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Mave Arkias
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MessagePosté le: Jeu 18 Avr 2013 - 03:41 Répondre en citantRevenir en haut

Iolyaku 918



L'homme au crâne fracassé lui faisait étrangement penser à cette poupée qu'elle avait cassé étant petite. A l'époque son père avait rit de sa peur d'être punie. Mais là, debout et frémissante dans sa sinistre torpeur aucune peur ne traversait son esprit, a vrai dire toute pensée semblait avoir disparue et son être soudainement isolé ne pouvait détacher son regard vidé du corps face à elle.

Les pas de son père dans le chemin caillouteux menant à la forge, le grincement de la porte usée par le temps, le cliquetis de son marteau et de sa tenaille toujours présents côte à côte à sa ceinture, sûrement avait-elle entendu tout cela mais rien ne résonnait à ses oreilles. La voix même de son père mit du temps à percer le brouillard chaotique isolant son esprit. Comme un choc violent, une vague la reconnecta à la réalité. Les sons assaillirent ses oreilles, ses yeux furetèrent et s'arrachèrent enfin à la contemplation du cadavre, l'odeur métallique du sang emplit son nez et sa main gauche resserra sa prise sur son outil devenu arme redoutable un court instant.

Mave se tourna vers Fenrir, son père, le solide et admirable forgeron, digne représentant de sa race. Ses yeux s'étrécirent et ses sourcils se froncèrent lorsque leurs regards se croisèrent. Depuis plusieurs mois déjà la relation entre le père et la fille s'étiolait petit à petit et la fuite incessante de Fenrir fasse aux provocations de sa fille ne faisait qu'ajouter une tension supplémentaire au milieu de leur relation. Mave avait beau profondément aimer et respecter son père elle sentait pourtant approcher à grands pas l'instant où le Torhil n'aurait plus la moindre autorité sur elle et cela la rendait particulièrement distante envers l'homme totalement dépassé.

" Mave...Que s'est-il passé ?

- Ce n'est rien, papa, il... commença-t-elle avant d'être interrompue.

- Rien ? Bon sang, Mave ! Tu as tué un homme !

Mave haussa un sourcil, Fenrir semblait galvanisé par sa tendre droiture d'esprit et prêt à assumer son rôle de père. Il ne fuyait pas son regard et toute tristesse avait désertée son expression, laissant place à un énervement contenu. Mais au fond de ses yeux la Brune lisait sans peine toute la tendresse du père pour sa fille chérie, il était bien trop sentimental et cela ne s'arrangeait nullement avec le temps. Tout torhils qu'ils étaient, un contraste bien trop grand les séparait désormais. Mave était jeune, en pleine possession de son corps avec une détermination sans faille, Fenrir commençait à vieillir, ses cheveux grisonnant et ses muscles moins impressionnant qu'il y a dix ans le prouvaient bien.

- A te voir on croirait que c'est un crime de se défendre.

- Tu ne me feras pas croire qu'il était venu te défier comme ces petits idiots du village.

- Oh, certainement pas.

- Alors que t'est-il passé par la tête ? Il n'était même pas armé !

La panique de l'instant et les sentiments refoulés éclataient dans la voix du forgeron, il n'avait pas pris les bonnes décisions au bon moment mais vu la gravité de la situation il ne pouvait pas fermer les yeux une fois de plus. Fenrir devait faire rentrer Mave dans le droit chemin mais la jeune femme n'était pas responsable de ce qu'il venait de se passer ici et son regard plus dur annonçait la couleur. Mave n'avait pas agi par colère, ni par envie, cela c'était passé, c'est tout. D'un geste rageur elle balaya la bourse qui déversa son contenu sur le sol en tintant, sa voix se fit plus agressive.

- Crois-tu donc qu'il soit venu commander une arme pour changer cet état de fait ? Il n'en avait rien à faire de ça, papa ! Mais puisque tu sembles si accablé par sa mort il aurait peut-être mieux valu que j'accepte son offre et que je me prostitue apparemment !

- ...Ne me parle pas sur ce ton, Mave !

- Ou quoi ? De toute façon tu ne feras rien !

Elle voulut se diriger vers la sortie mais son père s'interposa, il était mitigé. D'un côté tué un homme était une idée qui le dégoûtait, de l'autre s'il avait surpris l'avorton à faire d'infâmes propositions à sa fille il l'aurait sûrement tué de ses propres mains. Comment ne pas comprendre la réaction de Mave en pensant à cela ? Sa fille était tout ce qu'il avait de plus précieux au monde et qu'on lui fasse le moindre mal suffisait à l'énerver, la savoir à se battre l'irritait, voir le regard que les hommes coulaient sur elle le remplissait de rage, pourtant il l'avait laissée vivre sa vie et se faire ses propres expériences en comprimant en lui ces sentiments parasites.

Mais les autres ne verraient pas les choses de cette façon. Déjà leur échange avait attiré quelques curieux, les altercations entre les deux torhils étaient rares. Cependant l'un comme l'autre possédait une voix grave gagnant en puissance au fil de leur emportement, leurs échanges était en général peu discrets. Les pas se pressaient sur le petit chemin, il les entendaient arriver, que feraient-il en découvrant sa fille maculée de sang et le corps du marchand gisant à ses pieds ? Si sa raison connaissait parfaitement la réponse, son cœur lui ne pouvait s'y résoudre. Il regarda la porte qui ne tarderait pas à s'ouvrir sur les badauds et plongerait sa vie dans le chaos le plus total.

Observant les expressions de Fenrir se succéder sur son visage, Mave devinait ses pensées. Elle n'était pas idiote et si elle ne se jugeait pas coupable de la mort de l'idiot dont l'odeur commençait à lui écorcher le nez elle savait néanmoins que personne, hormis Kiara et Fenrir, ne voudrait l'épargner. Chacun de ces avortons voudraient sauter sur cette occasion de la jeter plus bas que terre, la voir enfermée ou pendue peut-être, en tout cas voir mourir dans les yeux de la jeune torhile l'éclat de sa fierté écrasante, la voir supplier pour sauver sa pauvre vie. En y songeant un étrange sourire se dessina sur les lèvres de la petite Mave, dévoilant une rangée de dents blanches à l'aspect carnassier au milieu des tâches de sang.

Le brusque silence ayant assaillit l'atelier poussa les impromptus à entrer, s'inquiétant pour Fenrir. Ils restèrent quoi à l'entrée et malheureusement pour le forgeron ils réagirent comme il l'avait prévu, lançant des regards emplis de haine et de satisfaction à sa fille. Ils appelèrent et ameutèrent quasiment tout le village, ce genre de nouvelles se répandait vite dan les petites communautés. Personne n'osait trop bouger, Mave jaugeait ces hommes hésitants, ils avaient tous ou presque déjà tâté de ses poings au moins une fois et peu était prêts à recommencer de sitôt mais entre la peur de se prendre un coup et la joie de voir la jeune femme enfin humiliée le choix n'était pas si dur à faire.

Fenrir lui ne savait que faire, si sa fille se battait maintenant son sort serait scellé au plus vite, cependant elle ne se rendrait pas avant de se retrouver acculée face contre terre. Il la connaissait mieux que quiconque et même s'il ne s'avouait pas certains côtés de son enfant il en avait conscience au plus profond de lui-même. Ses doutes se confirmèrent encore lorsque Mave dépassa l'enclume et lui-même pour faire face à l'attroupement à l'entrée de la forge, insolemment campée sur ses deux jambes et défiant les curieux de la faire bouger de là.

A contrecœur le forgeron prit une décision qui lui coûterait certainement l'affection de sa fille mais qui au moins lui sauverait la vie. Cette pensée lui déchirait d'avance le cœur et son visage se voila d'une sombre gravité.

- Mave, arrête tout de suite ton petit jeu."

Si elle sentit l'ombre nichée dans sa voix, la Brune ne s'en sentit nullement menacée. Il était loin le temps où la petite torhile levait les yeux sur son père tel devant un héros légendaire et obéissait docilement à la moindre de ses injonctions, pourquoi cela changerait-il si subitement ? Elle se contenta de sourire et de croiser les bras sous sa poitrine, continuant à jauger les spectateurs et futurs acteurs de la scène.

La tension prenait de l'ampleur dans l'atmosphère et à peine eut-elle le temps de déclencher les hostilités qu'un choc violent fit dangereusement chanceler Mave. La douleur irradiant dans son crâne lui faisait tourner la tête un instant mais elle parvint à saisir le regard étonné voire choqué de ses potentiels adversaires dirigé vers un point derrière elle. Se tournant avec appréhension la jeune femme reconnut sans le croire le poing de son père en suspension, les muscles de son bras saillant et les jointures blanchies, il en tremblait mais n'osait affronter le regard interloqué de son enfant.

Fenrir si calme, si accommodant, si permissif, venait de lever le poing sur sa fille chérie et personne ne s'y serait attendu. Mave peina même à l'admettre mais remise du premier choc elle poussa violemment le torhil qui comme soudainement dépourvu de volonté s'écrasa violemment contre l'enclume. Le forgeron lui-même n'arrivait pas à croire ce qu'il faisait. Mais c'était pour le bien de Mave, lui seul pouvait neutraliser sa fougueuse enfant avec facilité et ainsi lui empêcher d’aggraver son cas en se battant contre la moitié du village avant d'être enfermée, car il n'en doutait pas, elle serait enfermée sitôt maîtrisée.

Il se releva avec une lenteur terrifiante, se redressant de toute sa hauteur, et porta un regard menaçant sur une Mave de trois têtes plus petite. Elle n'était pas en reste et ses yeux lançaient des éclairs. Ayant laissé tomber son marteau sous le choc, elle se fendit pour frapper le torhil à son tour. Il rompit aisément son geste d'une simple mais puissante gifle qui fit basculer la jeune femme sur le côté. Aussi solide qu'une poupée de chiffon face à un père qu'elle ne pensait pas capable de telles actes, Mave peinait à se défendre et son trouble lui faisait perdre en concentration. Déséquilibrée par la gifle elle trébucha sur des outils restés là et tomba lourdement. Les badauds en profitèrent et sautèrent sur elle pour la maîtriser non sans effort. Face à eux elle avait retrouvé sa contenance mais attaquée en position de tortue et malgré sa hargne qui atteignit une dizaine de malheureux, la jeune femme fut maîtrisée et emmenée dans l'attente d'un jugement pour son crime.
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MessagePosté le: Jeu 18 Avr 2013 - 03:41 Revenir en haut

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Yuma Amarok
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MessagePosté le: Sam 20 Avr 2013 - 22:29 Répondre en citantRevenir en haut

Ce fut guère après le tumulte qu'un autre évènement survint au coeur du village. Le calme revenait à peine, si l'on pouvait dire ainsi. Les habitants, alertés par la nouvelle, s'étaient éparpillés à leurs tâches respectives. Aucun d'eux n'avait désiré rester en compagnie de la meurtrière, ni même s'étendre sur la question de son geste. Seuls quelques jeunes gens, avides de vengeance, demeuraient prompts à veiller à ce que l'on inculpât la demoiselle comme il se devait. Ainsi, tout comme certains marchands et autres artisans, bien des badauds s'en étaient retournés vers leur demeure. Interloqués par l'évènement, les hommes avaient convergé vers la taverne, tandis que les femmes avaient enfermé les enfants à l'intérieur.

Le martellement de sabots se fit bientôt entendre, sur le sol du chemin qui conduisait vers les lieux. L'étalon parcourait la distance au petit trot, sa robe alezan contrastant plutôt bien avec la brume qui s'était levée, au creux des arbres du petit bois. Les deux cavaliers avaient traversé celui-ci depuis un village voisin, à quelques lieues de là. Il ne leur avait pas été difficile d'acheter cette monture, laquelle ne s'était pas montrée très coopérative au premier abord. La jeune femme aux cheveux d'un bleu plutôt doux avait eu tôt fait de calmer ses ardeurs, se contentant de murmurer quelques mots au creux de son oreille. Ce fut une surprise que de constater le calme de l'animal, lorsque le demi-sang et sa compagne quittèrent l'écurie. Ils n'avaient guère le temps de s'attarder ailleurs et la dragonne sentait la présence d'un porteur du Don, tout près.

Si Yuma s'était fait prier pour quitter le Kaerl Ardent ? A peine lui en avait-on donné l'ordre que le jeune homme s'était éclipsé. Voilà fort longtemps que Nemuri ne lui avait pas vu une mine aussi joyeuse ! Il n'était plus question de rejoindre l'infirmerie à cause de sa marque étrange, ni même de demeurer dans cet endroit : il était question de partir sur un autre continent ! Comment laisser passer une telle chance ? Le lié de la Bleue n'avait pas hésité avant de se rendre dans ses appartements et d'enfourner dans une sacoche le strict nécessaire de voyage dont il aurait besoin.
La nouvelle concernant sa nomination était pour le moins inattendue. Le demi-sang n'aurait jamais songé qu'Alauwyr aurait l'audace de lui confier un aspirant, ni même de défier l'avis de son Second et du Concile, en envoyant l'Archonte Brûlant en dehors de ces terres. Pour l'heure, ce dernier ne se posait pas plus de questions et entendait s'en aller, tant qu'il le pouvait encore. Personne ne pourrait se mettre en travers de sa route, quoi qu'il en fût.

Les visages curieux se redressèrent lorsque le cheval parvint aux portes du village. A l'imitation de la tenue traditionnelle des guerriers de la "Terre des Kaacheen" que portait Yuma, il ne fut pas difficile de discerner qu'il s'agissait d'étrangers. Nemuri, habituée aux vêtements plus léger, était assise en amazone derrière son lié, vêtu d'une robe aux voiles bleus et recouverte d'une cape aussi sombre que la nuit. Une capuche permettait de dissimuler sa longue chevelure et son regard perçant. Peu à l'aise sur un équidé, elle tenait fermement ses deux bras accrochés à la taille du bipède. Bon cavalier, le concerné n'avait pas eu à disputer l'autorité son autorité envers sa monture qui, aussi heureuse que lui de vagabonder, s'était laissée guider sans rechigner. A quoi bon tenir les rênes fermement, alors qu'il suffisait amplement de laisser l'animal faire son chemin comme bon lui semblait ? Tous trois n'avaient pas eu d'ennuis de coopération.

