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Narcisse d'Istelsten
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MessagePosté le: Dim 3 Juin 2012 - 01:26 Répondre en citantRevenir en haut

Hiver 918, Llefelysku



* Anaviel Myst Ïndalwë. Elendel Hastin. Alauwyr d’Iskuvar. Esthen Frâlan. Anaviel Myst Ïndalwë. Elendel Hastin. Alauwyr d’Iskuvar. Esthen Frâlan. Anaviel Myst Ïndalwë. Elendel Hastin. Alauwyr d’Iskuvar. Esthen Frâlan. Anaviel Myst Ïndalwë. Elendel Hastin. Alauwyr d’Iskuvar. Esthen Frâlan… *

Sur le chemin qui la menait au Val, Narcisse se répéta mille et une fois ces quatre noms, comme si elle récitait une poésie. Il était évident pour la jeune femme que ces hommes auraient un rôle important à jouer dans le bon déroulement de son plan. Chacun d’entre eux possédaient des traits de caractère différent mais aussi une prestance, une richesse et une assurance qui méritaient d’être applaudies. Leurs agissements, leurs rêves, tout était pris en compte par la jeune apprentie, désireuse de prendre sa vengeance sur la vie et ceux qui n’avaient pas hésité à la détruire. Parmi ces hommes, plusieurs devaient mourir. D’autres devenir ses amants. D’autres encore lui servir en temps voulu, lorsque le talent désiré deviendra indispensable. Elle porta sa main à son menton, soucieuse. Malgré les trois quatre mois qu’elle avait passé ici, elle ne connaissait pas suffisamment de monde pour prétendre pouvoir accéder au trône convoité. Le Maître Hastin supervisait son entraînement, ne lui laissant que peu de temps libre, mais cela ne lui avait pas permis de progresser à une vitesse fulgurante, notamment dans le domaine du combat à l’épée. Et les rares fois où elle pouvait sortir visiter le Kaerl, elle se sentait constamment épiée, devenant au fil des jours, de plus en plus parano. Elle en vint rapidement à la conclusion qu’elle était bien loin de pouvoir atteindre son but. Il lui fallait donc travailler plus encore. Plus que n’importe quel autre petit aspirant. Et peut-être qu’un jour, elle obtiendrait sa revanche.

Un bruit venant d’un coin de rue l’interpela. Narcisse se retourna brusquement, cherchant du regard ce qui pouvait la troubler ainsi. Persuadée qu’il s’agissait d’un espion envoyé par Elendel, elle se mit soudainement à courir, accélérant le pas à mesure que ses inquiétudes grandissaient. Elle ne pouvait dire si on la suivait. Elle avait le sentiment de se tromper, tant la crainte d’être épiée la rendait capable de paranoïa. Elle entendait des pas derrière elle : peut-être ceux de la paysanne qui court chercher son pain. Peut-être celui des enfants qui joue avec un vieux ballon, plus loin, sur la place du marché. Ou peut-être encore, un type payé grassement pour recenser le moindre de ses faits et gestes. Alors elle s’arrêta soudainement et se retourna, espérant entrapercevoir, au moins, une ombre suspecte. Rien ne l’interpela pourtant. Elle reprit sa route, le cœur battant, la main posée sur la poignée de l’un de ses cimeterres.

* Ce n’est que ton imagination. Pense à l’entraînement du Maître Hastin ! Oui c’est ça ! Tu sais plus ou moins te servir de tes lames pour te défendre ! Alors pourquoi est-ce que je m’en fais après tout ? Et puis, qu’il me surveille ou non, je ne change pas mes habitudes aujourd’hui il me semble. *

Le Val était toujours aussi majestueux et Narcisse s’était habillée pour lui faire honneur. Elle portait l’une des tenues de combat offerte par le Maître Hastin. Il s’agissait d’une jolie tunique brune, brodée de fils et de rubans d’or. Au centre, sur le poitrail, se dessinait une rose écarlate, dont la tige entoure élégamment la lame d’une épée. Il s’agissait de l’emblème des Istelsten, et ceux depuis des générations. En réclamant cette broderie, Narcisse n’avait pas informé son Maître qu’elle était étroitement liée à son passé, par crainte qu’il lui reproche d’être encore attachée à sa famille. Ce que la jeune femme ne savait pas cependant, c’est que ce symbole était apparu, il y a bien longtemps déjà, sur l’habit d’une femme ayant joué un grand rôle au Màr Tàralöm. « Flamme Impure », Amàwen-Codia, Maîtresse Noire, la plus lointaine ancêtre des Istelsten.

Une brise souleva sa chevelure, libérant les jolies boucles du capuchon sombre. Ses joues portaient les traces d’un maquillage léger. Elle soupira, déjà lassée par sa journée. Ce matin, Elendel ne l’avait pas accueilli. Il avait d’ailleurs été introuvable, où que Narcisse le cherche. Elle en avait donc profité pour filer et profiter des marchés. Mais aujourd’hui, la pluie poussait les gens à rester enfermés chez eux. Même les étals habituellement prisés n’étaient pas venus ! Au moins, l’arbre du Val supportait la pluie et le soleil sans ne jamais se plaindre. Elle sourit, trouvant sa pensée un peu déplacée.

- Tu ne sauras jamais aussi majestueux que moi, stupide arbre. Pourquoi donc les Maîtres et Chevaliers s’extasient-ils devant toi à chaque fois qu’ils croisent ta route ? Tu es bien beau certes, mais en rien spécial…lâcha-t-elle, presque jalouse. Tu verras. Je serai l'amante des princes et des rois. La favorite des peuples du monde. La puissance, la richesse et la gloire à moi seule.


Dernière édition par Narcisse d'Istelsten le Dim 3 Juin 2012 - 09:48; édité 1 fois
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MessagePosté le: Dim 3 Juin 2012 - 01:26 Revenir en haut

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Yuma Amarok
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MessagePosté le: Dim 3 Juin 2012 - 04:10 Répondre en citantRevenir en haut

- Et tu parles aux arbres, ça fait de toi une Impératrice des Végétaux, ou quelque-chose du genre, non ?

Des gens étranges, il y en avait partout dans ce Kaerl, c'était indéniable et Yuma n'avait jamais eu l'idée de changer les choses : de toute façon, sûrement aurait-il très vite abandonné. Ce n'était pas comme s'il était aisé de chercher une fourmi dans une botte de foin ! A moins que ce ne fût une aiguille ? Il réfléchirait à la question plus tard ! Pour l'heure, le voilà qui faisait le tour de l'arbre immense qui surplombait le Val de son tronc imposant et de son feuillage écarlate, à l'image des Reines Dragons qui régnaient sur les lieux. Autant dire qu'il ne les jalousait ni en taille, ni en prestance, bien que d'une manière plutôt différente à la leur.
Si le demi-sang était là par hasard ? Oui et non. A dire vrai, il avait bel et bien croisé cette jeune femme au hasard de ses vagabondages dans les couloirs du Màr : autant dire que, depuis sa récente Empreinte, il s'en donnait à coeur joie, trop heureux de ne plus avoir de comptes à rendre quant à ses déplacements. Lorsqu'il l'avait croisée, perdue dans ses pensées et l'avait entendue prononcer des syllabes qu'il avait cru reconnaître, le jeune homme s'était arrêté sur son chemin. A quel genre de nouvelle folle avait-il affaire encore ? C'est qu'il y en avait, des folles, par ici ! Le nouveau spécimen du couloir s'ajoutait peut-être bien au lot, qui pouvait savoir ?

Le fait était que, la voyant partir en courant, Yuma avait regardé partout autour d'eux avec un air intrigué, se demandant quelle mouche l'avait piquée... avant de se rendre compte que personne ne montrait le bout de son nez dans les environs. Haussant les épaules, il avait décidé de la suivre plus sur le coup d'une pulsion que par réel intérêt : c'était toujours amusant, les gens qui se mettaient à courir subitement, comme ça. De ces mots prononcés, il n'avait cru reconnaître que quelques noms, à savoir Alauwyr Iskuvar et Anaviel machin-chose, duquel il avait entendu parler par son tout premier maître... Saviez-vous que les noms elfiques étaient mortellement cruels ? Non ? Alors, demandez-vous simplement pour quelle obscure raison ils étaient toujours imprononçables ! Selon le jeune chevalier, il ne s'agissait ni-plus, ni-moins que d'un certain sens stratégique ! Personne ne pouvait se souvenir d'un nom pareil ! Mettre une tête elfique à prix était la dernière chose intelligente à envisager dans ce bas monde !

- Tu sais, je pense que des ambitieux, il en a vu passer pas mal dans ce Kaerl, ajouta Yuma en tapotant contre le tronc de l'arbre sur lequel il appuya son dos avant de hausser un sourcil songeur, cela dit, peut-être pas de ton niveau. Ca fait beaucoup de choses à devenir !

Familier, grossier de tutoyer, ne s'occupant pas de ses affaires, comme à sa grande habitude, le jeune homme se comportait de manière naturelle, faisant fi des convenances d'autant plus que, désormais, aucune insubordination face à ses désormais égaux, ne lui vaudrait de finir en face du Seigneur des lieux... du moins, s'il n'en faisait pas trop. En ce jour pluvieux, il se promenait d'ailleurs seul. Déjà soucieux de connaître la raison pour laquelle il s'était lié à une femelle, il n'avait pas manqué de remarquer que Nemuri dormait énormément. Une fois encore, la voilà qui reposait paisiblement, squattant sans honte le lit de son bipède de lié. Une chambre pour eux tous seuls, maintenant il se sentait bien mieux, bien qu'il fît constater à son âme-soeur combien tant d'espace n'était plus habituel pour lui. Il y reprendrait goût, c'était forcé !
Loin d'afficher une expression sévère ou moqueuse, Yuma fixait la jeune femme avec un air intrigué, accompagné d'un sourire franc :

- Tu es nouvelle au Màr Tàralöm ? Je sais que cet endroit est grand, mais, je n'ai pas le souvenir de t'avoir déjà croisée auparavant... je n'ai peut-être pas fait attention, remarque...


S'il avait été victime d'un peu de ramollissement ces derniers temps, avant l'Empreinte, le jeune chevalier avait retrouvé énormément d'entrain depuis sa rencontre avec Nemuri. La sensation de malaise qu'il avait ressentie lors de ces dernières semaines, s'était dissipée pour lui rendre de la couleur aux joues et ce caractère impétueux qu'on lui connaissait, du moins, de par chez-lui. Entre autres, il avait tout l'air d'être dans un bon jour. Le cheval sauvage s'était libéré des chaînes qu'on avait voulu lui imposer et avait prouvé qu'il était digne de conserver sa liberté, lorsque Flarmya lui avait permis de se lier. Encore quelques mois de patience et il aurait tout le loisir de s'en retourner sur sa chère terre natale de lui-même... et de tenter de la sortir de l'horrible spirale dans laquelle elle était enfermée depuis des années. Avant, il avait encore beaucoup à apprendre cependant et en était bien conscient. Néanmoins, il aurait de quoi persévérer en attendant que la dragonne bleue devînt adulte.
Se séparant de l'arbre auquel il était adossé, Yuma ne put s'empêcher de lever les yeux dans la direction des feuilles à la teinte sanguine, perlées des quelques goûtes de pluie qui venaient s'y loger, avant de reporter son attention sur la jeune femme. Allez savoir comment cette conversation allait tourner ! Pour le moment, ses seuls rapports avec les femmes de cette île, s'étaient soldés par des coups de paniers, des griffures, des morsures et des hurlements... alors qu'il avait simplement voulu faire une plaisanterie. Au moins, cette fois, il ne lui avait pas fait peur. Du moins, il l'espérait !
Narcisse d'Istelsten
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MessagePosté le: Dim 3 Juin 2012 - 10:16 Répondre en citantRevenir en haut

Narcisse fixa l’étranger avec force, soutenant son regard bleu de glace pour être dans la mesure d’anticiper toute action pouvant lui être néfaste. Depuis le début de sa formation au Kaerl Ardent, il lui était arrivé plus d’une fois d’être lâchement manipulée, agressée ou humiliée, et ce devant des spectateurs friands de tels spectacles. Son Maître, Elendel Hastin, n’avait pas toujours été là pour la protéger des plus grands dangers et il devait probablement penser, au plus profond de son âme, qu’il s’agissait d’exercices intéressants pour lui forger un moral d’acier.

