Playlist Tol Orëanéene Carte du Monde Index du Forum
Connexion •  Se connecter pour vérifier ses messages privés •  S’enregistrer
 
 [RP] Cendres et sang. Sujet suivant
Sujet précédent
Poster un nouveau sujetRépondre au sujet
Auteur Message
Cendre Algoma
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Lun 8 Oct 2012 - 23:14 Répondre en citantRevenir en haut

&

Yepa Algoma .&. Anoki Algoma
Fin de l'hiver 918
Gothic Storm ~ You Are Not Alone



La fumée âcre des feux mourants plongeait le paysage dans un amas de gris et de blanc ; çà et là, de grosses mottes de neige souillée parsemaient son champ de vision, premiers signes de la saison morte et ultimes marques d’un passé désormais révolu. Penchée au-dessus des tombes récentes des siens, la jeune femme essuya une perle saline qui glissait sur sa joue, dissimulant sa faiblesse aux yeux de son cadet, déjà en proie à un chagrin indicible.

* Bienveillante Kishi, étends ta noire chevelure sur notre peine. Permets-nous de trouver le repos malgré notre tristesse. Ournanos, Père des Vents et du Ciel, veille sur nos morts parce qu’ils ont gagné ton respect. Confie-les à ta douce fille pour qu’elle leur donne son amour éternel au royaume des morts. Isashani, garde auprès de toi leurs âmes blessées, aime-les de toutes tes forces, accueille-les dans ta solitude et prends soin d’eux. *

Leurs gestes mécaniques trahissant le désarroi dans lequel ils étaient plongés, ils jetèrent dans le dernier feu les pelles calcinées dont ils venaient de se servir. Alors qu’Anoki se détournait et s’éloignait pour louvoyer entre les décombres, elle resta là, de longues minutes, à regarder les flammes lécher avidement le bois. Le consommer jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien que des cendres. Était-ce là la place finale de toute chose ? Éclats de vie qui tombent en poussière, dans une lente agonie. Elle repoussa au loin sa peine, dans une énième tentative de reprendre le dessus sur elle-même, puis elle essuya son visage marqué par la souffrance. Ses mains tachées de suie, Yepa se tourna pour suivre son frère des yeux. Il repoussait maladroitement les affaires brûlées à l’aide d’une branche brisée, recherchait des provisions en vue de leur trajet jusqu’au village et s’efforçait de contrôler ses propres émotions – seul le tremblement intempestif de ses membres fatigués trahissait son apparente impassibilité. La jeune demi-Torhil prit une profonde inspiration, ignorant de son mieux l’odeur de la mort, elle s’avança ensuite jusqu’à la pile de débris la plus proche. C’était tout ce qui restait des tentes, à présent. Un amas de bois noir et fumant, quelques morceaux de cuir cramés. Elle ne trouva rien d’utile dans les quatre premiers tas qu’elle examina ; elle finit toutefois par atteindre sa propre tente, qu’elle avait longtemps partagé avec son aînée avant que cette dernière ne quitte le clan. Là, parmi les détritus, elle aperçut un scintillement dans la lueur mauve d’Iolya. Seule Lune encore présente vu l’heure tardive – ou, selon certains points de vue, peu avancée du jour – elle posait un unique œil compatissant sur le duo de chasseurs qui s’affairait à fouiller les restes du campement. La sang-mêlé s’agenouilla pour saisir entre ses doigts la fine chaîne d’argent, au bout de laquelle se balançait un unique flocon. Le pendentif, pas plus grand que sa paume, luisait d’un éclat apaisant ; elle le regarda osciller, bercée par le mouvement tranquille et les souvenirs que sa présence ramenait en elle.

« Pour ma petite princesse de l’hiver. »

Les paroles de son père, malicieuses et sincères, résonnèrent douloureusement à ses oreilles. Comme s’il était là, près d’elle, la couvant de son sombre regard avec un sourire confiant. Elle pouvait presque sentir la tiédeur de sa peau lorsqu’il la prenait dans ses bras, entendre son rire rocailleux, voir les longues cicatrices qui avaient fleuri sur son corps au fil des années. Elle contempla son corps, plus pâle, plus fin. Sur ses avant-bras, de minces lignes claires, comme des zébrures, démontraient la maladresse dont il lui arrivait de faire preuve. Mais aussi l’entrainement intensif qu’elle avait suivi auprès d’Akecheta, son père. La rudesse de sa vie aux pieds des Dents du Diable. Ses iris clairs parcoururent ces traces presque invisibles, s’attardant sur certaines plus grosses que d’autres, remontant jusqu’à ses mains abîmées par le gel, la chasse, les activités quotidiennes d’une vie de nomade. Elle n’avait jamais été aussi soucieuse de son apparence que Nokomis, mais il arrivait que sa mère prenne le temps de lui baigner les mains dans un mélange d’herbes et d’huiles pour qu’elles guérissent plus vite et que la peau retrouve un peu de sa souplesse. Un luxe qu’elle ne s’offrait que lorsque les ventes avaient été particulièrement bonnes, qui se transformait en rituel de femmes une fois les travaux de la journée terminés.

« Qu’as-tu trouvé ? »
« Rien de plus qu’un souvenir. »

Anoki n’insista pas, reconnaissant de loin le bijou de sa sœur et préférant aussi éviter de faire remonter son chagrin qu’il parvenait tout juste à enfouir. Il resserra la lanière de la besace en cuir qu’il avait trouvée, dressant mentalement la liste de ce qui leur manquait. Le plus vital demeurait l’eau potable, ainsi que la nourriture. Il avait eu la chance de trouver quelques morceaux de viande séchée, mais les pillards avaient emporté tout le reste : réserves alimentaires, fourrures, peaux de qualités. Quant à ce qu’ils n’avaient pu prendre, ils l’avaient tout simplement détruit. Le jeune homme rejoignit Yepa, laquelle s’affairait à ramasser quelques baies encore comestibles jusqu’ici dissimulée sous un bol de bois. Il s’attarda un instant devant elle, silencieux, détaillant les traits tirés de son beau visage et les cendres qui maculaient son corps. Avec l’hiver approchant, la demi-Torhil avait commencé à coudre elle-même des ajouts sur sa tenue de cuir – çà des épaulières longues en fourrure de loup argentée, là des bandes de cuir renforcé le long de ses cuisses et mollets. Elle n’avait jamais égalé le talent de Nokomis, ou obtenu le savoir-faire de leur mère pour ce genre de travaux, mais elle parvenait aujourd’hui à se débrouiller. Son travail aurait été terminé avant que la saison morte ne soit trop présente… Il l’aurait été, si leur campement n’avait pas été attaqué de cette façon.

« Nous n’avons pas assez de vivres. »

Elle lui jeta un bref regard, se redressa et épousseta mécaniquement la poussière qui s’attardait sur sa tenue – elle ne put qu’étaler davantage celle collée sur sa peau. Ce qu’Anoki n’avait pas encore remarqué, contrairement à elle, c’était que les réserves pouvaient suffire à une seule personne. A deux, ils devraient énormément se rationner, mais seul, le voyage était plus qu’envisageable. Il était possible. Cependant, elle ne se voyait pas abandonner son frère cadet sur la route pour aller chasser, ce dernier ne semblait pas en état de le faire et ils auraient besoin de trouver leur propre nourriture s’ils voulaient terminer le trajet en bon état. Son cœur se serra à la pensée qu’ils devraient aussi annoncer à leur aînée la mort de leurs parents, ainsi que celle d’Ahanu. Les lèvres pincées, la jeune femme repoussa ses inquiétudes à plus tard, enterrant sa peine déchirante au plus profond d’elle. Comme elle l’avait parfois fait.