- Salutations !
S'exclama Yuma avec un sourire avenant. L'un de vous saurait-il nous indiquer un endroit où passer la nuit et nous restaurer ? Notre route a été fort longue et nous voici harassés !

Et pour cause : l'Interstice, qui permettait aux dragons et leurs liés de se déplacer plus rapidement d'un continent à l'autre du Rhaëg, était devenu impraticable. La cause de ce dérèglement imprévu ? Le fameux "Seigneur de l'Ombre", qui faisait tant parler de lui, sur Tol Orëa. Visiblement, les membres du Kaerl Englouti avaient fait part d'un incident, quelques mois plus tôt, qui avait mis en cause la présence d'une Céleste au sein même de leur demeure, pourtant inaccessible. Etant donné qu'ils n'avaient usé de ce moyen de transport qu'une seule fois sans incident, les deux liés n'avaient pas désiré tenter l'expérience une deuxième fois. Du moins, pas tant que les soucis présents ne seraient pas réglés. Aussi avaient-ils traversé la mer en volant.
C'était leur tout premier long trajet et Nemuri n'y était pas encore très habituée. Toutefois, Yuma devait bien admettre qu'il s'était amusé et que la sensation de liberté était bien plus douce qu'à terre. Quel bonheur cela avait été que de pouvoir changer d'air !

Bougons et méfiants, certains habitants rechignèrent à leur fournir l'indication demandée. Probablement étaient-ils chamboulés parce qui s'était passé, mais cela, les deux liés ne pouvaient pas s'en douter sur le moment. Haussant un sourcil, le jeune homme finit par descendre, tenant la bride de sa monture et le poussant à avancer calmement à la recherche d'une aide moins réticente. Par les Abysses, ce que les Thorils pouvaient être grands ! Pendant un instant, le Maître-Dragon s'imagina, non sans un sourire, donner des leçons à un géant. Il aurait fière allure, dites donc ! Et ceci même du haut de son mètre quatre-vingt...

- La taverne vous permettra de prendre du repos, répondit enfin un habitant qui osa s'approcher et échanger une poignet de main solide avec le visiteur, veuillez pardonner notre méfiance, le village vient tout juste d'essuyer un crime affreux.

- Un crime ? Interrogea le jeune homme. Dans ce cas, nous nous montrerons aussi discrets que possible pour ne pas perturber davantage votre train de vie. J'espère que cette affaire sera rapidement réglée.

Toujours souriant amicalement, Yuma hocha la tête à la vue du bâtiment indiqué et passa son chemin. Une fois aux écuries et sûr d'échapper aux regards intrigués des villageois, il fit descendre Nemuri de leur cheval. La pauvre avait hâte de poser pied à terre, après cette balade peu confortable. Une dragonne sur un cheval, ce n'était pas ce qu'il y avait de plus banal ! Soulagée de pouvoir faire quelques pas, même sous sa forme bipède, la Bleue fit de son mieux pour suivre son compagnon à l'intérieur de l'auberge dont il était question. La réaction des hommes présents fut la même que celles de ceux qui déambulaient à l'extérieur. La seule différence fut qu'un silence presque total s'installa dans la pièce, jusqu'à ce que le Maître-Dragon ne saluât la populace et se présentât au comptoir.

La saurienne sous forme humaine profita de l'occasion pour grimper dans la chambre qu'ils prirent pour la nuit, tandis que son lié profitait un maximum de sa liberté retrouvée. Voilà une éternité que Yuma n'avait pas eu l'occasion de boire en sympathique compagnie, ayant pour habitude de se faire des amis partout. Aussi heureux qu'un cheval sauvage pouvait l'être en galopant en liberté, il n'hésita donc pas longtemps avant de s'installer et de commander une bière bien fraîche, bavassant ainsi avec les personnes présentes. Voilà qui lui donnerait l'occasion d'écouter quelques récits au sujet de ce fameux crime ! Retenu de se saouler par une dragonne désireuse de le garder sobre et prêt à réagir en cas de besoin, il dut se restreindre sur sa consommation d'alcool. Cela ne l'empêcha pourtant pas d'y passer le reste de la journée, animant la taverne d'autres émotions que quelques regards mornes.

À la nuit tombée, ce fut une Nemuri immobile devant la fenêtre qu'il retrouva, plongée dans une torpeur connue d'elle seule. Sa longue chevelure bleue semblait adopter les couleurs profondes du ciel nocturne, avant que son lié n'allumât quelques bougies pour les sortir de l'ombre. La personne qu'ils cherchaient se trouvait dans ce village. Les prunelles turquoises de la jeune femme ne cessaient de fixer cette étrange bâtisse, un peu plus loin. L'on avait construit cette demeure austère aux abords de cet endroit. La brume avait gagné en intensité ce soir-là, bien qu'elle ne fût basse, hantant le tronc des quelques arbres présents. Le Don résonnait dans l'esprit de la dragonne aussi clairement qu'il eût été possible de le ressentir.

- Accusée de meurtre,
fit remarquer Yuma avec un léger rire amusé, ça commence bien, non ? Je serais curieux de savoir pourquoi !

C'était plutôt ironique de l'apprendre, étant donné que lui aussi avait été sorti d'une prison, lorsque son défunt maître était venu le chercher. Le destin semblait prendre un malin plaisir à répéter les situations. Celle-ci n'était pas des moins amusantes. Une demoiselle qui fracassait le crâne d'un homme à coup de marteau, ce n'était pas une histoire que l'on entendait tous les jours. Il demeurait tout de même extrêmement bizarre qu'aucun des autres n'eût pu expliquer la raison de ce geste. Beaucoup d'entre eux avaient exprimé que la demoiselle en question était simplement folle et dangereusement sauvage.
Une bien curieuse rencontre attendait l'héritier des Amarok !

Il y eut du mouvement dans le brouillard lorsque la lune grimpa davantage dans les cieux, éclairant bientôt le chemin poussiéreux qui conduisait à la "prison". En ville, tout le monde avait dans l'intention de dormir pour oublier un peu l'incident, bien que des hommes ne fussent restés dehors pour surveiller les alentours. Une certaine tension animait la population et n'échappait guère à la silhouette fluette qui se mut brusquement au beau milieu du village. La curiosité aurait pu être à son comble, si une douce voix ne s'était élevée subitement dans les airs, fendant le silence sans attendre et emplissant l'atmosphère d'une part de rêve.



Aux yeux d'un dragon et du Savoir qui glissait dans sa mémoire, transmis par des millénaires d'histoire, les petits bipèdes qui arpentaient ces terres n'étaient que des enfants. Quand bien même la Bleue était-elle née depuis peu, elle n'avait aucun scrupule à les considérer ainsi. Si frêle et fragile qu'une bourrasque aurait bien pu l'emporter, Nemuri avançait lentement sur l'avenue du village. Seules les étoiles ne semblaient pas être dérangées par son chant, luisant même davantage à chacun de ses mots. Les Torhils qui auraient pu la surprendre et la questionner sur sa présence, se contentèrent de la fixer sans comprendre. Leur regard était vidé de toute émotion et de tout sentiment. Seule la mélodie importait à leurs oreilles et à leur esprit, les emportant vers un rêve éveillé.

La brume s'écartait sur le passage de la jeune femme, dansant autour d'elle avec vigueur, glissant sur ses épaules, agitant ses cheveux et voyageant jusqu'aux habitants encore dehors. Le vent lui-même rapportait ce chant, faisant tourbillonner une nappe blanche de brouillard, la transformant peu à peu en une silhouette identique à celle de l'ensorceleuse, dont la voix opérait.

Alors, cette dernière se mit à danser, bondissant et tournoyant au coeur d'une folie que seule la magie pouvait expliquer. Un villageois téméraire avait eu le culot de s'avancer dans sa direction, l'interrogeant sur l'origine de cette sorcellerie incompréhensible. Un sourire énigmatique se dessina légèrement sur les lèvres de son interlocutrice tandis qu'elle passait une main légère près de ses yeux. En un instant, ils perdirent tout de leur colère pour céder place à cette inquiétante torpeur. Le chant ne cessait pas, les envoûtant les uns après les autres, les berçant, les guidant dans un songe temporaire, créé de toutes pièces. Les ombres sortirent de leur refuge pour se mêler à ce sinistre ballet, virevoltant dans les airs, avant d'ensorceler davantage chaque âme, chaque regard et de l'enfermer à double-tour dans les affres d'un cauchemar.

- Come little children, the time's come to play... Here in my garden of shadows... ♪


La silhouette gracile parvint jusqu'à l'entrée de la sinistre bâtisse, lorsque la chanson prit fin. Ses victimes venaient d'être enfermées au sein d'une terrible illusion, dans ce jardin des ombres qu'elle dépeignait. Cela ne durerait pas, ni pour les autres, ni pour les deux gardiens des lieux, que l'on avait posté là. Le rêve prendrait fin bientôt, il allait donc falloir faire très vite pour agir, ou, du moins, pour avoir un tout premier contact avec celle que les deux liés étaient venus chercher.
Avisant une fois de plus les hommes qui patrouillaient à l'entrée, la jeune femme se fraya un chemin dans la maison délabrée. L'énergie dégagée par le Don était puissante, Nemuri ne pouvait que la ressentir. Leur élue serait-elle seulement capable de s'en rendre compte à son tour ? La Bleue ressentait cette vibration dans les tréfonds de son âme, se laissant guider par elle.

Ses pas firent doucement craquer le parquet lorsqu'elle parvint enfin jusqu'à l'être qu'elle recherchait.
Tel un spectre tout droit sorti des Abysses, Nemuri se campa devant les grilles pour observer la jeune femme enfermée, n'émettant pas le moindre son, ses iris rivés vers elle.
Mave Arkias
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MessagePosté le: Ven 26 Avr 2013 - 00:20 Répondre en citantRevenir en haut

A peine jetée dans ses nouveaux quartiers, personne ne prit le risque d'essayer de l'enchaîner. La jeune femme aurait bien été capable d'en profiter pour s'enfuir et il aurait fallut enfermer avec elle, le temps de l'opération, quelques courageux qui auraient à coup sûr chèrement payé cet effort. Lorsque son corps s'affaissa lourdement une poussière terreuse trop longtemps imperturbée se souleva dans l'air et emplit ses poumons. La jeune torhille se releva, toussant et titubant sous ses quintes, et sentit le froid torsadé de la grille dans son dos. La geôle avait été bien prestement verrouillée.

Sitôt la poussière retombée et le souffle retrouvé, Mave se jeta sur les barreaux avec ferveur, tentant de les tordre, les déloger, ne serait-ce que les faire bouger. Bandant les muscles de ses bras et campant sur ses jambes comme pour s'ancrer dans le sol, elle tira, poussa, jura. Rien. L'acier ne bougeait pas d'un pouce. Respirant bruyamment et les mains sur les barreaux elle laissa ses genoux flancher le temps de reprendre son souffle et ses esprits, tête basse.

Plusieurs lucarnes disposées en face de chaque geôle éclairaient les lieux. Quand bien même elles n'aurait pas été là l'apprentie forgeronne aurait pu décrire cet endroit à la perfection, se remémorant chaque détail. Elle y était déjà venue plusieurs fois étant enfant, même étant adolescente. Son père avait réparé un peu moins une quinzaine d'années auparavant les geôles non utilisées pour stocker divers objets, dont celle dans laquelle elle se trouvait. Mave se souvenait d'un char attendant désespérément d'être réparé, de piles de matériaux oubliés, d'objets légués destinés à être vendu à une foire prochaine, tant de choses bien inutiles...

Mais elle refusait de se voir mise dans le même panier que tout ce qui se trouvait ici, hors de questions qu'ils la laissent vieillir et pourrir ici comme tout ces débris du passé ! Bien qu'elle douta fort qu'ils oublient son geste de sitôt il n'était cependant pas impossible qu'ils fassent l'autruche et essaient de l'oublier rapidement. Non, aux regards des volontaires s'étant fait un plaisir de l'escorter jusqu'à sa prison, ça n'en resterait pas là. Ils n'allaient peut-être pas planter sa tête sur une pique tout de suite mais le sang appelant le sang nul doute que quelqu'un serait là pour réclamer celui de la jeune torhille.

Mave se releva et posa son front contre le métal froid. L'acier utilisé avait été replié de multiples fois au cours du travail à chaud pour augmenter sa solidité, les barreaux verticaux et horizontaux formant un quadrillage régulier ne laissaient passer qu'un bras ou une jambe fine, le verrou était étudié pour ne pas s'ouvrir avec des petits outils lambda grâce à son mécanisme d'ouverture situé le plus loin possible du trou de la serrure, et la porte en elle-même – faite dans le même métal et formant une continuité – était incrustée dans le reste des barreaux si bien que même faire sauter les gongs était impossible.

Cela faisait des générations que le nom Arkias était lié à la forge et à la ferronnerie dans son art le plus poussé dans la région, le grand-père de la jeune torhille surtout avait fait brillé ce nom. Mais ce vieux fou était surtout perfectionniste à l'extrême et sacrément paranoïaque pour avoir forgé de pareilles barrières dans un simple village d'artisans paumé au milieu des Terres Occidentales. Mave tenta une nouvelle fois de faire bouger les grilles, sans succès. Elle essaya alors de les soulever, en vain. Elle prit son élan dans les quelques mètres carrés offert par la cellule et fonça dans la grille, la douleur irradia dans son épaule et la grille chanta à peine.

Elle frappa la grille d'un poing rageur puis arpenta le petit espace tel un lion en cage pour finir par se laisser glisser le long d'un mur jusqu'à toucher terre. La jeune femme prit sa tête entre ses mains et essaya de mettre de l'ordre dans ses idées. Elle ne voyait pas comment sortir d'ici. En revanche ce qu'elle voyait c'était le jour qui déclinait petit à petit. Personne n'était venu et personne ne viendrait de toute façon. Même si elle ne se sentait pas foncièrement fatiguée un peu de repos ne pourrait que l'aider à avoir les idées plus claires.

Mave s'allongea doucement et toussa lorsque la poussière se souleva un peu. Le sang séchant sur son visage commençait à la gratter. Qu'importe. Elle voulu rouler sur le dos comme elle en avait l'habitude mais une vive douleur à la base de son crâne la fit se relever brutalement en se frottant la tête. Ses doigts trouvèrent là une bosse de la taille d'un œuf, à bien y réfléchir cela n'avait rien d'étonnant, Fenrir possédait une sacrée force après tout. Pour remédier à cela elle ôta son tablier qu'elle roula pour caler sa tête, s'installa et presque aussitôt le sommeil la gagna.