Cette position de faiblesse, Narcisse avait appris à l’effacer au regard des autres au fil de son entraînement à l’épée. Elle portait constamment à ses hanches deux cimeterres de taille respectable, à la lame lustrée et aux pommeaux serties de fils d’or. A chaque fois qu’elle les sortait, elle adoptait une position de défense digne des plus grands maîtres. Quand à se battre comme eux…c’était une toute autre histoire, mais ses adversaires n’étaient pas censés savoir qu’elle n’avait encore aucun talent remarquable dans ce domaine. De ses longs doigts fins, elle caressa doucement l’une des pierres précieuses, avant de saisir vigoureusement la poignée et d’offrir à ce stupide étranger un sourire mauvais.

- L’Impératrice des végétaux ? Dites-moi, étranger, qui est le plus idiot d’entre nous deux, pour trouver un surnom d’aussi mauvais goût ? Qui est le plus grossier, pour oser me tutoyer ? Oh et par cela, pour m’aborder comme si je n’étais qu’une curiosité alors que je désire rester seule ? Vous m’agacez déjà. Ce sont de mauvais points pour vous, jeune homme.

Narcisse avait prononcé ces mots avec un calme presque surprenant.

Elle s’approcha de lui en douceur, délaissant son épée à sa ceinture pour ne pas le pousser à croire qu’elle était sur le point de l’agresser. Une fois suffisamment proche de lui, c'est-à-dire à un petit mètre à peine, elle posa son doigt au niveau de son cœur, sans ne jamais, pas même l’espace d’une seconde, lâcher son regard. Là elle fit mine de tirer, comme si une flèche venait lui transpercer la poitrine. Lui au moins il ne s’enfuyait pas en courant. Elle s’était souvent amusée à faire cela aux jeunes aspirants graciles et sans force morale. Ces derniers avaient pris ce geste, plus d’une fois sur deux, pour des menaces de mort. Elle rit en repensant à tous ces visages affolés, qu’elle n’avait jamais cherché à apaiser, même si elle risquait de subir la colère de leurs Maîtres respectifs. Cet étranger n’était donc pas un trouillard ? Qu’il serait amusant de la voir exprimer un peu de terreur ! Qu’il serait amusant même, qu’il fasse des supplications, comme un enfant réclamant un bonbon fait de chocolat.

- Je suis là depuis les débuts du grand hiver. On m’a arraché à mes terres par le mensonge pour m’emmener ici. Puis je me suis entraînée, sans relâche, pour devenir plus forte, plus forte encore que je ne l’étais avant de quitter les terres d’Ören et de renoncer à mes rêves de conquête. Mais aux yeux de mon Maître, cela implique d’être enchaînée et tenue en laisse. Vous comprenez ? Dans les couloirs, je suis un esprit qu’on aperçoit à peine. Dans les bibliothèques de la tour d’obsidienne, je me perds parmi les visages des aspirants, ivres d’apprendre parmi les lignes des anciens écrits. Dans les Weyr, je suis une œuvre d’art, immobile, silencieuse et soumise au regard de son public.

Elle sourit, peu certaine qu’il comprenne le vrai sens de ses paroles. Elle jouait avec les mots. Il semblait qu’elle racontait son histoire, mais elle n’en restait pas moins tout aussi mystérieuse et inexplicable. On savait tout et rien à la fois.

Lasse, Narcisse ôta son doigt de la poitrine de l’étranger, laissant son bras retomber le long de son corps. C’est alors qu’elle remarqua qu’il était bien plus grand qu’elle. Pour le regarder, elle était obligée de lever la tête. L’inconfort de la proximité qu’elle avait avec lui se fit rapidement sentir au niveau de sa nuque. Il portait une longue chevelure sombre, des yeux aussi bleus que les mers lointaines et sa peau, blanche comme neige, semblait refléter une certaine noblesse. Il était beau ! La finesse de ses muscles démontrait un travail régulier et sûrement une grande maîtrise des armes. Elle baissa le regard, détournant vigoureusement les yeux en essayant de paraître en colère. Son orgueil, son impolitesse et son arrogance gâchaient tout le tableau ! Quel bougre ! Pourquoi donc tentait-elle de trouver en lui une source d’intérêt ? Le Seigneur Ardent, Elendel Hastin et enfin, Anaviel Myst Ïndalwë étaient de plus gros poissons.

Un éclat de noblesse. Un morceau de pierre précieuse.

Sans prévenir, elle faucha ses jambes pour le faire chuter puis se posa sur lui, maintenant avec force ses épaules au sol. Dans son dos, sa nuque et le creux de ses jambes, venaient se loger les gouttes d’une pluie fine et glaciale. Elle tenta d’oublier d’inconfort que lui procurait la météo du jour puis fixa sa victime dans le blanc des yeux. Le sérieux de la situation la fit craquer : elle se mit à rire avec force, presque amusé que, pour la première fois, un homme ne réagisse pas au quart de tour. Combien de fois n’avaient-ils pas profité de l’occasion pour tenter de l’amener au lit ? Combien de fois certains autres, inconscients, avaient pris cela pour une agression et avaient sorti la lame de leur fourreau ? Heureusement, l’entraînement du Maître Hastin lui avait permis d’apprendre à réagir aux imprévus. Elle n’était pas au point cependant, aussi surveilla-t-elle chaque mouvement que pourrait accomplir ce curieux personnage.

- Vous êtes un enfant, étranger. Un petit enfant arrogant, audacieux et vulgaire. Savez-vous ce que l’on fait habituellement à ces gamins qui ne sont pas sages ? J'ai toujours été contre les coups portés, mais quand il faut les dresser, toutes les solutions sont bonnes, n'est-ce pas ?

Alors qu'il allait ouvrir la bouche, elle porta ses mains sur ses lèvres.

- Silence. J'ai horreur des brailleurs.
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Dim 3 Juin 2012 - 16:48 Répondre en citantRevenir en haut

Il l'agaçait déjà. C'était pourtant un fait qui survenait souvent lorsque Yuma décidait d'aborder quelqu'un d'étranger. Non qu'il fût de mauvaise compagnie, mais, son tempérament tendait à provoquer ce genre de constatation : oh, ce n'était pas si grave, ça ne le dérangeait guère après tout ! Cela ne rendait le jeu que plus amusant. Car, il était indéniable que le jeune homme s'amusait en discutant de la sorte avec cette femme, qui avait visiblement un caractère plutôt bien trempé. La voilà qui le considérait avec un certain mépris, le traitant à la fois d'idiot et de grossier personnage ! Oh-oh, elle n'avait pas apprécié son petit surnom !
Ne se départant pas de son sourire, le demi-sang la regarda approcher de lui et lui poser un doigt menaçant sur le torse. Allons bon, qu'est-ce qui lui prenait maintenant ? Ah, elle désirait lui transpercer le coeur ? Encore un peu et il aurait pensé qu'il s'agissait tout bêtement d'une tentative de le séduire ! Ceci dit, il lui en faudrait probablement un peu plus pour parvenir à le faire chavirer si c'était bien ça qu'elle recherchait. La situation semblait beaucoup l'amuser aussi, à cette femme, la voilà qui riait avant de glisser une main à l'une des deux armes qui battaient ses flancs et de lui conter... hé bien, sa vie, d'après ce qu'il en comprit.

Tiens tiens, ainsi était-elle donc une aspirante ? La mention de son maître et de sa façon de se fondre parmi la masse des autres aspirants, tendait à prouver que Yuma n'était guère loin de la vérité, bien qu'il se méfiât tout de même de son interlocutrice du moment. Malgré ses airs détachés, le jeune homme surveillait ses mouvements : il lui suffirait d'entendre le tintement familier d'une lame que l'on tire de son fourreau pour ne pas lui laisser le temps de s'en servir. L'écoutant sans dire un mot, il finit par constater qu'elle vînt à se lasser toute seule, ôtant son doigt de son torse une fois qu'elle eût terminé de parler. En voilà une qui n'avait ni sa langue dans sa poche, ni sa modestie au placard !
La voilà qui se mettait à le fixer. Ben quoi ? Il n'avait rien dit, cette fois ! Pour une fois qu'il laissait quelqu'un parler sans l'interrompre ou faire de petits commentaires amusants pour susciter l'irritation ! A moins qu'il n'eût une poussière dans les cheveux ? Elle tourna les yeux avec résolution, visiblement, tachant d'éviter son regard avant de... lui faucher les jambes ?

Bonne patte et curieux de savoir ce qu'elle comptait faire, Yuma ne chercha pas à l'arrêter, la laissant faire et se retrouvant bientôt allongé sur le sol. Son interlocutrice s'en vint le bloquer, maintenant à deux mains ses épaules contre le sol. Elle riait, une fois de plus. Hé bien, en voilà une qui ne manquait ni d'audace, ni de mordant ! Sans doute aurait-elle été surprise d'apprendre qu'elle se jouait d'un chevalier-dragon ? Oh, il n'escomptait pas le lui dire tout de suite : il n'allait tout de même pas la faire fuir si tôt, n'est-ce pas ?
Tiens donc, elle voulait le dresser parce qu'elle le considérait comme un enfant un peu trop impétueux ? Les choses devenaient de plus-en-plus intéressantes ! Son Maître ne lui avait-il pas appris à tenir sa langue sur ses intentions ou à faire montre de prudence quant aux personnes à qui elle s'attaquait ? Cela tombait bien, le mot prudence était absent du vocabulaire du demi-sang également ! Hélas, il n'eut guère l'occasion de répondre à la provocation qu'elle déplaçait ses mains pour les coller contre ses lèvres, lui intimant le silence en joignant le geste à la parole. La faille était apparue d'elle-même et le sourire dissimulé de Yuma n'en fut que plus amusé.

Ses propres mains se saisirent bientôt des deux bras de la jeune femme, tandis qu'il bandait rapidement ses muscles pour la projeter sur le côté, avant de rouler de l'autre côté et de se rétablir lestement sur ses deux jambes ! Ce n'était pas comme si elle ne représentait pas un poids plume pour lui, après tout. Il n'avait pas dans l'idée de lui faire mal, aussi s'y était-il pris d'une manière simple. Restait à savoir comme elle s'apprêtait à réagir face aux réflexes qui venaient de la déloger de son perchoir improvisé.

- Beaucoup se sont cassés les dents à tenter de me dresser, damoiselle à la verve venimeuse.

Ses prunelles mauves ne la lâchaient pas d'une semelle, guettant désormais ses moindres faits et gestes : on ne savait jamais de quoi pouvaient être capables des personnes impulsives et il était bien placé pour le savoir. Cependant, la situation ne le préoccupait pas tant que cela : ce n'était pas comme s'il prenait cette altercation au sérieux ! Il ne le faisait déjà pas quand des Maîtres et Chevaliers lui faisaient la morale sur son comportement, alors se voir plaqué au sol par cette jeune femme...

