Playlist Tol Orëanéene Carte du Monde Index du Forum
Connexion •  Se connecter pour vérifier ses messages privés •  S’enregistrer
 
 [RP] Douce flamme à ton chevet... Sujet suivant
Sujet précédent
Poster un nouveau sujetRépondre au sujet
Auteur Message
Asshai Anara
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mer 5 Fév 2014 - 17:06 Répondre en citantRevenir en haut

Année 918 Gaïaku, troisième jour après l'attaque


Cette journée s'annonçait sous des auspices moins lugubres que les précédentes... Voilà trois jours maintenant que l'attaque avait eut lieu, et depuis chacun avait été mobilisé pour aider à remettre le Kaerl en état.
Les derniers corps restant avaient été retirés pendant la nuit, la scrinia du conservateur ne devait rouvrir que le lendemain, mais même en l'absence d'Anaviel, la fëalocë avait tenu à se lever aux aurores, le temps de pouvoir se rendre au sanctuaire pour y rendre une prière qui lui tenait à cœur. Le choc de l'attaque ne lui était pas passé, et l'apparition d'étranges marques, fines et noires, ayant surgit de ses dernières blessures ne contribuait pas à la rassurer. Elle avait encore parfois la curieuse sensation qu'une de ces horribles créatures allaient surgir de l'ombre pour l'égorger, et de fait elle ne se séparait jamais plus de la dague qu'elle avait prit à ce garde mort devant elle.
Et pourtant elle était toujours vivante. Des dizaines de personnes étaient mortes, mais pas elle. Deux heures durant, elle était donc resté au sanctuaire, remerciant la déesse d'avoir sauvegardé sa vie, même si cela avait dut se faire au détriment de celle des autres. Elle méritait sûrement d'avantage de vivre...

Lorsqu'elle était remonté au Weyr, ses pensées s'étaient tournés vers sa consœur, l'aspirante de Ciniver, dont déjà le nom lui échappait. Elle s'était trouvé sur son chemin, et elle lui avait sauvé la vie. Peut être finalement avait elle, elle aussi, un rôle à jouer dans le grand jeu de l'univers.
Un instant elle pensa lui rendre visite, simplement pour vérifier que celle ci se portait à peu près bien... Ou tout du moins du mieux possible au su de ses blessures. Non pas que l'état de sa santé l’inquiétait réellement, mais elle voulait savoir pour qui elle avait risqué sa peau, ce qu'elle avait gagné par ses actes en quelques sortes.

Le reste de la matinée s'était donc prolongé dans les appartements d'Anaviel, le temps d'y mettre un peu d'ordre, d'y faire sa toilette et de prendre une légère collation. Le milieu d'après midi était déjà bien entamé, et le soleil printanier haut dans le ciel, lorsque enfin elle se décida à s'arracher à la lecture des ouvrages que son maître lui avait conseillé pour se rendre au Val.
Là bas, un des disciples de Fralan lui avait indiqué que la Neishaane était restée dans les appartements de sa maîtresse, le temps de se remettre de sa blessure. Ses jours n'étaient pas engagés, à la bonheur !

Pourtant elle ne connaissait pour ainsi dire rien de cette jeune femme, excepté le nom de sa maîtresse. Si elle était autant à l'image de Lyssa qu'elle même était à l'image d'Anaviel... La partie s'annonçait ardue.
Un long moment elle aira à travers la val, sans réussir à se décider si oui ou non elle oserait venir se présenter à la porte du Weyr de la maîtresse bleue et au chevet de son aspirante. Elle ignorait le rapport qu'elle entretenait avec Anaviel. Elle refuserait peut être de la voir, surtout si son altercation avec le chevalier Zengwei, de ce même clan Valhérien dont elle était la haute-représentante, lui avait été rapporté, auquel cas se présenter à ses appartements était peut être mal venu.

*Il serait tout de même dommage qu'elle oublie qui lui a sauvé la vie...*


Troquant finalement une piécette d'argent contre une corbeille de figues, elle s'engagea en direction des Weyrs supérieurs. Trois coups bref à la porte du Weyr de la Haute-Représentante, et elle put constater avec soulagement que celle ci était absente. En lieu et place se dressait devant elle une femme dans la fleur de l'âge, mais à l'expression fort peu engageante.

« -Vous désirez ? 

-Voir l'aspirante de Ciniver, pour lui remettre … Quelques douceurs rien de plus.

-Et vous êtes... ?
-Aspirante Asshai Anara. Dites lui la fëalocë de l'observatoire, elle comprendra. »


D'un coup sec la porte se referma au nez d'Asshai. A nouveau elle tenta de frapper trois coups, plus fort cette fois ci, mais sans réponse. Une minute plus tard la porte se rouvrit.

« Ne faites pas autant de bruit, il y a une malade ici. Entrez... En silence ! »


Fluide comme l'air, glissant comme une ombre, Asshai traversa l'appartement et vint rejoindre la chambre de Ruri encadrée de la garde malade qui ne semblait pas vouloir la quitter des yeux. Ce n'est qu'une fois dans la chambre qu'elle put enfin l'éloigner, refermant la porte derrière elle.

Mais la vu de ce corps maigrelet, posé la sur ce lit dont les draps faisaient ressortir la pâleur de sa peau, Asshai sentit l'amertume la gagnait. Était ce vraiment pour cela qu'elle s'était battue ? Cette petite chose fragile et vide de toute substance ? Peut être aurait elle dut mourir avec le reste finalement. Mais elle était l'aspirante de Ciniver. Elle devait bien cacher quelque chose. Et puis... Puisqu'elle était là...

Son visage se fendit alors d'un demi sourire, presque tendre. Sa voix se fit douce et prit des intonations chaleureuses, pendant qu'elle venait prendre place auprès du lit.

« Aspirante... ? Comment vous portez vous ma douce ? Vous semblez bien faible... Tenez, je vous ai amené ceci. J'espère que cela pourra au moins vous soulager un peu. Vous me voyez désolée de ne pas pouvoir en faire d'avantage... J'espère au moins que votre convalescence se déroule dans les meilleures conditions ? »
Publicité





MessagePosté le: Mer 5 Fév 2014 - 17:06 Revenir en haut

PublicitéSupprimer les publicités ?
Ruri Ravin
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Jeu 6 Fév 2014 - 15:18 Répondre en citantRevenir en haut

En ce mois de Gaïaku perturbé par les attaques des morts qui marchent, les habitants du Màr Tàralöm semblaient entourés par la peur qu’un être sans vie ne vienne arracher la leur. Ruri ne faisait guère exception à la règle. Lorsque, le jour même de l’attaque, elle était sortie de l’Observatoire accompagnée d’un contingent de soldat, son regard s’était fréquemment posé vers les zones d’ombres. Traumatisée pour un temps qui serait certainement long, la neishaane craignait à chaque instant pour sa vie. Pourquoi Drazahir avait-il jeté son dévolu sur le Kaërl ? Elle n’en savait rien, malgré les actes d’espionnages commis au Concile, l’endroit-même où le lié d’Anaviel l’avait surnommé « Mammouth Blanc ». Ce souvenir lui dessina un mince sourire sur son visage pâle, malgré les récents évènements. La cour devant la Grande Tour était jonché de cadavre. Tout le monde s’affairait à dégager les corps pour compter les pertes. Elle vit entre deux masses de chair inertes le visage de Keirin. Cette vue lui arracha un hoquet d’horreur et elle détourna le visage. Elle sentait les larmes monter rapidement. Ses sentiments avaient été durement touchés. Pourtant, elle s’était interdit toute réaction face à la mort des « mâles ». Mais celui-ci était différent : il l’avait accompagné, protégé et était mort pour elle. Elle laissa couler les larmes chaudes le long de ses joues. La tristesse abondait dans son cœur : celle d’avoir perdu ce qui aurait pu être un ami à la longue. Elle sécha ses larmes de la paume de sa main et poursuivit sa marche, accompagnée.

Lyssa l’attendait, non loin du Weyr. Si son regard avait montré de la compassion, Ruri ne l’avait pas vu. Bien au contraire, la vue de l’aspirante blessée semblait l’avoir plongé dans une certaine perplexité. Mais ce n’était que de courte durée. Après avoir été saisie par le bras, la neishaane se retrouva dans les appartements de sa maîtresse. S’ensuivit une longue discussion au cours de laquelle Ruri devait effectuer un rapport plus que complet sur son aventure. Lorsqu’elle évoqua les raisons de sa blessure, sa maîtresse ne put empêcher de pouffer de rire. C’était tellement ridicule ! Qui tomberait sur la lame de sa propre arme ? La neishaane avait des choses à apprendre, beaucoup de chose. Devant s’esquiver pour d’autres affaires qui l’occupaient, Lyssa lui intima l’ordre de rester dans ses appartements et que, au besoin, une servante lui servirait de garde-malade. L’adolescente n’avait pas protesté. Cela n’aurait servi à rien, si ce n’est à en avoir encore plus, voire de se retrouver attacher sur le lit pour s’assurer qu’elle ne bougerait pas. Ruri avait donc concédé à l’humaine la présence de la servante.

Celle-ci fit une entrée révérencieuse. N’oubliant pas de souligner la grâce de celle à qui elle devait d’être en vie – ou du moins pas encore morte – elle pénétra dans la pièce pour faire connaissance avec Ruri. L’échange fut bref, la neishaane coupant court à la discussion en prétextant une fatigue qui devenait de moins en moins imaginaire. Bien sûr, la servante n’avait pas manqué de rappeler un soigneur pour qu’il vérifie la blessure. Fort heureusement pour la fille aux cheveux d’albâtres, la plaie n’était pas purulente. Elle saignait encore. Il appliqua avec soin un onguent de régénération cellulaire accompagné d’un sort. Si l’ouverture n’était plus aussi visible, le soigneur lui commanda de rester allonger sans bouger pendant une semaine entière. C’était bien sûr impossible pour la neishaane qui, pour autant, hocha la tête. Le meilleur moyen de se débarrasser d’un gêneur restait encore de lui faire croire qu’on était d’accord, même si ce n’était pas le cas.

La nuit avait été mouvementée. Dans l’impossibilité de dormir ou, du moins, dans l’absence de volonté de se plonger dans un sommeil réparateur, Ruri avait gardé les yeux ouverts. Incapable de trouver un quelconque réconfort avec le bandage qui lui ceignait le torse, elle avait tourné-viré dans les draps du lit de sa maîtresse. Bien que dormir dans de la soie fusse sans nul doute agréable, l’aspirante était partagée entre la peur de voir un mort surgir du noir et la peur de s’endormir pour se plonger dans ses cauchemars habituels. Qu’était le pire ? Elle préféra ne faire aucun choix, se recroquevillant sur elle-même, assise sur le lit, le dos posé contre le mur. A côté d’elle, sa dague venait perturber les courbes du froissement des draps. Seul réconfort contre l’angoisse, elle l’avait à plusieurs reprises pris dans ses mains pour en observer le tranchant dentelé. Un outil diablement efficace, elle en était désormais persuadée. Toutefois, elle n’aurait jamais pensé être aussi impotente pour tomber sur l’arme.

Finalement, l’aube était venue, tout comme la servante. Maussade, Ruri ne lui avait adressé qu’un bonjour d’une voix faible. Ce n’était rien d’autre qu’une enquiquineuse, un bourreau venu pour la torturer. C’était ce que pensait la neishaane malgré l’affirmation du contraire par son interlocutrice. En guise de réponse, l’aspirante soupira et s’allongea, obéissante. L’argument selon lequel la servante parlerait du comportement de Ruri à sa maîtresse semblait fonctionner à merveille. La neishaane avait alors rabattu les draps à son menton et tourna le dos à la redoutable négociatrice. Quelques heures plus tard, Ruri s’était réveillée. Etonnée d’avoir dormi sans être plongée dans d’horribles fantasmes, elle s’étira et se délecta de cet instant de quiétude qui ne dura guère longtemps. Déjà, son bourreau s’approchait, un plateau dans les mains rempli d’une tasse de thé et de petits gâteaux secs. La neishaane, de meilleure humeur, l’avait gratifié d’un merci accompagné d’un sourire. Peu habituée à ce genre de traitement, la servante s’en retourna avec les sourcils haussés.

La matinée passa rapidement, quoiqu’elle ne fût pas autorisée à sortir de son lit. La blessure la faisait encore atrocement souffrir, mais rester à ne rien faire n’était pas de son ressort. Pour autant, on lui trouva de l’occupation. Signer des registres en l’absence de sa maîtresse, des courriers préparés. Des affaires internes aux Valhériens qui ne la concernaient que de loin, mais disposant d’une délégation de signature, elle avait passé son temps à travailler. Le midi passa tout aussi rapidement. Le déjeuner était constitué d’une soupe, de quelques bouchées de pain et d’une tranche de biscuit sablé au miel. C’était un véritable délice pour les papilles de l’aspirante. L’après-midi, la servante lui avait apporté un peu de lecture. Il s’agissait d’un recueil de contes du Màr Tàralöm. A la question de savoir pourquoi elle avait choisi précisément cet ouvrage, la servante lui avait rétorqué qu’un peu de douceur dans ce monde de brut ne lui ferait pas de mal, et qu’il était impensable qu’une jeune fille aussi belle puisse être le sujet d’une bataille aussi terrible que celle qui s’était déroulée. Après ces explications que Ruri ne trouvait pas convaincante, l’aspirante plongea le nez dans le livre. Rapidement, elle se prit au jeu et derrière ces textes décrivant comment des chevaliers délivraient des princesses, de subtils messages étaient glissés. Plus que des histoires, il s’agissait là de véritables leçons de morales. Des coups frappés à la porte la sortirent de sa lecture et elle posa le livre à côté d’elle. Elle n’était pas parvenue à entendre les propos échangés, mais la porte se ferma. La servante s’approcha de la chambre, entrouvrit le rideau et pu constater le regard étonné de la neishaane.