Combien d'heures s'étaient écoulées, elle n'en avait aucune idée. Le froid assaillit sa peau et l'obscurité nocturne accueillit son regard. Papillonnant des yeux quelques instants, le temps d'habituer sa vue à la pénombre, elle réfléchit à ce qui avait pu la réveiller. Doucement une mélodie lui revint vaguement en mémoire, un air aux sonorités étranges qui provoquait en elle un sentiment mitigé. Si cela ne suffisait pas à la mettre sur le qui-vive, imaginez l'effet alors produit par la paire d'yeux braquée sur elle.

Les sourcils de la torhil se froncèrent tandis qu'elle tentait de détailler la femme sereinement campée devant la geôle. S'étant remise en position de défense, légèrement recroquevillée au sol mais néanmoins en posture agressive, elle se sentait comme un animal de foire soumis aux regards et au bon vouloir des passants, sensation insupportable. La femme était petite, frêle, le genre auquel Mave ne faisait pas attention d'habitude cependant elle était sûre qu'il ne s'agissait pas là de quelqu'un du village.

Son regard était plein d'une chose indescriptible et pourtant imposante. Rien d'agressif, rien d'incisif, pas de jugement dans ces yeux, juste un calme troublant que la jeune prisonnière ne connaissait pas. Oubliant un instant sa méfiance elle se plongea dans ce regard imperturbable, sentant là que quelque chose d'important se passait.

Si une petite voix lui murmurait de se détendre et que cette étrangère n'était pas dangereuse une autre beaucoup plus agressive qui l'avait mise de nombreuses fois dans la panade lui hurlait de briser le silence de cette charmeuse de serpent. Mave soutint avec agressivité le regard de la visiteuse et brisa le silence brumeux qui c'était emparé de ces lieux.

" Que veux-tu l'étrangère ? "

Dans un sens elle n'attendait pas de réponse, de l'autre elle aurait aimé posé bien d'autres questions, mais comment exprimer ses pensées face à quelqu'un comme ça qui restait stoïque à vous observer comme une tapisserie ? Elle ne la connaissait pas, c'était sûr, mais cette étrange personne serait-elle amie ou ennemie dans l'épreuve qu'elle traversait ? La torhil ne la ressentait pas encore mais au fond d'elle la peur avait commencé à poindre, bien discrètement tapie pour laisser la place à une agressivité défensive.
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Mer 1 Mai 2013 - 02:09 Répondre en citantRevenir en haut

Aucun mot ne franchit les lèvres de Nemuri, lorsque la jeune femme l'apostropha. Seul son regard neutre, poursuivait sa découverte, parcourant le regard de son interlocutrice, sondant jusqu'au tréfonds de son esprit et de son âme. Du moins était-ce le sentiment qu'elle laissait paraître, alors qu'elle ne cessait de la fixer. D'opalescente, les prunelles de la dragonne passèrent à une couleur turquoise, prouvant ainsi sa nature étrange. La bipède aurait peut-être peur de cela, mais qu'importait. Elle pouvait bien hurler, personne n'était actuellement en état de l'entendre. Tous avaient chaviré au coeur d'un rêve éveillé, duquel ils sortiraient bientôt. Aussi fallait-il pourtant agir vite, malgré toute la curiosité que la Bleue eût pu avoir.

- Tu es une enfant emplie de colère,
prononça enfin la dragonne, tes sens sont aux aguets du moindre de mes gestes et ton coeur bat la chamade. Qu'as-tu donc à craindre, alors que nous voici séparées par d'épais barreaux ?

Nemuri dressa ses bras devant elle, semblant contempler l'intérieur de ses mains, dont la fragilité n'étaient pas à prouver. Ses bras, si minces, ne pouvaient décemment pas briser un alliage pareil, ni même espérer le tordre. Comme si un marionnettiste l'eut articulée, la voilà qui se mouvait un instant, cherchant un équilibre entre la force de ses bras et la force qu'elle eut pu ressentir en tant que saurienne. Rien n'était comparable. Pas dans une telle situation. Cette forme, ainsi adoptée, cachait bel et bien ce qu'elle était en vérité. La prisonnière ne pouvait, hélas, pas encore s'en douter.

Laissant ses avant-bras reprendre leur place, la demoiselle aux cheveux bleus approcha de la cellule sans éprouver de crainte. Ses doigts fin suivirent alors le chemin glacé de l'un des barreaux, tandis qu'elle rejoignait la hauteur de son interlocutrice et s'asseyait au sol. Quand bien même l'accusation de meurtre était-elle sérieuse, la Bleue suivait le plan que son lié et elle avaient établis, avant de rencontrer leur future aspirante. Ne restait qu'à voir si celle-ci accepterait son destin, ou, au contraire, le refuserait. À nouveau, Nemuri déposa ses iris en les siens, moins insistante. Imperceptiblement, son expression s'était muée en une émotion plus douce, allant de paire avec la voix qui retentit brusquement dans l'esprit de la jeune Torhil.

*Peux-tu entendre ma voix ?*
Prononça-t-elle sans la brusquer.

Désormais forte du Savoir de ses ancêtres, la Bleue ne pouvait que comprendre combien l'intrusion de pensées vers d'autres pouvaient être brutale. Si l'on n'y était pas préparé, cela pouvait paraître déroutant, voire effrayant. De tout le calme dont elle fut capable, la dragonne escomptait bien éviter la terreur qu'imposait une telle interpellation. Néanmoins, elle ne possédait aucun doute quant au fait que cette enfant fût dotée du Don. Cette pulsion battait en elle aussi sûrement que Flarmya pouvait la lui procurer.

*Je ne suis ici ni pour te blâmer, ni pour te donner raison.*
Articula-t-elle calmement. *La raison de notre venue est différente.*

La jeune femme aurait probablement de quoi se poser une multitude de questions. L'une d'entre elles concernerait sans doute cet emploi étrange du pluriel, dans la phrase de Nemuri. Cette dernière hésitait à lui révéler le but de leur présence. Dans cette prison, il n'était pas aisé de parler et faire oublier tout cela à la Torhil, en cas de refus. La surprise devait déjà être bien suffisante et mieux valait attendre que Yuma ne fît son apparition à son tour. La saurienne sous forme humaine ne pouvait décidément pas prendre cette décision sans le consulter : ainsi avaient-ils l'habitude de raisonner, depuis leur affrontement avec le Seigneur Ardent. Plus jamais aucun d'eux ne ferait de choix seul. Du moins, pas en des affaires qui les concernaient tous deux.

Le tout nouveau Maître-Dragon avait attendu un instant avant de se lancer à la suite de sa liée. Sa méthode peu conventionnelle avait fonctionné, évitant une perte de temps considérable en terme de négociations. Faire libérer une meurtrière n'aurait vraiment pas été facile et Yuma devait bien admettre qu'il n'était guère doué pour ça, bien qu'avenant lorsque la situation s'y prêtait, évidemment. À vrai dire, si les choses ne se passaient pas comme prévues, il allait devoir user de sa technique la plus efficace. Celle-ci demeurerait secrète tant qu'il n'aurait pas à l'utiliser. Et comme jamais rien ne marchait comme sur des roulettes...

- Tu es promise à un grand avenir, Mave Arkias,
murmura Nemuri, mais je ne puis t'en faire part ici. Il va te falloir choisir entre demeurer en ces geôles et me faire confiance.

Et tandis que les demoiselles bavardaient, ce fut un Yuma parfaitement tranquille qui se prit à fouiller les gardes de la vieille bâtisse. Non qu'il eût l'habitude de se comporter comme un voleur, mais de là à laisser passer cette chance de récupérer les clés de la cellule. Sifflotant et arborant une expression faussement hautaine, le jeune homme s'évertua à glisser l'objet de sa quête dans l'une de ses petites sacoches. Un sourire amusé étira la commissure de ses lèvres lorsqu'il s'arrêta face aux deux gardes réunis, haussant d'abord un sourcil, avant de leur adresser la plus magistrale des grimaces. Au fond, ne regardaient-ils pas bêtement devant eux ? La béatitude la plus totale s'inscrivait sur leur visage perdu.

Satisfait de sa petite manoeuvre de dissuasion, le demi-sang poursuivit son chemin, passant entre eux sans trop se soucier de leur état... jusqu'à ce que deux voix ne retentissent dans son dos, le faisant stopper net son avancée :

- Que s'est-il passé... ?

- ... Cette fille... elle nous a jetés un sort...

- Comment ç...?!


Trop tard. Le tranchant d'une paire de mains venaient de s'abattre sur l'arrière de leur nuque, les faisant tomber au sol comme des pantins désarticulés. Foncièrement désolé pour eux, Yuma n'avait eu besoin que de faire volte-face et de les assommer rapidement. La situation tendait à se corser. Beaucoup de gens, au village, s'étaient visiblement aperçus de quelque-chose. Le peu de ceux qui avaient aperçu le trajet de Nemuri, eurent, bien entendu, tout le loisir de faire converger leur regard sur ledit chemin... et les deux hommes étalés à terre. Echappant de justesse à leur attention, le Maître-Dragon plaqua son dos contre un autre mur, observant sans être vu... du moins, le pensait-il.

*Nemuri ! On a de la compagnie !*
Mave Arkias
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MessagePosté le: Mar 14 Mai 2013 - 02:45 Répondre en citantRevenir en haut

N'y avait-il rien à dire, rien à faire, pour se soustraire à ce regard chirurgical ? Mave se sentait acculée et pourtant ne parvenait pas à détacher ses yeux de ceux opalescents de son interlocutrice. Elle sentait son cœur battre fort et vite dans sa poitrine, et manqua un battement en voyant les prunelles passer à un turquoise des plus étranges. Peut-être que la peur se lut dans ses yeux, cela était sans nul doute possible, mais la jeune Torhile refusait de donner un nom à la sensation qui paralysait son corps et lui retournait les entrailles.

Cette adrénaline, qui d'habitude lui faisait faire mille et une bêtises, à l'instant présent parcourait ses muscles. Mais ces derniers, prisonniers de leur inaction, s'engourdissaient au lieu de remplir leurs formidables fonctions. C'étaient bel et bien la peur et la colère entremêlées qui parasitaient les sens et l'esprit de la prisonnière recroquevillée face aux barreaux. Stupides bouts de métal la séparant de tout et responsables de ces étranges émotions.

Enfin l'étrangère ouvrit la bouche, Mave frémit à ces paroles. La voix autant que les propos l’interpellèrent. Une voix douce mais assurée, posée, une voix pour laquelle n'importe qui aurait fait silence pour l'écouter, elle-même offrit une oreille attentive aux mots prononcés sans pour autant se départir de sa méfiance. La femme la traitait d'enfant sans aucune arrogance ni aucun mépris, comme si elle savait tout d'elle... Non, comme si elle avait lu en elle ! C'était impossible, la jeune Torhile en était certaine. Si la peur semblait s'amenuiser au son de cette voix, la colère, elle, ne voulait pas être étouffée et fit un dernier sursaut avant une légère latence.

- J'ai tout à craindre derrière ces fichus barreaux ! Explosa-t-elle. Je ne suis libre de rien et soumise à tout ! Prisonnière de quatre murs qui me laissent sans possibilité aucune ! Ici, je ne peux qu'attendre que la porte s'ouvre et m'offre à nouveau la liberté, je suis réduite à ça !

Oui, attendre, elle ne pouvait faire que cela. Elle s'était esquintée les mains et l'épaule à vouloir faire bouger cette maudite grille. Qu'importe quand et pourquoi la clé tournerait dans la serrure, elle foncerait sur les barreaux et ouvrirait la porte descellée quelques instants pour partir d'ici, le plus loin possible et au prix qu'il faudrait.

- A ma place, tu serais tout aussi aux aguets, assura la jeune Torhile d'une voix moins enflammée mais déterminée.

Mave observa distraitement le ballet de bras de sa visiteuse, constatant leur fragilité. D'apparence il n'y avait rien à redouter chez cette jeune femme mais, aussi sûrement que la Lune faisait monter la marée, cette femme cachait quelque chose sous sa pâleur gracile. Comment serait-elle entrée ici sinon ? On ne laissait pas les étrangers s'immiscer dans la vie du village et encore moins interférer dans les histoires où le sang avait coulé.

La femme s'approcha alors, laissant un doigt suivre le dessin d'un des barreaux et s'asseyant à même le sol. Elle semblait plus calme encore, plus douce, arborant une expression comme Mave n'en avait jamais vue, plantant ses prunelles dans les siennes. Le silence se fit insistant, puis apaisant pour la petite Torhile, comme si le calme de la nuit reprenait ses droits. La colère et la peur s'étaient tapies bien loin mais son être n'en était pas moins sur la défensive.

Soudainement le silence fut brisé par la voix de l'étrangère, adoucie, comme suivie d'un écho mais... devenait-elle folle ? L'étrange étrangère se tenait toujours assise face à elle mais, si Mave était sûre que la voix lui appartenait, ses lèvres, elles, n'avaient pas bougé d'un pouce. Non ce n'était pas possible, et pourtant, si. La voix avait retentis dans sa tête et s'y était propagée avec la douceur des ronds dans l'eau, créant pourtant un trouble certain chez elle.

La jeune femme fixait son interlocutrice sans la voir, les yeux hagards, et avait instinctivement porté une main hésitante à sa tempe. Mave hocha lentement la tête pour répondre à la question qu'elle avait cru entendre. Même admettre cet état de fait était déroutant, elle avait entendu la voix de cette femme dans sa tête, comment était-ce possible ? Et cela recommença, toujours aussi calme, la voix résonna à nouveau dans son esprit. La jeune Torhile mit un temps à donner un sens aux mots de l'étrangère, elle n'était pas venue à cause de ce qu'il s'était passé ? Qui ça nous ? Et pourquoi alors ?