- Toutefois, je serais ravi d'apprendre de quelles techniques tu te sers contre les malheureux qui ont succombé à ton charisme brûlant.
-Il lui adressa un sourire ironique.- Il est tout de même un peu tôt pour me sauter dessus, non ? En plein milieu du Val, en plus !

Rien de bien sérieux une fois de plus, évidemment, il n'y avait pas de quoi l'être après tout. Prenant appui contre l'arbre, il fit mine de l'attendre, ajoutant d'un ton qui se voulait toujours plus amusé :

- Pourrai-je connaître le nom de l'Oeuvre d'Art des Weyr qui s'apprête à me dresser ? Que je puisse savoir qui supplier lorsque mes souffrances seront à leur paroxysme !


Jouer la comédie n'était pas un problème, il devait bien admettre que l'exagération était de taille et qu'il se montrait probablement un peu trop enjoué quant à cette discussion qui prenait un tour particulier. Malheureusement, comme la jeune femme l'avait fait remarqué, Yuma était un grand enfant, qui ne perdait jamais une occasion de se faire remarquer lorsque la situation devenait aussi étrange. Quand il y songeait, peut-être aurait-il dû tourner les talons sans la pousser davantage à la conversation ou simplement calmer le jeu en faisant valoir son titre fraichement acquis. Toute personne raisonnable n'aurait pas cherché à envenimer les choses, bien qu'il ne le fît pas dans un but bête et méchant. Tant que cela n'allait pas trop loin, pourquoi se montrer tout de suite sérieux, après tout ? D'un autre côté, cela lui permettrait de voir à qui il avait affaire plus directement.
Narcisse d'Istelsten
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MessagePosté le: Dim 3 Juin 2012 - 17:52 Répondre en citantRevenir en haut

L’air vif rosissait le joli visage de Narcisse. Le ruban doré de sa tunique et son profil se détachaient sur le silencieux paysage nuageux. Une petite fossette apparut quand elle serra les lèvres pour résister au vent froid, une boucle folle caressa la douce courbe de sa joue tandis qu’elle donnait de son mieux pour contrôler la puissance de ses pulsions meurtrières. Les gens autour d’eux se dispersaient, montaient dans des carrioles et des voitures et prenaient la direction de la ville. Le murmure nerveux des conversations sur la berge s’élevait dans l’air comme un craquement de feuilles mortes sous les pieds et portait à de longues distances. Depuis plusieurs jours, paysans et nobliaux affluaient dans la paisible zone du Val. Des rumeurs sans fondement circulaient, comme par exemple, qu’une pendaison collective devait s’y dérouler. Narcisse rougit avec violence, honteuse d’avoir adopté une position aussi intime avec l’étranger. Heureusement, l’heure était bientôt au repas et le Val allait se vider de toute présence humaine. Alors, et seulement à ce moment là, elle pourra agir à sa guise, sans avoir honte de ses actes.

Pour l’heure, il valait mieux dialoguer. La jeune femme offrit à son interlocuteur un sourire sarcastique, presque sadique. Souvent, cela ne présageait rien de bon. On pouvait sentir autour d’elle, discrète, une aura maléfique et pesante. Elle se leva doucement, épousseta ses vêtements pour retirer les poussières, puis les réajusta, pour finalement planter un regard surprenant de haine, dans les yeux de celui qui, dans sa folie, avait osé la provoquer. Sa voix se fit plus douce qu’à l’habituel cependant. Elle se forçait à garder son calme, bien que la tâche soit ardue. A chaque instant, le Maître Hastin ou l’un de ses complices pouvait apparaître et gâcher ses plans. Elle les sentait, non loin, cherchant à l’évincer comme si elle représentait un danger pour eux.

- Vous vous foutez de moi, n’est-ce pas ? Vos mots sont ceux d’un arrogant petit paysan, mais ils sont si bien choisis que je vois en vous un manipulateur, un homme de grand talent. Votre comportement d’enfant pourri gâté, vos cheveux soyeux et la délicatesse de vos mains…N’auriez-vous pas grandi dans les luxurieux châteaux d’un royaume dont j’ignore même le nom ? Dans ce cas, vos pauvres parents ont dû rater leur éducation ! Un gueux qui porte de l’or n’est pas un noble…et un noble portant des guenilles n’est pas un gueux. Allons allons, ne le prenez pas mal ! J’ai juste l’impression de m’adresser à un morveux qui s’est peint une apparence, pour cacher de lui ce qu’il ne veut pas montrer au monde !

Cette fois-ci, elle ne se permit pas de rire. Elle ne le comprenait pas. Son comportement faisait de lui un vaurien, de ceux qu’elle croise couramment dans les rues basses de la ville, vêtus de guenilles sans valeur. Mais son apparence, la prestance qu’il dégageait, lui inspirait plutôt de la noblesse, comme s’il en était porteur mais n’osait trop l’afficher. Peut-être s’en moquait-il ? Peut-être était-il de ceux qui agissaient à leur guise, sans craindre le courroux de quiconque ? Elle le fixa avec plus d’intensité encore, curieuse d’en savoir plus sur lui. Il lui rappelait étrangement quelqu’un. N’était-ce pas elle ? Ne se comportait-il pas comme elle le faisait à ses débuts au Kaerl Ardent, avant qu’Elendel ne la menace et ne s’arrange pour qu’elle se tienne correctement ? Elle s’était permise tant de libertés à l’époque et désormais, elle portait les chaines d’un Maître sans scrupule. Qui a dit qu’une œuvre d’art devait être rayonnante ?

- Je suis Narcisse d’Istelsten, originaire des terres nobles d’Ören, apprentie du Maître Bronze Elendel Hastin. Je vais éviter de vous faire plaisir en vous disant « je suis heureuse de faire votre connaissance », n’est-ce pas ? Quant à vous sauter dessus, vous pouvez toujours espérer, cela n’arrivera pas, pas même dix ans plus tard ! Oh si, le jour où je vous trancherai la gorge parce que vos stupides blagues m’auront poussé à bout !

Elle plaqua sa main à côté du visage de l’étranger, approchant son visage, dans la mesure du possible, au plus près de lui. Là elle dit subitement, sans véritablement penser ce qu’elle disait.

- Charisme. Séduction. Amour. Plaisirs charnels. Quelles techniques ? Tant que les hommes que j’ai dans mon lit m’apportent ce que je désire, je me moque bien de ce que je peux ressentir et de la manière dont je vais les faire céder.
Yuma Amarok
Invité

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MessagePosté le: Dim 3 Juin 2012 - 22:15 Répondre en citantRevenir en haut

- Que voilà une farouche rencontre ! C'est un record pour moi : deux minutes et tu veux déjà me trancher la gorge !

Avisant la main qui s'était plaquée près de son visage et la paire d'yeux qui le scrutait furieusement, Yuma ne détacha pas ses prunelles mauves des siennes pour autant, soutenant les siennes avec une certaine curiosité. Toutefois, elle était déjà bien trop proche à son goût, aussi ne manqua-t-il pas de poser un index sur son front pour la pousser à reculer un peu : si cela continuait, il allait finir par loucher ! Il n'y allait pas brutalement, bien entendu, même si toutes les injures auraient du valoir à cette jeune femme une bonne correction. Si elle avait été un homme, nul doute que la pauvre hère aurait terminé sa journée accrochée à l'une des branches de l'arbre !

- Laisse-moi te dire que tu mènes une vie bien triste, Narcisse d'Istelsten,
ajouta-t-il avec un peu moins d'amusement, te moquer de ce que tu peux ressentir... ce n'est pas ce que l'on peut appeler un épanouissement. Du moins est-ce un point de vue. Il n'est pas bien difficile d'obtenir tout ça d'une façon moins radicale.

Donner son corps et son honneur pour obtenir quelques valeurs futiles ? Le jeune homme ne comprenait pas bien où elle voulait en venir, ni ce qui pouvait pousser quelqu'un à en venir à de telles extrémités... Chacun choisissait sa route, aurait dit son père, mais, ce n'était pas vraiment envisageable aux yeux du demi-sang. Cela ne le regardait en rien, c'était évident, toutefois, ces airs farouches et ce visage pincé par la haine, ne donnait guère l'opportunité de savoir si ce qu'elle disait était la stricte vérité. A dire vrai, Yuma n'avait pas l'intention de le lui demander : c'était sa décision de se comporter ainsi et de désirer tout ce qu'elle désirait, pourquoi remettre cela en question ? Il n'était guère enclin à devenir la conscience des autres, lui qui était inconscient à bien des égards.
Se détachant du tronc de l'arbre sanguin, il fit quelques pas sous la pluie du Val, profitant de la brise glacée qui soufflait sur les lieux. Cela ne valait pas sa terre natale, loin de là : les rares vents froids du Kaerl Ardent n'étaient qu'une bruine dans les prairies à côté des bourrasques qui frappaient le Vaendark par les rudes saisons. Il venait tout juste de constater que les habitants qui se promenaient, se dépêchait de regagner l'intérieur du Màr, là où la chaleur du volcan les réchaufferait pour de bon.

- Je ne porte pas d'or, ni de guenilles. Je suis homme à comprendre un côté comme un autre, aussi n'ai-je pas honte de m'adresser aux autres comme le feraient les gueux, ni d'affirmer que mon enfance fût aisée. Il ne s'agit pas de manipulation et moins encore de manque d'éducation, c'est simplement ma façon d'être : mon choix.


Narcisse allait fort loin lorsqu'elle parlait de lui comme d'un manipulateur ou d'un homme de talent : Yuma n'était pas si compliqué que cela. Certes parvenait-il à concilier amusement et repérage, mais, les choses s'arrêtaient là. Il eut été étrange que de le considérer comme un être capable de faire usage des gens ou de leurs sentiments, alors que la franchise faisait partie intégrante de ses qualités, mais aussi de ses défauts. Peut-être que la jeune femme avait fréquenté trop de gens de cette espèce pour imaginer que d'autres spécimens pouvaient encore se promener parmi eux ? Qui pouvait le savoir à part elle, de toute façon. Le demi-sang n'allait pas vraiment y réfléchir non-plus.
La dévisageant en haussant un sourcil, il ne se rendit compte qu'au bout d'un instant qu'elle pouvait bien avoir froid. Il n'avait même pas fait attention à la fraicheur que la pluie pouvait engendrer sur les autres. Son interlocutrice avait l'air d'être une dure à cuire, mais, on ne savait jamais après tout ! Se séparant de son air redevenu un peu sage, le jeune homme afficha de nouveau son sourire amusé, croisant les bras sur son torse avec un air intéressé par ce qui s'était dit précédemment :

- Alors comme ça, tu trouves que mes cheveux sont soyeux et mes mains délicates ?

Non, vraiment, il ne pouvait pas laisser la situation devenir austère : ce serait tellement moins drôle si les choses tournaient aux explications de qui est qui et qu'a-t-il vécu depuis ces dernières années ! Qui plus est, Narcisse avait eu la maladresse de beaucoup en dévoiler sur sa personne : Yuma ne se servirait pas de pareilles informations tant qu'elle ne l'enquiquinerait pas, mais, elle aurait pu tomber sur moins consciencieux que lui !

- Tu devrais éviter de dévoiler tes desseins et tes stratégies au premier péquenot venu, ça risque de t'attirer des ennuis et d'empêcher celui d'en face d'avoir des surprises,
fit-il remarquer en écho à ses propres pensées.