- Qui est-ce ? demanda-t-elle d’une voix douce.

- Asshai. Enfin, elle m’a dit de vous dire « la fëalocë de l’Observatoire ».

- Qu’attendez-vous ? Faites-là entrer. Un peu de compagnie extérieure me fera le plus grand bien.

La servante s’en alla ouvrir alors que trois autres coups venaient d’être frappés à la porte. Asshai pénétra quelques instants plus tard dans la chambre de maîtresse Ciniver, un panier rempli de figue dans les bras. L’estomac de Ruri s’en régalait d’avance. Le visage de son homologue aspirante affichait une moue étrange, comme déçue de se trouver là où elle était. s’était-elle trompée de personne ? Ou était-ce le corps de Ruri qui la perturbait ? Certes, elle était loin d’être grosse, mais elle avait repris du poil de la bête depuis et son poids s’en était fait ressentir. Elle accueilli l’intervention de sa sauveuse avec un fin sourire.

- Cela me fait très plaisir que vous veniez prendre de mes nouvelles, Asshai. Je m’appelle Ruri, Ruri Ravin. Je suis l’aspirante de Lyssa Ciniver et nous nous trouvons en ce moment-même dans ses appartements privés.

Ruri avait trouvé de bon ton d’échanger les formules de politesse avec celle qui lui avait sauvé la vie. Elle ne l’oubliait pas. D’ailleurs, sans son intervention, sa tête aurait roulée sur les marches de l’Observatoire. Elle repoussa la dague un peu plus loin, persuadée que la fëalocë ne lui voulait aucun mal. Sa douceur et sa prévenance lui faisait chaud au cœur. Elle n’était guère habituée à de tels honneurs par ses proches, si tant est qu’à part Lyssa, elle eut quelqu’un de proche. Tiraric peut-être ? Elle imaginait alors l’aspirant venir ici et lui glisser quelques mots sympathiques de réconfort. Puis elle secoua la tête. Pourquoi l’imaginait-elle lui ?

- Votre sollicitude me fait plaisir, Asshai. Je suis en effet quelque peu affaiblie mais je ne doute pas de retrouver ma vigueur rapidement. Ma blessure s’est rouverte à deux reprises et j’ai perdu beaucoup de sang. J’ai frôlé l’anémie paraît-il. Mais je suis vivante, louée soit votre intervention à l’Observatoire. C’est extrêmement gentil de m’avoir apporté ce panier. Vous êtes bien la seule qui ai pensé à moi, je ne sais comment vous remercier.

Ruri saisit la corbeille qui lui était offerte et la posa sur ses genoux. Les figues, séchées, avaient la peau légèrement fripée. Leur couleur orangée les rapprochaient des abricots que l’on pouvait trouver dans des régions spécifiques de Rhaëg. Elle appela la servante, lui demandant de bien vouloir approcher un siège pour la fëalocë. La laisser debout serait peu poli de sa part. L’obligée s’exécuta donc, apportant l’un des lourds fauteuils de bois à côté du lit. Ruri se redressa contre le mur, prenant une position assise. Elle portait une robe de soie grise. A y voir de plus près, on pouvait apercevoir les ecchymoses sur ses bras. Elle avait affronté plusieurs morts qui marchent et n’en était pas ressorti indemne. Ses yeux gris observaient Asshai qui semblait plus forte et dont le visage n’était pas dénué de charmes. Elle essaya donc de faire plus amples connaissances. Qui sait ? Pourrait-elle peut-être avoir une véritable amie en ces lieux ? Puis cette idée sembla se bloquer quelque part. Son départ devrait intervenir bientôt, elle se l’était promise. Dès son rétablissement, elle partirait. Pourquoi construire des liens d’amitié dans de telles circonstances ? Seraient-elles toujours amie à son retour, si tant est qu’elle le devienne et, surtout, qu’elle revienne vivante. Elle prit néanmoins le pari de mieux la connaître. A défaut d’être amies, elles pourraient au moins devenir des connaissances.

- J’ai cru comprendre que vous êtes l’aspirante d’Anaviel ? Du moins, si j’ai bien tout saisi ? Ce doit être passionnant d’avoir un érudit tel que lui comme maître, même si ses talents de manipulation excède largement les miens. Comment êtes-vous parvenu ici, au Màr Tàralöm ? Ne prenez surtout pas cela comme de l’indiscrétion. Je me demandais juste si l’on pourrait faire connaissance.

Ruri s’assit en tailleur, trouvant la position plus à son aise et l’écouta attentivement.
Asshai Anara
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Ven 7 Fév 2014 - 22:50 Répondre en citantRevenir en haut

Tant de douceur... Tant d'innocence... Les premiers mots de la Neishaane la surprirent autant qu'ils la mirent mal à l'aise. Voilà prés de huit ans désormais qu'elle n'avait pas vu une personne (lui étant parfaitement inconnu de surcroît) l’accueillir avec autant de simplicité et de sincérité.
Le milieu dans lequel vous évoluez avait ce pouvoir formidable de transformer votre nature profonde... Et la fëalocë devait bien le reconnaître, elle avait finit par perdre l'habitude des échanges simples et honnêtes. Mais elle ne s'était pas fais une place en Arsuh en offrant des figues, et il en fallait plus pour la berner. Au mieux Ruri était une jeune femme fraîche doublée d'une parfaite inconsciente, au pire elle était une actrice hors pair, sachant jouer les jeunes biches autant qu'elle même savait jouer les séductrices.

Il fallait se méfier de ceux qui vous inspirait si vite la confiance. Une personne trop aimable avait forcément quelques sombres secrets à cacher, et Asshai soupçonnait fortement que ce soit le cas de Ruri. Après tout elle était l'aspirante de Ciniver, et les chiens n'engendraient pas des chats. Ces simples mots évoquant ses talents de manipulation suffisait à le lui rappeler. En dépit des apparences ce n'était pas une blessée faible et fragile qui se trouvait sur ce lit, mais bien une femme ardente, dissimulée sous ce visage d'ange. Asshai ne connaissait cette attitude que trop bien pour se laisser tromper, au final tout les êtres humains se ressemblaient, il suffisait de bien peu pour les comprendre.

Toutefois, ayant bien l'intention de déployer toute l'étendue de son arsenal de courtoisies, elle ne se départit pas de son délicat sourire, et prit place sur le fauteuil qu'on lui avait amené auprès du lit de la souffrante, main jointe autour de son châle écarlate jetée sur ses épaules pour la protéger de la fraîcheur printanière, le dos parfaitement droit épousant la forme du dossier.

« Anaviel est un homme formidable en effet, quoique réellement surprenant. C'est un être d'un grand raffinement, et d'une culture incroyable ! Mais les occasions de s'entretenir avec lui sont plus rares que je ne le souhaiterai. Il m'a remit une partie de ses dossiers administratifs à traiter, de la paperasse... Rien de très exaltant, mais bon, si cela peut l'aider alors... »

Elle ponctua sa réflexion d'un léger gloussement. Voilà... tout revenait naturellement, comme si elle n'avait jamais quitté les appartement de cette chère Sybille Telm.

« Enfin... Je dois dire que je suis très heureuse d’être tombé sur lui. Si je vous dis comment il est venu à ma rencontre vous ne me croirez jamais. Ma maîtresse et toute sa maisonnée devait se rendre en Undomë pour une affaire quelconque, mais au large des côtes et bien... Nous avons fait naufrage. »


Si la fëalocë avait tendance à minimiser l'impact que les sentiments pouvaient avoir sur son visage, mêlant tour à tour la joie et la mélancolie à ce détachement qui ne la quittait jamais, elle savait pourtant moduler sa voix en conséquence. A l'évocation de sa maîtresse et du naufrage, ses teintes de fraîche jeune fille s'étaient colorées d'une nuance de mélancolie, toute feinte évidemment.

« Et c'est là qu'Anaviel m'a trouvé. Et m'a ramené ici. Une bien triste affaire en vérité... Mais nous vivons des temps suffisamment troublés pour ne pas avoir besoin de ressasser ce genre de souvenir, j'étais venu ici pour vous changer les idées Ruri. »

Prenant un air faussement sévère, Asshai laissa un délicat sourire se dessiner sur ses lèvres alors qu'elle observait Ruri piocher dans le panier.

« Elles sont délicieuses n'est ce pas ? Mais elles ne valent en rien celle de mon enfance... Je viens de Ssyl'shar. Je me souviens lorsque j'étais enfant, il m'arrivait d'en cueillir de pleins paniers lors des jours d'automne. J'aurai aimé vous en apporter, mais faute de transport adéquat... J'ai dû me contenter de celles du Val.
Je suis heureuse qu'elles vous plaisent, mais n'imaginez pas pour autant que je sois la seule à penser à vous. Je suis sur que votre maîtresse et tout vos amis attendent votre rétablissement avec impatience. Vous savez, moi même j'ai hésité à venir vous rendre visite. Je savais que vous aviez besoin de repos et je ne souhaitais pas vous importuner, voilà tout. »


Si la jeune fille était bavarde, elle ne tarderai pas à lui révéler qui pouvait donc être ses amis ou quelles étaient ses liens avec sa maîtresse, ce genre de banalités que de simples connaissances pouvaient échanger.

« Mais dites moi ma douce, et vous ? Comment se passe votre séjour ici ? Enfin... Avant... Mais qu'importe ? Dites moi donc ! Je viens vous rendre visite, et je me rends compte que finalement, bien qu'appartenant au même ordre, nous ne connaissons pour ainsi dire rien l'une de l'autre. »


L'ombre du souvenir de l'attaque était repassé un instant sur son visage, s'accompagnant d'une légère démangeaison le long de ses blessures. Elle l'avait chassé aussitôt : Elle était ici pour la soutenir, la distraire, l'amuser, et en tant que telle devait tenir ce bien noir souvenir aussi loin que possible.
Ruri Ravin
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Sam 8 Fév 2014 - 01:52 Répondre en citantRevenir en haut



Ruri ne cherchait pas vraiment à décrypter les réactions de la fëalocë. Elle avait décidé de prendre son comportement pour argent comptant, buvant avec une certaine honte le parcours qui amena Asshai en ces terres. Pourtant, quelque chose clochait, sans que la neishaane ne sache ce dont il s’agissait. Elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus, malgré l’attention qu’elle portait aux paroles de son interlocutrice. Et si, finalement, elle s’était trompée ? Fatiguée de jouer la comédie, elle avait parié sur la franchise. Peut-être n’était-ce pas ce qu’elle espérait. Peut-être qu’Asshai n’était pas la bonne personne après tout. Qu’espérait-elle ? L’espace d’une seconde, son visage s’assombrit. Ses yeux s’étaient baissés sur ses mains croisées entre ses jambes. Ses muscles s’étaient tendus alors même que rien ne s’était passé. Mais pourtant, la situation l’énervait. Etait-elle réellement obliger de jouer la comédie sans cesse, de se cacher derrière des faux-semblants ? Ne pourrait-elle n’être jamais elle-même ? Bien des personnes la voyait comme une « fausse ardente ». En réalité, beaucoup voyait sa place chez les célestes plus qu’au creux du volcan. Elle pouvait changer, l’aspirante en était persuadée. D’ailleurs, n’avait-elle pas apportée la preuve du changement lorsqu’elle a combattu les morts-qui-marchent ? N’a-t-elle pas encore prouver sa détermination en traversant le Màr Tàralöm aux côtés de Keirin alors qu’elle était blessée ? Non, rien ne changeait. Tout n’était que manipulation, langue fourchue. Quelle triste réalité. Et la jeune fëalocë a la chevelure flamboyante ne semblait pas faire exception. Lentement, Ruri repoussa la corbeille de figue et plongea ses pupilles argentées dans celle de son interlocutrice. Elle n’était pas dupe, loin de là.

- Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de jouer la comédie, Asshai. Vous êtes certes dans les appartements de Lyssa Ciniver, mais vous vous adressez à Ruri, non à « l’aspirante de Lyssa ». Gardez vos faux-semblants pour les autres, j’en suis lasse.

La neishaane détourna les yeux, désabusée. Elle avait fait preuve d’une franchise que peu se serait certainement permis. Mais elle osait. Elle n’avait jamais vraiment eu sa langue dans sa poche. Elle avait écouté avec attention le récit d’Asshai, tentant de démêlé le bon grain de l’ivraie. Mais elle n’en avait pas la force. La fatigue la gagnait déjà. Elle regrettait presque d’avoir osé fait preuve de légèreté et d’innocence. Elle voulait juste profiter de moments humains, rejetant ces jeux de masques qu’elle n’aimait pas. A l’évocation du naufrage, les yeux de Ruri se perdirent dans le vide. Tous avaient leur raison d’être ici mais Asshai semblait, comme elle, avoir été récupéré dans un moment difficile, lorsque sa vie était en jeu. Certes, les situations étaient différentes. Ruri n’avait jamais embarqué sur un navire. Elle ignorait le bruit de l’océan s’échouant sur les grèves. Elle n’avait même jamais vu d’embarcation de sa vie. Tout ce qu’elle connaissait, c’était la fraicheur de l’eau matinale, les ablutions religieuses, les textes de Zakeriel, les heurts du au cahotement des roues de bois de la voiture qui l’a conduit à l’esclavage, l’odeur âcre de la poussière, le bruit des pioches tentant en vain de creuser des sillons dans les sous-sols. Non, elle ignorait ce qu’était le voyage.

