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 [RP] La douleur de l'âme Sujet suivant
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Luckor Mornelac
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MessagePosté le: Ven 3 Mai 2013 - 21:23 Répondre en citantRevenir en haut

Iolyaku 918


Toutes ses belles certitudes avaient volé en éclats en seulement l’espace d’un instant. Malgré les jours passés, il ressentait une insatisfaction et, au lieu de l’apaiser, ses souvenirs mettaient ses nerfs à vif. Il se surprit en train de se demander à quoi ressemblerait sa vie si rien de tout cela n’était arrivé. Si la grotte ne s’était pas effondrée sur les mineurs. Si ses parents et ses nombreux petits frères et sœurs avaient été là pour l’accueillir, avec leurs rires et leurs joyeuses conversations.
D’habitude, le jeune homme se laissait rarement à imaginer des scènes de ce genre, acceptant sans broncher les aléas de la vie. Mais ce soir, tout au fond de lui-même, là où s’était réfugié le Luckor Mornelac déterminé et sensible qu’il avait été, il ressentait douloureusement le désespoir dans lequel il s’était peu à peu plongé. Etait-il bien raisonnable de devenir un être aussi renfermé, aussi insaisissable ? Une sorte d’homme solitaire et sans attache ? Quoi qu’il en soit, la sérénité qui se dégageait du Kaerl Céleste ne lui avait pas encore permis de faire son deuil et de redevenir celui qu’il avait toujours été : un jeune homme courageux, consciencieux et capable.

Ils étaient arrivés il y a quelques jours de cela. Dévasté par la fièvre et la douleur, Luckor n’avait pas pris le temps d’admirer le magnifique spectacle qui s’offrait à lui, suppliant en silence la Dame Garaldhorf de soulager ses maux. Elle l’avait immédiatement conduit chez un Guérisseur plus compétent que celui de Lomëanor.
Il s’appelait Nalesean de Dalneÿs. Son humeur joviale avait agacée plus encore la douleur du jeune homme. Heureusement, ses talents étaient aussi précieux qu’on le lui avait dit et moins d’une heure après, Luckor s’endormait sur l’un des lits à sa disposition. Il avait lu en lui une soif de générosité, de liberté, celle propre à ceux qui se vouent tout entier au bonheur des autres. Capable, il n’avait pas bronché malgré le sang et la difficulté de sa tâche. Pour la première fois depuis bien des années, l’humain avait éprouvé de l’admiration pour quelqu’un d’autre que son père.

Luckor ne supportait plus d’être enfermé tel un animal. Il avait l’habitude des grands espaces, de l’air frais de la montagne. Son père et lui ne rentraient à la maison que lorsque le repas était servi et le lit chaud. Les premiers jours, il se faisait une raison. Mais aujourd’hui, il décida d’aller à l’encontre des strictes consignes de Nalesean. Il posa un pied à terre, puis le second, et enfin emprunta, lentement, les couloirs du bâtiment. Chaque nouveau pas lui coutait énormément d’énergie. Malgré ses efforts pour faire oublier au monde son handicap, il boitait tel un estropié.
Afin d’échapper au regard vigilent des Guérisseurs, Luckor se mêla non sans peine à un petit groupe et put enfin quitter sa prison.

Il n’avait jamais rien vu de tel. Tout n’était que lumière. La ville était majoritairement faite de marbre et de pierres taillées dans les mines les plus fertiles. Surplombés d’une haute coupole de verre, plusieurs bassins à l’eau turquoise étaient à l’entière disposition de qui le souhaitait. Au loin, on pouvait apercevoir les hautes tours blanches, au rôle plus mystérieux. A l’évidence, il était bien loin de chez lui.
Le jeune homme n’avait pas revu sa famille depuis l’accident. Probablement s’inquiétaient-ils de savoir où il pouvait bien se trouver. Ou peut-être le pensait-il mort, tout comme son père, gisant toujours sous les roches de la mine. Bien que le risque aurait été trop grand, Luckor en voulait encore à Persée Garaldhorf de ne pas avoir tenu sa promesse d’aller cherche le cadavre de son père. Distrait par cette pensée, il ne vit pas approcher Isval Seghar, le Guérisseur ayant travaillé avec Naleasean sur sa jambe à son arrivée.

- Jeune homme ! Vous n’êtes pas en état de quitter votre lit, je pensais vous l’avoir suffisamment répété hier !

La surprise fut si grande qu’il en perdit l’équilibre et chuta. Sa jambe ne lui permettait pas encore de tenir seul debout. Après pareille démonstration, comment pourrait-il convaincre cet homme de sa complète guérison ?
Il préférait de loin le souffle du vent dans ses cheveux à l'odeur infecte des plantes qu'on lui faisait boire matin et soir.
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MessagePosté le: Ven 3 Mai 2013 - 21:23 Revenir en haut

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Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Dim 5 Mai 2013 - 18:56 Répondre en citantRevenir en haut

- Maître Garaldhorf, voici le dernier rapport que vous m’avez demandé.
- Merci, Baskan de Leysse… Joachim ?


Le Capitaine de la Garde se tourna à demi vers sa supérieure, un sourcil levé en interrogation. Persée retourna plusieurs fois sa langue dans sa bouche avant de lâcher enfin les mots qui lui obstruaient la gorge.

- Vous savez que vous pouvez me faire confiance, n’est-ce pas ? Si vous avez des doutes ou des inquiétudes, des soupçons, vous pouvez m’en faire part. Je saurais les utiliser à profit.
- Oui, ma Dame. Bien sûr.


Quant Joachim de Leysse quitta la loge de l’Ancalikon en fermant soigneusement la porte derrière lui, Persée se permit un geste trahissant clairement sa lassitude, en dissimulant son visage dans ses mains jointes, avant de les reposer à plat sur la table. Elle était fatiguée de jouer double-jeu. Cette impression de trahir les gens qui avaient confiance en elle, même des amis, lui donnait le tournis. Elle ne mentait pas vraiment. Joachim était un Galastden, tout comme le nouveau Seigneur Zackheim. Personne n’ignorait que l’Ancalikon avait l’oreille attentive de ce dernier. Et pourtant, on ne crachait pas sur son nom, on en oubliait parfois que son père présidait au Concile du Màr Tàralöm et le respect de ses troupes lui était toujours bel et bien acquis. Elle n’avait jamais trahis son serment de servir fidèlement le trône du Màr Menel, de le défendre jusqu’à la mort. Il était difficile de l’atteindre, par des flatteries ou des insultes. Son objectif était de conserver une neutralité absolue. Objectif atteint, dans la mesure du possible avec une telle situation de crise sur les bras. Alors d’où lui venait ce sentiment de dégoût de soi aussi profond qu’un abîme ?