Notant que ses cheveux étaient trempés, le jeune homme désigna les bâtiments d'un mouvement du pouce avant de reprendre, toujours souriant :

- Tu ne crois pas que nous devrions continuer cette passionnante conversation dans un endroit moins glacial et humide ? A moins que tu n'aies mieux à faire ? Ce que je comprendrais, puisque tu ne m'as pas l'air enchantée par le fait de m'avoir croisé !
Narcisse d'Istelsten
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MessagePosté le: Sam 9 Juin 2012 - 16:18 Répondre en citantRevenir en haut

Troublée, Narcisse entrouvrit les lèvres un instant, pour finalement les refermer, comme soumise à ses sentiments. Elle aurait souhaité lui répondre qu’il avait parfaitement raison, que sa présence ne l’intéressait pas outre-mesure et qu’elle désirait plus que quiconque rentrer chez elle, dans les Weyr réservés aux seuls apprentis du Kaerl Ardent. Mais contre toute attente, la jeune femme fut dans l’incapacité de prononcer le moindre mot. Dépassée par les évènements, elle se saisit donc des pans de sa tunique et les froissa dans le creux de ses mains, oubliant à quel point elles avaient pu coûter cher à son Maître. Ce geste illustrait l’ampleur de son malaise et de la terreur qui commençait à la ronger, progressivement. Pourquoi ne pouvait-elle pas approuver tout simplement les dires de l’étranger et quitter les lieux sans demander son reste ? Appréciait-elle finalement sa présence, inattendue et surprenante ? N’était-il pas amusant, divertissant et unique en son genre ? Voulait-elle vraiment le voir partir, alors que contrairement à tous les ardents qu’il lui avait été donné de rencontrer jusqu’à présent, il avait été le seul à ne pas s’être montré sérieusement odieux envers elle ? Elle porta doucement sa main à son menton, le regard baissé et l’esprit exclusivement occupé par ses réflexions. Il était différent de tout ce qu’elle avait pu voir : tellement différent qu’elle se résigna enfin à jouer sur le terrain glissant de l’improvisation.

- Est-ce que l’homme aux cheveux soyeux et aux mains délicates craindrait la pluie et le froid ?

Narcisse se mit à ricaner, amusée par sa demande. Son comportement de tout à l’heure, lorsqu’elle l’avait plaqué au sol, lui avait laissé croire qu’il savait se battre et se protéger de ses adversaires. Aussi, qu’il ose lui demander de se mettre à l’abri avait quelque chose d’inattendu. Un guerrier n’est-il pas censé savoir vivre au-dehors, qu’importent les aléas de la météo ? Ne serait-ce pas là la preuve qu’il possède quelque chose de noble, malgré ses manières peu appréciables ? A bien y réfléchir, rien en lui n’était normal. Rien, pas même l’apparence. Avant de reprendre, la jeune femme ramena ses cheveux humides en arrière, dévoilant pleinement son visage hâlé, marqué par les nombreuses expressions de colère dont elle avait souvent été porteuse. Ses yeux gris comme le ciel étaient habités par une flamme en voie de grandir, encore et encore, pour devenir un véritable brasier.

- Allons allons. Avez-vous déjà touché une femme ?

Elle haussa les épaules et observa les bâtiments au loin, tout en continuant de parler.

- A-t-elle hurlé de plaisir sous vos caresses, au toucher de vos cheveux ? La belle a-t-elle demandé à vous revoir, au matin, alors que vous veniez à peine de vous éveiller ? Hum ? Ne vous réjouissez pas, gamin prétentieux, je ne vous ai complimenté que sur l’apparence ! Le reste, c’est tout autre chose ! Que vos mains soient délicates ou non, ça ne fait pas de vous quelqu’un d’exceptionnel. Vous êtes sans teint, basique, inintéressant, grossier et insupportable ! Je vous déteste !

Narcisse se retourna brusquement, afin que l’étranger ne soit plus dans la capacité de voir son visage. Elle était gênée. Gênée parce que soudainement, il avait réveillé en elle son comportement d’enfant gâtée. Parce que sans le moindre remord, il l’avait poussé à la faute, alors qu’Elendel Hastin se montrait de plus en plus cruel avec elle afin qu’elle devienne une femme responsable et mature. En imaginant tout ce qu’il allait lui faire subir pour rattraper cette erreur, Narcisse frissonna de terreur. Son corps se mit à trembler comme une feuille, presque à l’identique de ce qui lui arrive les jours de grand froid. Par tous les dieux du Kaerl, qu’il était difficile à ses yeux d’être une Fëalocë ! Les sentiments s’embrasent rapidement, la vengeance guide une vie entière vers le meurtre et la satisfaction. Elle voyait désormais, en chaque être, un danger potentiel, une source de satisfaction personnelle ou pire, un objet à utiliser sans modération. Soudainement, elle se sentit terriblement seule : avait-elle seulement déjà appelé quelqu’un son « ami » ? Elle secoua vivement la tête. Elle n’avait besoin ni de protecteurs, ni d’amis, ni même d’un mari.

- Je vous le répète : je me moque bien de ce que je peux ressentir. Depuis que je suis une enfant, j’ai toujours obtenu ce que je désirais, le plus souvent en usant de la puissance de mes caprices. Mais ici, ici oui, le meilleur, je l’ai trouvé chez les hommes. Il suffit de leur offrir ce qu’ils croient ne pas posséder : l’amour, la richesse, le pouvoir, quelques caresses, des compliments, un repas digne des plus grands cuisiniers…Ces crétins se sont tous fait berner sans ne jamais se douter de rien. Qu’ont-ils obtenu à mes côtés ? Rien. Moi par contre…

Elle se força à sourire, malgré qu’elle soit dos à lui, tentant en vain de cacher tout ce qu'elle avait pu perdre en renonçant ainsi à ses sentiments.

- Ne me jugez plus, étranger. Vous n’êtes pas si différents d’eux, j’en suis certaine.

L’eau de ses cheveux commença à s’écouler jusque dans le creux de son dos. Ses vêtements étaient lourds d’humidité ; son visage était presque pâle, en cause le froid mordant. Elle se frotta donc vigoureusement les bras pour se réchauffer, refusant de céder à la demande de l’étranger. Elle l’avait humilié plus tôt en lui reprochant de se plaindre. Si elle venait à réclamer elle aussi de rejoindre les bâtiments plus loin, alors plus aucune de ses paroles ne serait crédible aux yeux de tous. A son poignet, l’un de ses trois bracelets, taillé dans l’ossement d’un grand dragon, brillait d’une faible lueur bleue. Bien qu’elle ne maîtrise que très maladroitement sa magie, Narcisse était dans la mesure de comprendre que cela ne présageait rien de bon : si elle réveillait son pouvoir à cause de la puissance de sa colère, alors elle allait devoir, une fois de plus, évoluer dans les rues du Kaerl comme aveugle, pendant près d’une semaine.

* Ne te retourne pas. Ne te retourne pas. Non, ne le regarde pas. *
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Dim 10 Juin 2012 - 02:53 Répondre en citantRevenir en haut

Encore une fois, elle fuyait son regard, se retournant aussi facilement qu'elle avait détourné les yeux précédemment. Ne craignait-elle pas que quelqu'un de plus mal intentionné ne se servît de ces instants de doutes pour l'attaquer ? La première règle pour un guerrier, comme elle prétendait l'être, était de n'exposer son dos qu'à des personnes de confiance et encore. Que cherchait-elle à fuir ? A démontrer ? Yuma ne réfléchissait pas vraiment à tout ceci, préférant de loin ne pas trop embrouiller le cours de ses pensées. Levant ses prunelles mauves au ciel en l'entendant qui parlait de faiblesses envers le froid, puis des capacités plus intimes de son interlocuteur, pour finir par ses propres convictions, toujours les mêmes, toujours un même refrain qui renaissait quant à la manipulation d'autrui pour obtenir des choses parfois futiles dans une vie.
Soufflant sur l'une de ses mèches sombres, venue se coller sur son visage, le demi-sang haussa alors les épaules, se contentant de se séparer du manteau qu'il portait pour le poser sans véritable douceur sur la tête de la jeune femme, demeurant en tunique sous la pluie sans paraître plus gêné que cela.

- Pour être honnête, répliqua-t-il face aux accusations qui lui étaient portées, j'apprécie beaucoup les compliments lorsqu'ils sont sincères et la bonne nourriture. Quand on se dépense, il n'y a rien de mieux !

Le pouvoir, les richesses, l'amour... Yuma était né dans une famille de sang noble et n'avait jamais manqué de rien, pas même de cet amour, bien qu'il demeurât familial : comment aurait-il pu savoir ce que cela faisait de désirer ces choses avec autant d'ardeur ? Il n'avait pas été élevé dans la passion d'obtenir du pouvoir et des biens matériels. Son éducation eut été bien pauvre dans le cas contraire, pensait-il. Bien entendu qu'il ne s'était pas privé de faire quelques caprices, lui aussi, comme tout enfant gâté. Sa mère s'était chargée de lui remettre les idées en place sans le moindre ménagement, qu'il fût un enfant ou non ne changeait rien. La fierté, la dignité, l'honneur étaient d'autant plus de forces dont les Amarok pouvaient se vanter sans honte, là où Chilam, son père, démontrait toute l'étendue d'une vertu et d'une virtuosité dans les arts musicaux qui comblaient sans efforts l'aspect le plus doux de la famille.

- Je ne crains pas la pluie et le froid, damoiselle d'Orën, ma terre natale essuie bien des tumultes qui feraient rougir cette malheureuse averse... tout comme j'ai pu faire rougir les femmes qui ont partagé ma couche, j'en ai bien peur. Hélas, je n'ai jamais vraiment eu envie d'une relation sérieuse, aussi ont-elles du s'en retourner dans leur demeure familiale.

Après tout, c'était Narcisse qui avait posé la question, n'est-ce pas ? Autant lui répondre avec autant de franchise que possible, bien que de tels détails n'allaient pas forcément plaire à une demoiselle. En ce qui le concernait, il ne faisait que guère étalage de ses escapades de jeune homme dans les jupons de ces créatures étranges qu'étaient les individus féminins. Il ne comprenait que mal leurs intentions et leurs envies, aussi avait-il pris grand soin de les esquiver après quelques aventures d'un unique soir : le mariage, les enfants, ce genres de choses, étaient encore bien trop rapides pour lui. Un être comme Yuma ne pouvait s'attacher au même endroit et y vivre enchaîné, quand bien même aurait-il le loisir de se déplacer à sa guise, ces liens indestructibles demeureraient bel et bien présents. Comment apprécier une vie monotone, une routine pareille, se contenter de rentrer à la maison de temps en temps pour retrouver une table pleine de victuailles et une dame aimante prête à bondir dans ses bras ? Y penser lui donnait déjà des frissons d'angoisse !
Tachant de vite oublier ces pensées horrifiantes, le demi-sang entreprit de faire le tour de son interlocutrice pour parvenir à enfin capter ses yeux de nouveau : il avait bien du mal à parler à un dos, lui qui appréciait planter ses yeux dans ceux de ses homologues sans les baisser.

- Sans vouloir te vexer, tu vas un peu loin me concernant. Ca ne m'intéresse pas d'être exceptionnel ou bien vu de tous, j'ai d'autres buts à atteindre plus importants que ça. Que l'on m'aime ou que l'on me déteste... je dirais que ça fait partie de l'existence, on ne peut pas être aimé de tout le monde ! En plus, tu as dit que tu me détestais, mais, tu me fais des compliments, c'est un peu paradoxal.