Les propos d’Asshai, lapidaires, sur sa rencontre avec Anaviel la laissait songeuse. Elle ne se souvenait que difficilement de sa rencontre avec Lyssa. Dans un moment de faiblesse, alors même que son corps ne lui répondait plus, il a été décidé que sa vie ne lui appartenait plus. Le goût des boissons qui avaient failli la tuer l’avait marqué à jamais. Quel maître tenterait de tuer son futur aspirant pour s’assurer de sa force ? Elle avait fait preuve d’une force exceptionnelle, une envie de vivre comme aucune autre. Puis tout s’était peu à peu écroulé. Elle avait perdu sa confiance en elle, la pureté de son corps souillé. Elle était même allé jusqu’à affronter Alauwyr Iskuvar, le Seigneur du Kaërl en personne, en menaçant de se trancher la gorge. Quelle faiblesse avait-elle fait preuve à cet instant. Ses yeux se tournèrent vers la dague posée plus loin. C’était désormais du passé. Elle se défendrait mais ne se ferait plus jamais du mal. Il lui fallait avancer contre vents et marées. La neishaane avait désormais un but. Même Alauwyr avait donné son accord pour qu’elle quitte le Màr Tàralöm pendant une durée relativement longue. En réalité, elle s’était attendue à ce qu’il refuse catégoriquement, arguant le rôle de sa maîtresse dans son éducation et son aspiranat. Mais il avait accepté que la neishaane assouvisse son besoin égoïste de chercher son passé. Elle n’y trouverait peut-être rien, mais elle essaierait coûte que coûte.

- En effet, elles sont délicieuses. Mais elle me procure un goût amer. Je pensais que vous veniez en toute sincérité prendre de mes nouvelles et non me servir cette mascarade. Je en suis pas dupe, pas plus que vous ne l’êtes. Je suis déçue, je pensais sincèrement …

Ses mots se bloquèrent dans sa gorge. Les mots employés par Asshai la révulsaient. « Ma douce » ? Elle hésitait entre répondre avec mépris et garder le silence. Mais peut-être valait-il mieux jouer franc-jeu et tenter de recoller les morceaux. Ruri se sentait seule, encore plus à ce moment que tout autre. Lyssa n’était pas là, Alauwyr était occupé et ne se serait certainement pas déplacé pour elle, Tiraric comptait les corps. Seule la fëalocë avait daigné pousser la porte de sa chambre de convalescence. A l’évocation, quoique rapidement stoppé dans son élan, des évènements passés, le visage de Ruri s’assombrit. Elle serrait les draps dans ses doigts, la mâchoire fermée. Keirin… Elle revoyait son visage. Pourquoi se souvenait-elle de lui ? Elle s’attachait trop vite, bien plus vite qu’elle ne le voulait. Elle s’était promise de les détester, tous autant qu’ils étaient. Mais pour une fois, une seule fois dans sa vie, un homme lui avait voulu du bien. Il n’avait pensé à rien d’autre qu’à l’aider. Il avait donné sa vie pour elle et elle l’en remerciait chaque jour. Elle se remémorait les différentes attaques de zombie puis son sauvetage par Asshai. Enfin, c’était la terreur de voir ce bras décharné passer au travers de la porte qui s’évanouit en même temps qu’elle se rendait compte de sa crispation.

- Mon séjour ici ? Si vous faites allusion à ma convalescence, je dirais difficilement. Rester allongée n’est pas vraiment agréable. Pourtant, je ne peux rien faire d’autre. Je dois juste me montrer patiente.

Il était évident que l’aspirante d’Anaviel ne se serait pas contentée d’une réponse aussi rapide, contournant sans prendre de gant le véritable sens de sa question. Mais que pouvait-elle lui dire ? Je m’entraine, je m’empoisonne, je me guéris si j’ai de la chance, je me fais torturer ? Non, tout cela devait rester entre elle et sa maîtresse. Alors il ne lui restait qu’une réponse, qui resterait évasive. Oui, tout se passait bien, jusqu’aux évènements récents qui ont conduits à son alitement. Elle chassa rapidement les noirs souvenirs qui s’approchaient, menaçant comme les nuages chargés d’orages déversant sa pluie acide sur le monde. Elle soupira et se cala plus confortablement sur le lit en plaçant l’oreiller qui trônait à côté d’elle dans son dos. Il était évident que cette conversation durerait quelques temps et qu’il lui fallait impérativement éviter de trop tirer sur sa blessure.

- Nous ne savons rien l’une de l’autre, c’est vrai. Alors je vais jouer la carte de la franchise en espérant que vous ferez de même. Je n’ai rien à cacher sur ce que je suis, d’où je viens et ce qui m’a amenée en ces lieux. Mais je ne garantis en rien que l’histoire soit réellement intéressante.

Ruri prit une longue inspiration. Elle parlerait sans détour. La franchise – elle en était persuadée – serait le socle d’une amitié réelle et durable, profonde et sincère. C’était un pari dangereux mais ce ne serait ni la première, ni la dernière erreur de sa vie, si du moins cela se révèlerait être une erreur dans le futur. Elle fixa Asshai intensément, cherchant du regard ce qu’elle pouvait bien penser. Puis elle commença son récit, racontant de manière quasi mécanique et froide ses mésaventures.

- Je suis née dans un Temple sur le continent d’Undòmë. J’ignore qui sont mes parents, et à vrai dire, peu m’importe. J’ai été élevée par les sœurs de l’Ordre de Zakeriel et son Grand Prêtre. Comme ma mère, j’étais destinée à devenir l’Oracle de l’Ordre, relayant les messages divins pour les rendre intelligibles auprès des mortels. Si ma mère semble s’en être bien sortie – du moins jusqu’à ma naissance – ce n’a pas été mon cas.

Ruri s’arrêta et dirigea son regard vers la servante qui venait apporter un plateau. Deux tasses fumantes dégageaient des odeurs enivrantes, mélanges de fruits et de plantes exotiques. Cela lui rappelait vaguement sa rencontre avec Lilwen, la maîtresse incarnate. Elle aussi appréciait ces breuvages. La neishaane limogea rapidement la servante et prit la tasse dans ses mains. Bien que brûlante, elle appréciait la diffusion de la chaleur sur sa peau pâle. Elle ingurgita une gorgée du nectar et reprit son récit.

- Cela a duré quelques années. Jusqu’à mes huit ans à peu près. Mes journées étaient banales. J’ai appris à lire, à compter, à prier Zakeriel. Pourtant, je n’ai eu aucune vision. Aucun miracle ne s’est produit en ma présence. Je crois que l’impatience du Prêtre a eut raison de moi et il m’a vendu à un groupe d’esclavagiste. Il m’a échangé contre une somme rondelette. C’est ainsi que du statut de parole d’un Dieu je suis devenue une moins que rien. La tâche n’était pas compliquée mais fort éreintante. C’est dans cet endroit que j’ai fait la connaissance d’Eorlund. C’était un homme sympathique, fort. Il m’a soutenu et nous avons passé d’agréables moments malgré notre condition. Je crois que sans lui, je serais morte d’épuisement il y a bien longtemps.

La neishaane s’arrêta de nouveau. Sa gorge se noua alors qu’elle revoyait les dernières images qu’elle conservait de son ami. Ses yeux s’humidifiaient mais l’aspirante faisait tout ce qu’elle pouvait pour retenir ses larmes. Elle en profita pour reprendre une gorgée de la boisson, vidant sa tasse d’une traite. Elle essuya ses yeux du revers de la main et continua.

- Un jour, je ne sais pour-qui pourquoi, Eorlund s’est mis en tête de me faire échapper. Je crois que c’était parce que j’avais eu des visions qui s’étaient réalisées. Enfin, n’en gardant aucun souvenir, ses raisons resteront un mystère pour moi. Il a fracassé le crâne d’un gardien et m’a jeté les clefs des menottes qui me maintenaient au mur. Il s’est sacrifié pour que je puisse m’échapper. J’ai donc pris mes jambes à mon cou, l’abandonnant à son sort derrière moi.

La voix de la neishaane se faisait de plus en plus basse au fur et à mesure que l’événement le plus marquant approchait. Devait-elle tout dire comme elle l’avait promis ? Asshai en ferait-elle de même ? Ruri pouvait-elle donner sa confiance sans rien attendre en retour ? Elle chassa rapidement les questions et reprit d’une voix absente d’émotions.

- Après m’être échappée, j’ai été rattrapé par l’un d’eux. Je ne sais par quel miracle, mais il s’est empalé sur sa lame. Un peu comme moi, mais lui en est mort. Quelle situation risible. Et puis ses compagnons sont arrivés pour me punir. Je ne pouvais rien faire, ils étaient trop nombreux. Ils ont donc décidé de souiller ce corps en guise de punition. Et puis, Lyssa m’a trouvé et elle m’a amené ici.

Etrangement, elle n’avait pas utilisé la première personne du singulier pour évoquer l’événement qui l’avait traumatisé. C’était un moyen de se détacher pour éviter de ressentir la peine, la souffrance de cet instant. Elle souffla, son récit terminé. Ses yeux se tournèrent de nouveau vers Asshai. La neishaane avait fait preuve de franchise, la fëalocë ferait-elle de même ?
Asshai Anara
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Sam 8 Fév 2014 - 12:53 Répondre en citantRevenir en haut



Un homme de la Rose dorée avait un jour dit à Asshai qu'il n'avait jamais vu personne capable de le mettre aussi mal à l'aise qu'elle lorsqu'elle était contrariée. Son pouvoir lorsqu'il prenait son pendant négatif était capable de la faire paraître menaçante, dangereuse, et vous donnez la sensation de n'être qu'un moins que rien, d'avoir perdu toute confiance en vous.

Pourtant elle ne doutait pas que Ruri soit bien plus capable qu'elle même de mettre un auditoire dans le malaise. Elle avait connu des manipulateurs, des menteurs, des acteurs, des êtres violents, des brutes, mais elle avait toujours était capable de lire en eux comme dans un livre ouvert, de saisir leur nature profonde. Une chose pareille semblait impossible avec Ruri, elle prêchait la lumière successivement aux ténèbres, vous déversez le chaud puis le froid, tout était fait pour la déstabiliser.
Asshai avait cette tendance à ne rien laisser filtrer de sa véritable attitude, et bien sur, les plus expérimentés ne s'y trompaient pas - peut être était ce aussi par ce qu'elle voulait leur montrer qu'il ne fallait pas la prendre à la légère. Mais cette fois ci elle s'était appliquée parfaitement à la tâche. Et pourtant la Neishaane l'avait mise à découvert en quelques instants à peine. Si le trouble ne se lisait pas sur son visage, il était pourtant bien présent dans sa tête.

Assurément Ruri n'était pas une jeune innocente bercée par les illusions de ce monde, non... Elle était bien comme Asshai l'avait pressenti : retorse, manipulatrice et venimeuse. Comment aurait il put en être autrement ? Elle ne pouvait être que cela pour avoir pu ainsi briser son masque. Finalement peut être que toutes les femmes n'étaient pas si sottes.

Prêtant une oreille distante à la petite histoire de Ruri, elle attendit que la servante lui ai servi sa boisson pour se lever et attendre qu'elle finisse son récit. Elle laissa sa tasse auprès du lit, et se saisit alors de la dague qu'elle l'avait vu fixer.

« Il serait bien imprudent dans votre état d'essayer quoique ce soit d'irraisonnable. »

Elle avait vu le dépit pointer sur ce visage si fin et délicat. Elle n'aurait sut dire comment, mais Ruri l'avait bien percé à jour, et bien qu'elle soit blessé, elle n'aimait pas voir une arme auprès d'elle. Elle prit alors la dague et alla la déposer sur une commode un peu plus loin.
Se faisant elle revint auprès de la Neishaane la dévisageant de ses yeux pâles. Il n'y avait plus aucune tendresse sur son visage. Ses lèvres continuaient à sourire, mais ses yeux, eux, insultaient tout autant qu'ils méprisaient.
D'un geste lent elle se saisit du livre que la jeune femme lisait avant qu'elle n'arrive, l'ouvrit et le feuilleta l'air absente.

« Je sais qui vous êtes mais croyez moi, il aurait mieux fallu que vous ne désiriez jamais savoir ce qui se cachait derrière la fëalocë de l’observatoire. J'étais une femme attentionnée à votre égard, je suis venu vous écouter, vous changer les idées... Mais vous avez tout gâché car vous êtes bien trop curieuse. De beaux mensonges sont parfois préférables à la vérité, croyez moi j'en parle d'expérience. »

Elle ne détachait plus les yeux du livre, s'adressant à elle sans lui accorder un regard.

« Lorsque deux lépreux se dissimulent derrière un masque d'argent sculpté, il ne viendrait à l'esprit d'aucun des deux de soulever celui de l'autre... Si vous saviez réellement qui j'étais, un simple conseil, vous n'auriez pas dû me le dire.
Mais enfin puisque nous en sommes arrivées là. Je suppose que je devrais vous livrer la mienne ? »

Reposant le livre, elle se saisit de la tasse qu'elle avait délaissé quelques minute auparavant et en but une gorgé, sans se détourner de Ruri.

« Vous savez ce qui est le plus amusant dans tout cela ? C'est que toutes deux nous ressemblons bien plus que vous ne l'auriez imaginé. J'ai étais esclave moi aussi, esclave sexuelle. Mais j'ai étais bien d'autres choses, des choses que vous ne voulez pas savoir croyez moi...
Je viens du Ssyl'shar comme je vous l'ai dis. Je suppose que perdue au fin fond de votre Undomë vous n'avez jamais entendu parlé de la famille Anara. J'ai crée un empire commercial à partir de rien, j'ai supplanté et éliminé bien des adversaires. A quinze ans j'ai réussi à porter mon père là ou il n'avait jamais été. Et puis on m'a trahit. J'ai vécu à la rue, je ne saurais dire combien de temps... Savez vous ce que c'est de vivre à la rue Ruri ? Sentir la faim vous tenailler le ventre tout les jours que les dieux font, le dédain des autres, être quelque chose que le monde ne voit pas, que le monde ne veut pas... »


S'avançant petit à petit sur le lit, elle vint approcher son visage de celui de Ruri, la fixant avec d'autant plus d'intensité, mais conservant cette voix si douce et où pourtant ne pointait plus une trace de chaleur.

