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 [RP] Échappée sur un souffle nocturne Sujet suivant
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Kailinn Helvên
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MessagePosté le: Mar 31 Juil 2012 - 09:54 Répondre en citantRevenir en haut

14ème jour de Néharaku, Automne 917


Les yeux fixés sur l'horizon, la frêle Ondine dirigeait avec assurance la barre d'un fin voilier, goûtant avec plaisir les embruns matinaux. L'esquif abandonnait dans son sillage une écume argentée qui brisait la monotonie de l'océan, si calme en cet instant. Quel plaisir de voguer ainsi, poussée par un vent doux mais puissant ! Enfin, des récifs se dessinèrent au loin, s'élevant au cœur de la brume et annonçant de proches rivages. Un sourire satisfait étira ses lèvres.

Le ciel s'assombrit alors soudainement, un souffle violent faisant claquer la voile, tandis que les eaux se creusaient avec une rapidité dépassant l'entendement, formant des vagues impressionnantes. L'Ondine s'accrocha du mieux qu'elle put à la barre, serrant les dents pour ne pas se laisser dépasser. Elle devait atteindre la côte. Elle leva des yeux inquiets au ciel pour chercher là-haut les nuages d'orage qui avaient dû s'amonceler sans qu'elle n'y prenne garde. Ce qu'elle découvrit la terrifia bien plus que tous les présages de tempêtes.

Plusieurs immenses silhouettes ailées s'étaient massées au-dessus de son embarcation, masquant le soleil derrière leur imposant corps reptilien. Des Dragons ! Comme si le fait de les avoir repérés avait déclenché leur colère, des rugissements assourdissants emplirent les airs, se répercutant jusque dans les tréfonds de son être. Tétanisée, l'Ondine sentait son corps sur le point de lâcher, trop secoué par le grondement titanesque. Leur fureur s'abattit sur elle sous la forme de l'un des leurs qui fondit sur son bateau. Un hurlement de pure terreur s'échappa d'entre ses lèvres.



Hurlant, Kailinn se redressa brutalement, rejetant sa couverture au pied du lit. Elle tremblait violemment de la tête au pied et une sueur exhalant la peur imprégnait ses vêtements de nuit. Dehors, les rugissements des Dragons étaient bel et bien réels, ce qui ne calma pas les terribles soubresauts qui parcouraient tout son corps.

*Qu'est-ce qui se passe ?! Pourquoi ai-je aussi peur ? Cela ne m'était pas arrivé depuis... depuis...*

Depuis le naufrage. Où elle avait perdu tout contrôle de la situation. Où tous ses compagnons de voyage avaient péri. Un long frisson remonta le long de son dos et elle enfouit la tête dans ses genoux, tentant d'apaiser sa respiration saccadée. Au bout de longues minutes déchirées par les grondements des Dragons, Kailinn maîtrisait de nouveau son corps, mais ce fut d'un pas chancelant qu'elle gagna la fenêtre et l'ouvrit.

Si l'air frais qui balaya son visage lui fit du bien, entendre les hurlements des Dragons sans la moindre barrière la terrifia. Elle ne savait pas ce qui pouvait les agiter ainsi, ni même ce que signifiaient ces cris. Colère ? Douleur ? Elle ferma les yeux, ses mains tremblantes s'agrippant au rebord de pierre, et murmura dans le vent ses interrogations. Le silence qui suivi lui parut interminable, dans le vacarme ambiant, lorsqu'enfin :

~ Tu ne peux rien y faire, petit Messager. Tu ne peux rien y faire... ~

*Comment cela ?*

~ Ton tour viendra. ~

*Qu'est-ce que cela veut dire ? Que se passe-t-il ?*

Mais la brise s'était tu, tout comme les rugissements des Dragons finirent par s'apaiser. Frissonnant autant de froid que d'inquiétude, Kailinn se réfugia sous sa couverture, cherchant un sommeil difficile au milieu de ses craintes.