Yuma prenait la chose sur un ton léger, cherchant avec amusement ces prunelles grises profondes qu'il avait perdu lors des dernières paroles de Narcisse. Haussant les bras, il finit par abandonner l'idée et par essorer ses cheveux sombres d'un air perplexe :

- Avec tes bêtises de vouloir rester sous la pluie, ça va mettre des heures à sécher !
Narcisse d'Istelsten
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MessagePosté le: Dim 10 Juin 2012 - 12:13 Répondre en citantRevenir en haut

Sans même prononcer le moindre mot pour s’expliquer, Narcisse contourna l’étranger puis se dirigea vers les bâtiments désignés tout à l’heure, situés au plus près de la ville marchande. La jeune femme se savait suivi de près, aussi ne prit-elle pas le temps de se retourner, certaine d’être en parfaite sécurité malgré que leur rencontre soit tout juste récente. Là-bas, elle acheta des serviettes de haute qualité, ainsi qu’un peu de nourriture, notamment des viennoiseries et quelques confiseries, qu’elle affectionnait tout particulièrement depuis son arrivée au Kaerl Ardent. Le sac à la main, elle fit mine d’ignorer toutes les questions que le jeune homme pouvait être susceptible de lui poser, impatiente déjà de pouvoir se mettre rapidement à l’abri de la pluie et du froid.

Par miracle, elle finit par trouver sur son chemin une vieille bâtisse abandonnée, mais pourtant en parfait état de conservation. Le toit solide était encore capable de retenir la pluie le temps qu’elle se calme. La cheminée, par chance porteuse de bois sec, pourrait être parfaitement utile pour y allumer un feu et sécher les vêtements humides. On trouvait également dans la vaste pièce un grand lit en baldaquin, quelques fauteuils ainsi que plusieurs étagères couvertes de livres anciens. Ce domaine semblait avoir appartenu à un grand savant, qui souhaitait vivre dans la simplicité bien plus que dans le luxe. Narcisse, admirative d’un tel ouvrage, en oublia son état de fatigue et mit du temps avant de revenir à la réalité. Ce fut le grincement des fenêtres qui la fit sursauter et l’obligea à se ressaisir. Elle renonça finalement à allumer un feu, n’ayant jamais fait cela de toute sa vie. Puis, sans laisser le temps à l’étranger de lui offrir son aide –si une aide quelconque il souhaitait donner- elle saisit son poignet et le fit asseoir sur le bord du lit, sans user une seule fois de délicatesse. Là elle attrapa l’une des serviettes qu’elle avait acheté tout à l’heure, se plaça devant lui et se mit à lui frotter vigoureusement les cheveux, marmonnant dans sa moustache des jurons qui lui étaient exclusivement destinés.

- Vous allez bien voir si vos cheveux vont mettre des heures à sécher !

Elle frotta plus fort encore, n’épargnant pas une seule mèche. Son regard exprimait sa colère, mais également son malaise. A force d’effort, elle finit par casser quelques uns de ses ongles, ainsi qu’à s’irriter les mains. Son souffle était court, ses joues rouges comme les flammes d’un incendie. Elle n’avait pas pris le temps de se séparer du manteau que lui avait jeté l’homme, comme incapable de réfléchir correctement et de faire les choses calmement. Lorsqu’elle commença à fatiguer, ses gestes se firent plus doux, plus agréables. Cela faisait maintenant près de dix minutes qu’elle n’avait pas prononcé le moindre mot, ni même permis à l’étranger de le faire. Elle passa finalement la serviette derrière ses oreilles puis sur son visage et finalement dans le creux de sa nuque.

- Je ne vois pas quand j’ai pu vous complimenter, gamin. Vous avez juste mal interprété mes paroles ! Tss. Dites donc au Kaerl Ardent que Narcisse d’Istelsten a complimenté un jour un homme et ils vous riront tous au nez comme des hyènes en furie. Même si en tant qu’apprentie je ne suis pas crédible aux yeux des Chevaliers et des Maîtres, à ce petit jeu là je suis certaine de gagner. Ils pourraient même dire que le Seigneur Ardent est un menteur, si c’était lui que j’avais complimenté.

Elle s’arrêta de frotter un instant, fixant les armes qu’elle avait déposé dans un coin de la pièce. Ces deux cimeterres étaient ses plus grandes fiertés.

- Mais on ne me croira pas si jamais je gagne un duel, qu’il soit verbal ou physique. Si j’annonce que je suis Chevalier, Maître ou Dame du Kaerl, les gens me riront au nez jusqu’à ce que je craque et renonce à ce que j’ai si durement acquis.

La pression qu’elle exerça sur la serviette se fit de nouveau plus forte. Elle chuchota, plus pour elle-même que pour l’étranger.

- Le jour où je pourrai rentrer chez moi et retrouver ce qui m’appartient de droit, alors j’abandonnerai tout ce qui m’a été offert ici. Je ne dois rien à mon Maître, si ce ne sont mes larmes. Je dois encore moins à Flamrya. Je déteste cet endroit et les gens qui y habitent. Je déteste leur stupide Déesse !
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Lun 18 Juin 2012 - 00:14 Répondre en citantRevenir en haut

Secouant la tête d'un seul coup, Yuma se débarrassa vivement de la serviette qui était juchée dans ses cheveux, poussant la jeune femme en arrière sans brutalité. Elle n'avait que trop fait des siennes avec ses mèches mouillées, bien qu'il ne se fût laissé faire. Bonne patte, il n'allait tout de même pas l'envoyer balader, bien qu'il se demandât sérieusement quelle était la raison de ce nouvel état d'esprit qu'elle venait d'adopter. Conscient qu'elle désirait se mettre à l'abri, il l'avait suivie, cherchant des yeux un endroit où attendre que la pluie cessât de tomber. Hélas, elle avait déjà trouvé avant lui, optant pour une bâtisse qui avait l'air abandonnée.

- Tu veux bien arrêter deux minutes et t'occuper de tes propres cheveux ?

Elle avait beau se montrer douce lorsqu'elle finit par être fatiguée, le faisant frissonner en appliquant ses mains sur sa nuque, il n'en demeurait pas moins que le demi-sang la trouvait peut-être un peu trop proche de lui, pour une étrangère. Attrapant la serviette sans attendre qu'elle répondît, il la lui jeta finalement au visage. Elle en avait décidément plus besoin que lui, c'était un fait avéré vu son état. Elle était trempée jusqu'aux os et n'avait pas eu l'air de beaucoup apprécier son état, quelques minutes auparavant. Ce n'était pas un peu d'eau qui ruinerait la journée du fils des Amarok ! Il en avait essuyé des pires là où se trouvait sa terre natale, au cours des voyages en compagnie de son père.
Tachant de rabattre dans son dos les mèches emmêlées qui tombaient sur son visage, le jeune homme poussa un soupir en repensant aux quelques mots que Narcisse venait de prononcer. Se rendait-elle seulement compte qu'elle se confiait à lui sans prendre garde à ses mots ? Plus encore, imaginait-elle à quel point il était osé de s'en prendre à Flarmya sans savoir que la Déesse n'était pas responsable des agissements de ses fidèles ?

- Ce sont les gens d'ici qui sont stupides, pas Flarmya. Et si elle t'a reconnue comme détentrice du Don, alors personne ne devrait en rire. Rire au nez d'un possesseur du Don parce qu'il possède le Don, c'est rire au nez de Flarmya. Beaucoup devraient tacher de s'en rappeler, toi la première. Que je sache, ce n'est pas elle qui te dénigre ou te fait pleurer.


Yuma se redressa pour effectuer quelques pas dans la pièce, inspectant la maison, qui n'avait rien de bien cossu à proposer. Sans doutes avait-elle été habitée par une famille quelconque ou une maisonnée modeste du moins. A l'heure actuelle, ne restait que quelques pièces de mobilier et quelques affaires qui n'avaient été ni volés, ni emportés. C'était à se demander pourquoi personne n'y avait touché d'ailleurs. Approchant de la cheminée, le jeune homme avisa l'âtre en haussant un sourcil, notant qu'il y avait bien du bois pour allumer un feu, mais, pas de quoi le faire. Peu soucieux de cela il considéra avec une mine perplexe les volets qui avaient été arraché sur les fenêtres de ce qui semblait être un étage, où l'on pouvait accéder à l'aide d'une simple échelle.
Posant ses poings sur ses hanches, il revint alors dans la direction du lit devant lequel il avait abandonné Narcisse, ses prunelles mauves attirées soudainement par le sac qu'elle avait déposé sur le sol et duquel il extirpa de la nourriture. Autant dire qu'il n'attendit guère avant de la porter à ses lèvres et de s'installer confortablement sur le lit, adossé au mur, tout en observant les lieux attentivement.

- N'as-tu ni honneur, ni fierté, Narcisse ? Pourquoi ne te fais-tu pas ta place au milieu de tous ces gens qui semblent te rabaisser autant que faire se peut ?


Nouvelle bouchée et le voilà qui faisait une pause dans ses paroles, perdant son regard vers la grisaille que l'on pouvait apercevoir par la fenêtre du haut. C'était fou que l'on pût voir le ciel plus facilement d'ici. Au moins, personne ne dérangeait ni n'interrompait !

- Je vais te dire : c'est grâce à Flarmya que tu vas pouvoir partir d'ici, quand tu te seras liée. Une fois que ce sera fait, tu seras en droit total de remettre à leur place ceux qui riront en apprenant tes exploits. Si tu crains d'avoir des ennuis aujourd'hui, demain, tu pourras lever la tête.
-Il haussa les épaules.- Si tu ne prends pas la décision de le faire, personne ne le pourra pour toi, tu le sais ça ?

Bien qu'il n'en ferait pas part, il ne comprenait que trop bien ce sentiment de ne rien devoir à personne. Lorsqu'il était arrivé, il n'était qu'un coeur rempli de haine, envers ceux qui l'avaient enfermé, envers ses sauveurs, envers ce Kaerl pour la liberté que l'on tentait de lui dérober et le dressage que l'on avait voulu lui imposer. L'esprit indomptable qu'il était, avait néanmoins appris à écouter et se rendre compte de ce qui était nécessaire pour lui, tout en conservant cette farouche attitude qui lui avait valu bien des colères... et bien des amitiés. Son désir de retourner en Vaendark était pourtant identique. Cette terre lui manquait et il lui tardait d'y retourner afin de changer le cours des choses, autant qu'il le pourrait. Il la comprenait dans ce désir de s'en aller sans rendre de comptes, en abandonnant une partie de cette nouvelle vie étrange.
Narcisse d'Istelsten
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MessagePosté le: Lun 18 Juin 2012 - 21:28 Répondre en citantRevenir en haut

- Que vous êtes drôle ! Vous parlez comme si vous me connaissiez mieux que personne. Votre sincérité vous perdra, étranger. Croyez-vous qu’il me plait d’être la cible de rires et moqueries ? Pensez-vous que ma position ici me plait au point de croiser les bras et d’attendre que les années s’écoulent, tel le sable dans le sablier ? Le Kaerl Ardent ne possède aucune odeur agréable. On n’y trouve ni champs de fleurs, ni oiseaux, pas même des chevaux galopant dans les plaines verdoyantes au coucher du soleil. Le matin il fait noir. Le soir il fait noir. Au midi, le soleil brûle la peau et les cheveux, lorsque les cendres ne sont pas là pour nous le voler et dans ce même temps, couvrir nos meubles de poussières ! Les nuits sont trop fraiches pour que l’on sorte l’âme en paix, les rues trop mal fréquentées pour aspirer à la solitude ! Il n’existe pas ici un seul lieu qui pourrait me ravir, pas même le Val !