Mave nota la légère hésitation qui flotta sur le visage de l'étrangère et son regard s'étrécit à nouveau, guettant ses faits et gestes. Rien n'aurait pu la préparer aux paroles prononcées alors dans un murmure distinct. La première partie l'étonna, que pouvait bien savoir cette sorcière de son destin après tout ? Sa méfiance revint au galop lorsque le dilemme s'offrit à elle, rester ici ou faire confiance à cette inconnue pour sortir. Ses pensées tournaient à vive allure dans son crâne et la jeune Torhile ne pouvait repousser cette envie presque maladive de sortir d'entre ces murs, quitte à suivre cette étrangère. Mais faire confiance à une femme comme celle-ci aux capacités si bizarres, était-ce raisonnable ? Serrant les dents, la Torhile se fustigea mentalement, elle n'avait jamais été raisonnable. Desserrant les mâchoires tout en détaillant son interlocutrice, elle s'accorda encore une minute de réflexion avant de ne faire ce choix qui, elle en était certaine, changerait le cours de sa vie.

- Très bien, souffla Mave. Je te fais confiance, déclara-t-elle d'une voix plus forte.

Même si la confiance était un mot qu'elle appréhendait, elle n'en avait encore jamais fait l'expérience. Pourtant prononcer ces mots avait pris un poids particulier sur sa langue, certes elle voulait sortir mais une part d'elle était malgré tout intriguée par le bout de femme qui semblait détenir la clé de la liberté, et c'était peut-être cela le plus important. Pour la première fois de sa vie Mave plaçait son destin entre des mains autres que les siennes, cela avait un goût étrange, un certain soulagement et en même temps une certaine peur envahirent son esprit tandis qu'elle fixait avec attention son étrange interlocutrice, les sens aux aguets.

***


Chaussant ses bottes et enfonçant son bonnet sur ses oreilles pointues, Lomion se préparait à partir à la chasse. La nuit tout était plus tranquille et avec l'agitation qui avait régné dans le village aujourd'hui le demi-elfe préférait mille fois partir s'isoler quelques nuits sur des pistes qui lui occuperait l'esprit plutôt que de se laisser parasiter par l'animosité des villageois.

A ces yeux il était bien dommage qu'une personne aussi jeune en arrive à de telles extrémités. Mais bon, un métis comme lui était déjà à peine toléré au sein même du village alors exprimer la moindre parole en faveur de la meurtrière aurait signé son arrêt de mort à lui aussi, ou tout du moins son exil. C'était aussi pour cela qu'il préférait partir quelques temps.

S'assurant du harnachement de son carquois, il passa son arc dans son dos et balança sa besace sur son épaule avant de sortir. La nuit était fraîche mais claire, un léger vent balayait le village et pas un bruit ne se faisait entendre. Seul son pas posé troublait le silence dans les chemins serpentant entre les maisons.

Il connaissait tout le monde et reconnut sans peine chaque logement. Le métis dépassa d'abord la maison de la vieille Kiara, une faible lumière se reflétait dans le carreau ternis par le temps, la vieille femme devait encore être en train de travailler, cela lui arrivait souvent quand elle avait l'esprit troublé. Il dépassa ensuite plusieurs échoppes fermées, le boulanger, le boucher, le menuisier, tous dormaient déjà.

Un détail attira son attention lorsqu'il approcha du cœur du village, aucune odeur soufrée ni aucune fumée ne vinrent chatouiller ses sens. Tournant son visage vers la vieille forge il ne perçut aucune lumière à l'intérieur, aucun son métallique ne lui parvenait non plus. En soupirant il s'approcha de la bâtisse à la porte grande ouverte, gravissant d'un pas léger la petite pente caillouteuse y menant. Ses yeux habitués à la vie nocturne ne mirent pas longtemps à s'habituer à la pénombre des lieux, son nez en revanche se pinça fortement en rencontrant l'odeur du sang et de la mort.

- Qui est-ce ? Interrogea une voix grave et éraillée.

Lomion sursauta, il n'avait pas vu la masse posée sur un tabouret tout au fond de la forge. N'osant y croire il s'approcha précautionneusement et s'accroupit pour rencontrer les prunelles éteintes du forgeron. Le pauvre semblait avoir pris vingt ans d'un coup, il se tenait voûté et ses yeux bouffis témoignaient des pleurs qui avaient ravagé son visage. Fenrir n'avait jamais été méprisant avec le métis aussi Lomion ressentit une certaine peine à voir le Torhil ainsi abattu. Mais ce dernier ne semblait même pas voir que quelqu'un se tenait devant lui, pauvre âme... Il avait entendu dire que le forgeron avait participé à l'arrestation de sa fille, si Lomion n'avait jamais approuvé le comportement du Torhil envers sa fille, il savait toutefois toute l'affection que Fenrir portait à la petite Mave et tout ce qu'elle représentait pour lui. Un beau gâchis tout ça.

Encore une fois le demi-elfe soupira. Il se releva et sortit de la forge d'un pas vif, le forgeron n'étant visiblement pas en l'état de soutenir une conversation. C'était vraiment bête, il aurait suffit que Fenrir ait ce comportement, peut-être brutal aux yeux de certains, depuis le début avec Mave pour que les événements de la journée ne se soient jamais déroulés. Mais bon, encore une fois, personne ne lui demandait son avis.

Lomion avait reprit sa marche silencieuse et, alors qu'il tournait au coin de la maison du teinturier, découvrit là trois hommes, dont deux torhils, débout de manière flasque, une expression étrange plaquée sur leur visage, les yeux dans le vague. Il secoua le premier sans grand succès. Drôle de façon de cuver son vin...ça ne pouvait pas être ça, d'ailleurs aucune effluve d'alcool ne flottait dans l'air. Le métis s'interrogea un moment avant de ne les dépasser, poussé par son instinct. Une vingtaine de mètre plus loin un autre homme se trouvait dans le même lamentable état, le chasseur leva les yeux vers la vieille bâtisse carcérale dans laquelle était retenue Mave et ses yeux s'agrandirent de stupeur en voyant d'autres beaux diables sur le chemin, morbide chemin du petit poucet.

Ce n'était pas quelqu'un du village qui avait pu faire ça, il frappa et secoua le premier inanimé venu sans obtenir aucune réaction. Lomion sentit son cœur battre plus fort dans sa poitrine sous l'effet de la peur. Qui pouvait mettre dans un tel état de solides gaillards comme eux ? Et pourquoi chercher à rejoindre la petite meurtrière ? Le métis courut alors jusqu'à la maison de la vieille Kiara qui le suivit mollement de sa démarche claudicante. La vieille femme était sans aucun doute la plus savante du village, elle trouverait sans doute ce qu'il se passait pour ces pauvres hommes.

Réveillé par la course du demi-elfe et le bruit caractéristique de la canne de la vieille femme, deux trois voisins avaient ouvert leurs volets et allumé leur lanterne pour voir ce qu'il se passait. La vision ne tarda pas à les faire murmurer. Bien vite ils réveillèrent leur maisonnée puis sortir voir ce qu'il se passait de plus près, d'autres voisins alors ouvraient les volets, allumaient leur lanterne et murmuraient, et ainsi de suite. Pourtant Lomion attendait le verdict de la vieille Kiara tout en guettant nerveusement mais discrètement la vieille bâtisse carcérale. Son instinct le taraudait.

Alors qu'elle allait parler, l'homme qu'elle examinait sembla sortir d'une longue apnée et faillit choir en reprenant son souffle. Lomion rattrapa tant bien que mal le Torhil et l'aida à tenir sur ses jambes le temps qu'il reprenne ses esprits. Un instant plus tard, l'homme semblait chercher quelque chose dans l'attroupement qui s'était formé autour des trois inanimés.

- Qu'y a-t-il ? Demanda doucement Kiara.

- Où est-elle ? Répondit rudement l'homme.

- Qui ça ?

- Cette sorcière qui m'a jeté un sort, où est-elle ?

Au mot « sorcière » un brouhaha se forma dans l'assistance, l'animosité n'était après tout pas retombée. Le Torhil agressif avisa le métis et saisit un court instant son regard gêné vers la bâtisse où l'on avait enfermé la jeune meurtrière.

- Ainsi tu étais de mèche...

Le Torhil saisit le métis à la gorge malgré les protestations de la vieilles femmes et sous les cris bestiaux de l'attroupement autour d'eux. Les deux autres sortir de leur torpeur à leur tour, l'un tremblait de tous ses membres, l'autre vomit, les yeux emplis d'une terreur sans nom.

-Contemple ton œuvre vermisseau ! Ce sale bâtard a fait entrer une sorcière dans le village pour libérer la folle qui a fait couler le sang ce matin-même ! Sang qui a salit nos murs et notre terre !

A l'instant, happant l'air, Lomion se demandait qui était le plus fou entre Mave et cet homme. Dans les yeux de la meurtrière il n'avait jamais vu cette lueur délirante provoquée sans aucun doute par une peur équivalente... Étaient-ce les conséquences de la magie dont il entendait parler au fil des histoires au coin du feu ? Il ne voyait pas autre chose capable d'apeurer de tels hommes, il n'y avait qu'à voir la réaction de la foule à l'annonce du mot « sorcière ».

La peur avait planté les graines de la colère dans ces cœurs ignorants. Enfin le Torhil relâcha le demi-sang sous les injonctions de Kiara et, après un dernier regard dédaigneux pour le duo, entraîna la foule dans sa chasse à la sorcière. Décidément, la nuit ne s'annonçait pas si tranquille que cela.
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Mer 22 Mai 2013 - 03:07 Répondre en citantRevenir en haut

Attentif à la foule qui s'éveiller à grands renforts de cris et de réclamations, Yuma ne manqua pas de froncer les sourcils. La situation devenait difficile et les esprits échauffés ne tarderaient pas à suivre leurs traces. Le premier plan allait probablement échouer et la suite devrait demander davantage d'idées. De telles effusions avaient déjà eu lieu en Vaendark. Combien de Neishaans avaient-ils été accusés à tort d'être mêlés à de sombres sortilèges ? Si sa terre natale ne souffrait d'aucune intolérance notable, d'autres contrées manquaient encore cruellement de clairvoyance à ce sujet. Il semblait au demi-sang qu'une chasse se préparait et l'idée d'en être la proie ne lui plaisait guère. Tout était là pour lui prouver que ça sentait le roussi : torches embrasant les lieux, hurlements des habitants, armes qui se brandissaient vers les cieux...
De quoi leur faire passer l'envie de revenir en ces contrées pour un bon moment !

*Nemuri, la situation va se compliquer.* Avertit-il sans attendre davantage. *J'ai la clé de la cellule, est-elle des nôtres, ou non ?*

*Son coeur est empli de crainte, mais elle semble coopérative.*
Affirma la dragonne. *Je vais avoir besoin de la clé et de temps.*

*Rejoins-moi !*


Alors que ses yeux s'agrandissaient de surprise, la Bleue fixa Mave une dernière fois, avant de se glisser hors de la pièce et de se frayer un chemin dans le couloir. Peut-être la jeune femme allait-elle penser que son interlocutrice l'abandonnait. Malheureusement, Nemuri n'avait pas suffisamment de délais pour se permettre de la ménager. Plus maintenant que les ennuis s'avançaient.
Aussi lestement que ses jambes de bipèdes le lui permettaient, elle fit de son mieux pour rejoindre son lié, comme ce dernier le lui avait demandé. Les geôles n'étaient pas aussi proche de l'entrée qu'elle l'eût espéré. Elle tint pourtant bon jusqu'à atteindre la fameuse ouverture, bien que se faisant discrète. La main de Yuma ne tarda pas à se tendre dans sa direction, lui désignant ainsi les clés dans un cliquetis sonore. Le jeune homme avait dû faire vite pour ne pas être repéré. Il ne suffirait que de quelques minutes de plus pour que la cohue ne débarquât sur les lieux.

- Je passe au plan B, souffla alors Yuma à sa seule attention.

- Le plan B ?

Nemuri n'avait pas vraiment pensé que son lié eût pu avoir cela en poche, aussi ne tarda-t-elle pas à lui jeter un regard interrogateur. Suivant son expression avec une certaine curiosité, le demi-sang se contenta d'afficher un sourire. Quoi ? Lui aussi parvenait parfois à trouver de quoi se tirer d'affaire ! Ce n'était pas comme s'il eut souvent été à court d'inspiration, n'est-ce pas ? Tout irait comme sur des roulettes et ils n'auraient qu'à repartir sans encombres. Yuma n'était jamais en reste pour se sortir du pétrin, après tout ! Tout finirait par rentrer dans l'ordre et les villageois ne suffiraient pas à entamer leur ténacité !
La dragonne aurait toutefois pu se sentir à l'aise, si le bipède n'avait pas aussitôt troqué son sourire rassurant pour une mine soucieuse.

- Je vais improviser, avoua-t-il en hochant la tête d'un air résolu.

Un soupir à fendre l'âme s'échappa des lèvres de la Bleue, avant que cette dernière ne s'en retournât auprès de Mave. Ca, pour improviser, elle comptait bien sur le jeune homme ! Elle ne lui connaissait pas de meilleur atout que sa bêtise naturelle. Mieux valait néanmoins se dépêcher, afin de pouvoir le couvrir en cas d'échec cuisant. Elle n'entendait pas le laisser en proie à des villageois en colère, même pour une future aspirante du Kaerl Ardent. Bien qu'épuisée par le sort lancé et par l'emploi de sa forme humanoïde, Nemuri accourut bientôt face à la cellule de la prisonnière.
L'heure n'était plus aux bavardages, aussi entreprit-elle rapidement de glisser la clé dans la serrure de la prison. Pour ce qui était de ne pas les faire remarquer, la dragonne avait dans l'idée de mettre la jeune Torhil à contribution. Qui mieux qu'elle pût connaître les lieux ?

- L'urgence de te sortir d'ici est imminente, Mave,
annonça Nemuri avec sérieux, il va te falloir me guider vers une autre sortie que celle-ci. Mon lié va tenter de contenir la colère de tes pairs. Ils font route dans cette direction et n'escompteront sans doute pas nous épargner !

Et quelle diversion venait d'entreprendre Yuma, tandis que ses compagnes s'échapperaient d'un autre côté ? Inspiré, le voilà qui se mettait à courir dans la direction des villageois en colère. S'il ne pouvait leur barrer l'entrée de la bâtisse éternellement, il viendrait à eux sans tarder et de façon totalement intuitive ! Puisqu'ils étaient les méchants de l'histoire, autant jouer ainsi jusqu'au bout. Une idée venait de germer dans son esprit, mais il allait avoir besoin d'un peu de répit pour y parvenir.
Dégainant son épée dans sa course, le demi-sang parvint enfin jusqu'au petit groupe qui s'était formé pour poursuivre la "sorcière". Les membres dudit groupe ne manquèrent d'ailleurs pas de le dévisager sans trop comprendre : qui était cet espèce de cinglé qui se plaisait à courir dans leur direction de cette façon ? Pour un peu, la demoiselle aux cheveux céruléens leur échappa l'instant de cette petite folie.
Pris de court par cette soudaine apparition, l'un des "insurgés" se vit bientôt renversé de plein fouet !