Joachim avait paru hésitant avant de formuler sa réponse. Elle se mordit la lèvre inférieure. Elle devenait paranoïaque, par Kaziel ! La jeune femme se frotta les yeux et laissa un instant son esprit suivre le fil ténu mais vibrant qui la reliait psychiquement à sa dragonne. La Bleue survolait la mer un peu au large de la Baie d’Eau Claire, à la recherche de ces fameux espadons dont un Brun fin gourmet lui avaient tant vanté les qualités nutritives. Vraël faisait ce qu’elle pouvait pour s’occuper l’esprit. Veiller sur ses frères et sœurs dragons était une tâche permanente. Sans compter qu’elle faisait son possible pour ne pas se montrer envahissante envers sa Liée. Elle s’inquiétait continuellement pour celle-ci, allant jusqu’à lui apporter de sa force mentale pendant la nuit, lorsque la détresse s’emparait de son corps fourbu pour la jeter dans les troubles de l’insomnie. Elle souffrait autant que Persée, à sa manière. Le silence leur pesait à toutes deux. Et quand viendrait la bataille contre Drazahir et ses légions de monstres, elles se retrouveraient enchaînées au Kaerl pour sa défense. Aucun salut de ce côté-là.

Eos se matérialisa soudainement sur la table de travail de l’Ancalikon. La lézarde rouge pépia et vint nicher sa tête sous la coude sa maîtresse. Persée se pencha vers un petit sac de cuir posé près d’elle et jeta à la petite Reine un morceau de viande. Eos ouvrit une gueule bardée de crocs d’où fusa un mince jet de flammes jaunes. La viande retomba cuite et encore fumante entre ses mâchoires. Elle l’avala tout rond. Ce fut cet instant que choisit un serviteur pour toquer à la porte de sa loge officielle.

- Entrez !
- Ancalikon, je vous salue. Maître Nalesean m’a prié de vous mander au chevet du porteur du Don que vous avez sauvé le mois dernier. Il m’a aussi chargé de vous informer qu’i se rétablit très vite et se languit des visites.

° Passer un peu de temps avec ton futur Aspirant ne serait pas une mauvaise idée.
En effet. Si l’espadon est à ton goût, tu lanceras peut-être une mode parmi les dragons, qui sait ? °


Un bref éclat de rire mental lui répondit tandis que la dragonne turquoise effectuait des plongées dans l’eau pour chasser sa proie. Persée se leva, enfila une veste, laissa Eos se poster sur son épaule et suivit le domestique en prenant soin de fermer sa loge à clef. Dès qu’elle fut parvenue aux bâtiments adjacents aux Thermes qui servaient de vaste Infirmerie du Kaerl, des éclats de voix lui parvinrent. Le garçon qui l’avait amené jusqu’ici s’inclina pour mieux disparaître vaquer à ses tâches. Eos fut plus prompte à réagir que sa maîtrise. Lançant une vocalise d’alerte, elle prit son envol et fila telle une comète de feu vers l’intérieur de la bâtisse principale. Persée courut à sa suite. Elle découvrit sur le seuil de l’entrée menant aux Thermes le jeune Luckor Mornelac, car tel était le nom qu’il lui avait donné lors de leur passage à Lòmëanor, assis par terre, une Eos surexcitée tournoyant au-dessus de sa tête. Le Guérisseur Seghar se tenait devant l’Humain, l’air désapprobateur et exaspéré. Il s’empressa de saluer l’arrivée du Chef des Armées.

- Bonjour, Isval. Maître Nalesean m’a fait quérir.
- Oui, il vous attend dans son bureau, dès qu’il vous plaira.
- Je le rejoins dans quelques minutes, merci.


Le Guérisseur s’en retourna, laissant Persée seule avec son nouvel Aspirant, même si celui-ci n’était pas réellement encore au courant. Elle jaugea brièvement d’un œil critique l’avancée de sa guérison. Nalesean faisait un excellent travail. L’état psychologique, en revanche, nécessiterait plus de temps pour se remettre de ce changement de cap. En parfaite empathe, Persée pouvait sentir toutes les émotions parasites qui distordaient le sentiment de sécurité et d’émerveillement du jeune homme. Il restait encore beaucoup à faire. Il n’y avait pas que la douleur physique à apaiser. La Maîtresse Bleue se pencha en avant, tendant sa main à Luckor pour l’aider à se remettre sur pieds. Un léger sourire étira ses lèvres, qui se voulait engageant.

- Maître Seghar peut ressembler à une harpie parfois mais il a bon cœur. Il s’inquiète trop de ses patients, au point d’en oublier de dormir. D’où son humeur un tantinet massacrante. Je vois que tu réapprends à marcher. C’est une bonne chose. Nous tombons pour mieux nous relever.

A partir de là, les mots se bloquèrent à nouveau dans sa gorge. Elle devinait sans peine le tourment dans les yeux et la senteur émotionnelle de Luckor. Elle ne pourrait pas éviter trop longtemps cette question. Autant prendre les devants. Elle évita son regard et raffermit sa voix. Son ton n’admettait aucun jugement de la part d’un étranger, même si celui-ci possédait le Don.

- J’ai brûlé la mine. Vraël a mis le feu à ce conduit. Personne n’ira plus risquer sa vie là-bas avant longtemps. Ton père et les autres ont été incinérés. C’est ainsi que les miens enterrent leurs morts. Leurs âmes sont entre les mains des dieux désormais. Puissent-ils reposer en paix pour l’éternité.



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Luckor Mornelac
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MessagePosté le: Lun 20 Mai 2013 - 20:28 Répondre en citantRevenir en haut

A peine ouvrit-il la bouche, qu’une douleur fulgurante, insupportable, lui traversa soudainement la jambe. Il voulut crier, mais ses muscles tétanisés refusèrent de lui répondre. Que pouvait-il faire d’autre, si ce n’est subir en silence ? Supplier la dame Garaldhorf de mettre fin à ses souffrances ? Jamais elle n’accepterait de lui faire don de la mort, surtout après s’être donnée tant de mal pour le sauver de la mine ! Mais il souffrait tant. Il avait le souffle court et transpirait en abondance. A plusieurs reprises, il fut pris de vertige, mais fort heureusement, Dame Garaldhorf le soutenait avec fermeté. Quelle torture lui imposait-on ? Quel supplice ? Depuis combien de temps était-il entré dans ce cauchemar ? Des heures ? Des jours ? Quelle atrocité de ne pas s’en souvenir ! Il lui semblait qu’il serait plus facile de supporter la souffrance s’il savait qu’elle ne durerait pas dans le temps. Mais elle se révélait être moindre à côté de la perte d’un être cher.

Le jeune homme ne put retenir plus longtemps ses larmes : son père, son seul véritable ami, un homme intègre que sa femme et ses fils adoraient, que lui-même appréciait au plus haut point, était bel et bien mort. Luckor pleura longtemps. Il pleura à chaudes larmes, il pleura à sanglots, avec plus de faiblesse qu’une femme, avec plus d’effroi qu’un enfant. Ses larmes coulèrent tant que le sol en fut tout trempé. « Ce n’est qu’un mauvais rêve, se dit-il sur un ton qui se voulait rassurant. Demain matin, tout sera rentré dans l’ordre et tu oublieras. » Il ne désirait pas en voir d’avantage aujourd’hui. Il voulait que tout cela cesse, mais le rêve continuait, quoi qu’il fasse pour y mettre fin. Cauchemar et réalité ne faisaient désormais plus qu’un. N’y avait-il que la mort pour l’en libérer ?