Rongée par une immense colère, Narcisse eut le réflexe de s’abriter sous la serviette humide. Assise au bord du lit, les coudes posés sur les genoux, la tête penchée en avant, elle réfléchissait silencieusement à sa condition au Kaerl Ardent.

Depuis son arrivée, rien de beau ne lui était arrivé. On lui avait généreusement offert quelques robes, des bijoux et des outils utiles au maquillage. Mais jamais elle n’avait dormi dans un lit brillant de confort, pas seule du moins. Logée la plupart du temps entre les pattes de Renek ou, dans le pire des cas, au dortoir avec les autres aspirants, ses nuits étaient rarement dépourvues de rêves et de songes. Combien de fois s’était-elle vue mourir entre les mains d’Alauwyr, son sourire obscur accentué par l’imagination dont elle pouvait faire preuve ? Combien de fois, encore, avait-elle rêvé du jour où, torturé par la faim charnelle, Elendel l’obligerait à partager sa couche et plus encore si affinité ? Et enfin, qu’en était-il de ce terrible cauchemar, dans lequel elle se tenait devant un dragon si immense qu’il l’écraserait d’un simple coup de patte ? Rien que d’y penser, elle frissonna. Peut-être que la pluie et le froid étaient les responsables de tout cela ? Non, elle en était certaine maintenant : elle était morte de trouille à l’idée d’affronter les épreuves que lui réservait le Kaerl Ardent. Son cœur lui dictait de fuir, loin, le plus loin possible, sans ne jamais se retourner.

- Si elle n’est pas la responsable de ce qui me pousse à fuir le Kaerl, alors pourquoi ne me vient-elle pas en aide ? Pourquoi dois-je prier les dieux de mon propre Royaume pour aspirer à retrouver un semblant de paix, alors même qu’ils n’ont pas le pouvoir de me redonner ce qui m’a été lâchement volé ? Ne raconte-t-on pas dans les livres, sur les places et dans les chansons qu’elle est la mère des dragons ? N’est-elle pas censée guider ses protégés, jusqu’à ce qu’ils soient liés ? Ou sont-ce encore des racontars pour enfants naïfs, au même titre que les contes de fées et les histoires de jolies princesses ?

Tremblante, il semblait qu’elle pleurait. Elle ne pouvait le nier, elle n’en pouvait plus. Ses entraînements l’épuisaient, ses mains étaient rongées à force de tenir la poignée de ses lames, tandis que ses bras, plus musclés qu’auparavant, la faisaient souffrir à chaque geste qu’elle accomplissait. Son Maître la tenait en laisse comme un animal, s’assurant chaque jour qu’elle obéisse plus rapidement et plus efficacement à chacun de ses ordres. A mesure du temps, elle appliquait les directives sans rechigner, progressait et surtout, perdait cette nature profonde qui faisait d’elle, avant son arrivée au Kaerl, une enfant pourrie gâtée jusqu’aux os. Bien qu’elle ait encore le sang chaud, la Narcisse d’aujourd’hui n’avait plus rien à avoir avec la petite Narcisse assise sur les berges du Lac de Boniroy. Elle rit d’un rire nerveux, discret, presque imperceptible, pour finalement se taire, semble-t-il définitivement. Pourtant, avant cela, elle prononça ces quelques mots :

- Vous portez beaucoup d’espoir sur une inconnue. Quelles libertés possède l’œuvre d’art ? Elle se tait, un point c’est tout. Elle se tait et laisse les spectateurs l’admirer. Elle se tait et elle se laisse gentiment manipuler par son créateur, pour être plus belle encore. Ou, dans le pire des cas, pour être détruite.

Sans avertir, elle se laissa tomber sur le dos, s’arrangeant malgré tout pour que la serviette couvre son visage. Malgré l’âge du matelas, il n’en restait pas moins relativement confortable.

- Qu’ai-je fait pour que je tombe sur vous aujourd’hui, alors que je déblatère habituellement toutes ces idioties, seule, dans les dortoirs des aspirants ? Quel ennui, n’est-ce pas ? Je vous promets de me taire à partir de maintenant. Vous ne m’entendrez plus, lâcha-t-elle finalement, la gorge plus serrée qu’elle ne l’aurait imaginé.
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Lun 25 Juin 2012 - 03:05 Répondre en citantRevenir en haut

A peine eut-elle terminé de parler que Yuma ne se gêna pas pour glisser une brioche dans sa bouche, l'y enfonçant sans réelle douceur, bien qu'il ne chercha pas pour autant à l'étouffer avec. Il avait longuement hésité en l'écoutant parler, tachant de choisir quelle pâtisserie il partagerait. Son choix avait fini par se porter sur celle qu'il venait de lui donner, bien qu'il eût pu le faire avec un peu plus de délicatesse. Désormais assis en tailleur sur le matelas, il souleva alors la serviette qui recouvrait le visage de la jeune femme, avant de hausser un sourcil et de répondre enfin à ses paroles :

- Tu as raison, cesse de parler, mange et écoute-moi plutôt avant de tirer des conclusions hâtives !


Le demi-sang n'était pas homme à faire montre de sévérité lorsqu'il n'y en avait guère besoin, préférant de loin prendre les choses avec légèreté, sans sérieux véritable. Il n'avait pas besoin de prouver quoi que ce fût derrière ces murs, quand bien même tout le monde ne le regardait pas avec sympathie. Comment aurait-il pu avancer en stoppant sa course face à chaque mauvaise langue ou chaque regard méprisant ? Il n'avait pas le temps pour ça et bien moins encore l'envie de le supporter. La patience n'était pas son fort et l'usage de la franchise guérissait bien des maux sans les laisser trainer trop longtemps. Ce n'était sans doute pas la meilleure des solutions en ce bas monde, mais c'était la sienne, il ne pouvait aller contre ses principes et ses propres habitudes. Il eut été bien cavalier que d'affirmer que Yuma Amarok eût été un fourbe et un méprisable serpent.

- On met beaucoup de choses sur le dos des dieux, ça nous arrive à tous, mais au fond qui sont les responsables de ce qui nous arrive ? On n'a souvent pas le choix, on subit les aléas d'autres personnes qui déambulent dans ce bas monde, je suis d'accord sur le principe. Seulement, nous ne devons pas compter sur les dieux pour nous en sortir : c'est sur nous-mêmes, ni plus, ni moins. Mettre nos échecs sur le compte des dieux c'est un peu trop facile, c'est se voiler la face. Flarmya va t'accorder le Lien avec un dragon, mais c'est tout ce qu'elle pourra faire pour toi, le reste, ce sera à toi d'en décider puisque, jusqu'à preuve du contraire, c'est toi qui es aux commandes de ta vie. Tu te mens à toi-même, Narcisse d'Istelsten et ça, c'est une vérité.

Affichant une mine perplexe, il lui désigna alors la fenêtre du dessus que les goûtes de pluie martelaient sans répit, laissant apparaître, entre deux petits ruisseaux argentés, la noirceur du ciel hivernal, chargé de nuages. La neige n'aurait pas eu sa place sur ce volcan, contrairement à ce qu'elle faisait pourtant dans d'autres recoins de Tol Orëa, moins exposée à la chaleur des sous-sols en fusion. Aucune étendue immaculée ne scintillerait jamais en ces lieux, bordés par des coulées de lave rugissante, à quelques pas du Kaerl qui n'avait pas usurpé son nom d'Ardent.

- Ta nouvelle existence ne se limite pas au Màr. Quand je t'entends parler, c'est à croire que tu n'aies jamais pointé le bout de ton nez par une fenêtre pour voir plus loin ! Je suis nostalgique de ma terre natale, mais j'ai su reconnaître que le chant des rivières et du vent était aussi agréable sur cette île. Le soleil y brille derrière des feuillages d'or dans la Sylve de Nòrui et illumine les prairies environnantes. On y trouve des endroits où il fait bon vivre, des endroits dont la beauté ne dépérit jamais, malgré les saisons qui passent.

Penché en avant, il posa son index sur le front de Narcisse, tapotant dessus à plusieurs reprises :

- Si tu veux voir tout ça, alors, fais-le ! Cela te coûtera des punitions, de mauvais tours par la suite ? Peut-être, damoiselle, mais tu seras libre et tu pourras t'en vanter après avoir vu tout ça, même si on veut t'enfermer à double-tour. Tes paroles sont teintées de regrets et me laissent penser que tu n'as pas envie d'être une oeuvre d'art manipulée ou détruite. Je suis sans doute un mauvais spectateur, mais ça ne m'intéresse pas d'admirer quelque-chose qui est sans âme. Tu es façonnée pour ne rien ressentir, tu l'as affirmé en disant que tes sentiments importaient peu. Les artistes façonnent des objets qui ont une âme, une vie à leur façon... à ce stade, on t'abaisse à moins que ces objets, si tu veux mon avis.

Yuma laissa un petit silence s'écouler, reculant de nouveau pour s'adosser au mur et savourer une nouvelle pâtisserie. Les discours donnaient faim en général et si on lui en avait tenu un de ce genre, nul doutes qu'il aurait entreprit de s'endormir à moitié. Ou peut-être pas. Depuis qu'il se trouvait en ces lieux, n'avait-il pas un peu changé ? En pleine réflexion personnelle, il ne put cependant pas s'empêcher d'ajouter, étirant ses lèvres en un grand sourire amusé :

- Tu as vu ? Je parle plutôt bien, non ? Mon père était musicien et poète, il m'a un peu appris à ne pas m'exprimer totalement comme une brute !
Narcisse d'Istelsten
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MessagePosté le: Jeu 28 Juin 2012 - 13:22 Répondre en citantRevenir en haut

Une larme, discrète et silencieuse, glissa le long de sa joue. Immédiatement elle cacha ses yeux avec son bras, feignant un sourire pour que son interlocuteur ne se fasse pas de mauvaises idées sur son compte. Elle avait déjà atteint des sommets à ce sujet. Quelle horrible journée pour elle, bien à la hauteur de toutes les précédentes. Malgré ses robes aux fils dorés, malgré ses repas bien fournis et les bijoux de luxe qu’Elendel Hastin lui offrait généreusement, Narcisse se sentait pauvre et misérable. Depuis combien de temps n’avait-elle pas souri, pas même par sarcasme ? Inutile pour elle de chercher à se souvenir, cela devait dater de plusieurs mois déjà, peu après son arrivée ; peu après que le Maître Hastin l’ait chamboulé en agissant de manière lunatique et en employant les stratagèmes les plus cruels pour la faire plier devant lui. Dieu qu’elle s’était fait trop d’illusions en venant ici ! Elle avait pourtant eu l’étrange sentiment que son bonheur n’allait jamais se dévoiler dans de tels lieux. Mais il n’y avait plus sa famille, plus leurs cruels coups bas pour l’accueillir, même si cela signifiait être enchaînée. C’était peut-être déjà mieux qu’avant.

Narcisse refusait de dormir avec les autres aspirants de la ville : elle préférait de loin le calme et la solitude des Weyr appartement aux Maîtres et Chevaliers. La belle avait d’ailleurs trouvé, dans le plus grand secret, de charmants soupirants, non pas pour occuper ses nuits avec de quelconques jeux amoureux, mais plutôt pour loger, ne serait-ce qu’une fois, dans autre chose qu’un dépotoir à mioches sans cervelle. Oh, elle aurait été tentée de faire de même avec le jeune étranger qu’elle venait de rencontrer ! Mais étrangement, elle s’en sentait incapable. Pourquoi ? Il était si charmant pourtant ! Riche qui plus est ! Instruit et outrageux ! Elle imaginait même les servantes se presser autour de son bain, ses repas dignes des plus grands rois et enfin, mieux encore, les bals qu’il devait donner à certaines occasions, rencontrant par cela de jolies jeunes filles innocentes, que Narcisse méprisait, en cause l’indéniable fait qu’elle n’ait pas elle-même le profil de la princesse des contes de fées. A ce moment précis, tandis qu’elle retenait avec courage ses larmes de rage, Narcisse aurait souhaité le regarder. Juste pour voir ce qu’il pensait d’elle. Juste avec le mince espoir qu’il la regarde différemment.