Harassée par cette nuit cauchemardesque, Kailinn quitta sa chambre à l'aurore, les traits tirés par la fatigue. Elle laissa ses pas la guider jusqu'à la chambre de Peddyr, le regard vide. Son Maître était l'une des très rares personnes en qui elle avait confiance, surtout en ces temps de doutes.

*J'espère qu'il ne m'en voudra pas de le réveiller de si bon matin...*

Elle frappa à sa porte, d'abord doucement, puis de plus en plus fort, son appel restant sans réponse. Son absence l'inquiéta plus que cela n'aurait dû. Elle était encore marquée par les événements de la nuit et l'angoisse lui serrait peu à peu la gorge. Elle lança un regard égaré dans le couloir, à la recherche d'un passant, mais celui-ci restait désespérément vide.

*Pourquoi suis-je si inquiète ?*

L'Ondine devait apprendre plus tard dans la journée la source de son malaise. Alors qu'elle errait sur la Grand'Place , au milieu d'une foule clairsemée, un nom familier glissé dans une conversation raviva son attention :

"Messire Thelrand ? Vraiment ?"

"Oui. Nul ne sait pourquoi. Peut-être a-t-il déplu à notre bon seigneur..."

"Alors voilà donc notre Ambassadeur envolé ? Je suppose que son exil pourrait durer indéfiniment."

À ces derniers mots, Kailinn s'arrêta net.