Même après un mois d’alitement, Luckor était dans l’incapacité de faire son deuil. Pourtant, son père en personne l’y avait préparé tout au long de sa vie, comme s’il savait que ce jour arriverait tôt ou tard. Faire son deuil. C’est facile à dire comme ça. C’est très difficile à vivre en réalité. Selon lui, dans le deuil, il y a un avant et un après. Chacun doit suivre son propre chemin pour guérir, en se souvenant de qui il est. Avec le temps, la vie reprendra le dessus et aura plus d’importance que les morts. Mourir est autre chose que de se glisser hors de la maison : tu restes quelqu’un d’attendu. D’un départ, tu peux en parler comme tu le ferais d’une présence. Mais la mort, c’est une toute autre histoire. Personne ne t’attend parce que tu es toujours là. Personne ne te dit adieu parce que tu ne t’en es pas allé.
Pleurer ne servait à rien et son père méritait mieux. Si Luckor ne survivait pas, sa mère et ses frères ne sauront jamais comment il était mort. Et il ne pourrait jamais leur demander pardon. Il sécha ses larmes d’un revers de la manche.

- Chez nous, nous les enterrons, après qu’ils aient été célébrés pour ce qu’ils ont apporté à leurs familles, à leur village et à Undomë. Nous buvons et festoyons, nous nous jurons de rire pour qu’ils ne soient pas témoins du chagrin de leurs proches. Ce qui jusqu’à présent me paraissait si simple, me semble être impossible aujourd’hui...dit-il d’une voix étranglée.

Toujours appuyé sur elle, à cause de son équilibre maladroit, il réussit néanmoins à chuchoter un remerciement. La tradition n’avait pas été respectée, mais aux yeux de Luckor, c’était mieux que rien. Les cendres de son père seront emportées une à une par le vent, pour voyager à travers le monde, voir au-delà. Il n’aurait pas supporté de savoir son corps en train de pourrir au milieu de tous ces rochers.

- Remerciez aussi votre…votre dragonne.

Les dragons. Une légende parmi tant d’autres, qui se révélait être véridique. Un monde suspendu dans les airs. Un passage à travers le temps et l’espace, par lequel on disparaît et réapparait, dans des lieux opposés. Des hommes aux dons exceptionnels, aux coutumes différentes des Barbares d’Undomë. Pendant un mois, il avait été dans un état de semi-conscience, mais il en avait assez vu pour savoir que rien ne serait plus comme avant. Allait-il pouvoir rentrer chez lui ? Le Guérisseur lui permettrait-il de quitter enfin cet endroit, qu’il ne supportait plus ? Il boitait encore fortement, mais la douleur n’était désormais qu’occasionnelle et faisait suite à la fatigue ou un effort trop intense. Quant à ces mixtures qu’il devait boire…
Il grimaça fortement avant de prêter attention à ce qui l’entourait. Sa première impression : rien n'était normal.

- Je veux comprendre ce qui m’arrive, la supplia-t-il. Pourquoi je suis ici ? Pour combien de temps ? Quel est cet endroit ? Quelles sont ces créatures ailées que nous ne retrouvons que dans nos légendes ?


Dernière édition par Luckor Mornelac le Mar 4 Juin 2013 - 15:45; édité 1 fois
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MessagePosté le: Lun 27 Mai 2013 - 18:08 Répondre en citantRevenir en haut

En constatant la grande détresse émotionnelle et le piètre état dans lequel se trouvait Luckor, l’Ancalikon ne put s’empêcher de songer qu’il aurait été mieux mort. En ces temps troublés, les chevaliers-dragons semblaient tous destinés à une fin tragique, quelques soient leurs choix et leurs perspectives d’avenir. Toute empreinte du destin lui paraissait nourrie par une obscure ironie, un amusement de voir se dépêtrer les mortels dans leurs problèmes. Tout ce qui avait trait de loin ou de près à un arrêt du destin, à une prophétie ou aux desseins des dieux, révulsaient Persée. Elle haïssait les forces divines pour ce qu’elles faisaient aux mortels. Ils n’étaient que des pions dans les mains d’un géant. Des instruments faits pour échouer ou pour réussir, jamais pour agir d’eux-mêmes. Au fond, Persée devait remercier l’Oracle. Elle aurait pu carrément lui vouer un culte. Rien ne pouvait l’atteindre. Ni destinée foireuse, ni dieux vengeurs, et encore moins de pollueurs nécromanciens. Persée était libre. Son regard ne parvenait pas à se détacher de son futur Aspirant. Mais à quel prix était-elle libre ?

- Retourne t’assoir. Ce que j’ai à te dire ne va pas te plaire.

Elle n’allait pas y aller par quatre chemins. Certes, elle édulcorerait la sombre réalité. Mais la triste vérité, ça… Il ne lui était pas permis de mentir. Pas cette fois. Pas avec un Porteur du Don blessé et en deuil, alors qu’une guerre se profilait à l’horizon. Si la Conjonction des Deux Lunes avait manqué détruire le monde, la menace du Maître des Ombres s’attaquait directement aux Héritiers des Valherus. Il n’était plus question de défendre des milliards de vie, de s’opposer à un phénomène naturel inévitable, qui avait unis pour un temps les trois Ordres Draconiques – tout en réveillant des songes stériles chez le quatrième. Tol Orëa avait à se défendre d’un être qui avait été – ou était encore, comment savoir ? – un chevalier-dragon lui aussi, qui connaissait bon nombre de secrets perdus et à la puissance formidable. Un être tout ce qu’il y avait de plus imprévisible, avec des désirs, des peurs et des ambitions. C’était comme si les chevaliers-dragons allaient lutter contre eux-mêmes. Contre LE chevalier-dragon idéal, surpuissant et invisible. Ce serait rapidement du chacun pour soi, à chacun de sauver sa peau. Persée, même en tant que Sans-Destin, se trouvait incapable de sauver son monde à elle toute-seule. D’autres avaient leur part de combats à mener dans cette guerre. Elle pouvait seulement espérer sauver quelques âmes avec elle.

° Luckor devra en faire partie. °

Elle s’assit près de lui, sur le rebord de son lit, le fourreau de métal de sa lame tintant sur les dalles. Elle baissa les yeux. Non pas qu’elle n’osât pas regarder en face le jeune Humain. Quelque chose, au fond d’elle, lui disait qu’il aurait mal pris son regard compatissant. Mieux valait se montrer inflexible, juste assez pour lui montrer qui était le patron.

- Tu peux rentrer chez toi. Je peux t’y ramener moi-même. Mais la situation ne sera plus jamais la même. Ta famille te demandera pourquoi, parmi tous les autres, toi-seul a survécu. Et tu ne pourras pas répondre. Tout souvenir de ton sauvetage et de ton séjour dans cette Infirmerie sera effacé de ta mémoire. Pourquoi, à ton avis ?

Ses yeux d’ombres et de cendres se levèrent pour croiser ceux effarouchés de Luckor. Il était en colère, blessé, se sentait seul et abandonné. Des sentiments que Persée avait eu, il lui semblait une éternité maintenant, l’habitude de ressentir.