La jeune femme sentit ses jambes trembler, alors même qu’elle était confortablement allongée dans le lit. Son cas était grave, vraiment. Elle ricana, prise de pitié pour elle-même, avant de finalement se redresser, de manière à tourner le dos à son interlocuteur. Là elle avala la brioche, délicieuse malgré la manière dont elle lui avait été fourrée dans la bouche. Etrangement, elle fut prise de gourmandise et l’odeur des pâtisseries de l’étranger tortura son pauvre estomac. Il est vrai qu’aujourd’hui, une fois de plus, elle n’avait pas mangé grand-chose. Cela n’était donc pas de sa volonté ? Elendel Hastin lui offrait des repas de seigneur qu’elle n’avalait qu’à moitié, la gorge nouée. Ce simple morceau de brioche la ravissait : cela changeait de son quotidien. Elle passa même sa langue sur ses lèvres, pour y recueillir quelques miettes. Avec un peu de confiture, le tout aurait été parfait.

Sans prévenir, elle se retourna finalement, assise à quatre pattes sur le matelas. Elle s’approcha rapidement de lui, négligeant sa tenue, sa coiffure et l’image qu’elle donnait d’elle-même. Elle se comportait comme elle le désirait : sans contrainte. En espérant que ses yeux ne portaient plus les marques de ses larmes, elle posa son doigt sur le front de son interlocuteur, comme pour répondre à son geste de tout à l’heure. Et là, d’une voix beaucoup trop sérieuse pour l’être véritablement, elle lâcha sans plus de manières :

- Abruti.

Elle baissa la tête, le regard, ôtant son doigt de son front. Puis elle le gifla. Le coup respirait pourtant la retenue. Elle avait frappé sans réellement vouloir lui faire mal. A nouveau les larmes inondèrent son jeune visage, marqué par la fatigue et les efforts de ces derniers jours. Rien qu’une fois, elle aurait voulu ressembler à ce qu’elle avait été, avant de perdre ses richesses et de finir entre les doigts crochus d’Elendel Hastin.

-Tu n’es qu’un abruti, un imbécile, un misérable et même un crétin !

Elle tenta une deuxième fois de le frapper, mais le coup, au lieu de toucher la joue, atterrit sur l’épaule. Elle pouvait à peine soulever ses bras, sa respiration était saccadée et que dire de la tornade qui s’abattait sur ses sentiments.

- Tu parles comme si c’était facile ! Tu parles sans réellement savoir ce qu’il m’inflige chaque matin, chaque midi, chaque soir même, alors que je ne loge pas dans le même Weyr que lui. A chaque instant, chaque minute, chaque secondes, il me rappelle que je lui dois obéissance, que ma soumission me permettra d’obtenir de lui des récompenses, comme des robes ou des bijoux dont je finis par me lasser. Quant aux punitions…j’ai le sentiment qu’il détruit mon cœur et mon esprit…c’est douloureux…tellement douloureux…On peut me frapper…Ça n’est rien à côté de son emprise…Je ne comprends pas, ce sentiment d’être manipulée depuis l’intérieur…Est-ce moi qui accepter finalement cette situation ? M’a-t-il fait quelque chose…A-t-il un don pour pousser les gens à emprunter le même chemin ?

Elle serra les poings. La gorge nouée, elle continua sur sa lancée.

- Je devrais peut-être l’épouser, ainsi les choses seraient réglées…Lui il serait en règle, moi je connaîtrais déjà mon destin et ne serait pas surprise de la tournure que prendront les évènements à venir…Hum…C’est sûrement la meilleure solution…Oublier le beau prince charmant, la vie de princesse et les dizaines d’enfants…Si seulement il pouvait posséder votre caractère...si seulement...
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Mer 25 Juil 2012 - 14:16 Répondre en citantRevenir en haut

Yuma n'aurait jamais laissé passer que l'on le touchât. Habituellement, sans doutes aurait-il rendu le coup sans attendre, qu'il eût affaire à un homme ou une femme. Il ne prenait pas de gants à ce sujet : que ce fût sur ses terres ou sur cette île, les femmes étaient aussi farouches que les hommes. N'en avait-il pas eu l'exemple concret à maintes reprises, après tout ? Pourtant, il se retint de lever la main ou même de l'empêcher d'agir, la laissant se défouler. Elle n'y avait pas mis de la force, c'était tout juste si sa joue picotait un peu. Non, il demeurait stoïque, essayant de décrypter ses émotions si bien cachées derrière ce regard farouche.
L'afflux de colère ne tarda d'ailleurs pas à éclater de plus belle, après ce geste, témoin d'une rage contenue depuis trop de temps déjà. Le demi-sang n'avait-il pas connu ce genre de choses ? Cette sensation d'être impuissant et de croire, dans la noirceur d'une cellule sans éclat, que l'on n'eût guère le choix ? Qu'on ne risquât pas de s'en sortir ? Dans la cage qui le retenait en Orën, plus d'une fois avait-il failli céder à l'envie de hurler dans les ténèbres jusqu'à se faire entendre des dieux. La prison de la jeune femme était toute autre : elle était prisonnière de son propre esprit, en voie d'être affaibli par la volonté d'un autre.

Ne lui laissant guère l'opportunité de poursuivre dans sa lancée, le jeune homme finit par refermer ses bras autour d'elle, l'attirant contre lui avec une douceur que peu lui connaissaient. Une main protectrice se posa dans les cheveux de Narcisse, tandis qu'il lui intimait le silence, l'incitant ainsi à cesser de dire des bêtises au sujet d'un éventuel mariage avec son propre bourreau. Il se garda bien de se montrer amusé par sa remarque concernant son caractère, jugeant que ce n'était guère le moment d'en venir à de l'humour. Tout ce qu'il trouva, fut de la conserver ainsi, gardant le silence. Que pouvait-il bien répondre alors qu'une demoiselle était en train de pleurer devant lui ? Peut-être se serait-il emporté dans d'autres circonstances, mais, pas cette fois. Il était des fiertés qu'il ne fallait pas briser à certains moments.

Bien qu'il ne possédât pas les pouvoirs d'un Neishaan tels qu'il aurait du en avoir étant donné son ascendance, Yuma ne possédait pas une vilaine voix. Personne ne pouvait guère soupçonner ce genre de talent chez-lui : cheval sauvage qu'il était, il ne laissait rien paraître ! Pourtant, il avait été élevé par un virtuose, un artiste aux mains habiles et à l'intonation cristalline, qui n'avait de cesse que de lui enseigner l'art de la musique, tel que son peuple le concevait.
C'était un chant du Vaendark, non de ceux du nord sertis de rage et de colère, mais, l'un de ceux que l'on chantait aux enfants pour calmer les pleurs. Narcisse ne pouvait pas vraiment le savoir, à moins de connaître cette langue, toutefois, il semblait que cela avait toujours été apaisant : cela fonctionnait jadis avec le jeune chevalier, il voyait mal comment cela n'aurait pas pu fonctionner avec elle ? Certes avait-elle mauvais caractère, mais ce n'était pas pire que la fougue d'un adolescent trop pressé. Ainsi la tenait-il contre lui, murmurant presque la mélodie, espérant que cela suffirait à la tranquilliser un peu.

Au dehors, la pluie continuait de tambouriner sur le sol et les vieilles fenêtres de la bâtisse. Sans doute que personne ne les entendrait entre ce tintamarre et celui de l'orage qui sévissait. C'était tant mieux : le jeune homme doutait fortement que Narcisse eût pu accepter qu'une foule de curieux eût dans l'idée de venir l'observer fondre en larmes. Qui pouvait supporter de tels regards sur soi, de toute façon ? Dans tous les cas, Yuma se ferait un plaisir de chasser le premier idiot qui tenterait de passer la porte de cet endroit, ce qui vaudrait probablement de gros ennuis à la personne en question.

- Tu dois te lier, fille d'Orën, ce sera ton premier départ vers la liberté, car, une fois chevalier, tu auras suffisamment de pouvoir pour dire "non", quand ça te chantera, finit-il par dire, après avoir laisser couler un silence, tu ne seras jamais obligée d'épouser celui qui te tourmente pour apaiser ton esprit.

Il desserra son étreinte pour la laisser s'échapper de ses bras si ça lui chantait, avant de poursuivre :

- J'ai appris à discerner ce qui était bien pour moi de ce qui ne l'était pas, ici. Néanmoins, il y aura toujours des personnes pour te dicter ta conduite et tenter de contrôler tes faits et gestes : je n'ai jamais cédé à leur bon vouloir en ce qui me concerne, car il n'existe pas un être sur cette terre capable de me voler ma liberté et bien moins encore ma fierté.


Certains s'y étaient essayés et s'en étaient cassés les dents. Il ne regrettait pas d'avoir résisté, laissant son tempérament fougueux prendre le dessus à l'occasion, sans jamais laisser personne le briser. L'on ne saisissait pas le vent dans les plaines, l'on ne saisirait pas Yuma Amarok une fois encore : c'était une promesse qu'il s'était faite dès lors qu'il eût songé à s'échapper de la sombre prison, dans laquelle il avait été retenu.

- Qu'est-ce que tu veux réellement, Narcisse ? Qu'est-ce que tu souhaites pour toi-même et non pour un autre ?
Narcisse d'Istelsten
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MessagePosté le: Ven 27 Juil 2012 - 11:25 Répondre en citantRevenir en haut

- Je me souviens d’un capitaine de la garde. Je m’en souviens très bien, et je revois encore distinctement dans la nuit le désarroi et l’abandon tomber sur ses yeux quand mon oncle lui a appris qu’il allait devoir veiller sur moi le temps de son séjour parmi nous. C’était un froid matin de printemps, c’était il y a si longtemps, et pourtant, un court instant, j’ai vu apparaître devant moi le bel homme qu’il doit être devenu aujourd’hui. Il m’a un jour demandé comment était-ce possible que l’insécurité dans la cité soit si grande. Pourquoi des hommes, reconnus comme assassins et voleurs notoires, ne se trouvaient pas derrière les barreaux, comme il était coutume à Ören. Mais que pouvais-je bien lui répondre ? Alors je suis restée silencieuse, il n’a pas compris la complexité de cette situation et il est parti, criant haut et fort à ma famille qu’il allait informer le roi de cette insécurité et prendre les mesures nécessaires contre l’incompétence évidente du Régent, mon oncle. Il agissait comme s’il nous fallait absolument comprendre de quelles négligences inconvenables nous nous étions rendus coupables. Dans son dernier regard, j’ai senti le souffle froid de sa haine impuissante.