« Mais cela n'est pas le pire... Vous avez déjà senti le corps des hommes, jeune fille. Qui vous écrase de tout leur poids pour vous faire subir ce que vous n'auriez jamais cru vivre. Pour vous salir jusqu'au plus profond de votre être. Pour vous violenter comme vous ne pensiez jamais l'être. Imaginer chaque jour, les uns se succédant aux autres, dans ces bas fonds humant l'odeur nauséabonde de ce que votre corps rejette, et chaque jour vivre ses affronts... Pas une fois mais quotidiennement. Un homme... Deux hommes... Trois hommes... Et ainsi de suite. »

Désormais la neishaane pouvait la sentir. Sentir cette douce odeur, aussi agréable que détestable, cette odeur puissante, charmante et repoussante. Elles étaient maintenant si proche qu'elle pouvait lire chaque détail de sa peau.

« Mais je me suis relevée comme toujours. J'ai réussi à reprendre ce qui m'était dut dans l'ombre. Le pouvoir ne peut se passer de moi, il est revenu me chercher. Tel était ma place. Mes amis sont montés dans les cieux les plus hauts, et mes ennemis ont chuté. Au fil des années j'ai pris ma place dans l'ombre, et lorsque je m’appétais à gravir un échelon supplémentaire... On m'a tout reprit une fois de plus. Je sais pourquoi. Pour m'amener ici. En tant que membre de l'ordre draconique d'ombre, nous pouvons avoir accès à des choses qui dépassent tout ce que j'ai pu construire dans ma vie. C'est pourquoi j'ai suivis Anaviel. J'ai conscience de cette chance qui m'a été donnée. »


Sur ces derniers mots, elle s'écarta de Ruri et revint dans son fauteuil, lui adressant un curieux regard mêlant satisfaction et défit.

« Voyez Ruri, nous ne sommes pas si différentes l'une de l'autre. »
Ruri Ravin
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Dim 9 Fév 2014 - 02:39 Répondre en citantRevenir en haut



Ruri ne s’était jamais doutée un seul instant qu’elle aurait affaire au vrai visage d’Asshai. Sous ses airs de jeune femme pleine de bonnes volontés et de gentillesse, elle pouvait s’avérer dangereuse et faire peur. Les pouvoirs de Ruri avaient tendance à se déclencher inopinément. C’était d’ailleurs ce qui avait pu lui permettre de démasquer l’attitude d’Asshai. En revanche, elle n’avait pas du tout prévu une réponse aussi violente, tant dans les mots que dans l’attitude de la fëalocë. La neishaane était douce, innocente. Son caractère n’avait rien d’ardent, loin de là. Mais elle regrettait déjà sa franchise qui menait la discussion vers une pente dangereuse. Son cœur battait la chamade et ses yeux fuyaient le regard d’Asshai. Elle avait l’impression que son palpitant avait manqué de s’arrêter. Ses joues s’empourpraient et ses mains tremblaient. La nervosité était palpable chez l’aspirante qui n’avait aspiré – pour ainsi dire – qu’à s’ouvrir complètement envers la jeune femme. A trop espérer, on finit par se blesser. Elle déglutit difficilement en voyant Asshai s’approcher de la dague et, instinctivement, eut un mouvement de recul. Cherchant à se caler plus profondément dans son lit, elle tira un peu sur sa blessure qui la fit grimacer. Décidément, rien n’était de son côté aujourd’hui. Que devait-elle ressentir ? De la peine d’avoir mis les pieds dans le plat ? De la colère ? De l’indifférence ? Malheureusement, Ruri n’était pas de celle qui pouvait facilement mettre ses sentiments à part, comme s’ils n’existaient pas. Ce serait pourtant bien commode pour la neishaane. Le dialogue s’était entamé avec difficulté, Ruri rompant rapidement avec le jeu d’Asshai. Elle paraissait ne pas avoir particulièrement aimé la manière dont l’aspirante s’y était prise. La franchise avait ses limites et même les plus durs des guerriers du Màr Tàralöm devaient être pris avec des pincettes quand on parlait sans détour.

Le visage de son interlocutrice sembla se métamorphoser, laissant place à la dureté et la froideur. Son regard assassin avait pétrifié Ruri sur place qui ne pipait mot. Elle déglutit difficilement. Tant de contraste dans un si joli minois. C’est comme si son visage voulait conserver sa gentillesse mais que ses véritables émotions venaient à la surface. Après tout, si elle était au Màr elle aussi, ce n’était certainement pas pour rien. La neishaane se sentait de plus en plus mal à l’aise, persuadée d’avoir commis un faux pas, d’être allée trop loin. Elle baissait la tête en signe de soumission. Oui, elle n’était pas suffisamment forte pour gagner une joute verbale, elle en était consciente. Puis les mots sortirent de ce sourire et ils lui glacèrent le sang. Comment ? Comment pouvait-on en arriver là ? Comment pouvait-on se persuader que le mensonge valait mieux que la vérité ? Elle venait de tirer une flèche en plein cœur et l’aspirante était prise de remords. Elle mordillait nerveusement sa lèvre inférieure, les larmes aux bords des yeux. Malgré ses airs de femme forte, Ruri n’en restait pas moins une adolescente sensible qui prenait les mots un peu trop à cœur. C’était à demi-mot qu’elle voulut lâcher un mot d’excuse mais sa voix s’étrangla et rien ne sortit. Persuadée d’être fautive et d’avoir poussée Asshai à bout, elle cherchait les mots justes pour réparer son erreur qui, finalement, s’avèrerait ne pas en être une. Parfois, pousser les individus à bout pouvait amener à des surprises. Et voilà que son interlocutrice lui donnait des conseils. Elle en était consciente. Mais elle voulait juste, en cet instant précis, créer un véritable lien, trouver un quelconque remord à l’idée de partir du Kaërl. Car si l’idée avait germé, c’était également pour trouver l’herbe verte d’une autre prairie. Elle voulait fuir un moment cet endroit devenu si oppressant pour la jeune femme.

Les mots d’Asshai sonnèrent comme un couperet. Difficile à avaler était son histoire, même pour Ruri. Et soudain, son passé semblait joyeux et lumineux comparé à celui de la fëalocë. Finalement, sa vie n’était pas si dure que cela. Et dire qu’elle se plaignait d’avoir eu à frapper des cailloux avec une pioche, de n’avoir été souillée qu’une seule fois. Mais Asshai avait vécu des évènements bien plus douloureux. Ses phrases résonnaient en elle comme un cristal émet un son lorsqu’on le caresse, quoique le son ressemblait plus à une craie sur un tableau. Chaque mot semblait peser plus lourd encore que le précédent, faisant ressurgir un passé sombre. Ruri était presque gênée d’avoir osé pénétrer ainsi l’intimité d’Asshai à grand coup de reproches. Elle obtenait le revers de sa médaille : la franchise qu’elle avait tant désiré. Elle avait le cœur au bord des lèvres, écoutant le récit de l’aspirante avec attention. Mais elle était sincèrement révulsée. Comment pouvait-on faire subir cela à une personne comme elle ? Lorsque la fëalocë posa la question de savoir si Ruri savait ce que c’était de vivre dans la rue, cette dernière secoua la tête lentement. Non, elle ne pouvait pas savoir. Elle avait eu le droit à sa soupe de gruau comme les autres, chaque jour. Après tout, l’intérêt des esclavagistes était de l’avoir en vie pour qu’elle creuse encore et encore. Et jamais ils n’avaient profités d’elle, jamais. Eorlund ne leur aurait jamais permis.

Mais ce qui venait après était encore pire. Jamais Ruri n’aurait pu imaginer une telle chose. Son teint, bien que pâle, semblait avoir blanchi un peu plus. Les yeux de la fëalocë la fixaient intensément. La neishaane voulait détourner le regard, éviter cette réalité qui lui était imposé. Mais elle n’y pouvait plus rien désormais. Elle l’avait cherché. Elle n’avait eu que ce qu’elle méritait. Puis ses yeux s’écarquillèrent. Asshai dégageait une étrange odeur, à la fois enivrante et dérangeante. C’était si perturbant. C’était comme les épices, chaudes, voire aride. Elle pouvait presque imaginer des étendues de sables chauds. Le malaise que Ruri ressentait allait en grandissant, l’empêchant de penser et de raisonner. Elle ne pouvait pas se dérober, du moins pas dans son état physique. L’aspirante était même incapable de la repousser. La quête de pouvoir … Finalement, elle se ressemblait, oui. Ruri ne cherchait pas le pouvoir au sens politique du terme, mais au sens matériel. Elle considérait son don inutile tant qu’elle ne parviendrait pas à le dompter. Mais elle était également prête à tout, y compris à sacrifier ceux pour quoi elle était ici pour accomplir son destin. Quant à Asshai, elle était persuadée que son arrivée au Màr Tàralöm lui permettrait d’accéder au pouvoir. Faisait-elle allusion au lien entre l’être et son dragon ? Faisait-elle allusion à d’autres pouvoirs ? Les mots de la fëalocë lui semblait si obscurs et pourtant, elle ne demanderait pas d’explications, pas aujourd’hui. Lorsqu’Asshai regagna son fauteuil, Ruri eut comme un soupir de soulagement. La pression s’était évanouie en même temps que le visage de son interlocutrice semblait avoir changé d’expression. Elle plongea ses pupilles opalescentes dans celles de la jeune femme qui s’était rassise.

- Je dois avouer être partagée, Asshai. Votre histoire est effrayante et je ne puis imaginer les tourments que vous avez vécus. Je comprends, du moins je le pense, votre motivation pour le pouvoir. D’un autre côté, je ressens de la souffrance et de la peine à l’écoute de votre récit. Mais vous avez réussi, d’une certaine manière, a voir plus loin que votre passé. C’est du moins l’impression que vous me donnez. Vous êtes une femme forte, et je crois que c’est là notre principale différence.

Alors qu’elle venait d’achever sa phrase, Ruri baissa la tête. Sa voix s’était faite plus douce au fur et à mesure qu’elle avait prononcé ces mots. Elle avait été touché par le « don » que lui avait fait Asshai : le don d’une partie d’elle-même, de son passé, de ce qu’elle était et ce pourquoi elle l’était. Finalement, son attitude première s’expliquait. A force de vivre dans un monde où l’on a été qu’un objet, où l’on devait obéir quitte à vendre son corps, Asshai s’était forgé une volonté d’acier mais également une capacité à s’adapter aux différents niveaux de langage. Le mensonge en était un , doublé d’un jeu de personnalité. C’était une prouesse pour n’importe qui de ne pas sombrer dans l’excès. Être et rester qui elle était vraiment devait lui demander beaucoup d’effort.

- Puis-je vous poser une question ? A vivre dans le mensonge, ne vous sentez-vous pas seule ? Vous savez, cela fait déjà trois mois que je suis arrivée ici et je ne me suis jamais vraiment arrivé à m’y faire. Je ne regrette pas d’avoir changé de vie, mais je ne me sens pas réellement à ma place non plus. Je n’ai qu’un rêve : partir. Ce rêve deviendra réalité bientôt puisque j’ai pu obtenir l’accord d’Alauwyr. Je n’ai même pas averti maîtresse Lyssa de mon départ prochain. Vous savez, je souffre de vivre dans le silence. Finalement, ma place n’est peut être pas ici. Je ne suis peut-être pas assez forte, pas assez ardente.

La neishaane détourna son regard vers son sac, déjà prêt. Son choix était fait : elle partirait quoiqu’il lui en coûte. Elle fera ce voyage dont le retour n’était qu’un moment flou et sans intérêt à l’instant présent. Elle voyageait pour chercher ses origines, mais surtout pour fuir ce lieu malsain qui la dérangeait. Les maîtres dragons étaient tous plus ou moins effrayant : Lyssa l’avait empoisonné à plusieurs reprises en manquant de la tuer, Alauwyr pouvait lui glacer le sang d’un regard, Lilwen était une manipulatrice tout comme Anaviel. Elle vivait dans un monde qui l’effrayait et dont elle n’arrivait à s’en dépêtrer. Jamais elle n’avait osé dire ce qu’elle avait sur le cœur à sa propre maîtresse. Il aurait sûrement fallut le faire, ne serait-ce que pour dissiper ses doutes et lui permettre d’aller de l’avant.

- Mais je suppose que vous avez raison. Il faut vivre avec ce masque que nous portons tous, en permanence, ici. Mais je ne suis pas faite pour ces jeux dignes d’une cour royale. Je n’ai pas l’étoffe d’une menteuse, ni même d’une manipulatrice. Je ne suis qu’une neishaane sans grand intérêt, incapable de se battre, blessée de surcroît. Ma seule chance réside dans ma quête. Mais en serais-je plus ardente pour autant ? Je n’en sais rien …

L’aspirante posa sa tête contre le mur et dirigea son regard vers le plafond. Le chandelier d’acier qui pendait à des chaines se balançait de manière régulière, faisant danser les ombres diffuses témoignant du combat entre l’ombre et la lumière, entre la volonté de Ruri de devenir ce qu’elle n’était pas et sa peur de le devenir. Elle rapprocha le panier de figue de sorte à ce qu’il soit accessible d’Asshai et elle à la fois et en glissa une entre ses lèvres. Manger lui faisait du bien et lui rappelait de bons souvenirs qui appartenaient, comme tout souvenir qui se doit, au passé. Et ce passé ne serait plus sien. Elle devait apprendre à vivre de l’avant, à poser un pied devant l’autre sans trébucher.