- Cette Infirmerie est située dans une citadelle, elle-même sise sur une île. Cette île se nomme Tol Orëa. Elle n’est sur aucune carte. Elle est difficile d’accès sauf par voie aérienne à la rigueur, si tu tiens tant que ça à traverser la moitié de l’océan pour trouver cette terre à l’extrême orient de ce monde. Vivre si reculer nous permet de nous protéger. Mon peuple a mêlé son sang à des êtres légendaires il y a des siècles. Ce métissage nous octroie des pouvoirs et des responsabilités. Nous vivons en communion avec les dragons, ces créatures dont seules les légendes parlent. Mais toutes les légendes ont un fond de vérité. Ma dragonne se nomme Vraël. Elle te remercie pour ta gratitude, même si c’est moi qui suis descendue dans la mine, pas elle ! Elle est une partie de moi, tout comme je suis ancrée en elle. Que crois-tu qu’il se passerait si un jour les autres royaumes de Rhaëg découvraient l’existence des dragons ? Ils les tueraient en croyant à des monstres. Ou ils en feraient des divinités et perdraient la raison. Pire encore, ils pourraient les réduire en esclavage comme étant de fabuleuses bêtes de combat. Oui, je vis parmi des gens qui possèdent le pouvoir de chevaucher et de parler aux dragons. Mais notre devoir est aussi de les protéger.

Elle marqua une courte pause pour reprendre son souffle. Elle détourna le regard, cette fois presque malgré elle. Elle ne supportait pas la douleur dans les yeux de son vis-à-vis, prête à se déverser en torrents. Elle avait déjà ressentis ça, après la mort de sa mère. Elle ne supportait plus ce genre de regard. Persée raffermit sa voix.

- Si tu rentres chez toi, tu devras vivre en sachant que tu as manqué quelque chose. Tu ne t’en souviendras pas mais tu auras laissé passer ta chance. Dans ton sang coule le sang des Porteurs du Don : c’est ainsi qu’on appelle mes semblables, ceux qui peuvent communiquer avec les dragons. L’un de tes ancêtres était un Porteur du Don et voilà que, après plusieurs générations, je t’ai trouvé. Vraël a senti le Don en toi, c’est comme ça que j’ai su que tu étais en danger, là-bas, quelque part. Tu as le droit de m’en vouloir pour ne pas être arrivée à temps, ou de ne pas avoir donné les funérailles que tu espérais à ton père. Toutefois, te voilà face à un choix. Resteras-tu pour découvrir qui tu es ? Ou veux-tu rejoindre ta famille et reprendre le cours de ta vie d’avant ?



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Luckor Mornelac
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MessagePosté le: Mar 4 Juin 2013 - 16:50 Répondre en citantRevenir en haut

Ses mains se crispèrent avec force sur ses genoux. Jamais il n’avait été aussi tendu de toute sa vie.

- Ma famille me croit mort, n’est-ce pas, Dame Garaldhorf ? demanda soudainement Luckor, le souffle court. C’est la première fois que je reste si longtemps sans revenir auprès d’elle.

Ici, le jeune homme était seul, vraiment seul, sans père ni mère ni famille ni logis chaleureux. Il n’y avait rien ni personne qu’il pouvait considérer comme lui appartenant. Chaque jour à l’aube, quand le Màr Menel s’éveillait, il regardait le monde défiler sous ses yeux depuis la fenêtre de sa chambre. Pourquoi continuer à espérer qu’il pourrait être des leurs ? Il n’avait personne à aimer, personne avec qui rire ou s’amuser, personne pour partager ses secrets les mieux gardés. Il n’avait aucun souvenir merveilleux d’ici, rien de sacré à tenir au chaud contre son cœur.
Depuis sa plus tendre enfance, Luckor se sentait irrésistiblement attiré par une vie d’aventures et de gaieté ! Il cherchait un sens à sa vie, il cherchait l’amour profond, les raisons de sa venue au monde d’il y a vingt ans. Et c’est alors qu’il était sur le point de mourir, alors qu’il doutait de la valeur de son destin, que son voyage commença et le conduisit des montages reculées d’Undomë à la Citadelle Blanche du Màr Menel. Mais les dieux s’étaient montrés impitoyables. Pour lui permettre d’accéder à la vie qu’il convoitait tant, on lui avait arraché l’être qu’il aimait le plus au monde : son idole, son père, celui qui lui avait donné plus d’amour qu’il n’en méritait vraiment. De ce sacrifice il n’avait jamais voulu ! Luckor aurait préféré vivre dans le malheur et l’ennui que de voir la chair de sa chair se vider de son sang !

* Si je décide de partir, je ne me souviendrai de rien ? Ni de l’accident ? Ni des Dragons ? Ni même des hautes tours blanches de la Citadelle. *

Luckor ne doutait pas de la puissance de leur magie, surtout après avoir appris l’existence des Dragons. Mais jamais il ne pourrait oublier ce triste moment, où un tout dernier son s’est échappé de la gorge rêche de son père, signifiant que la vie l’avait définitivement quittée. Dame Garaldhorf lui parlait de reprendre le cours normal de sa vie, mais c’était bien au-delà de toutes ses compétences ! L’amnésie était un fléau terrible, presque plus lourd à porter que la culpabilité. Cependant, il avait le choix. Il était difficile à faire mais nécessaire : rester ici et laisser sa famille faire le deuil de sa disparition, ou choisir de se retourner à ses côtés, malheureusement incapable de répondre à toutes ces questions qui vont la tarauder des années durant.

- Vous m’avez sauvé la vie…

C’était comme une révélation. Ce petit détail qu’il avait oublié de prendre en compte, l’accusant à tort d’être la seule responsable de la mort tragique de son père. Elle avait pris des risques inconsidérables pour le remonter à la surface, des risques qu’il n’était pas bon de prendre par deux fois. On ne pénétrait pas les murs fragiles d’une mine sans savoir qu’elle pouvait s’effondrer de nouveau. Comment avait-il pu lui reprocher de ne pas avoir tenu sa promesse ? Comment avait-il pu être aussi égoïste, alors qu’elle lui avait fait don du cadeau le plus précieux au monde : une seconde chance. Jamais il ne se le serait pardonné si elle avait perdu la vie en essayant de remonter un corps sans vie.

- …Et pourtant je me suis comporté comme un enfant. Jamais je n’aurais dû vous porter responsable de la mort de mon père. Au lieu d’accepter sa disparition, j’ai voué une haine profonde au monde entier. A vous.

Son corps entier tremblait, tandis que les larmes menaçaient à nouveau de couler. Il les retenait tant bien que mal, las de son état de faiblesse. Le Don. La communion avec les Dragons. Qu’attendait donc le Kaerl Céleste qu’un estropié comme lui ? Malgré un mois entier de soins intensifs, sa jambe lui refusait toujours la course. Quant à faire ses preuves dans le domaine intellectuel, cela relevait tout simplement de l’impossible. Il n’avait jamais su lire, ni écrire et avait passé toute sa vie à taper dans la roche ! Il ne connaissait les légendes qu’à travers les paroles des Sages de son village. Ce défi était à la fois effrayant et terriblement excitant. C’était comme faire la course pour atteindre le sommet du plus haut Mont d’Undomë, ou s’employer à séduire la jolie Mirande : une belle aventure, susceptible de se transformer en cauchemar à tout moment.