« Je sais. Mais… Anoki, est-ce que tu vois ça ? »

Les yeux plissés, la démarche incertaine, Yepa passa près de son frère sans le voir. Son regard était rivé sur une forme floue dans le ciel parsemé des couleurs de l’aurore. L’aube peinait à se lever sur ce spectacle désolant, Solyae devinant sûrement que mettre ses lumineux rayons sur cette scène ne ferait que la rendre plus réelle et, par conséquent, plus douloureuse encore. Mais le jour se levait, Rhaëg continuait de vivre. Et un immense oiseau s’approchait à lourds battements d’ailes de leur position. Gênée par l’astre solaire qui se levait lentement, la chasseuse ne parvenait pas à identifier l’animal en question. Plus il avançait, plus ses proportions semblaient démesurées. Derrière elle, son cadet étouffa une exclamation de surprise.


Dernière édition par Cendre Algoma le Mar 13 Nov 2012 - 05:27; édité 4 fois
Publicité





MessagePosté le: Lun 8 Oct 2012 - 23:14 Revenir en haut

PublicitéSupprimer les publicités ?
Darshan Kysumu
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mer 10 Oct 2012 - 00:32 Répondre en citantRevenir en haut

-CONTINUE ! PLUS AU NORD !
Darshan était obligé de crier pour se faire entendre de son Dragon. Lui qui n'avait jamais vraiment maîtrisé l'art de converser par l'esprit, il devait se contenter de hausser la voix pour couvrir le bruit des rafales de vent qui lui fouettaient le visage. Sous son extraordinaire popotin, Orpheus battait puissamment des ailes, usant de son regard perçant pour chercher le groupe de nomades qu'on leur avait demandé de retrouver.
°Dan... ils sont peut-être partis vers la rivière°

-NOKOMIS A DIT DE REMONTER VERS LES MONTAGNES !

°Elle a dit qu'elle n'était plus avec eux depuis des années. Leur chemin a peut-être changé...°

-AIE CONFIANCE ! CONTINUE VERS LE NORD !
Orpheus s'abstint de répondre. Dans une telle situation, il valait mieux ne pas contrarier son lié. Darshan avait beau faire quotidiennement le pitre, il était du genre à ne pas négliger son travail lorsque celui-ci était important.
Et cette fois, c'était manifestement important.
Le Chevalier Bronze et son lié étaient venus dans ce petit village d'Undome pour remonter à la source des approvisionnements du Kaerl en cuir. Il était tombé par hasard sur un morceau de peau d'une extraordinaire qualité, ramenée au Mar Luime par un marchand opportuniste. D'après l'homme, plusieurs petits villages d'Undome en faisaient un commerce très lucratif. Immédiatement, la Griffe avait compris l'intérêt de se l'approprier. Le cuir éait une ressource primordiale pour le Kaerl, au même titre que l'acier. En bénéficier d'un de haute qualité serait un atout indéniable, qui ne ferait qu'améliorer l'efficacité de la garde. Le genre de choses que le chef des armées neutres ne laissait pas au hasard. Il s'était donc précipité en Undome dès la première occasion, accompagné par quelques crocs d'Argent et diplomates. Ils avaient pour but de négocier un accord commercial exclusif et d'en définir la teneur.
Mais lorsque la Griffe était arrivée au village...

---------- Quelques heures plus tôt ---------------

-Messire Darshan ?

La jeune femme était séduisante... pour ne pas dire carrément canon. Les formes généreuses, un teint légèrement hâlé des cheveux soyeux et un visage d'ange. Elle portait une robe vaporeuse au tissu légèrement Diaphane. Le genre de créture de rêve que le pauvre Darshan ne pouvait plus que contempler, mais dont il entendait bien ne pas se priver si l'occasion venait à se présenter. Il avait rencontré la dénommée Nokomis quelques jours plus tôt, à son arrivée au village. Un véritable rayon de lumière au milieu des femmes atrocement ternes (et moches) de ce petit village rural. Malheureusement déjà mariée.
Elle était venue parler à Darshan alors qu'il était attablé avec le bourgmestre, partageant quelques mets délicats tout en discutant de ces accords commerciaux si particuliers. Ceux-ci étaient d'ailleurs officiellement validés, mais il restait encore à en définir les points les plus précis. Nombre de gardes, fréquence des envois, avantages divers... cela nécessitait du temps, et Darshan en avait beaucoup. En outre, la Griffe avait appris que les nomades qui revendaient les peaux aux villages devaient normalement passer d'ici peu de temps. Il souhaitait les attendre pour en savoir plus.
-Messire Darshan, commença donc la jeune femme. Il y a un problème.
-J'peux t'aider ?
-Peut-être. Ma famille devrait déjà être là depuis plusieurs jours. Il y a un problème.

-Ils auraient pu être retardés...
-Pas en cette période de l'année. Etre en retard voudrait dire ne pas pouvoir repasser par le col de la montagne, à cause des premières neiges. Les nomades seraient coincés. Non, il y a un problème.
Le guerrier acquiesça silencieusement.

------------- Retour à la réalité -------------

Voilà donc pourquoi Darshan se retrouvait désormais à chevaucher Orpheus, en quête d'un clan Nomade qui pouvait se trouver à peu près n'importe où. Par chance, ils avaient clarifié l'existence des Dragons dès l'accord passé avec les villageois. Il n'avait donc pas eu besoin de se cacher lorsqu'il était parti en expédition sur le dos de grand bronze.
Leur quête dura encore bien des heures. Oprheus volait bas et lentement, battant calmement de ses grandes ailes pour économiser son énergie. Il n'avait pour ainsi besoin d'aucune pause tant il était endurant, mais il devait tout de même gérer son effort. La bnuit tomba, et avec elle son lot d'incertitudes. Le duo vola encore quelque temps, utilisant la lumière de la lune en espérant tomber sur la lueur vacillante de feux de camp. Mais rien ne vint leur indiquer la position des nomades. De dépit, ils se reposèrent quelques heures, sachant que la nuit noire ne leur serait d'aucun secours dans leurs recherches. Ils ne se remirent en vol qu'une petite heure avant l'aube, quand les premiers rayons de soleil dardaient la terre de leur timide lueur. C'est là que le Dragon aperçut leur premier indice.
°Dan'... il y a de la fumée, droit devant.°
-JE VOIS RIEN !
°On va s'approcher. Mais je le sens pas, ce coup là...°

Le Dragon accelera sur ces mots, exhortant silencieusement son cavalier à s'accrocher. En quelques battements, il atteint sa vitesse maximale. Loin d'être aussi grande que certains de ses congénères, mais assez pour contraindre Darshan à fermer les yeux sous peine d'air aveuglé par les rafales de vent.
Quelques minutes à peine suffirent au couple pour arriver en vue de la fumée. Orpheus ralentit si violemment que Darshan faillit tomber. Se rattrapant à la dernière seconde, le vieux guerrier commençait déjà à pester contre son lié, lorsque celui-ci coupa court à toute dispute :
°Je sens deux personnes en vie. Je crois que le village a été attaqué. Et Dan'... les deux ont le Don°

Darshan garda longuement le silence. Puis il concentra toute sa force mentale et projeta difficilement un message mental à son Dragon.
°Pose-toi là et attends moi. Je vais finir à pieds°