*Son... exil ? Peddyr a été... banni ?*

Quelque chose dans son monde venait de s'effondrer.


~~~~~~


Dernier quartier de Néharaku, Automne 917


Un fin croissant de Lune Mauve baignait de ses rayons les tours blanchâtres du Màr Menel, tandis que sa sœur Rousse teintait de sang d'épais nuages. Un air glacial s'engouffrait par une fenêtre ouverte, envahissant une chambre exiguë. Sur le lit, une pâle Ondine se tenait assise en tailleur et les yeux clos, comme une statue de marbre, insensible au froid. Encore une nuit sans trouver le sommeil. Encore une nuit de doutes. Encore une nuit enfermée. Encore une nuit de perdue.

Kailinn avait senti sa liberté lui échapper petit à petit depuis l'accession au pouvoir du Seigneur de Galastden : le couvre-feu qui, non content d'écourter son travail à la taverne du Dragon Courtois, lui interdisait toute balade nocturne; le contrôle des sorties du Màr Menel; et désormais Peddyr exilé... Ce dernier coup l'avait ébranlé car, bien que ce lien d'Aspirante à Maître soit une forme de dépendance, l'aboutissement serait sa liberté. Et cela venait de lui être retiré. Dans la suspicion qui régnait maintenant en ces lieux, elle ne pouvait chercher de nouveau Maître. Et elle ne le souhaitait pas : se lier, encore une fois ? C'était trop de sacrifices.

Rien ne l'avait préparée à la disparition de son Maître. Sans qu'elle veuille se l'avouer, elle s'était attachée à Peddyr et à Sveargith, son lié draconique. Au-delà de leur enseignement, les moments passés avec eux lui manquaient. Elle s'en rappelait encore même si, après les Noces Pourpres, l'homme s'était assombri. Elle avait alors renoncé à le questionner sur Zackheim de Galastden qui, de frère du marié, était devenu Seigneur du Kaerl, toujours aussi mystérieux, mais d'autant plus dangereux. Elle craignait l'avis peu flatteur de Peddyr sur le sujet et les conséquences si quelqu'un surprenait leur conversation. Mais quel plan avait pu dissimuler sa mine sombre pour que le Seigneur de Galastden le rende paria ?

Bientôt deux semaines qu'elle ressassait ses idées noires à longueur de journée, tentant de dissocier la folie de la raison. Mais se laisser mourir à petit feu, tel un oiseau en cage... cela ne la menait nulle part.

~ Il est temps, petit Messager. Temps de reprendre ton envol. ~

Kailinn frissonna et jeta un regard mauvais en direction de la fenêtre. Des fois, elle se demandait si les Vents n'étaient pas sa conscience, et qu'elle tirait sur la démence. Elle soupira, lasse.

*C'est vrai. Il ne sert à rien d'attendre plus longtemps.*

Comme mue par une nouvelle force, son corps fatigué se leva et passa les habits familiers des Ondins, en fibre blanche. Puis elle griffonna rapidement un message qu'elle fourra dans sa poche et rassembla le peu d'effets personnels qu'elle possédait dans un sac de toile, qu'elle passa en bandoulière. Arrivée sur le pas de sa porte, elle prit une profonde inspiration, rabattit sa capuche et plongea.

Son immersion dans le Kaerl nocturne se fit sans un bruit. Elle glissait presque sur les pavés, comme un spectre hantant les lieux. Et de loin, dans ses pâles vêtements, elle ressemblait véritablement à une âme en peine, portée par les murmures fantomatiques du vent à travers les couloirs. Cette vision d'un autre monde ne fut cependant pas offerte à une patrouille, ce qui évita de briser le charme. Mais cette apparition n'errait pas et se rendait à une porte bien précise, devant laquelle elle s'arrêta. Puis toqua doucement.

"Yuni ? Yuni ! Ouvre-moi, c'est Kailinn !"

Yunizüna. Son amie. La seule au Kaerl qui importait.


Dernière édition par Kailinn Helvên le Dim 24 Nov 2013 - 18:33; édité 3 fois
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MessagePosté le: Mar 31 Juil 2012 - 09:54 Revenir en haut

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Yunizüna Yangon-Tiao
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MessagePosté le: Ven 3 Aoû 2012 - 13:58 Répondre en citantRevenir en haut

- Yuni ?

* Mmmpff... non...zzz...laisse-moi tranquille Sianouk...j'ai plus envie de jouer...*