- Je vous en prie…finit-il par dire, à voix basse. Quoi qu’il arrive à l’avenir, ne me ménagez pas, et ne faites preuve d’aucune pitié.
Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Lun 8 Juil 2013 - 21:08 Répondre en citantRevenir en haut



Par la tempête d’émotions qui rugissait dans le corps de cet estropié, Persée menaçait d’être submergée. Elle raffermit sa prise sur son armure et en verrouilla les accès. Comme Luckor le lui faisait si bien remarquer, elle ne devait laisser aucune pitié s’interférer dans son devoir envers le Kaerl et sa population, humanoïde et draconique. Elle ne pouvait pas se le permettre. Le rang d’Ancalikon lui permettait de se caparaçonner efficacement. Elle pouvait paraître plus forte, inébranlable tel un roc, rayonnante et protectrice tel le soleil. Derrière le titre, la vraie Persée se cachait et se taisait, bouche close mais yeux grands ouverts. Derrière le masque et l’armure, la vraie Persée, celle qui souffrait en silence, celle qui aimait Zackheim de Galastden et son père le Maître Ardent, celle qui rêvait de tout quitter pour voyager librement, se mourait. Si le Màr Menel tombait, tous tombaient avec lui. Son foyer, ses amis, tous ceux qu’elle aimait. Et la chute entraînerait tout Tol Orëa. Si le Màr Menel était brisé, Persée ne serait plus.

- Je n’ai pas le pouvoir de guérir les blessures de l’âme, ni de te rendre ce que tu as perdu. En revanche, je te promets ceci : bientôt, tu ne seras plus jamais seul et ta vie prendra tout son sens. Il n’est pas encore né mais Flarmya a pensé un dragon pour toi. Vos âmes s’uniront. Puis, tu seras libre. Libre de partir, de choisir la vie que tu veux mener. Mais toujours, car il sera né au Màr Menel, ton dragon perpétueras le souvenir de cette citadelle volante. Elle sera toujours là, dans ton cœur. Quoiqu’il arrive.

Nous serons peut-être morts demain.

- Repose-toi. Je vais voir Maître Nalesean. Tu devrais sortir de l’Infirmerie dans quelques jours et tu pourras débuter ton apprentissage. Tu as beaucoup de choses à apprendre et beaucoup de choses à désapprendre, Aspirant Luckor Mornelac. Fort heureusement, la lâcheté n’en fait pas partie.

Persée esquissa une amorce de geste pour lui caresser les cheveux. Elle retint son bras, en espérant qu’il n’ait pas vu sa manœuvre. Pas de pitié, ils étaient d’accord sur ce point. Pas trop d’affection non plus. Elle avait déjà perdu des Aspirants, pour des raisons aussi diverses que des gouttes de pluies. Elle s’attachait toujours à eux, comme une part de sa famille, elle qui n’en avait presque plus de son propre sang. Luckor ne devait pas disparaître à son tour.

La Maîtresse Bleue quitta la pièce, laissant le champ libre à l’assistant guérisseur qui trépignait sur le seuil. Elle avait à s’entretenir avec Nalesean de Dalneÿs.


Je suis désolée si je donne l'impression de partir en sucette... On peut commencer l'ellipse, on se retrouve une semaine plus tard et on débute l'apprentissage ^^



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Luckor Mornelac
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MessagePosté le: Mar 15 Oct 2013 - 09:52 Répondre en citantRevenir en haut

Lorsque le froid empêchait le travail aux mines, la chasse était l'activité idéale pour se réchauffer. Tous les hommes du village, du forgeron au jeune mineur, chassaient chaque fois qu'ils en éprouvaient le besoin -souvent plusieurs fois par mois. Ils aimaient cette activité et s'y adonnaient d'autant plus volontiers qu'elle leur assurait de posséder l’agilité et la force nécessaires le jour où ils seraient appelés à défendre leur village de l'envahisseur. Enfant, Luckor accompagnait systématiquement son père en forêt et battait les fourrés avec ses jeunes frères, pour rabattre le gibier vers les chasseurs plus expérimentés. Dans les forêts de pins, on privilégiait d'avantage le sanglier. Oh, pas pour la traque passionnante de ces bêtes qui ne se rendent qu'après un dur combat, mais pour leur viande nourrissante et particulièrement grasse. Mais la meilleure proie était assurément le cerf : un animal agile, rapide et grâce auquel les hommes rapportaient au village plusieurs kilos d'une viande particulièrement goûteuse et facile à cuisiner. De quoi ravir les femmes et les papilles qui auront la chance de déguster le repas du soir.

Pour l'heure, serrer entre ses jambes le corps de son étalon, sentir son poids et la puissance de ses pattes, éprouver la force grandissante de ses muscles, les oreilles comblées par le martèlement de ses sabots, manquait terriblement au jeune aspirant. La vision de l'animal faiblissant, la course devant irrégulière, éprouver sa monture dans une poursuite à vive allure, jusqu'à enfoncer une lance en bois dans le corps tendre de l'animal...Tout cela, jamais plus il n'en connaîtra la joie. Car pour chasser, dit-on, il est plus qu'indispensable d'avoir une solide constitution et des muscles d'acier. Son accident à la mine pouvait bien l'avoir condamné jusqu'à la fin de ses jours. C'est tout du moins ce qu'avait confié le Maître-Guérisseur à son jeune patient, espérant sans doute qu'il se remettrait d'une pareille nouvelle en trouvant au Kaerl une passion tout aussi passionnante, mais qui ne mettrait pas sa santé en danger.

Sans doute le Maitre-Guérisseur De Dalneÿs avait-il déjà pris le soin de faire mettre au courant son Maître, Persée Garaldhorf. Mais l'invitation écrite qu'il avait reçu ce jour, alors qu'il quittait le lit, le laissait plus que perplexe. Il avait pour ordre de rejoindre dès aujourd'hui une des salles d'entraînement du Kaerl Céleste, pour y recevoir son tout premier enseignement. Était-elle réellement au courant de son état de santé ? Ou bien se moquait-elle de savoir qu'il allait boiter jusqu'à la fin de ses jours et entendait bien commencer le maniement des armes, estropié ou non ? Mais qu'espérait-elle réellement obtenir de lui ? Un combat digne des plus grands de son peuple ? S'il maniait habillement la lance à cheval ou la pioche au fond d'une mine, l'épée, la dague, l'arc et tout autre arme était un mystère pour lui. Et puis, comme esquiver une attaque lorsque ses mouvements sont ralentis par une blessure tout juste remise ? Les choix de Persée lui échappaient. Soit elle le surestimait, soit elle plaçait bien trop d'espoirs en lui.