Darshan avançait désormais calmement à travers les arbres de la forêt. Les premiers rayons de soleil venaient enfin se perdre entre les branches, projetant des ombres inquiétantes pour qui n'avait pas l'habitude de ce genre d'environnement. Darshan, lui, s'y sentait comme à la maison. S'il était un citadin de naissance et avait vécu sa jeunesse dans le désert, il avait passé le plus clair de son temps dans les campagnes, à suivre les guerres qui ravageaient Rhaeg comme un chien suit son seul maître. Plus d'une fois, il n'avait du sa survie qu'à ses maigres capacités de forestier.
Ainsi, alors que les branches morts craquaient sous ses pieds, il approchait doucement du village. L'odeur de brûlé lui venait désormais aux narines, et les premières traces d'un malheur s'offraient à ses yeux. Ici, les traces d'une fuite éperdue à travers la forêt. Là une tâche de sang qui commençait à peine à coaguler. Il connaissait ce spectacle par cœur. Non pas pour l'avoir vécu... mais pour l'avoir lui même parfois perpétré. Il en ressentait un peu de gêne, mais ne souhaitait tout simplement pas affronter cette part de son passé. Il la remisa donc soigneusement dans un coin de sa mémoire, et l'ignora du mieux qu'il put.
Finalement, la Griffe engloutie arriva enfin dans la clairière du village. Les cendres d'un grand bûcher y crépitaient encore paresseusement. Il observa rapidement les alentours et repéra les deux personnes dont Orpheus lui avait parlé. Deux jeunes gens de la même famille, à en juger par leur ressemblance. Ils s'efforçaient de fouiller le village à la recherche de quelque chose à récupérer. Peine perdue. Les pillards avaient emporté tout ce qui était de valeur, et avaient sans doute brûlé le reste. C'était ainsi que l'on procédait pour les Razzias. Prendre tout ce qu'on peut et ne rien laisser à de potentiels survivants. Ils seraient trop occupés à assurer leur propre survie pour penser à la vengeance. Poussant un soupir fatigué, Darshan entra dans la clairière et passa à côté d'une première tente. Couverte de sang.
Il s'éclaircit la voix, puis manifesta sa présence :
-Il y a quelqu'un ?
Bien sûr qu'il y avait quelqu'un. Mais comment se présenter convenablement à des gens qui venaient de tout perdre ? Autant feindre l'ignorance. Machinalement, il tripota sa chevalière de Croc d'Argent, comme s'il invoquait un talisman. Il allait avoir besoin d'aide.
Cendre Algoma
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Ven 12 Oct 2012 - 04:07 Répondre en citantRevenir en haut

&

Yepa Algoma .&. Anoki Algoma
Gothic Storm ~ You Are Not Alone



Yepa, dotée d'une meilleure vision que son cadet, suivit la lente progression de l'oiseau au loin. Si sa forme paraissait étrange, le fait que sa taille ne semble cesser de grandir inquiétait davantage la jeune femme. Mais avant qu'elle ne puisse se poser trop de questions, la bête plongea vers les arbres décharnés et disparu de son champ de vision. Les deux chasseurs restèrent de longues secondes immobiles, guettant le retour de l'animal, mais ils ne virent que le soleil se lever. Aux yeux de l’hybride, voir le ciel se parer de si douces couleurs était injuste. Tout Rhaeg aurait dû être en deuil ; ses cieux se couvrant de nuages lourds et sombres, ses terres s'enfonçant dans les ténèbres. Jusqu'à ce que sa peine se fasse plus légère, si tel miracle était possible. Néanmoins, grâce à son expérience de la vie, la nomade savait que le monde ne s'arrêterait pas parce que la mort avait fait son travail ; même de la façon la plus ignoble qui soit. Nombreux étaient ceux qui, à travers les ans, s'étaient éteint dans le clan : parfois à cause de l'âge, d'autres fois lors d'une chasse trop téméraire. Il arrivait que des enfants meurent, eux aussi, malgré les attentions permanentes des adultes. Maladies, blessures, malformations de naissance ou causées par un accident. Les risques étaient nombreux, surtout lorsque l'on se tenait volontairement à l'écart de toute forme de civilisation. De toute sa vie, Yepa n’avait eu à souffrir que de rhumes ou de grippes persistantes ; était-ce grâce à son sang Torhil ? Probablement. Il lui conférait plus de force qu’une femme lambda, ainsi qu’une constitution plus à même de résister aux conditions de vie des nomades.
Face à l’astre solaire, les deux survivants paraissaient sortir d’un incendie. Leur peau, autrefois si pâle, était recouverte d’une fine pellicule de cendres. Les gestes répétés d’Anoki pour chasser la suie ne faisait que l’étaler davantage. Sa sœur remettait à plus tard sa toilette, sachant pertinemment qu’il lui faudrait de l’eau pour se débarrasser de la poussière qui souillait son corps, maculait sa chevelure noire comme la nuit et s’accrochait au cuir de ses vêtements. Elle savoura un court moment les premiers rayons, pleins de promesses et porteurs d’une douce chaleur, puis se détourna. Puisque l’animal n’avait pas réapparu, il ne représentait plus une menace immédiate pour le duo. Anoki se dirigea d’un côté du camp et elle le suivit sans réfléchir, portant de fréquents regards vers l’horizon. Même si son expérience lui disait de se calmer et de reprendre les recherches, son sixième sens de chasseresse continuait à maintenir alerte. Si cet oiseau – si ç’en était bien un – avait continué à grossir, il aurait pu atteindre des proportions incroyables. Sa taille seule serait parvenue à occulter le soleil. Yepa secoua lentement la tête, remettant de l’ordre dans ses pensées. Elle aurait tout le temps de repenser à cette bête lorsqu’ils se seraient mis en marche. Pour l’heure, il fallait se concentrer. Il ne leur restait qu’une portion du campement à fouiller. Ensuite… Ensuite, elle aviserait. Fort heureusement, ils n’étaient qu’à quelques jours du premier village, celui où habitait désormais Nokomis. Leur avancée avait été déjà bien retardée par le mauvais temps. Quelqu’un s’inquiétait-il de leur retard ? Oui, leur aînée sans doute, qui attendait avec impatience leurs retrouvailles chaque année. Mais elle ne pouvait rien faire seule. Simplement attendre. Et prier.

« Il y a quelqu’un ? »

Anoki fut le premier à réagir. Poussé à bout par le carnage ambiant, son premier réflexe fut de tirer son couteau de chasse, de s’accroupir légèrement et de se préparer à se jeter en travers du chemin de l’inconnu. Sa sœur parvint, in extremis, à le rattraper par le bras. Elle lui intima l’ordre silencieux de ranger son arme, chose qu’il fit en fronçant des sourcils ; elle émit ensuite une toux légère pour signaler leur position et se présenta devant l’homme. Instantanément, ses yeux parcoururent la silhouette de l’étranger. Sa démarche confiante, les cicatrices qu’elle distinguait sur les quelques centimètres de peau nue, sa chevelure ébouriffée. Si elle fixait son regard sur le visage de l’homme, elle voyait brûler dans ses prunelles un feu intérieur ; le genre de brasier qui alimentait les hommes audacieux, les guerriers. Elle se fit cette réflexion en le voyant s’avancer vers eux, sa façon de se mouvoir lui rappelant douloureusement celle de son propre père ou des chasseurs de son clan. Bien qu’il soit légèrement plus abrupt dans ses gestes qu’eux. Mais elle savait qu’Akecheta aurait accueilli le vagabond avec le sourire, sans chercher à connaître ses aptitudes ou à savoir ce qu’un homme faisait seul au beau milieu des Dents du Diable. Si loin du village le plus proche, sans monture, sans provisions. Elle pinça les lèvres pour s’empêcher de poser toutes ces questions. Un vieil adage prônait qu’il fallait toujours donner un bon accueil aux nouveaux arrivants. Yepa inclina la tête face à l’étranger, puis prononça les mots qu’elle avait souvent entendus dans la bouche de ses aînés :

« Si un étranger esseulé, ennemi ou ami, franchit les montagnes, le froid et la nuit pour venir à toi, donne lui de la soupe et un âtre car la flamme qui l’habite est pareille à la tienne. Elle marqua une pause, son regard ne quittant pas celui du vieux lion. Je te souhaite la bienvenue sur ces terres, étranger, mais je ne peux t’accueillir comme il se doit. Nous sommes en deuil. »

Ses yeux gris se voilèrent lorsqu’elle désigna de sa main le chaos environnant. Peu à peu, la lumineuse présence de Solyae dissipait les rares brumes restantes et le spectacle n’en demeurait pas moins horrible à voir. Elle voyait Anoki s’efforcer de regarder partout, sauf aux endroits ensanglantés où d’ultimes vestiges de cette triste nuit perduraient. Reportant son attention sur le visiteur, elle détailla une nouvelle fois sa tenue. Un bref éclat à sa main lui indiqua qu'il portait une lourde chevalière, au symbole obscur. Elle délaissa le bijou pour s'intéresser à ses habits. Bien qu’à première vue ses vêtements n’avaient rien de particulier, elle nota toutefois qu’ils n’avaient rien de semblable avec ce qu’elle voyait dans les différents villages qu’ils traversaient. Était-ce leur matière ? Elle lui semblait… différente. Outre cela, ils étaient bien sûr usés, mais pas autant qu’ils ne l’auraient dû s’il venait de faire tout ce chemin à pied. Anoki posa la question qui lui brûlait les lèvres :

« D’où venez-vous ? Et qui êtes-vous ? »

Par principe, elle lui lança un regard de réprimande, mais tourna immédiatement les yeux vers Darshan. Habitué à plus de politesse qu'elle, son frère vouvoyait, certes un peu rudement, le vagabond.