La main d'un jeune homme au sourire carnassier s'en vint le rattraper, posant le côté tranchant de sa lame sur la gorge du malheureux. Un gémissement s'échappa de la gorge de ce dernier, qui en lâcha sa torche sous la surprise. Le pauvre bougre n'était rien qu'un humain. Yuma aurait été bien en peine de pouvoir menacer un Torhil d'environ deux mètres de haut... Au moins avait-il misé sur un hasard juste.

- Si vous tenez à la vie de votre compagnon d'armes, vous avez tout intérêt à vous tenir en arrière !
S'exclama le demi-sang en obligeant sa prise à reculer. La sorcière et moi avons quelque-chose d'urgent à régler, puis nous quitterons les lieux, essayez de ne pas nous compliquer la tâche et ne pas réserver de sort funeste à votre ami. Sommes-nous d'accord ?

L'expression sadique de Yuma, bien mal assortie à son visage habituellement honnête, ne suffit pas à calmer les ardeurs de ses opposants. Certains, de farouches têtes de mules, firent mine de le suivre sans le quitter des yeux, levant les quelques armes en leur possession et tentant de sauver leur camarade. Longeant le mur pour ne pas avoir à surveiller ses arrières bien longtemps, le jeune homme parvint à faire converger les hommes vers leur village. Une légère entaille rouge près du cou de son prisonnier suffit à faire pâlir les quelques âmes courageuses des lieux, les obligeant à garder bonne distance jusqu'à ce que leur proie se retrouvât acculée contre un mur. En revanche, la vie du villageois était toujours en jeu et son geôlier ne relâchait pas la prise qu'il avait sur lui, malgré sa fâcheuse manie de se débattre pour se libérer. Ce n'étaient que quelques précieuses minutes de gagnées, mais le chevalier espérait que cela suffirait à Nemuri et leur future aspirante pour s'échapper.

- J'aimerais éviter de verser le sang inutilement, fit remarquer Yuma en reprenant son sérieux, j'échange la vie de cet homme contre ma monture, afin de quitter les lieux. En vie, bien entendu. Elle se trouve dans l'écurie de votre auberge. Je trouve le marché plutôt équitable, à vous de voir si vous désirez compliquer les choses ou non.

Une fois encore, ces bougres hésitèrent à faciliter les choses : pourquoi les gens se cantonnaient-ils à compliquer toute situation qui eut pu se régler de façon plus simple ? Ce n'était pourtant pas si compliqué ! Un peu de bon sens et le tour était joué ! Les plus sages de l'assemblée finirent par émettre l'hypothèse que leur voisin éviterait peut-être d'être égorgé s'ils se décidaient enfin à coopérer. De son côté, le demi-sang faisait de son mieux pour maintenir la tension à son comble, menaçant que sa patience commençât déjà à se dissoudre aussi sûrement que du thé dans de l'eau chaude. Non qu'il fût mécontent de gagner un temps précieux, encore fallut-il que cela ne durât pas toute la nuit...
Sa demande finit cependant par être exaucée. Le cheval, effrayé par l'attroupement et les flammes des torches, hennissait et résistait à l'attraction de l'espèce de barbare qui s'y prenait fort mal avec lui. La chevauchée ne serait pas de tout repos non-plus, mais il allait falloir s'en contenter.

Repoussant sa prise sur ses compagnons sans attendre, Yuma ne manqua pas de faire reculer le bonhomme qui l'avait exaucé et bondit sur l'équidé. Ce dernier cabra sous la surprise, maintenu d'une main de fer par son cavalier retrouvé, avant de prendre la fuite dans la nuit, sans demander son reste. De son côté, une fois dehors, Nemuri ne tarda guère à fausser compagnie à Mave, la laissant seule sur le chemin pour s'en retourner se cacher près de la roche qui surplombait la bâtisse. Profitant de l'obscurité et d'une solitude tant espérée, la frêle petite humaine ne tarda pas à reprendre une apparence de saurienne imposante. Ses ailes se déployèrent avec délice, avant de s'emporter dans le ciel étoilé, loin des regards trop curieux. Seul un battement puissant se fit entendre dans les airs, avant de s'évaporer aussi vite qu'il était arrivé.
Lorsque Mave y prendrait garde, elle noterait que le galop rapide d'un cheval se rapprochait d'elle à vive allure !

- Salut à toi, terreur du village ! S'exclama Yuma en la saisissant au vol sur son passage et en essayant de la pousser à s'installer derrière lui.

Mais, c'était sans compter sur la présence d'un forgeron, en plein milieu de leur route, qui n'entendait pas les laisser poursuivre leur course folle et les obligea à stopper leur avancée...


[HJ : J'ai essayé d'avancer un peu le sujet, n'hésite pas à me dire si je suis allée trop loin ^^.]
Mave Arkias
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MessagePosté le: Lun 27 Mai 2013 - 05:52 Répondre en citantRevenir en haut

Lorsque l'inconnue se leva et commença à courir vers l'entrée, Mave se leva d'un bond et s'accrocha aux barreaux pour tenter de voir ce qu'elle faisait. Il faisait trop sombre et la cellule était trop loin pour voir quoique ce soit. Est-ce que l'étrangère l'abandonnait ? Non, son regard s'était posé une dernière fois sur elle avec un air contrit, quelque chose devait clocher dans ses obscurs projets.

Le sang de la Torhile battait de nouveau fort à ses oreilles. Maintenant qu'elle n'était plus coincée dans sa position défensive elle avait l'impression que le précieux liquide irriguait ses muscles à une vitesse fulgurante, créant des fourmillements dans ses jambes. Qu'allait-il se passer maintenant ? Un frisson parcourut son corps. Un pressentiment la faisait se tenir en alerte, le visage collé à la grille glacée.

Fermant les yeux pour calmer son esprit, Mave respira lentement et guetta les sons qui lui parvenaient. Un vague brouhaha, comme un murmure, résonnait dans l'air. Elle n'eut pas le temps d'identifier ce son que le bruit des pas de l'étrangère se fit croissant. Décollant son visage de la grille, elle observa son interlocutrice, elle semblait épuisée. Trop de choses échappaient à la petite torhile mais toutes ses questions se turent dans son esprit quand elle vit la clé s'enfoncer dans la serrure. Au « clic » descellant la porte de sa prison, Mave enfonça la porte et jaillit hors du rempart de fer, se collant au mur d'en face. Le souffle court et un infini soulagement libérant son cœur, elle mit un instant à regarder derrière elle pour voir cette porte ouverte sur une cage vide. Enfin libre !

Se retournant elle observa les alentours, l'étrangère qui avait visiblement été bousculée lors de la sortie de la Brune s'époussetait avec calme et déclara qu'il fallait sortir d'ici au plus vite, que les villageois s'agitaient et ne venaient pas avec les meilleures intentions. Un rire léger échappa à Mave qui se dirigea vers une lucarne un peu plus éloignée sous laquelle la roche offrait quelques appuis pour ses pieds.

- Tu sais, ils sont beaucoup moins courageux qu'ils ne veulent le faire croire, ou hargneux, comme tu veux en fait, assura-t-elle d'un ton léger.

Elle sauta, s'accrocha aux barreaux de la lucarne et cala ses pieds dans le mur. L'étrangère disait vrai, son regard s'étrécit en voyant un homme tenter d'impressionner les siens par ce qui semblait être une prise d'otage. Était-ce ce « lié » dont elle parlait un peu avant ? Il ne manquait pas d'audace. Une tension palpable électrisait l'air et lui enserrait à nouveau le cœur dans une étreinte d'alerte. L'attitude des villageois ne lui plaisait guerre, ils n'étaient pas simplement remontés, ils étaient aussi déterminés et hésitaient même à mettre en jeu la vie d'un des leurs. Ce n'était pas bon.

- Ce n'est pas de la colère à ce stade là. Ton « lié », comme tu dis, prend beaucoup de risques...

La Torhile se laissa tomber sur ses pieds dans un bruit mat. Si son épaule la lançait légèrement son crâne la préoccupait d'avantage, le sang battant réveillait la douleur dont la bosse était témoin. Oh, elle s'était déjà cogné la tête, mais jamais aussi fort, elle s'en sentait nauséeuse. Heureusement qu'il faisait nuit, nul doute que la lumière du jour l'aurait aveuglée dans son état. Mais sa sauveuse avait raison, il fallait partir et vite. Fixant la femme d'un air dubitatif, Mave réfléchissait.

- Suis-moi, lança-t-elle d'un coup en partant vers le fond de la bâtisse.

Mave marchait d'un pas ample et vif, sans aucune féminité. Elle ramassa au passage un manche de torche abandonné là. Les murs n'étaient pas épais et la bâtisse bien peu entretenue, il serait sûrement possible de déloger quelques pierres pour se faufiler à l'extérieur. La jeune Torhile espérait que cela marcherait. Dans l'état de rage dans lequel se trouvaient ses pairs, la Brune savait comment elle réagirait si elle se retrouvait face à eux, ce serait un véritable carnage... Son esprit s'assombrit rien qu'à ces pensées funestes et cette réflexion adjointe à son mal de crâne l'empêchèrent de voir le mur en face d'elle qu'elle se prit de plein fouet. Sous le choc l'apprentie forgeronne tomba sur le fesses en lâchant un juron des plus délicats. Craignant un rire moqueur de sa camarade, par réflexe elle la fusilla du regard avant de ne se mettre à genoux pour commencer son ouvrage.

Le mortier s'effritait rapidement sous l'extrémité de la torche entre les pierres, bientôt une première roche se dégagea et Mave la poussa du pied pour entamer l'ouverture. Un nuage de poussière la fit tousser mais elle se pencha pour évaluer, la taille du trou. Elle ne passerait pas. La jeune femme allait commencer à détourer un autre bloc quand un bruit la fit sursauter et se retourner, elle vit l'étrangère observer son travail, patiemment et éreintée. Mave la jaugea puis jaugea l'entrée du trou et lui saisit la main brutalement pour la faire se baisser.

- Tu devrais passer, aller !

L'inconnue se faufila comme une anguille à travers le trou sous les remarques faisant lieu d'encouragement de la part de Mave. Puis une fois les jambes disparues de l'autre côté elle reprit sa tâche en court et se dégagea un passage assez large pour elle. Une fois passée à son tour, pleine de terre, elle se releva et chercha l'étrangère des yeux. La lumière de la lune lui faisait légèrement tourner la tête et un haut-le-cœur la saisit un court instant. La sorcière que cherchaient ses pairs s'était volatilisée.

Mave commença à se diriger vers les aspérités rocheuses derrières lesquelles elle pourrait échappé à tout regard indiscret depuis le village. Un bruit étrange se fit entendre quand un nuage camoufla la Lune et qu'un galop résonna dans les oreilles de la Torhile. Elle eut à peine le temps de se retourner qu'on la fauchait au vol, comme les blés, et qu'on la forçait à prendre place sur la croupe d'un cheval, sous le rythme effréné de la bestiole elle s'accrocha au cavalier pour ne pas tomber. Elle détestait ces sales canassons et ne s'y sentait pas à l'aise. Mais en plus que cela soit le fait d'un inconnu qui l’apostrophait avec amusement, cela mit le sang de la Torhile en ébullition.

- Arrête-toi ! Cria instantanément la jeune femme.

Ne voyant aucune réponse et se sentant se plus en plus mal ainsi ballottée, elle cria une nouvelle fois plus fort.

- Arrête-moi ce fichu canasson !

N'en pouvant plus des sauts que lui imposaient l'animal elle entoura le cavalier de ses bras et saisit ses mains pour tirer brutalement les rênes à travers elles. La monture se cabra en hennissant avant même qu'elle ne tire, et Mave chuta lourdement, laissant un son à mi chemin entre le cri et le gémissement franchir ses lèvres tandis que sa tête heurtait le sol.

C'est avec étonnement qu'elle sentit une main familière et bourrue la remettre sur ses jambes flageolantes. Ses yeux s'agrandirent de surprise puis se teintèrent d'orage lorsqu'elle dévisagea l'homme qui l'avait ainsi aidée. La Torhile se dégagea violemment de son soutient et, même si elle vacilla légèrement, reprit rapidement constance pour se tenir fière et agressive face à lui.

- Qu'est-ce que tu fais là, papa ?

Le géant se redressa de toute sa hauteur et soutint le regard furibond de sa fille quelques instant avant de ne reporter son attention sur le cavalier qui avait reprit le contrôle de sa monture. Le Torhil était grand certes, mais sa stature n'était pas des plus impressionnantes avec ces muscles faiblissant, sa chevelure grise, et son visage aux traits tirés, les yeux rougeoyant.

- Mave...commença-t-il en reportant son regard sur sa fille. Je...

Il semblait chercher ses mots mais Mave ne se sentait pas d'humeur patiente.

- Je n'ai pas envie de t'écouter, trancha-t-elle.

- Essaie de comprendre, Mavi, je t'en prie.

Il voulut argumenter et riposter mais face au regard dur et au silence de son enfant, il céda une nouvelle fois.

- Puis-je au moins savoir avec qui pars-tu ?

Il avait prononcé ces mots en levant les yeux sur le cavalier téméraire, le « lié » de l'étrangère.

- Vous êtes un homme courageux, j'ai vu ce que vous avez fait face à Beroth et aux autres, mais il faut avoir une idée derrière la tête pour enlever ainsi une demoiselle, déclara le forgeron d'une voix lourde de reproches ou de sous-entendus.

A l'entente de ces mots, Mave serra les dents et asséna un coup de poing sur l'épaule de son père qu'elle fixa avec un regard noir.