L'intérieur de la salle était faite en pierres blanches, surplombée d'une vingtaine de colonnes maintenant efficacement le haut plafond. De délicates tentures bleues sont suspendues au plafond, porteuses de divers blasons, peut-être ceux de familles importantes ? Luckor n'aurait jamais imaginé qu'une pièce ayant pour fonction l'entraînement aux armes pouvait avoir une architecture comme celle-ci. Au Kaerl Céleste, tout était d'une pureté sans égal, illuminant l'âme des êtres habités par de sombres pensées. Il ne s'était jamais senti aussi apaisé que depuis qu'il était sorti de convalescence. Rien ici ne laissait croire qu'une Guerre était en route, plus menaçante que jamais.

Et si l'entraînement d'aujourd'hui ne consistait pas au maniement des armes ? Alors qu'il était alité, Persée Garaldhorf avait passé une dizaine d'heures à lui apprendre l'histoire du Màr Menel, ses légendes, les règles les plus importantes, et quelques autres détails sur la nature de l'enseignement qu'il allait recevoir. Mais elle n'avait pas eu le temps de lui offrir de réponses à toutes les questions qui le taraudaient. Peut-être comptait-elle simplement lui en dire plus, dans un cadre plus sympathique, pour sûr, qu'une salle de soin où les Guérisseurs ne cessaient de les interrompre.

- Une si grande salle, vide de toute présence, deviendrait presque plus effrayante qu'apaisante, pensa tout haut le jeune homme en s'appuyant sur sa béquille, qu'il peinait à laisser de côté depuis sa sortie.
Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Dim 8 Déc 2013 - 22:42 Répondre en citantRevenir en haut

- Pardon ?!

Persée manqua bondir de son siège. Elle préféra s’agripper aux accoudoirs de celui-ci pour se donner une contenance. Face à elle, Nalesean affichait un air à la fois contrit et étonné. Visiblement, il ne s’était pas attendu à une telle réaction de la part de la jeune Ancalikon. Les jeunes gens s’emballaient toujours devant ce qu’ils ne comprenaient pas.

- Ne vous en faites pas. Cela n’affecte en rien ni votre âme ni vos pouvoirs. Le Regard de Flarmya vous ayant touché depuis votre accession au rang de Maître se fortifie. Vos capacités en sont seulement amplifiées, bien que parfois d’une manière déroutante.
- Déroutante ? Je ne pensais pas que ça irait aussi loin !
- Vous avez la possibilité de créer des connexions empathiques avec les personnes choisies. Ce n’est pas comparable à la fusion spirituelle entre un dragon et son chevalier mais cela vous apporte tout de même des avantages… Quand vous maîtriserez cette nouvelle facette de vos pouvoirs.


La jeune femme n’en revenait toujours pas. Pourtant, tout s’expliquait à rebours. Et elle avait sa petite idée sur la personne avec qui elle entretenait une connexion empathique involontaire… Le seul avantage qu’elle trouvait à cette nouvelle capacité était celle de pouvoir sentir Zackheim en danger où qu’il soit – bien qu’elle ne soit pas certaine de pouvoir analyser correctement ce qu’elle ressentirait dans ces cas-là. Voilà encore une chose qui la contrariait. Ses facultés d’empathie lui échappaient une fois encore. Elle prenait à nouveau le risque de perdre des bouts de son identité en utilisant son pouvoir. Elle avait travaillé dur pour restaurer son armure émotionnelle la dernières fois que celle-ci s’était brisée, alors qu’elle était encore Chevalière. Celui avait coûté du temps et des efforts. Allait-elle devoir tout recommencer ?

- Merci de vos conseils, Maître-Guérisseur, déclara-t-elle sombrement. J’en ferais bon usage.

Quelques jours plus tard…


Persée n’avait pas choisis la plus petite salle d’entrainement du Kaerl. Evacuée comme tant d’autres à cause du surnombre des patrouilles, elle comptait bien profiter de celle-ci pour mener un entraînement peu conventionnel avec son nouvel Aspirant. Elle avait pris la décision de ne pas le dorloter mais de ne pas non plus le sous-estimer. Cela lui avait joué des tours avec ses précédents Aspirants. Placer en lui trop d’espoirs pouvait également se révéler fatal – pour eux deux. Elle devait faire la part des choses et trouver un juste équilibre.

Lorsqu’elle entendit des pas hésitants résonner dans le couloir, elle tendit l’oreille. C’était lui. Luckor Mornelac. Son Aspirant sauvé d’une mine effondrée avec l’aide du Seigneur Ardent et d’un Chevalier Englouti. Un départ sous de bons auspices, ou au moins prometteurs, non ? Persée rassembla la panoplie d’armes différentes qu’elle avait amassée dans un coin pour la déposer sur un banc de la salle. Vraël la Bleue, assise en position du sphinx à l’un des quatre coins de la pièce, observait son manège avec de grands yeux curieux.

° Es-tu certaine que ce soit une bonne idée ?
Tu en as une autre ? Je suis preneuse !
Humpf ! °


La dragonne détourna brièvement le regard à l’entrée de Luckor. Ses premières paroles manquaient clairement d’enthousiasme. Mais ça pouvait se comprendre au vu de son état et de sa longue convalescence. Sa béquille martelait le sol. La sang-mêlée se dirigea d’un pas vif vers lui et vint se planter en face à face, droite comme un i et les mains jointes dans le dos. Elle esquissa un sourire.

- Bonjour, Aspirant Mornelac. Bienvenue dans l’aile des entraînements.

Elle fit un large geste du bras en arrière, indiquant par là sa Liée qui, toute contente de revoir Luckor avec un teint moins pâle qu’au sortir de la montagne, remuait la queue sur les dalles. La dragonne inclina sa longue tête couronnée de sa collerette d’épines déployée pour le saluer. Elle fit de son mieux pour ne pas entrer en contact trop brusquement avec l’esprit du jeune homme.

- Tu te souviens de Vraël, mon Âme Sœur ?
° Bonjour, petit homme ! Heureuse de te voir debout. °

Persée se retint de commencer à faire les cent pas et enchaîna :

- J’espère que tu es bien reposé car dès aujourd’hui tu débute la seconde partie de ton apprentissage. La théorie c’est bien, mais la pratique c’est mieux ! Un chevalier-dragon, en tant que gardien de son Kaerl, de tout Tol Orëa et de ses peuples, doit posséder un minimum d’aptitudes au combat. Oh certes, ta formation théorique sur nos lois et l’Histoire du Màr Menel continue. Cependant, il est temps de passer à ton instruction militaire. Nous commencerons par les bases et des exercices faciles, tant que ta jambe ne sera pas complètement guérie… Je me fie au jugement de Maître Nalesean en la matière. Des questions, Aspirant ?



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MessagePosté le: Ven 3 Jan 2014 - 21:30 Répondre en citantRevenir en haut

- Le Maître Nalesean exagère ma condition, Dame ! s'emporta le jeune Aspirant. Il n'y avait nul besoin de me garder tout ce temps alité. Je suis certain de pouvoir tenir le rythme que vous m'imposerez.