- Et voyez, je vous fait part de mes doutes, je m’offre à vous comme un livre ouvert. Et pour être franche, je le fais non pas pur intérêt manipulateur. Comme je vous l’ai dit, cela ne m’intéresse pas. Non, c’est un besoin beaucoup plus simple : j’ai besoin d’une amie, de quelqu’un à qui me confier, à qui je peux faire confiance, à qui je peux dire « je reviendrais, je te le promets » et qui attendra mon retour. Mais peut-être est-ce trop demander. Je m’excuse, cette requête n’a sûrement pas lieu d’être ici …
Asshai Anara
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Dim 9 Fév 2014 - 15:43 Répondre en citantRevenir en haut

Asshai observait Ruri, rassit paisiblement sur son siège. Son interlocutrice s'avérait en vérité une personne bien plus étonnante et fascinante qu'elle ne l'avait imaginé. Elle semblait sincère, faible, fragile... Et pourtant Asshai était persuadée qu'elle devait cacher quelque chose, cela elle en était certaine, ou sinon comment aurait elle put la démasquer ? Oui, quelque chose mais quoi ?

Elle avait pourtant eut l'air atteinte, presque choquée lorsqu'Asshai lui avait conté son histoire. Certes elle était la première à reconnaître que son passé n'était pas facile, mais l'avoir traîné depuis tant d'années avait finit par le rendre familier, comme un vieux compagnon, pas forcément des plus agréable, mais avec lequel il fallait composer. Elle ne cessait de se répéter que si tout était à refaire pour arriver là où elle en était aujourd'hui, elle le ferait sans hésiter. Oui son histoire avait une part de sordide, mais elle l'avait toujours rapproché un peu plus de la perfection, de la femme qu'elle était maintenant. Les hommes étaient des brutes stupides, et les femmes étaient pires, des sentimentales instables; seule elle les supplantait tous autant qu'ils étaient. Elle et peut être Anaviel sans doute...
Pourtant caché au fond de son cœur, dissimulé derrière cette neutralité éternelle et inflexible, profondément enfuie sous les vagues de sa propre fierté subsistait une trace, infime et minuscule de ce qu'elle avait été. Lorsque le soir venait et qu'elle se retrouvait seul dans son lit, il lui arrivait de repenser à tout cela, que sa vie aurait put être différente, plus simple. Il lui arrivait d'envier ce qu'elle était auparavant, mais elle savait aussi qu'elle avait changé, qu'un retour en arrière n'était plus possible. Ce n'était que lors de ces moments, lorsque le sommeil l'apaisait aussi, qu'Asshai l'embrasée, la politique, la femme de pierre, laissait entrevoir ses faiblesses, sa douceur et sa sérénité. Elle prenait soin depuis qu'elle résidait avec Anaviel de barrer sa prote tout les soirs, pour garder cette dernière trace d'humanité pour elle, pour défendre jalousement ce secret.

Cela Ruri ne le saurait jamais - personne en vérité. La nuit était loin encore, le jour resplendissait, et la pensée de ce qu'elle était avant ne vint même pas lui effleurer l'esprit. Elle se concentrait entièrement sur cette neishaane allongée en face d'elle, essayant de sonder le plus profond de son âme, sans y arriver. Jeune innocente ou perfidie personnifiée ? Cela elle l'ignorait, mais elle avait bien l'attention de le découvrir d'une manière ou d'une autre. Pour cela, lui parler était nécessaire. Asshai n'avait pas l'attention d'oser lui mentir – la neishaane semblait bien trop doué pour démêler le vrai du faux. Il fallait donc partir du principe que son interlocutrice était sincère, et se livrer à elle avec tout autant de sincérité. Un jeu autrement plus difficile que ce à quoi elle était habituée et pourtant...

« Ne t'excuses pas Ruri. Il n'y a pas de honte à avoir, j'ai été comme toi fut un temps... Je ne sais pas quel âge tu as, mais saches que la maturité n'est pas qu'une affaire de temps. Pas plus que la force.
Tu n'as peut être pas l'étoffe d'une guerrière, pas vraiment celle d'une diplomate non plus, mais tu as l'esprit aiguisée me semble-t-il. Beaucoup plus que beaucoup de membres de ce kaerl. La seule chose qui te manque en vérité serrait un peu contrôle. »


Le tutoiement lui avait semblé de rigueur. Ses yeux se faisaient désormais bienveillants. Ruri avait réussi à aiguiser sa curiosité ; si elle l'avait sauvé des griffes d'un mort, peut être pouvait elle aussi l'aider à se sortir des griffes de sa misérable vie.

« Sache que ton passé ne doit pas être un obstacle. Tu ne peux le changer, alors rien ne sert de s’apitoyer dessus. Il doit au contraire t'aider à te construire et à avancer. Tu me prends pour une femme forte... L'étais je réellement à ton age ? J'en doute fort. On ne naît pas faible ou fort, on le devient, c'est ainsi. Et quand bien même tu n'es pas une combattante hors pair, cela ne veut pas dire que tu es inutile. Nous avons tous une place à jouer dans ce grand jeu qu'est l'univers. »

Reprenant la tisane qu'elle avait déposé il y a quelques minutes, elle en bu une gorgée en observant Ruri par dessus sa tasse.

« Pour cela nous avons chacun reçu des qualités qu'il nous ai à charge de soigner et de faire grandir et de contrôler. Regarde moi veux tu... Tu ne verras pas un seul faux plie, pas une seule mèche rebelle. Un peu de contrôle voilà tout. C'est ce qui peut faire la différence entre faibles et forts, bien plus que l'intelligence ou les capacités physique.
Bien sur beaucoup te diront qu'il ne faut pas renier ce que l'on est vraiment, qu'il ne faut pas aller contre ce que l'on est. Billevesée que cela. Les hommes ont inventé des règles, et pas essence ces règles sont contre nature. Un peu de contrôle est nécessaire pour l'ordre du monde. Bien sur je me doute bien que cela ne s’opérera pas chez toi du jour au lendemain, mais avec du temps et de la patience, cela viendra naturellement. Si une fëalocë telle que moi y est arrivée, je ne doute pas que la neishaane que tu es en soit capable. »


Quittant à nouveau son siège, Asshai vint s'asseoir sur le lit auprès de Ruri, faisant mine de lui saisir la main comme une amie aurait pu le faire. Elle n'avait pas l'attention de se lier d'amitié loin de là, même si elle venait à découvrir que Ruri était sincère dans ses propos. Elle cherchait simplement un moyen de lui redonner un peu de confiance en elle. Elle avait du potentielle cette petite, et Asshai ne pouvait rester les bras croisé en la regardant le gâcher ainsi.

« Je vois une grande confusion en toi, mais je crains ne pas pouvoir te dissimuler la vérité de ce monde. La vérité fait mal. Certains préfèrent ne pas la voir et se cacher derrière des mensonges. Je pense à nos chères confrères du Kaerl céleste. Ils s'abreuvent d'illusions et refusent de voir notre monde tel qu'il est car ils ont peur voilà tout... Vivre signifie être seule. On peut avoir des gens qui partagent notre vie, mais tôt ou tard ils disparaîtront, alors mieux vaut ne pas s'y attacher, tu comprends ? Cela fait mal à entendre je sais, mais je préfère ne pas te le cacher plutôt que de te voir le découvrir par toi même, ce qui crois moi serrait amplement plus douloureux.
On dit que se lier peut nous permettre de trouver la seconde moitié de notre âme, et de vaincre cette solitude jusqu'à notre mort. Si les dragons ne sont que le reflet d'une partie de notre âme, cela signifie une fois de plus compter sur soi même, mais cela pourrait aussi te permettre de vaincre d'une certaine façon cette solitude qui semble tant te peser. Je n'aurais qu'un seul mot pour toi alors... Patience... 
Maintenant... Tu sembles avoir bien réfléchit quant à ton départ, mais en tout honnêteté je ne pense pas que celui ci puisse briser ce malaise qui te pèse tant. Le monde n'est que souffrances et chaos, c'est pourquoi j'ai la ferme attention d'y remettre l'ordre qui lui est nécessaire. Mais toi, ne devrais tu pas rester au sein des murs de ce Kaerl qui nous en préserve ? A moins qu'une raison tout autre t'y pousse ? »


Oui elle ne pouvait pas croire qu'un simple malaise puisse ainsi motiver un départ. Tout au plus Ruri aurait put rejoindre Lomeanor et essayer de quérir l'aide d'un chevalier céleste, plutôt que de quitter Tol Orea. Elle attendait sa réponse car elle pouvait lui apporter ce qu'elle brûlait de savoir : qui était elle réellement.
Ruri Ravin
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Lun 10 Fév 2014 - 00:39 Répondre en citantRevenir en haut

La neishaane s’était montrée sincère et Asshai également. Les bases d’une amitié étaient posées pour Ruri. Elle ne se doutait pas pourtant que ce ne serait qu’une amitié à un seul sens. Enfin, une amitié avouée d’un seul côté serait plus exacte. C’était l’un des principaux défaut de l’aspirante : sa sincérité la trahirait un moment ou à un autre. Toutefois, la fëalocë semblait s’être prise au jeu, aussi difficile soit-il, de ne dire que la vérité, toute la vérité. Ruri n’était pas une grande ardente. Elle s’était pliée volontiers aux règles du jeu. Elle cherchait la force et la vengeance, mais en était incapable. Pourtant, elle avait pris la décision de partir pour changer, espérant qu’elle aurait enfin sa place dans ce monde difficile. La neishaane n’en était pas dupe pour autant : ce serait difficile et, à son retour, elle passerait encore et toujours inaperçue. Asshai ne se souviendrait plus d’elle. Elle porta une main à sa tempe. Elle entendait comme un son strident, un son qu’elle seule entendait. Le contrecoup de son pouvoir ne se faisait guère attendre. Les murs tournèrent autour d’elle. Ruri dû fermer les yeux pour ne pas s’évanouir. Son rythme cardiaque s’accélérait et elle avait l’impression que des tambours martelaient son crâne. Et elle ne s’en était même pas rendue compte ! Maudit pouvoir qui ne prévenait pas, qui n’était que de l’eau entre ses doigts : insaisissable.

Son interlocutrice avait changé de tactique, ou du moins d’attitude. Elle s’était rapprochée, physiquement et verbalement de Ruri, employant le tutoiement pour inviter à la proximité. Il était difficile pour la neishaane de faire de même, mais elle se forcerait pour ne pas lui manquer de respect. C’était important à ses yeux. Elle avait écouté avec attention les paroles de la fëalocë. Ils étaient emprunts de sagesse et de réalité. Pourquoi masquer l’horreur quand on vivait avec ? Pourtant, nul ne faisait gloire de son passé s’il n’avait été qu’un miséreux, un paria. Seuls les forts pouvaient le mettre en avant pour s’arroger une certaine légitimité. C’était bien plus simple pour eux que pour une association d’ermites par exemple. Oui. Association d'ermites. On se voit environ tous les dix ans, on se raconte des histoires de grottes. C'est amusant... pour un ermite. Ruri semblait se rapprocher par moment des ermites par son comportement : solitude un brin excessive, beaucoup de temps dans un lieu sans voir personne.

- Je n’ai pas vraiment l’étoffe de quelque chose en somme. Si je ne puis me battre et si je ne puis faire de la diplomatie, comment vais-je remplir mon rôle au sein de ce kaërl ? Je ne veux pas que mon existence soit un poids pour cet endroit qui m’a recueilli. Je dois pouvoir me rendre utile, d’une manière ou d’une autre. Pourtant, la réponse m’échappe et me désole.

Le passé revenait une fois de plus sur le tapis. Il ne devait pas être un frein et, pourtant, il l’empêchait d’avancer convenablement. Il l’empêchait de dormir, lui faisait craindre les relations humaines – en particulier avec les hommes – et l’empêchait de s’accomplir. Elle n’était qu’une aspirante encore et son apprentissage était loin d’être terminé. Elle n’était pas prête à se lier. Que se passerait-il si elle était lié à un dragon mâle ? Comment leur relation pourrait s’établir pleinement ? Pourraient-ils devenir des âmes sœurs fusionnelles ? Son ou sa futur lié pourrait-il lui faire oublier ou, du moins, accepter son passé ? Ne pas s’apitoyer sur son sort était une évidence, même s’il était un penchant néfaste de Ruri. Elle paraissait se complaire dans son malheur, contente de ne pas avancer. C’était comme si elle observait les gens se diriger vers la lumière et qu’elle s’y refusait. Elle voyait les autres grandir tandis qu’elle s’en empêchait. Ruri reprit une figue qu’elle glissa dans sa bouche. La saveur était exquise et elle se demandait si celle de Ssyl’Shar était meilleure encore. Peut-être épicée et chaudes ? Comme le parfum que dégageait Asshai, sûrement.

Quand la fëalocë l’invita à la regarder de plus près, Ruri s’exécuta tout en buvant une gorgée de tisane, terminant sa tasse. Les règles. Un mot que ne connaissait plus vraiment Ruri, si ce n’était les siennes. Elle s’était fixée des objectifs et peu importait les moyens de les réussir. Paradoxalement, les moyens étaient difficiles à mettre en œuvre car contraire à ce qu’elle était sincèrement. Comment faire usage du mensonge quand on prône la vérité ? Comment paraître dur comme le roc quand on était aussi mou qu’un oreiller ? Changer demanderait de la patience. Peut-être voulait-elle anticiper son évolution naturelle un peu vite et qu’il fallait laisser le temps au temps. C’était ce qu’elle se disait parfois sans réussir à se convaincre. Tout n’allait pas assez vite pour elle. La neishaane aurait voulu changer d’un claquement de doigt. Mais cela ne se passait pas ainsi.

Les joues de Ruri s’empourprèrent légèrement quand Asshai lui prit la main. La sienne n’était pas particulièrement chaude, mais celles de la fëalocë étaient douces et agréables. Asshai devait prendre soin d’elle. Son discours sur le Màr Ménel était compréhensible, surtout sortant de la bouche d’une ardente. C’était une évidence : la fëalocë s’était bien vite arroger les principes de pensées des ardents. La neishaane, elle, n’avait pu trouver d’excuses pour haïr ou, du moins, détester les célestes, ni aucune autre personne. Les politiques des kaërls l’intéressaient mais elle n’avait jamais porté de jugement de valeur. Qui était-elle pour cela ? Elle ne se le permettrait sûrement jamais.