[HJ : Voilà, si tu veux que j'avance un peu plus l'action ou que je modifie quelque chose, fais-le moi savoir. ]
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Lun 24 Juin 2013 - 22:49 Répondre en citantRevenir en haut

Yuma ne s'était pas attendu à ce que sa compagne n'attrapât ses bras pour tirer brusquement en arrière ! Trop contente de voir sa brise se relâcher, le cheval n'avait pas daigné comprendre que s'arrêter calmement eût été préférable. Furieux, le voilà qui se cabrait sans le moindre remord, stoppé net dans son élan ! Bon cavalier, le demi-sang n'avait pas eu trop de mal à contenir sa colère, s'agrippant à la selle et tenant l'équilibre malgré le sursaut fulgurant. La demoiselle, à l'arrière, n'avait pas eu autant de chance. D'ailleurs, elle ne put pas être rattrapée malgré l'essai infructueux de son précédent geôlier. Ce fut tout juste si ce dernier réussit à calmer l'équidé en furie, évitant ainsi à l'homme qui leur barrait la route, de prendre un mauvais coup de sabots.

Haussant un sourcil lorsque le calme fut enfin revenu, Yuma jeta un coup d'oeil intrigué par la Torhille qui venait de chuter, remise immédiatement sur pieds par le grand bonhomme en question. "Papa", hein ? Voilà qui expliquait pour quelle obscure raison l'individu avait trouvé bon de se camper au beau milieu de la course d'un étalon ! Peut-être avait-il convenu de l'arrêter ? Le gabarit de ce peuple n'était pas pour éteindre sa curiosité. C'était une sacrée race de géants ! Quant à sa future aspirante... il semblait bien qu'il fût tombé sur un fort caractère. Elle n'avait pas l'air très contente d'apercevoir la figure paternelle, qui avait l'air de s'inquiéter à son sujet. Quoi qu'il en fût, au vue de la réaction de Mave, les relations entre eux semblaient tendues.

Ce ne fut que lorsque le Torhil aborda le jeune homme que ce dernier se décida enfin à esquisser un sourire. Il aurait peut-être bien voulu offrir un quelconque sentiment de réconfort à son interlocuteur, mais il paraissait clairement que celui-ci n'eût que guère confiance. Comment lui en vouloir après tout ? Quand bien même Yuma avait-il sorti la jeune femme de sa prison, il n'en demeurait pas moins qu'il souhaitât l'emmener plutôt loin de là. Non. "Enlever" était probablement le mot le plus juste pour qualifier cette façon de faire. Elle avait beau avoir accepté la proposition de Nemuri, Mave ne savait pas ce qui l'attendait, au delà des cieux de Rhaëg.

- Menacer un pauvre homme n'était guère une preuve de courage,
répondit-il en secouant la tête.

L'attitude de Mave ne manqua cependant pas de lui faire froncer les sourcils. Contrarié de la voir ainsi lever la main sur son père, faute de la savoir prompte à lever le ton, Yuma fit alors avancer sa monture entre les deux Torhils, obligeant la jeune femme à reculer d'un petit pas et lui jetant un regard sévère :

- Tu devrais apprendre à respecter ton père, demoiselle d'Undòmë. Il n'est ni une cible, ni un vulgaire chien.

Sans doute le respect de Yuma pour ses parents était-il coupable de cette remarque légèrement plus froide. Jamais, Ô grand jamais il n'aurait osé lever la main sur l'un d'entre eux, d'abord parce qu'il n'aurait pas gardé sa tête sur ses épaules bien longtemps, puis parce qu'il n'avait jamais manqué d'amour. Hausser la voix lui avait parfois valu d'être durement réprimandé. Les gifles cinglaient parfois lorsque ses paroles dépassaient de loin sa pensée, autrefois. Se pensant incompris étant enfant, les méandres d'un caractère adulte lui avaient laissé entendre qu'il l'avait bien mérité.

- Il est l'une des seules personnes que tu as au monde, n'oublie jamais ça, ajouta-t-il avant de descendre de sa monture et de la pousser à s'éloigner.

Yuma fit alors face au grand Torhil, n'hésitant guère avant de planter ses prunelles mauves dans les siennes.

- Je n'ai aucunement l'intention d'attenter à l'honneur de votre fille,
admit-il avec autant de sincérité possible, au contraire, j'ai pour but de l'aider à redorer son image. Je ne peux malheureusement pas vous dire quoi que ce soit sur ce qui l'attend, mais, si elle l'accepte, c'est un grand avenir qui va s'ouvrir à elle. Sa force sera mise à contribution de grandes choses. La décision de me suivre lui appartient entièrement, je ne prétends pas décider pour elle. En revanche, si elle accepte et que vous cherchez à l'en empêcher, je me devrai d'outrepasser votre autorité.

Le jeune homme fit un sourire confiant à l'adresse du bonhomme, avant de reculer de quelques pas. Parvenu en direction de Mave, il fit face à cette dernière avec un certain sérieux :

- Tu as pu parler à ma compagne, murmura-t-il pour elle seule, tu vas devoir refaire ton choix ici. Lorsqu'on est venu me chercher, je n'ai pas eu l'occasion de pouvoir parler à ma famille pour leur dire au revoir. Je te laisse cette opportunité aujourd'hui, alors, ne la gâche pas bêtement.

Comment oublier ce qui s'était passé lors de ces instants datant de l'automne ? Yuma sortait tout juste de cette horrible prison, en Orën et avait été autorisé à remettre une lettre à sa famille... Ou plutôt, on l'avait remise à sa place. Lorsque son envie de s'approcher avait été trop grande, il s'était hélas confronté à sa mère, folle d'inquiétude, abattue par sa disparition durant plus d'un an... Il n'aurait jamais voulu qu'elle le vît ainsi : maladif, amaigri, blessé, tout honneur bafoué... Il avait tout juste eu le temps de la serrer dans ses bras avant qu'elle l'oubliât, sous la force d'un dragon enragé. Quand bien même aurait-il voulu rester à la maison et malgré son inquiétude pour les siens, le demi-sang avait fini par être emmené et avait fait passer son désir de vengeance avant tout le reste.

Hochant la tête pour encourager la jeune Torhille, il finit par s'écarter de son passage, attendant donc de voir ce qu'elle s'apprêtait à faire. Allait-elle changer son comportement, ne fut-ce que pour dire au revoir à son père ? Ou allait-elle se murer dans l'espèce de fierté qui semblait la caractériser ?
Mave Arkias
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MessagePosté le: Mer 16 Oct 2013 - 01:32 Répondre en citantRevenir en haut

A la remarque du cavalier, Fenrir grogna en croisant les bras. Ayant sentit une once de pitié il étrécit son regard sur le jeune homme juché en selle. Certes, il avait eu un instant de faiblesse et était anéantit par les actes précédents de sa fille, mais il avait sa fierté et son amour de père encore intactes ! Il ne permettrait pas à ce gringalet au sourire de charmeur des bacs à sable, qu'importe qu'il ait participé à l'évasion de sa fille, d'avoir pitié de lui.

Si d'habitude il était plutôt d'un tempérament calme et jovial, les récents événements lui avaient fait oublier le plus grand don que Gaïa avait bien voulu lui faire, sa patience. Mave sentait ce léger changement dans l'attitude de son père, un obscurcissement tout juste perceptible, mais ne pouvait deviner quelles sombres pensées le Torhil faisait tourner en boucle dans sa caboche secouée. De toute façon dès que ça touchait à la petite Brune il avait tendance à adopter une attitude plus défensive qu'à l'accoutumée. Aussi Mave ne se formalisa pas le moins du monde du regard de son géniteur empli de tout sauf d'amabilité envers le « lié » de la sorcière.

Lorsque le jeune blanc-bec fit avancer sa monture entre le père et la fille, le Torhil fut tenté de pousser le canasson. Pour rejoindre sa frêle enfant bousculée par l'animal ou peut-être pour donner sa propre vision du respect, en tout cas il s'en retint et remarqua avec lassitude que le séjour de sa fille derrière les barreaux n'avait en rien adoucit son caractère. La voilà qui fronçait les sourcils et dardait ses prunelles incisives sur le cavalier.

« Mêle-toi de tes affaires, l'étranger ! »

Mave était hors d'elle. Serrant les poings et les mâchoires, frustrée au plus profond d'elle-même, la jeune torhille se sentait bouillante de rage. Mais ce n'était pas tant contre le cavalier qu'elle en avait, c'était contre son père. Père lâche, présent mais passif, qui avait toujours enduré sans protester, pourquoi maintenant venait-il gêner la fuite de sa progéniture ? Elle ne serait pas une peureuse prostrée au fond de sa forge. Elle ne serait jamais comme ce père dépassé qui se tenait maladroitement agressif de l'autre côté du canasson. La petite torhille dardait ses yeux furibonds sur le Torhil soudainement moins assuré. Qu'avait-il à la fixer de cet air si triste ? Pensait-il encore à la défunte Valira Arkias en se lamentant sur son sort ?

Un rictus déforma la bouche de Mave, révélant ses dents blanches et crispant son visage déjà inquiétant pour qui la connaissait un peu. Il voulait jouer les pères exemplaires ? Qu'il essaie ! Depuis que son regard de petite fille avait disparu, il n'avait jamais fait que la décevoir. Malgré tout ce qu'elle avait pu faire cela avait toujours été comme s'il s'en fichait. Il ne montrait rien, ne disait rien, tout coulait... Et pourtant Mave en rêvait du jour où elle verrait son père s'élever à nouveau comme le roc qu'elle avait cru connaître étant enfant. La petite Torhille avait besoin de ce repère fort dans sa vie, et c'est avec maladresse qu'elle tentait de faire ressortir ce qu'elle savait enfoui dans le cœur et dans les tripes du forgeron.

La deuxième remarque de l'étranger la toucha plus qu'elle ne l'aurait cru, son père aussi mais elle s'était refermée sur elle-même en fusillant le cavalier du regard. S'il savait à quel point cela était vrai ! Elle ferma les yeux en serrant d'avantage encore les poings, Mave avait toujours senti qu'on la rendait déjà responsable de la mort de sa mère, son père n'avait jamais ni affirmé ni infirmé...C'était douloureux, inconsciemment douloureux, mais elle l'avait enfouie au fond d'elle cette culpabilité et ne voulait la faire remonter à la surface pour rien au monde. Pas même pour son père, sa tendresse serait comme de la pitié aux yeux de la Torhille.

Le forgeron ne s'était même pas rendu compte que le cavalier avait mis pied à terre et engageait le dialogue visiblement pour le rassurer. Son premier mouvement fut méfiant et il planta sans hésitation ses prunelles grises dans celles étrangement mauves de son interlocuteur. Il l'écouta attentivement et retrouva son calme légendaire avant de ne répondre d'une voix posée.

-Je fais confiance à ma fille pour défendre son honneur, elle a déjà prouvé qu'elle en était capable d'une bien funeste manière, dit-il en appuyant ses mots d'un regard complice et tendu à sa progéniture. Et je suis heureux de voir que vous ne comptez pas lui forcer la main, mais permettez-moi en tant que père de demeurer sceptique quant à votre beau discours.

Il avait prononcé ses mots d'un ton neutre et avait tenté de dire ce qu'il en pensait à mi-mot à l'adresse de Mave. Mais il n'arrivait pas à faire confiance à cet inconnu, Mave qui était bien plus méfiante que lui le pourrait-elle ? Il tentait de lire sa fille mais elle se déridait difficilement aux paroles que lui adressait l'étranger pour elle seule.

Quelles raisons avait-elle de refuser ? Cet homme et cette femme qui étaient venus visiblement pour elle restaient mystérieux mais ils l'avaient libérée. Qu'aurait-elle à gagner à rester au village ? Rien, elle n'était plus qu'une meurtrière aux yeux de ces gens qui l'avaient vue grandir. D'ailleurs eux n'étaient pas grand chose pour elle, à part la vieille Kiara aucun habitant ne lui manquerait.

La Torhille porta un regard mitigé sur son père. Elle voulait partir, quels seraient ses mots à lui pour la retenir ou lui souhaiter bonne chance ? Déjà cette lueur triste l'irrita. Ne vivait-il que dans le passé ? Mave fronça le sourcils en se rapprochant de la figure paternelle soudainement plus sombre. Il enfouissait en lui ses émotions et cela donnait à son visage un air sévère de statue purificatrice.

A quelques pas l'un de l’autre ils se jaugèrent. Fenrir n'osait rien dire, il savait que c'était fini. Sa fille allait partir, avec ce qui semblait être un parfait inconnu...Elle était le portrait craché de sa mère et semblait suivre inconsciemment le même chemin. Le forgeron regretta d'avoir gardé pour lui ses souvenirs de sa défunte épouse, peut-être qu'en en sachant un peu plus sur le modèle maternel Mave aurait été différente. Il s'était toujours dit qu'il avait tout le temps de ça, mais le temps se comptait désormais en minutes. Valira resterait dans son cœur, dans sa mémoire, mais ce qu'il restait d'elle dans ce monde s'apprêtait à partir il-ne-savait-où loin de lui.

« Ici c'est ta terre, ne l'oublie pas, commença-t-il calmement.

-Terre que j'ai souillée... Personne au village ne voudra de moi, nos cousins sur les terres avoisinantes auront tôt fait de me donner la chasse, quel avenir veux-tu que j'ai sur cette terre ? Demanda-t-elle avec agressivité.

-Si tu faisais un effort tu serais pardonnée...

-Pardonnée de quoi ? Je n'ai rien fait de condamnable ! Je me suis juste défendue, l'interrompit-elle.

Le Torhil soupira avant de reprendre la parole.

-Parfois il faut savoir se soumettre pour survivre, Mave.

-En ça je sais que tu es un maître ! Tu as toujours courbé l'échine ! Jamais la tête haute ! Toujours le regard bas ! Ah, elle devait être fière à ton bras maman ! Tu étais peut-être un superbe torhil promis au destin de guerrier, mais tu as fuit, tu t'es terré ! Aujourd'hui tu n'es qu'une loque dont elle aurait honte...

Le flot de reproches allant crescendo de la jeune torhille fut interrompu par une gifle peu violente certes mais vive qui lui coupa le sifflet. Jusqu'à présent jamais sa mère n'avait été évoquée lors de leurs accrochages, il fallait croire qu'il ne brûlait plus aujourd'hui que pour une morte. Mave en resta interdite pour ne pas sombrer dans la tristesse et la déception.