L'entêtement des Barbares d'Undomë...
Luckor prenait peu à peu conscience qu'il allait devoir se montrer plus serein et s'habituer à ce monde nouveau. Cette soudaine résolution allait bien à l'encontre de tout ce que son père avait pu lui enseigner depuis sa tendre enfance. Plus que tout autre, le peuple Barbare était profondément attaché à la préservation de ses coutumes et croyances, allant jusqu'à punir quiconque offense leur Déesse. A Tol Orëa, les dieux se comptaient par dizaine. Leurs créatures, notamment leurs Dragons, étaient au centre de leur culture, définissant leur manière d'être, de vivre et de survivre. Jamais dans les montagnes Luckor n'avait vu trace d'enseignement guerrier aussi intense qu'ici. Quant à leur hiérarchie, elle dépassait tout ce qu'il avait pu voir en près de vingt années d'existence. Il allait lui falloir du temps pour s'habituer à ce nouvel ordre des choses. Du temps, et de la patience.

Les nuits qu'il avait passé alité lui avaient permis de réfléchir à la réalité et de se préparer à ce qui l'attendait. Mais la peur, la culpabilité, ancrées au plus profond de son être, l'empêchaient de pleinement s'épanouir dans un lieu où tous l'accueillaient pourtant à bras ouverts. La décision de Persée Garaldhorf, son Maître, de ne faire preuve d'aucune pitié à son égard, s'avérait donc peut-être être le choix le plus bénéfique pour lui : trop nombreux étaient ceux qui auraient renoncés au vue de sa condition physique déplorable. Et pourtant, elle, elle n'avait de cesse de le traiter comme quelqu'un de normal, à un point près.

- Je ne veux pas être en retard par rapport aux autres...Je peux tenir l'épée sans perdre mon équilibre, dit-il en jetant au loin sa béquille. Vous voyez ?

Hors de question qu'une fois l'entraînement terminé, Persée le considère comme un novice ayant peu, voire aucune capacité. La Maîtresse Bleue paraissait bien petite côté de son jeune aspirant. Musclé, Luckor était naturellement prédisposé aux arts rigoureux du combat. Or le jeune homme n'avait jamais tenu la moindre épée de toute sa vie, y compris lorsque le village devait se défendre contre la barbarie d'un clan ennemi, tapis plus haut dans les montagnes. Il ne connaissait que le son de la pioche sur les roches sombres d'Undomë, la respiration des hommes dans l'effort, les pieds qui glissent dans la poussière noire, la sueur qui coule sur le visage, là même où, chez les guerriers de valeur, le sang de l'ennemi éclabousse. La guerre, il ne la connait pas, et en vérité, ne souhaite pas la connaître. Il n'aspire qu'à une vie sereine, celle-là même où les Hommes se plaisent à travailler, aimer et manger. Mais rendre fière la personne à qui il doit la vie n'a pas de prix. Il n'avait pas droit à l'échec. Ni aujourd'hui, ni demain.

Sans un mot, il se déplaça dans la grande salle d'entraînement. S'il ne souffrait pas, sa jambe était aussi raide qu'un morceau de bois et traînait derrière lui tel un boulet accroché à la cheville. Échouer dans son apprentissage éveillait en lui un profond désarroi. L'appréhension l'avait hantée tout au long des dernières semaines qu'il avait passé aux bons soins des Guérisseurs du Kaerl Céleste. S'il avait appris la théorie, à savoir quelques bribes d'histoire et de cosmologie, Luckor ne prenait pas encore conscience de l'étendue de tout ce qu'il allait devoir assimiler comme connaissances. N'avait-il pas fait preuve d'irrespect envers son Maître en jetant ainsi sa béquille, se prétendant plus fort et capable qu'il ne l'est vraiment ? N'était-elle pas ici la plus au courant de ce qu'allait être sa vie ces prochaines années ?

- Combien de temps cela va prendre ? Que vous a dit le Maître Guérisseur ? demanda-t-il d'une voix plus faible, peu désireux d'entendre la réponse.
Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Sam 11 Jan 2014 - 21:16 Répondre en citantRevenir en haut

Persée se tourna vers sa dragonne, restée couchée en retrait de la scène. Elles échangèrent un regard perplexe puis la jeune femme haussa les épaules comme pour chasser des questions purement rhétoriques. Luckor faisait preuve d’une grande force de caractère. Capricieux et obstiné, il était pour l’heure. Avec le temps et de l’entraînement, Persée voyait volontiers – ou plutôt, elle voulait y voir – un homme fort, droit dans ses bottes mais pas aveugle ni dogmatique. Elle lâcha un bref soupir. C’était à elle d’équilibrer son enseignement pour favoriser le développement intellectuel de son nouvel Aspirant. Une tâche autrement plus compliquée que de simplement l’entraîner à manier l’épée.

La Maîtresse Bleue se rapprocha du banc où elle avait déposé toute une panoplie d’armes différentes. Se postant en face de son Aspirant, alors que celui-ci faisait des efforts pour se tenir droit devant elle malgré sa jambe raide, elle se souvint qu’ils avaient tous deux presque le même âge. L’éducation et le milieu social comptaient beaucoup dans la balance, de même que les épreuves traversées. Elle ne savait pour l’instant pas grand-chose de la vie de Luckor en dehors de son travail de mineur. Persée avait l’air d’une brindille à côté de l’Humain, c’en était désolant.

- Ta jambe a pratiquement achevé sa cicatrisation interne et externe. Remercie-en les guérisseurs de Maître Nalesean et les onguents magiques qu’il a appliqué sur ta blessure.

Elle jeta un regard circonspect à la béquille à terre. Etait-ce bien prudent, au final, de laisser Luckor surestimer ses forces ? Elle ne connaissait pas encore assez bien son caractère pour anticiper ses réactions.

- Avec moi, tu ne manieras pas seulement l’épée. Il te faudra trouver l’arme qui te convient. Nous commencerons par le bâton de bois. C’est un exercice de souplesse et d’équilibre, qui aspire au calme intérieur. C'est parfait pour un début. Si tu ne supportes plus la douleur, dis « stop ».

Elle soupesa soigneusement chacun des deux longs bâtons. Elle en tendit un à l’Aspirant en étudiant son équilibre d’un œil. Persée se retint de faire la moue. Elle restait dubitative quant au choix des armes. Elle retourna un regard franc à Luckor comme pour essayer de lire dans ses yeux ses états d’âme.

- Ne présume pas de tes forces, Aspirant Mornelac. La période d’apprentissage est longue et fastidieuse pour tout le monde. Il n’existe aucune notion de retard. Seule Flarmya décidera si tu es prêt à recevoir l’Empreinte avec un dragon. Ne voie pas ça comme une fatalité mais plutôt comme un cadeau.

Elle fit pivoter son propre bâton, le faisant tournoyer entre ses longs doigts pâles, dans son dos puis à la verticale, en testant la fluidité de ses mouvements et l’équilibre de l’arme factice.

- Place tes deux mains au centre de l’arme. Fléchit un peu les genoux. Sois toujours en mouvement, toujours prêt à bouger. Et ne quitte pas ton adversaire des yeux. Si tu te laisses distraire dans un combat réel, tu meurs.

