchant et farouche qu’on n’avait pu l’espérer.

- Ça vaut pour toi aussi, Ithildin !

Je me laissai tomber en arrière, allongé sur la roche chaude, les mains croisées derrière la tête, le regard plongé dans l’ondoiement bleu du dôme sous la mer. Je ne parvenais pas à enlever ce sourire idiot de mon visage. Et je n’en avais pas vraiment envie non plus. La seule boule dure comme de l’acier qui rongeait encore mon cœur allégé de bonheur, provenait du Bronze censé partager sa vie et son âme avec moi. Elérion était pareille à une vieille angoisse, resurgie des profondeurs de mon enfance et de tous mes cauchemars réunis. Il représentait toute ma colère, ma rage impuissante, ma peur aussi. En cet instant, il semblait m’avoir volé tout ce qui faisait de moi un être mauvais, pour l’aspirer dans sa moitié d’âme. Avait-il conscience de cela ? Mon seul regret, alors que je contemplais les vagues lumineuses au-dessus de ma tête, sentant la présence chaleureuse de mon amie et de sa dragonne, demeurait l’abîme entre nous.

- Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? Reprendre ta chambre aux Tours Joyaux ? renchéris-je pour chasser un subit accès de chagrin en songeant à tout ce qui me séparait d’Elérion. J’ai trouvé une nouvelle taverne à tester, si tu veux. Et il faut que je te montre une échoppe dans la rue Tierce : on y mange les meilleures brioches du Kaerl !



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