Le discours sur la liaison humano-draconique la laissait songeuse. Si on ne vivait qu’avec une moitié d’âme, comment pouvait-on réellement vivre ? On naissait sans être complet. D’autres mourraient sans l’être. Tant de questions se bousculaient dans sa tête à ce sujet. Elle n’avait assisté à aucune empreinte. Elle n’avait jamais ressenti le bonheur d’être complet. Après tout, comment se faisait-il que ces sauriens, aussi forts soient-ils, n’aient pas décimés les bipèdes pour s’assurer de leur règne sur le monde ? Quels évènements avaient poussés les dragons et les bipèdes à s’unir dans un lien qui était plus fort que tout autre ? Ruri l’ignorait. Lorsqu’Asshai évoqua le départ de Ruri, celle-ci ne pu s’empêcher de laisser transparaître un certain malaise. La fëalocë avait vu juste et expliquer le vrai pourquoi de son départ lui coûtait énormément. Pouvait-elle vraiment lui faire confiance ? Comment réagirait-elle à l’exposé des véritables raisons de son départ ? Elle ne pouvait pas le savoir tant qu’elle ne l’aurait pas dit.

- Tu as vu juste. Je ne pars pas uniquement car je ne me sens pas à l’aise ici. J’ai un autre objectif qui, en réalité, me pousse à partir. Des questions me taraudent et je dois obtenir des réponses. C’est un désir purement égoïste d’une connaissance qui me perdra sûrement. Je compte repartir sur Undòmë bientôt. Je vais y rejoindre le temple de Zakeriel, où je suis née. Je veux connaître ma véritable filiation, d’où je viens, qui je suis, qui sont mes ancêtres. Je me dis que ces pouvoirs qui se transmettent dans ma famille ont été donnés par quelqu’un… ou quelque chose. Mais je brûle de savoir de qui il s’agit. Pourquoi ais-je des visions ? A quoi servent-elles ? Comment les utiliser ? Pour cela, je suis prête à tous les sacrifices. Je suis prête à accomplir les rituels les plus noirs et dangereux. S’ils me faut combattre les monstres les plus forts, je le ferais. S’il me faut décimer un village, je le ferais. Mais je dois savoir qui je suis avant tout. Voilà mon véritable objectif.

La neishaane avait révélé la vérité sur la cause de son départ. Sa voix s’était modulé au fur et à mesure, démontrant sa volonté la plus profonde à réussir ce pourquoi elle partait. Et puis, si le seigneur l’avait autorisé, n’était-ce pas parce qu’il était convaincu qu’elle reviendrait en vie ? A moins qu’il ne se fiche de la perte d’une aspirante. D’ailleurs, il ne se souviendrait plus d’elle. Quelle tête ferait-il lorsqu’elle reviendrait, les mémoires pleines d’évènements marquants ? Et Asshai ? Comment réagirait-elle ? La questionnerait-elle pour en savoir plus ? Serait-ce par intérêt ou par curiosité ? Rapidement, elle chassa ces questions en avalant une autre figue.
Asshai Anara
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Sam 15 Fév 2014 - 17:59 Répondre en citantRevenir en haut

Les personnes qui connaissaient Asshai de longues dates aurait put voir dans son regard pointer l'éclat de l'envie lorsqu'elle entendit Ruri parler. Les pouvoirs de visions dont elle était dotée auraient pu la rendre elle même d'une puissance inégalée. Avec de telles capacités elle aurait été en mesure d'entrevoir l'échec lorsqu'il se profilait, de prévoir les bonnes décisions avec certitude et de percer les plus noirs secret de tout ceux à qui elle se confrontait. Avec de tels pouvoirs elle aurait put quitter l'ombre pour la lumière, se dispenser de l'aide d'un maître, et régner sur un empire d'ordre et de perfection ! Mais ces pouvoirs n'étaient pas siens, et avaient échus à la neisshaane – pauvre jeune fille qui ne savait visiblement pas quoi en faire... Les dieux avaient parfois de bien étranges projets pour les Hommes.
Au delà de ce fait, les paroles de l'aspirante lui révélèrent enfin le visage qu'elle attendait de l'aspirante de Ciniver. Une femme assoiffée de connaissances et de vérité, et prête à tout pour y parvenir. Forte, Implacable et motivée, Ruri possédait des ressources qu'Asshai n'aurait probablement pas soupçonné.

« Ruri, de toutes les femmes que j'ai croisé jusqu'à ce jour, tu es celle en qui je me retrouve le plus. Tu te tournes enfin vers le pouvoir et la vérité, et tu sembles prête à bien des sacrifices pour y parvenir. Car il s'agit bien de sacrifice lorsque nous avons de telles prétentions, des sacrifices autrement plus douloureux que tu ne peux l'imaginer. Il te faudra renoncer à toutes les futilités que sont l'honneur, l'amour propre et la dignité pour parvenir à ce que tu cherches. Mais ton but est noble, et ne dit on pas que les moyens importent peu, lorsque la fin est gage de puissance... »

Passant son bras autour des épaules de l’aspirante, Asshai caressa doucement sa chevelure aussi blanche que les neiges éternelles. Ruri souhaitait partir et elle se rendait compte qu'elle ne pourrait pas l'en empêcher, elle avait connu cela aussi dans son passé. Mais il fallait qu'elle comprenne que sa vie valait bien plus que beaucoup d'autres, et qu'elle ne devait pas simplement la jouer dans la balance du hasard. Elle devait prendre conscience de sa réel valeur si Asshai ne voulait pas voir ainsi disparaître un tel pouvoir.

« Jeune fille, sache le, ton pouvoir est immense, et pourrait justifier à lui seule ta place en ce Kaerl. A toi seule, tu aurais pu sauver des vies par centaine en prévoyant l’attaque. Il s'agit bien d'un don que les dieux t'ont fait, d'un présent bien plus précieux que tu ne semble le penser. Pour cela tu te dois de rester en vie, ne serait ce que par respect pour moi, car si un tel don m'avait été donnée, crois moi je serais l'utiliser à bonne escient. Ta quête est noble, Ruri, mais le monde est dangereux. J'ai compris que je ne pourrais pas te retenir... »

Écartant doucement la Neisshaane, elle se releva et alla chercher la dague qu'elle avait auparavant déposer un peu plus loin.

« Il va falloir que tu apprennes à te servir de cette arme... De cette arme et de bien d'autres choses. Je ne veux pas te voir disparaître dans ce voyage, ton potentiel est important, et je t'admire pour cela. Sais tu, j'ai connu une femme par le passé. Cette femme avait été mariée à un homme de pouvoir, un conseiller royal pour faire simple. Son homme la méprisait et prétendait que son jeune age la rendait puérile. Alors cette jeune femme s’apitoyant sur son sort, pensa que ce mariage était un grand malheur qui l'avait frappé. Or j'ai réussi à lui faire comprendre, à force de temps et de patience, de confiance aussi, que ce mariage n'était pas une plaie mais une chance. Je l'ai longtemps écouté avant de la conseiller, puis elle m'a écouté à son tour. J'ai réussi à la faire admirée de son mari. Celui ci l'a découvert comme une femme cultivée, maligne et subtile. Je n'y étais pour rien, j'ai simplement contribué à révéler sa vraie nature.
Tu vois... Il n'y a pas de malheur, ou de chance, simplement des dons. Libre à nous par la suite de les utiliser ou non.
Ma douce, tu dois comprendre que je ne serais pas ton amie. Non pas par ce que je ne le désire pas, mais par ce que je cherche à te protéger tout autant que j'essaye de me protéger. Pourtant tu pourrais me faire confiance, je pourrais t'écouter, échanger avec toi, je t'attendrai lorsque tu seras partie, et resterai à tes cotés, cela je te le promets si tu me promets de revenir. Je peux t'aider et te faire comprendre ta vraie nature. Je peux t'aider dans ta quête d'une manière ou d'une autre. Alors dis moi Ruri, et je te servirais comme il se doit. »


Elle ne mentait pas, ne manipulait pas. Son seul objectif était pour l'instant de préserver ce potentiel, et de la garder en vie jusqu'à ce qu'elle rentre. Elle était bien trop précieuse...
Ruri Ravin
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mer 4 Juin 2014 - 15:13 Répondre en citantRevenir en haut

Les pouvoirs de Ruri attiraient l’envie, attisait la curiosité mais c’étaient en réalité des outils inutiles et inutilisables pour la neishaane qui ne savait pas vraiment comment les utiliser. Ils se révélaient la plupart du temps de manière inconsciente, comme si ses réflexes étaient surhumains dans de rares occasions. Cela l’avait sauvé à de nombreuses reprises : à son échappée de Undòmë tout d’abord où cela lui permit d’éviter un coup d’épée de son agresseur ; durant l’attaque du Màr par le mage noir Drazahir ensuite, lorsque un mort-vivant lança une hache en direction de sa tête et qu’elle esquiva en perdant quelques brins de cheveux. Mais c’était tout. Elle ne voyait pas l’avenir plus loin que quelques secondes. De quoi survivre en somme, c’est tout. Mais bien employé, cela lui permettrait de déjouer des complots, à tirer parti de certaines informations, de s’assimiler à Zacheriel lui-même. Non, c’était trop dangereux. Nul être ne pouvait s’assimiler à un dieu. Blasphème. Ruri se sentait en confiance, peut-être trop. Etait-elle sotte ? Non. Elle voulait juste, pour une fois, croire en la bonté humaine qui n’existait sûrement pas. Une idéaliste.

La réplique d’Asshai la fit sourire. Après tout, elle la complimentait. Elle piquait un far tout en se redressant un peu plus. Mais les conseils étaient bons à prendre. L’espoir de devenir un jour plus puissante, respectée et crainte la faisait tenir. Et puis, son voyage apporterait son lot d’apprentissage et la durcirai. Sans nul doute finirait-elle différente … ou pas. Son but était égoïste, pas noble. Ce n’était pas comme cela qu’elle le percevait. Mais elle passa dessus et ne rétorqua rien. Bien que gardant un visage souriant, Ruri se méfiait toujours un peu d’Asshai. Elle n’en était pas encore complètement convaincue de pouvoir lui faire entièrement confiance. Et lorsqu’elle évoqua l’attaque, son regard s’assombrit.

« Si j’avais pu prévoir bien des choses, tout serait bien différent. Peut-être ne serais-je même pas ici ? Peut-être aurais-je pu savoir que les morts allaient attaquer et tuer par centaines. Mais mon pouvoir n’est pas aussi grand, quoique tu sembles le penser. Mais ce serait là te fourvoyer sur sa nature. Cela ne me permet pas de voir si loin dans l’avenir, du moins je le crois ».

La déclaration d’Asshai la fit rougir. De belles paroles que voilà. Encore fallait-il que ce soit vrai. Et cela semblait bien trop beau. Pourtant, Ruri, si elle n’était pas si naïve que cela, choisit de la croire. Elle lui donnait ses derniers conseils avant de la laisser partir.

« Je sais, il va me falloir apprendre beaucoup de chose. Mais mon temps est compté ici et je n’en aurai peut-être pas le temps. J’ai mes priorités et je sais ce que je vais emmener. Mais mon voyage laissera une belle place au hasard. Si je ne sais où aller, il me faudra retourner ici, consciente que ma quête est un échec. Pourrais-je encore me regarder dans un miroir si c’était le cas ? Non, je ne le pense pas. Mais je vais m’améliorer, je vais grandir un peu plus. Le plus important, dans un premier temps, est d’accomplir ma vengeance. Une fois que j’aurai rempli cette partie de ma quête, je pourrais souffler et regarder vers l’avenir. Mais mon passé m’en empêche encore. Et, tu sais, rien ne t’empêche de m’attendre. Si je meurs, tu attendras pour rien. Mais je te promets de revenir car je suis Ruri, l’aspirante de Lyssa et j’appartiens au Màr Tàralöm. Et je ne t’ordonne rien si ce n’est que je veux qu’à mon retour tu me dises ce qui à changé chez moi. »
Asshai Anara
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Dim 22 Juin 2014 - 01:40 Répondre en citantRevenir en haut

Asshai écouta Ruri avec attention. La petite était loin d'être sotte, mais était loin de s'imaginer l’enjeu et l'atout qu'elle pouvait représenter pour le maître, le clan ou le Màr qu'elle se déciderai à servir. Son pouvoir était jeune, immature, probablement encore loin de ses pleines capacités. Asshai ne connaissait, pour ainsi dire, rien à la pratique de la magie, mais la théorie en tout cas stipulait que comme toute capacité, le possesseur d'un pouvoir devait s’entraîner pour le pousser à son potentiel maximum. Si Ruri avait déjà de telles capacités à son age, d'ici une vingtaine d'années, qui sait ce qu'elle aurait put voir... ?

Affichant un sourire bienveillant, Asshai vint caresser délicatement les mèches immaculées de la Neisshaane. Elle ne souriait pas, mais son regard en disait suffisamment long. Tout au plus profond de son cœur, elle pouvait ressentir l'ombre de la pitié teinter ses sentiments. Une si jeune fille... Qui avait déjà tant souffert... En la voyant ainsi, si déterminée et si forte, et pourtant si fataliste, elle ne pouvait s'empêcher de penser à elle au même âge, à quelle point elle aurait aimé qu'une autre femme vienne la guider, la fasse marcher dans ses pas.