« Pardonne mon frère, étranger. Il est impétueux et encore plein de tristesse. Mais il pose les bonnes questions. Le malheur nous a déjà frappés, nous ne voulons pas qu’il recommence. »

Le jeune hybride posa par précaution sa main sur la garde de son couteau de dépeçage. Il reconnaissait en cet homme la force du guerrier, l’habilité du duelliste aussi, mais ne pouvait s’empêcher de montrer qu’il pouvait être dangereux lui aussi. Fort heureusement, le duo se tenait à une certaine distance du voyageur pour qu’il ne représente pas une menace directe pour le chevalier-dragon. Nettement plus discrète, Yepa se contenta de caresser du bout des doigts la corde de son arc qui traversait sa poitrine. Ce n’était qu’une vieille habitude, qu’elle avait du mal à perdre, qui la poussait à poser les mains sur son arme lors de moments de doute ou lorsqu’un danger la menaçait. Pour l’instant, elle n’avait pas encore d’avis au sujet de l’inconnu. Néanmoins, s’il avait voulu leur faire du mal, il ne se serait pas manifesté ; seuls les détails qu’elle avait remarqués la poussaient à la prudence. Elle jeta un regard derrière l’homme, cherchant à repérer ses traces de pas et de déterminer jusqu’où elles allaient. D’où venait-il ? Anoki passa sa main libre sur son visage, tâchant de dissimuler les sillons creusés par les larmes en frottant la suie qui maculait ses pommettes. Sa sœur ayant retenu les perles salines de son mieux, elle n’en gardait aucune séquelle visible.


Dernière édition par Cendre Algoma le Ven 19 Oct 2012 - 01:43; édité 1 fois
Darshan Kysumu
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mar 16 Oct 2012 - 22:17 Répondre en citantRevenir en haut

Le soleil naissant était encore camouflé par les particules de cendre qui chargeaient l'air d'une odeur viciée alors que Darshan ouvrait grand les narines. Dans ce décor macabre, il avait l'impression sentir la puanteur de la mort. Une puanteur qu'il ne connaissait que trop bien, pour l'avoir lui-même apportée en bien des lieux. Ses yeux se parcoururent lentement ce spectacle de désolation, passant des restes d'une tente délabrée aux tâches de sang qui parsemaient le sol. L'ouïe du guerrier ne lui apportait que le son d'une brise matinale. Un son trop doux alors que le campement devait grouiller de vie quelques heures plus tôt.
La griffe venait de mettre les pieds dans un paysage de mort et de désolation, et il ne ressentait rien. Pas de peine. Pas de colère. Pas de regret. Rien. Quelque part, il en eut un peu honte. Mais il sentait que ce genre d'endroits formaient son véritable foyer. Il était dans son élément au milieu de ce paysage de mort et de désolation. Il avait choisi de vivre comme un soldat, mais avait vécu comme un soûdard. Quelques années plus tôt, il aurait pu être avec les agresseurs. Aujourd'hui ? Il se voilait la face, camouflant sa faiblesse en pensant qu'il valait mieux être avec les loups qu'avec les brebis. Des brebis qu'il s'apprêtait désormais à aider.
Darshan ne put retenir un soupir quand il repéra les positions des deux seules personnes encore en vie. Bien sûr, elles étaient cachées. Mais grâce à Orpheus, il était prévenu de leur présence. A peine se manifesta-t-il qu'un frisson animal lui parcourut l'échine, éveillant ses sens de guerrier. La sensation retomba néanmoins aussi vite qu'elle s'était éveillée, qu'une jeune femme apparut sous les yeux de l'étranger. Grande et élancée, ses vêtements mettaient en valeur un corps athlétique qui eut don d'attirer un regard lubrique de Darshan. Elle aurait pu être désirable si elle n'était pas aussi... crade. Elle fut la première à parler :
« Si un étranger esseulé, ennemi ou ami, franchit les montagnes, le froid et la nuit pour venir à toi, donne lui de la soupe et un âtre car la flamme qui l’habite est pareille à la tienne.
Elle marqua une pause, son regard ne quittant pas celui du vieux lion. Je te souhaite la bienvenue sur ces terres, étranger, mais je ne peux t’accueillir comme il se doit. Nous sommes en deuil. »
Darshan hocha silencieusement la tête. Bien sûr qu'ils étaient en deuil. La force dont la jeune femme fit preuve lui mit un sérieux doute en tête. Etre en deuil et accueillir un étranger de façon aussi stoïque et protocolaire... Il n'y avait aucune trace de larmes sur la cendre qui parsemait les joues de la jeune femme. Le vieux guerrier se demanda quelques secondes s'ils n'étaient finalement pas de simples charognards. Il s'aperçut néanmoins de son erreur lorsqu'il vit le visage de la deuxième personne. Si le jeune homme partageait une certaine ressemblance avec celle qui l'accompagnait, il ne partageait manifestement pas le même l'empire sur ses sentiments : ses yeux étaient rouges et ses joues encore marquées de trainées de larmes.
Il parla à son tour.
« D’où venez-vous ? Et qui êtes-vous ? »

Le regard de réprimande de la jeune femme était si perturbant que Darshan se sentit presque rougir à la place du garçon. Elle confirma néanmoins la question :
« Pardonne mon frère, étranger. Il est impétueux et encore plein de tristesse. Mais il pose les bonnes questions. Le malheur nous a déjà frappés, nous ne voulons pas qu’il recommence. »

A ces mots, les garçon posa la main sur la poignée de sa dague, essayant en vain d'arborer un air menaçant qui pourrait impressionner le guerrier. Il ne parvint qu'à lui arracher un sourire. De son côté, la jeune femme caressa doucement la corde de son arc, mais cela ressemblait plutôt à une sorte d'habitude inconsciente. La distance qui séparait Darshan du couple sans nom ne dépassait pas quelque pas. Trop loin pour qu'ils soient une menace. Lui en revanche...
Il garda son demi-sourire et leva les bras en signe de neutralité.
-Restons calmes, jeunes gens. Je suis là pour vous aider. De toutes façons, vous ne pouvez pas gagner contre moi.
Ces mots avaient été prononcés sans animosité ni orgueil. Simplement avec l'assurance froide de celui qui se sait supérieur.
-Je suis Darshan. J'arrive d'un village, au Sud. Une jeune femme m'a demandé de vous retrouver.

Quelques longues secondes de pause. Darshan partagea un regard soutenu avec les deux jeunes gens. Finalement, il reprit :
-Et vous, vous êtes qui ? Vous êtes frères et sœurs ? Comment vous avez échappé aux pillards ?