Entre rêve et réalité, Yuni enfonça sa tête plus profondément dans son oreiller, cherchant à échapper à son frère imaginaire. La soirée qu'elle avait passé l'avait littéralement épuisée. Mais après tout, c'était bien elle qui était sortie de cette auberge UN PEU éméchée, et qui avait tout de même cru pouvoir regagner sa chambre sans embûche. Grimper aux murs en état d'ivresse...mais comment avait-elle pu être aussi stupide. Heureusement que quelqu'un avait garé sa charrette de foin au bon endroit, autrement l'aspirante n'aurait pas eu mal uniquement à la tête. Perdue sous ses couvertures, elle n'entendit pas la porte s'ouvrir.

- Oh Yuni ! Debout la mioche !

La jeune fille redressa brusquement la tête, un filet de bave dégoulinant de sa bouche. Nedimë ? Mais qu'est-ce qu'elle venait faire ici ? La soirée à l'auberge ne lui avait pas suffi apparemment. L'elfe n'attendit pas que l'aspirante prenne le temps de réaliser dans quel monde elle ne se trouvait, bien sûr, ce serait faire honte à "délicatesse" légendaire. Elle se plaça au bout du pied du lit, et sans crier garde, arracha les couvertures du matelas. Emportée par le mouvement, Yuni roula avant de s'écraser lourdement sur le sol. Elle eut alors l'impression qu'une masse lui martelait la tête. Pourquoi, mais pourquoi Nedimë se sentait toujours obligée de la martyriser, sous prétexte d'être la plus âgée de ses voisines de chambres ?

- Mmmrr... qu'est-ce que j'ai fais encore ? J'ai trop mal à la tête, je t'avais dit que je supporte mal la liqueur...s'il te plait...apporte-moi un verre d'eau...
- Ce que tu as fait ? Tu viens de squatter ma chambre je te signale ! J'ai dû dormir dans la tienne, et devine qui est venu frapper à ta vraie porte ?

Toujours aussi brassée, Yuni dût faire un effort surhumain pour se remettre debout. Kailinn ! Mince alors, il venait vraiment au mauvais moment. A l'aide de deux trois gestes rapides, ses cheveux en bataille furent à peu près arrangés, et sa tenue de nuit un peu moins débraillée. L'ondin avait revêtu ses vêtements habituel, d'un blanc éclatant, ses cheveux bleus correctement coiffés. Apparemment, il allait sortir cette nuit. L'aspirante pria qu'il s'agisse d'autre chose, car la soirée sensée célébrer l'empreinte de Nedimë l'avait achevée.

- Bon, dépêche-toi princesse, ça a l'air important. Je vous laisse alors, et toi t'as pas intérêt à avoir bavé dans mon lit !

Yuni dissimula son air inquiet. Une fois en colère, l'elfe pouvait être vraiment mais alors vraiment effrayante, si bien qu'elle ferait fuir toute une armée de trolls. L'aspirante prit avec elle sa baguette posée sur l'étagère, avant de fermer soigneusement la porte, laissant sa voisine s'affaler sur son matelas. Elle se retrouva face à son meilleur ami Kailinn. Tout en rassemblant ses cheveux en chignon, elle lui sourit.

- Excuse-la, elle est vraiment...heu...disons...authentique ! Mais bon on s'y fait. Alors, qu'est-ce qui t'amène en pleine nuit ?

Ses yeux de jais croisèrent ceux d'océan de l'ondin. Ils étaient étranges. Presque tristes. Yuni s'inquiéta.

- Kailinn ? dit-elle en posant une main sur son épaule. Quelque chose ne va pas ?
Kailinn Helvên
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MessagePosté le: Ven 17 Aoû 2012 - 17:13 Répondre en citantRevenir en haut

"Yu... ?"

Mais la porte qui s'ouvrit laissa apparaître une elfe à la longue chevelure blonde. Ou bien Yunizüna avait sacrément changé depuis la dernière fois, ou bien Kailinn s'était trompée de chambre. Ou bien... L'Ondine sentit ses joues s'enflammer sans qu'elle puisse se contrôler, et elle remercia intérieurement l'obscurité de conserver intacte son image d'impassibilité. Cependant, l'elfe qu'elle venait de tirer de son sommeil semblait plus qu'énervée et, alors que Kailinn tentait de bafouiller de vaines excuses, celle-ci se contenta de lui adresser un signe dédaigneux et de disparaître dans la chambre voisine.

"Mais, qu'est-ce que...", souffla-t-elle, abasourdie.