« Tu es jeune... Tu vas grandir, ton esprit va mûrir, et avec lui ton pouvoir. En y travaillant il finira par prendre de l'importance, tu pourras le contrôler à ta guise. Prends simplement patience, et tu pourrais d'ici quelques années te retrouver de ce Màr, l'une des figures incontournables... Si tant est que tu reviennes. »


Peut être était ce la dernière fois qu'elle la verrai. Son voyage pouvait bien lui être fatale, elle le savait. Mais quel immonde gâchis serait ce de perdre une jeune fille dans la fleur de l'âge, doublée d'un esprit vif et dotée d'un pouvoir tel que le siens. Asshai ne voulait pas s'y attacher, elle ne pouvait pas, mais laisser la Neisshaane courir à sa perte sans réagir lui était impossible. Certains êtres humains devaient être préservés, pour elle, pour eux, pour le Kaerl. Que Ruri lui ordonne ne l'offusquai pas, elle était prête à recevoir ses ordres si cela pouvait l'inciter à garder un contact plus étroit avec la vie. Après tout elle était née pour cela : servir. S'en était presque devenu une seconde nature chez elle.

Effleurant du bout des doigts la dague de la Neisshaane elle vint la déposer sur ses genoux en faisant jouer les reflets de la lumière sur les plies de l'acier.

« Mais tu reviendras je le sais. Tu as promis. J'ai confiance en toi. Si tu avais dû mourir, les morts qui marchent se seraient chargés de toi. Le sort a voulu que tu croises ma route et que je te sauve, pourquoi te faire périr si vite ? »


Plus pour elle même que pour la Neishaane, elle ajouta dans un murmure,

« Non... Cela n'aurait pas de sens. »


A nouveau son regard lunaire plongea dans celui de Ruri, sa mine grave semblait s'être pétrifiée dans la roche.

« Tu auras besoin de ça. »
déclama-t-elle froidement en désignant l'arme qu'elle tenait toujours dans sa main.

« Tu peux revenir. Tu le dois, car ta place est bien ici. N'oublies jamais cela non plus : tu te dois de voir plus loin que ce que la vue t'offre. Tu es une enfant de l'air, tu dois te comporter comme telle. Savoir te faufiler partout où tu le peux tant que cela te mène à ton but. L'air est insaisissable. Il y aura des portes qui s'ouvriront devant toi, et il reviendra à toi de faire le bon choix. Si tu te laisse guider par ton instinct et ton esprit, si tu reste réceptive, tu reviendras, je le sais. »

Oui, les dieux les tenaient tous entre leurs mains. Si Ruri avait été amenée ici, c'était pour accomplir son devoir. En la laissant partir, Alauwyr et Lyssa s'accrochait désespérément au mince espoir que la jeune fille revienne indemne. Ou peut être n'en avaient ils cure. Asshai voyait plus loin comme toujours, elle avait l'intime conviction que Ruri avait tout les atouts en mains pour réussir sa quête et s'en sortir en vie. Maintenant c'était à son tour de jouer. Elle avait fait son possible, et lorsqu'elle aurait quitté le Kaerl, Asshai ne pourrait plus rien pour elle.

« Je t'attendrai. Et si un jour les ténèbres envahissent ton esprit, que ton espoir vacille, et que la douce tentation de tendre les bras à la mort venait à se faire sentir, rappel toi qu'une âme a confiance en toi. Rappel toi que tu as promis. »
Ruri Ravin
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Dim 22 Juin 2014 - 21:25 Répondre en citantRevenir en haut

Il était encore difficile pour Ruri de s’imaginer forte comme semblait l’être Asshai. Tout lui semblait si difficile. Préparer son voyage, s’imaginer les aventures qu’elle vivrait. Ruri était encore jeune et inexpérimentée. Nombreux seraient ceux qui lui auraient interdit ce périple. Mais Alauwyr y avait cru, Asshai la soutenait. Elle n’avait pas le droit d’échouer, la neishaane en avait pertinemment conscience. La fëalocë aux cheveux pourpres semblait vouloir l’encourager. Parfois, Ruri avait l’impression de se comporter comme une enfant gâtée, a l’instar de sa première rencontre avec Alauwyr. En repensant à cet événement, ses joues prirent une teinte cramoisie. Comment avait-elle pu oser se confronter au maître des lieux ? Fort heureusement pour elle, il n’avait pas s’agit du gardien, auquel cas serait-elle déjà bannie de ces lieux.

La neishaane rendit son sourire à Asshai, étirant ses lèvres fines d’un rose pâle. Le geste était affectueux et elle l’appréciait. C’était le sens de son sourire. Le regard de la fëalocë lui donnait des forces, comme si une empreinte d’un passé pouvait lui fournir du courage. La fëalocë avait dû vivre bien des choses qui lui avaient forgé son caractère. C’était une femme forte, elle. Ruri entreprenait ce voyage pour s’améliorer, pour grandir. Elle se jugeait encore trop enfantine pour aller au bout de son aspiranat avec succès. Elle ne faisait pas partie de ces « surdoués » comme elle se plaisait à les surnommer, c’est-à-dire ceux qui se battaient avec courage, vigueur, expérience et pour qui le stade d’aspirant n’était qu’une formalité. Non, elle n’était pas de cela. Il lui manquait de la maturité.

« Tu as sûrement raison. Il est vrai que, jusqu’à présent, je ne me suis jamais vraiment entrainée à exercer mon pouvoir. Je ne sais pas comment il fonctionne ni comment le développer. Peut-être mon voyage m’aidera-t-il à en apprendre plus … je l’espère. »

La jeune neishaane reposa sa tête en arrière contre le mur. N’avait-elle pas prit cette décision trop à la hâte ? Il lui arrivait de douter. Mais ce dont elle avait le plus peur, c’était la réaction de Lyssa, sa maîtresse. C’était d’ailleurs pour cela qu’elle ne lui en avait rien dit, faisant comme si elle continuerait comme avant. Mais il fallait l’avouer, tout ne serait plus comme avant. L’épisode de Drazahir l’avait bouleversé. D’un autre côté, il avait révélé chez elle une sorte de pugnacité. Pourtant, c’était ses échecs qu’elle retenait, et non pas ses efforts. Elle voyait le verre à moitié vide et non à moitié plein.

Ruri ne pu s’empêcher de lorgner sa dague. Finement ouvragée, l’arme était d’une belle qualité. Une arme maudite pourtant. Son manche était en acier, recouvert de bandelettes de cuir pour en faciliter la prise en main. La garde était semblable à la gueule d’un dragon crachant des flammes, flammes qui formaient la lame du poignard. Cette dague, c’était sa seule garantie de survie avec sa connaissance des poisons, connaissance encore faible. Elle ne pouvait s’empêcher de ressasser le passé et de repenser à l’attaque des morts-qui-marchent. Elle avait subi de lourds dégâts, prenant un coup de pied puissant en essayant d’esquiver l’adversaire. Puis, après avoir esquiver un lancer de hachette d’un autre adversaire quelques temps plus tard, elle s’était empalée sur son arme. Bien sûr, elle s’était débarrassée de l’ennemi après pas moins de trentaine de coup répété. La tête s’était en partie détachée du cou. Repensant à ses images, son teint pâlit.

« Si j’avais dû mourir … Je ne sais par quel miracle ton chemin a croisé le mien à ce moment-là. Si tu ne lui avais pas fracassé le crâne, je serais morte à l’heure qu’il est. Tu m’as sauvé la vie, je n’ai pas le droit de la gâcher. »

La neishaane ne put s’empêcher de frissonner à la vision de l’arme. Elle devrait la porter à sa ceinture pour se défendre … ou attaquer. Elle ne savait pas de quoi serait fait le lendemain. Peut-être trouverait-elle du travail qui nécessiterait de faire du mal à des gens. En serait-elle capable ? Peut-être serait-elle capturée un jour et mise en prison ? Ou bien connaîtrait-elle le bonheur de la liberté ? Dans le meilleur des cas, elle irait jusqu’au bout de sa quête et pourrait revenir au kaërl en disant « J’ai rencontré mon ancêtre ». Et là, ses membres seraient obligés de la reconnaître pour sa ténacité et sa force.

« Je prendrais soin d’appliquer tes conseils. D’un côté, j’ai peur de ce que je vais vivre. Il me faudra rester réfléchie en toutes circonstances pour éviter d’être prise au dépourvu. D’un autre côté, j’ai hâte d’y être, de sentir le vent dans mes cheveux, de revoir les plaines verdoyantes d’Undòmë. C’est un sentiment étrange. »

Ruri se confiait sans gêne. Elle absorbait les conseils prodigués par Asshai comme si elle buvait l’eau magique d’une source unique. Elle sortirait grandit de l’épreuve qu’elle s’infligeait elle-même. Oui, elle était extrêmement dure contre sa propre personne. La neishaane voulait devenir meilleure, plus forte. En somme, devenir quelqu’un d’autre que la faible qu’elle était actuellement. Une tâche ardue. Puis les mots prononcés par Asshai la firent sourire à nouveau.

« Je me souviendrais de tes mots lorsque l’obscurité tentera de dresser son voile contre moi. J’y verrais la lumière de tes paroles, soit-en certaine. »

Ruri fixait la lame qu’elle prit lentement en tendant la main. Elle leva la lame et la fit vaciller. Elle pouvait se voir dedans. Quiconque l’aurait vu la croirait neuve. Mais elle avait versé le sang, une fois, et le sien. Elle inspira profondément et la reposa sur la table de chevet.

« Pour te dire la vérité, il n’y a que toi et Alauwyr qui êtes au courant de ce périple. »

Ruri décala son visage pour regarder si la servante était là mais elle semblait absente de la pièce.

« Il n’y a que toi et Alauwyr qui êtes au courant. Lyssa n’en sait rien et n’en saura rien avant mon départ. Je vais lui préparer un petit mot que je cacherai dans son appartement. Elle ne trouvera sûrement. Si je bouge ne serait-ce qu’une chose ici, elle le saura. Mais j’ai peur de l’affronter, de sa réaction. »

Une boule se forma dans sa gorge. C’était sa maîtresse, mais il était évident qu’elle en était terrifiée. Si Lyssa apprenait son départ avant qu’il n’ai lieu, elle serait certaine de se retrouver attachée dans des geôles et torturée jusqu’à ce qu’elle refuse de partir.

« La première fois que je l’ai rencontré, elle a essayé de me tuer. Puis elle m’a sauvé. Elle a joué avec ma vie et pourtant, sans elle, je ne serais rien. Un cadavre pourrissant dans une clairière, sans nul doute. Je lui voue une reconnaissance sans pareil. C’est plus que ma maîtresse, je ne sais comment l’exprimer. Mais elle me terrifie autant qu’elle me fascine. Ne lui dit surtout rien, je ne veux pas subir sa colère. »
Asshai Anara
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Lun 23 Juin 2014 - 21:58 Répondre en citantRevenir en haut

Comme une vieille habitude, Asshai ne put s'empêcher d'éprouver ce petit élan de satisfaction en entendant la Neishaane se confiait à elle. Avec certaines personnes, il fallait des mois, voir des années, mais avec elle, il n'avait fallut que quelques mots bien choisis et un panier de figues. Sachant pertinemment que son interlocutrice pouvait entrevoir le fond de sa pensée elle ne chercha pas à s'en cacher, bien au contraire. Après tout elle voulait qu'Asshai la serve en lui disant toute la vérité, si il devait en être ainsi alors...

« Ta confiance me touche mon enfant, mais c'est là de petits secrets qu'il n'est peut être pas avisé de révéler au tout venant. Qui te dis que je ne révélerai pas tout ton plan à Maitresse Ciniver dès que j'aurais passé le pas de cette porte. »

Toujours aussi caressante, elle ne se permit aucune pointe d'humour ou de moquerie. Tout en prononçant cette mise en garde, elle s'était levée pour aller refermer la porte le plus délicatement possible. Elle voyait bien que Ruri craignait d'être entendue par cette vieille femme qui lui servait de garde malade, et elle pouvait comprendre que ces craintes soient bien fondés.

« Ne t'inquiètes pas je n'en ferais rien. Je sais garder ma langue, et puis... je suppose qu'entre aspirantes, la solidarité est de mise. Je ne voudrais pas t'attirer des ennuies inutiles avant ton départ. »

C'était une expérience étrange pour Asshai de se donner avec tant de sincérité tout en essayant de conserver la confiance que Ruri semblait lui vouer avec tant de naturel. Une opération délicate, où toutes vérités devaient être dites, mêmes les pires. Qu'une si jeune demoiselle réussisse à lui soumettre un tel défis, et ce bien malgré elle de surcroît, impressionnait notre maîtresse de la manipulation, et elle devait bien se l'avouer, cette jeune aspirante était fascinante !

Se promenant un instant aux bords de la fenêtre qui donnait sur les pans des pics de cendres, Asshai laissa son regard errer sur les roches abruptes qui dévalaient en à-pic depuis les flancs du volcan endormie.
Elle comprenait la peur de Ruri, elle même devait la vie à Anaviel d'une certaine façon, et même si son maître ne l'effrayait pas, elle lui vouait une certaine admiration, et cherchait par tout les moyens à lui être agréable, à l’impressionner, à gagner sa confiance ou à lui damer le pion. C'était un mélange d'attraction, de mépris voilé, d'envie, et de soif de reconnaissance qu'elle connaissait bien. C'était ce sentiment qu'elle ressentait au contact de chaque personne de pouvoir, comme elle le ressentait d'une certaine manière face à Ruri actuellement. Ce sentiment lui était innommable et pourtant il était ancré si profond dans son cœur qu'il lui semblait impossible de l'en déloger. Toute sa vie ne se résumait plus qu'autour de ces personne qui le lui inspirait, et ce n'était que par elles qu'elle existait.