[Rassure toi, ma prochaine réponse sera bien plus rapide ^^]
Cendre Algoma
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Ven 19 Oct 2012 - 03:10 Répondre en citantRevenir en haut

&

Yepa Algoma .&. Anoki Algoma
Gothic Storm ~ You Are Not Alone



L’attitude neutre et confiante de l’étranger intriguait les nomades ; il déclina calmement son nom, indiquant par la suite la raison de sa présence aux Dents du Diable. Une jeune femme lui avait, disait-il, demandé de les retrouver. S’il ne précisa pas l’identité de ladite femme, un visage s’imposa toutefois immédiatement à l’esprit de Yepa : d’après elle, la seule personne se souciant assez d’eux pour demander à un inconnu d’essayer de trouver leur campement dans cette étendue neigeuse dangereuse était Nokomis. Partageant le même sang qu’eux, bien qu’ayant choisi un chemin différent, elle demeurait liée à la tribu de nomade et entretenait ses liens familiaux avec beaucoup d’affection malgré la distance. Il paraissait donc logique qu’il s’agisse de sa sœur, conclusion à laquelle Anoki fini lui aussi par arriver puisqu’il étouffa une exclamation surprise. Les trois personnes conservèrent un court silence pesant, puis Darshan reprit la parole. D’instinct, la jeune femme décida de répondre seule.

« Je suis Yepa, et voici mon jeune frère Anoki. Nous étions partis à la chasse lorsque les pillards ont attaqué. A notre retour… »

Sa voix se perdit dans un brusque coup de vent, interrompant son récit. La gorge serrée, la nomade fit un simple geste de la main pour désigner le chaos qui les entourait. Elle se rapprocha lentement du nouvel arrivant, prenant bien soin à montrer ses mains vides et à faire comprendre qu’elle n’allait rien tenter de stupide. Il avait eu raison de préciser qu’ils n’avaient aucune chance ; bien qu’elle ait lu dans le regard d’Anoki qu’il était vexé, il s’était immédiatement relâché. Elle n’avait jamais compris ce besoin viscéral, typiquement masculin, de se faire plus gros pour impressionner davantage un potentiel ennemi – ou plus souvent, une improbable amante. Même si son frère se montrait bien souvent plus discret que d’autres, il prouvait parfois qu’il ressentait lui aussi l’envie d’être plus imposant. Mais il demeurait bien plus impulsif qu’elle, se laissant porter par l’adrénaline dans ses veines ou les pensées qui traversaient son esprit. Ce qui pouvait expliquer la réaction inappropriée qu’il avait eue face au vieux lion.

« C’était Nokomis, hein ? »
« Nokomis est notre sœur, elle habite dans un village au Sud des Djevelens. Elle est la seule personne à connaître nos déplacements de façon aussi précise… Et sûrement la seule à qui importe la survie d’un clan de nomade. » Une nouvelle fois, Cendre tenta de visualiser le chemin prit par l’homme et s’étonna de la vitalité dont il faisait preuve après une aussi difficile traversée. « Je ne vois aucune monture, tu as traversé la neige et la nuit à pieds ? »

Une note admirative perçait dans sa voix basse, qu’elle ne chercha pas à dissimuler. Qui était-elle pour juger cet homme après tout ? Il était peut-être un grand héros, là d’où il venait. Mais malgré son désir de voir le bien, une petite voix lui soufflait qu’il n’y avait rien de logique en lui. Quoi qu’il en soit, l’étranger n’avait pas menti – ou en tout cas, pas de la façon classique. Sans doute évitait-il de dévoiler ses secrets, et qu’il le ferait jusqu’à ce que les bonnes questions lui soient posées. Une fois le masque tombé, il serait forcé d’abattre ses cartes. Comme à l’accoutumée, ce fut Anoki qui la devança dans ce procédé ; si elle affectionnait observer, il se révélait plus doué pour le dialogue. Vif d’esprit et ayant la langue bien pendue, il était autrefois difficile de résister à son débit enjoué. Mais aujourd’hui, l’atmosphère ne se prêtait pas aux plaisantes discussions. Seules les questions importaient.

« Le voyage a dû être long et difficile… » Il eut un sourire presque joyeux. « A moins que vous ne soyez venu à dos de cheval volant. Ou de dragon. »
« Anoki. »

Elle avait depuis longtemps perdu sa crédulité enfantine au sujet des antiques contes des Chevaliers et de leurs Liés. De belles histoires contées auprès du feu les longues soirées d’hiver, ou interprétée par les enfants lors des chaudes après-midi de la saison estivale. Il fallait les voir courir dans le campement, les bras étendus de part et d’autre de leur corps et pousser de grands cris. Ils avaient fière allure, parce qu’ils étaient des dragons sauvages et indomptables. Quelques-uns s’imaginaient plus volontiers dans les riches armures des cavaliers des cieux, à dos de somptueuses créatures aux écailles brillantes comme l’astre solaire. Elle-même, elle y avait cru. Se disant que quelque part, les Dragons survivaient encore. Qu’un jour, peut-être, elle en apercevrait un au cours de ses chasses. Mais en grandissant, ce n’était resté qu’un doux rêve aux teintes pastel. C’est pourquoi elle usa d’un ton ferme pour interrompre son frère ; l’heure n’était pas aux contes.

« Darshan, nous ne devrions pas nous attarder ici. Les charognards vont être rapidement attirés par… l’odeur du sang. Si nous ne voulons pas risquer de tomber sur une meute de loups affamés, mieux vaudrait prendre la route. Je peux ouvrir le chemin, si besoin, je le connais. »

Mwahaha, t'as vu comme je t'ai tendu la perche ? J'peux pas faire mieux x)
Pas de soucis pour l'attente, je suis pas forcément mieux è_é
Darshan Kysumu
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mer 14 Nov 2012 - 01:39 Répondre en citantRevenir en haut

Darshan hocha imperceptiblement la tête en voyant la réaction de la jeune femme. Yepa, donc. Joli prénom pour une femme au corps un peu trop fin au goût du vieux Mercenaire. Manifestement, elle était la tête pensante du couple, et son leader naturel. Et le fait qu'elle soit plus vieille que le dénommé Anoki n'y était pour rien. Elle se mouvait avec assurance, maintenait un certain empire sur ses sentiments et maîtrisait sa voix. Bel exemple d'un caractère fort. Le genre que Darshan admire chez les femmes tout en ne sachant pas le supporter. Pas pour rien qu'il avait toujours préféré les relations payantes.
Elle s'avança finalement vers son sauveur, paumes tendues en un geste universel de paix. Ce geste était inutile avec Darshan, car il savait reconnaître une personne agressive au premier coup d'oeil. Il l'apprécia néanmoins. D'une voix parfois chevrotante, les deux jeunes gens lui expliquèrent que leur sœur résidait en ville, et qu'elle ne pouvait qu'être celle qui avait envoyé le chevalier Dragon à leur rencontre. La Griffe engloutie ne put retenir un soupir de soulagement. En rentrant dans le camp, il s'était attendu à devoir annoncer à Nokomis que tous ceux qu'elle aimait étaient morts. Finalement, elle n'avait pas tout perdu... et d'autres porteraient ce fardeau sur leurs épaules. Si le vieux guerrier était si doué pour tuer, c'est qu'il ne ressentait qu'une empathie assez limitée pour son prochain. Alors ce genre d'annonces n'étaient pas son fort...
En revanche, Yepa fit encore une fois preuve d'une présence d'esprit qui prit son « sauveur » au dépourvu :
« Je ne vois aucune monture, tu as traversé la neige et la nuit à pieds ? »

Pris de court, Darshan se sentit rougir. Puis, peu à peu, son légendaire sourire vint barrer son visage, avant de se transformer en un rire franc. Il aurait pu paraître déplacé dans ce lieu de massacre, mais curieusement il n'en était rien. Entre deux éclats de rire, Darshan s'expliqua :
-Tu comprendras bien assez vite, fillette. Mais disons que j'étais à votre place y a pas si longtemps, et que j'ai posé la même question à mon sauveur.
Le guerrier pensait à Kunaï, qui l'avait récupéré quasiment de la même façon qu'il le faisait aujourd'hui pour ces deux-là. Le colosse était intervenu au cours d'une escarmouche que Darshan menait seul contre tous, apparaissant dans une armure rutilante, bien loin de ce que l'on pouvait attendre d'un voyageur. La Griffe engloutie s'imaginait faire le même effet à Yepa et Anoki. Ce dernier lui posa d'ailleurs une question dont il ne se sortit qu'avec l'intervention fort à propos de sa sœur, qui lui intima de garder le silence.
Le bougre avait parlé de Dragon. Il n'aurait pas pu être plus juste. Et il n'aurait pas pu mettre Darshan dans l'embarras plus facilement. Fort heureusement, le sens des convenances de Yepa évita d'autres questions. Elle reprit immédiatement en les exhortant à s'en aller rapidement, de peur de tomber sur des charognards. Si ses craintes étaient légitimes, la Griffe se demanda tout de même si elle n'avait pas aussi l'envie de mettre de la distance entre elle et ce campement.
Acquiescant, Darshan reprit la parole :
-Je vous mène à ma monture. Elle est pas bien loin.
Quitte à annoncer à ces jeunes gens l'existence des Dragons, autant laisser un Dragon le faire lui-même. Darshan avait du les ramasser au milieu des cendres de leur famille, Orpheus pourrait bien se charger de cette partie du travail.