Sa voix était semblable à celle d’une jeune enfant. Confortablement installée contre le Chevalier, elle murmurait presque ses mots, ne souhaitant être entendue que par son seul interlocuteur, ou, de manière plus véridique, par personne d’autre qu’elle-même. Son histoire était complexe, inattendue et inhabituelle. Elle inspirait la pitié chez les cœurs les plus sensibles et cela, l’aspirante ne pouvait se permettre de s’en vanter, quand bien même le taux de pleurnichards au Kaerl Ardent pouvait être faible. Au plus profond de son cœur, Narcisse le savait : cette soudaine proximité avec Yuma Amarok lui procurait le plus grand bien. Elle aimait ce sentiment de sécurité, ces mots doux murmurés à son oreille, ces caresses apaisantes accompagnées d’un chant dont l’origine ne lui revenait pas, et enfin, cette quiétude alors qu’elle se trouvait loin, bien loin des personnes qui lui voulaient du mal. Mais son esprit, lui, s’injuriait d’une telle mise en scène et la poussait à cesser immédiatement cette relation, avant que le pire ne soit accompli. Narcisse se rappelait bien des jours où personne ne pouvaient la toucher, pas même caresser ses cheveux ou poser une main protectrice sur son bras. Ces jours où, d’une voix ferme et cassante, elle faisait plier son entourage, lui imposant son caractère à réveiller les volcans les plus calmes. Elle mordit ses lèvres avec violence, abimant leur dessin presque parfait. Ses mains se crispèrent et chiffonnèrent le vêtement du Chevalier, avant qu’elle ne le repousse, sans violence, mais sèchement. Elle recula rapidement sur le lit, puis se protégea du mieux qu’elle le put en croisant ses bras sur sa poitrine et en détournant le regard.

- Je veux retourner là où j’ai pu dormir sans être assaillie par de sombres cauchemars. Là où les fleurs ne perdent jamais leurs pétales, là où elles s’épanouissent en paix, qu’importent les saisons et les colères de Mère Nature. Là également où j’ai cru entendre, suite à l’attaque de bandits, la voix d’une femme venue de nulle part, comme si elle avait été là, à nos côtés. Elle était venue pour lui, j’en suis certaine. Sa voix était si douce à son encontre, si protectrice, si pure. Lorsque je me suis éveillée, mes blessures étaient infimes…alors qu’ils m’avaient frappé avec une violence non contenue. Personne ne veut me croire, même mon oncle me prenait pour une folle ! Je veux leur prouver à tous qu’elle existe vraiment, cette femme. Peut-être était-ce une déesse, un esprit ? Depuis mon arrivée ici, je suis capable de croire à l’existence de toutes les créatures magiques possibles. Il faut absolument que je la retrouve, et donc pour cela, que je retrouve le Capitaine Zadan, Prince d’un Royaume d’Ören. C’est…c’est impératif…je n’ai jamais pris de nouvelles de lui depuis qu’il a menacé ma famille, je ne sais ce qu’il est devenu…je…Il a détruit le règne de mon oncle !

Elle porta sa main à son visage.

- Et puis pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela à vous. En quoi cela vous intéresse de connaître mes projets ? Je veux juste partir, partir loin d’ici, mais…je n’arrive pas…je n’arrive pas à franchir les frontières…j’ai toujours le sentiment qu’il viendra me chercher, qu’il me tuera…je ne veux plus voir la déception dans son regard, je veux qu’il soit fier de moi, qu’il félicite mon aptitude au combat…qu’il…je veux qu’il m’offre un sourire en me disant : « Félicitation Narcisse, je suis fier de toi ».

Ses poings se serrèrent à nouveau.

- Je l’aime et je le hais à la fois. Je ne sais plus quoi penser : est-ce moi qui suis trop sensible, non, je peine à le croire ! Je...non, je ne pleure jamais !

Encore troublée, elle en avait oublié les larmes qui coulaient le long de ses joues.

- Peut-être qu'il possède le talent de manipuler à sa guise les sentiments des gens qui l’entourent…par tous les dieux, je ne veux pas devenir comme sa jeune servante, soumise à ses assauts et silencieuse comme le marbre des couloirs du Mahalma. Plus le temps passe, plus j’accorde à ses rêves plus d’importance qu’aux miens…ses rêves deviennent les miens…

Un cri de rage s’échappa de sa gorge et après avoir frappé du poing sur le lit, elle se leva et s’approcha du feu de cheminée. Là elle tourna en rond sur elle-même : devenait-elle folle ? Son esprit était troublé, qui était-elle au fond ? Qui était-elle et qu’était devenue la Narcisse rebelle d’Ören ? Encore trempée, elle saisit néanmoins ses deux cimeterres puis lâcha soudainement :

- Ça n’a pas d’importance. Oubliez tout ce que je viens de vous dire à l’instant, d’accord ? Oubliez tout et rentrez chez vous. N'en parlez à personne ! Si vous insistez, je vous tranche la gorge ou je vous découpe en petits morceaux, je m’en moque bien ! Est-ce que c’est bien clair ? Pensez bien que même Chevalière, je ne me gênerai pas pour régler mes comptes avec ceux qui m'ont fait du tort !

Là elle ouvrit la porte de la maisonnette abandonnée. Un violent vent s’y engouffra : la pluie était forte, plus forte qu’elle ne l’avait été au début. Sans même accorder plus d’attention à son interlocuteur, elle sortit soudainement, puis se mit à courir, courir, dans une direction qui ne menait nulle part, vers un lieu inconnu, qu’importe : son Maître la retrouvera nécessairement, qu’elle se perde ou non d’ailleurs. Ses cheveux finirent aussi trempés qu’auparavant, ses vêtements se collèrent impitoyablement à sa peau. Plusieurs fois, elle cracha l’eau qui entrait dans sa bouche, essuya son visage, en vain. L’air frais du dehors était saisissant. Puis elle s’arrêta au milieu de nulle part. Non, elle était au Val, là même où elle avait rencontré pour la première fois Yuma Amarok.

* Qu’est-ce qu’il m’a pris…si Elendel vient à apprendre tout cela, il va m’en vouloir terriblement…je ne veux pas qu’il m’en veuille…je ne veux pas qu’il me punisse…Peut-être qu’il est plus faible ? Peut-être que si je m’oppose à lui, alors il me laissera partir sans s’y opposer…mais je veux…je lui dois la vie…je lui dois mes repas, mes nuits au chaud…mes vêtements, mes bijoux, mes maquillages…je lui dois tout…*

Elle frappa dans le vide. Cela ressemblait à un entraînement d’armes, mais sans adversaires. Elle frappait pour faire exploser toute la rage qu’elle accumulait depuis des mois déjà. Elle frappait pour se faire pardonner, pour chasser le remord et la culpabilité de son esprit.

Mes excuses, ce n'est pas brillant...=s
Yuma Amarok
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MessagePosté le: Mar 21 Aoû 2012 - 17:11 Répondre en citantRevenir en haut

Quelle surprise cela dut être pour Narcisse que de voir ses lames soudainement parées par une épée bâtarde. Les jumelles n'avaient pas eu le temps d'aller plus loin dans leur course que l'arme aux reflets argentés s'en était venue les agresser sans le moindre remord. A l'autre bout de l'insolente, se trouvait un demi-sang qui n'était pas près de renoncer à une rencontre pour de simples menaces. N'avait-il pas connu pire après tout ? Un sourire ancré sur les lèvres, le voilà qui la fixait, défiant, probablement aussi impertinent que sa compagne d'acier. Le fait était que, cette dernière, formait désormais un seul et même être avec son possesseur. La moitié Fëalocë de Yuma ne laisserait pas passer les quelques avertissements de Narcisse et s'était échauffée, comme elle le faisait lorsque de simples gueux, pensaient pouvoir rivaliser avec lui.

- Tu me quittes déjà ?

Son sourire n'en devint que plus carnassier à la fin de la question, tandis que son épée écartait sans ménagement les deux lames de sa trajectoire. Le jeune homme ne tarda pas à se mettre en garde, ne cessant pas pour autant de fixer la jeune femme. Autour d'eux, la pluie continuait de tomber sans laisser le moindre instant de répit à ceux qui osaient se promener dessous. Fort heureusement pour le petit jeu qui venait de commencer, personne ne se trouvait autour d'eux à moins de plusieurs mètres. Peut-être prendrait-on pareille discussion pour un entraînement. Quels fous auraient donc réglé leurs comptes sous un déluge d'eau pareil ?
Ah mais... peut-être deux Ardents ? Qu'importait.

- Tu me demandes de rentrer chez-moi, mais, comme pour toi, cela m'est impossible. Mon foyer, ma famille, se trouvent très loin d'ici. J'ai bien peur de devoir remettre ta demande à plus tard. D'ailleurs, je dois t'avouer que je ne reçois d'ordres de personne.

S'il en avait reçu et avait obéi, c'était principalement lorsqu'il était d'accord. Personne ne pouvait se vanter de l'avoir poussé à faire quelque-chose qu'il n'avait pas choisi. Même ses geôliers avaient eu un mal fou à le supporter, tout comme son feu-maître et autres Valhériens, qui avaient cru bon de se dire que cet espèce de cheval sauvage, pouvait être dompté. Il n'était pas arrogant, il n'était guère vantard, néanmoins, il ne fallait pas trop compter sur la patience pour en venir à bout. Lui faire perdre espoir, revenait à lui fournir d'autant plus de forces pour revenir à la charge un peu plus tard.
En l'occurrence, l'attitude de Narcisse tendait à l'agacer un peu. Pourquoi se plaindre si elle acceptait son sort comme cela ? Cette femme était une contradiction à elle toute seule, qui s'attachait visiblement à des biens matériels pour justifier son propre manque de force de caractère. Pourtant, elle n'en manquait pas, de caractère ! Ne l'avait-elle pas prouvé en lui tenant tête ? L'on aurait vraiment dit qu'elle parlait sans assumer ce qui pouvait se passer par la suite, qu'elle se contentait de hurler une bonne fois pour toutes afin de gagner en audace et de fuir. Elle venait de le démontrer en quittant leur abri comme si les pires démons des abysses la surveillaient. A quel moment allait-elle revenir sur terre ?

- Tu veux que je te dise une chose ? Tu es une lâche et une pleurnicheuse, Narcisse d'Orën. Tu joues les victimes de ce qui t'arrive, mais tu n'as pas l'air de désapprouver la situation, auquel cas, en bonne Ardente que tu es, ta fierté aurait sans doute parler en ta faveur. J'ai horreur des furies qui jettent des mots sans les assumer, avant de partir en courant jouer les poupées malheureuses et rageuses sous la pluie battante. Les femmes de mon pays ont plus de dignité et ne se donnent pas ainsi en spectacle, voilà pourquoi je n'y suis guère habitué.

Tachant de reculer de trois pas, Yuma finit par lever son épée de nouveau, se mettant en garde, sans détacher ses prunelles mauves de celle de Narcisse. Il avait l'air terriblement sérieux, bien qu'il ne le fût pas vraiment. Il était temps de donner une bonne leçon à cette jeune femme trop gâtée : lui prouver que les joailleries et autres babioles, ne forgeaient ni une âme, ni une arme.

- Tu souhaites m'égorger, me réduire en morceaux ? Je te prends au mot, aspirante. Voyons ce que les bijoux et le maquillage ont de si extraordinaire pour une guerrière assoiffée de sang telle que tu es. Voyons comment tes vains sanglots se transforment en rage. Anime-toi de la vengeance que tu promets... ou déguerpit, avec ce qui te reste de fierté.

Délaissant sa position de garde, il effectua une brève révérence devant elle, avant de se présenter enfin :

- Chevalier Yuma Amarok. Pas à ton service, tu m'en vois désolé.

Et sur ces mots, il chargea le premier, sans attendre de réponse !


[HJ : Et voilou, encore désolée pour le retard x__x. J'ai pris quelques libertés pour parer les lames de Narcisse et les repousser, si ça ne convient pas ou quoi que ce soit, n'hésite pas à le dire ^^]
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