-C'est ta mère qui m'a appris cela. Tu peux me traiter de tous les noms, me faire tous les reproches du monde, je sais que tu aurais préféré...(L'émotion paralysa sa voix.) Je sais, et je te comprends, mais quoique tu fasses ou dises je resterais fidèle à sa philosophie pour laquelle elle a souffert beaucoup plus que tu ne le penses. J'aurais aimé préciser ces mots, t'en faire comprendre le sens, je pense qu'elle aussi... Elle savait peut-être ce qui allait se passer lorsqu'elle t'a baptisée, tu lui ressembles tellement...et aujourd'hui c'est à toi de choisir, Mave.

Mave...Celle qui décide... Telle était la signification de son prénom. Un jour saisirait-elle peut-être cette philosophie de choix de soumission et de survie dont parlait sa mère. Pour l'heure la jeune torhille avait reculé d'un pas et fixait son père avec une tristesse difficilement camouflée derrière ses prunelles bleues. Sa lèvre inférieure tremblait et l'emportement de son père lui avait fait l'effet d'un coup de poing. Tout ce temps à ne rien dire, subir, ne pas réagir, pour sa fille – la chair de sa chair, le sang de son sang – et cet enflammement pour une femme, aussi merveilleuse soit-elle, morte... Mave n'y croyait pas, bien vivante, elle côtoyait un homme qui ne vivait plus que pour le souvenir d'une morte, un homme déjà mort à l'intérieur, mort avec sa femme.

Voilà comment elle voyait la chose de son esprit perturbé. Fenrir le comprit et s'approcha de son enfant, mais le regard de cette dernière c'était voilé d'un sentiment indéchiffrable. Il la toucha, elle posa ses yeux sur lui sans pour autant sembler le regarder. Il la serra contre lui, prenant garde de ne pas abîmer ce petit corps si fragile malgré son apparente solidité. Elle ne réagit que par un petit gémissement, comme une tentative de parole, mais les mots restaient coincés dans sa gorge. Pour Mave ils se disaient vraiment adieu. Pour Fenrir, ce n'était qu'un au revoir...il l'espérait.

-Je t'aime, Mave. Je t'en prie, reste en vie. Je t'aime tant, Mavi...tellement... »

Quelques larmes roulèrent sur les joues du forgeron, bientôt un torrent creusa des sillons sur ses joues. Mave l'observa d'un air qu'il ne lui connaissait plus depuis sa jeune enfance, un air inquiet pour quelqu'un qu'on aime, avec ses yeux débordant de questions. Émotif, il se sépara à contre-cœur de son enfant et reprit la direction du village... Discrètement elle avait glissé sa main dans la sienne durant leur étreinte et il fut encore plus ému en sentant la main de sa fille tenir ses doigts jusqu'au dernier moment comme pour le retenir. Il lui adressa un dernier regard pour graver cette image d'elle en cet instant dans sa mémoire. Droite, d'apparence sûre, ses cheveux secoués par une fraîche brise nocturne, seul son regard trahissait ses émotions maladroitement cachées pour les yeux d'un père. Elle n'avait pas besoin de lui courir après pour cette dernière étreinte qu'elle regretterait plus tard, ou de lui crier qu'elle tenait à lui. Un regard avait suffit pour qu'il la comprenne mais c'est le cœur gros que la Torhille regardait partir son père et se dérouler sous ses yeux les premières conséquences de son choix.
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Ven 3 Jan 2014 - 02:47 Répondre en citantRevenir en haut

Yuma avait assisté à l'échange sans mot dire. Il n'y avait rien à dire. Rien qui eût pu justifier d'interrompre cet instant. Alauwyr et Estenir avaient retrouvé une demoiselle au caractère plutôt farouche et dont le désir d'indépendance plaisait beaucoup au nouveau Maître. Malgré sa nouvelle tâche et les évènements récents sur Tol Orëa, le jeune homme demeurait toujours aussi fougueux et ivre de liberté. Aucun de ces deux traits n'étaient près de changer en lui. Pourrait-il s'accommoder d'une aspirante au moins aussi sauvage que lui ? Seul le temps le dirait. Le temps et sa propre patience. Du haut de ses vingt et un ans, il n'était pas encore tout à fait apte à commander quelqu'un. Pourrait-on prendre le risque d'avoir un tel homme à la tête de ses rangs, au Kaerl Ardent ? Ce nouveau poste et cette nouvelle responsabilité faisaient partie des choses qui permettraient de prouver que tel était le cas.

Lorsque le père s'en retourna vers le village, le coeur gros, Yuma choisit enfin de sortir de son mutisme et de s'avancer aux côtés de la jeune femme. Pas tout à fait aussi grande que lui. Pour une torhille c'était chose étrange ! Il avait pourtant eu le loisir de voir de sacrés baraqués depuis son arrivée au Màr. La taille était cependant bel et bien compensée par un caractère sulfureux.

- Tu auras l'occasion de le revoir, tu sais,
dit-il enfin pour briser le silence, il te faudra un peu de patience, mais viendra le temps où tu seras libre d'aller où bon te semblera.

Ce qui était plutôt ironique de sa part, puisqu'il n'avait encore pas eu l'occasion de s'en retourner auprès des siens. Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis sa libération d'Orën et son discret retour pour assurer qu'il se portait de nouveau bien. Si ses parents avaient su où il en était désormais, sans doute auraient-ils été plus que surpris. Sa mère n'en aurait pas cru ses oreilles et lui aurait volontiers fait savoir qu'un gamin pas fichu de laver son propre linge, ne saurait jamais commander une armée. En cela, il aurait probablement approuver ses dires sans rechigner. Ce poste d'Archonte Brûlant était fait pour le surveiller avant toute chose. Alauwyr se garantissait de sa fidélité et lui garantissait que les troupes du Kaerl Ardent n'auraient pas la fâcheuse idée d'envahir son pays.
Tout le monde y trouvait son compte !

- Je m'appelle Yuma, finit-il par ajouter en faisant quelques pas en arrière pour revenir dans l'obscurité, Yuma Amarok. Je suis natif du Vaendark, de la Terre des Kaacheen plus précisément.

Posant sa main sur l'encolure de sa monture, il fit mine de retirer tout équipement de cette dernière, progressivement. Bon cavalier et habitué à cette besogne, il ne lui fallut guère de temps avant de pousser l'étalon à quitter les lieux. L'animal se sentirait bien mieux en étant libre, lui aussi. Les pâturages de cette terre suffiraient amplement à ses besoins et sans doute se ferait-il de nouveaux compagnons.

- Nous avons un voyage assez long à faire et malheureusement, nous ne pouvons pas prendre de raccourcis pour cette fois. J'espère que tu ne seras pas malade en chemin, ce serait plutôt désagréable de devoir te materner. Nous n'avons plus qu'à attendre Nemuri !

Il s'autorisa un léger sourire amusé, qu'il ne tarda pas à adresser à Mave, sans vraiment lui expliquer où il voulait en venir. Il ignorait si la jeune femme comprendrait au premier abord. Il parlait de voyage et laissait son cheval filer : doux paradoxe, n'est-ce pas ? Leurs quelques affaires rassemblées, Yuma fit mine de les passer en revue soigneusement. Ils auraient le loisir de s'occuper de la nourriture en chemin, s'il venait à en manquer.
Ce fut durant cette petite inspection qu'un grondement se fit brusquement entendre dans les airs. Quelque chose faisait claquer l'air. Plus gros qu'un oiseau : quelque-chose qui faisait tressaillir le ciel même.

Les écailles bleues de Nemuri fendirent la noirceur du ciel, délivrées de la vue des habitants des environs, elle pouvait désormais voler en toute quiétude dans les cieux. L'agitation des environs avait cédé place à suffisamment de calme pour lui laisser l'opportunité de reprendre sa forme originelle. Que penserait donc Mave de cette immense forme reptilienne qui approchait dangereusement d'eux à cet instant ? Yuma ne semblait pas y prêter attention, continuant de farfouiller dans ses sacoches. La majestueuse silhouette, quant à elle, fit entendre le battement sourd de ses ailes de plus en plus fortement. Sa queue claqua dans l'air alors qu'elle descendait gracieusement vers le sol. Malgré sa taille, imposante pour quiconque n'avait encore jamais vu de dragon, la Bleue se posa avec délicatesse, enfonçant ses griffes dans la terre humide de la nuit.

Ses yeux opalescents fixèrent alors la jeune Torhille, semblant sonder son âme, de la même façon qu'elle l'avait fait dans la prison. La dragonne ne lui fit part d'aucun mot pour la rassurer, se contentant de marcher lentement autour de son lié et de le contourner paisiblement pour faire le tour de la demoiselle. Les lueurs du village n'étaient pas suffisantes pour dévoiler sa présence. Le souffle caverneux de Nemuri se fit entendre, alors qu'elle quittait Mave du regard, se contentant de contenir une éventuelle fuite en se couchant juste derrière elle.

- Ah, voilà ! s'exclama Yuma en se redressant vivement.

Ce fut avec l'air le plus naturel du monde que la question fatidique fut bientôt posée :

- Mave, voudras-tu une couverture pour le voyage ? Il fait plutôt frais là-haut.
Mave Arkias
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MessagePosté le: Mer 29 Jan 2014 - 01:36 Répondre en citantRevenir en haut

Son père avait disparut et les lumières du village commençaient à s'effacer à leur tour. Mave releva des yeux lourd d'émotion sur l'homme qui venait de lui adresser la parole. Était-ce une façon de la réconforter ? Pour l'instant la Torhille ne s'imaginait pas revenir voir son père. Que regrettait-il au fond ? Le départ de sa fille ou de ce qu'il lui restait de sa femme ? Elle était triste, oui, mais aussi en colère.

« Il m'a demandé de rester en vie, pas de revenir le voir, déclara-t-elle sur un ton dur sans équivoque quant aux émotions qui la traversaient.

Mave serra les poings. De la patience ? Aller où bon lui semblait ? Quittait-elle une prison pour une autre ? Ses pensées tournaient vivement et de manière bien trop confuse ou troublée pour qu'elle ne se place pas sur le qui-vive. Les prunelles bleues de la Torhille se tintèrent d'orage tandis qu'elle dardait ses yeux agressifs sur l'homme prénommé Yuma.

- Que tu sois né ici ou ailleurs, qu'est-ce que cela peut me faire ? Gaïa s'est-elle couturée le mamelon pour les beaux yeux de quelques seigneurs ? Je ne pense pas ! (Elle marqua une pause). Ces histoires de territoire m'ont toujours agacées, conclu-t-elle.

La Torhille dépassa le cavalier et s'arrêta bien vite en croisant les bras dans un geste rageur et las. Ses yeux vides parcoururent l'horizon qui s'offrait à elle. La jeune fille s'interrogeait quand ses réflexions furent interrompu par un tintement qui lui chatouilla les oreilles. Mave se tourna vers la source du bruit pour découvrir avec étonnement Yuma déharnachant sa monture. Sa surprise s'agrandit lorsqu'elle le vit faire partir l'animal et qu'il lui parla d'un long voyage comme si de rien n'était. Qui était cette Nemuri ? La Sorcière qui l'avait aidée à s'échapper ?

Mave capta l'air amusé de l'homme face à elle et guetta les alentours pour tenter de comprendre ce qu'il se passait. Un grondement la fit sursauter et elle guetta le ciel en alerte : aucun orage ne se présentait, au sens propre en tout cas. C'est avec une certaine inquiétude mêlée à de la curiosité que la Torhille aperçut une forme bleue et gigantesque qui déchira le ciel pour se rapprocher d'eux à vive allure. Elle la suivit des yeux à s'en dévisser la tête et la regarda se poser avec un mélange de fascination et d'appréhension.

Quand la chose se posa et capta son regard, Mave retint un mouvement de recul. Même si cette forme lui paraissait irréel, ce regard lui était familier et la paralysait au moins tout autant qu'il semblait l'analyser. La jeune évadée se sentait bien petite en comparaison de la créature qui avait commencé à se mouvoir avec une certaine majesté... Elle la suivait des yeux, incapable de détacher son regard de ce qui ne pouvait être qu'un dragon – créature légendaire qu'elle n'avait croisé qu'en livre ou au coin du feu quand des saltimbanques passaient au village et racontaient leurs histoires merveilleuses.

La peur et l'inquiétude se mêlaient, déclenchant de vagues tremblement dans les membres de la Torhille qui n'osa bouger tandis que la créature bleue faisait le tour de sa personne. C'est seulement lorsque la bête fut couchée que Mave se retourna précipitamment. Restant un instant interdite elle finit par lever la main pour toucher ce que sa raison lui criait qu'il était impossible que cela existasse. A peine eut-elle effleurer les écailles du dragon – sans même attendre sa réaction – qu'elle fit quelques pas en arrière, manquant de trébucher.

L'exclamation de Yuma la fit sursauter à nouveau et sa question la désarçonna pour de bon. Mave fixa ce qu'il lui proposait, reporta son regard sur ses yeux mauves, détailla de nouveau le dragon, puis loucha à nouveau la couverture en tentant d'articuler des mots qui ne voulaient sortir mais que ses yeux hébétés traduisaient parfaitement. Soudain ses tremblements cessèrent et sa panique surgit par trop de contentions.

- Non mais tu es sérieux là ? C'est un dragon, c'est ça ? Je ne me trompe pas ? Et toi, ça ne te dérange pas, tu me proposes une couverture pour « là-haut » ! Normal ! Qu'est-ce que cela veut dire ? Tu... On va monter...dessus ? »

Si sa voix était montée crescendo, sa dernière phrase avait été prononcée avec beaucoup moins d'intensité. Mais où est-ce que cet homme allait la trimballer ? La Torhille porta une main à sa tête et la passa dans ses cheveux comme si dénouer sa crinière avait eu le pouvoir de dénouer ses pensées. Un dragon, deux inconnus qui venaient la faire sortir de prison avec une sorcière qui lui parlait d'un grand destin, c'était beaucoup pour la jeune fille habituée au calme étouffant de sa forge.

Fébrile, perturbée, inquiète et pourtant curieuse, fascinée, impatiente, Mave attendait les réponses dont elle n'arrivait pas à formuler les questions.
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Dim 9 Mar 2014 - 05:17 Répondre en citantRevenir en haut

- Pourquoi ça me dérangerait ? questionna-t-il avec curiosité.

Yuma secoua la tête durant un court instant. Cette demoiselle avait son petit caractère, il n'y avait nul doute là-dessus. Il aurait fort à faire s'il désirait vraiment se montrer à la hauteur. Il était cependant indéniable que le jeune homme ne prenait pas toute l'ampleur de cette tâche en considération : lui qui n'avait jamais eu à assurer l'éducation martiale de quelqu'un, ni même à être un "maître" dans quoi que ce fût. Sa couverture en mains, il préféra rabattre cette dernière sur ses épaules et se contenter d'ouvrir grands les bras.