Les quelques centaines de mètres menant le groupe à Orpheus furent lourdes de silence et de chagrin. Darshan marchait avec assurance, prenant la tête tandis que la fratrie le suivait. Anoki reniflait à intervalles réguliers, tandis que Yepa se murait dans un silence de rigueur. Le vieux guerrier ne savait pas vraiment comment s'y prendre pour les réconforter. Il aurait voulu leur expliquer le processus qui avait mené à cette attaque, mais à quoi bon ? Comment décrire à des jeunes gens la longue descente aux enfers qui mène un père de famille vertueux vers le massacre de femmes et d'enfants inconnus ? Comment leur faire comprendre que ce n'étaient pas forcément des monstres qui avaient détruit leur famille, mais de faibles hommes comme beaucoup d'autres, que la soif de sang et l'euphorie du meurtre avait transformés en pillards sans merci.
Non, décidément Darshan n'avait pas grand chose à leur offrir. Et quelque part, il s'en voulait un peu. C'est finalement sans grande conviction qu'il s'essaya à une conversation :
-Je vous ai pas répondu tout à l'heure, mais ouais, c'est bien Nokomis qui m'a envoyé vous chercher. C'est un sacré bout de femme, jolie comme tout. Je me suis aperçu de la rassemblance quand vous m'avez parlé d'elle. Vous pourrez la remercier, elle a sacrément insisté pour que je vienne. C'est que je suis pas dans le coin par hasard, voyez-vous. J'essaye de mettre en place des accords marchands entre les villages du coin et les gens que je représente.
Il continua de quelques pas. Faire la conversation. Toujours.
-Les peaux que ramenait votre clan, j'en ai jamais vu de pareilles. Une telle qualité se trouve pas de partout. Ca doit venir de la forêt, je pense. Elle a quelque chose d'étrange. Je suis pas mauvais comme forestier, mais celle-ci... elle me dérange. Je crois bien que je tiendrai pas plus de quelques jours si j'étais seul. Votre clan devait être rempli de durs à cuire.
Sur ces mots, Darshan ralentit quelque peu son pas. Il parlait quasiment tout seul, mais ce n'était que pour essayer de détourner les pensées de ses jeunes compagnons. Les éloigner du massacre tant physiquement que mentalement. Les rassurer. Néanmoins, il ne put s'empêcher d'y revenir, comme pour redonner de l'ampleur à l'évênement.
-J'ai vu les traces. Ces gars... ils ont dû en chier. Les pillards, je veux dire. Même si ils ont gagné, ça a pas été sans prix. En fait, je crois bien que votre clan a mis fin à l'existence de cette bande. Le guerrier s'arrêta brusquement et coula un regard vers ses compagnons avant de continuer. Je crois pas que ça vous aidera, mais les vôtres sont pas morts pour rien. Ces pillards s'en prendront plus à personne.
Quelques part, Darshan se douta que Yepa et Anoki ne croiraient pas une seule seconde à ce mensonge. Lui-même le trouvait tellement grossier qu'il sentait presque ses épaules s'alourdir. Mais l'intention était bien là, et peut-être suffirait-il à rassurer un peu ces jeunes gens.
Peu à peu, le guerrier s'aperçut qu'ils approchaient de leur objectif. Il prépara le terrain.
-Vous savez, parfois, y a des choses... enfin. Des fois on pense que certaines choses n'existent pas. Ou que ça arrive qu'aux autres, mais jamais à nous. Des choses qu'on entend que dans les histoires des voyageurs et des marchands, le genre qui fait rêver les gamins.
Parlant d'une voix grave et maîtrisée, il avançait calmement tout en écartant parfois un buisson ou une branche basse. Ils approchaient de la clairière où Orpheus attendait. Le choc serait brutal, mais Darshan s'amusa par avance de leurs regards étonnés. Il pénétra le premier dans l'antre du Dragon et lui adressa un léger sourire en coin. Lorsque ses deux compagnons le suivirent, il reprit :
-Ce genre-là, par exemple. Orpheus, sois poli s'il te plaît.


[Voili voilou ! Donc là en fait, bah tu te démerdes X)
Nan j'déconne. Pour faire simple, je n'envisage mon Dragon que comme un vecteur supplémentaire de RP, et non pas un personnage qui m'appartient. Donc en gros, tu vas l'utiliser comme un PNJ qui expliquera à Yepa et Anoki la vérité sur les Dragons -sans trop en faire, garde-toi du suspense-
Pour son caractère, tu imagines un Dragon qui pense comme Darshan. D'ailleurs, si tu veux même faire intervenir Darshan tu peux y aller, mais à petites doses. Tant que ça t'amuse, ça m'va ^^]
Cendre Algoma
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Dim 2 Déc 2012 - 04:22 Répondre en citantRevenir en haut

&

Yepa Algoma .&. Anoki Algoma
Gothic Storm ~ You Are Not Alone



La simple odeur qui stagnait dans le campement mettait Yepa très mal à l’aise. Comme le fait de savoir qu’elle tournait le dos à d’autres cadavres, des personnes qu’elle avait côtoyé toute sa vie mais qu’elle n’était aujourd’hui pas en mesure d’honorer comme elle le désirait. Pas de sépulcre pour eux, même si elle aurait aimé les enterrer ; elle savait qu’elle devait économiser leurs forces s’ils devaient revenir jusqu’au village de Nokomis à pieds, seuls et en deuil. Elle avait déjà cédé au besoin vital qu’avait son frère de mettre en terre les leurs, néanmoins elle avait su se reprendre assez pour l’empêcher de faire de même avec le reste des cadavres. Les nomades l’entouraient à présent, dans le froid soleil matinal, elle sentait presque leurs yeux vitreux se tourner sur son passage et leurs voix silencieuses l’appeler. Et tous les reproches qu’elle avait fait à son cadet, toutes les belles paroles qu’elle avait dû lui dire pour qu’il accepte ce compromis, tout cela n’avait plus de sens pour elle. Elle se sentait coupable de les abandonner aux charognards, au gel, aux corbeaux et aux autres créatures qui n’hésiteraient pas un instant à dépecer la chair, à s’en gaver jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les os. Et leurs squelettes hanteront ses nuits, elle en avait conscience. Elle les verrait dans ses cauchemars, pendant des semaines, parce qu’elle n’avait pas eu la force de les enterrer et qu’ils lui en voudront de cet affront. Le front plissé, la jeune femme garda un visage relativement impassible pendant que ses sombres pensées minaient son moral déjà défaillant. Elle les repoussa pour l’instant dans un coin de son esprit, sa main gauche se glissant dans celle d’Anoki. Elle effectua une simple pression de ses doigts, puis le relâcha. Darshan accepta la proposition de Yepa, prenant la tête de leur étrange trio.