Les cris, grognements et autres réprimandes qui suivirent ne la rassurèrent pas tout à fait sur l'état de son amie, mais elle n'osa jeter un coup d'œil dans la chambre, ne souhaitant pas surprendre Yunizüna dans une situation gênante. Cette dernière se présenta enfin à la porte, aussi bien apprêtée qu'on pouvait l'attendre de quelqu'un tiré du lit. Se recoiffant, elle s'excusa à propos de sa voisine, ce qui fit sourire l'Ondine. Mais le cœur n'y était pas. Ce qui n'échappa pas à son amie.

Kailinn ne voulait pas partir sans donner d'explications à son amie, ne pas la laisser dans le doute comme elle-même avait pu l'être vis-à-vis de Peddyr. Elle ne reprochait rien à son Maître : les circonstances n'avaient pas dues lui être favorables, elle en était persuadée. Malheureusement, elle avait besoin de lui. Mais quelle serait la réaction de son amie ?

Celle-ci, déjà alarmée, la questionnait. L'Ondine frémit lorsque ses doigts lui touchèrent l'épaule. Elle ne voulait pas la repousser, mais... Avec douceur, elle retira la main de son amie, la gardant cependant dans la sienne.

"Je pars, Yuni."

Son ton sonna horriblement froid à ses oreilles. D'autant plus glaciale que la main de Yuni sur sa paume était chaude. Était-ce là tous les sentiments dont elle pouvait faire preuve ?

"Je quitte le Kaerl.", ajouta-t-elle, comme si le sens de ses premiers mots avait pu échapper à la jeune femme.

Et, avant que Yunizüna ait pu émettre la moindre protestation, elle poursuivit, tentant sans grand succès de mettre un peu de chaleur dans sa voix :

"Ce n'est plus possible pour moi, ici. Je n'ai plus de Maître, plus de liberté. Le pacte qui m'a amené au Màr Menel a été rompu. Je ne..."

Elle s'interrompit net. Une brise ténue avait porté à son oreille le bruit de pas sur le dallage des Spires.

"On vient.", lâcha-t-elle.

Et sans plus de cérémonie, elle poussa Yunizüna dans sa chambre, refermant silencieusement la porte derrière elles.

*Ce n'est pas le moment de se faire pincer !*

"Désolé."

Kailinn ne savait pas bien si elle s'excusait pour sa brutalité ou pour son départ. Elle fixa son amie, cherchant dans ses yeux si expressifs la réponse à sa décision. Car n'était-ce pas aussi l'assentiment de Yunizüna qu'elle cherchait ?
Yunizüna Yangon-Tiao
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MessagePosté le: Ven 14 Sep 2012 - 21:48 Répondre en citantRevenir en haut

- Je pars.

Deux mots. Deux simples mots, mais qui, à l'intérieur de la Chevalière, déclencha un véritable ouragan. Ces deux fragments de phrases, soufflés par un vent d'autant plus glacial que le plus rude des blizzards, sonnèrent comme deux notes assomantes au fond des oreilles de Yuni. Les battements de son coeur s'accélérèrent sous l'effet de l'incompréhension, tandis que des miliers de questions se mélangeaient dans son esprit boulversé. Comment ça ? Où ? Quand ? Tout de même pas...?

Comme s'il avait parfaitement conscience des sentiments de la jeune fille, Kailinn prononça une autre phrase, l'achevant.

- Je quitte le Kaerl.

Le vide. Après la tempête confuse de questions, le néant emporta en une seconde les pensées de Yuni. Les yeux fixes et éteints, elle n'entendait même plus les explications de l'ondin, ne sentait plus le sang couler dans les veines de ses bras, l'air dans ses poumons, la chaleur de sa main. Même sa vue s'était brouillée. Du visage aux traits fins de l'ondin, elle ne parvenait plus qu'à distinguer une forme ovale laiteuse, qui lentement disparaissait.

Il ne pouvait y avoir qu'une explication, le Kaerl. Tout le monde pouvait admettre, même en chuchotant pour ne pas s'attirer des ennuis, que la citadelle du ciel n'était plus la même depuis qu'elle était dirigée par la maison de Galastden. Yuni en avait particulièrement souffert pendant les première semaines, et s'était laissé lentement sombrer dans une dépression. Même à l'aide de rires avec des connaissances et quelques soirées plus ou moins arrosées, les souffrances morales ne peuvent être soignées que par l'individu lui-même. Lorsque Kailinn l'entraîna dans sa chambre, elle reprit enfin ses esprits, revint à la réalité.