« Je sais ce que tu ressens vis à vis de Lyssa, car c'est aussi dans mon cœur. Tu as peur, quoi de plus normal. Cela ne fait pas de toi une lâche. Tu serais bien sotte de ne pas craindre une maîtresse telle que la tienne, sa réputation la précède... Et pourtant... »

Tournant légèrement la tête, elle offrit à la neishaane le spectacle de sa mine grave que les sillons dessinés par ses larges cernes ne faisaient que renforcer. Elle laissa une seconde sa phrase en suspens avant de reprendre dans un murmure, un souffle presque inaudible.

« … Tu vas t'opposer à elle. Tu vas la quitter sans la prévenir. Et en cela tu es une jeune fille courageuse. Courageuse et censée. Des qualités que l'on aimerait retrouver chez bien plus d'aspirants tu ne penses pas ? »


Ces derniers mots en disaient long. Elle voyait bien que Ruri ne se sentait pas à l'aise en ces lieux, qu'elle se voyait comme une sorte de jeune fille trop innocente pour survivre en comparaison d'une femme faite telle que sa maîtresse. Il y avait peut être du vrai là dedans, mais comme elle se plaisait à le répéter, il fallait parfois un peu de temps pour que la petite étincelle embrase le bois de la forêt !

« Tu sembles avoir longtemps réfléchit à ton départ, aux raisons qui t'y ont poussé, à ce que tu voulais faire. Mais dis moi plutôt : as tu déjà réfléchit à comment tu allais faire une fois sur place ? Pour dormir, manger, pour te rendre en lieux sûr ? Le monde est parcouru de danger, j'en ai fais les frais par le passé. Mais si il est déjà difficile de se trouver un lieux sûr lorsqu'on est livré às oi même, lorsque notre but exige que nous voyageons, il faut encore redoubler de prudence. »


Autant dire que pour elle, trouver un lieu sur consistait à vendre ses services à une maison close dans l’immédiat, ou à quelques vieillards aisés en manque de compagnie – ce qui en soi faisait bien peu de différence. Mais lors de son premier mois d'aspiranat, elle avait fait aussi la douloureuse expérience de la vie itinérante, et de tout les dangers que cela pouvait impliquer. Si il en allait ainsi pour une compagnie de trouvères, elle n'osait imaginer ce qui attendait une jeune demoiselle seule.

Préférant garder ses propres conseils par devers elle, elle se contenta d'interroger Ruri du regard. Jusque là la jeune fille avait été d'une étonnante agilité d'esprit pour résoudre tout les questions qui pouvaient se présenter à elle, et régler jusqu'au dernier détails les conditions de son départ. Mais si Asshai voulait la revoir un jour, encore fallait il que ce voyage en lui même ne lui soit pas fatale.
Ruri Ravin
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mar 24 Juin 2014 - 14:19 Répondre en citantRevenir en haut

Ruri se sentit tout d’un coup mal à l’aise. La possibilité d’être trahie une nouvelle fois ne l’enchantait guère et elle se mordillait nerveusement la lèvre inférieure à la remarque d’Asshai. Comment osait-elle lui souffler ces mots ? Le visage de la neishaane exprimait de la déception. Une nouvelle fois de plus, on lui faisait du mal, comme si elle retirait du plaisir de la voir souffrir ainsi. Comment pouvait-on briser si facilement la confiance de quelqu’un ? Ruri n’entendit qu’à peine le son de la porte qui se fermait. Elle était choquée, une nouvelle fois. Toutefois, la fëalocë se reprit. Etait-ce une tentative d’humour ratée ou bien était-ce en lisant la déception sur son visage qu’elle se ravisait ? La neishaane n’en savait fichtrement rien. Le mal était fait. Ses oreilles bourdonnaient. Les yeux dans le vide, Ruri ne réagissait plus vraiment, perdue dans ses pensées. Elle revoyait la trahison de sa maîtresse avant qu’elle ne boive le poison de désespoir. Mais non, Asshai ne la trahirait pas. Elle le lui confirmait. Le soulagement pointait le bout de son nez.

« Tu m’as fait peur. J’ai déjà suffisamment mis de l’huile sur le feu avec Lyssa pour me permettre une telle erreur. »

Asshai ne semblait pas vraiment à l’aise. Etait-ce de peur que Ruri ne lise en elle comme un livre ouvert ? D’un côté, ce serait pratique. D’un autre côté, Ruri n’aimait pas vraiment intervenir dans la vie privée des gens. Elle ne le faisait pas exprès, loin de là. Ce n’était pas non plus à mettre sur le compte de sa maturité du haut de ses quinze printemps et demi. Ruri continuait d’observer la jeune femme – dont l’âge semblait mur – qui se déplaçait vers la fenêtre pour lorgner les pics de cendres. A quoi pouvait-elle bien penser à cet instant présent ? La neishaane ne pouvait aucunement le savoir. Lorqu’elle évoqua sa relation avec Anaviel, Ruri haussa un sourcil. Ainsi, d’autres personnes pouvaient se trouver dans la même relation. C’était donc normal que de craindre et de vénérer son maître. On lui devait la vie. Elle la lui devait plutôt deux fois qu’une.

« Pourtant, avoir peur est une faiblesse. Si je n’avais peur de rien, je pourrais faire tout ce que je voudrais sans craindre ni rien ni personne. Même tenir une arme j’en ai peur. C’est risible. »

Le laïus sur le courage l’intriguait. Elle était persuadée qu’Alauwyr appellerait cela de la folie ou de la sottise. Elle avait même peur que Lyssa ne cherche à l’empêcher de partir. Il était probable qu’elle finisse dans ces geôles lugubres à boire du poison. Et là, personne ne viendrait la chercher, non, personne.

« Je ne sais pas si ce sont des qualités que ma maîtresse cherche chez moi. Elle serait plutôt furieuse qu’autre chose à mon avis ».

Elle ne parlait pas vraiment en connaissance de cause. Mais sa dernière expérience l’avait refroidi à un tel point qu’elle était encore plus peureuse qu’avant. Son escapade nécessiterait de reprendre confiance en elle. Bien évidemment, elle n’était pas vieille et sa marge de progression était importante. Un tel voyage ne pouvait que lui être bénéfique si elle revenait vivante, bien entendue. La question de la fëalocë était pertinente. Comment vivrait-elle ? Il était évident que Ruri n’était pas taillée pour la chasse tout comme pas plus qu’elle ne vendrait pas son corps, ce sous aucun prétexte. Qu’était-elle donc capable de faire pour survivre ?

« Peut-être pourrais-je compter sur la bonté des gens ? Je pars avec une bourse remplie. Je dormirai dans des auberges ou chez un habitant et lui laisserai un sou. Peut-être pourrais-je même bénéficier d’un repas ? Je pourrais également tenter de rejoindre un groupe de ménestrels et faire un bout de chemin avec eux. On ne sait jamais ce que la vie nous réserve et il m’est difficile de prévoir de quoi sera faite mes journées. »


Si Ruri était d’ordinaire prévoyante, elle ne savait pas vraiment comment allait se passer son voyage. Son premier objectif était Undòmë et le temple. Mais une fois sur place, qui sait ce qu’elle glanerait comme information sur son ancêtre ? C’était le point noir. Deux options se trouvaient face à elle : ou bien elle ne trouvait rien, ou bien elle se trouverait face à des informations qui lui permettraient de poursuivre son chemin.

« C’est difficile de prévoir l’inconnu. Mon chemin peut s’arrêter aussi bien en un jour qu’au bout d’un an, deux ans … j’ai conscience qu’il me faudra braver des moments difficiles de solitude, de regret, d’amertume. Et puis, je pense certainement que je n’aurai pas d’informations suffisantes et qu’il me faudra faire une croix sur mon projet. En pensant cela, je ne serais pas déçue si je n’avais effectivement rien. Mais je serais d’autant plus contente si je trouvais quelque chose. »

Il ne lui traversait pas l’idée qu’être une jeune voyageuse pouvait lui apporter des problèmes. Elle pourrait se faire enrôler de forces dans des endroits lugubres, être amenée à faire des choses dont elle n’avait pas envie. Mais tout pouvait également bien se dérouler. Asshai avait peut-être des conseils à donner à la neishaane et celle-ci n’était pas contre. Ruri était jeune, peut-être trop pour entreprendre ce voyage mais la fëalocë croyait en elle. Elle était motivée, plus que jamais.
Asshai Anara
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Sam 19 Juil 2014 - 16:51 Répondre en citantRevenir en haut



« Compter sur la bonté des gens ? »

Lentement, avec une dangereuse douceur, Asshai avait répété les mots de la jeune Neishaane sans la quitter des yeux. La bonté des gens... Fallait il qu'elle soit à ce point naïve pour ainsi se leurrer sur ce qui l'attendait. Ce n'était pas fautes d'épreuves, mais Ruri semblait se borner à penser que les personnes perfides n'étaient en fait que l'exception de la race des bipèdes.

Un instant la fëalocë ferma les yeux comme pour rassembler ses esprits. Ainsi elle semblait puiser les dernières ressources de patience qui lui restait. Une simple impression. Pour la norme fëalocë, Asshai pouvait s'avérer d'un calme olympien dans bien des circonstances. Et pourtant lorsque de nouveau son regard se posa sur Ruri, celui ci aurait sans doute put briser une montagne par sa simple intensité.

« Tu grandiras en faisant tes propres erreurs. Mais je t'en conjure ma douce, écoutes une dernière fois ce que je peux avoir à te dire. Après je te laisserai à ton repos. Nous ne nous reverrons sûrement pas avant ton départ. Peut être même partiras tu sans me l'apprendre. Alors ce moment est le seul dont je dispose, écoutes bien. »

Sans esquisser un geste pour se rapprocher, Asshai semblait bien faire comprendre à Ruri que l'aimable aspirante aux cheveux de feux avaient laissé place à une instructrice dont les conseils lui vaudraient un jour la vie sauve.

Croisant les mains sur son abdomen dans cette position qui lui était si familière, elle reprit sur un ton égal :

« Ne montres jamais ta bourse. Toutes les bontés du monde peuvent être achetées.Laisses y quelques piécettes, de quoi vivre deux ou trois jours, jamais plus. Le reste, fais le disparaître dans tes chausses, ou tes bottes. Ne montres jamais que tu es riches. Mènes un train de vie d'une frivolité mesurée. Ne te montre pas bonne, n'offre rien de plus que ce que tu ne dois. Seuls les riches le font, et tu es une jeune fille trop vulnérable pour te permettre de t'afficher comme telle. »

Un instant elle s'arrêta pour s'assurer que Ruri avait comprit avant de reprendre.

« Dors chez les anciens, leurs ardeurs sont toujours plus déclinantes. Assures toi toujours que tu puisses t'échapper facilement du lieux ou tu choisis de te reposer, quitte à ne dormir qu'aux cuisines. Pour te déplacer, utilise les caravanes, les troupes ambulantes, de jour le long des grandes routes. Si par nécessité tu venais à devoir te déplacer seule, voir de nuit de surcroît, empruntes le chemin des bois, et sois prudente. Les bandits rodent surtout autour des routes, t'en éloigner rendra ta route plus longue mais plus sûre. »


Elle ne pensait pas que cela puisse arriver un jour, mais à ce moment précis elle se mit à remercier intérieurement Anaviel de l'avoir abandonné aux mains d'une troupe de ménestrels quelques mois plus tôt. Elle semblait avoir apprit bien plus que ce qu'elle ne l'avait imaginé jusque là. Pour une fois c'était à elle que revenait le prestige de l'expérience.

Penchant le visage de coté comme pour mieux apprécier la vue que lui offrait sa compagne aspirante, la fëalocë ne put réprimer un petit pincement de lèvres. Non, elle n'était pas laide. Elle avait même un petit quelque chose de singulier, un quelque chose d'innocent et de pure qui pouvait attirer les convoitises. Ce pouvait bien être une bonne chose évidemment, une arme redoutable pour elle, mais si jeune, elle n'était peut être pas prêt à l'accepter. Quelle dommage...

« Et enfin, n'oublies jamais qu'une femme laide attire toujours moins les regards qu'une superbe jouvencelle aux cheveux d'argents. »


Elle posa un dernier regard sur le panier de fruit qui se trouvait encore à coté de la Neishaane. Puis son visage s'illumina, ses yeux se radoucirent, comme si quitter cette chambre signifiait pour elle rentrer de nouveau dans cette comédie qui se jouait derrière ses murs et auxquels elle était si habituée. Toutes ses attitudes mutèrent en un ensemble élégant et amicale.

D'un pas lent elle rejoignit la sortie et posa l'une de ses mains délicates sur la poignée. Avant de l'ouvrir, elle se retourna une dernière fois sur Ruri avant de lui offrir son ultime révérence.

« Je suis heureuse d'avoir fait ta connaissance. Maintenant reposes toi veux tu ? Il te faudra être forte. Tu n'as plus le choix. »

Et enfin son étrange sourire s'élargit en quelque chose qui inspirait tout au moins la confiance si ce n'était l'amitié. Croyait elle vraiment en Ruri ? Étonnement oui, elle ne se serait même pas donné la peine de rester le temps d'un échange si il en avait été autrement. Équipée des armes adéquates, cette jeune fille aux allures perdues pourraient sans doute se transformer en une redoutable ardente – ce n'était qu'une pierre brutte qu'il suffisait de tailler pour qu'elle devienne un silex des plus tranchant. Mais désormais ce qu'il adviendrait de la Neishaane ne dépendait plus d'elle. Alors allait elle se rompre brutalement ou prendre le chemin de la maturité ?
Contenu Sponsorisé





MessagePosté le: Aujourd’hui à 04:09 Revenir en haut

Montrer les messages depuis:      
Poster un nouveau sujetRépondre au sujet


 Sauter vers:   



Sujet suivant
Sujet précédent

Index | forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001/3 phpBB Group :: Dgf GuildWars :: Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Traduction par : phpBB-fr.com
Create by dagonfield genesis :: by nerevare

Anneau des JpC par TourDeJeu