Même si le trajet dans la neige immaculée était un pénible exercice physique, elle l’accueillait avec joie parce qu’il lui permettait de laisser ses jambes adopter un rythme mécanique sans que son esprit ne soit obligé de travailler. Elle jeta de fréquents regards anxieux à son frère, mais ne se retourna pas une seule fois. Aussi difficile soit la décision qu’elle avait dû prendre, elle s’y tiendrait et ne poserait plus les yeux en arrière. Parce qu’elle savait qu’elle n’aurait pas la force de continuer si elle le faisait, elle s’effondrerait là, dans la neige, et se laisserait détruire par sa peine. Mais ce n’était pas ainsi qu’on l’avait élevée, pas ainsi qu’elle était. Alors elle marcha, le menton relevé, les épaules droites. Seul son regard anthracite, voilé par la tristesse, daignait laisser les émotions sortir. Le reste de son visage était figé dans la pierre. Après de longues minutes de silence, Darshan tenta d’établir une discussion. Sa voix forte couvrait le bruit de leurs pas, et elle constata qu’il n’était pas plus à l’aise qu’eux. Il avait au moins le mérite d’essayer de leur changer les idées. Elle apprécia sa tentative, mais ne l’alimenta pas. Anoki s’en chargea à sa place, ses grandes jambes l’aidant à remonter au niveau de l’homme en quelques secondes. Bien que le jeune homme soit brisé, il tenta de donner la réplique au vieux lion ; deux-trois mots, rien de plus, et pas l’ombre d’un véritable sourire.

« Nokomis ressemblait à notre mère. Elle a toujours eu un caractère très… fort, c’est pour ça qu’elle est partie à la ville. Elle voulait vivre une vie différente, et elle avait les moyens de le faire. »

Darshan enchaîna sur la qualité des peaux qu’ils ramenaient, il se disait là pour établir des liens commerciaux. Mais il se garda de mentionner l’endroit d’où il venait, se contentant de mentionner « les gens que je représente » sans donner plus de détails. Autrefois, Yepa aurait été grandement intriguée par ce mystère, néanmoins elle n’était pas en état de poser des questions. Elle n’en n’avait pas l’envie. L’homme reprit la parole. Ils n’étaient pas les seuls nomades des environs à vendre le résultat de leurs chasses, toutefois ils étaient sûrement ceux qui le faisaient d’aussi bon cœur. Et ils en ramenaient nettement plus que d’autres. Darshan avait raison, le cuir qui était créé à partir des peaux qu’ils ramenaient était très solide, tout en restant suffisamment souple pour être utilisé de différentes façons. Quant aux peaux, en elles-mêmes, elles étaient toujours très soigneusement débarrassées de la chair ou de toute autre matière pouvant altérer leur qualité. Les flèches utilisées par les chasseurs ne devaient pas l’abîmer, c’est pourquoi ils visaient plus volontiers la tête ou qu’ils tentaient d’envoyer leurs traits directement au cœur. Yepa avait rapidement pris l’habitude de viser les yeux, mais lorsqu’elle savait qu’elle ne parviendrait pas à toucher sa cible, elle visait le léger espace entre la patte avant et les côtes. Là, elle atteignait généralement l’organe vital. Ou au moins, le poumon. Quelque chose de suffisamment handicapant pour rattraper sa proie sans trop de dégâts pour la peau. Penser à ces vieilles habitudes de traque et de chasse parvint momentanément à chasser les morts de l’esprit de la nomade. Mais une fois qu’elle se rendit compte que sa peine s’allégeait, les remords revinrent avec plus de force. Ils lui brûlèrent les yeux, ce qui l’obligea à battre vigoureusement des paupières pour empêcher son regard de s’embuer. Fort heureusement, ni Anoki ni l’homme ne remarquèrent sa légère absence et son trouble.

« J'ai vu les traces. Ces gars... ils ont dû en chier. Les pillards, je veux dire. Même si ils ont gagné, ça a pas été sans prix. En fait, je crois bien que votre clan a mis fin à l'existence de cette bande. » Le guerrier s'arrêta brusquement et coula un regard vers ses compagnons avant de continuer. « Je crois pas que ça vous aidera, mais les vôtres sont pas morts pour rien. Ces pillards s'en prendront plus à personne. »

Son frère posa ses grands yeux bruns sur le vieux lion. Elle le devinait fortement ému, éperdu de reconnaissance pour ces paroles maladroites. Elle voyait même qu’il était tenté de les croire, qu’il le fit, et le sourire qui se déploya sur son visage couvert de cendres et de larmes séchées suffit à empêcher Yepa de secouer la tête. Elle se mordit les lèvres pour ne pas contredire Darshan. Elle n’était pas aussi facile à convaincre que son cadet, toutefois elle ne pouvait nier qu’il était bon de le voir sourire, même de façon aussi fugace et fragile. C’est pourquoi elle s’avança, faisant mine de continuer sa progression, se glissant entre eux et se figea à quelques centimètres de l’étranger. Son regard gris ardoise s’ancra dans le sien. Elle attendit qu’Anoki se remette en route pour ouvrir la bouche :

« Je te remercie, même si je devine le mensonge dans tes mots. Je sais que tu n’essaie pas de nous duper, juste d’apaiser nos cœurs. Alors… Merci. » Elle inclina la tête, de façon solennelle, puis se remit en marche.

Après quelques minutes, Darshan recommença à parler. Sa voix était plus hésitante, comme s’il tentait d’expliquer une situation inconcevable, mais il s’entêta et fini par dire quelques mots qui n’avaient plus aucun sens logique aux oreilles de Yepa. De quoi voulait-il parler ? Ses gestes ralentirent tandis qu’elle suivait Anoki dans l’antre de la bête, et juste avant qu’il ne pousse un cri de stupéfaction et de terreur pure, elle sut qu’elle venait de commettre une erreur. Elle n’aurait pas dû se fier à l’homme. D’un seul mouvement, elle passa devant son cadet et brandit son arc, bandé d’une flèche, vers l’assaillant. Le regard de son frère étant rivé loin devant lui, elle fit de la créature sa première cible. Ses doigts se crispèrent sur la corde, prêts à relâcher le trait mortel… Mais ils n’en firent rien. Le ton employé par Darshan avait été plus calme à son entrée dans l’antre. Comme s’il savait ce qui les attendait. Elle avait entraperçu l’esquisse d’un sourire sur son vieux visage. Néanmoins, elle avait cru qu’il les menait finalement à leur perte. Jamais elle n’aurait pu penser découvrir un être de légende. Pas de cette façon. Pas ici.

« Par Flarmya… »

La flèche tomba, délivrée de l’emprise de ses doigts, mais elle ne lâcha pas l’arc. Ses jambes finirent toutefois par se dérober, heurtant durement le sol tandis qu’elle regardait, figée, la sublime bête qui se dévoilait à leurs yeux. Ses grandes ailes déployées, ses écailles de bronze luisaient dans la pâle lueur du matin et sa gueule, hérissée de crocs, s’ouvrait si grand qu’elle aurait pu l’engloutir toute entière. Lorsqu’elle croisa le regard de la créature, elle sut que les mythes ancestraux étaient vrais. Les Dragons existaient.

« Un Dragon… Yepa, tu vois ça ?! Un Dragon ! »
« Je vois… Je vois, Anoki… »

Elle se redressa maladroitement, laissant son frère l’aider à raffermir sa position. Il s’avança d’un peu plus près, et le grand saurien baissa lentement la tête jusqu’à atteindre le même niveau. Ses iris intelligents les détaillaient sans vergogne, dévoilant étrangement la même étincelle dangereuse et malicieuse que le vieux lion. Ce dernier restait un peu à l’écart, apparemment fortement distrait par la scène que la fratrie stupéfaite lui offrait.

* Tu les as trouvés. *

La voix. La voix du Dragon retentissait dans son esprit, avec une clarté étonnante. C’était impossible, elle le savait, pourtant elle ne pouvait nier le phénomène. Il ne s’exprimait pas oralement, mais directement dans sa tête. Ses mots se mouvaient dans ses propres pensées, sans pour autant s’approprier son âme. Ils étaient à lui, tout en étant à elle. Incapable de parler, Anoki recula avec lenteur, attrapant la main de sa sœur entre les siennes et la serrant fortement pour se donner du courage.