Tout était dit, il n'y avait rien à ajouter. C'était la dernière fois, la dernière soirée.

- Désolé.

Yuni baissa la tête, se mordant la lèvre jusqu'au sang. Il ne fallait pas que ses yeux puissent refléter ses véritable sentiments par rapport à sa raison. L'ondin avait sans le moindre doute prit la bonne décision. La jeune fille n'aurait pas pu supporter le voir dans le même état qu'elle, de toute façon. Elle ne pouvait imaginer ses yeux de saphir clair virer au noir corbeau, et son teint de porcelaine lentement jaunir. Elle ne voulait pas qu'il pleure, même si peut-être en avait-il vécu l'expérience autrefois.

Ravalant difficilement sa salive, elle se redressa. Ses lèvres esquissaient un sourire, exprimant au mieux qu'elle pouvait son acquiescement. Même si c'était difficile, que cela faisait mal, il fallait accepter.

- Je comprends...

Oui elle comprenait. Mais autre chose restait accroché à son coeur, et refusait de partir. Comme une flèche que l'on retire lentement. S'en suivit un long silence, pendant lequel les deux regards se croisèrent, au moins pour en retenir ce souvenir. Le souvenir de ces deux saphirs, les yeux les plus fascinants qu'elle n'avait jamais vu.

- Je ne supporterai pas le fait de ne plus te revoir...

La douleur se disspa alors. Il suffisait juste de se confier. Ayant trouvé la bonne voie, Yuni continua :

- Tu as toujours été là pour moi, et tu m'as toujours soutenu, même dans les endroits les plus bizarres du Kaerl...


Cette fois, la jeune fille se rendit compte à quel point le lien qui les avait unis était fort. Le briser serait difficile.

- Tu vas me manquer, Kailinn...

Elle baissa à nouveau le menton. La sensation désagréable avait disparu. Elle ne pouvait que lui souhaiter bonne chance, dans l'endroit où il avait décidé d'atterrir.

- Promets-moi juste de ne pas te fourrer n'importe où comme moi, d'accord ?

Un petit rire étira ses lèvres, dévoilant un sourire le plus réconfortant possible.
Kailinn Helvên
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MessagePosté le: Sam 22 Sep 2012 - 12:19 Répondre en citantRevenir en haut

Kailinn eut l'impression d'avoir frappé son amie. Celle-ci avait détourné le regard, mutique, figée. Les effusions n'avaient jamais été du goût de l'Ondine, mais elle ne supporterait pas ce silence pour autant. Elle eut un instant l'envie de crier, de la secouer, de libérer cette colère qui s'accumulait au fil des semaines passées dans ce Kaerl oppressant... mais pour rien au monde elle ne l'aurait blessée. Elle se contraignit ainsi à la patience, retenant son souffle, laissant intacte l'atmosphère glaciale qui s'était installée.

Enfin, Yunizüna parla, allumant comme une flamme. Et un poids immense se retira des épaules de l'Ondine, qui se détendit imperceptiblement. Pourtant, le doute persistait. Les deux visages baignés dans la demi-pénombre de la chambre dissimulaient dans les clairs-obscurs les sentiments inavoués. Seule la parole ne se voilait pas, et pourtant celle-ci demeurait la plus traîtresse, emprisonnant derrière des mots choisis l'expression du cœur. Était-ce de la résignation ?

Kailinn plongea son regard dans celui de son amie, en quête de ces scintillements de vie qui lui donnerait le courage de poursuivre. Car elle se sentait tiraillée. Malgré sa ferme décision de suivre les traces de son Maître. Comme cela avait été facile de décider son départ, loin du regard de Yunizüna ! Elle ne pouvait cependant plus reculer, ou elle se perdrait. Elles le savaient toutes les deux.

Ce furent les paroles de Yunizüna qui, une à une, mirent un terme à ses hésitations naissantes. Et en même temps que celles-ci s'envolaient, un sentiment enveloppa avec douceur le cœur jusqu'alors serré de l'Ondine. Elle éprouvait une reconnaissance sans pareille pour cette jeune femme, son unique amie. Elle exprimait, sans plus aucune barrière, tout ce que Kailinn ne parviendrait probablement jamais à dire.

Le doux sourire qu'elle lui adressa finalement lui remémora celui de sa mère lorsqu'elle s'était embarquée sur la Perle d'Écume. Le présent d'adieu d'un proche. D'adieu ? Ou d'au revoir ? La vie leur réservait encore tant de surprises... Qui pouvait savoir ?