Elle fit quelques pas sur le côté, comme pour contourner son Aspirant. Comme il ne décontractait pas assez les muscles de ses épaules, elle donna un léger coup sur celles-ci. Puis recommença à lui tourner autour en étudiant sa posture. Jusqu’à ce qu’elle soit satisfaite. Tandis qu’elle manœuvrait :

- Dis-moi, Aspirant Mornelac. Que souhaites-tu savoir ? Que rêves-tu de voir ? Le Màr Menel est-il le foyer que tu espérais pour une renaissance ? Qui es-tu et d’où viens-tu réellement, Luckor Mornelac d’Undomë ?



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MessagePosté le: Mer 29 Jan 2014 - 15:52 Répondre en citantRevenir en haut

Au fond, tout ce qu'il voulait, c'était rendre fière Persée et gagner en expérience le plus rapidement possible. Sa blessure mettrait très probablement plusieurs longs mois à guérir totalement, aussi, il n'avait pas le temps de s'allonger pour se reposer. S'il le faisait, alors il y avait de fortes chances que plusieurs aspirants recoivent l'enseignement de son Maître avant qu'il ne puisse lui-même prétendre aux Sables d'Eclosion. Une situation humiliante pour un Barbare des Montagnes d'Undomë, même son égo n'égalait pas celui de bien d'autres peuples.

S'il renonçait aujourd'hui, jamais il ne pourrait poursuivre son entraînement au Màr Menel. Il n'avait qu'à se dire qu'aujourd'hui il s'agissait de l'un des exercices les plus simples et que son enseignement ne faisait que commencer. Plus le temps passera, plus Persée augmentera la difficulté de ses exercices, jusqu'à ce qu'il atteigne le niveau d'un Chevalier, et pourquoi pas celui d'un Maître dans certains domaines. Peut-être que faire un petit effort lui permettait d'apprécier ce que le Màr avait à lui offrir.

- Je suis né sur le Continent d'Undomë, dans un petit village à proximité des Mines où vous m'avez trouvé. Mon père a un jour aimé une autre femme que celle à qui il a juré fidélité, et j'ai vu le jour. Ma mère est morte en me donnant la vie. Pour une raison que j'ignore encore, la femme de mon père m'a tout de suite pris sous son aile, alors qu'elle avait été trahie.

Pliant le genou, Luckor se reprit rapidement avant que son Maître ne lui donne un nouveau coup de bâton. Il n'en supporterait pas un de plus.

- Depuis près d'une dizaine d'années, je travaille dans les montagnes entourant notre village. Les pierres précieuses et autre minéraux que nous extrayons sont notre unique source de revenu. Certaines années, nous ne vivions que de la chasse, la roche ne nous offrant rien à vendre aux autres peuples.

Alors que Persée allait le corriger sur une nouvelle faiblesse, le jeune homme ne put se retenir plus longtemps. D'un geste agressif, comme lorsqu'il frappait la roche de sa pioche, Luckor répliqua. S'il devait en venir à de pareilles extrémités pour qu'elle s'éloigne de lui, alors il le ferait sans aucune hésitation. Dans son village, jamais personne n'avait osé la main sur lui, et ce n'était pas au Kaerl qu'il allait commencer à se laisser faire de la sorte, même s'il s'agissait de son Maître, celui à qui il devait le respect.

- Vous me faites mal ! Dites-le moi lorsque ça ne va pas, mais arrêtez de me frapper avec ça !
Persée Garaldhorf
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MessagePosté le: Mar 25 Fév 2014 - 00:34 Répondre en citantRevenir en haut

Persée fléchit les genoux, se baissa et bondit ensuite sur le côté tel un ressort, pour éviter le malencontreux coup de bâton de son Aspirant. Son agilité compensait la force des brusques attaques du jeune homme. Elle eut un instant peur que la situation ne lui échappe. A trop échauffé un animal blessé, on pouvait récolter des coups de griffes. En l’occurrence ici, les griffes avaient été remplacée par un banal long bâton de bois, qui faisait pourtant aussi mal qu’un coup de fouet unique sur la chair, résonnant sur l’os jusqu’à faire vibrer le muscle et propager la douleur dans le corps… Persée n’avait pas été atteinte par le coup de Luckor mais elle devait rester prudente. Elle ne frappait jamais fort pour le corriger, ce qui ne devait pas être son cas à lui. La colère avait pris le dessus. Sa tirade achevée, ses émotions tumultueuses reprenaient le pas sur sa lucidité.

- Si je te fais mal, il suffit de me le dire. Je pourrais te faire réellement mal sans le vouloir, si tu m’attaques.

Persée se redressa et frappa le sol de son bâton pour mettre fin à l’entraînement. Du moins, à cette phase-là. Elle dévisagea un instant son Aspirant avec des yeux neufs mais sans aucune compassion. Luckor était fort, endurant mais beaucoup trop sujet à de fortes émotions. Cela lui rappelait ses années d’apprentissage. Elle avait été une Aspirante craintive et à moitié sauvage, puis une Chevalière coléreuse et forte tête. Qui mieux qu’elle pouvait comprendre Luckor Mornelac pour son comportement ? Il ne devait pas encore avoir digéré son changement d’univers. Il lui faudrait du temps. Toutefois, il fallait également qu’il se change les idées. Et la formation d’un Aspirant ne se faisait pas sans mal.

- Vide ton esprit. Au fond, s’entraîner est inutile : seule compte la volonté. Tu te laisses trop facilement emportés par tes émotions. Elles t’empêchent de prendre la bonne décision ou de simplement te concentrer sur tes mouvements. Tu dois maîtriser ton esprit en même temps que ton corps. Là réside le véritable travail d’un Aspirant pour préparer son âme.

Couchée plus loin au fond de la salle, Vraël observa la scène de ses grands yeux aiguisés. La situation l’amusait sur le coup. Elle ne se priva pas pour interrompre sa Liée et lui communiquer son humeur moqueuse.

° Chérie, tu es adorable…
Pourquoi donc ? Je devrais me montrer plus impitoyable avec ce gosse. Il mérite de faire partie des meilleurs. De plus, surprotéger mes précédents Aspirants ne m’a pas franchement réussie…
Ce gosse, comme tu dis, fait presque deux fois ta taille et ton poids. Il a le même âge que toi, probablement. Méfie-toi !
Il n’est pas mon égal. Et il le sait. C’est peut-être ça qui le dérange le plus… Etre instruit par une femme aussi jeune que lui.
Je ne pensais pas à ça mais c’est fort possible ! °


L’Ancalikon se racla la gorge et se pinça l’arête du nez en fermant les yeux pour s’empêcher de rire. Les prunelles d’un vert amusé de la dragonne brillaient telles des lampes dans la semi-obscurité du fond de la pièce. Persée s’engagea à ne pas se retourner. Surtout, rester sérieuse, en toutes circonstances.

- Ne renie pas ton passé. Il fait partie de toi. Mais ne le laisse pas te parasiter, ne t’y accroche pas. Tu n’es plus un mineur, Luckor. Tu ne peux plus te comporter comme telle. Tu es un futur chevalier-dragon. Fais-toi à cette idée. Reprenons : en garde !



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