« Qui êtes-vous ? Que nous voulez-vous ? »
* Quoi ? Tu ne leur a rien dit ? C’est à moi de tout faire ? *
« Faire quoi ? »
* Vous expliquer ce que vous êtes. Le Don que vous avez. *
« Le … don ? Le don ? Quel don ? Nous ne sommes pas des shamans ! »
* Je ne parle pas de ce genre de dons. Mais du Don. Celui d’entendre les Dragons. De pouvoir se Lier à eux. De partager leur vie. *
« C’est impossible. »

La fatigue qu’elle s’efforçait d’ignorer depuis des heures s’abattit brutalement sur Yepa. Une part de son esprit souhaitait croire à cette rencontre, mais sa logique l’en empêchait. Elle préférait se dire qu’elle était dans un rêve éveillé, une illusion provoquée par sa psyché affaiblie et meurtrie. Oui, tout serait plus simple à croire. En d’autres temps, elle aurait volontiers renoué avec son enfance, mais elle avait nettement plus de mal à le faire aujourd’hui. Anoki n’en menait pas plus large, il semblait plus terrifié qu’exalté. De son côté, la jeune femme supportait assez bien la vision du Dragon. Du moment qu’elle se répétait que tout ceci n’était pas réel, elle y parvenait. Le Bronze allongea le cou et pencha la tête jusqu’à ce que son gros œil rond soit face à Yepa. Il cligna une fois de sa paupière couverte d’écailles minuscules et souples.

* Je ne suis pas un rêve, je m’appelle Orpheus. *
« Même si c’était le cas, même si je n’étais pas en train de rêver… Que signifie la présence d’un Dragon ici, sur nos terres ? Après un tel massacre ? Et toi ! » Elle se tourna vers Darshan pour pointer un index accusateur sur sa poitrine. « Tu disais être là pour des accords commerciaux. Tu as menti ? Non, je ne pense pas. Tu disais la vérité, mais ça n’a pas de sens. La race des Dragons s’est éteinte depuis des millénaires. Quant à toi… Quelle est la raison de ta présence ? »
* Les Dragons existent. Ailleurs. Et c’est mon Lié. La seconde partie de mon âme. *
« Un Chevalier Dragon ? »
* C’est ça. Nokomis nous a demandé de vous retrouver, j’ai senti vos présences grâce au Don que vous portez. Vous pouvez venir avec nous. Devenir des Chevaliers. Pour ça, vous devrez quitter cette terre. *
« Combien de temps ? »
* Autant qu’il faudra. *
« Abandonner Nokomis… »
* Elle n’a pas le Don, elle ne peut pas venir. *

Laissant son cadet poser ses questions, la jeune femme s’éloigna de quelques pas. Elle passa une main lasse sur son visage souillé par les cendres et réprima le hurlement de frustration qui menaçait d’exploser en elle. Elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait plus. Souhaitait-elle au moins comprendre ? Non. Elle aurait tout donné, autrefois, pour croiser la route d’un Dragon et de son Chevalier. Enfant, elle rêvait d’en être une. Mais elle était loin d’imaginer que cela se réaliserait. Elle était même très ignorante, en vérité. Tout d’abord, concernant les sauriens, elle les avait davantage imaginé comme des… êtres supérieurs qui, parfois, se prenaient d’affection pour des Hommes et les laissaient les monter pour d’épiques batailles aériennes. Elle ne pensait pas qu’ils étaient à ce point… semblables, tout en étant très différents. Elle ressentait dans la voix profonde d’Orpheus la même malice que dans celle du vieux guerrier. Ils se complétaient. Se ressemblaient. Plus la conversation entre Anoki et le Dragon se poursuivait, parfois ponctué de quelques remarques de Darshan, plus elle avait du mal à s’accrocher à son idée de rêve. Avec patience, le Bronze expliquait les tenants et aboutissants du choix qu’ils devaient faire. Les conséquences que cela aurait sur leur futur, l’expérience qu’ils obtiendraient ainsi. L’honneur et l’immense satisfaction qui seraient les leurs lorsqu’ils finiront par se Lier, eux aussi. Elle écouta Orpheus. Et elle devina la dernière question de son frère au moment où il la formula.

« Sommes-nous obligé de vous suivre ? »
* Non. *

Anoki ne voulait pas perdre la chance de retrouver Nokomis. Il n’avait jamais rêvé des Dragons aussi fort que sa sœur. Tout ce qu’il avait jamais désiré, c’était de voir sa famille unie et soudée. De fonder la sienne, aussi, un jour. Et après cette terrible nuit, il se raccrochait à ce désir comme un naufragé à un tronc d’arbre. Sa seule famille était Nokomis. Il ne l’abandonnerait pas.

« Alors je refuse. »
« Je viendrais. »

Aussi étrange cela puisse paraître, l’esprit de Yepa n’était pas aussi embrumé qu’elle voulait se convaincre. La partie d’elle qui voulait croire en Orpheus était parvenue à chasser les brumes de son ignorance, à la pousser à se fier à ce qu’elle ressentait au plus profond d’elle. C’est pourquoi elle avait écouté, très attentivement, mais n’avait pas parlé. Elle se taisait, dans l’espoir que l’illusion prenne fin… ou qu’elle se concrétise. Et l’instant était arrivé. Anoki se retourna, elle lut dans son regard qu’il était blessé et qu’il ne comprenait pas son choix. Son choix… Pouvait-on parler de choix ? Elle avait l’opportunité de vivre son rêve d’enfant, de commencer quelque chose de différent, loin du massacre de siens. Elle avait la chance de faire partie des rares personnes capables d’entendre les Dragons. Si elle le suivait, si elle rejoignait Nokomis, elle devrait s’habituer à une vie qui n’était pas la sienne. Qu’elle n’avait jamais voulu avoir, en réalité, et qui l’empoisonnerait jusqu’à la toute fin. Elle devrait revoir le visage de sa mère dans celui de sa sœur, entendre le rire de son frère Ahanu dans celui d’Anoki. De voir les yeux de son père lorsqu’elle se regarderait dans un lac. Elle devrait vivre avec ses remords, écrasée par le poids de sa perte. Alors qu’avec l’option que lui offrait Orpheus, elle pouvait tenter de surmonter sa peine et de faire quelque chose de plus grand. De plus important.

« Yepa… »
« J’irais, Anoki. J’ai pris ma décision. »

En quelques pas elle fut près de son frère, lissant sa chevelure avec des gestes tendres. Embrassant son front et murmurant des paroles à son oreille. Puis, avec des gestes attentionnés, elle se sépara de lui pour le regarder en face.

« Je ne t’abandonne pas. » Elle tourna la tête vers Darshan. « Nous ne pouvons pas le laisser ici, il aurait du mal à rejoindre le village. Mais ensuite, je vous suivrais. Où que nous devions aller. »

Elle ignorait tout de l’endroit d’où venaient les Dragons. Était-ce chaud ? Froid ? Y avait-il des lacs, des montagnes aussi hautes et décharnées que les Dents du Diable ? Qui d’autre peuplait ces terres mythiques ? Les questions devaient attendre.

Désolée du retard.
Comme tu me l'as proposé, j'ai utilisé Orpheus. J'espère ne pas l'avoir trop dénaturé. Si quelque chose ne va pas, que ce soit avec lui ou sur un tout autre point, MPopotte moi.
J'ai fais un très long message pour avancer dans notre histoire. Disons que ça me semblait vital, si on ne souhaite pas s'éterniser x) dis-moi ce que tu en pense Clin d'Oeil
Contenu Sponsorisé





MessagePosté le: Aujourd’hui à 07:38 Revenir en haut

Montrer les messages depuis:      
Poster un nouveau sujetRépondre au sujet


 Sauter vers:   



Sujet suivant
Sujet précédent

Index | forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001/3 phpBB Group :: Dgf GuildWars :: Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Traduction par : phpBB-fr.com
Create by dagonfield genesis :: by nerevare

Anneau des JpC par TourDeJeu