"Je te le promets."

Ces quelques mots, trop sérieux au regard de la promesse légère demandée par Yunizüna, semblaient contenir bien plus de sens. Un peu rudement, elle enlaça son amie, la singularité de ce geste révélée par sa maladresse. Elle lui chuchota au creux de l'oreille :

"Je te dois..."

Elle se tut, les mots ne venaient pas. Elle en aurait hurlé de rage, incapable de rendre à Yunizüna tout ce qu'elle lui avait offert. Aussi inspira-t-elle profondément et, cherchant au fond de son être ses sentiments, elle prononça avec une douceur inhabituelle :

"Merci."

Puis elle s'écarta de la jeune femme, un sourire étrange aux lèvres.

"Je te souhaite de bientôt devenir Chevalière."

L'Ondine fit quelques pas en arrière et, juste avant de franchir la porte en rabattant sa capuche, ajouta :

"Et que nos chemins se croisent à nouveau, même si le Rhaëg et ses océans sont vastes."


\o/ Yuni ! Contente de ton retour. ^^
Par contre, il me semble que pour ce rp, tu es encore une aspirante. Clin d'Oeil
Si tu veux ajouter un dernier post, fais donc. Sinon j'éditerai le mien pour achever mon départ du Kaerl.
Kailinn Helvên
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MessagePosté le: Dim 27 Oct 2013 - 17:35 Répondre en citantRevenir en haut

Lentement amassés au-dessus du Kaerl, de gros nuages dissimulaient les étoiles, plongeant la Grand'Place dans une pénombre glaciale. Le motif en forme de dragon qui ornait le centre du pavement scintillait pourtant d'une lueur dorée surnaturelle, attirant la curiosité. Un épais silence régnait sur les lieux, parfois brisé par le bruit des pas des gardes effectuant leur ronde, accompagnés par la lueur chaude des torches. Une fois leur chemin passé, tout retombait dans le froid et l'immobilité.

Pourtant, cette fois, les sentinelles étaient talonnées de peu par une pâle silhouette qui rasait les murs, disparaissant dans la moindre encoignure. Parvenue sur le seuil d'une taverne, close à cette heure de la nuit, elle les laissa la distancer. Se penchant devant la porte, elle glissa dessous un morceau de papier, puis recula de quelques pas, comme contemplant l'enseigne en bois, sur laquelle était gravée en belle calligraphie : « Au Dragon Courtois ».

Seule le léger nuage de buée devant le visage encapuchonné de cette apparition diaphane confirmait son existence matérielle. Un croassement rauque la fit se retourner vivement, comme prise la main dans le sac. Perché sur le rebord d'un toit, l'oiseau au plumage d'encre croassa une nouvelle fois avant de prendre son essor, survolant la Grand'Place à tir-d'aile pour finalement disparaître dans les ténèbres.


Kailinn avait suivi le corbeau de ses yeux glacés et fronça les sourcils. Elle n'était pas tellement superstitieuse, mais cette nuit était particulière et importait pour le cours de sa vie. N'était-ce pas là un signe du Messager ? Sa naissance avait été placée sous la marque de Zakeriel, et l'Ondine n'avait jamais considéré cela comme une coïncidence, surtout au regard de son lien avec les Vents.

*Mais dois-je prendre cela comme une incitation au départ, ou comme un présage funeste ?*

Les voies des Dieux lui paraissaient souvent impénétrables et les indices abandonnés derrière eux bien mystérieux.

*Ma décision est de toute façon prise, sinon c'est ici que je périrai bientôt.*

Un bref coup d'œil lancé à droite et à gauche, l'Ondine s'élança, blanc feu follet, vers le centre de la place. Ses pieds effleuraient à peine le pavé, elle se sentait pousser des ailes. Des ailes d'obscurité. Elle bondit soudainement, s'élevant au-dessus du motif de téléportation qui parut briller de plus belle. Une étincelle dorée jaillit, puis les ténèbres happèrent tout.

Disparue la lueur, disparue la pâle incarnation. Ne restait plus que le noir. Comme une plume de corbeau.



- Fin du rp -
Prochaines étapes : les Chutes de Nightfall et le Màr Lìtsë
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