Les ailes de Nemuri émirent un battement léger dans l'air, avant que ses pattes ne se levassent de leur emplacement. Le corps gracieux de la dragonne se laissa glisser paisiblement vers son lié, déposant son imposant museau au creux des bras de ce dernier. La manoeuvre avait pour but de prouver à la future aspirante qu'il n'y avait rien à craindre d'eux en cet instant. Quand bien même faisait-elle la fière, il n'était pas difficile de deviner la détresse qui était sienne : il suffisait de la regarder transparaître dans son regard. Fut un temps, Yuma avait également été apeuré par la présence de l'un de ces grands reptiles ailés, lequel avait été bien moins tendre que la Bleue. Quelques mois seulement s'étaient écoulés depuis cet instant précis, où un Bronze était venu le sortir de sa geôle, en Orën... Quelques petits mois qui semblaient être des années entières.
Le temps avait passé à une allure vertigineuse, le laissant penser que tout ceci l'avait amplement dépassé.

*C'est bien là-haut que nous allons, petite Torhille.*
souffla doucement la voix de Nemuri, dans l'esprit de son interlocutrice.

Une fois encore, la silhouette draconique se mut avec élégance sur l'herbe, plongeant un regard intense dans les yeux de la jeune femme. Un regard d'un bleu limpide, où seul un iris allongé se dessinait. La lueur des lunes faisait luire les écailles cobalt au sein de la prairie, comme si le lit d'une rivière eût choisi de s'y installer et que les étoiles s'y reflétassent paresseusement. Les ailes de la créature se replièrent le long de ses flancs, tandis que ses mouvements la guidait de nouveau près de Mave.

*Permets-moi de te transmettre un peu de mon savoir quant à ton avenir, Mave Arkias.*


L'esprit de Nemuri fit soudainement irruption dans celui de la Torhille, bafouant un instant ses pensées incertaines pour lui ouvrir le chemin. La lueur était probablement aveuglante au premier abord, transportant cette nouvelle âme vers un endroit bien connu des jeunes dragons et de leurs ancêtres avant eux. De chaque génération s'écoulait un savoir. Un savoir qui avait fait vibrer cette île, au sud. Cette île puissante et légendaire que l'on avait baptisée "Tol Orëa", la "Terre de l'Aube".

Ce furent les ailes d'un dragon qui guidèrent presque tout de suite Mave, quittant le lit agité de la mer pour surplomber une vaste terre fertile, où les vols des dragons ne cessaient d'aller et venir, où de vaillants guerriers se faisaient une place et où de simple mortels devenaient un jour des héros. La première vision qui apparut après celle de l'eau agitée des flots marins, fut celle d'une étendue forestière aux feuillages dorés, criblés de vert, de ces feuillages que l'on n'apercevait qu'en fin d'été au coeur de la Sylve familière.

Les ailes bifurquèrent pour se précipiter vers le bord d'une étendue plus sauvage, dénudée de toute vie aujourd'hui, abritant une cité maudite, dont tous tâchaient de taire l'existence. Il ne s'y attarda pas, faisant gronder les cieux par un rugissement puissant qui conduisit jusqu'à la cime embrasée d'un volcan et de ses nombreux pics rocheux. Le vrombissement de la terre se fit entendre, tandis que la majestueuse créature s'élevait bientôt plus haut dans les cieux.

Ce fut au tour d'une somptueuse citadelle volante de dévoiler ses atours, éblouissant les alentours par sa lumière éclatante, reflet même de la clarté d'un soleil agréable. Le vol n'en devint que plus vertigineux lorsque le battement puissant des ailes fit trembler le ciel, s'en revenant au niveau de la mer. Une telle chute laissa entrevoir, au sein de la grande dame des eaux, l'étendue d'une cité sous-marine, baignée par de langoureux flots d'argent.

Les falaises furent dépassées bien vite, trop vite pour en découvrir les recoins les plus secrets. La vitesse du dragon se stabilisa pour survoler d'immenses plaines d'un vert émeraude éclatant, avant de découvrir les contrées marécageuse d'un delta, qu'il contourna habilement. Ce fut au tour d'une énorme montagne de faire son apparition à l'horizon, près de laquelle le vol n'en fut que plus rapide jusqu'à la Pointe d'Ombrelune, où la course s'acheva soudainement.

La dernière vision de cette terre enchanteresse traversa bientôt les couloirs d'une forteresse dissimulée près du volcan qui avait déjà été aperçu. Les couloirs n'en finissaient pas de défiler, offrant de nombreux visages dont il était quasi impossible de discerner les traits. L'étrange guide de cette étrangère poursuivit sa course jusqu'au bout et parcouru les entrelacs de galeries que bien des dragons connaissaient. Tandis que de fiers applaudissements retentissaient entre les murs sacrés de ces lieux, Mave eut probablement tout juste le temps d'apercevoir l'oeuf qui reposait sur le sable noir, prêt à éclore.

*Comprends-tu quel destin sera le tiens, désormais ?*


Nemuri relâcha l'esprit de la jeune femme, reculant près de son lié, sans pour autant la quitter des yeux. Malgré sa jeunesse, la dragonne avait fait de son mieux pour mettre à profit tout le savoir que ses ancêtres avaient su lui transmettre. Ce dernier ne cessait d'affluer en sa mémoire, l'envahissant petit à petit et la comblant de tant de choses, qu'elle avait parfois l'impression d'oublier ses propres pensées.

*Tu as accepté de nous suivre, mais nous ne pouvions te laisser dans l'ignorance. Tu es encore en droit de refuser ce à quoi tu t'engageras en nous accompagnant. Si tel est le cas et que cette vie t'effraie, il me faudra effacer ta mémoire. Aucun des secrets révélés ce soir ne doit jamais être connu du monde extérieur à notre Terre.*


- C'est à toi de choisir ce que tu veux et à personne d'autre, ajouta Yuma, qui avait observé la scène en silence -fait somme toute exceptionnel le concernant-, si tu es prête à venir, c'est maintenant ou jamais.

Un sourire à la fois provocateur et amusé vint étirer ses lèvres.
La couverture était de nouveau tendue dans la direction de la jeune femme.
Mave Arkias
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MessagePosté le: Lun 17 Mar 2014 - 01:22 Répondre en citantRevenir en haut

Mave chancela en retrouvant la terre ferme. La tête lui tournait et sa vue se brouilla par à coup. Le sang battant à ses tempes émettait un bruit infernal. Était-ce à cause du coup porté par son père quelques heures plus tôt ? Ou alors à cause de ce tour de magie rocambolesque ? Rien que de repenser à cette vision trop rapide et aérienne la Torhille se sentait mal. Pour sûr, elle était mieux avec les deux pieds sur terre !

Pourtant, ce qu'elle avait vu... C'était réel ? La voix, elle l'avait reconnu. Cette présence dans son esprit avait été la même que celle dans la prison, quand la sorcière lui « parlait ». Un frisson parcourut sa colonne vertébrale, c'était des plus excitant. Loin de tout ce que Mave avait pu lire dans les vieux grimoires de Kiara et loin de tout ce qu'elle avait pu imaginer dans ses rêves les plus fous.

Ses prunelles se portèrent à nouveau sur l'étrange duo. Qu'étaient-ils ? Au fond cette question n'avait plus d'importance. La Torhille reprenait son souffle. La vision l'avait transportée avec tant d'intensités que malgré son apparent mal de l'air un fourmillement d'excitation traversait ses membres. Tant de questions lui brûlaient les lèvres et son regard trahit sans doute la fébrilité qui l'agitait. Un sourire presque candide vint éclairer son visage lorsqu'elle se rendit compte qu'elle n'avait qu'une envie, découvrir ces lieux qu'elle n'avait qu'entraperçus.

Les deux compères l'interrogèrent à nouveau et elle s'assombrit l'espace d'un instant. L'inconnu l'excitait, elle avait envie de partir découvrir ce que la sorcière lui avait montré mais où était-elle ? Ce dragon, qu'était-ce donc encore ? Et lui, Yuma, quel rôle jouait-il dans tout cela ? Son regard se porta sur son village plongé maintenant dans la pénombre. Le plus dur des adieux avait déjà été fait, plus jamais elle ne pensait pouvoir appeler cet endroit « sa maison ». Mave ne voulait pas y retourner, surtout pas après avoir vu tout ce que le monde avait à lui offrir.

Elle avait soif d'aventures et de reconnaissance, la Torhille appréhenderait le monde entier et un jour serait regardée avec la plus grande admiration. Le respect et la crainte qu'elle inspirerait feront d'elle un être intouchable et au-dessus de tous ! Sa rancœur avait grignoté sa candeur presque enfantine de l'instant précédent mais elle ne s'était pas totalement évaporée.

Mave secoua la tête et chassa les pensées parasites l'habitant pour plonger ses iris bleutées dans celles mauve dudit Yuma. Son choix était fait, ses yeux le trahissait. Malgré ses interrogations elle choisit de découvrir ce destin qui s'offrait à elle.

« Je viens avec vous ! »

Ses doutes, comme autant de faiblesses, s'étaient vu remisés. La Torhille le savait : une chance comme celle-ci, il s'en présentait une dans une vie ! Ainsi laissa-t-elle ces mots forts, emplis de détermination, jaillir de sa bouche et sceller son destin.
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Sam 2 Aoû 2014 - 13:19 Répondre en citantRevenir en haut

- À la bonne heure ! approuva Yuma lorsque Mave se décida à accepter leur proposition.

Ah ben non, décidément, elle n'était pas du tout décidée à récupérer la couverture qu'il lui tendait. Affichant une moue boudeuse, Yuma se contenta de hausser les épaules et jeta l'objet sur le dos de Nemuri. Cette dernière ne broncha pas et se baissa au niveau du sol, afin de permettre à sa nouvelle cavalière de grimper. L'expérience serait toute nouvelle pour elle, d'autant que le trajet se ferait par la voie des cieux. Il n'était pas question de se mettre en danger en passant par l'Interstice, avec tous les ennuis que cela procurait. La prudence était de mise, d'autant que la Marque était déjà bien suffisante à assumer.

Chaque chose en son temps, le jeune maître-dragon n'était pas prêt à parler de cela à sa nouvelle aspirante. Maître... c'était bien la dernière de l'année, lui qui était encore un aspirant voici fort peu de temps. En sortant de sa geôle, le demi-sang n'aurait jamais pensé encaisser autant d'éléments en si peu de mois. Si l'on lui avait dit qu'il serait un cavalier sur le dos d'un dragon un an plus tôt, il aurait fermement éclaté de rire. Et voilà que l'on le prenait pour un maître. Un maître... C'était bien la meilleure, pour quelqu'un qui ne s'assumait guère encore en ce qui concernait son statut d'Archonte Brûlant. Pour quelqu'un qui n'avait jamais eu beaucoup de responsabilités, c'était plutôt ironique : d'autant que mener une armée, ce n'était pas exactement la même chose que mener des amis se battre dans une taverne.

Pour sûr, il allait devoir se débrouiller pour apprendre des ancêtres du Kaerl, qui n'avaient pas manqué se ficher de lui en apprenant la nouvelle. L'autorité, il ne la respectait déjà pas personnellement, alors la faire respecter venant de lui n'était pas un jeu aisé. À quoi avait donc pensé Iskuvar en le catapultant à autant de tâches en même temps ? Lui qui préférait l'action aux blablas incessants, le voilà qui était bien embêté. Sa spécialité étant l'improvisation, il n'allait pas tarder à se rendre compte par lui-même de ce que ces travaux incombaient. Entre autres choses, il aurait le mérite d'être occupé durant un bon moment avec tout ça.

Peu enclin à laisser la demoiselle mourir d'une chute de plusieurs mètres, Yuma fit en sorte de l'aider à grimper sans pour autant la guider trop non-plus. Il était bien placé pour savoir qu'une personne fière avait tendance à apprécier se débrouiller seule dans ces moments-là. En revanche, elle pouvait bien protester tout son saoul pour qu'il la laissât sans protection, il n'escomptait pas en démordre : le harnais serait solidement arnaché pour lui permettre un vol en toute sécurité. Les issues de secours se trouvaient de tous les côtés de l'appareil, mais aucun équipement ne permettrait de la préserver d'une dégringolade, hormis les réflexes de la Bleue.

Nemuri ne désapprouvait pas le caractère de la Torhille : son lié n'était pas en reste de ce côté-là après tout. Gelée dans son calme habituel, la dragonne ne pouvait qu'imaginer les étincelles que feraient les altercations de ces deux-là. En ce qui la concernait, elle n'interviendrait qu'en cas de réel ennui... à moins que Mave Arkias ne vînt à bout de sa patience pourtant extrême.

°N'aie crainte pour ton premier vol, je ferai en sorte de ne pas me montrer brusque.° assura la Bleue doucement.

- Un vol à vitesse de croisière ? Mais on va s'ennuyer ! protesta Yuma en soupirant.

Il n'eut pour toute réponse qu'un léger vrombissement de la part de sa liée. Hélas, le jeune homme allait devoir se plier à cette décision sans rechigner. Lui qui appréciait de pouvoir profiter des petites séances de vol un peu plus rapides, c'était raté pour cette fois. Les immenses ailes de Nemuri se déployèrent dans un mouvement ample, battant légèrement dans l'air afin de les échauffer un peu. Ses pattes prirent un bon appui sur le sol avant de commencer leur course.

Décoller de cette façon serait plus agréable pour la nouvelle venue qu'un simple départ à la verticale. L'élan pris, la dragonne n'eut aucun mal à s'élancer vers le ciel. Assis derrière son aspirante, Yuma fit de son mieux pour la maintenir parfaitement en place, au moins pour cet instant-là. La sensation de quitter la terre-ferme n'était pas toujours agréable les premières fois : il en avait lui-même fait les frais à ses débuts. Les deux liés ne volaient pas depuis très longtemps et un cavalier de plus serait une nouveauté pour la Bleue. Plusieurs arrêts seraient nécessaires en route, autant pour la reposer que pour le salut du derrière des cavaliers.

- Bienvenue dans notre petite équipe, Mave ! s'exclama le demi-sang avec un sourire.
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